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interviewRadio J — L'interview politique· 4 février 2026 14 min

Prisca Thevenot - L'interview politique du 04/02/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Prisca Thevenot

Bonjour Prisca Thévenot, vous êtes députée des Hauts-de-Seine, vous avez été secrétaire d'Etat à la Jeunesse, puis porte-parole du gouvernement de Gabriel Attal, également porte-parole de Renaissance, le parti présidentiel. Alors l'actualité du jour, c'est bien sûr le réquisitoire de l'accusation, c'était hier dans le procès en appel des assistants parlementaires européens du RN. Pas d'exécution provisoire pour Marine Le Pen, mais 4 ans de prison dont 1 ferme et toujours 5 ans d'inégibilité.

Je rappelle que ce n'est que le réquisitoire que le jugement sera rendu, enfin que la décision de la cour d'appel sera rendue en juin, juillet peut-être, mais en tout cas son avenir présidentiel, sa candidature est grandement hypothéquée toujours.

0:52
Présentateur

Écoutez, je ne vais pas commencer à faire du commentaire sur un réquisitoire, alors que comme vous l'avez dit très justement, les conclusions sont à attendre et qu'il est important que maintenant la justice puisse travailler sur les conclusions apportées, les arguments apportés par rapport à ces conclusions et qu'elles le fassent sans pression aucune. Je pense que c'est ça qui est important. Donc plutôt que de venir faire du commentaire du commentaire, regardons plutôt les faits en réalité. Ça fait maintenant plusieurs semaines, plusieurs mois, même maintenant des années, que le RN fait l'actualité bien malgré eux et sur des sujets extrêmement douteux.

Il y a effectivement le procès pour détournement de fonds publics au niveau du Parlement européen. Il y a eu aussi, et souvenez-vous au moment de la dissolution dont on a parlé sur le billet d'humeur tout à l'heure, des profils que je qualifierais de très problématiques pour ne pas aller encore plus loin parce qu'on pourrait en parler pendant cinq heures. Il y a eu aussi cette volonté en permanence de considérer que l'hémicycle considérait à être un endroit où on rejette en permanence et on censure tout ce qui peut passer. Bref, le RN en réalité n'a jamais changé avec ses origines. Et c'est ça que nous revoyons aujourd'hui depuis maintenant plusieurs semaines et plusieurs mois.

Et c'est plutôt ça qu'il faut mettre en avant. A cela, je pourrais ajouter sur la scène internationale leur soumission assumée à des puissances étrangères qui, pardon, menacent les intérêts économiques de notre pays.

2:16
Prisca Thevenot

Vous pensez à la Russie et aux Etats-Unis de Donald Trump.

2:19
Présentateur

Exactement. Et donc tout cela, en réalité, doit être pris dans leur ensemble. C'est tout un système aujourd'hui que nous voyons se mettre en œuvre devant nous, avant même les échéances qui vont être importantes l'année prochaine, 2027. C'est tout un programme, c'est un slogan. Et aujourd'hui, ce que nous voyons du RN, ce ne sont pas des erreurs, c'est une promesse. Une promesse de faire que la France soit un pays sous la main d'autres puissances étrangères, plus du tout capables de gérer son destin. Que le RN ferait en sorte que la justice s'applique pour tout le monde, sauf pour elle. Enfin bref, à un moment, je pense qu'il faut ouvrir les yeux sur la globalité du RN.

2:55
Prisca Thevenot

Et pourtant, et pourtant, les sondages à ce stade, ce ne sont que des sondages, que des mesures de l'opinion à 16 mois d'élection présidentielle. Mais ça donne quand même une indication de la dynamique. Ces sondages, ils annoncent une présence quasi certaine du candidat du RN, quel qu'il soit, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, même si celle-ci est hypothéquée. Et surtout, une énorme avance sur ces poursuivants au premier tour, c'est aux alentours de 35%. On entend votre argument, mais est-ce que vous pensez que ces arguments pourraient contrer cette, entre guillemets, irrésistible ascension ?

3:24
Présentateur

Au-delà de ces arguments que je rappelle et que je continue à défendre, il y a aussi les arguments de fond. Effectivement, les sondages sont à regarder. Je ne vais pas vous faire celle qui dit les sondages, machin, etc. Non, les sondages sont à regarder. C'est une photographie à un instant T de l'opinion publique. Mais on n'est pas dans une campagne encore. Il y a une dynamique de campagne qui doit s'installer. Souvenez-vous, en 2022, sauf erreur de ma part, tout le monde donnait Éric Zemmour gagnant, non ? Où est-il ?

3:48
Prisca Thevenot

Enfin, gagnant, en tout cas, bien placé.

3:50
Présentateur

En tout cas, bien placé. Très bien placé pour le second tour. Où est-il ? Donc, moi, je dis simplement qu'il y a des dynamiques de campagne qui se font autour de quoi ? D'un projet. Et aujourd'hui, le projet du RN, qui évolue au gré des sondages, ça ne marche pas. Parce qu'ils ont beau, toute la journée, dire que les éoliennes et les énergies renouvelables, ça ne sert à rien. Pour autant, ils en imitent bien le tournant. Ils changent d'avis en permanence. Donc, on verra en dynamique de campagne. D'ailleurs, on verra qui sera en campagne. Est-ce que ce sera Jordan Bardella ou Marine Le Pen ? Je ne suis même pas sûre que ce soit la même dynamique.

Et que tout le clan du RN se positionne de la même façon derrière l'un ou l'autre. Donc, laissons venir les choses.

4:30
Prisca Thevenot

Alors, sur l'actualité à l'Assemblée nationale, la France a enfin, enfin, enfin un budget pour 2026. Lundi, les deux dernières motions de censure déposées par la gauche non-socialiste et par l'extrême droite ont été rejetées. La loi de finances est désormais considérée comme adoptée, même si le Conseil constitutionnel doit encore la valider dans quelques jours. On a envie de dire, ouf, il était temps que ça se termine quand même, non ?

4:52
Présentateur

Oui, il était temps qu'on puisse avoir un budget. Il était temps qu'on sorte enfin de ce marasme budgétaire dans lequel on est enfermé maintenant depuis de trop nombreux mois pour pouvoir adresser les autres sujets que les Français attendent de nous. Et donc, c'est important. Nous avons commencé, nous, au travers de nos niches parlementaires, c'est-à-dire des journées dédiées aux textes que nous voulons proposer avec le groupe de Gabriel Attal sur les enjeux des réseaux sociaux, qui sont un enjeu de société extrêmement important pour nos jeunes.

Et nous continuerons sur les prochaines niches parlementaires, par exemple, à adresser le sujet de l'ouverture des boulangeries, si elles le souhaitent, le 1er mai. Vous savez que c'est tous les ans quelque chose qui revient. Nous avons des boulangers qui veulent pouvoir ouvrir, mais qui sont sous le coup d'amendes forfaitaires extrêmement importantes. Et donc, c'est un sujet que nous voulons pouvoir remettre sur le dessus de la table. Bref, nous, nous continuons à avancer en dehors de ce budget, effectivement, que je laisserai à d'autres le soin de commenter.

5:40
Prisca Thevenot

Quand même, justement, je vais vous demander un commentaire. Il a l'avantage d'exister, ce budget, mais en réalité, personne n'est vraiment content et surtout pas au sein du bloc central, du pôle Macroniste. Il y a eu beaucoup de vos collègues qui sont un petit peu atterrés et qui considèrent qu'on a fait trop de concessions au PS et que trop de fondamentaux macronistes de réformes menées depuis 2027 ont été remises en cause. C'est un peu la déprime, non, au sein du groupe macroniste ?

6:03
Présentateur

Non, ce n'est pas la déprime, c'est la lucidité. Est-ce que ce budget est le nôtre ? Non. Est-ce que nous nous y retrouvons ? Non plus. Est-ce que ce budget est un compromis entre le gouvernement et le Parti Socialiste ? Oui. Et quand je dis cela, moi, je reprends les mots du gouvernement qui dit de façon assez simple, ce n'est ni la copie budgétaire d'aucune famille politique en particulier. Ben oui, c'est vrai, c'est le budget du gouvernement qui en prend l'entièreté de la responsabilité au travers du 49-3. Donc, est-ce que je me retrouve dans ce budget ? Absolument pas. Est-ce que je le défendrais ? Non plus. Pour autant, le pire des budgets serait celui qui n'existe pas.

6:42
Prisca Thevenot

Qu'est-ce que vous disent les gens que vous rencontrez dans votre circonscription, les électeurs de la situation politique nationale ? Quel est leur sentiment ? Ils sont furieux ? Ils sont déprimés ? Ils sont en colère ? Ils ont désespéré ?

6:54
Présentateur

Déjà qu'il y a un soulagement que le débat budgétaire soit derrière nous. De la même façon, est-ce qu'ils ont envie de rentrer dans l'applaudissement de ce budget ? Non plus, mais ils ont envie de se concentrer aussi sur un enjeu qui est devant nous, c'est les élections municipales, de pouvoir aujourd'hui faire du local et peut-être de mettre un peu plus en sourdine les polémiques et les querelles d'égo nationales.

7:16
Prisca Thevenot

Un mot sur le président Emmanuel Macron qui est retourné hier sur le terrain, c'était à Vesoul pour visiter une exploitation agricole, deux semaines après son coup d'éclat à Davos avec son for sure et ses lunettes aviator. Est-ce qu'il est de retour le président en grande forme ?

7:29
Présentateur

Je pense que vous parliez de Davos. Sur le sujet et la scène internationale, il n'a jamais, jamais manqué à l'appel. Et c'est la force de notre président de la République d'avoir toujours su se mettre au-dessus de la mêlée pour défendre la voie française plus que jamais à un moment où les grandes puissances étrangères se réaffirment. Aussi bien par rapport à ces grandes puissances étrangères, mais aussi au sein de l'Union européenne. On ne peut pas prétendre aujourd'hui être patriote, défendre les intérêts économiques, diplomatiques et d'attractivité de notre pays si nous ne pesons pas au niveau international.

Et depuis 2017, nous avons une constance, celle du président Emmanuel Macron, sur ces enjeux. Et vraiment, je pense qu'aujourd'hui, qu'on soit ou non macronistes, qu'on soit aujourd'hui soutien du président de la République, et je l'entends partout, vous me parliez de ce que j'entends sur le terrain, notamment de ma circonscription, c'est unanimement reconnu, en tout cas largement reconnu.

8:15
Prisca Thevenot

Alors, votre circonscription est dans les Hauts-de-Seine. C'est à côté de Paris. Vous devez avoir un avis sur la campagne des municipales dans la capitale. Votre parti Renaissance soutient le candidat Pierre-Yves Bournazel, qui est le candidat Horizon, le parti d'Edouard Philippe. Mais d'autres soutiennent Rachida Dati, qui est candidat pour LR. Qu'est-ce que vous en pensez ? Comment vous positionnez-vous ?

8:33
Présentateur

Alors, il n'y a pas les uns ou les autres. Ma famille politique, et je fais partie de la Commission nationale d'investiture, soutient uniquement Pierre-Yves Bournazel, la candidature de Pierre-Yves Bournazel. Je pense qu'il faut être clair aussi dans nos positionnements, d'autant plus où il y a beaucoup de flou dans la politique dans notre pays globalement. Moi, ce que je vois, oui, j'étais hier, par exemple, au lancement de campagne d'Antoine Le Sieur, qui se présente pour être tête d'arrondissement dans le 6e arrondissement de Paris. Et je dois dire, moi, je regarde un peu ce qui se passe depuis quelques heures, quelques jours, notamment au travers des réseaux sociaux.

Et je pense que la campagne de Paris, comme toutes les autres, mais la campagne de Paris aussi, puisque vous m'interrogez, n'a pas besoin d'outrance et de petits mots envoyés au travers des tweets des uns et des autres. C'est le cas ? Vous pensez que Rachida Dati fait preuve d'outrance dans cette campagne ? Là, je n'ai pas vu Rachida Dati, mais j'ai vu des gens de son équipe. Effectivement, je lis, comme tout le monde, les réseaux sociaux, où après, on est sur de la polémique par tweet interposé. Je pense qu'aujourd'hui, Paris n'a pas besoin d'outrance. Paris a besoin de politiques qui, justement, font de la politique pour les Parisiens et les Parisiennes.

Parlons du fond, proposons, regardons quels sont les programmes des uns et des autres. Et sur cette base-là, débattons. C'est de ça dont on a besoin, mais pas de petites polémiques à la petite semaine qui, honnêtement, font le jeu de ceux, à mon avis, que ni Rachida, ni Pierre-Yves Bournazel, ni d'autres ne veulent voir arriver à la tête de Paris.

9:52
Prisca Thevenot

Justement, ceux-là, on va en parler. Au-delà de Paris, vous craignez une poussée du Rassemblement national ailleurs dans le pays. On parle de conquête, notamment autour de l'arc méditerranéen. On parle de Toulon, voire de Marseille, de Nice avec l'UDR d'Éric Ciotti. Ça vous inquiète, cette poussée-là ?

10:07
Présentateur

On peut voir ce qui s'est passé, notamment en Savoie, le week-end dernier, où UDR a raflé une terre historiquement LR. Ce n'est pas anodin.

10:16
Prisca Thevenot

Ça veut dire que l'union des droites, elle est en marche ? L'union entre la droite et l'extrême droite ?

10:20
Présentateur

Même, j'ai envie de vous dire plus que ça. Si on regarde ce qui s'est passé sur ces législatives, où UDR, le parti d'Éric Ciotti, a battu les LR sur leur propre territoire historique, ce n'est pas l'union des droites. C'est plus les LR vont glisser vers des discours allant vers du populisme d'extrême droite, et plus l'extrême droite va gagner. Ils ne sont pas en train de faire l'union des droites, ils sont en train de se faire manger par l'extrême droite.

10:43
Prisca Thevenot

C'est le grand remplacement ?

10:44
Présentateur

Vous l'avez dit vous-même. Donc moi, je le dis assez factuellement, et je pourrais en sourire, mais en réalité, c'est extrêmement dangereux. Donc oui, aujourd'hui, nous devons continuer ce que nous avons essayé de mettre en place dès 2024 avec Gabriel Attal notamment, c'est de dire qu'au niveau national comme au niveau local, attention, ne croyons pas que nous pouvons faire l'économie de division quand nous partageons des valeurs communes qui sont en premier lieu de faire barrage aux extrêmes. Et j'insiste sur aux extrêmes.

11:12
Prisca Thevenot

Alors, parler des extrêmes, la France insoumise, on a beaucoup pointé sa responsabilité dans l'explosion de l'antisémitisme en France, notamment depuis le 7 octobre, où vous pensez que Jean-Luc Mélenchon et ses équipes sont en partie responsables de cette montée de l'antisémitisme ?

11:26
Présentateur

Écoutez, quand vous voyez de l'islamophobie partout et de l'antisémitisme nulle part, vous participez à minimiser un fait majeur dans notre pays qui touche de nombreuses femmes, de nombreux hommes, de nombreux jeunes. Et en invisibilisant la montée de l'antisémitisme dans notre pays...

11:41
Prisca Thevenot

Je rappelle qu'il avait dit que l'antisémitisme était résiduel en France.

11:44
Présentateur

Vous voyez très bien de quoi je parle exactement. vous participez, de fait, à abaisser notre vigilance collective. Et on a eu, d'ailleurs, à une occasion, un rapport à une mission d'enquête qui a été faite sur l'antisémitisme et les ingérences étrangères. Lors de cette commission, Jean-Luc Mélenchon a été auditionné. J'ai été quand même assez chagrinée de voir que seule ma famille politique était représentée puisque j'étais la seule présente pour affronter Jean-Luc Mélenchon. Je pense qu'à un moment, il faut aussi... On peut le dire sur les micros, on peut en parler, on peut être interrogé.

Mais quand on a la chance d'avoir Jean-Luc Mélenchon, qui pour une fois n'est pas là pour nous faire son grand numéro de tribun, mais être là pour répondre aux questions, dans le cadre d'une commission d'enquête, que je sois la seule et unique représentante de ma famille politique et que toutes les autres familles politiques avaient piscine, ce n'est pas à la hauteur de l'événement. Je suis désolée. Et je le dis avec beaucoup de gravité. Ce n'est pas à la hauteur de l'événement.

12:35
Prisca Thevenot

Alors, vous parliez du fait de faire barrage aux extrémismes, au pluriel, pour 2027. Pour vous, quel est le meilleur candidat dans votre bloc central, comme on dit, pour empêcher leur arrivée au deuxième tour, pour empêcher un deuxième tour entre Jordan Bardella, par exemple, et Jean-Luc Mélenchon ?

12:53
Présentateur

Déjà, pour 2027, je pense que ma famille politique est partie d'un simple fait, je pense qu'il est communément partagé. Le simple fait de dire être contre la LFI et contre le Rassemblement National ne fait pas un projet, ne fait pas une vision pour la France. Ça, c'est une démarche, c'est une ligne rouge. Mais est-ce que vous avez envie de rêver en vous disant simplement « ils nous promettent d'être contre le RN et la LFI ? » Non. Pardon, excusez-moi, et vous le voyez bien quand vous parlez autour de vous, quand moi je parle dans ma circonscription. Et donc, notre démarche avec Gabriel Attal, c'est bien d'être dans une démarche de rassemblement.

Et donc, oui, aujourd'hui, une démarche de rassemblement qui est capable aussi de continuer à avancer et de ne pas se dire que les difficultés qui sont face à nous sont simplement des difficultés à pousser du bout de la main ou de trouver des coupables. Trouvez des solutions ensemble. Est-ce que nous avons fait d'ailleurs au sein de la Nuit de la République il y a maintenant moins d'une semaine ?

13:40
Prisca Thevenot

Merci Prisca Thévenot, à très bientôt sur elle.