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interviewC à vous (sur YouTube)· 2 juin 2026 9 min

Violences sur mineurs, loi « Bétharram » : Édouard Geffray, ministre de l’Éducation réagit

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Ca, ça a été abandonné? - E.Geffray: Non, c'est juste mis à l'examen car ça pose énormément de questions juridiques.

Ca aboutira probablement à des mesures assez fortes. Mais il faut un cadre juridique permettant de le faire. - A.-E.Lemoine: Est-ce que cette loi votée à l'Assemblée et qui doit être débattue au Sénat a des chances d'entrer en vigueur à la rentrée? - E.Geffray: Tout dépendra du calendrier parlementaire.

Depuis le début, c'est la version du gouvernement qui a été retenue, sur l'honorabilité et la liste noire. Depuis des mois, je défends l'idée d'un fichier d'interdits d'école. Un adulte dangereux ne peut pas pénétrer les murs d'une école, sous quelque casquette que ce soit. - A.-E.Lemoine: Pourquoi a-t-il fallu attendre autant de temps pour que ce fichier soit créé? - E.Geffray: Malheureusement, historiquement, chacun est un peu resté dans son couloir.

L'Education nationale a mis en place des choses pour empêcher les gens d'entrer, avec des fichiers d'infractions sexuelles et terroristes. Le périscolaire a ses fichiers, le sport a les siens. Vous pouvez donc passer d'une case à l'autre.

Pour faire ça, il fallait une condamnation pénale. A partir du moment où j'ai licencié quelqu'un en raison de son comportement avec des mineurs, je dois l'inscrire dans un fichier pour que les autres ne l'embauchent pas. - A.-E.Lemoine: Ni le périscolaire, ni les sports.

Car ces individus pouvaient passer d'une case à l'autre? - E.Geffray: Oui.

C'était cloisonné. Ca va disparaître. - P.Cohen: Il y a une question que se posent sans doute nos téléspectateurs: qui savait et depuis quand?

Vous avez fait une bonne partie de votre carrière à l'Education nationale. Quand avez-vous compris quelle était l'ampleur du phénomène, jusque-là apparemment ignoré par les autorités? - E.Geffray: Bétharram a servi de révélateur et de déclic, au titre d'actes passés.

Mais je pense que ça a aussi probablement joué, y compris avec d'autres dispositifs mis en place, sur la libération de la parole des enfants pour les actes qui se sont passés ces derniers mois ou ces dernières semaines. J'ai en tête un cas précis. C'est le cours d'éducation à la vie sexuelle suivi par la grande soeur qui a permis à la petite soeur à table de dire que c'était ce qui lui était arrivé. - A.-E.Lemoine: Il a fallu que les enfants parlent? - E.Geffray: Il a fallu faire tomber un certain nombre de tabous pour que la parole se libère.

Le 2e enjeu, c'est, collectivement, d'écouter la parole de l'enfant. - A.-E.Lemoine: Là, 255 signalements depuis le mois de janvier... - E.Geffray: Depuis le début de l'année scolaire, en septembre. - A.-E.Lemoine: Désormais, dès qu'un signalement est émis, quelles mesures sont prises ou bien vont être prises dès l'application de cette loi? - E.Geffray: A partir du moment où il y a un signalement à l'école, mais ça fait déjà longtemps qu'on l'applique, la règle, c'est: suspension de l'agent, enquête, sanction.

S'il s'avère que la personne a effectivement commis des actes...

On a parfois des accusations à tort. Ca peut arriver. Mais c'est la règle absolue.

Tout l'enjeu, c'est...

On a l'article 40, pour que le procureur puisse engager des poursuites pénales. Ce que la loi apporte, c'est de dire qu'à partir du moment où il y a un licenciement par l'administration, une révocation, comme à partir du moment où il y aura une sanction pénale, la personne ne pourra plus remettre les pieds à l'école, ni comme intervenant, ni comme agent public, ni comme agent du périscolaire, ni comme animateur sportif. Il est banni de l'école. - A.-E.Lemoine: Après un signalement, les parents sont tenus régulièrement au courant des mesures prises par la direction de l'établissement et l'académie? - E.Geffray: Ils sont tenus au courant de tout ce qui est suspension.

Mais la procédure pénale, par définition, le temps de l'enquête, qui peut parfois être un peu long...

Ca peut les laisser dans une forme de "silence". Ca ne veut pas dire qu'il ne se passe rien. La justice agit.

Mais pendant le temps de l'enquête, il n'y a pas forcément de nouvelles à donner aux familles. C'est évidemment frustrant, mais nécessaire pour avoir une procédure efficace. - P.Cohen: Depuis quelques minutes, plus de 1 million d'élèves de terminale reçoivent une première série de réponses à Parcoursup.

Le nombre total de voeux sur la plateforme a fortement augmenté cette année. En fin de parcours, certains finissent par choisir des études supérieures par défaut. C'est le cas d'un étudiant que nous avons rencontré.

Il voulait faire du droit et des sciences sociales. Il étudie aujourd'hui l'économie. - Au début, j'étais en liste d'attente.

J'avais de l'espoir. Au fil de l'été, je voyais que ça montait de moins en moins vite dans la file d'attente. J'attendais, j'attendais...

Malheureusement, je n'ai pas eu les voeux que je voulais. Du coup, je me rabats sur l'économie. J'essaie d'apprécier les matières que je peux.

Mais je reste un peu déçu. Je vais prier pour que ça se passe mieux dans 2 ans, au moment du master. Et encore une fois, là, il y aura une sélection. - P.Cohen: Vous pensez, comme ceux qui défendent ce système, que c'est le moins mauvais possible, compte tenu de la sélection nécessaire à l'université?

Ou alors, que Parcoursup doit être réformé? - E.Geffray: Il y a des gens, effectivement, qui disent qu'il faut abolir Parcoursup. - P.Cohen: C'est surtout LFI et le RN. - E.Geffray: Ils disent que Parcoursup, l'algorithme, trie les élèves.

Juste: il n'y a pas d'algorithme dans Parcoursup! Il n'y a pas de tri! Parcoursup fait juste se rencontrer l'offre et la demande.

Les élèves font leurs voeux et chaque formation choisit ses futurs étudiants. Parcoursup ne trie personne! Supprimer Parcoursup, ça veut dire le remplacer demain matin par un outil permettant de faire en sorte que l'offre et la demande se rencontrent.

Personne ne saurait faire autrement. Je ne sais pas pour votre génération, mais quand j'étais jeune, on avait des dossiers papier, on faisait la queue pendant des heures dans les universités. Les jeunes s'inscrivaient à ce que connaissaient leurs parents, en fait.

Aujourd'hui, tout jeune de France peut connaître toutes les formations dans le détail. Tout lui est accessible. Ca peut créer un petit vertige... - P.Cohen: C'était la solution par l'échec.

On comptait les abandons en première année. - E.Geffray: C'était aussi la sélection par le biais social.

Il valait mieux être riche et au courant pour aller en classe prépa. Ce genre de choses...

Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Tout élève peut avoir connaissance de tout ce qui se passe. La plateforme est transparente aussi sur les chances de réussite.

C'est pourquoi il faut bien accompagner les élèves, pour qu'il y ait un panachage. Il faut allier des licences très ouvertes aux formations spécialisées pour qu'ils soient sûrs d'avoir quelque chose. - P.Cohen: Tout cela n'élimine pas le sentiment d'injustice. - E.Geffray: Non, mais ça dépend beaucoup de ce qu'on a soi-même choisi.

Il faut construire ses choix. Pour le coup, c'est une exigence supplémentaire, il faut que ces jeunes soient encore mieux accompagnés. - A.-E.Lemoine: Souvent, ça crée une inégalité sociale.

Les mieux accompagnés sont ceux dont les parents leur payent quelqu'un qui les coache pour pouvoir se donner le plus de chance possible sur Parcoursup. Il y a un marché parallèle des coachs Parcoursup assez dingue! - E.Geffray: Ce n'est pas le seul marché qui est dingue.

En tout cas, celui-ci existe, mais la réalité, c'est qu'il y a 2 professeurs principaux par classe de terminale. Un jeune a d'abord vocation à discuter avec ses proches et ses professeurs. - A.-E.Lemoine: Qui ont le temps de l'aider à remplir le dossier Parcoursup?

Ca m'étonnerait. - E.Geffray: Si.