Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationRTL — Le Grand Jury (sur Podcast)· 10 juin 2025 22 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalImmigration & asileSécurité

TOUT SAVOIR SUR - Un an après la dissolution, qui sont les gagnants et les perdants du pari d'Emmanuel Macron ?

Au micro : Marie-Pierre HaddadSource d'origine 9 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 40 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 90 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:38FerméeÉludée

    Mais vous n'auriez pas pris la même décision ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que tu peux nous dire ce que tu en as retenu ?

  • 10:39RelanceRéponse directe

    Quand tu parles de bavardage, est-ce que tu fais référence aux menaces de censure ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    Tu disais aussi que cette dissolution n'a profité à personne. Est-ce qu'il n'y a pas un gagnant dans tout ça qui est François Bayrou ?

  • 13:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi est-ce que maintenant, un an après la dissolution, le Rassemblement National est un peu du côté des perdants ?

  • 14:23OuverteRéponse directe

    Et la gauche, dans tout ça, si une dissolution se produit, est-ce que tu penses qu'on pourrait avoir le retour du NFP ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:48InvitéFait
    « Je ne saurais donc, à l'issue de cette journée, faire comme si de rien n'était. J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. »
  • 0:55InvitéFait
    « Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale. »
  • 2:28InvitéFait
    « La décision de la dissolution est la décision d'un seul homme, le président de la République. C'est sa prérogative. »
  • 3:29InvitéFait
    « Nulle part, nous ne permettrons au RN de l'emporter, nous retirerons notre candidature. »
  • 4:50Locuteur 6Fait
    « Quand il y a des gens qui souhaitent faire de la politique au sein du Rassemblement National, et qui ont des propos qui ne correspondent pas à mes valeurs, aux valeurs sur lesquelles j'ai été élu président du mouvement, et aux valeurs qui sont celles de notre projet, nous les mettons de côté, nous leur indiquons la porte. »
  • 5:27Locuteur 5Fait
    « Nous avons besoin d'une alliance en restant nous-mêmes, en évitant le danger des insoumis qui demain pourraient avoir une majorité à l'Assemblée Nationale. Donc il faut une alliance avec le Rassemblement National, avec ses candidats. »
  • 6:41Locuteur 1Fait
    « Nous n'avons pas de temps à perdre. Combien durera cette Assemblée ? Je n'en sais rien. Un an, deux ans et demi jusqu'à la présidentielle. »
  • 7:05Locuteur 4Fait
    « Nous avons dit au président de la République qu'il fallait maintenant qu'il assume ses responsabilités et qu'il nomme enfin un Premier ministre. »
  • 8:10Locuteur 3Fait
    « Cette motion de censure rendra tout plus grave et plus difficile. Cela restera un honneur d'avoir servi avec dignité la France et les Français. »
  • 8:41InvitéFait
    « Mon souhait, c'est qu'il n'y ait pas d'autre dissolution. Mais mon habitude n'est pas de me priver d'un pouvoir constitutionnel. »
  • 9:21InvitéFait
    « S'il y avait un bénéfice politique qu'Emmanuel Macron en espérait, et c'était son pari, c'est une opération totalement ratée, puisque ce qu'on voit un an après, c'est un parlement qui ne fonctionne pas bien, qui arrive à faire peu de choses. »
  • 11:02InvitéFait
    « Les planètes ne sont pas alignées pour faire tomber François Bayrou. »
  • 12:13InvitéFait
    « François Bayrou, il s'est imposé grâce à la dissolution et grâce à l'échec de Michel Barnier. »
  • 13:24InvitéFait
    « Ils n'ont pas gagné les législatives. Il faut se rappeler quand même que la campagne d'entre-deux-tours a été une mauvaise campagne du Rassemblement National, et plus précisément le Jordan Bardella. »

Temps de parole

  • Invité51 %
  • Présentateur37 %
  • Invité 24 %
  • Locuteur 63 %

1,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour à tous, c'est Marie-Pierre Haddad. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de « Tout savoir sûr », le podcast de la rédaction de RTL. Il y a un an, le 9 juin 2024, Emmanuel Macron décidait de dissoudre l'Assemblée nationale une heure à peine après les résultats du second tour des élections européennes, scrutin qui a acté la victoire du Rassemblement national, l'effritement de la majorité présidentielle et la percée des socialistes. Ces élections auraient dû n'être analysées que par le prisme européen, ne surtout pas nationaliser ce vote, nous rabâcher à l'époque la majorité au pouvoir, mais tout a basculé dans le secret du bureau élyséen.

0:43
Invité

Je ne saurais donc, à l'issue de cette journée, faire comme si de rien n'était. J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale. Je signerai dans quelques instants le décret de convocation des élections législatives qui se tiendront le 30 juin pour le premier tour et le 7 juillet pour le second.

1:11
Présentateur

Le récit de cette séquence politique historique, fait à postériori, montrera la tentation d'Emmanuel Macron de lancer une grenade dégoupillée dans les jambes de ses adversaires. Et l'effet est immédiat, c'est la stupéfaction et l'incompréhension dans la classe politique qui aura rarement eu ainsi le souffle coupé. Longtemps brandi en menace, très peu mise à exécution, la Ve République n'aura connu que cinq dissolutions. La VIe replonge les leaders politiques dans une nouvelle campagne électorale. Candidats à investir, tract à imprimer, listes à déposer, débats à organiser, programmes à peaufiner. Dans la foulée de l'allocution présidentielle, la vie politique reprend avec une rare intensité.

Les lumières dans les bureaux des QG restent allumées une bonne partie de la nuit, sauf peut-être chez Renaissance où c'est le silence. Silence d'ailleurs pendant plusieurs jours du premier ministre déchu Gabriel Attal. En témoigne cette photo en noir et blanc, prise par la photographe officielle de l'Elysée, soisigue de la moissonnière. Face à Emmanuel Macron et ses conseillers, Gabriel Attal, bras croisés, regard fixe en direction du président et visage fermé, tendu. Gérald Darmanin, lui, se couvrant la bouche. Et Yael Brun-Pivet, plongé dans ses notes, la Macronie ne comprend plus son patron.

2:28
Invité

La décision de la dissolution est la décision d'un seul homme, le président de la République. C'est sa prérogative.

2:38
Présentateur

Mais vous n'auriez pas pris la même décision ?

2:40
Invité

Exercer. Je suis ministre de l'économie et des finances.

2:44
Présentateur

A gauche, c'est le branle-bas de combat. La campagne des Européennes a exacerbé les tensions entre le Parti Socialiste et la France Insoumise. Et pourtant, ce qu'Emmanuel Macron n'avait pas envisagé, se produit. Merci d'être présent pour le premier événement public, pour le lancement du nouveau Front Populaire. Nous allons maintenant vous présenter le résultat d'un énorme travail collectif qui a été réalisé ces derniers jours, ces dernières nuits, et qui fait que nous sommes au rendez-vous de l'histoire. Un programme et une liste en commun, communistes, insoumis, écologistes et socialistes.

Le nouveau Front Populaire s'organise en un temps record, les circonscriptions sont partagées, et le Front Républicain est reconstitué.

3:29
Invité

Nulle part, nous ne permettrons au RN de l'emporter, nous retirerons notre candidature.

3:36
Locuteur 2

Nous retirerons tous nos candidats dès lors qu'il y a un risque de faire élire un candidat du Rassemblement National.

3:42
Présentateur

Tout cela dans un climat sous tension.

3:49
Locuteur 7

Aucune voix ne doit se porter sur les candidats du RN, ni sur ceux de la France Insoumise.

3:54
Présentateur

Je n'ai jamais parlé d'une coalition, d'une alliance avec la France Insoumise. Je les ai suffisamment combattues. La première étape, c'est que ce dimanche, on ne donne pas les pleins pouvoirs à l'extrême droite. Que l'extrême droite ne dispose pas d'une majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Je suis, un, atterrée, et deux, extrêmement en colère. On vous sent très émue ? Très émue, parce que ça fait dix ans que je vis dans une ville tenue par le RN. C'est hors sol, c'est lunaire, et ce n'est pas à la hauteur de l'histoire. Le RN, lui, veut doubler la mise et profite de la dynamique des européennes.

Le tourbillon de la campagne s'intensifie alors, et des candidats problématiques et racistes sont écartés, après des révélations faites par Mediapart, et aussi des révélations de la presse régionale.

4:34
Locuteur 6

Quand des brebis galeuses s'approchent du Rassemblement National, moi, je n'ai pas la main qui tremble. À gauche, ils sont investis, et quand ils sont fichés, ils sont même élus. C'est fait une différence.

4:44
Présentateur

Les brebis galeuses dans votre groupe au RN, à l'Assemblée ?

4:47
Locuteur 6

Non, il n'y a pas de brebis galeuses. Quand il y a des gens qui souhaitent faire de la politique au sein du Rassemblement National, et qui ont des propos qui ne correspondent pas à mes valeurs, aux valeurs sur lesquelles j'ai été élu président du mouvement, et aux valeurs qui sont celles de notre projet, nous les mettons de côté, nous leur indiquons la porte. Mais ce qu'il faut juger, c'est la réaction des mouvements politiques. Et je pense que notre réaction en la matière a toujours été rapprochable.

5:11
Présentateur

Des brebis galeuses minimisera Jordan Bardella, car en coulisses, l'état-major du parti voit l'un de ses objectifs à portée de main. C'est la cohabitation avec Jordan Bardella à Matignon. Surtout qu'un événement est supposé remettre de l'essence dans la machine RN.

5:27
Locuteur 5

Nous avons besoin d'une alliance en restant nous-mêmes, en évitant le danger des insoumis qui demain pourraient avoir une majorité à l'Assemblée Nationale. Donc il faut une alliance avec le Rassemblement National, avec ses candidats. Je crois que le pays n'a jamais été autant à droite. Il attend la droite, il attend des actes de droite.

5:49
Présentateur

Si la gauche réussit à se rassembler, la droite, elle, se disloque dans un épisode politique digne d'un vaudeville. Éric Ciotti a franchi le Rubicon en actant une alliance électorale avec le Rassemblement National. Mais son parti, les Républicains, lui résistent, tandis que lui le prend en otage, littéralement, puisqu'il s'enferme au sein du QG. On nous a demandé de sortir avant midi. La porte du siège des LR a été fermée. Certains nous disent qu'il faut envoyer un serrurier. On appellera le SAMU, je sais pas.

6:17
Locuteur 7

On appellera Jordan Bardella pour le sortir de son bureau.

6:19
Présentateur

Nous voici le 7 juillet 2024, soir du second tour des élections législatives anticipées et surtout soir de vérité. Le pari fou d'Emmanuel Macron lui sera-t-il favorable ? Eh bien non, la clarification attendue ne s'est pas produite. L'Assemblée Nationale est encore plus morcelée avec un RN en progression et le retour d'ailleurs de certains ténors de la vie politique française.

6:41
Locuteur 1

Nous n'avons pas de temps à perdre. Combien durera cette Assemblée ? Je n'en sais rien. Un an, deux ans et demi jusqu'à la présidentielle. Nul ne peut aujourd'hui fixer le terme. Deuxièmement, l'apaisement. L'apaisement, il est souhaité. Il est souhaité par beaucoup. Ça a été violent, cette campagne électorale. Et ici, certains militants s'en souviennent. Ça a été âpre. Et donc nous devons absolument, nous, la gauche, porter l'apaisement.

7:05
Locuteur 4

Nous avons dit au président de la République qu'il fallait maintenant qu'il assume ses responsabilités et qu'il nomme enfin un Premier ministre. Il n'y a plus aucune raison maintenant de procrastiner.

7:14
Présentateur

Je trouve que le spectacle auquel on assiste depuis une dizaine de jours est assez désolant. Je me mets à la place des Français. On entend parler de personnes. On entend parler d'appareils. C'est les partis avant le pays. Nous, pendant dix jours avec les députés ensemble pour la République, on a travaillé. Pendant que certains s'écharent, nous, on travaille sur le fond. François Hollande, Laurent Wauquiez, Gabriel Attal, le match se joue désormais dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Le nouveau Front populaire connaît son premier échec et ne parvient pas à imposer sa première ministre, Lucie Casté, à Emmanuel Macron.

Et toujours plongée dans un avenir incertain, la France va vivre un coup de théâtre, un de plus, le retour de la droite aux commandes avec la nomination de Michel Barnier en tant que Premier ministre. Et c'est alors que de nouveaux mots et de nouvelles expressions entrent dans le langage politique, socle commun, ligne rouge, censure, censure spontanée. Michel Barnier, fusible de la censure trois mois plus tard, qui ne pourra qu'acter l'échec des négociations sur le budget.

8:10
Locuteur 3

Cette motion de censure rendra tout plus grave et plus difficile. Cela restera un honneur d'avoir servi avec dignité la France et les Français.

8:19
Présentateur

Pour l'adoption 331. La première motion de censure est adoptée. Le Premier ministre doit remettre au Président de la République la démission du gouvernement. Un an plus tard, le gouvernement Bayrou est toujours sous la menace d'une censure, l'Assemblée toujours sous la menace d'une dissolution, même si Emmanuel Macron a confié son souhait, ne pas à nouveau dissoudre l'Assemblée nationale.

8:41
Invité

Mon souhait, c'est qu'il n'y ait pas d'autre dissolution. Mais mon habitude n'est pas de me priver d'un pouvoir constitutionnel.

8:46
Présentateur

Un an après cette dissolution, où en sommes-nous ? Emmanuel Macron compte-t-il à nouveau y recourir ? Les oppositions envisagent-elles de censurer le gouvernement de François Bayrou ? Et combien de temps le Premier ministre tiendra-t-il à Matignon ? Pour répondre à toutes ces questions, j'accueille aujourd'hui dans le studio de RTL Olivier Bost. Bonjour.

9:05
Invité

Bonjour.

9:05
Présentateur

Tu es le chef du service politique de RTL et tu présentes tous les dimanches, à midi, l'émission Le Grand Jury, RTL, Le Figaro, M6, Public Sénat. Alors, un an après cette fameuse dissolution et avec tout le recul que ça implique, est-ce que tu peux nous dire ce que tu en as retenu ?

9:21
Invité

S'il y avait un bénéfice politique qu'Emmanuel Macron en espérait, et c'était son pari, c'est une opération totalement ratée, puisque ce qu'on voit un an après, c'est un parlement qui ne fonctionne pas bien, qui arrive à faire peu de choses. Un gouvernement qui arrive à faire encore moins, et un président de la République qui a perdu en grande partie ses pouvoirs, celui de pouvoir gouverner, ce que tous les présidents de la République font depuis quasiment l'instauration du quinquennat, c'est-à-dire gouverner à la place de leur Premier ministre, et décider de tout et absolument tout.

Cette période-là est terminée, mais ce n'est pas une bonne période politique, parce que ce qui ressort principalement, c'est beaucoup de bavardage et une certaine impuissance, et l'impuissance en matière politique, ce n'est pas bon, parce que chez les Français, chez les électeurs, ça crée du ressentiment, et on ne sait pas trop ce que ça pourrait donner par la suite. Il n'est pas évident que même les partis dits contestataires, à la fin, en bénéficient, puisque si le sentiment qu'il emporte, c'est celui de la lassitude, de se dire que ça ne sert à rien de voter, ça sera pire que tout.

Là, je vais un peu vite dans toutes les conclusions, mais c'est vraiment ce qui ressort, je trouve, un an après.

10:39
Présentateur

Quand tu parles de bavardage, et que tu dis qu'il y en a eu beaucoup ces derniers temps, est-ce que tu fais référence à toutes les menaces de censure qu'il y a pu avoir de la part du Parti Socialiste, du Rassemblement National, à chaque fois que des lignes rouges, pour reprendre leurs termes, ne sont pas respectées ?

10:52
Invité

C'est moins ça, parce que ce sont des menaces qui, au jour d'aujourd'hui, ne sont pas très très sérieuses, parce que les planètes ne sont pas alignées pour faire tomber François Bayrou, mais on va en reparler certainement. Non, quand je parle de bavardage, c'est qu'on parle beaucoup de propositions de lois, puisque le gouvernement ne propose quasiment plus aucune loi, faute d'avoir des majorités pour les faire adopter. Donc, ils se reposent sur le Parlement pour proposer des lois, principalement le Sénat, grand gagnant au passage. Mais la plupart de ces propositions de lois, on les annonce, après il y a la première lecture, etc. Et puis finalement, il y a beaucoup de choses qui se perdent.

Et on se rend compte que même dans les propositions de lois qui sont adoptées, derrière, avec un gouvernement qui est tombé quelques mois après sa nomination, les décrets d'application n'ont pas été pris. Donc finalement, on a l'impression que des problèmes sont réglés, qu'on en a largement parlé, alors qu'en fait, il ne se passe très concrètement rien ou quasiment rien. Il ne faut pas exagérer. Il y a quand même une loi contre le narcotrafic. Il y a quelques propositions de lois qui vraiment auront des incidences pratiques pour les Français.

Mais globalement, par rapport à tous les sujets qu'on évoque, à la fin, très concrètement, il y a peu de choses qui sont adoptées et peu de choses qui changent.

12:00
Présentateur

Tu disais aussi que cette dissolution n'a profité à personne. Est-ce qu'il n'y a pas un gagnant dans tout ça qui est François Bayrou ?

12:06
Invité

Tout ce qui lui a permis la dissolution, et d'ailleurs, il l'avait envisagé dès le lendemain de la dissolution, de devenir Premier ministre. François Bayrou, il s'est imposé grâce à la dissolution et grâce à l'échec de Michel Barnier. Il s'est imposé, ce qui est totalement inédit, comme Premier ministre à Emmanuel Macron. Donc, effectivement, on peut considérer que c'est un gagnant. Et en même temps, et il le dit lui-même, d'ailleurs, s'il se retrouve aux affaires, c'est que ça va vraiment très, très, très mal. Et la marge de manœuvre qu'il a est extrêmement réduite. On voit bien, et c'est ce dont tout le monde l'accuse, qu'il fait tout pour rester.

Ce qui veut dire qu'il ne fait globalement pas grand-chose. C'est la principale critique qu'on entend à son encontre. Je ne vais pas dire un gagnant malgré lui, parce que franchement, il l'a voulu et il l'a cherché. Il a forcé le destin, exactement. Mais après, gagnant, permettez-moi d'être un tout petit peu réservé, si dans deux mois, il n'est plus là, il n'aura pas gagné grand-chose.

13:00
Présentateur

Je voudrais évoquer aussi avec toi la situation du Rassemblement National. Sur le papier, on peut dire aussi qu'ils ont gagné beaucoup de choses de cette séquence politique. Ils sont victorieux des Européennes et après, ils vont chuter aux législatives, mais ils ont quand même gagné des députés. Donc pourquoi est-ce que maintenant, un an après la dissolution, le Rassemblement National est un petit peu du côté des perdants ?

13:19
Invité

Pour deux raisons. Déjà parce qu'effectivement, ils n'ont pas gagné les législatives. Il faut se rappeler quand même que la campagne d'entre-deux-tours a été une mauvaise campagne du Rassemblement National, et plus précisément le Jordan Bardella. Jordan Bardella n'est pas devenu Premier ministre. C'était son ambition et c'était l'objectif. Et je pense que ça a vraiment marqué quelque chose, c'est que le Rassemblement National chute toujours entre les deux tours. Et c'est vraiment quelque chose qu'on a vu une nouvelle fois, pas seulement par le Front Républicain, mais aussi par une mauvaise campagne, ce qui est important.

Et dans toute la stratégie de Marine Le Pen, qui est celle, on a le dit, d'une normalisation, d'une dédiabolisation, mais c'est aussi une construction d'un sérieux. On est prêt à être aux affaires. Et bien finalement, on a vu que lors de ces législatives, ce n'était pas le cas. Et puis la deuxième chose, bien évidemment, mais ça, ça n'a rien à voir avec la dissolution. Ce sont les ennuis judiciaires de Marine Le Pen. Ça rajoute une dimension incertaine à l'avenir du Rassemblement National qui complique largement les choses. Mais fondamentalement, ça n'a rien à voir avec la dissolution.

14:23
Présentateur

Et la gauche, dans tout ça, si une dissolution, par exemple, se produit une nouvelle fois, est-ce que tu penses qu'on pourrait avoir le retour du NFP ou d'une union, en tout cas à gauche, comme il y a pu avoir en 2024 ?

14:33
Invité

Alors, je ne ferais certainement pas le pari d'Emmanuel Macron, qui était celui de se dire que la gauche n'arriverait pas à s'unir. Ça faisait partie de son équation de base. Ses plans de base, c'était la gauche ne va pas se réunir, donc ça va nous conforter. Ou alors c'est le RN qui gagne, au moins les choses seront claires. Bon, ça n'a été ni l'un ni l'autre. Et c'est bien tout le problème aujourd'hui. Et pour la gauche, aujourd'hui, il y a une difficulté qui, pour le coup, n'est plus laie à la dissolution, mais qui est vraiment un divorce. Alors, je ne sais pas jusqu'où, jusqu'à quel point, mais entre Jean-Luc Mélenchon et le reste de la gauche. Et c'est aujourd'hui le principal problème.

Après, il y a le Parti Socialiste qui, maintenant, a compris qu'il pouvait faire comme le RN avait fait avec Michel Barnier, c'est-à-dire avoir un poids politique propre, qui est un poids minoritaire. C'est celui de pouvoir bloquer une motion de censure, et donc de pouvoir bloquer le fait que François Bayrou tombe, ce qui lui donne du pouvoir pour négocier des choses. C'est ce qu'ils ont fait lors du budget pour cette année. C'est ce qu'ils vont retenter pour le budget de l'année prochaine. Quelque part, le Parti Socialiste a gagné, ou a compris qu'il avait ce rôle pivot, qui lui donnait un certain pouvoir. Donc ça, c'est une victoire.

En revanche, sur le plan purement politique, on l'a vu avec leur congrès, tout reste à faire au PS, qui est encore très très loin du pouvoir.

15:54
Présentateur

Et pourquoi est-ce que la censure du gouvernement n'est plus à l'ordre du jour actuellement ?

15:58
Invité

Justement parce que le Parti Socialiste joue une autre carte. Et après, il faut voir les enjeux suivants. Il faut toujours raisonner à l'envers, c'est-à-dire, quel serait l'intérêt aujourd'hui pour un parti de faire tomber François Bayrou ? Alors, il y a ceux qui veulent le désordre, la France Insoumise, qui voudraient après faire tomber Emmanuel Macron et avoir une présidentielle anticipée. Le Rassemblement National a été dans cette logique-là, elle est beaucoup moins aujourd'hui, mais ils reparlent encore de volonté de dissolution ou de motion de censure si nécessaire. Et il y a le Parti Socialiste.

Alors, le Parti Socialiste, ils ont une autre échéance qui, pour eux, ne va pas dans le sens d'une instabilité politique, ce sont les élections municipales. Et les Républicains, c'est pareil. C'est une élection capitale pour ces deux partis, puisque ça fait partie encore de leur base forte. Ils ont des villes, des grandes villes, ils ont des élus, ce qui est extrêmement important. Et donc, ils ont besoin de ces élections, ils ont besoin de les gagner, ou en tout cas d'être dans une situation où ils peuvent les gagner.

Et surtout, tous leurs adhérents, en partie des élus locaux, tous leurs militants, qui sont des gens qui sont localement impliqués, tous ces gens-là n'ont aucun intérêt à avoir un bazar gouvernemental à l'approche d'une échéance ou pendant un rendez-vous électoral. Donc ça, ça pousse plutôt à la stabilité. Après, il faut être très très prudent, parce que si on faisait tous des raisonnements exclusivement censés avant la dissolution prononcée par Emmanuel Macron, il n'y avait aucune raison, en tout cas aucune bonne raison de dissoudre.

Donc il faut être très prudent sur les motions de censure, comme sur une nouvelle dissolution, puisque c'est quand même un pouvoir et l'un des derniers pouvoirs qui restent à Emmanuel Macron.

17:35
Présentateur

Et le socle commun ? Comment vit le groupe qui est composé de Renaissance, Modem, Horizons, Les Républicains aussi ? Comment tu vois les choses pour eux ?

17:43
Invité

L'effet qu'il y a eu la dissolution sur le groupe, au-delà du fait que c'est une blessure quand même profonde parce qu'ils ont perdu des députés, il y a Gabriel Attal qui était Premier ministre et qui n'est plus Premier ministre, au-delà de ça, ça a accéléré finalement l'idée d'une fin de règne pour Emmanuel Macron et d'une succession.

Et c'est pour ça qu'on a aujourd'hui Gérald Darmanin qui propose des choses très régulièrement, qu'on a bien évidemment Bruno Retailleau qui n'est pas dans le bloc central, mais qui a pris un certain envol et la tête des Républicains, qu'on voit aussi Gabriel Attal qui essaye de se positionner, qui prépare aussi un programme à son tour, et puis qu'on voit plein d'autres candidatures spontanées, je pense à Elisabeth Borne ou à Aurore Berger, toutes deux ministres, et qui se disent pourquoi pas en 2027 être candidate.

Quelque part, tout le monde a compris que l'après-Macron avait déjà commencé, et ça a donc accéléré une situation où personne ne sait réellement ce qui va permettre d'avoir un seul candidat sur la ligne de départ pour l'élection présidentielle.

18:42
Présentateur

Il y a deux personnes qui sont prêtes, en tout cas pour 2027, c'est Michel Barnier et Édouard Philippe, qui eux sont déjà dans la course pour 2027. Alors Michel Barnier, il ne l'a pas dit officiellement, mais on comprend que c'est dans son esprit.

18:53
Invité

Oui, moi Michel Barnier, je le mettrais un peu plus dans la catégorie d'Elisabeth Borne, ou même de François Bayrou, non pas que ce soit les éternels candidats, mais c'est ceux qui se disent qu'on peut toujours avoir une chance. Je ne mets pas du tout dans la même catégorie Édouard Philippe, qui lui mûrit quand même cette candidature depuis longtemps, qui l'a travaillée extrêmement sérieusement par à la fois la structuration d'un réseau local, par du financement, par des idées, et qui a aussi créé un décalage volontaire avec Emmanuel Macron pour ne pas être un successeur, pire que ça, un héritier d'Emmanuel Macron. C'est la démarche d'un candidat au long cours.

19:30
Présentateur

Est-ce que tu penses, et c'est ma dernière question, qu'une nouvelle dissolution est une idée qui a traversé l'esprit d'Emmanuel Macron ? En tout cas, à l'instant où on parle et où on enregistre...

19:39
Invité

Non, non, mais il en parle, Emmanuel Macron, il dit qu'il n'abandonne pas ce qu'est l'un de ses pouvoirs. Et effectivement, quand on regarde dans les pouvoirs et que lui donne la Constitution, à partir du moment où il n'a plus de majorité, qu'on n'est même pas dans une cohabitation claire et nette, les pouvoirs qui lui restent, il y a le pouvoir de dissolution. Il a dit lui-même qu'il ne l'abandonnait pas, qu'il ne l'envisageait pas, et que son idée n'est pas de dissoudre avant 2027. Il n'a pas dit jamais. François Hollande dit qu'aujourd'hui, il aurait plus de raisons de dissoudre qu'il n'en avait il y a un an.

Parce qu'effectivement, la situation est aujourd'hui plus bloquée qu'elle l'était il y a un an. Il y a un an, il avait une majorité relative, il avait un Premier ministre qui était issu de son camp, etc. Ce n'était pas du tout la même configuration. Après, on a bien vu Emmanuel Macron, il essaye d'activer ce qu'il peut activer. Il a parlé des référendums, ça fait partie de ses pouvoirs. Mais pour moi, il y a un deuxième tournant après la dissolution, pour ce qui concerne précisément Emmanuel Macron et ses pouvoirs.

C'est l'émission de télévision qu'il fait sur TF1, où il passe de mémoire plus de trois heures d'émission, où Emmanuel Macron a montré, pour le coup, mais sans donner l'impression de s'en être encore totalement rendu compte, qu'il avait perdu le pouvoir. Et depuis, il s'agace parce que le gouvernement fait ci, parce que le gouvernement fait ça. Il y a la posture du président de la République qui, jusqu'au dernier jour, promet qu'il fera quelque chose.

Et là, ce qu'on voit, et ce qui est assez nouveau, je trouve, ces dernières semaines, c'est un président de la République qui ne cesse jamais de s'agacer et de s'impatienter et de se dire que les choses ne vont pas comme elles devraient aller et comme il voudrait qu'elles aillent. Le président a agacé. Si ça dure presque deux ans, ça va être extrêmement long, à la fois pour lui et à la fois pour tous les chéquiers politiques.

21:18
Présentateur

Est-ce que ce n'est pas une façon pour lui de préparer éventuellement l'arrivée d'un nouveau Premier ministre et pourquoi pas d'un nouveau gouvernement ? Parce que c'est aussi un autre pouvoir qu'il a.

21:26
Invité

Alors, si on analyse la relation qu'a Emmanuel Macron avec ses premiers ministres, jusque-là, à l'exception d'un seul, Jean Castex, il s'est séparé de manière volontaire, à l'exception de Michel Barnier renversé par l'Assemblée, il s'est toujours séparé de ses premiers ministres parce que, pour faire court, il finissait par ne plus les supporter. C'est l'histoire d'Edouard Philippe, c'est l'histoire d'Elisabeth Borne, c'est l'histoire de Gabriel Attal. Là, avec François Bayrou qui s'est imposé, ce n'est pas le même rapport. Il va continuer avec lui.

Je ne suis pas certain qu'il s'en sépare, mais ça fait partie des scénarios possibles où il sera renversé par l'Assemblée nationale ou il est là jusqu'en 2027.

22:04
Présentateur

Merci beaucoup Olivier Bost. À la réalisation de cet épisode d'Amien Béchiot, vous pouvez écouter tous les épisodes du podcast Tout savoir sûr, les noter, nous laisser des commentaires sur l'application RTL, sur le site rtl.fr et sur toutes les plateformes de téléchargement.