Taxation des supers profits : "On ne réglera aucun des problèmes du pays en augmentant les impôts", selon France Industrie
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Quelle est votre position sur la taxation des super profits ?
- 1:05OuverteRéponse directe
Des entreprises de votre secteur réalisent des bénéfices records en 2023, vous les comprenez ?
- 1:22FerméeRéponse directe
Donc vous les comprenez ?
- 1:47OuverteRéponse directe
Les États membres de l'UE viennent de valider une législation sur le devoir de vigilance. Pourquoi êtes-vous contre ?
- 2:16RelanceRéponse directe
Pourquoi dire non alors que les enjeux sont forts ?
- 4:02OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous êtes prêt à faire ? Que doit-on faire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a la redistribution la plus forte avec la réduction des inégalités la plus forte. »
- 1:10InvitéChiffre
« L'État prend 25% de ce que les entreprises françaises gagnent. »
- 1:14InvitéFait
« L'impôt sur les sociétés a fortement augmenté ces dernières années. »
- 2:24InvitéChiffre
« Ça descend jusqu'à 1000. »
- 5:25InvitéFait
« L'industrie était au rendez-vous de l'objectif précédent qui était moins 35% sur nos émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030. »
- 6:12InvitéChiffre
« Sur la période 2000-2015, on a détruit entre 50 et 100 000 emplois par an dans l'industrie. »
- 6:21InvitéChiffre
« Depuis 2017, en 5 ans, on en a créé 100 000. »
- 7:20InvitéChiffre
« On parle de plus d'un million d'emplois dans les dix prochaines années. »
Temps de parole
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France Info.
Bonsoir à toutes et à tous. Notre invité ce soir est le président de France Industrie. Bonsoir Alexandre Sauveau. Bonsoir. Vous rassemblez 50 grandes entreprises privées et publiques des secteurs industriels, 31 fédérations. La présidente de l'Assemblée, Yael Broun-Pivet, a remis ce matin sur la table une question un peu éternelle. La taxation des super profits étant donné l'état des finances publiques. Le ministre de l'économie Bruno Le Maire répond que le gouvernement taxera, comme prévu dans le prochain budget, les énergéticiens. Mais pas plus que ça. Et je voudrais votre position sur cette question-là.
Écoutez, je pense que la France a de nombreux défis à affronter. Elle a le taux de prélèvement obligatoire le plus élevé du monde dans une économie ouverte. Donc je pense que ça devrait être une évidence pour tout le monde qu'on ne réglera aucun des problèmes du pays en augmentant les impôts. En plus, on a la redistribution la plus forte avec la réduction des inégalités la plus forte. Donc aujourd'hui, l'enjeu du pays, c'est comment est-ce qu'on crée plus de richesses ? Comment est-ce qu'on mobilise notre tissu économique, nos collaborateurs ?
Comment est-ce que le gouvernement simplifie notre environnement pour répondre aux défis du pays, qu'ils soient sur l'emploi, sur les finances publiques, sur la décarbonation ?
Il y a quand même des entreprises de votre secteur qui réalisent en 2023 des bénéfices records qui viennent d'être publiés.
C'est une très bonne nouvelle. L'État prend 25% de ce que les entreprises françaises gagnent. Je crois que l'impôt sur les sociétés a fortement augmenté ces dernières années. Donc les profits sont déjà taxés. Après, je sais que dans l'énergie, il y a des dispositions spécifiques.
Donc vous les comprenez ?
Je crois que l'idée des dispositions, c'est que les énergétiens sont protégés quand le cours d'électricité tombe très bas, pour éviter que les investissements, notamment dans le renouvelable qu'ils ont fait, soient pas rentables et pour inciter les gens à investir. Et la contrepartie, c'est quand le prix d'électricité monte, il restitue tout ou partie de ce qui dépasse. Et ces dispositifs, je pense, fonctionnent. Après, dans quelles conditions ? Je ne suis pas le plus grand expert de cette question technique.
Les Etats membres de l'Union Européenne, sur un autre dossier, viennent de valider une législation sur le devoir de vigilance. Concrètement, elles prévoient que les grandes entreprises, que vous représentez notamment pour votre secteur, l'industrie, soient juridiquement responsables des violations des droits humains, sociaux, dommages environnementaux, y compris pour leurs fournisseurs et filiales, la balle est dans le camp du Parlement européen, qui doit voter sur le texte mi-avril. Alors vous, vous ne le cachez pas, vous êtes contre, profondément contre même. Pourquoi ? Parce qu'on parle quand même d'enjeux forts, l'environnement, les droits de l'homme. Pourquoi dire non ?
Tout le monde est d'accord sur les objectifs. La question, c'est comment on veut les atteindre. Demander à des entreprises, en plus, on parle de grandes entreprises, je rappelle que ça descend jusqu'à 1000. J'ai la chance de diriger une entreprise de 2000 personnes, je ne me suis jamais vu comme une grande entreprise. Et ce qui va nous être demandé par ce texte, pour la majorité des entreprises qui y sont soumises, est juste inapplicable.
Des dizaines de milliers de références, des milliers de fournisseurs, des chaînes de valeurs qui ne sont pas limitées dans la profondeur, donc ça peut être le rang 2, le rang 3, le rang 4, avec des responsabilités lourdes, des investigations profondes que les entreprises ne seront pas capables de faire.
Oui, on ne peut pas le faire.
Mais on ne peut pas le faire. Encore une fois, le texte français qui préexistait, qui posait déjà pas mal de problèmes, se limitait au rang 1 et ne traitait que les entreprises de plus de 5000. Et quand vous les interrogez, déjà, elles avaient du mal. Mais imaginez qu'une entreprise comme la nôtre, qui a 500 fournisseurs, qui achète plus de 17 000 composants différents, des composants qui eux-mêmes sont constitués de dizaines de fournisseurs de rang 2, puis de rang 3, la capacité à les auditer dans des conditions raisonnables et avec un niveau de sécurité et de confort suffisant est juste totalement illusoire. Ce n'est pas comme ça qu'il faut prendre le problème.
Et alors, qu'est-ce qu'on doit faire face à ces enjeux qui sont cruciaux ? Il faut continuer à réaffirmer les objectifs. Les entreprises, chaque fois qu'elles le peuvent, s'interrogent avec qui elles travaillent, sur quels fournisseurs. Mais ce type de réglementation doit être, un, vu à l'aune de ce que les entreprises savent faire. Et deuxièmement, on ne peut pas être la seule région du monde qui va faire courir un risque juridique à ces entreprises quand les entreprises américaines ou chinoises n'y sont pas exposées.
Alors que la souveraineté est un enjeu majeur qui a été réaffirmé dans la déclaration d'Anvers et avec le soutien de Mme Van der Leyen, prendre une disposition de ce type quand l'objectif, c'est de produire plus en Europe, n'a aucun sens.
Qu'est-ce que, alors, vous êtes prêt à faire ? Que doit-on faire ?
Mais on fait déjà énormément de choses. On choisit nos fournisseurs, on fait un certain nombre de vérifications, mais l'idée qu'on peut aller dans l'intégralité de la profondeur des chaînes de valeur pour des entreprises de taille aussi faible, ça juste que ça ne marchera pas.
Je vous entends parler d'autres régions, Alexandre Sobo, du monde, les Etats-Unis, la Chine, c'est quoi ? C'est une question de compétitivité pour vous aussi ?
C'est une question de risque juridique, de compétitivité, de capacité à faire. Encore une fois, on viendra peut-être sur les sujets environnement, mais la meilleure façon de décarboner la planète, c'est de produire plus en Europe. Et en Europe, c'est de produire le plus possible en France puisqu'on a le point de PIB le plus décarboné du monde, l'énergie la plus décarbonée de tous les grands pays européens. Donc plus on fait en France, plus on protège la planète. Donc prendre des dispositions qui, par leur complexité, leur inapplicabilité, leur coût, découragent des gens à faire à l'endroit où il faut faire pour protéger la planète, ça n'a aucun sens.
Est-ce que l'industrie française, justement, parlons-en, arrive à se décarboner ?
Mais bien sûr. L'industrie française est maintenant, depuis 5 ans, à travers les différentes filières, les contrats stratégiques de filières, engagée dans une trajectoire de décarbonation. Elle a identifié les projets, elle a identifié les coûts, elle travaille avec le gouvernement dans le cadre de France 2030 et avant de France Relance sur le niveau de soutien qui est nécessaire pour que ces projets puissent voir le jour. Et aujourd'hui, alors encore une fois, il y a des changements récents, mais l'industrie était au rendez-vous de l'objectif précédent qui était moins 35% sur nos émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030.
Et on continue à travailler pour aller au-delà, pour essayer d'être au rendez-vous de Fit for 55.
Il y a un mot qu'on entend beaucoup ces dernières années, c'est celui de réindustrialisation. Est-ce que la France peut se réindustrialiser ? Et je vais aller plus loin. Est-ce que vous avez senti un tournant politique sur ces questions-là ?
Je pense que depuis le milieu de la décennie précédente, avec le rapport de Louis Gallois, il y a eu une prise de conscience que si la France n'arrêtait pas sa désindustrialisation, elle allait dans le mur. Que collectivement, on allait se retrouver avec une balance commerciale, une création de richesses et une situation fragile. Et l'affaiblissement de la France, on ne peut pas toujours le financer par un surcroît de dette. Donc il y a eu un changement d'état d'esprit. Après, comme toujours dans l'industrie, c'est le temps long. Donc quand on prend des décisions, ça met du temps à produire des résultats.
Sur la période 2000-2015, on a détruit entre 50 et 100 000 emplois par an dans l'industrie. Depuis 2017, en 5 ans, on en a créé 100 000. Donc certes, 100 000 en 5 ans, ce n'est pas énorme, mais par rapport à la trajectoire précédente, c'est une forte inflexion. Et mon inquiétude aujourd'hui, c'est que dans l'environnement réglementaire, les problèmes d'énergie, les enjeux de souveraineté, c'est que cette dynamique s'enraye et que cette trajectoire qu'il faut poursuivre pendant les 15 prochaines années, si on veut y arriver, s'interrompe ou soit fragilisée.
Qu'est-ce qu'il faudrait faire alors pour éviter ça ?
Il faut continuer à soutenir nos entreprises, il faut continuer à leur simplifier la vie, il faut continuer à les écouter quand ils disent qu'une réglementation n'est pas applicable, il faut les écouter quand ils disent que le MACF fait courir plus de risques qu'ils règlent davantage, il faut les écouter quand ils disent que le zéro artificiel net va faire peser un risque sur le développement de certaines entreprises et dans certains sites et que si la priorité, c'est la réindustrialisation, il faut mettre tous nos actes en cohérence avec l'objectif stratégique, je crois que tout le monde partage.
Il nous reste très peu de temps, une trentaine de secondes, mais vous avez parlé emploi, est-ce que vous arrivez à recruter ?
Bien sûr, on arrive à recruter, après il faut faire plus, avec la réindustrialisation, on a des besoins exceptionnels de recrutement dans l'industrie française, on parle de plus d'un million d'emplois dans les dix prochaines années, donc il faut être attractif, il faut convaincre les jeunes, les jeunes femmes, les ingénieurs de venir travailler chez nous, on s'y attelle tous les jours, on essaye d'être attractif, on travaille avec plein d'associations, avec toutes nos fédérations professionnelles, nos grandes entreprises, l'Opco2i, tous les acteurs de l'industrie pour essayer de réussir ce formidable défi et c'est sans doute le plus beau.
Merci beaucoup Alexandre Sobo, président de France Industrie et invité éco de France Info.