Le symbole de Notre-Dame et l'état de notre patrimoine national
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« Les Français avaient perdu collectivement depuis 20 ans l'équivalent de 56 000 € par personne. »
- 6:53Invité politiqueFait
« Macron a accepté la vente du TGV à l'Allemagne, la rapine des Américains sur Gec-Alsthom, la mainmise des Américains sur Technip. »
- 8:59Invité politiqueFait
« La loi de privatisation d'Aéroports de Paris, d'Engie et de la Française des jeux a été acquise il y a quelques jours à peine. »
- 15:47Invité politiqueChiffre
« 38% des ouvrages d'art sur les routes nationales sont en mauvais état et nécessitent des réparations et, pire encore, 7% d'entre eux menacent ruine immédiate. »
- 18:23Invité politiqueFait
« Tant que la France restera dans l'euro [...] nous avons une monnaie qui est surévaluée par rapport à la compétitivité de l'économie française. »
- 50:01Invité politiqueChiffre
« François Pinault : 100 millions d'euros, Bernard Arnault : 200 millions d'euros. »
Temps de parole
- François Asselineau100 %
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(Générique) Mes chers compatriotes. Je veux faire un point avec vous de cet incendie terrible, tragique, qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris le lundi 15 avril 2019. Dans la mémoire collective des Français, mais pas seulement des Français, pour les peuples du monde entier, Notre-Dame de Paris est l'un des symboles principaux de la France. C'est l'un des principaux monuments visités en Europe et même dans le monde. C'est avec le château de Versailles et le mont Saint-Michel l'un des principaux monuments emblématiques de notre pays.
Quand vous allez en Chine, au Japon, au Brésil, en Russie, aux États-Unis, dans les pays d'Europe, très souvent, vous voyez Notre-Dame de Paris le long de la Seine qui est un petit peu la vision rêvée, la vision qui fait rêver les étrangers de tous les pays du monde qui se disent : « Un jour, dans ma vie, j'essaierai de venir à Paris pour voir Notre-Dame de Paris, les quais de la Seine » qui sont perçus un petit peu partout dans le monde comme la quintessence de la beauté et d'une certaine forme de romantisme et d'élégance à la française. L'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris est intervenu à un jour très particulier. Il est intervenu le lundi 15 avril.
Il a débuté à 18 h 43, paraît-il, au pied de la flèche faîtière, qui datait en réalité du XIXe siècle. Elle avait été reconstruite par l'architecte du XIXe siècle Viollet-le-Duc. Lorsque l'incendie a démarré, c'était à peu près une heure avant que sur toutes les chaînes de télévision, on voie l'intervention du président de la République, d'Emmanuel Macron qui devait faire un tournant dans le quinquennat. Ça avait été annoncé à grand renfort de publicité depuis plusieurs jours sur tous les médias français. On allait avoir un tournant dans le quinquennat. M. Macron allait présenter aux Français les enseignements qu'il tirait du grand débat né du mouvement des Gilets jaunes.
Grand débat sur lequel j'ai eu l'occasion de m'exprimer de nombreuses fois, et qui en fait a été surtout un monologue interminable où les principaux intéressés, c'est-à-dire les Français, et notamment les Français portant un gilet jaune, avaient été soigneusement écartés. Bref, M. Macron comptait donner un grand coup politique ce soir-là. Or, voilà qu'une heure avant, l'église Notre-Dame de Paris, la cathédrale Notre-Dame de Paris s'embrase dans un brasier, dans un incendie sans précédent dans son histoire.
L'affaire a tellement ému immédiatement les visiteurs, les touristes qui étaient aux abords, et puis très rapidement toutes les chaînes de télévision nationales et internationales que Macron a été contraint par l'événement de reporter à plus tard son discours dans lequel il devait présenter les mesures que lui avait inspiré – paraît-il – le mouvement des Gilets jaunes. Alors la première chose que l'on peut noter, c'est que pour le président de la République, cet incendie tombe quand même très mal, puisque ça – d'une certaine façon – donne une coloration néfaste au jour qu'il avait choisi.
En fait, le grand tournant du quinquennat de Macron, ça n'est pas l'annonce des réformes qu'il voulait faire suite au mouvement des Gilets jaunes. C'est plutôt cette catastrophe absolue de la destruction partielle de Notre-Dame de Paris qui peut-être, peut-être, va changer le cours des choses et la mentalité des Français. En attendant, le président Macron en a perçu bien sûr les dangers puisqu'il a bien compris que dans l'esprit public, cette affaire est de mauvaise augure. Alors évidemment, les esprits purement rationalistes, les esprits froids, posés, rationnels diront qu'il s'agit simplement d'un malheureux concours de circonstances.
Certains anticiperont qu'il s'agit peut-être d'un attentat, d'un attentat terroriste, d'un attentat islamiste. D'autres même envisagent peut-être un attentat sous faux drapeau. J'ai vu tout ça circuler sur les réseaux sociaux le 16 avril, le lendemain. Mais certains – bon – pourront penser qu'il s'agit d'un simple concours de circonstances. D'autres esprits, notamment des croyants, des gens qui ont l'esprit millénariste – comme on dit –, c'est-à-dire qui ont tendance à voir des événements de nature biblique, et puis les esprits aimant l'irrationnel, eux, vont avoir tendance à voir dans cet événement une espèce de châtiment divin. Je l'ai lu aussi sur les réseaux sociaux.
Certains estiment que c'est une espèce de manifestation divine qui mettrait en garde le peuple français devant la destruction du pays de Saint-Louis. Certains, d'ailleurs, ont remarqué que le même jour, et pratiquement à la même heure, il y a eu aussi un début d'incendie, mais qui a fait moins de ravages, dans la grande mosquée al-Aqsa de Jérusalem qui est le troisième lieu saint de l'islam.
Ce qui est quand même un peu – effectivement – étonnant, cette coïncidence d'événements extrêmement rarissimes, et qui arrivent le même jour à la même heure, et dans un contexte un petit peu millénariste où certains anticipent notamment avec la survenue d'une prochaine Troisième Guerre mondiale, ou bien d'une crise financière considérable. Certains esprits peuvent y voir la marque de la fin des temps. J'ai vu ça sur les réseaux sociaux. Et puis il y a une troisième catégorie d'esprits qui ne sont ni enclins au surnaturel et à l'irrationnel ni enclins non plus à la banalisation de l'événement qui y voient tout le moins une espèce de coïncidence troublante et de mauvais présage. Voilà.
Moi, j'ai entendu beaucoup de personnes discuter le lendemain de l'événement, le surlendemain, des gens qui disaient qu'en fait, tout ceci était un peu une allégorie de notre pays qui est en train de s'effondrer, de disparaître, de se disloquer, d'être vendu un petit peu à l'encan.
De fait, lorsque l'on voit que Macron a accepté la vente du TGV à l'Allemagne, la rapine des Américains sur Gec-Alsthom, la mainmise des Américains sur Technip, le fait que des intérêts chinois ont acheté plus de 120 vignobles dans le Bordelais, ont racheté des centaines d'hectares dans la Beauce, rachètent des forêts de chênes qu'ils vont ensuite envoyer en Chine pour y être travaillés, lorsque les Français constatent que Macron et son gouvernement s'apprêtent à démanteler, ont commencé à démanteler le droit du travail, toutes les protections sociales que nos parents, nos grands-parents, nos arrière-grand-parents avaient obtenu non seulement pour eux mais pour leur progéniture et leur descendance, lorsque les Français constatent que Macron, tel un écervelé, signe le pacte d'Aix-la-Chapelle avec l'Allemagne où il annonce que la diplomatie française a pour objectif principal avec l'Allemagne de donner à l'Allemagne un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies avec droit de veto, on peut comprendre que finalement, la France pourrait aller se laisser faire jusqu'à céder également notre armement nucléaire à l'UE.
Lorsque les Français apprennent que l'Allemagne, loin d'éprouver une certaine gratitude pour ces gestes inimaginables de la part d'un président français, en redemandent encore davantage, puisque la successeure de Mme Merkel qui est à la tête de la CDU, Mme Annegret Kramp-Karrenbauer, a répondu à Macron qu'elle voulait que la France cède maintenant son siège permanent au Conseil de sécurité à l'UE. Lorsque l'on constate que Macron et son gouvernement cèdent des pans entiers du patrimoine national, par exemple EDF, qui commence à être privatisé, Engie, la SNCF, les aéroports, Aéroports de Paris...
La loi de privatisation d'Aéroports de Paris, d'Engie et de la Française des jeux a été acquise il y a quelques jours à peine. Lorsque les Français constatent que l'on s'apprête à vendre également tous les barrages hydroélectriques, à privatiser la SNCF, à mettre en cause de plus en plus notre système de sécurité sociale, à favoriser les mutuelles privées, lorsque les Français constatent aussi que nos bâtiments historiques sont dans un état de délabrement avancé... Je me rappelle notamment ce que M.
Stéphane Bern avait fait, le scandale qu'il avait fait il y a un peu plus d'un an – je crois – où il avait justement annoncé que les monuments historiques étaient en train de se détériorer à grande allure du fait de l'absence des financements. Lorsque les Français constatent qu'on ne compte plus le nombre d'églises qui sont en fait laissées en déshérence, victimes des prédations de saccage voire rasées, lorsque les Français constatent tout ça, finalement, l'incendie de Notre-Dame de Paris leur apparaît comme une espèce de synthèse, d'allégorie générale d'un pays qui – comme je l'ai lu et entendu au cours des dernières heures – est en train de foutre le camp.
C'est ça qui est peut-être le plus impressionnant dans cette affaire d'incendie. C'est la symbolique de cet incendie que cet événement recèle, le sentiment que la France est décidément en train de s'effondrer et de disparaître, que tout ce qui a fait la France : nos spécificités, notre mode de vie, notre conception des rapports en société, la place que nous avions collectivement depuis des siècles réservée à l'amitié, aux échanges, à la foi religieuse, et ceci notamment au détriment de l'argent... Que tout ceci a été tourneboulé, chamboulé au cours des 30 dernières années pour cause de construction européenne et de mondialisation.
Que tout ceci, en fait, est un très mauvais présage et que le pays est en train peut-être de disparaître. Le président Macron, d'ailleurs, l'a bien senti, puisque le 16 avril au soir, il a fait une très belle allocution de 6 minutes seulement où d'un seul coup, il a pris des accents patriotiques, ce qui est extrêmement nouveau chez lui, en parlant d'un projet national, et en disant que notre projet devait être passionnément français. Passionnément français... Ça veut donc dire que Macron et ses conseillers ont compris la portée extrême de cet événement en termes symboliques et en termes historiques. D'autres ont essayé de le comprendre, et chacun a essayé de faire recette sur cet événement.
Passons l'émotion toute naturelle des premières heures suivant l'annonce. Mais lorsqu'on voit par exemple que la Commission européenne a eu le culot – le culot ! – de parler de Notre-Dame d'Europe, de s'attribuer la cathédrale Notre-Dame de Paris... Et l'on imagine assez volontiers que l'UE va donner de l'argent, des fonds européens en exigeant de mettre partout le drapeau bleu aux étoiles d'or pour essayer de faire croire au peuple français que grâce à la construction européenne, nous allons pouvoir reconstruire la charpente de Notre-Dame de Paris. On atteint des sommets de récupération assez abjects, assez abjects.
Parce que ce qu'il faut bien comprendre dans toute cette affaire, c'est que Macron et le gouvernement et d'ailleurs les prédécesseurs de Macron et d'ailleurs l'ensemble de la classe politique qui a jeté la France dans les bras de la construction tyrannique qu'est l'UE et dans les bras de cette utopie monétaire désastreuse qu'est l'euro... Tout ceux-ci sont responsables indirectement de la situation que nous constatons dans tous les domaines, y compris dans le domaine des monuments historiques, car enfin faut-il rappeler ici que depuis des années et des années, et notamment depuis 1992, la ratification du traité de Maastricht avec la politique du franc fort qui a suivi afin de créer l'euro...
Ça va faire maintenant 27 ans que la France est dans une période de restrictions budgétaires continuelles. La réalité de la situation, c'est que comme pour les hôpitaux, comme pour les écoles, comme pour les services de police, de gendarmerie, comme pour l'armée, comme pour les services sociaux, comme pour les services du ministère de l'Intérieur, les services du ministère de l'Industrie, comme en fait pour tous les ministères, comme on voit que dans tous les domaines, ce sont des restrictions budgétaires, ces restrictions budgétaires s'appliquent aussi au ministère de la Culture et s'appliquent aussi à la dotation qui est réservée aux monuments historiques.
D'où l'appel au secours de Stéphane Bern dont je parlais tout à l'heure. D'où aussi l'indignation qui a été celle d'un certain nombre d'architectes des bâtiments historiques et de spécialistes et d'historiens de l'art qui dès le lendemain de l'incendie de Notre-Dame ont tiré une nouvelle fois la sonnette d'alarme et ont incriminé directement les décisions gouvernementales, parce que cela fait des années et des années que l'on ne met pas l'argent nécessaire pour restaurer les bâtiments publics. J'ai vu sur les réseaux sociaux que certains s'étonnent qu'un incendie puisse démarrer comme ça sur un chantier comme Notre-Dame de Paris.
Certains invoquent la nécessité d'avoir des services de sécurité extrêmement élaborés, de pouvoir mettre des caméras thermiques un petit peu partout. Oui. Mais le problème, c'est que l'argent n'y est pas, les budgets n'y sont pas. Si les travaux avaient été lancés sur Notre-Dame de Paris... Je ne connais pas de quels travaux il s'agit mais je suppose que c'est parce qu'il y avait vraiment urgence absolue avec peut-être risque de mort d'homme.
C'est d'ailleurs un problème que l'on retrouve pas seulement dans les monuments historiques mais également – j'ai déjà eu l'occasion de le dire plusieurs fois – sur les routes françaises, les routes nationales françaises auxquelles il manque 300 millions d'euros chaque année.
Et comme cet argent manque, le système des routes nationales françaises se dégrade à toute allure avec pour conséquence ce qui a été annoncé par un rapport du ministère des Transports de juin de l'année dernière, de juin 2018 qui annonçait que – je crois – 38% des ouvrages d'art sur les routes nationales sont en mauvais état et nécessitent des réparations et, pire encore, 7% d'entre eux menacent ruine immédiate et nécessitent des travaux immédiats. Cela signifie qu'il y a donc des ponts et des tunnels sur les routes nationales, 7% d'entre eux risquent de s'effondrer à tout instant sur des automobilistes, sur un car de scolaires ou de personnes âgées ou de touristes.
Il en est de même pour les monuments historiques. Certains sont rasés faute d'entretien, parce qu'ils menacent ruine. Et je suppose donc que les travaux qui avaient été faits sur Notre-Dame de Paris, qui est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, qui est un des joyaux de la France, qui est d'ailleurs l'un des éléments décisifs pour attirer les 84 millions de touristes du monde entier qui viennent chaque année en France, faisant de notre pays la première destination touristique mondiale... Si ces travaux avaient été lancés, j'imagine que c'est parce qu'il y avait risque de mort d'homme. Mais j'imagine aussi que ces travaux ont été faits peut-être à l'économie.
Il n'y avait peut-être pas... On n'en sait rien. On va voir les études, on va voir l'enquête qui va être menée. Mais il n'y avait peut-être pas toutes les diligences nécessaires, toutes les protections nécessaires, tous les systèmes d'alarme nécessaires, toutes les caméras thermiques nécessaires, tout le professionnalisme nécessaire aussi pour réaliser ces travaux. Peut-être a-t-on fait des travaux au moindre coût. Cela renvoie donc comme d'ailleurs la privatisation des services publics, la vente de notre patrimoine public, etc... Cela renvoie en fait à la cause des causes. Et cette cause des causes, c'est laquelle ?
C'est notre appartenance à l'euro, puisque par dogmatisme, par fanatisme, par dogmatisme politique, fanatisme quasi religieux, dogme européiste interdit de remettre en cause, les Français et les dirigeants français, reprenant la devise (NDLR ecclésiastique) : « Perende ac cadaver » : prêt à mourir, préfèrent rester dans la même monnaie que l'Allemagne, ce qui n'est pas possible, ce qui ne peut mener qu'au désastre et ce qui de toute façon finira par une explosion générale. J'ai déjà eu l'occasion d'exposer, Vincent Brousseau également et d'autres économistes aussi, d'ailleurs... Nous avons eu l'occasion d'exposer que tant que la France restera dans l'euro...
Nous avons une monnaie qui est surévaluée par rapport à la compétitivité de l'économie française. Cette monnaie est une cote mal taillée entre le deutschemark et la drachme grecque. Cette monnaie favorise l'Allemagne. Cette monnaie défavorise durement l'Italie et la France. Une étude très approfondie d'une société savante allemande l'a montré il y a trois semaines, un mois, en exposant que les Français avaient perdu collectivement depuis 20 ans l'équivalent de 56 000 € par personne. Ce dogmatisme qui nous pousse à rester dans l'euro... Et comme nous ne pouvons pas dévaluer l'euro par définition, puisque nous avons une monnaie qui est la même que celle de l'Allemagne...
C'est pas la même juridiquement. Nous avons gardé nos monnaies nationales. Mais ce qui est la même, c'est le lien de 1 pour 1, de même que pour la créance sur la Bundesbank et la créance sur la Banque de France. Comme cette monnaie, son taux de change externe est trop important par rapport à la compétitivité de l'économie française, la France est contrainte, contrainte monétairement – si l'on peut dire – d'en permanence restreindre le niveau de vie des Français, d'où d'ailleurs le déclenchement de l'affaire des Gilets jaunes, et également contrainte de réduire systématiquement ses dotations budgétaires, d'être dans une spirale sans fin de restrictions budgétaires.
Or, ces restrictions budgétaires et cette politique constamment récessive, loin d'apporter une solution d'ailleurs, plonge la France dans une récession toujours plus approfondie dans la baisse des ressources fiscales. Et nous n'arrivons par ailleurs jamais à rétablir notre équilibre budgétaire pour cette raison-là. En un mot, petite cause, grands effets, comme dit le proverbe, parce que nous avons une classe politique qui refuse mordicus de regarder le problème de l'euro en face, parce que nous avons une classe politique qui par vanité, par orgueil, refuse de reconnaître qu'elle a eu tort de pousser les Français dans l'UE et dans l'euro.
Eh bien cette classe politique est en train d'entraîner le pays à la ruine, en particulier avec nos monuments historiques. C'est la raison pour laquelle l'incendie de Notre-Dame de Paris n'est pas uniquement fortuit, n'est pas uniquement un hasard. L'incendie de Notre-Dame de Paris venant après tout ce que j'ai décrit précédemment est le symbole, l'allégorie de la démence qui s'est emparée des dirigeants français depuis maintenant trois décennies et qui pousse en fait à détruire ce qu'a été la France par esprit de système et de dogme.
Je voudrais revenir un peu sur l'histoire de Notre-Dame de Paris très brièvement pour rappeler simplement que Notre-Dame de Paris est un des hauts lieux de la chrétienté et un des hauts lieux de l'Église catholique française. L'église Notre-Dame de Paris, la cathédrale Notre-Dame de Paris – c'est une basilique mineure par ailleurs –, elle n'a pas été construite sur rien. À l'origine de l'origine, elle est dans l'île de la Cité, c'est-à-dire le cœur même de la cité antique de Lutèce. À l'époque gallo-romaine, lorsque la Gaule avait été conquise par Rome, les Romains avaient construit à cet emplacement, donc dans ce qui est aujourd'hui l'île de la Cité, un temple dédié à une divinité.
Et savez-vous à quelle divinité était dédié ce temple ? Ce temple était dédié à Jupiter. Il est assez ironique que Macron, qui se prétendait être Jupiter dans les débuts de son règne en toute immodestie : « Appelez-moi Jupiter, chers amis », que Macron, qui prétendait régner de façon jupitérienne, en fait, fait tout le contraire. Il est incapable de s'en tenir à des décisions précises. En permanence, ce sont des travaux de maquignon, une espèce de logorrhée monomaniaque. Eh bien en fait, c'est le temple de Jupiter qui à travers Notre-Dame de Paris en flammes a été atteint.
Pour poursuivre dans ces rappels historiques, je voudrais rappeler que la cathédrale de Notre-Dame de Paris, ses travaux ont commencé en 1163, donc en plein Moyen Âge sous le roi Louis VII. Louis VII, à l'époque, c'est... La France est encore toute petite. Le domaine royal, c'est en gros l'Île-de-France, un peu le sud en allant jusque vers la Loire, un peu le nord. Mais une grande partie de l'ouest de la France est la possession des Plantagenêts, de la famille des Plantagenêts, c'est-à-dire des Anglais. La France, en fait, est en conflit avec l'Angleterre déjà, où ils ont des possessions.
Le fils de Louis VII Philippe II, Philippe II Auguste, restera dans l'Histoire pour toute une série d'événements. Mais il restera en particulier dans l'Histoire pour ce que l'on a appelé le Beau Dimanche de Bouvines : la célèbre victoire de Bouvines de 1214 au cours de laquelle la monarchie française a réussi à battre l'Europe coalisée déjà contre la France. La cathédrale Notre-Dame de Paris, dont la construction s'est échelonnée sur plusieurs siècles, est donc née dans ces circonstances, à l'époque des croisades, à l'époque où l'Europe coalisée essaye d'empêcher le royaume de France de s'étendre et de prendre la place qu'il devait prendre dans notre histoire.
En d'autres termes, la construction de Notre-Dame de Paris dans la ville capitale sous Louis VII et Philippe Auguste correspond à un processus d'affirmation nationale. Et c'est la raison d'ailleurs pour laquelle cette cathédrale, qui est l'une des plus belles cathédrales de France, que l'on peut comparer à la cathédrale de Chartres, bien qu'elle soit plus grande, à la cathédrale de Reims, où étaient sacrés nos rois, et puis également la cathédrale de Bourges qui est une très belle cathédrale. Il y a aussi la cathédrale d'Amiens. Enfin je vais pas citer toutes les belles cathédrales de France.
Mais en tout cas, Paris, Chartres, Reims comptent parmi les cathédrales les plus célèbres non seulement de France mais du monde entier. Et célèbres pourquoi ? Parce que c'est là qu'est née d'une certaine façon l'idée même de la France, d'une France souveraine. Louis VII, Philippe Auguste ont assuré notamment avec la bataille de Bouvines avec Philippe Auguste la pérennité d'un pays libre et souverain, le pays des franken, le pays des hommes libres. C'est une des raisons pour lesquelles dans notre inconscient collectif, les Français ont mal à la France lorsqu'ils apprennent l'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris.
Notre-Dame de Paris a une histoire décidément étonnante, puisqu'en 1792, au moment de la Révolution française, la flèche faîtière s'est effondrée naturellement. Il n'y a pas eu d'incendie à l'époque, mais un simple effondrement qui n'avait pas de lien direct avec les révolutionnaires. Mais il s'est trouvé que la flèche s'est effondrée en 1792, l'année même où la monarchie allait succomber. Et suite notamment à la bataille de Valmy, la République allait être proclamée. Il faut savoir que c'est au XIXe siècle que commence à apparaître l'idée de la protection du patrimoine historique.
Notamment dès la fin du XVIIIe siècle, des historiens, des écrivains, des voyageurs tels Winckelmann par exemple : l'Allemand qui a commencé à faire renaître l'idée de la Grèce antique parmi les élites européennes... De plus en plus, les peuples d'Europe occidentale et en particulier les Français ont commencé à réapprendre l'Histoire. Vers le milieu du XVIIIe siècle, on avait d'ailleurs découvert les ruines de Herculanum et de Pompei qui avaient suscité les débuts de la recherche archéologique. Winckelmann – je le disais à l'instant –, à la fin du XVIIIe siècle, commence à ressusciter le goût pour la Grèce antique.
D'ailleurs, en France, la mode va être au moment du Directoire puis du Consulat et de l'Empire... La mode va être à l'Antiquité. Les meubles en France vont être de retour d'Égypte après le voyage de Bonaparte en Égypte avec d'ailleurs des savants et le lancement de la grande école française d'égyptologie. Et puis les femmes, sous le Directoire ou sous l'Empire, vont s'habiller un peu à la grecque en changeant du tout au tout la façon de s'habiller des femmes d'avant la Révolution française.
C'est dans tout ce contexte que va apparaître à partir des années 1830-1840 la notion de monument historique, avec le célèbre auteur-écrivain-romancier Prosper Mérimée, qui est resté célèbre pour son roman – notamment – Colomba qui se passe en Corse. Prosper Mérimée va devenir le premier inspecteur en chef des monuments historiques. Et en 1840, Prosper Mérimée dresse une liste – c'était tout à fait nouveau – d'une centaine de monuments historiques à protéger en France, parce qu'avant, les monuments historiques étaient à vau-l'eau. Et puis souvent, on allait se servir dans des monuments anciens pour aller y prendre des pierres. C'était comme une espèce de carrière à ciel ouvert.
C'est d'ailleurs la raison pour laquelle tant de monuments historiques ont fini par péricliter dans notre histoire. Mais la France est une terre de tellement vieille culture, de tellement vieille histoire, de tellement vieille civilisation qu'il reste encore quand même beaucoup de monuments historiques en 1840. Et Prosper Mérimée, il faut lui reconnaître cette prémonition, ce génie, cet avant-gardisme que de dresser la première liste des monuments classés aux monuments historiques. Donc à partir de ce moment-là, ils vont être intouchables, que l'État va se charger de protéger et entretenir.
C'est dans ce contexte que quelques années après, l'architecte français Viollet-le-Duc a commencé à restaurer Notre-Dame de Paris, en particulier cette flèche qui s'était effondrée en 1792. Et donc Viollet-le-Duc a fait restaurer Notre-Dame de Paris en remettant d'ailleurs un certain nombre de poutres anciennes dans la charpente et en dressant cette flèche qui n'était d'ailleurs pas tout à fait conforme à ce qui était auparavant, de telle sorte que le bâtiment de Notre-Dame de Paris, pour les spécialistes, c'est évidemment un magnifique monument médiéval dont la construction – je le disais tout à l'heure – a commencé au milieu du XIIe siècle et s'est étalée jusqu'aux XIIIe et XIVe siècles.
Mais c'est aussi un monument composite où les spécialistes repèrent certaines inventions architecturales qui datent de Viollet-le-Duc, du milieu du XIXe siècle. Ce qui a d'ailleurs été brûlé lors de l'incendie, c'est la charpente, et la charpente avec des bois qui dataient du XIIe et du XIIIe siècles, et d'autres qui dataient du XIXe siècle qui avaient été installés par Viollet-le-Duc. L'incendie – je l'ai dit tout à l'heure – de Notre-Dame de Paris témoigne que l'État ne fait plus son devoir vis-à-vis de cette liste de monuments historiques. Liste, d'ailleurs, qui a été considérablement agrandie depuis Prosper Mérimée. De plus en plus de monuments ont été inscrits aux monuments historiques.
Et comme il y en avait pléthore, puisque la France – encore une fois – est un immense pays de culture et de richesses architecturales, patrimoniales et artistiques... Eh bien on a inventé un inventaire supplémentaire, une inscription aux monuments historiques qui est un degré de protection moindre que les monuments classés monuments historiques. Et c'est un pêché contre l'esprit mais aussi un pêché contre la loi que le fait que la France, que le gouvernement, que l'État n'assure plus la protection de ce patrimoine collectif que nous devons aux générations futures, de même que les générations passées se sont engagées, mobilisées pour nous transmettre ce trésor.
Je voudrais avoir ici un propos un petit peu moins désolant en rappelant quand même que le malheur qui a frappé Notre-Dame de Paris n'est pas le désastre le plus terrible que l'on puisse imaginer. Pourquoi ? Parce qu'il faut rendre ici un hommage vibrant aux (NDLR : 400 pompiers) qui sont arrivés sur place très rapidement, qui ont passé jusqu'à 10 heures du matin le lendemain la nuit entière à lutter contre l'incendie qui était féroce. Ce qu'il faut savoir, c'est que contrairement à ce que j'ai entendu ici ou là, tout le bâtiment n'a pas été détruit. Heureusement. C'est quand même d'abord et avant tout un gigantesque appareil de pierre de taille monumentale. Or, les pierres ne brûlent pas.
Certes, du fait d'un échauffement d'un brasier considérable, les joints pourraient jouer et il pourrait y avoir du fait de la chaleur dégagée des joints qui bougent et puis des phénomènes de poussées d'air chaud qui auraient pu déstabiliser l'édifice. On l'a cru à un moment. Ça n'a pas été le cas, de telle sorte que le pire a été évité en ce sens que Notre-Dame de Paris – j'y suis passé quelques heures après – est toujours là et bien là, même si toute la toiture a disparu, ce qui choque le Parisien que je suis. Je connais Notre-Dame de Paris. Je me rappelle depuis que je suis petit... Je me rappelle être allé notamment quand j'avais en fait 13 ans...
Je suis allé comme un badaud, mais je m'intéressais déjà à l'Histoire et j'étais allé assister... En dehors. Je n'avais pas pu entrer. J'étais trop petit. Et j'étais un tout petit chose. Mais j'avais assisté au ballet des chefs d'État du monde entier qui étaient venus à Notre-Dame de Paris en novembre 1970 pour la messe qu'on célébrait pour le dernier hommage à Charles de Gaulle qui était mort le 9 novembre 1970.
Donc le (NDLR : 12 novembre 1970), il y avait eu presque tous les chefs d'État de la planète, en tout cas tous ceux qui comptaient : Nikolaï Podgorny, qui était le chef d'État de l'Union soviétique en tant que président du Soviet suprême, il y avait le président américain Richard Nixon, il y avait les souverains belge, britannique, le chah d'Iran, etc. Enfin bref, il y avait en fait la planète entière, les chefs d'État et de gouvernement qui étaient venus rendre un dernier hommage à Charles de Gaulle à Notre-Dame de Paris. Voilà. De la même façon, d'ailleurs, qu'il y avait eu ensuite la même chose pour le décès de Georges Pompidou en 1974.
Et il y a eu également un hommage – mais qui a drainé moins de monde – après la mort de François Mitterrand, toujours à Notre-Dame de Paris, qui donc est au cœur de notre histoire, ce que la notoriété donnée par Victor Hugo à Notre-Dame de Paris a largement contribué à diffuser dans le monde entier. Mais pour en revenir au monument, tout l'appareil donc de pierre est resté à peu près intact. Je crois savoir qu'il y a eu deux voûtes qui se sont effondrées. Mais en gros, ces voûtes gothiques extrêmement élevées, extrêmement impressionnantes sont quand même encore debout.
Chose fondamentale également : le trésor de Notre-Dame, en particulier la couronne d'épines du Christ, en particulier donc les cinq reliques ont été préservées. Chose un peu miraculeuse : sur cette flèche faîtière, il y avait – qui s'est effondrée, la flèche faîtière de Viollet-le-Duc – des statues qui avaient été retirées le 11 avril quelques jours, quelques heures – on peut même dire – auparavant, qui avaient été retirées par des grues justement dans la perspective de ces travaux, de tous ces échafaudages qu'il y avait autour de la charpente de Notre-Dame. Et puis dans Notre-Dame de Paris, il y a des œuvres d'art.
Il y a notamment de gigantesques tableaux, en particulier du peintre Lubin Baugin, qui est un peintre de cour, un des peintres officiels de Louis XIV. D'après ce que j'ai lu, tous ses tableaux ont été préservés. Ils ont été humidifiés. Ils ont reçu évidemment l'eau envoyée par les pompiers, d'ailleurs qui prélevaient cette eau dans le fleuve, dans la Seine. Et donc ces tableaux ont été mouillés. Ils ont reçu également beaucoup de fumées de l'incendie. Mais, mais, mais ils n'ont pas brûlé. Ils ont été retirés de Notre-Dame, transférés dans les services spécialisés du musée du Louvre pour y être restaurés. Dieu soit loué, si j'ose dire en l'espèce.
J'ai vu d'ailleurs qu'il semble que l'atteinte au patrimoine est finalement limitée. Il y a certes ce que l'on appelait la forêt, c'est-à-dire ces poutres datant du XIIe, XIIIe et XIXe siècle, qui représentaient – paraît-il – l'équivalent de 21 hectares de forêt de chêne. Eh bien certes, toutes ces poutres ont disparu, sont parties en fumée, mais il semble d'après les premières informations qui nous parviennent qu'il n'y aurait que – si j'ose dire – 5 à 10% des œuvres d'art qui auraient été touchées, disparues dans la fournaise, ce qui est évidemment extrêmement déplorable, mais disons le pire en matière artistique a été évité. Je n'ai pas mentionné mais ça va de soi...
Je le redis sinon, qu'il n'y a eu également aucun mort ni aucun blessé grave dans toute cette affaire (NDLR : 1 pompier blessé grave d'après France Soir). Pour clôturer cette intervention et l'histoire, je voudrais rappeler ici que ça n'est pas la première fois qu'une cathédrale brûle en France. Il y a eu un incendie dans l'époque moderne, c'est-à-dire depuis le début du XIXe siècle. Il y a eu – je l'ai dit – en 1792 l'effondrement mécanique de la flèche faîtière de Notre-Dame de Paris. Mais il n'y avait pas eu d'incendie. Il y a eu en février 1836 l'incendie de la forêt... Puisqu'on parle de forêt dès qu'on parle des charpentes des cathédrales de France.
Il est arrivé à peu près la même chose en 1836 à la cathédrale de Chartres : cathédrale célébrissime pour la qualité notamment de ses vitraux, qui sont de toute beauté. Si vous ne connaissez pas la cathédrale de Chartres, il faut que vous y alliez. Il y a d'immenses choses dans la cathédrale de Chartres, y compris un labyrinthe gravé dans le sol, y compris des tas de références historiques, mais aussi des vitraux d'une beauté sans équivalent avec le fameux bleu de Chartres. En février 1836, l'ensemble de la toiture a brûlé. Et c'était dû à la négligence de deux ouvriers qui avaient laissé sur place – je sais pas – un réchaud, quelque chose comme ça qui s'était enflammé. Il est possible...
Possible, on ne sait pas. Mais les premiers éléments de l'enquête à Paris donnent à penser que c'est un petit peu la même chose. Sauf qu'en 1836, c'était un peu plus excusable, parce qu'en 1836, c'était 4 ans avant 1840, avant la première inscription aux monuments historiques, l'invention même du classement aux monuments historiques qu'avait inventé Prosper Mérimée. Et les précautions en matière de sécurité étaient bien moindres. Les précautions en matière de sécurité bien moindres mais l'atmosphère politique, finalement, était également confuse, puisque 1836, ça se situe 6 ans après 1830, et ça se situe 12 ans avant 1848. En 1836, on est sous le règne de Louis-Philippe.
Les Français, surtout les Parisiens, ont chassé du pouvoir Charles X. Les Français, surtout les Parisiens, voulaient le rétablissement d'une Deuxième République. Et puis c'est une révolution qui a avorté en 1830, lorsque Charles X s'enfuit après... Vous savez, vous connaissez l'histoire. Charles X, en 1830, s'était attaqué à la liberté de la presse qu'avaient imposée les puissances européennes après 1815 au moment de la Restauration des Bourbons sur le trône de France. Les puissances européennes avaient demandé aux Bourbons d'établir une certaine liberté de la presse et également d'assouplir la monarchie absolue, notamment en ayant des assemblées qui seraient élues...
Alors élues au suffrage censitaire, c'est-à-dire seuls les hommes ayant un certain âge et disposant d'un certain revenu avaient le droit de vote et pouvaient être élus. Mais c'était l'embryon quand même d'une démocratie parlementaire en France. Eh bien donc en 1830, Charles X et l'équivalent de son Premier ministre le prince de Polignac avaient pris des mesures contre la liberté de la presse qui avaient provoqué la révolution de 1830. Les Parisiens espéraient une Deuxième République.
Cette révolution avait été déviée par notamment le vieux Lafayette, le banquier Laffitte – déjà une révolution de banquiers – qui avaient expliqué qu'en fait, non, les Français ne voulaient pas d'une nouvelle République. Ce qu'ils voulaient, c'était une nouvelle dynastie. Ils étaient allés chercher Louis-Philippe d'Orléans, le fils de Philippe Égalité, celui que les légitimistes appelaient le régicide, le duc d'Orléans qui en 1793 avait voté la mort de son cousin Louis XVI, ce qui ne lui avait d'ailleurs pas porté chance puisqu'ayant voté la mort de Louis XVI en janvier 1793, Philippe Égalité avait été guillotiné à son tour en novembre de la même année.
Mais donc cette période trouble de notre histoire... On est sous Louis-Philippe. Et donc cette négligence qui intervient en 1836... On est sous Louis-Philippe. Les mouvements sociaux ne diminuent pas. Il y a des vrais mouvements sociaux consécutifs à l'apparition, le début de l'industrialisation, l'exploitation des ouvriers, ce qui donnera naissance d'ailleurs en 1848 à l'apparition du Manifeste du parti communiste par Marx et Engels. Pendant toute cette période d'agitation politique, eh bien c'est à ce moment-là, alors même qu'il n'y a pas encore de monument historique protégé, qu'intervient par négligence l'incendie de la charpente de la cathédrale de Chartres.
D'ailleurs, dans les années qui suivirent, la charpente fut reconstruite. Mais elle fut reconstruite non pas en bois mais en partie avec des matériaux en métal, justement. C'était moderne, c'était à la mode. Ça sera notamment suite au Crystal Palace de la première exposition universelle qui se tiendra au Royaume-Uni, en Angleterre, à Londres... Quelques années après, il va y avoir les architectures du milieu du XIXe siècle, les architectures métalliques que l'on a connues en France également avec le palais de l'exposition universelle qui avait été fait en France et puis tout ce qui s'est ensuivi, y compris le Petit Palais, le Grand Palais à Paris.
Deuxième événement de nature assez comparable à ce qui vient de se produire à Paris, c'est ce qui s'est produit le 19 septembre 1914 à Reims avec la cathédrale de Reims. Je rappelle que la guerre de 1914 démarre sur les chapeaux de roue, si l'on peut dire, puisqu'il y a une offensive allemande très rapide. À peine la guerre est-elle déclarée début août 1914 que l'offensive allemande se précise et que la France a failli être submergée par l'offensive allemande.
Il a fallu que ce soit le tsar de toutes les Russies Nicolas II qui lance une offensive sur le front est contre l'empire de Bismarck, que les armées allemandes soient donc obligées de dégager une partie de l'emprise à l'ouest pour aller se battre contre les troupes tsaristes. C'est ça qui a allégé la pression sur les armées françaises. Et vous connaissez l'épisode des taxis de la Marne où l'on a réussi en convoyant avec des taxis parisiens en toute urgence des soldats français pour stabiliser le front qui était en train de menacer dangereusement Paris.
Alors en septembre 1914, eh bien les troupes allemandes se sont arrêtées le long d'une ligne de front qui est tout le long du nord-est, et qui est à portée de canon de la ville de Reims. Reims, c'est la cathédrale par excellence de la monarchie française, puisque c'est à Reims que furent sacrés de très nombreux rois de France, pas tous. Par exemple Louis-Philippe qui d'ailleurs n'était pas roi de France mais roi des Français, puisqu'il reconnaissait la souveraineté nationale et non pas la souveraineté de droit divin. Le dernier roi de France à avoir été sacré à Reims a été Charles X en (NDLR : 1825). Donc Reims, c'est l'ampoule du saint chrême que l'archange Gabriel est censé avoir apporté.
C'est à Reims que les rois, lorsqu'ils montent sur le trône, deviennent sacrés. Ils subissent le sacre, c'est-à-dire on leur pose la couronne sur la tête et puis on leur pose aux endroits des stigmates du Christ, on leur pose un petit peu d'huile sainte, de l'huile sainte de la Sainte Ampoule de Reims. Et à partir de ce moment-là, ils vont devenir une personne sacrée qui va être... Le roi de France va être le vicaire du Christ sur la terre, un petit peu son serviteur sur la terre. Et la monarchie française puise sa légitimité dans cette fervente foi religieuse chrétienne et également dans cette fervente foi mariale. Je rappelle d'ailleurs que Notre-Dame de Paris est vouée à la Sainte Vierge.
Et je rappelle également qu'en (NDLR : 1638), Louis XIII avait fait don de la France jusqu'à la fin des temps à la Sainte Vierge. Eh bien donc cette cathédrale de Reims... Le 19 septembre 1914, les Français apprennent avec stupéfaction et indignation que la cathédrale de Reims est en flammes. En fait, la cathédrale de Reims a reçu un bombardement venu des troupes allemandes. Les troupes allemandes suspectent d'ailleurs l'armée française d'avoir investi certains des clochers, des beffrois de la cathédrale de Reims pour servir de poste d'observation. Et donc là aussi, la forêt de chênes de la charpente de la cathédrale de Reims s'embrase, et cette fois-ci volontairement par un ennemi.
Il faut savoir que cet événement a joué un rôle très important dans notre histoire au moment de la guerre de 1914. Il a tellement impressionné nos aïeux, nos ancêtres d'il y a un siècle que l'ensemble de la population française a fait bloc, que la propagande – d'ailleurs – d'État a également insisté sur la barbarie prêtée aux armées allemandes, en a fait un objet de patriotisme et de résistance à l'Allemagne qui voulait écraser la liberté et l'indépendance de la France. D'autres événements sont arrivés de la même nature, avec l'incendie là aussi de la forêt de la cathédrale de Nantes – c'était en 1972 – et puis d'une basilique à Nantes également en 2015 qui a subi le même sort.
Je ne parle pas non plus d'ailleurs du Parlement de Bretagne à Rennes dont la charpente a brûlé. Pas seulement la charpente, d'ailleurs. Il y a eu des dégâts tout à fait considérables en 2005. Tous ces rappels permettent de comprendre que nous avons affaire à des monuments d'apparence solide, bien entendu, puisqu'ils sont en pierre de taille, mais dont la superstructure, la charpente est fragile, puisqu'elle est en bois. Et un bois particulièrement sec puisqu'il a parfois 7 ou 8 siècles d'âge depuis qu'il a été coupé. Et ces événements ont tendance malheureusement à se précipiter. 2005 : l'incendie du Parlement de Bretagne.
2015 : l'incendie de la charpente de la basilique Saint-Donatien de Nantes. 2019 : l'incendie de Notre-Dame de Paris. On a l'impression que ces sinistres accélèrent – si j'ose dire – leur survenue et leur rythme. Alors il est temps de conclure cette affaire. Cette affaire, il faut espérer, il faut espérer que Macron et les dirigeants français ne vont pas pouvoir capitaliser dessus. J'ai vu que Macron et le gouvernement essayent de récupérer l'opinion publique. Je le disais tout à l'heure. Macron parle d'un projet, que son projet est passionnément français. Il voit bien que le pays est en train de lui échapper.
Macron est quand même suffisamment intelligent pour comprendre que l'événement qui vient de se produire et qui l'a empêché de prononcer ce discours de réponse aux Gilets jaunes qui devait – paraît-il – être le tournant de son quinquennat... Macron est suffisamment malin pour comprendre que c'est quand même très très... Ça fait mauvais genre. C'est très mauvais signe. C'est un présage délétère.
Et c'est un présage d'autant plus délétère, une espèce de signal d'alarme symbolique d'autant plus puissant qu'il s'agit donc de l'un des bâtiments les plus célèbres de France et du monde et que ceci se produit quelques jours à peine après que sa majorité aux ordres ait décidé de continuer le bradage du patrimoine national. Lorsque l'on voit Macron qui bazarde le patrimoine national, il est infondé, il est ridicule, il est même odieux, c'est même presque obscène de le voir essayer de s'emparer de devenir le chantre de la défense du patrimoine national.
Lorsque l'on voit que c'est sur ses instructions et celles de son gouvernement que l'on a retiré depuis des années – et une tendance qui s'accroît – les fonds versés à la protection des monuments historiques, et Stéphane Bern en sait quelque chose... Il y a autre chose également qui résonne d'une façon désagréable. Finalement, c'est le fait que les plus grandes fortunes de France Bernard Arnault, François Pinault, L'Oréal, Total, les plus grandes sociétés, d'un seul coup à qui mieux mieux ont sorti leur carnet de chèques, comme on dit. Ils sortent... François Pinault : 100 millions d'euros, Bernard Arnault : 200 millions d'euros.
Alors d'un seul coup, tout le monde dit : « Mais ils nous donnent beaucoup d'argent. Merci bien. Mais d'où sortent-ils cet argent ? D'où sortent-ils cet argent ? ». Comment ne pas comprendre que les plus grosses fortunes de France... Je crois que la fortune de Bernard Arnault, en l'espace (NDLR : d'un an), s'est accrue par la valorisation boursière de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Je rappelle que la libre circulation des mouvements de capitaux imposée par l'article 63 du TFUE permet aux plus grandes entreprises françaises et également aux plus grandes fortunes françaises d'organiser leur évasion fiscale.
Alors évidemment, maintenant que le constat est fait, voilà qu'ils font un don généreux.
Mais si la France était la France, s'il y avait une générosité partagée, si on n'organisait pas en fait la non-taxation des plus riches et des grandes entreprises, si on ne limitait pas finalement l'impôt qui pèse sur les plus riches d'entre nous, si ceci ne provoquait pas les déficits budgétaires à répétition, si nous n'étions pas – comme je le disais tout à l'heure – dans la zone euro qui nous impose par ailleurs des restrictions budgétaires constantes et une baisse générale du niveau de vie, eh bien nous pourrions avoir une politique de protection des monuments historiques, une politique de rénovation des routes et autoroutes, une politique sociale, une politique de non-démolition du droit du travail, une politique de protection de l'agriculture, une politique de défense de notre patrimoine public, et notamment de nos services publics.
L'incendie de Notre-Dame de Paris du 15 avril 2019 va peut-être en effet marquer un tournant dans le quinquennat de Macron. Pas celui qu'il attendait. Macron s'attendait à une reprise en main. Il semble d'après les éléments d'information qui avaient fuité ici ou là que peut-être – peut-être – la montagne allait accoucher d'une souris. En attendant, il était très probable que les Gilets jaunes n'auraient pas obtenu ce qu'ils souhaitaient : qu'il n'y aurait pas la suppression de l'ISF, qu'il n'y aurait pas le RIC en toutes matières au niveau national. Bref, en réalité, Macron était entre le marteau et l'enclume et allait sortir sans doute un discours qui aurait déçu beaucoup de monde.
Cette affaire d'incendie de Notre-Dame vient tout bouleverser, vient changer le cours des choses. Pour ce qui concerne l'UPR, nous espérons que ce symbole sera pour beaucoup de Français comme un avertissement, une espèce de dernier avertissement avant le déluge. Il faut que les Français sortent de leur torpeur collective. Il faut qu'ils cessent de se désintéresser de la chose publique. Il faut qu'ils se réinvestissent en politique.
Il faut qu'ils comprennent que la France est actuellement tombée dans les mains de dirigeants qui sont pilotés par des grandes industries, des grands groupes industriels, des grands groupes financiers, par une oligarchie euro-atlantiste, et que les dirigeants français n'obéissent pas au peuple français mais ils obéissent à des milliardaires. Les dirigeants français ne se battent pas pour nos intérêts nationaux. Ils se battent d'abord et avant tout pour les intérêts d'une petite oligarchie mondiale qui a pris le pouvoir sur l'UE, sur la France et les pays d'Europe par l'intermédiaire de l'UE.
Il faut que les Français, en voyant l'incendie de Notre-Dame de Paris, se rappellent qu'ils sont les descendants d'un très grand peuple, d'une nation qui a 1 000 ans depuis l'accession au trône de France de Hugues Capet à Noyon en 987, une nation qui a plus de 1 500 ans si on remonte au baptême de Clovis en 496, une nation qui a même plus de 2 000 ans si l'on remonte au serment des tribus gauloises autour de Vercingétorix à Bibracte. Il faut que les Français se ressaisissent, qu'ils se redressent, comme disait Charles de Gaulle, qu'ils soient à la hauteur des 40 ou 50 générations qui ont fait notre pays. Il faut que les Français reprennent leur destin en main.
Vous savez ce qu'il faut faire pour cela. Il faut que les Français décident souverainement de redevenir le peuple libre dont il porte le nom. Franken, ça veut dire homme libre. Or, la liberté ne pourra arriver que lorsque les Français auront décidé sans faux-fuyant, sans mensonge politicard, sans retournement de veste abject et répugnant, lorsque les Français auront décidé en pleine conscience de sortir la France de l'UE, de la libérer de cette prison des peuples du temps moderne et de libérer la France du carcan de l'euro. Vive la République, vive Notre-Dame de Paris et vive la France. (Générique)
François Asselineau