Laurent Nuñez : "Les mailles du filet, depuis 2017, nous n’arrêtons pas de les resserrer"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 25 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 57 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:49OuverteRéponse directe
Quelle a été votre réaction en apprenant ce nouvel attentat ?
- 2:08RelanceRéponse partielle
Est-ce que vous avez sous-évalué le risque dans la rue Nicolas Appert ?
- 2:59RelanceRéponse partielle
Est-ce qu'il y a eu une faute d'appréciation sur la protection de cette rue ?
- 4:36OuverteRéponse partielle
Que pouvez-vous nous dire sur le profil de l'assaillant ?
- 5:39FerméeRéponse directe
L'assaillant était-il isolé ?
- 6:26FerméeÉludée
Ça fait combien de temps qu'il était en France ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:05Locuteur non identifiéFait
« Il est évident que la menace est montée en puissance. »
- 3:30Locuteur non identifiéFait
« Charlie Hebdo n'était plus dans cette rue, le siège n'y est plus. »
- 3:51Locuteur non identifiéFait
« Nous n'avions pas connaissance de menaces réelles caractérisées sur ce site. »
- 9:19Locuteur non identifiéFait
« Les mailles du filet, depuis 2017, nous n'arrêtons pas de les resserrer. »
- 9:32Locuteur non identifiéChiffre
« Depuis 2017, le président de la République a renforcé les effectifs des services de renseignement spécialisés. Mille ont été recrutés. »
- 14:23Locuteur non identifiéChiffre
« Un peu moins de 50 sortis cette année et il y en aura un tout petit peu plus d'une soixantaine l'année prochaine. »
- 17:21Locuteur non identifiéFait
« Le président de la République fera un discours sur la lutte contre les séparatismes ce vendredi. »
- 18:30Locuteur non identifiéFait
« Il y a évidemment que l'islam radical est visé, mais pas que l'islam radical. »
Temps de parole
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- Laurent Nuñez16 %
- Présentateur11 %
- Locuteur non identifié 23 %
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9.
Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, le coordonnateur national du renseignement et de la lutte antiterroriste. Questions et réactions, vous êtes déjà nombreux au standard. 01 45 24 7000, réseaux sociaux et applications mobiles de France Inter. Laurent Nunez, bonjour. Bonjour. On va revenir avec vous ce matin longuement sur l'attaque terroriste au couteau de boucher qui a fait deux blessés graves vendredi à Paris, devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, où eut lieu l'attentat de janvier 2015.
Le suspect arrêté peu de temps après a reconnu en garde à vue avoir voulu s'en prendre directement à Charlie Hebdo après la republication des caricatures de Mahomet. Première question, quelle a été votre réaction en apprenant ce nouvel attentat sur les lieux même, je le redis, de celui de 2015 ? Avez-vous été surpris ? Ou bien anticipez-vous une nouvelle attaque après la republication des caricatures par le journal satirique ?
Il est évident que la menace est montée en puissance. avec à la fois, nous sommes dans la période du procès, donc du dit procès Charlie, on a bien vu que sur les réseaux sociaux, il y avait de plus en plus d'appels à la violence.
La propagande d'Al-Qaïda et de l'État islamique, la propagande sur les réseaux, donc appelée à des actions violentes, évidemment que la menace est montée en intensité, ce qui a conduit les services de renseignement à resserrer la surveillance des objectifs, c'est-à-dire des individus connus et suivis par les services, a assuré un dispositif lourd de protection de personnalité, ou par exemple des caricaturistes de Charlie, une protection personnelle qui a été mise en place, et puis ont été déployées évidemment sur l'ensemble du territoire national et sur la capitale, une protection de lieux symboliques, dont le ministre d'ailleurs de l'Intérieur a annoncé que cette protection allait être renforcée.
Donc évidemment la menace est montée en intensité, nous le savions, et la vigilance est de mise, la vigilance elle ne faiblit pas, elle n'a jamais faiblit, elle ne faiblira jamais contre le terrorisme.
Donc vous ne diriez pas, comme Gérald Darmanin l'a reconnu à la télévision vendredi soir, que le risque terroriste avait été sous-évalué ?
Gérald Darmanin évoquait la situation dans la rue,
c'est-à-dire que le risque terroriste dans la rue Nicolas Appert avait été sous-évalué.
Mais soyons précis, parce que ces choses-là sont suffisamment graves pour qu'on soit précis, c'est ce que nous devons évidemment aux Français. Je dis qu'il y a une montée de la menace, il y a donc un renforcement par les services de renseignement, dont c'est la spécialité de suivre des individus radicalisés, il y a un renforcement des contrôles, des surveillances, il y a des protections supplémentaires qui sont mises en œuvre, et puis il y a un troisième point, c'est la question de la protection d'un certain nombre d'endroits, de lieux, de sites symboliques. Et c'est au titre de ce point-là uniquement que se pose effectivement la question de la protection, de la rue Appert.
On vous la pose, sans citer Gérald Darmanin, est-ce que vous avez sous-évalué le risque dans cette rue-là ? Est-ce que vous n'auriez pas dû anticiper et protéger davantage la rue Nicolas Appert, alors même que se déroule le procès des attentats de 2015, que les caricatures avaient été republiées, est-ce qu'il y a eu une faute d'appréciation, une erreur d'appréciation ?
Alors si vous permettez d'abord un rappel, le ministre de l'Intérieur a demandé au préfet de police de lui faire un point sur ce sujet, de savoir quelle était la nature de la menace sur cette rue, et est-ce qu'elle a été ou pas prise en compte ? Je vais faire juste trois remarques, si vous le permettez. Oui, bien sûr. La première, c'est que, vous le savez, depuis plusieurs années, Charlie Hebdo n'était plus dans cette rue, le siège n'y est plus. Vous vous souvenez, après le terrible drame, après l'attentat de janvier, ils se sont installés au siège d'un quotidien bien connu, et puis ensuite ils ont déménagé dans d'autres lieux. Donc ils n'y étaient pas depuis plusieurs années.
Donc ça, c'est quand même un point important. Deuxièmement, nous n'avions pas connaissance de menaces réelles caractérisées sur ce site. Troisièmement, je veux rappeler que les dispositifs qui sont déployés par les forces de sécurité intérieure ne sont pas forcément des dispositifs statiques. Le dispositif statique, c'est-à-dire la présence de policiers à un endroit, n'est pas une évidence. La plupart des dispositifs qui sont déployés aujourd'hui sont des dispositifs dynamiques, de rondes et patrouilles mobiles, qui permettent justement de mieux répartir la ressource en homme et de couvrir beaucoup plus de points afin d'être beaucoup plus efficaces.
Donc pas d'erreur d'appréciation à vos yeux.
Écoutez, on verra ce qui sera dit. Je tenais à apporter ces trois précisions. Encore une fois, Charlie n'était plus sur place depuis déjà plusieurs années. Il n'y avait pas de menaces caractérisées. Et nos dispositifs sont aussi souvent très dynamiques et très mobiles. Laurent Nunez, où en est l'enquête ?
Et pour commencer, que pouvez-vous nous dire ce matin sur le profil de l'assaillant ? Son âge, la qualité, la véracité de ce qu'il a pu dire concernant son nom. À lire Le Monde ce matin, les choses ne sont pas si claires que vendredi dernier. Âge, nom et parcours jusqu'à la France.
Alors d'abord, vous comprendrez qu'il y a une enquête judiciaire en cours. Donc c'est le procureur national antiterroriste qui peut s'exprimer sur ces points. Donc moi, il ne m'appartient pas de faire de commentaires. Ce que je veux simplement, ou plutôt, de donner des éléments d'enquête. Les commentaires, c'est autre chose. Mais ce qu'on sait actuellement, ce qui peut être évidemment dit, c'est qu'a priori, on est plutôt sur un acteur isolé. Je dis bien a priori parce qu'il y a des enquêtes en cours. Comme c'est toujours le cas au plan judiciaire, sur le relationnel de l'individu. Est-ce que ce relationnel a pu avoir une influence sur son action ?
Il n'y a pas de raison de penser à ce stade. Mais l'enquête viendra infirmer ou confirmer cela. Donc il faut être extrêmement prudent.
Donc isolé, ça vous pouvez le dire ce matin.
Probablement, c'est de la menace endogène. C'est quelqu'un qui n'a pas été projeté pour commettre cette action, mais qui était présent sur le territoire national. Encore une fois, c'est conforme aux dernières attaques que nous avons eues, qui ne sont plus que des attaques endogènes. Pas fiché S. Encore, il faudra le confirmer. Effectivement, c'est un individu qui n'était pas connu des services spécialisés de renseignement au titre de la radicalisation violente. Donc effectivement, ni fichier S, pas connu au FSPRT, le fichier de suivi des personnes radicalisées.
Et son mobile, et le procureur national antiterroriste l'a dit, son mobile, il est évidemment terroriste, au regard de l'endroit où a été commis son action, au regard du moment, nous sommes en plein procès Charlie, et au regard du mode opératoire. Donc c'est effectivement également une action terroriste.
Ça fait combien de temps qu'il était en France ?
Écoutez, là l'enquête permettra de le déterminer. Vous comprendrez que je ne peux pas me prononcer sur cette question. De la même façon que pour répondre à votre question sur son âge, évidemment, moi je ne peux pas me prononcer là-dessus. Les informations qui ont été portées à notre connaissance étaient qu'il s'agissait, et le ministre de l'Intérieur d'ailleurs l'a rappelé, a priori d'un mineur isolé. Mais tout ça se vérifie. La reconnaissance du statut de mineur isolé fait appel à une procédure qui est très précise, qui fait intervenir les préfectures, les conseils départementaux, et puis parfois des magistrats, quand il s'agit de demander ou pas un test osseux. Donc tout ça sera vérifié.
Laurent Nunez, pourquoi vous n'avez pas demandé un test osseux ? Parce que, pardon, mais là toute la journée, on va gloser sur les informations du monde, de savoir s'il s'était un mineur isolé, ou s'il vous a menti sur son identité et sur son âge, et qu'il a en fait 25 ans. Donc est-ce que, je comprends bien qu'il y a une enquête et vous ne pouvez pas tout nous dire, mais pourquoi Gérald Darmanin va à la télévision vendredi soir en disant « c'est un mineur isolé ». Or, pourquoi il dit ça sans avoir vérifié, si j'ose dire, sans avoir fait de test osseux ? Vous auriez pu faire un test osseux pour vérifier son âge, savoir s'il vous a menti ou pas, non ?
Alors, d'abord, ce n'est pas du tout comme ça que chose se passe. Donc Gérald Darmanin dit que c'est un mineur isolé. Moi, je vous dis la même chose, c'est les informations qui sont en notre possession. On donne les informations telles qu'elles sont en notre possession, à l'instant où on les donne, évidemment. Ça, c'est la première chose. Deuxièmement, la reconnaissance du statut de mineur isolé, elle ne se fait pas ex-hanté. Il y a eu une procédure, c'est cette personne qui est rentrée, s'est déclarée mineur isolé.
Encore une fois, il y a une procédure de reconnaissance de ce statut, qui est très précise, je le redis, qui fait intervenir la préfecture, les conseils départementaux, parfois un magistrat, quand on demande, effectivement, la réalisation de tests haussus. Voilà, ces procédures sont mises en œuvre dans notre pays. Vous savez, je serai sans doute imprécis dans les chiffres que je vais donner, donc je resterai prudent, mais sur une année donnée, vous pouvez avoir 50 000, 60 000 demandes ne sont reconnues mineurs isolés qu'un peu moins de 20 000 mineurs après des vérifications exhaustives qui sont menées.
En tout cas, lui, il était enregistré, effectivement, comme mineur isolé auprès du conseil départemental du Val-d'Oual depuis 2018.
En tout cas, voilà, c'est l'information que nous avons, c'est celle-là. Mais encore une fois, la façon dont la procédure a été menée pour lui reconnaître le statut de mineur isolé, évidemment, sera au cœur des vérifications qui seront conduites dans le cadre de l'enquête. Et vous comprenez que je ne peux pas en dire plus.
Donc ce matin, vous ne pouvez pas nous dire s'il était mineur ou pas ?
Écoutez, il y a des vérifications en cours. Seule l'enquête judiciaire permettra d'éclairer là-dessus sur ce statut.
Laurent Nunez, que peut faire l'État face à ce genre de terrorisme-là ? C'est-à-dire des gens sous les radars qui ne sont pas connus des services, vous l'avez dit, et qui passent à l'action d'un coup ? Est-ce que, comme l'État ne peut pas mettre un policier derrière chaque personne, est-ce qu'il y a là un point aveugle du dispositif, un point de difficulté extrême ? Comment resserrer les mailles du filet ?
Alors, je vais venir, mais d'abord, je voudrais vous dire que les mailles du filet, depuis 2017, nous n'arrêtons pas de les resserrer. Encore une fois, la lutte contre le terrorisme, et le ministre de l'Intérieur l'a rappelé au 20h vendredi soir, elle ne faiblit pas, et nous sommes en guerre contre le terrorisme. Depuis 2017, le président de la République a renforcé les effectifs des services de renseignement spécialisés. Mille ont été recrutés, d'autres recrutements, évidemment, interviendront. Les moyens budgétaires ont été augmentés, ce qui permet de renforcer les surveillances techniques des individus qui sont dans la radicalisation violente.
Puis on a des moyens juridiques qui ont été prévus avec la loi antiterroriste, qui nous permettent d'exercer des visites domicilières au domicile d'individus suspects, qui nous permettent de prévoir des mesures du style des assignations à résidence pour les contraindre un certain nombre d'obligations. Évidemment, depuis 2017, tous les services travaillent mieux ensemble, les échanges d'informations sont permanents. Il y a à la Direction Générale de la Sécurité Intérieure un État-major qui réunit tous les services. Et puis, autre élément fort de la coopération, c'est la coopération avec tous les services étrangers. Donc les mailles du filet, elles se sont resserrées.
Ce à quoi nous sommes confrontés, et je viens précisément à votre question sur l'attaque de vendredi, c'est que de plus en plus, nous avons affaire à les individus qui sont présents sur le territoire, donc c'est ce qu'on appelle la menace endogène, qui passent à l'action en écoutant, finalement, inspirés par la propagande de Daesh, et qui, de plus en plus souvent, ne sont pas connus des services, donc ne font pas l'objet de suivis préalables. Souvent, n'ont aucun contact, n'ont aucun contact avec la zone siro-iraquienne où se trouvent des membres de l'État islamique, y compris dans la clandestinité, mais n'ont pas de contact. Donc ils ne sont pas détectés à ce titre.
Je vous rappelle qu'en 2016, 2017, on a eu un certain nombre d'attaques, je pense à Saint-Etienne-du-Rouvray, à Magnanville, où les individus qui passent à l'action étaient en contact avec des djihadistes sur zone. Ça n'est plus le cas. Donc c'est beaucoup plus difficile à détecter pour les services de renseignement. Oui, c'est une difficulté.
Voir un vrai point aveugle, comme a dit Nicolas, c'est presque une impuissance. Effectivement, vous n'allez pas mettre un policier derrière chaque personne.
Il n'y a pas d'impuissance. On continuera évidemment notre action, mais elle est rendue de plus en plus difficile pour les services de renseignement. Mais dans ce genre de cas, dans ce type de situation, j'insiste là-dessus, parce que les efforts qui ont été faits en Syrie et en Irak pour démanteler l'État islamique font que nous ne sommes... Il faut être évidemment prudent, mais les attaques projetées, c'est-à-dire des groupes terroristes qui viendraient commettre des attentats comme en novembre 2015, ces attaques sont devenues moins probables. Donc oui, les mailles du filet ont été resserrées, et oui, évidemment, il reste encore des cas où il est très difficile de détecter ces individus.
Dites-nous, quel est l'état aujourd'hui de la menace terroriste, à l'heure où nous parlons ? Cet attentat, maintenant qu'on en a parlé, mis à part la menace globale en France, comment la décrivez-vous ?
La menace globale en France, encore une fois, je mets de côté les menaces projetées, c'est-à-dire des groupes de djihadistes qui viendraient nous attaquer, comme c'était le cas en novembre 2015. Donc le démantèlement de l'État islamique grâce à l'action de la coalition, grâce à l'action des services de renseignement extérieurs, dont je veux saluer évidemment l'action, rend cette menace beaucoup moins probable.
La menace endogène est toujours là, et on l'a vu avec les attaques récentes, et cette menace, elle est inspirée par la propagande de Daesh, et oui, à l'évidence, quand on rentre dans une période comme celle d'aujourd'hui, où nous avons le procès de Charlie, donc nous avons des appels qui sont dirigés contre la France par la propagande d'Al-Qaïda de Daesh, oui, la menace, elle monte en intensité. Mais cette menace endogène, nous l'avons toujours intégrée, elle est connue, elle est prise en compte, mais force est de constater qu'elle monte en intensité.
Au cours de l'année 2020 et 2021, plusieurs dizaines de personnes condamnées pour terrorisme sont sorties ou vont sortir de prison après avoir purgé leur peine. Comment assurer leur surveillance et surtout garantir qu'ils ne repasseront pas à l'acte ?
D'abord, les personnes qui sont condamnées pour des faits de terrorisme et qui sont actuellement en détention, ou des personnes qui ont été condamnées pour des faits de droit commun et qui sont radicalisées, sont suivies. Ça, c'est quelque chose qui n'existait pas avant. Sous le quinquennat précédent a été créé un service du renseignement pénitentiaire. Le président de la République en a fait un service national qui travaille avec les services de renseignement qui sont à l'extérieur des prisons. Et ces services échangent en permanence. Donc ces individus, dès la détention, ils sont suivis. Leur radicalisation est évaluée.
Et quand ils sortent de détention, tous ces individus, j'insiste bien, tous ces individus, notamment ceux condamnés pour des faits de terrorisme, sont suivis par les services de renseignement. Il n'y a pas de sortie sèche, tout le monde est suivi.
Combien il y en a qui sont sortis cette année et l'année prochaine ? On a des chiffres, mais pouvez-vous nous confirmer, parce que je lis dans le journal hier 200 personnes, est-ce que c'est le cas ? Nicole Belloubet, l'ancienne ministre de la Justice, nous donnait des cas en nous disant que c'est moins que ça. Est-ce que vous pouvez nous donner les chiffres de combien sont sortis cette année et sortiront l'année prochaine ?
Écoutez, les chiffres, on les a toujours donnés, ils ne sont absolument pas cachés. Il y a environ 500 détenus qui ont été condamnés ou qui sont en préventive, on va dire, pour des faits de terrorisme. Un peu moins de 50 sortis cette année et il y en aura un tout petit peu plus d'une soixantaine l'année prochaine. Voilà exactement les chiffres et ils sont, j'insiste, systématiquement suivis par les services de renseignement.
On va passer au standard où nous attend Hervé. Hervé, bonjour et bienvenue. Oui, bonjour à vous. On vous écoute.
Voilà, je vous souhaiterais savoir, ça me paraît très important de savoir si actuellement les forces de l'ordre qui détiennent ce savent, est-ce qu'il leur a dit, s'ils savaient ou s'ils ignoraient que Charlie avait déménagé de son adresse lorsqu'il a attaqué les gens dans la rue l'autre jour, le savait-il ou l'ignorait-il ? Ça me semble très important pour mesurer la nature de ce qui semble être une nouvelle forme de terrorisme qui paraît d'une redoutable bêtise fondamentale.
Merci Hervé pour cette question. Laurent Nunez vous répond.
Oui, alors sur des éléments de l'enquête, moi je ne peux pas révéler évidemment ce qui a été dit par cet individu sur la cible qu'il a choisie, mais je m'en réfère à ce qu'a dit le procureur national antiterroriste qui a retenu trois critères pour se saisir et considérer que c'était un acte terroriste. Encore une fois, le moment, on était en plein procès Charlie, le mode opératoire et troisième élément, le lieu où il a commis cette attaque. Donc voilà, dans ce que dit le procureur, on comprend que l'individu pensait qu'il était devant les locaux de Charlie ou à tout le moins est venu à cet endroit parce qu'il y avait les locaux de Charlie. Voilà.
Nous avons une question d'un auditeur des Deux Sèvres qui nous demande à rester anonyme et qui est un accueillant familial et vous demande quelle est la relation entre l'aide sociale à l'enfance et les services antiterroristes.
Écoutez, c'est une question qui est extrêmement délicate. Vous savez que les travailleurs sociaux qui sont en charge de l'aide sociale à l'enfance sont couverts par le secret professionnel. Mais vous savez que dans ce pays, depuis quelques années maintenant, on a amélioré le dispositif de détection. Et il est évident que les personnels de l'aide sociale à l'enfance, comme tous les personnels de toutes les administrations françaises, quand ils sont confrontés à des individus qui présentent des signes de radicalisation, font un certain nombre de signalements qui conduisent à saisir les services de renseignement. Ce n'est pas de la délation.
Les services de renseignement font un certain nombre de vérifications pour s'assurer qu'il n'y a pas ou qu'il y a de la radicalisation violente et mettre en place un suivi. Mais voilà, il y a des passerelles qui ont lieu au travers de la détection. Mais évidemment que les services de l'aide sociale à l'enfance font un travail remarquable et sont parfois bien placés pour aider les services à détecter des individus radicalisés, violents ou potentiellement qui peuvent le devenir.
Laurent Nunez, c'est un discours qui est très attendu, qui a été reporté plusieurs fois. Emmanuel Macron doit annoncer les grandes lignes du projet de loi séparatisme vendredi prochain. Là, ce vendredi le 2. D'abord, est-ce que vous confirmez ?
Écoutez, oui. Le président de la République fera un discours sur la lutte contre les séparatismes.
Ce vendredi.
Écoutez, voilà, c'est l'Élysée qui communique là-dessus. Mais évidemment, oui. L'annonce a été faite, oui.
Pour Manuel Valls, il ne faut pas être naïf et il faut désigner l'ennemi. L'ennemi, c'est le salafisme et l'islam politique. Il faut appeler un chat à chat. Ne pas noyer ça dans la lutte contre les séparatismes. Il a raison ou il a tort ?
D'abord, c'est une lutte qui a toujours été permanente. Vous savez, il y a la lutte contre la radicalisation violente, c'est-à-dire celle qui peut mener au terrorisme. On a mis en place des dispositifs qui ont commencé sous le quinquennat précédent, que le président de la République a renforcés. Et puis, il y a un deuxième volet. Il y a un deuxième volet qui a été mis en place, c'est la lutte contre des formes, des expressions religieuses, religieuses, mais pas que, mais religieuses, qui conduisent à considérer que finalement, la loi de Dieu serait supérieure aux lois de la République.
Et il en découle un certain nombre d'infractions parfois, des discriminations hommes-femmes, des refus d'accès à certains services publics ou de situations qui ne sont pas tolérables comme des déscolarisations d'enfants. Et donc... C'est quelle religion qui est visée ? Écoutez, il y a évidemment que l'islam radical est visé, mais pas que l'islam radical. Et j'insiste bien, radical, c'est-à-dire partout où on explique que la religion est supérieure aux lois de la République et qu'on en déduit un certain nombre de comportements qui peuvent aller contre la loi ou qui conduisent à des pratiques qui sont discriminatoires.
Et dans ce genre de situation, depuis 2018, déjà sur un certain nombre de quartiers, des actions ont été mises en oeuvre par les préfets pour contrôler ces lieux de culte, ces associations qui professent de tels discours. En 2019, cette politique a été généralisée et ce dont il s'agit maintenant, c'est de renforcer par des mesures législatives ce dispositif résolu qui a été mis en place pour lutter contre tous ceux qui considèrent que la loi de Dieu est supérieure aux lois de la République et ce qui n'est pas acceptable dans notre démocratie.
Trois questions rapides venues de l'application France Inter. Suzanne vous dit la chose suivante, le Président de la République s'exprime tout le temps sur de nombreux sujets. Pourquoi garde-t-il le silence sur cet attentat ? Il n'y a pas eu encore de déclaration d'Emmanuel Macron, Laurent Nunez, comment vous pouvez répondre à ça ?
D'abord deux choses, le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur ont été très mobilisés sur cette attaque, ils se sont rendus sur place, ils se sont exprimés, ils se sont allés féliciter les forces de l'ordre qui ont interpellé très rapidement l'auteur, je le rappelle, moins d'une heure, et ensuite le Président de la République évidemment a suivi cette affaire de très près et j'en suis le premier témoin. Voilà, il était évidemment très concerné par cette affaire, par le déroulement de l'enquête et il continue de suivre cette situation de très près.
Fabrice, pourquoi est-ce si dur d'expulser les extrémistes islamistes de France ? Pourquoi les pays dont ils sont originaires ne coopèrent pas davantage ? Pourquoi la France est-elle si complaisante avec ces pays ? Cette question de Fabrice donne aussi la couleur d'un certain nombre d'autres questions sur le même thème, parfois dans les mêmes mots, au standard ou sur l'application ? Laurent Nunez, pourquoi est-ce si dur ?
D'abord, je voudrais préciser que tous les étrangers en situation irrégulière font l'objet de procédures et de mesures de reconduite à la frontière, a fortiori quand ce sont des individus radicalisés. Concernant d'autres individus qui seraient en séjour régulier et qui causeraient des troubles à l'ordre public, il existe évidemment des procédures d'expulsion qui, chaque fois que les éléments sont établis, sont mises en œuvre.
Alain, au nom de la liberté d'expression, est-ce indispensable que Charlie Hebdo prenne le risque de republier les caricatures alors que ça inspire des actes de la sorte ? Pourquoi leur donner des cibles ? Cette question-là aussi revient souvent dans l'application France Inter.
En France, nous sommes dans un pays de liberté d'expression. La republication des caricatures au moment du procès Charlie est un signe fort qu'a voulu donner la rédaction de Charlie en mémoire des 11 personnes qui ont été tuées dans ces locaux plus un policier M. Mirabe qui a été tué à l'extérieur, vous vous en souvenez ? Je crois que nous sommes dans un pays de liberté d'expression et s'il fallait renoncer à publier de telles caricatures, je crois que ces barbares auraient gagné. Donc oui, c'est une bonne chose évidemment cette republication.
En 2015, avant d'être candidat à l'élection présidentielle, il était je crois ministre de l'économie encore, Emmanuel Macron avait estimé, ça lui avait valu les foudres du premier ministre de l'époque, Emmanuel Valls avait estimé que la France avait une part de responsabilité dans le terreau du terrorisme. Comment pensez-vous ?
Écoutez, c'est une expression d'Emmanuel Macron en 2015, vous savez, on travaille sur le passage à l'acte terroriste, on travaille avec beaucoup de sociologues, beaucoup de chercheurs, on fait un travail qui va en profondeur, vous l'imaginez bien. Il y a le travail des services de renseignement qui vise à neutraliser ces individus, et puis il y a aussi un travail qui est mené par des chercheurs, vous savez, il y a de nombreux chercheurs qui travaillent dans les quartiers, je pense à M. Kepel, M. Micheron, et plein d'autres qui travaillent sur ces sujets-là. C'est-à-dire, quel est le ressort qui fait qu'à un moment, des individus basculent dans la violence ?
Est-ce qu'il faudrait s'interdire d'analyser ce ressort et d'essayer de comprendre comment on arrive ?
Je dis, oui, il ne faut pas essayer de comprendre parce qu'essayer de comprendre c'est déjà excuser.
Non, essayer de comprendre c'est sans doute déjà excuser, mais l'action du président de la République depuis 2017, c'est une action qui s'inscrit dans la fermeté. Ça, ça l'a échappé, je pense, à personne, vu les moyens, les renforts qui sont donnés aux services de renseignement et les procédures mises en place. Pour autant, évidemment, qu'il faut travailler en termes de sociologie, essayer de comprendre comment des individus peuvent passer à l'action pour mieux prévenir les actions violentes. Il ne s'agit pas de tomber dans la culture de l'excuse. Et ces actions-là, elles ont toujours été menées, je crois même déjà sous le quinquennat précédent.
Une question d'Alain, toujours sur l'application France Inter. On neutralise, nous dit Alain, les terroristes à l'étranger, neutralisent, entre guillemets, pourquoi autant de pudeur sur le territoire national pour les incarcérer avec un coût élevé puis les libérer ? Ça coûte très cher, c'est extrêmement dangereux. Les questions sont dures ce matin sur l'application France Inter et par rigueur intellectuel et honnêté. Je vous les transmets, Laurent Nunez.
Nous sommes dans un état de droit. Il y a des procédures, il y a une justice et donc voilà, la justice, ça n'est pas la vengeance. Donc évidemment que les individus qui commettent des actes terroristes qui ont l'intention d'en commettre, qui sont entravés, c'est-à-dire quand on les empêche de passer à l'action, quand on les interpelle parce qu'il fomente un projet, ils sont jugés, ils sont condamnés et c'est ça l'état de droit. Donc voilà, je pense qu'il faut raison garder. En tout cas, il ne faut pas que l'auditeur qui vous pose cette question doute un instant de la détermination et de la mobilisation des services des forces de sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme.
Merci Laurent Nunez d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Je rappelle que vous êtes le coordonnateur national du renseignement et de la lutte antiterroriste. Merci encore. 8h46 Sous-titrage Société Radio-Canada
Laurent Nuñez