COMMENT LE GOUVERNEMENT ET LES LOBBIES ONT SABOTÉ LA LOI CLIMAT
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Ces images, vous les avez sûrement vues et revues, Emmanuel Macron qui réaffirme à plusieurs reprises son engagement vis-à-vis de la Convention Citoyenne pour le Climat. »
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« La mission des 150 : réduire nos émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale. »
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« Le Conseil d’État souligne d’ailleurs que ces avis ont été rendus trop tard pour être pris en compte par le gouvernement et que certaines mesures sont “inopportunes”, voire “inutiles”. »
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« La mesure qui visait à interdire la construction de nouveaux aéroports et d'extension d'aéroports existants a été vidée de sa substance. »
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« Sur la mesure qui visait à créer une redevance sur les engrais azotés pour financer une transformation de l’agriculture, c’est le ministère lui-même qui a produit une note pour justifier son détricotage. »
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Si ce qui sort de la Convention, c’est un texte quasiment rédigé, précis, et qui peut être appliqué, il sera appliqué sans filtre. Ces images, vous les avez sûrement vues et revues, Emmanuel Macron qui réaffirme à plusieurs reprises son engagement vis-à-vis de la Convention Citoyenne pour le Climat. Une expérience démocratique inédite qu’il a accepté de mettre en place à la demande d’un collectif, les Gilets Citoyens, suite aux marches pour le climat et au mouvement des Gilets Jaunes.
C’est la toute première assemblée citoyenne tirée au sort en France. La mission des 150 : réduire nos émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale. Comment se mettre d’accord sur les mesures à prendre pour que notre planète reste habitable ?
C’est l’enjeu de la Convention Citoyenne, un enjeu démocratique majeur. C’est justement cette promesse du sans filtre qui donnait tout son pouvoir à la Convention et aux mesures proposées par les 150 citoyens tirés au sort. Et pourtant elle n’a pas été respectée.
Et, dans la Loi Climat censée reprendre une grande partie de ses propositions, le gouvernement les a vidées de leur substance. Alors comment est on passé de ça ? Et je vous confirme ce matin que j’irai au bout de ce contrat moral qui nous lie.
A ça ? Les Gilets jaunes vont accoucher des Khmers verts. Je suis plus réservé là-dessus.
Il ne peut pas y avoir une irrecevabilité pour les uns et une recevabilité pour les autres. En fait, on va chercher des citoyens pour le faire et voilà ce qu’il en sort. Ce n’est pas acceptable.
Vous nous prenez pour des imbéciles. Influence des lobbies, débat parlementaire intense et verrouillé, confrontation avec la société civile qui réclame une “vraie” loi climat...
Dans ce reportage, nous allons vous raconter ce qui se joue véritablement autour de la convention citoyenne : un rapport de force déséquilibré qui questionne notre démocratie. Nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9 la ministre de la transition écologique Barbara Pompili. Bonjour et merci d’être à notre micro.
Cette loi en fait c’est une loi qui va faire entrer l’écologie et donc le bon sens dans la vie quotidienne des Français. Deux heures après cette interview, le projet de loi Climat est présenté en Conseil des ministres. Et à quelques mètres de l’Élysée, plusieurs militants climats dont Camille Étienne, Hugo Viel, Cyril Dion, Cécile Duflot, ou encore des députés comme Matthieu Orphelin ou Marie Toussaint, manifestent pour dénoncer le manque d’ambition de ce projet de loi.
Pancartes en main, ils s’appuient alors sur les rapports du CESE, du Conseil d’État, du Conseil national de la transition écologique et du Haut Conseil pour le Climat, dont les conclusions sont unanimes et sévères : le projet de loi climat n’est pas du tout à la hauteur de l’urgence climatique actuelle. Le Conseil d’État souligne d’ailleurs que ces avis ont été rendus trop tard pour être pris en compte par le gouvernement et que certaines mesures sont “inopportunes”, voire “inutiles”. Des centaines d’associations de défense de l’environnement dont Oxfam, le réseau Action Climat ou encore Greenpeace dénoncent le fait que dans ce texte, les mesures les plus impactantes de la Convention sont déformées ou minimisées, voire carrément supprimées.
Bref, un déni de démocratie insupportable pour beaucoup. Comment en sommes-nous arrivés là ? Pour comprendre, il faut revenir un peu en arrière.
En transmettant effectivement la totalité de vos propositions à l’exception de trois d’entre elles, les trois jokers dont nous avions parlé en janvier. Dès juin 2020 et la remise du rapport de la Convention, le ton change : les mesures sont vivement critiquées dans les médias et après les 3 jokers du président, les jokers ne cessent de se multiplier côté gouvernement. Autre mesure préconisée par les citoyens de la Convention : interdire la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effet de serre.
Là je pense aux SUV. Je suis plus réservé là-dessus. Parce que là le président de la République a dit oui...
Pour comprendre, l’observatoire des multinationales et Basta Mag lancent une enquête. Le 8 février 2021, après des mois de travail, ils publient un rapport et plusieurs articles qui lèvent le voile sur la grande offensive de lobbying menée par les industriels du transport aérien, de l’automobile, de la publicité ou encore de l’agrochimie pour protéger leurs intérêts face aux préconisations des “citoyens de la Convention”. Ce rapport détaille les stratégies utilisées par ces lobbies pour se faire entendre, Les grands enseignements de ce rapport c’est d’abord qu’en effet ça ne sort pas de nulle part le fait que le texte final du projet de loi ressemble assez peu au texte proposé par la Convention citoyenne et aux ambitions qui étaient affichées.
L’intérêt de cette Convention citoyenne et des travaux qu’elle a publié c’est qu’elle embrassait large, elle couvrait un champ très très large de problématiques. Et donc ça peut expliquer qu’il y a eu beaucoup d'intérêt, beaucoup d’entreprises, beaucoup de secteurs d’activité qui se soient sentis menacés par les travaux qui en étaient issus. Et qui ont donc du coup cherché à réorienter la nature du texte qui allait en sortir.
C’est utile d’avoir ce regard-là parce qu’on peut toujours se dire comme on nous l’a souvent dit que “Non il ne se passe rien derrière” mais en fait si on se rend compte qu’il y a un vrai rapport de force et que chaque partie prenante a voulu mettre de sa patte autour de ce processus de la Convention et notamment autour de certaines mesures fortes, certaines propositions fortes. Ça expliquait aussi pas mal, un petit peu la surdité que le gouvernement a affichée face aux citoyens qui voulaient, qui demandaient pourquoi le projet de loi baissait en ambition, pourquoi les mesures étaient réduites. On avait en face de nous un gouvernement qui jonglait un petit peu et qui répondait souvent à côté des questions.
Le projet de loi s’est écrit un petit peu derrière le rideau alors que le président s’était engagé à ne pas le faire derrière le rideau. Qu’est-ce qu’on met derrière le sans filtre ? Que ce ne soit pas manipulé derrière le rideau par des gens qui ont des intérêts cachés ou autre.
C’est simple vous avez mon engagement là-dessus. La plupart de ces intérêts privés, de ces groupes industriels dont on parle, pendant longtemps ils ont sous-estimé la Convention citoyenne. C’est intéressant, c’est vraiment sur la toute fin quand on a commencé à voir qu’en fait oui les citoyens avaient véritablement beaucoup travaillé, beaucoup discuté, beaucoup échangé, beaucoup consulté, qu’ils avaient construit ce que beaucoup de gens ont présenté comme un véritable projet de société.
Là on a vu une sorte de réaction assez forte de toute cette classe politique et de tous ces intérêts industriels, qu’on commençait à comprendre qu’il se jouait quelque chose d’important en fait. Ce que l’Observatoire des Multinationales a découvert en enquêtant c’est une stratégie qui s’est jouée à plusieurs niveaux en mobilisant tous les leviers d’influence. Le niveau plus classique : tous les cabinets de lobbying bien connus comme Boury Tallon ou Batout Guilbau ont été engagés pour travailler sur la Convention et empêcher notamment toute régulation des secteurs concernés.
Mais il y a aussi eu d’autres échelles, moins connues, si bien que le rapport décrit une toile d’araignée. Une partie seulement de cette offensive s’est déroulée en public : sur les réseaux sociaux, et dans les médias, mais elle a été déterminante pour influencer le débat. C’est un voyage vers la décroissance qui nous est proposé.
Moins de consommation avec l’interdiction de nouvelles zones commerciales, moins de transport avec la limitation des achats de voitures, et puis moins de publicité qui serait interdite dans les lieux publics et remplacée par des messages comme “En avez-vous vraiment besoin ?”. Ce que vise en fait la Convention c’est revenir à l’économie du confinement à perpétuité.
Ces qualificatifs tellement exagérés qu’on a pu donner à la Convention pour finalement la discréditer, discréditer un travail qui avait été très bien fourni, qui n’était nullement l’économie du confinement, ce sont uniquement des citoyens qui demandent une ambition climatique et qui ont été très attaqués en face. Vous nous dites qu’on nous a rendu une Convention, Khmers verts d’une certaine façon ? On a vu comme ça tout un discours se mettre en place autour de la décroissance, autour de l’illégitimité des travaux des citoyens. “Qui sont ces citoyens, d’où sortent-ils, ne sont-ils pas manipulés ?” Ça c’est partie prenante de cette entreprise de lobbying et d'influence, c’est de tourner un peu en ridicule, de délégitimer les travaux de la Convention citoyenne et de le faire publiquement auprès du plus grand nombre, c’est aussi comme ça qu’on influence les pouvoirs publics.
Olivier Babeau, alors vous vous êtes consterné. Oui, je pense que quand on mettra les mauvaises idées sur orbite, la Convention citoyenne n’a pas fini de tourner pour citer Audiard. Les Gilets jaunes ont accouché des Khmers verts… Je crois très très fermement qu’on a la réactivation de vieux projets collectivistes, de vieux projets anticapitalistes, aussi anticonsuméristes, à travers, sous couvert de protection du climat.
Ça a été je dirais distillé dans les médias tout au long du second semestre 2020, encore une fois dans des tribunes, sur des plateaux télé, à la radio, et ce soit par des PDG des grands groupes concernés, soit par des journalistes éditorialistes, éditocrates, soit directement encore une fois par des ministres, ce qui traduit la façon dont ce discours a fini par pénétrer la sphère même politique et notamment la sphère même du gouvernement. On a ce catalogue à la Prévert de 149 mesures, assez souvent très vagues, des pensées généralistes comme ça mais qui n’ont aucun calcul du coût que ça peut apporter ou de l’avantage parfois derrière au niveau économique. Croire que finalement les citoyens de la Convention n’ont pas pris le temps d’aller voir les parties prenantes, n’ont pas pris le temps d’aller écouter aussi bien les industriels, les grandes entreprises, les petites entreprises, les petites structures.
Justement, et je tiens à le répéter, on a fait ce travail et j’ai fait partie des citoyennes qui ont dit “il faut qu’on aille écouter tout le monde”. Et justement ça donnera plus de poids et de légitimité à nos propositions. Ce qu’a découvert Lora Verheecke dans ses recherches c’est aussi, et grâce à la crise sanitaire, toutes les réunions et les conférences en ligne organisées par les groupes d’intérêts pour faire entendre leurs arguments avec notamment le très emblématique Paris Air Forum.
Je pense que beaucoup d’attaques contre l’avion sont des attaques en réalité contre nos modes de vie, contre la modernité, contre la technologie. Vous savez c’est quelque chose qui existe en France, qui est assez puissante, cette idée selon laquelle au fond la technologie serait mauvaise en soi, la modernité serait mauvaise en soi, le marché serait mauvais en soi, la mondialisation serait mauvaise en soi. L’avion c’est quand même l’outil, c’est l’objet qui incarne ça.
Le mantra de Safran, de Thalès, de Airbus c’était de se présenter comme justement une industrie au secours de la crise climatique et de la transition écologique. Nous on a appelé ça le solutionnisme technologique mais ça a été un vrai argument utilisé dans le débat d’expliquer que finalement il n’y a pas tant besoin que ça de réguler parce que nous, secteur aéronautique, on travaille sur l’avion vert, on travaille sur l’avion décarboné, on travaille sur l’avion à hydrogène. C’est aussi très dangereux dans le sens où cette technologie n’est pas neutre.
C’est à dire que si on parle d’un avion vert il va utiliser certainement d’autres ressources. D’où viennent-elles ? Comment sont-elles produites ?
Si on est dans un avion qui met des biocarburants, ça veut dire qu’on va faire pousser de la canne à sucre pour un avion plutôt que pour nourrir la population. Donc tout ça, ça a des conséquences. Une voiture électrique elle est faite avec des batteries au lithium, qui le lithium on le sait dans quelles conditions il est puisé.
Résultat de ce travail de lobbying, la mesure qui visait à interdire la construction de nouveaux aéroports et d'extension d'aéroports existants a été vidée de sa substance. Les 10 plus grands projets d’extension d’aéroport actuels ne sont pas concernés. Et celle qui proposait de supprimer les vols intérieurs lorsqu’il existe une alternative en train en moins de quatre heures a été abaissée à deux heures trente minutes, et ne concerne plus que huit liaisons et donc 10% du trafic de passagers aériens en métropole.
On détourne l’attaque en fait : “On n’est plus la cible de l’attaque, pourquoi vous nous attaqueriez ? Nous aussi on travaille sur la crise écologique. Nous aussi on va faire notre part.” Un discours qui a aussi été repris avec succès par l’industrie de la publicité qui s’est présentée comme une alliée pour changer les comportements notamment lors des Etats Généraux de la communication, qui regroupaient essentiellement des industriels et des décideurs, sans réel débat contradictoire.
Résultat, alors que les mesures de la Convention visaient notamment à interdire la publicité pour les produits les plus polluants comme les SUV ou encore certains produits alimentaires, pour lutter contre la surconsommation. Il ne reste de ces mesures qu’une simple interdiction de la publicité directe pour les énergies fossiles, ce qui concerne un nombre très limité de publicités et ne changera vraisemblablement pas les comportements des consommateurs. “Nous sommes parvenus à convertir les politiques” a déclaré Mercedes Erra, la présidente exécutive d’Havas.
Ce lobbying a eu lieu au cœur même de l’Etat à travers la production de notes. La plus emblématique d’entre elles étant la note d’impact commandée par le gouvernement lui même sur son projet de loi et qui, en dépit d’une méthodologie douteuse dénoncée par de nombreuses instances, conclut elle aussi que les mesures retenues sont insuffisantes pour respecter l’objectif de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Autre exemple : Sur la mesure qui visait à créer une redevance sur les engrais azotés pour financer une transformation de l’agriculture, c’est le ministère lui-même qui a produit une note pour justifier son détricotage.
C’est quelques pages mais visant à dire “Ca va coûter tant, les gains sont en fait très incertains en termes d’agriculture, en termes de santé, en termes d’environnement”. C’est assez édifiant, quand on a accès à ce document la proposition de la Convention citoyenne est barrée, tirée, en disant qu’elle n’a pas de valeur légistique, en tout cas qu’elle n’a pas voix à être présente dans le projet de loi. C’est un peu la petite histoire des 150 David contre 12 Goliath.
C’est vraiment ce sentiment là, à la fois d’être une unité assez importante, 150 citoyens venus des quatre coins de la France qui se mettent d’accord sur les sujets. Mais qui en même temps, surtout face à un interlocuteur qui au final dit “Oui oui c’est très bien ce que vous avez fait mais c’est ça qu’on va faire”. Et ce sentiment c’est insupportable pour les citoyens qui ont participé à ça, même ceux qui ont participé mais j’imagine ceux de dehors en se disant qu'en fait on va chercher des citoyens pour le faire et voilà ce qu’il en sort.
Ce n’est pas acceptable. Au-delà de la perméabilité des médias et du monde politique aux arguments des lobbies, ce que révèle finalement ce rapport, c’est aussi le cadre faussé et les biais du débat public actuel sur les questions écologiques. Démocratiquement qu’est ce que ça veut dire ?
Ca veut dire qu’on n’a pas eu nous en tant que citoyens un vrai débat sur les vraies propositions des citoyens. Et donc que les lobbies ne soient pas d’accord, certes, mais alors qu’on ait une discussion réellement sur les propositions qui sont sur la table. Là ce que révèle ce débat médiatique, c’est justement exactement ça, c’est la mise en scène d’un conflit autour de l’écologie.
On peut considérer que la Convention citoyenne pour le climat elle pose les jalons d’une bonne partie du débat politique tel qu’il va se jouer dans les prochains mois dans la perspective de 2022 autour des questions d’écologie. Ca traduit aussi, qu’on le veuille ou non le poids que ces sujets là ont pris. Le 8 mars, le projet de loi Climat ainsi diminué arrivait en commission à l’Assemblée. 71 députés chargés d’étudier le texte et de l’amender en prévision des débats en plénière dès le 29 mars. 2 semaines de débats intenses pendant lesquels des visions radicalement opposées se sont affrontées.
Je trouve ça dangereux de dire que le Haut conseil pour le climat est dans une posture ou que le GIEC serait dans une posture. Ce n’est pas acceptable de dire cela. Malheureusement le constat scientifique implacable c’est qu’il faut aller vite.
Je suis désolé mon modèle ce n’est pas celui de l’URSS donc oui moi je suis très surpris qu’on avance avec des interdictions à chaque amendement. Allez y franco, dites le vous êtes pour l’interdiction de toute publicité dans notre pays, et au moins ça sera clair. En prévision de cette séquence, et tout du long, les associations écologistes et militants climats se sont mobilisés pour pousser un maximum de députés à déposer des amendements pour rehausser l’ambition du projet de loi et revenir aux mesures des citoyens de la Convention.
Avec pour certains des amendements pré rédigés. Quand on parle de faire du plaidoyer c’est convaincre les députés que nos propositions sont les bonnes, on les a convaincus on leur a dit “tenez, ça ce sont nos amendements sur les repas végétariens, sur la rénovation thermique des bâtiments” et ils n’avaient plus qu’à les déposer. Il y en a beaucoup qui l’ont fait.
Nous on fait du lobbying pour l’intérêt général alors que le lobbying quand on dit “lobbying” c’est les méchants, ils font exactement la même chose que nous sauf qu’eux ils ont beaucoup beaucoup plus de moyens et ils ne se battent pas pour l’intérêt général, ils se battent pour leur intérêt perso, à voir les députés ce qu’ils préfèrent. Nous avons porté plus de 200 amendements pour proposer au débat parlementaire les plus fortes des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, mais aussi d’autres propositions que nous avions travaillées au cours des dernières années ici à l’Assemblée ou alors des propositions qui viennent des forces vives de notre pays et notamment des organisations non gouvernementales. Donc on a fait ce travail d'amendement en commission, mais avec un résultat malheureusement très loin de ce qu’il aurait fallu pour une vraie loi climat puisqu’on voit que la majorité a méthodiquement empêché toute avancée dans ce texte.
Il n’y a quasiment pas eu une seule tonne de CO2 de gagné. Je pense que ce texte c’est un texte ambitieux qui traduit beaucoup de propositions qui sont issues de la Convention citoyenne pour le climat et je pense qu’il y a malheureusement un certain nombre d’associations, parfois un peu politisées, qui, quoi que nous fassions nous dirons que nous n’allons jamais assez loin pour elles dans ce projet de loi. Donc il faut savoir raison garder et regarder objectivement ce que ce texte permet de faire et je pense que c’est un texte qui est déjà bien ambitieux, qui va changer beaucoup de choses et qu’il est à la hauteur et fidèle aux propositions qui ont été faites par les citoyens.
Pourtant, avant même le début des débats, le 18 février, la présidente de la commission, la députée LREM Laurence Maillart a annoncé : Une interprétation de cet article 45 et une méthode dénoncée par de nombreux députés de l’opposition qui y voient une atteinte au droit d’amendement. Madame la présidente j’ai un grave problème puisque j’avais un amendement similaire à celui de madame Tiegna qui a été déclaré irrecevable, qui avait exactement le même objet qui visait exactement le même article du Code du commerce. Je le mets aux voix, qui est pour qui est contre ?
Il n’est pas adopté. Non non, pardon madame la présidente mais il ne peut pas y avoir une irrecevabilité pour les uns et une recevabilité pour les autres. Je pense que c’est une erreur.
Il y a notamment le droit d’amendement des parlementaires. Il y a eu des erreurs, il y en a eu d’autres, on a essayé de les rectifier au mieux, il se trouve qu’il est possible qu’il soit plutôt irrecevable, voilà. Vous nous avez déjà fait un florilège d’irrecevabilité pour des motifs plus ou moins fallacieux, et donc maintenant voilà que la discussion est impossible, rendue impossible pour cette façon de faire qui semble perdurer.
Le pire c’est que, non seulement c’est assez détestable dans la façon dont c’est fait mais vous nous prenez pour des imbéciles. Quand madame la rapporteure nous dit “J’ai travaillé j’ai réécrit”, assumez que c’est pour faire tomber les amendements et pour couper les discussions. Finalement, 26% des 5700 amendements ont été déclarés irrecevables contre 13% en moyenne sur la législature.
Ça touche absolument tous les députés quels qu’ils soient. Moi je suis un député de la majorité, j’ai eu trois amendements qui ont été déclarés irrecevables sur le compte de l’article 40. J’en ai eu deux qui ont été déclarés sur le compte de l’article 45.
Et vous savez quoi ? Je ne vais pas faire du buzz dans les médias en disant “Mon dieu c’est scandaleux j’ai été censuré !” j’accepte le fait qu’on ne peut pas légiférer n’importe comment et qu’il est sain dans notre démocratie qu’on respecte notre Constitution.
Il n’y a rien de politique c’est un contrôle légistique et il me paraît particulièrement sain dans la situation actuelle. Nous avons porté beaucoup d’amendements qui venaient de la Convention citoyenne, les propositions de la Convention citoyenne et qui ont été déclarées irrecevables dans cette loi climat d’application de la Convention citoyenne. Donc on est dans un paradoxe complètement absurde.
Sur les quelques 420 amendements adoptés par la commission, l’écrasante majorité venait des députés de la majorité gouvernementale, un signe pour l’opposition que le débat était verrouillé. On a une loi climat qui est plutôt faible et un débat parlementaire qui malheureusement malgré des dizaines d’heures, malgré des centaines et des milliers d’amendements il n’y a pas eu une seule avancée, quasiment pas une seule avancée en commission. On ne peut pas dire ça n’a servi à rien parce qu’on a porté les arguments, mais le gouvernement et la majorité ont été fermés, vraiment totalement fermés à toute évolution du texte.
On a des projets de loi finance qui permettent de développer des budgets verts, qui permettent de jouer sur la fiscalité et je pense que ce projet de loi qui est très important c’est une brique parmi plein d’autres briques qui permettent d’atteindre l’objectif. Il y a le budget vert, il y a le plan de relance, il y a le projet de loi finance, il y a les mesures réglementaires, il y a tout ce que font les élus locaux, les collectivités locales, et c’est par un effort collectif et pas uniquement à travers la loi, et pas uniquement ce projet de loi qu’on arrivera à atteindre cet objectif de baisser les émissions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas de dire que rien n’a été fait, il y a des choses qui ont été faites, des choses intéressantes qui ont été faites mais on dit effectivement, à un moment donné, il y a des questions qui étaient des questions cruciales qui sont attendues par la jeunesse, qui sont attendues par un bon pourcentage de la population.
Il faut que cette considération démocratique soit réellement encadrée et prise en compte. Désormais, c’est dans le cadre du débat en plénière dès le 29 mars que l’avenir de la loi Climat va se décider. Mais là encore, la marge de manœuvre s’annonce faible pour rehausser l’ambition de la loi.
Le processus qui a été décidé là par le gouvernement et la majorité sur ce texte de la loi climat résilience réduit très très fortement le temps de parole des députés non inscrits. Ca veut dire que nous n’aurons, nous ne pourrons présenter aucun de nos amendements. Pour une loi qui venait de la crise des Gilets jaunes, du Grand débat, de la Convention citoyenne pour le climat, quel symbole que de faire qu’au final les députés qui travaillent sur ce sujet-là depuis des années n’aient même pas la parole.
Face à cela, les associations environnementales font front, et se battent pour pouvoir encore gagner certains arbitrages. Chaque amendement qui relèverait un petit peu l’ambition, chaque nouvelle chose qu’on va réussir à amener dans ce projet de loi empêchera des émissions de CO2 et du coup sera toujours un pas de plus vers ce qu’il faut. Depuis la présentation du projet de loi, elles sont nombreuses à mobiliser les citoyens pour interpeller leurs députés sur Twitter, manifester devant leur permanence ou encore communiquer sur les réseaux sociaux pour faire comprendre les enjeux autour de cette loi Climat.
La plus grosse pression pour les députés c’est celle qui vient de leur territoire et de leurs électeurs. Du coup nous, on a mis en place la plateforme Greenvox qui permet autour de onze thématiques qui reprennent les propositions des 150, les propositions du Réseau Action Climat, ça permet aux citoyens de dire pourquoi ils sont, pourquoi ils ont envie que leurs députés votent, et ça permet d’interpeller les députés aussi là-dessus. La semaine juste avant la séance plénière et la semaine pendant la séance plénière, on va envoyer tous ces courriers-là avec les propositions aux députés pour leur dire : “Sur votre territoire il y a 150, 200, 1000, 2000 citoyens qui veulent que vous portiez ces propositions et qui veulent que vous les votiez”.
Le 28 mars, à la veille du début des débats à l’Assemblée, plus de 400 organisations appellent à marcher pour une vraie loi climat partout en France. Venez dans la rue le 28 mars pour une vraie loi climat, c’est le dernier moment vraiment où on peut avoir une loi à la hauteur des enjeux climatiques. Soutenues par des dizaines de membres de la Convention, elle rappelle une chose : c’est la dernière opportunité du quinquennat d’agir pour l’environnement.
C’est simplement une marque d’attention simplement que le gouvernement doit prêter à ce rapport de force citoyen. C’est simplement dire “Nous sommes aussi acteurs de la construction de la vie de notre cité et on ne peut pas en être exclus”. Quand ces sujets-là mobilisent autant de personnes il faut pouvoir l’entendre et pas simplement être force juste de communication en disant “Regardez ce qu’on a fait”.
Ce qui est paradoxal avec cette Convention citoyenne pour le climat, c’est qu’à l’origine le rapport de force est plutôt en sa faveur. Ce sont 150 citoyens tirés au sort représentatifs de la diversité de la société française et leurs mesures sont soutenues par une majorité de français. Et pourtant, ce rapport de force s’est inversé.
C’est la raison pour laquelle la société civile se mobilise, pour demander aux députés de respecter leur mandat : représenter les intérêts de la population. Le dernier espoir qu’il reste pour cela ce sont les marches du 28 mars pour une vraie loi climat. Je le rappelle, Blast est un média indépendant financé seulement par ses abonnés.
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