"La mandature d'Hidalgo est catastrophique" - L'interview Politique de Rachida Dati
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:36OuverteRéponse directe
Quelle est votre définition du rôle de la femme politique ou du représentant politique ?
- 3:52OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pensez que la droite est le meilleur camp pour réduire les inégalités ?
- 6:06RelanceRéponse directe
Mais est-ce que la droite est le meilleur camp pour répondre à cela ?
- 6:39OuverteRéponse directe
Quelle est votre explication à ce que certaines personnes aient honte de se dire de droite ?
- 8:02OuverteRéponse partielle
Quel est votre positionnement par rapport à cette nouvelle droite dure ?
- 8:27RelanceRéponse directe
Parce que vous trouvez qu'il n'y a pas de radicalité à gauche, vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:07Invité politiqueFait
« Tous les jours, vous avez de la guérilla urbaine. »
- 5:04Invité politiqueFait
« On est le seul pays au Conseil de sécurité à ne pas avoir produit de vaccin. »
- 5:16Invité politiqueFait
« Regardez le niveau de l'école dans les classements internationaux. »
- 5:30Invité politiqueFait
« Certains ne savent ni lire ni écrire. »
- 18:59Invité politiqueChiffre
« On est un pays où on est à plus de 8 millions de pauvres. »
- 20:17Invité politiqueFait
« On a une dette colossale, une gabegie financière colossale. »
- 20:18Invité politiqueChiffre
« On est presque à 9 milliards. »
- 16:11PrésentateurChiffre
« 63%, je crois, dans les 5 ans. »
- 24:50Invité politiqueFait
« On a dit, oui, on va donner un chèque psy. »
Temps de parole
- Rachida Dati79 %
- Présentateur20 %
≈ 6,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Sur la dislocation de la société, ça vous frappe pas la société qui est disloquée ? Moi je peux vous dire, tous les jours je regarde à peu près ce qui se passe en France. Tous les jours, vous avez de la guérilla urbaine. Tous les jours, tout n'est pas permis. Voilà.
Attends, pause. C'est quoi le Créomédia ? On est une équipe qui vous propose du contenu vidéo respectant trois piliers. Le débat, l'ouverture d'esprit et la pluralité des opinions. Notre but, faire réfléchir et permettre la libre circulation des idées. Bonne vidéo.
Je ne vais pas mal, mais rassurez-vous, Un jour, je ne manquerai pas de mourir.
Yo, c'est Jules pour Le Créomédia. On se retrouve aujourd'hui pour une nouvelle émission politique. Nous sommes avec Rachida Dati. Madame Dati, bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation. Permettez-moi, en guise d'introduction, de présenter quelques aspects de votre riche carrière. Vous êtes née à Chalon-sur-Saône. Vous avez grandi dans une cité ouvrière. Vous avez commencé à travailler adolescente avant de faire des études qui vous ont mené jusqu'à l'École nationale de magistrature. Vous avez exercé en tant que magistrate. Lorsque Nicolas Sarkozy vous a proposé de rejoindre son cabinet en 2002 en tant que ministre de l'Intérieur.
Enfin, lorsque lui était ministre de l'Intérieur. En 2007, vous étiez aux côtés de Xavier Bertrand, la porte-parole de Nicolas Sarkozy, justement pendant la campagne de l'élection présidentielle. Suite à quoi vous avez rejoint le gouvernement en tant que garde des Sceaux, ministre de la Justice. Vous avez également été députée européenne de 2009 à 2019 et vous êtes aujourd'hui et depuis 2008 maire du 7e arrondissement de Paris dans un splendide salle dans lequel nous nous trouvons aujourd'hui. Ma première question est la question signature de cette émission. Quelle est votre définition du rôle de la femme politique ou du représentant politique ?
Moi je trouve que l'engagement politique, d'abord on peut l'inscrire dans un engagement partisan ou dans un engagement d'idées. Mon engagement politique, il est de tout temps, même bien avant d'avoir accompagné Nicolas Sarkozy ou d'avoir un engagement dans un parti. Mon engagement politique, il est fondé et dont le ressort est encore vivant. Il est fondé sur des combats que j'ai menés depuis, vous le disiez tout à l'heure, j'ai commencé à travailler très jeune parce que j'ai commencé à travailler, j'avais 14 ans. Et depuis l'âge de 16 ans et demi, j'ai toujours travaillé à plein temps. Depuis l'âge de 16 ans et demi, non-stop à ce jour.
J'ai travaillé d'abord comme animatrice dans les centres de loisirs pour enfants. Puis ensuite à 17 ans, je suis devenue aide-soignante. Deux jours, deux nuits dans les blocs opératoires, dans des services classiques. Ce qui vous est d'aujourd'hui peut-être évidemment. Et puis ensuite, j'ai travaillé dans le privé, beaucoup. Et ensuite, je suis devenue évidemment magistrat. Et après, ma carrière est plus connue parce que je suis devenue collaboratrice de Nicolas Sarkozy, puis ministre, puis député européen, puis maire du 7e arrondissement. Mais c'est un engagement. Mon engagement politique, il est indissociable de mon activité professionnelle. Il est indissociable de mes combats personnels.
Tout est lié, tout est imbriqué. Moi, mes combats sont liés à ma vie personnelle, à ma vie professionnelle, à ma vie de tous les jours. C'est pour ça que je dis toujours, quand on est engagé en politique, c'est un combat de vie. C'est comme ça que moi, je le conçois. C'est comme ça que je le pratique. Et c'est comme ça que je le vis. Voilà, donc c'est un combat de tous les moments. C'est-à-dire que moi, je ne me dis pas, c'est 9h30, 2h05, ça ne s'arrête pas. Je me lève le matin, j'ai réfléchi quelque chose, ou je lis un article, ça me renvoie à quelque chose que j'ai connu. Je discute avec quelqu'un en étant dans cette proximité, cette accessibilité.
Je me dis, tiens, c'est vrai, je devrais aussi mener ce combat contre les inégalités. Donc tout est imbriqué. Donc moi, mon combat politique, mon action publique, je ne peux pas vous dire, voilà, c'est une partie de ma vie. Tout ça est très, très imbriqué, très lié.
En parlant des inégalités, je vous entendais récemment dans une interview parler de l'élection présidentielle à venir 2022, comme une élection qui se jouerait notamment sur la question de la réduction des inégalités. Est-ce que vous pensez que la droite est le meilleur camp pour cela ?
Vous savez, moi, les inégalités, j'allais dire, je les ai vécues. En tous les cas, j'ai toujours considéré que dans un pays comme la France, qui m'a donné la chance d'être ce que je suis aujourd'hui, c'est qu'il n'y a pas de déterminisme, il n'y a pas de fatalité. Donc si vous menez des combats, si vous avez des convictions, si vous avez des valeurs profondes, et que vous menez ces combats sans concession, sans compromission, et à un moment donné, vous arrivez à gagner des combats. Alors après, c'est des petites batailles les unes après les autres. Et aujourd'hui, cette crise sanitaire, qu'est-ce qu'elle a démontré ? Elle a démontré que la France est profondément disloquée, fracturée.
Et cette crise sanitaire, elle a aussi démontré que la France s'avait beaucoup décroché. Elle a décroché en termes de recherche, quand on voit que la France n'a pas été capable de produire un vaccin. On est le seul pays au Conseil de sécurité à ne pas avoir produit de vaccin. Donc on a décroché en termes de recherche, on a décroché socialement, on a décroché scolairement. Regardez le niveau de l'école dans les classements internationaux.
Quand on voit aujourd'hui que quand vous avez des enfants et des élèves qui arrivent en sixième, pour ne pas dire en troisième, en étant dans l'incapacité de lire ou écrire, je ne vous dis même pas de savoir bien lire et écrire, certains ne savent ni lire ni écrire. Et donc, je pense que l'échéance à venir va se jouer sur comment, j'allais dire on réconcilie, c'est galvaudé ce mot, mais comment la France se réunit, s'unit et qu'on mette fin, à un moment donné, il faut qu'on arrête cette dislocation qui est en continu, qui est une lame de fond. Et regardez, en termes de sécurité, il y a des guérillas urbaines, tous les jours, partout sur le territoire.
Mais est-ce que la droite est le meilleur camp pour répondre à cela ?
Je considère que les valeurs que nous portons, que l'incarnation que nous portons, que les idées que nous portons, que les propositions que nous faisons, ça correspond aux attentes et aux aspirations de la majorité des Français. Alors après, si vous me dites, est-ce que la France, elle est totalement le parti Les Républicains ? On peut discuter de ça, et c'est plus lancé. Mais moi, je pense que la France est majoritairement à droite, dans ce qu'elle porte, dans ce qu'elle incarne, que ce soit ses valeurs ou ses combats.
Aujourd'hui, certaines personnes ont une mauvaise image de la droite, certaines personnes, vous le disiez justement dans d'autres interviews, ont honte de se dire de droite. Quelle est votre explication à cela ?
Moi, j'ai toujours dit, un jour, je me souviens sur des plateaux, j'ai dit, mais attendez, mais on s'excuse presque d'être à droite. Excusez-moi, non, mais je suis à droite. Ou certains disent, non, mais je suis à droite, mais je ne suis pas à droite. Non, la droite, elle a un socle idéologique, elle a des valeurs, elle a des convictions. Moi, je suis pour la valorisation du travail, pour qu'on restaure la méritocratie, l'ascension sociale, l'ascenseur social doit être restauré, pour ne pas dire qu'il doit être refondé et recréé. C'est ça, la droite, c'est ça, mon combat.
C'est le travail, c'est le mérite, c'est l'ascenseur social, c'est la réduction des inégalités, c'est l'égalité hommes-femmes. Ce sont ça, nos valeurs. Moi, mes combats, ils sont là, vous n'en trouverez pas d'autres. Qu'on rétablisse aussi l'autorité et l'ordre. Moi, je considère que dans un pays, on ne fait pas ce qu'on veut, ce n'est pas le chaos tous les jours. et qu'à un moment donné, on replace bien de l'autorité partout, partout dans toutes les institutions. Remettre de l'autorité à l'école, dans les institutions judiciaires, dans les institutions de sécurité, y compris à l'hôpital, partout, il faut remettre de l'autorité partout. Aujourd'hui, toute l'autorité a été sapée et affaiblie.
Et à force de vouloir, de l'égalité, c'est bien de l'égalitarisme pour ne pas dire du nivellement. Le nivellement, c'est n'importe quoi. C'est ma conception des choses.
Il y a des personnes qui souhaitent remettre effectivement de l'ordre de l'autorité, qui appartiennent à des mouvances qui sont presque anti-républicaines à droite. Je pense à des mouvements comme Génération Identitaire ou des personnalités qui, parfois par humour, parfois moins, parlent de rétablir une monarchie, d'abolir la République. Quel est votre positionnement par rapport à cette nouvelle droite dure ?
Parce que vous trouvez qu'il n'y a pas de radicalité à gauche, vous ?
Si. Je peux vous poser la question également de ce que vous en pensez ?
Oui, parce qu'aujourd'hui, la radicalité, elle est partout. Et aujourd'hui, on n'est plus dans la confrontation d'idées. On peut être de gauche, de droite. On peut... C'est pour ça qu'on est là, exactement. Ce que je veux vous dire, c'est qu'on peut confronter nos idées. Je peux avancer sur des choses et me dire, ah tiens, effectivement, oui, vous avez raison. Je n'avais pas vu ces choses-là comme ça. Je vais vous donner un exemple précis. Vous allez me dire, c'est peut-être petit. Là, en ce moment, on a un débat sur la suppression des réductions de peine en prison, ce qu'a qualifié le gouvernement de réduction automatique de peine. Ça n'existe pas, la réduction de peine automatique.
Mais dans l'opinion publique, quand on présente comme ça, les gens disent, oui, ce n'est pas normal que nous ayons des réductions automatiques de peine. Oui, ce n'est pas normal. Mais encore, faut-il que ce soit la vérité. Mais que se passe-t-il ? Quand quelqu'un est détenu, il a été condamné, il y a une peine, vous pouvez avoir une réduction de peine pour un bon comportement ou quand vous donnez des gages de réinsertion. Et aujourd'hui, il n'y a pas de réduction automatique de peine, mais quelqu'un qui, par exemple, se comporte très bien en détention et qui dit, je veux travailler, je veux faire le ménage en prison, je veux aller servir le repas, je peux aider.
Mais quand il n'y a pas l'activité possible, qu'est-ce que vous faites ? Vous le punissez par rapport à celui qui, effectivement, est à la cuisine ou au ménage. Lui, il peut avoir la réduction de peine pour ce gage de réinsertion. Et celui qui n'a pas pu l'avoir parce qu'il n'y a pas de place, vous voyez, c'est des déséquilibres. Donc ça, on peut en discuter. Et quand vous l'expliquez à quelqu'un, il dit, ah oui, c'est vrai, je n'avais pas vu ça comme ça. Et donc, il faut pouvoir expliquer les choses. On dit, oui, sur les aménagements de peine, pardon, je fais tout en zigzag, mais en disant, oui, les aménagements de peine, il ne faut pas qu'il y ait des aménagements de peine automatiques.
Moi, je suis pour les aménagements de peine parce que je trouve que quelqu'un qui a commis... Alors, c'est pour les délits, ce ne sont pas les criminels en série, ce ne sont pas les terroristes, ce sont ceux qui ont commis des délits, dont on connaît le parcours, dont le casier judiciaire était vierge avant. Donc, c'est à l'aune de sa personnalité et de ce qu'il a fait aussi, la nature des faits. Il vaut mieux pouvoir le réinsérer pour la société plutôt qu'il finisse sa peine et que vous le mettiez comme ça dans la nature. Tout ça se prépare. Et donc, ça, ça se discute parce qu'il y a des gens qui disent, ah ben non, il a été condamné, il fait sa peine et après, il finit.
Non, il faut penser à l'après. Donc, vous pouvez aussi évoluer sur des idées. Vous pouvez évoluer sur des conceptions. Moi, il y a plein de choses sur lesquelles j'ai pu évoluer. Il y a des choses sur lesquelles, parce que vous les avez vécues, sur des sujets de société, sur des questions de société, vous pouvez évoluer.
Vous êtes féministe aujourd'hui ?
Le féminisme, ça veut dire quoi ? Tout le monde peut être féminin. Je vais vous dire, vous êtes féministe. Est-ce que vous êtes pour l'égalité homme-femme ?
Oui.
Bon. Voilà. Est-ce que vous êtes pour le travail des femmes ?
C'est vous qui faites des questions.
Non, mais voilà. Moi, je vais vous dire, quand on me dit, est-ce que vous êtes féministe ? J'ai tellement vécu la survie. Il y a beaucoup de femmes, elles ne sont même pas dans un combat pour la vie, elles sont dans le combat pour la survie. Et donc, moi, mes combats ont été de ceci, et beaucoup de femmes n'ont pas gagné encore cette survie-là. Donc, oui, être féministe, moi, je suis pour l'égalité homme-femme, pour qu'elle puisse travailler, pour qu'elle puisse être autonome, pour qu'elle puisse être libre. Ils sont là, mes combats. Donc, il faut faire attention aux étiquettes. Mais je ne suis pas pour la radicalité. Moi, je suis pour l'échange.
Je peux ne pas être d'accord avec vous, mais je veux échanger avec vous. Moi, je débats avec tout le monde, je rencontre tout le monde. Moi, je suis allée regarder la campagne que j'ai menée à Paris. Moi, je n'ai pas eu besoin d'officier de sécurité. Ma permanence n'a pas été dégradée. Je n'ai jamais été agressée. J'échange avec tout le monde. Je ne peux pas être d'accord. Vous pouvez me faire une proposition. Je veux dire non, moi, en tous les cas, ne comptez pas sur moi. Mais on échange. C'est ça, la politique aussi.
Il y a beaucoup de choses, effectivement. D'ailleurs, c'est pour ça qu'on est là, au crayon. On essaye de rassembler des personnes qui ne sont pas forcément d'accord, justement, autour de la même table, dans la même discussion. Et je ne représente pas là mes propres idées, mais effectivement, il s'agit d'interroger vos propres convictions. J'aimerais parler de la prison après, puisque effectivement, c'est un thème que vous maîtrisez en tant qu'ancienne garde des Sceaux. Mais juste sur la droite, qu'est-ce qu'on fait avec la radicalité, à gauche comme à droite ? Comment on gère ça quand on est aux responsabilités ?
Vous savez, on dit qu'il y a de plus en plus de défiance vis-à-vis des hommes ou des femmes politiques. La défiance, elle tient à quoi ? C'est quand vous ne tenez pas votre parole, quand vous n'êtes pas dans la proximité, quand vous n'êtes pas à l'écoute, quand finalement vous êtes sur l'écume des choses. Elle est là, la défiance.
Quand on manque de dignité aussi ?
Bien sûr. Moi, je considère que les fonctions publiques, elles doivent intégrer de la dignité. C'est normal. Vous incarnez quelque chose, vous ne représentez plus que vous, pas que vous-même. Vous représentez... Moi, je suis maire du 7e, et j'ai du respect pour cette fonction. Et quand je l'exerce, quand je prends la parole, je ne me départis pas du fait que je représente un arrondissement, des administrés, des gens qui ont voté par moi.
À cet égard-là, j'aimerais juste rebondir pour que le sujet soit... aborder une fois pour toutes, mais j'avais retenu de vous un passage avec Élise Lucet. Je sais que c'est un moment peut-être malheureux, mais...
Non, mais moi, je suis très à l'aise, il n'y a rien de malheureux. Mais moi, je ne supporte pas. C'est-à-dire que quand vous êtes un personnage public, une personnalité publique, ou même quelqu'un qui représente une institution, vous pouvez être présidente tribunal, vous pouvez être président d'une entreprise, vous pouvez être un élu, ça ne vous donne pas tous les droits. Moi, je considère qu'on n'agresse pas les gens, on ne les injurie pas, on ne les accuse pas. Donc, à un moment donné, tout n'est pas permis. C'est ce que Mme Lucet a fait, et pas vous ? Oui, bien sûr, tout n'est pas permis. Voilà. Et donc, cet échange un peu tendu, c'était de rappeler que tout n'est pas permis. Voilà.
Et moi, je tiens à avoir ma liberté et à ce qu'on me respecte. Tout n'est pas permis. Voilà.
Très bien. Bon, effectivement, parlons peut-être un peu de prison, puisque vous avez évoqué le sujet. C'est aujourd'hui un système, le système carcéral français est beaucoup décrié. La France a plus d'une quarantaine de prisons qui ont été condamnées, soit par la CEDH, soit par la Cour européenne des droits de l'homme, soit par des tribunaux français. Le ministère de la Justice lui-même, en 2014, indiquait que la réinsertion est toujours meilleure lorsqu'il n'y a pas eu d'enfermement de prison ferme, de condamnation à la prison ferme. Quel est votre avis à ce sujet-là sur la réinsertion et sur l'état des prisons en France ?
Sur l'état des prisons en France, quand à un moment donné, vous ne construisez pas de place de prison, quand évidemment la délinquance augmente, la prison, elle est nécessaire. Elle est nécessaire. Elle est dans le code de procédure pénale. C'est une peine qu'on peut prononcer. C'est vrai que dans le code de procédure pénale, on dit que quand il n'y a pas d'autre peine possible, quand toutes les sanctions ont été envisagées, la prison est possible. J'allais dire presque en dernier ressort. Mais elle est nécessaire. Mais la privation de liberté, ce n'est pas la privation de dignité. Et puis toute incarcération nécessite aussi une préparation à la sortie pour éviter justement la récidive.
Et donc, moi, j'avais à cœur, j'ai lancé un programme de construction de prison, puisque si vous voulez que les prisons soient dignes, il faut effectivement pouvoir en construire. Et moi, j'en veux beaucoup à la gauche qui n'a jamais, jamais mis en œuvre un programme de construction de places de prison. Alors, à la fois, ils critiquent les conditions de détention et à la fois, ils n'en construisent pas, ils n'en restaurent pas. Et donc, à un moment donné, il faut prendre ses responsabilités. Donc moi, j'ai lancé un plan de restauration et un plan de construction. Ça, c'est le premier point. Le deuxième aspect, c'est la réinsertion.
Moi, je ne conçois pas l'incarcération avec les sorties sèches. Vous savez, la majorité des détenus qui sortent comme ça en sortie sèche récidive. C'est assez classique et en particulier pour les plus jeunes.
63%, je crois, dans les 5 ans.
Donc, il faut pouvoir... Moi, j'avais multiplié par 5 les aménagements de peine. J'avais élargi la possibilité d'être éligible au bracelet électronique. Avec la loi pénitentiaire de 2009, j'avais permis à ce que les régies d'insertion, les associations puissent venir à l'intérieur de la prison pour pouvoir prendre en charge, anticiper les sorties de prison. Et donc, tout ça, c'est un travail, mais ça demande une volonté politique de le faire.
Cette gauche que je ne supporte plus, celle qui donne des leçons à tout le monde, c'est celle qui, effectivement, n'a pas fait, n'a pas eu à aucun moment une volonté politique de pouvoir, justement, améliorer les conditions de détention et mettre les moyens, toute la gauche qui a été à chaque fois, toutes les gauches qui ont été au gouvernement, et de mettre les moyens sur la réinsertion. Moi, j'ai eu le sentiment parfois qu'elle le faisait exprès pour avoir encore, j'allais dire, un socle électoral. C'est-à-dire que, moi, je considère que c'est comme pour l'intégration, c'est comme pour le séparatisme. La gauche, dans beaucoup de domaines, a été pompier pyromane.
Voilà, moi, c'est ma conception, c'est comme ça que je l'ai vécu, et c'est comme ça que je l'ai vu sur le terrain. Voilà, là, je vous parle de mon expérience de terrain.
En tant que ministre ?
Non, mais en tant que citoyenne, en tant que... Enfin, moi, j'ai vécu très longtemps dans une cité ouvrière, et puis après dans des cités qui étaient devenues des lieux de délinquance extrêmement importants, puis des lieux de séparatisme, enfin, de communautarisme, parce que quand on veut changer les situations, on change les mots sans régler les situations. Moi, je trouve que la gauche qu'on connaît aujourd'hui a été pompier pyromane, et maintenant, ils se gargarisent des valeurs, des grands principes, mais il n'y en a pas un qui a une proposition pour régler ce qui se passe. Pas un. Donnez-moi une proposition, je vais vous répondre.
Il y a plein de sujets. Il y a l'écologie, il y a de l'annulation de la dette.
D'accord, sur l'écologie, on peut parler de l'écologie, mais sur la dislocation de la société, ça ne vous frappe pas, la société qui est disloquée ? Moi, je peux vous dire, tous les jours, je regarde à peu près ce qui se passe en France. Tous les jours, vous avez de la guérilla urbaine. Tous les jours. Tous les jours, vous avez petit à petit une partie de nos concitoyens qui se séparent de la République. Est-ce qu'on accepte ? Est-ce qu'on ferme les yeux ? Moi, je ne me résous pas à ça.
Est-ce que les nouveaux médias, les réseaux sociaux accentuent cette tendance-là, ou est-ce que c'est un prisme, peut-être, qu'on a parce que, justement, on obtient de l'information seulement par certains vecteurs de communication, cette impression que tout se disloque ?
Non, mais c'est une réalité. Moi, je n'ai pas besoin des réseaux sociaux pour me rendre compte que la France se disloque. Le séparatisme, il existe. Le communautarisme, il existe. Les ghettos, ça existe. Il est islamiste. La pauvreté, ça existe. Donc, tout ça existe. Et ça s'est amplifié, ça s'est aggravé. On est un pays où on est à plus de 8 millions de pauvres. Moi, je regardais le rapport, c'était le rapport, je crois, du Secours catholique ou du Secours populaire français, qui disait qu'on a un taux de pauvreté inédit en France depuis la Deuxième Guerre mondiale. C'est une réalité.
C'est vrai qu'on connaît ça. En tant que jeune, aujourd'hui, il y a de plus en plus d'étudiants précaires, etc. Exactement. Des reportages, effectivement, qui en parlent, qui le montrent. Bon. Ça fait plein de sujets, effectivement.
Oui, il y a plein de sujets, c'est vrai.
On pourrait partir dans plein de directions. J'aimerais peut-être vous demander quand même au sujet de Paris. Vous avez été candidate à la mairie de Paris en 2020. Vous avez été arrivée en deuxième place derrière Anne Hidalgo, la maire sortante qui a donc été réélue. Est-ce que la mairie de Paris, est-ce que Paris, ce n'est pas une capitale qui centralise trop de flux financiers, de ressources en France, qui fait justement qu'on a une situation sociale qui se dégrade par ailleurs ?
Paris, c'est un peu plus de 50 000 agents. C'est beaucoup moins que le ministère de la Justice. Et le budget, c'est presque autant, si ce n'est plus que celui du ministère de la Justice. On est presque à 9 milliards. On a une dette colossale, une gabegie financière colossale. Pour quels résultats ? De la même manière, sur la délinquance, on a un taux de délinquance extrêmement haut à Paris. Et ça s'est dégradé d'année en année. Depuis 10 ans, on a la délinquance qui augmente. On a un taux de pauvreté qui explose également. On a une dégradation de l'espace public. On a un chaos dans l'espace public. On a une voie à un espace public totalement dégradé.
Donc, moi, je veux bien, mais avec 9 milliards, je pense qu'on pourrait avoir une belle métropole, une belle capitale. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Et donc, regardez, depuis que la crise sanitaire a eu lieu, moi, j'ai plus d'élus au Conseil de Paris que Mme Hidalgo. C'est-à-dire que les socialistes sont inférieurs à nous en nombre. Et elle n'a gagné que par un attelage. Et un attelage, j'allais dire, qui n'est pas un attelage de gouvernance. C'est un attelage uniquement pour ne pas perdre la place. À chaque Conseil de Paris, elle est mise en difficulté par sa majorité. Elle dit que les écologistes, ce sont des élus antirépublicains. Mais moi, je trouve ça choquant.
Comment gouverner avec des élus antirépublicains ? Une fois sur deux, elle se fait battre sur des délibérations. Elle a besoin de nous pour pouvoir faire passer ces délibérations. Donc, c'est une ville. Je pense que sur cette mandature, ça va être une mandature encore catastrophique.
Mais au-delà de ce qui se passe à Paris, est-ce que Paris n'est pas justement une capitale qui est peut-être trop centralisée ? La France, est-elle un pays trop centralisé ?
Après, c'est sur les institutions. On est un pays jacobin. On a commencé, on a eu des vagues de décentralisation. Petit à petit, depuis 1986, on décentralise, on décentralise. Mais la crise sanitaire a démontré la limite de la centralisation. La gestion de la crise sanitaire, elle aurait été, je pense, plus efficace avec une plus grande proximité, avec un plus grand respect des élus locaux, avec un travail beaucoup plus en partenariat avec les élus locaux, je pense. Donc, la décentralisation, je pense que c'est aussi le sens de l'histoire. Mais la décentralisation avec des élus incompétents où c'est de la gabegie, il faut faire attention aussi.
Ce n'est sans doute pas le cas de la majorité des élus en France.
Non, mais regardez, moi je trouve, j'aurais été maire de Paris. Moi, la première chose, d'abord, j'aurais sur les étudiants, c'est la plus grande ville étudiante. Moi, j'aurais pris tous les locaux. Il y a beaucoup de locaux municipaux qui sont fermés aujourd'hui, des gymnases, des atrium, des auditoriums, des salles municipales qui sont aujourd'hui fermées. Moi, j'aurais permis, j'aurais dit avec la conférence des universités, des présidents d'universités, j'aurais proposé de mettre à disposition toutes ces salles aux enseignants et aux universitaires, de pouvoir disposer de ces salles pour pouvoir faire des cours en petits groupes.
Aujourd'hui, le distanciel, ce n'est pas le refus des enseignants de donner cours en présentiel, ni le refus d'ailleurs des présidents d'universités. C'est que dans les locaux actuels des universités, on ne peut pas faire cours en raison d'une suroccupation. Donc, il faut mettre à disposition des locaux. C'est le rôle du maire de Paris. Ça aurait pu être une solution. De la même manière, sur les masques et le dépistage, on aurait pu organiser des dépistages et des distributions de masques. Pour l'instant, ce ne sont que les maires d'arrondissement qui le font en bricolant. Moi, j'ai des partenariats, mais on bricole. Donc, vous voyez, ça aurait pu être une action qui aurait pu être menée.
Il y a beaucoup de choses qui auraient pu être faites en ce sens. Ça n'a pas été le cas. Le premier conseil de Paris, moi, j'aurais été maire de Paris, j'aurais dégagé tout de suite des marches financières pour soutenir toutes les activités qui sont en difficulté. Les acteurs de la culture, les commerçants, les restaurateurs, les acteurs du sport, tout ce qui fait l'attractivité de cette ville. Ça n'a pas été fait. Tous les conseils de Paris, je vous invite à regarder, qui sont aujourd'hui tenus, on vote des subventions pour des associations. Et beaucoup d'associations a mis de l'exécutif actuel. Et des associations, et j'assume le terme, qui sont communautaristes, par exemple.
Donc, ils votent des subventions pour des associations qui ne sont pas liées à l'urgence sanitaire, ou à l'urgence économique, ou à l'urgence sociale qui existent aujourd'hui à Paris. On a dit, oui, on va donner un chèque psy. Pour les étudiants, vous êtes des jeunes, sans doute vous êtes étudiant vous-même, vous en connaissez. Vous avez bien vu que le chèque psy, ce n'est pas gratuit. Vous devez avancer aussi une partie. On ne prend pas en charge la totalité de la consultation psy. Est-ce que c'est normal ? Et puis, si vous êtes parisien, je vous mets au défi de trouver une consultation dans des délais rapides.
Très compliqué. Tous ces problèmes-là, sont-ils pas aussi le fait de la région Île-de-France ? Et je pense à Valérie Pécresse, qui est de votre camp idéologique.
Oui, mais là où vous avez raison, il faut que la collectivité, il faut travailler ensemble, pas travailler l'une contre l'autre. Aujourd'hui, la mairie de Paris...
Vous travaillez ensemble avec Valérie Pécresse ?
Oui, mais moi, je ne suis que maire d'arrondissement, mais la maire de Paris, dans l'intérêt des Parisiens, dans l'intérêt des Franciliens, elle peut travailler en cohérence et main dans la main avec Valérie Pécresse. Elle ne le fait pas. On oublie que Mme Hidalgo, elle est présidente du conseil de surveillance de l'APHP, des hôpitaux parisiens. Vous l'avez entendu, avoir une stratégie sanitaire pour les hôpitaux parisiens ? Pour les hôpitaux franciliens ? Moi, je n'ai pas entendu de stratégie. Alors, c'est bien de se lamenter. C'est bien de dire que c'est la faute des autres. Mais quand on était élu, on a une responsabilité. Moi, je suis maire d'arrondissement.
On n'a pratiquement pas de pouvoir. Mais j'essaye de trouver des solutions, des partenariats. Moi, j'ai mis en place un partenariat pour le dépistage. Moi, j'ai fait dépister toutes les écoles du 7e. Paris ne l'a pas fait.
Est-ce qu'il y a peut-être d'autres responsabilités pour lesquelles on a plus de pouvoir et justement qui seraient d'intérêt ?
C'est-à-dire ?
Vous pensez à la présidentielle ?
Non, mais quand vous faites de la politique, vous n'avez qu'une envie, c'est de pouvoir œuvrer dans l'intérêt de vos administrés ou de vos compatriotes. Il va y avoir une élection présidentielle. Moi, je suis élue. Quand vous êtes élue, forcément, vous êtes dans un combat politique, quelle que soit l'échéance. Parfois, vous avez des échéances qui ne vous concernent pas forcément, directement, je veux dire. Mais on est au soutien de ce combat politique. Bien sûr qu'on va avoir la présidentielle. Et bien sûr que je vais m'exprimer. Et bien sûr que je vais faire campagne.
Comme Mme Hidalgo ou Mme Pécresse, peut-être ?
Non, mais parce que Mme Hidalgo, elle n'est jamais à Paris. Elle n'est pas sage à Paris. Moi, je suis désolée. Hier, il y a un débat sur le confinement ou pas. Vous avez des gens qui sont désespérés. Moi, j'ai reçu depuis plus de 48 heures des mails. Est-ce qu'on ferme l'école ? On ne ferme pas l'école. Mais Mme le maire, l'école... Où était Mme Hidalgo ? Elle était à Douai ou à Roubaix. Je ne sais plus dans quelle ville. Est-ce que c'est sa place ? Il y a deux semaines, Paris était aussi en difficulté. Elle était à Nancy. Il y a trois semaines, quand son adjoint a annoncé qu'il voulait que Paris soit reconfinée, elle était en vacances.
Moi, je pense qu'à un moment donné, il faut arrêter d'être léger. Il faut arrêter d'être léger. Voilà. Et moi, j'estime que si elle est fatiguée, si elle a besoin de vacances, si elle a besoin de se promener et si elle est dans le coup d'après, il ne faut pas demander à être maire de la capitale. Moi, on ne nous force pas à faire de la politique. On ne nous force pas à être élue. Moi, j'estime... Vous savez, moi, depuis qu'il y a la crise sanitaire, je suis dans mon arrondissement. Je suis aux côtés des Parisiens. C'est ma responsabilité. Et on ne me force pas à cela.
Pour aller vers la fin de cette interview, j'aimerais vous demander qui est-ce que vous souhaiteriez voir assise ou assise à votre place dans cette interview du rôle de l'homme ou de la femme politique ?
C'est-à-dire ?
Est-ce que vous avez une suggestion d'invités ? Qui est-ce que vous regarderiez si vous étiez, vous, spectatrice, et que vous souhaiteriez voir l'émission ?
Aujourd'hui, avec cette crise sanitaire, moi, je pense que les élus locaux qui sont souvent attaqués, caricaturés, défiés... Moi, je pense que les maires, aujourd'hui, ont montré le sens de leur responsabilité, le sens de l'intérêt général, le sens des autres. Ne croyez pas que quelqu'un qui est maire le fait pour des raisons égoïstes ou d'égaux, pas du tout. Et donc, je pense que vous pourriez... Surtout que vous êtes jeune, je trouve que l'engagement politique prend tout son sens quand vous êtes maire, quand vous êtes élu local. Donc, vous qui êtes jeune, je ne vais pas vous donner des noms, mais l'intérêt de vos interviews, c'est de montrer...
C'est bien de montrer des ministres, d'avoir des interviews avec des ministres. Mais le ministre, il est nommé. Le maire, il est élu. Et le maire, non seulement il est élu, mais il est sur le terrain tous les jours. Il est obligé, il n'a pas le choix. Vous ne déléguez pas quand vous êtes maire. Et donc, moi, je pense que vous qui êtes jeune, vous qui avez envie de faire de la politique, je pense, vous qui êtes sensible à l'engagement politique, vous qui voulez savoir à quoi sert un engagement politique, concrètement, et puis qui êtes... Effectivement, vous n'êtes pas dans la défiance de la politique, bien au contraire.
Moi, je pense que d'interviewer des élus locaux, des élus de terrain, c'est important, c'est bien. Je trouve que ça rend hommage aussi à ces élus de première ligne. Vous savez, on a dit, tous ces agents, les caissières, le personnel soignant, toute cette première ligne, les élus locaux, les maires en particulier, ont été aussi en première ligne. Donc, moi, je trouve que c'est bien que vous vous intéressiez aux élus locaux. Et pas que des élus locaux parisiens.
Non, pas du tout. On a déjà reçu, je pense à Pierre Griselin notamment, ou à Sandra Krièf de Grenoble ou de Saint-Séries. La dernière question que nous posons à tous nos invités, que vous inspire la phrase « Trace tes contours » qui est le slogan de notre média ?
C'est pour ça que vous vous appelez les crayons ?
C'est parce qu'on s'appelle le crayon que notre slogan est « Trace tes contours ».
Moi, je trouve qu'il faut être à l'intérieur du contour, puis après, il faut dépasser le contour. Moi, c'est comme ça que je conçois le combat. Quand vous êtes en dehors du contour, la critique est facile. Donc, il faut être à l'intérieur du contour pour bien comprendre. Après, vous pouvez faire, puis après, il faut aller au-delà du contour.
Merci, Rachid Adati.
Merci.
J'espère que cette interview vous a plu. N'hésitez pas à nous faire savoir en commentaire, à nous dire si elle vous a inspiré, à la partager autour de vous et à vous abonner au crayon. On se retrouve mardi prochain pour une prochaine interview. Ciao !
Rachida Dati