Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Média — Podcasts· 2 juin 2026 24 min

Pourquoi Raphaël Glucksmann patine déjà

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour un nouvel épisode des Indiscrets sur le Média. Votre rendez-vous hebdomadaire politique avec Nils Vilqueux, c'est le monsieur off du Média et tous les vendredis il nous offre les indiscrétions du monde politique et médiatique et décrypte l'actualité. Au sommaire de cette émission, Glucksmann en panne, pourquoi place publique galère à s'imposer à gauche ? Nous parlerons ensuite du coup de chaud sur l'exécutif, pourquoi le gouvernement ne protège pas les Français et on terminera par le déjeuner chez Bolloré, la fausse colère de Lecornu contre Annie Gennevard. C'est parti pour les Indiscrets. Bonjour Nils. Salut Cyril, salut à toutes et à tous.

Nils, alors il paraît que la candidature de Raphaël Glucksmann patine. Oui, c'est pas la joie dans le camp social-démocrate ces derniers temps et c'est pas l'interview de Raphaël Glucksmann lundi qui a amélioré la situation. Écoutez le candidat de place publique. Qu'est-ce que vous attendez pour vous déclarer ? Je ne serai pas un candidat de plus sur l'espace de la gauche démocratique, vous avez noté qu'il y en a déjà trop.

1:13
Raphaël Glucksmann

Et vous ne répondez pas à ma question ? Qu'attendez-vous pour vous déclarer ? Je me donne trois mois. Trois mois pour scionner le pays et proposer ce nouveau contrat patriotique. Trois mois pour réunir ma famille politique.

1:23
Présentateur

Voilà, alors c'est quand même le premier candidat à faire un 20h pour annoncer qu'il ne sera pas candidat tout de suite. Voilà, alors cette non-annonce de Glucksmann a un peu dérouté ses rivaux forcément, mais aussi ses soutiens. Et puis il y a aussi des interventions médias, parfois jugées maladroites, voire malaisantes. Ça c'est plutôt évidemment par ses détracteurs. Regardez. C'est quoi au fond être de gauche ? Être de gauche c'est sentir dans ses tripes une révolte face à l'injustice. Voilà, alors et puis surtout il y a un point rouge dans la campagne de Raphaël Glucksmann, c'est le nerf de la guerre. L'argent, on l'oublie souvent, mais on ne fait pas une campagne sans pognon.

Regardez Gabriel Attal, à défaut d'avoir des idées, il a mis la main sur le trésor de guerre de Renaissance. Bon, de toute façon, vous allez me dire qu'il était millionnaire avant de devenir un premier ministre. Voilà, c'est comme ça qu'il a réussi sa vie en Macronie. En attendant, Raphaël Glucksmann est surtout dépendant du bon vouloir de Ford et du Parti Socialiste, lequel ne semble pas pressé de lui confier les clés du camion et celui du coffre. Regardez ce que déclare un député socialiste que j'ai consulté pour préparer cette émission. Raphaël n'a pas un rond. Et surtout, il est seul. Ce n'est pas avec 10 000 euros qu'on mène une campagne présidentielle. Cela coûte très cher.

Alors, d'autant que les candidats à la présidentielle, en général, ne mangent pas dans les masterpulés et ne dorment pas dans un Formule 1, Cyril. Donc, c'est ce que m'explique un stratège politique à gauche. Bon, on n'en est pas au niveau de Zemmour, qui avait dépensé plusieurs milliers d'euros pour une nuit à l'hôtel. Mais enfin, quand même. Et puis, en attendant, le patron de place publique doit faire la tournée des patrons en leur faisant un petit speech libéral et européen, n'est-ce pas, pour remplir ses caisses avec un objectif. Il faut arriver à tenir, au moins jusqu'à l'automne, en attendant un ralliement potentiel du Parti socialiste à sa personne.

Oui, en fait, c'est un appui qu'il avait déjà obtenu lors des deux précédentes élections européennes. Oui, mais les élections européennes, ce n'est pas la présidentielle. Et pour le moment, ça patine parce que Glucksmann ne convainc personne. Même ses soutiens ont reconnu son crash test face à Éric Zemmour. Il faut voir comment il est perçu par l'extrême droite. Regardez, par exemple, Antoine Dier, un ancien porte-parole d'Éric Zemmour et de Reconquête sur RMC. Et c'était le 27 mai. Oui, il faut affaiblir Mélenchon. Il ne faut pas laisser Mélenchon seul à gauche. Et moi, je suis heureux. Mais en plus, au-delà du calcul tactique,

3:48
Raphaël Glucksmann

j'adorerais qu'on retrouve en France une gauche normale, raisonnable.

3:52
Présentateur

Voilà, Glucksmann, c'est la candidature de l'extrême droite pour affaiblir Mélenchon. C'est un peu le baiser de la mort, cette déclaration. Mais c'est surtout le profil de ces soutiens qui interroge. Carole Delga, la présidente PS de la région Occitanie, Nicolas Maillard-Rossignol, le maire de Rouen, la sénatrice Laurence Rossignol, Jadot, Voinet, Duflo, ça c'est chez les écolos. Bref, plutôt des personnalités en rupture avec leur propre parti à gauche et très centre compatible. Et oui, il y a aussi éventuellement les maires de Marseille, Benoît Payan ou encore celle de Strasbourg, Catherine Trottmann. Mais là encore, ce sont des élus un peu en rupture avec le PS là aussi.

Trottmann, par exemple, c'est quand même allié avec la Macronie au niveau local pour l'emporter au municipal, sans être écarté du PS par ailleurs. Bref, c'est tout le défi de Glucksmann. Il doit parler à la gauche, mais comme il ne fera pas mieux que Jean-Luc Mélenchon, qui a repris la place laissée vide par le PS, il doit aussi parler au centre, déserté par la Macronie, qui penche de plus en plus à droite depuis le premier quinquennat du président. Mais la tâche semble bien difficile, Nilsson.

Oui, et puis d'ailleurs, même chez les personnalités qui semblent dans sa ligne de mise, ou en tout cas qui sont sur la même ligne Europe libérale que lui, il ne convainc pas entièrement pour le moment. J'ai posé la question à un député de gauche qui m'explique ceci. Les candidats de la gauche, c'est comme le patinage artistique. Il faut faire un salto, puis des figures de plus en plus compliquées pour s'imposer. Mais Glucksmann, il a déjà chuté à la télé, et il n'a pas un discours de justice sociale, pas de vision politique. Avec une personnalité comme la sienne, il risque de se fracasser sur le PS.

Voilà, et puis il y a les électeurs de gauche, qui sont quand même échaudés par le quinquennat ignoble de François Hollande, qui ont du mal à distinguer Glucksmann des macronistes sur l'économie et l'Europe, deux thèmes qui fâchent traditionnellement à gauche. Et puis il y a aussi eu cette note révélée par Politico, avec une page intitulée « Cible à éviter pour le moment, les 18-25 ans, les revenus à 1 600 euros par mois, les banlieues, l'électorat qui vote pour la droite, le Rassemblement national et encore LFC, bien sûr. » Bref, une catastrophe, même si Glucklue s'est empressé de préciser qu'il avait rejeté ce constat.

Il est désormais vu comme un candidat de l'élite et des riches, et quand on a une étiquette, ce n'est pas facile de la décoller. Et donc là, il compte sur son meeting du 13 juin. Oui, ça va être la grande démonstration de force. Un roulement de tambour, attention. Son équipe annonce qu'il devrait réunir entre 3 000 et 4 000 personnes pour réussir sa démonstration. Alors, autant te dire que ce n'est pas gagné, d'autant qu'en Angus 4 se tient François Hollande sur le même créneau. Un ancien président au bilan, certes catastrophique, mais qui croit fort à ses chances de remplir à l'Elysée. Nils, on va parler de la chaleur. On a très chaud ici, même sur ce plateau.

Et le gouvernement aussi, apparemment. Oui, mais il ne faut pas le dire, en fait. C'est-à-dire que, oui, parce que la ministre de l'Écologie, notamment, la ministre de la Santé, bref, le gouvernement répète que la situation est sous contrôle. Les Français crèvent de chaud, mais apparemment, au gouvernement, on a trouvé la solution. C'est la pensée magique, n'est-ce pas ? Si on pense qu'il ne fait pas très chaud, eh bien, la température redescend. Alors ça, ça fonctionne quand on est politicien. Pour les Français, c'est un peu plus compliqué. Et la ministre d'Écologie a reçu, mardi, les journalistes au ministère.

Il y avait un tout petit ventilateur dans la salle qui répandait une illusion de fraîcheur. Mais tout le monde avait des tâches sous les aisselles, sur les chemises. Et puis, il y a les critiques, quand même, sur la gestion de ce coup de chaleur qui s'accumule contre l'exécutif, principalement de la gauche. Marine Tondelier, en bonne écolo, par exemple, joue sa partition. Écoutez-la.

7:23
Locuteur 5

Je suis effarée par la situation de ce mois de mai qui est le plus chaud que la France n'ait jamais connu. On n'a jamais connu une journée aussi chaude au mois de mai de l'histoire des relevés météo qu'hier. Je suis effarée par la violence des commentaires là-dedans contre les présentateurs météo, comme c'était de leur faute. On dit la carte est rouge. C'est sûr que s'ils la mettaient en bleu, on aurait beaucoup moins chaud. Et puis, je suis effarée par le degré d'impréparation du gouvernement qui fait quand même jeudi une réunion dont le thème est, je cite, le point sur la préparation des services de l'État.

C'est-à-dire qu'au bout de plusieurs jours de canicule, ils font un point pour se préparer aux prochaines, mais on n'a toujours pas compris ce qu'ils faisaient pour la vague de chaleur. Là, maintenant, c'est assez coupable et assez irresponsable.

8:00
Présentateur

Du côté de la France insoumise, on déroule son programme, élection présidentielle à venir oblige. Regardez ce qu'écrit notamment Clémence Guettet. Des annonces en veux-tu, en voilà, en pagaille. Il y a un encadrement du tarif du ticket d'entrée au cinéma. Ça, c'est probablement pour prendre un petit peu de fraîcheur. Il y a aussi la gratuité de l'entrée au musée. Alors ça, pour le moment, nous, les journalistes, avec notre carte de presse, on a effectivement l'entrée gratuite, mais pas le reste du public. Gratuité de l'accès aux piscines publiques, bon, protéger les travailleurs en établissant des seuils de température pour la santé humaine au travail.

Enfin, bon, voilà, tout un catalogue de mesures, notamment le blocage du prix de l'eau en bouteille. Du côté de Génération, qui s'est rattaché aux écolos à l'Assemblée, Benjamin Lucas menace carrément de saisir le procureur de la République pour mise en danger de la vie d'autrui face à ce qu'il appelle l'impréparation qui frapperait d'abord les publics les plus vulnérables. Écoutez, c'était sur RFI.

8:53
Locuteur 9

Est-ce que, selon vous, la réponse du gouvernement dit service de l'État est à la hauteur de cette situation inédite ?

9:01
Raphaël Glucksmann

Écoutez, moi, j'ai écouté il y a quelques instants la ministre de la Santé, Mme Riste. On s'est moqué il y a 13 ans de Mme Bachelot qui disait « fermer les volets et buvez de l'eau » et Mme Riste vient de dire exactement la même chose. Moi, je vais, cet après-midi, saisir le procureur de la République au titre de l'article 40 pour mise en danger de la vie d'autrui parce que l'inaction climatique de ce gouvernement aujourd'hui, depuis 10 ans, mais singulièrement dans la période, elle met en danger notamment les publics les plus vulnérables.

Elle met en danger nos aînés, elle met en danger nos enfants, elle met en danger les habitants de nos quartiers populaires qui vivent dans des bouilloires thermiques. Maintenant, ça suffit d'avoir des opérations de communication qui, derrière, ne produisent aucun effet en termes de protection de nos concitoyennes et de nos concitoyens. Le réchauffement climatique, c'est aujourd'hui la première question de sécurité nationale.

9:41
Présentateur

Alors, sans surprise, le gouvernement n'est pas d'accord. Regardez ce que déclare Maude Bréjon au Conseil des ministres.

9:50
Locuteur 10

Je crois que Marine Tondelier pointe un sujet qui est réel, qui est celui de la préparation au réchauffement climatique, aux phénomènes météorologiques intenses qui, malheureusement, deviennent fréquents. Mais je l'invite à ne pas faire de politique politicienne sur le sujet parce qu'en l'occurrence, ce n'est pas le cas ici.

10:09
Présentateur

Voilà. Alors, peu importe que la totalité des ONG, des experts reconnus sur le climat et l'environnement, pointe un problème de préparation dans la gestion de la crise climatique.

10:18
Locuteur 6

On est en train, en réalité, de vivre une des années les plus froides du reste de notre vie. Ce carbone qui a déjà été accumulé, il a déjà durablement perturbé l'atmosphère et perturbé tout ce qui va derrière. Aujourd'hui, on a un événement qui est exceptionnel du point de vue statistique. Depuis qu'on mesure les températures en France, on n'a pas eu de tels écarts, de telles températures au mois de mai.

10:39
Présentateur

Le calendrier retenu par Matignon a suscité des tensions, Nils. Oui, pendant ce qui fait 35 à l'ombre, le Premier ministre a convoqué une réunion interministérielle ce jeudi, en fin de journée, pour réunir une dizaine de ministres, non pas pour gérer l'urgence immédiate, mais pour préparer un plan d'endurance jusqu'en septembre, avec l'accueil du public, l'état des nappes phréatiques et le risque de feux de forêt, ce qui semble quand même à minima très en dessous des enjeux immédiats.

11:06
Locuteur 4

Et là, pour le coup, j'ai un petit souvenir de quand j'étais ministre. C'est compliqué quand on est au gouvernement, notamment sur ces sujets, parce qu'il faut que vous preniez des décisions compliquées dont vous n'aurez pas de bénéfices à court terme, mais qui vont être très utiles à votre pays. Donc, il faut être capable de se projeter et de prendre des décisions aujourd'hui, pas pour demain ou après-demain, mais pour les années qui viennent. Et en matière de changement climatique, c'est indispensable.

Ce qu'on ne fait pas aujourd'hui, les sujets sur lesquels on n'investit pas aujourd'hui, on va les payer très, très cher, pas seulement en argent, parce que ça coûtera beaucoup plus cher, mais en vie humaine.

11:34
Présentateur

Alors, j'ai posé la question à un ministre en exercice pour préparer cette émission qui, sans surprise, il défend évidemment l'action gouvernementale. Et par contre, il critique Marine Tondelier et dit donc la France insoumise. Surprise, écoutez. Les écologistes qui critiquent le gouvernement parce qu'il fait trop chaud, c'est grotesque. Marine Tondelier, c'est le commentaire opportuniste contre l'action pour masquer ses compromissions douteuses avec LFI. Bref, c'est une stratégie comme une autre de s'en prendre à la France insoumise ou encore aux écolos en temps de chaleur. Alors, en réalité, il y a bien un certain nombre de mesures qui ont été prises ces dernières années.

Il y a un an, par exemple, Agnès Pannier-Runacher a présenté le plan national d'adaptation au changement climatique. Mais enfin, c'est jamais que le troisième du genre en quelques années. Et un ancien ministre de l'Environnement le reconnaît en off. En France, on sait lancer des planifications, mais leur mise en œuvre reste compliquée. Sur le terrain, les Français ont l'impression que rien ne bouge trop lentement. Cela alimente la colère populaire. On ne peut pas dire le contraire. Effectivement, quand il fait 35 à l'ombre dans sa bouilloire thermique, on peut difficilement rester calme.

Alors, il y a bien un plan de rénovation des écoles qui est en cours, mais enfin, pour le moment, il est un peu au point mort parce que les budgets sont en baisse. Il y a aussi un décret qui a été pris en 2025 pour renforcer les dispositions pour les travailleurs soumis aux fortes chaleurs. Enfin, tout ça, c'est encore très théorique. Par exemple, seuls 7% des écoles sont équipées de climatisation selon l'ADEME, l'Agence de transition énergétique.

13:00
Locuteur 7

On a plusieurs dizaines de milliers d'écoles et la plupart sont très anciennes. Quelques-unes ont été rénovées. Mais c'est un processus qui prend du temps et qu'il faudrait accélérer. Et le problème, c'est que l'État qui donnait des financements avec un fonds vert a coupé de manière drastique ce fonds vert depuis 2024 chaque année, ce qui limite le nombre de rénovations qu'on peut avoir d'écoles chaque année.

13:24
Présentateur

Tu l'évoquais à l'instant, mais ce qui coince, c'est l'argent, évidemment. Évidemment, c'est l'argent, c'est le nerf de la guerre, toujours, comme pour les campagnes électorales. Alors, effectivement, les collectivités locales ont plusieurs outils financiers à leur disposition. Elles peuvent utiliser le fonds vert, c'est un milliard d'euros par an, le fonds Barnier, environ 300 millions d'euros, et leur dotation pour investissement. Mais enfin, on ne peut pas les utiliser en même temps. On ne peut pas, effectivement, on est obligé de switcher entre ces différents fonds.

Et puis, par exemple, le fonds vert, qui était doté de 2 milliards d'euros, si je ne me trompe pas, a été raboté de moitié à cause des coupes budgétaires dans le dernier budget. Donc, c'est quand même un petit peu compliqué. Et puis, il y a un autre facteur, probablement, c'est que le discours faussement rassuriste du gouvernement sur l'école, le travail ou encore le climat contribue à alimenter l'éco-anxiété, la peur, quand on voit qu'il fait 35 degrés et que le gouvernement répète que tout va bien, on devient anxieux et c'est normal. Écoutez.

14:21
Raphaël Glucksmann

Est-ce que vous nous dites ce matin que certains établissements pourraient fermer ?

14:25
Présentateur

Pour l'instant, ce n'est pas prévu, mais c'est tout à fait possible. C'est-à-dire que quand la situation devient trop chaude, la collectivité locale, le préfet et l'éducationnel peuvent décider de fermer une école. Voilà. Sur le terrain, pour les profs, les élèves et leurs parents, on voit bien que la situation est parfois souvent intenable. a regardé par exemple ce reportage.

14:44
Locuteur 8

Dans cette salle de classe dans l'Orne, le thermomètre affichait hier 30 degrés. En Ile-et-Vilaine, c'était encore plus, 32. Et dans l'Essonne, la température ambiante dans cette salle était de 34 degrés. Impossible de faire court dans ces conditions.

14:57
Locuteur 1

Mon ressenti, c'est que c'est un peu de la maltraitance. Mais bon, qu'ils soient chez eux ou à la maison, on pourrait dire que c'est la même chose. Mais sauf que là, on est quand même dans une position de travail. C'est quelque chose que les pouvoirs publics, pour l'instant, s'emploient surtout

15:14
Présentateur

à relativiser cette crise. Oui, on n'est pas dans l'urgence, ce que répète sans cesse la ministre de la Santé, Stéphanie Riste, qui affirme que les vagues de chaleur sont connues et que le système de santé n'enregistre aucune tension particulière. Elle l'a répété sur tous les tons, sur tous les médias, toutes les conférences de presse cette semaine. Écoutez.

15:31
Locuteur 9

Beaucoup de gens se sont moqués sur mes réseaux sociaux quand j'ai pu prévenir en disant qu'il fallait boire de l'eau même si on n'avait pas soif. Eh bien, tant pis. Je le redis. Il faut boire de l'eau même si on n'a pas soif. Nous faisons face à une vague de chaleur exceptionnellement tôt. Depuis la canicule de 2003, l'État est organisé pour répondre à ces vagues de chaleur. On est organisé au niveau du ministère en cellule de crise qui permet de coordonner les différents ministères. Les décisions sont locales avec les préfectures, les agences régionales de santé, les rectorats pour les écoles, les collectivités locales.

Avec une chaleur telle qu'elle est, il ne faut pas faire d'activités physiques intenses aux heures de la journée les plus chaudes. Allez voir les personnes fragiles autour de vous qui penseront peut-être un peu moins à boire de l'eau. C'est une sorte de solidarité générale qu'il faut avec cette vague de chaleur qui arrive.

16:26
Présentateur

Alors, elle dit que tout va bien, mais enfin, il y a quand même sept décès qui sont déjà associés directement ou indirectement à la vague de chaleur. Il y a eu, par exemple, cinq noyades. Et hier, donc jeudi, au moment où je préparais cette émission, on a appris malheureusement le décès d'un jeune ouvrier de 19 ans à Dié dans la Drôme. Il travaillait sur une toiture à Poney et Saint-Auban et il s'est senti mal selon France Bleu. Alors, il a été transporté à l'hôpital. Il est décédé dans la nuit de mardi à mercredi. L'hypothèse principale qui doit encore être confirmée selon nos confrères de France Bleu, c'est que ce serait un coup de chaud.

Ce n'est qu'un début, malheureusement, mais le gouvernement regarde ailleurs. On passe au dernier sujet de cette émission, un déjeuner qui fait polémique, Nils. Oui, cette fois, c'est une ministre plutôt discrète qui fait parler d'elle pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas cette personne. Elle s'affiche à l'écran. C'est une prof de français de formation devenue députée du Doubs où elle est née. De l'extérieur, elle fait très comme il faut cette ministre. Comme on ne dit pas un mot plus haut que l'autre, toujours le petit foulard nu autour du cou, un long vintage pour rester poli, une petite voix flûtée de professeur.

Elle s'est fait connaître en montant dans la hiérarchie du RPR, l'UMP, puis les Républicains. Elle est devenue aussi notamment vice-présidente de l'Assemblée nationale jusqu'en 2022. Et Le Monde a révélé cette semaine qu'elle avait participé à un déjeuner le 21 mai, la semaine dernière, au siège de Vivendi, dit donc, le groupe Bolloré à Paris, avec pour objectif préparer la prochaine présidentielle en 2027, mais avec une grosse inclinaison pro-russe. Alors, outre Bolloré, il y avait Christine Kelly, légérie évangéliste de CNews, mais aussi un conseiller de Pardella, François Durvy, et une ancienne journaliste russe, Xenia Fedorava.

Voilà, un profil très sulfureux, puisque c'est l'ex-directrice de RT France qui occupe une place grandissante dans le dispositif médiatique de Bolloré. Et elle imprime jour après jour le narratif russe sur la guerre contre l'Ukraine. Mais que faisait Nils-Annie Gennevard dans cette galère ? Oui, alors le gouvernement a d'abord tenté de minimiser l'événement. Voilà, c'est pas grave, on n'a rien vu. Écoutez Maude Bréjon en Conseil des ministres.

18:36
Locuteur 10

Ça n'avait pas vocation à porter un message politique particulier. Elle le fait à titre individuel, elle le fait à titre personnel, voilà, mais rien ne l'en empêche aujourd'hui. Voilà, et donc je n'ai pas davantage de commentaires à faire sur ce point.

18:50
Présentateur

Aucun problème.

18:51
Locuteur 10

Non, pardonnez-moi. D'abord, Annie Gennevard est libre de participer au déjeuner ou au dîner. Avec qui elle souhaite ?

18:59
Présentateur

Alors, tu vas me dire « libres les ministres ». Bah oui, le terme a choqué au sein du gouvernement. Alors, j'ai interrogé une ancienne ministre macroniste qui n'était évidemment pas sur cette ligne non plus et qui rappelle effectivement qu'il y a des obligations quand on est ministre de la République. Les ministres sont libres d'aller en Bretagne ou ailleurs pour les vacances, mais il ne faut pas qu'ils s'étonnent si on considère qu'ils posent un acte politique qui engage le gouvernement quand il déjeune avec 100 personnes dont des soutiens à M. Poutine dont les activités de désinformation

19:29
Raphaël Glucksmann

ont été interdites en France. C'est une faute politique.

19:32
Présentateur

Voilà, et puis finalement, le gouvernement était obligé de durcir le ton face au tollé provoqué par ces révélations. Changement de ton le lendemain, Maud Bréjon reprend la main, écoutez-la. Qu'elle peut tenir Mme Gennevard encore au gouvernement ?

19:46
Locuteur 10

Elle s'est expliquée. Je pense qu'en tout état de cause, il ne faut pas que ça se reproduise.

19:50
Présentateur

Oui, alors on a tendance à l'oublier, Cyril, mais la Macronie, c'est différentes sensibilités et puis surtout, il y a une chapelle plus européenne et libérale que l'autre. Et pour ce camp-là qui vient plutôt du centre et parfois de la social-démocratie, le soutien au dictateur Poutine, c'est non, d'où la nécessité pour le corps nu de faire passer un message à ses ministres. D'autant que depuis 5 ans, Vincent Bolloré est soupçonné d'utiliser son empire médiatique pour promouvoir une alliance entre le RN et les Républicains pour permettre enfin à l'extrême droite et ses idées nauséabondes de prendre le pouvoir en France.

Oui, c'est Bolloré qui a lancé la candidature d'Éric Zemmour et qui l'a bien déçu. Oui, effectivement, à l'époque, c'est Bolloré qui a confié tout son pouvoir médiatique à Éric Zemmour. On l'a vu notamment sur CNews avec Christine Kelly toujours aussi exaltée. On les a vus sur CNews préparer le tremplin effectivement pour la présidentielle. Alors, il s'est craché et puis désormais, Bolloré compte sur Bardella pour redresser le pays et d'ailleurs, il l'a aidé à lancer son dernier livre Ceux que veulent les Français qui a bénéficié d'un matraquage orchestré par les médias Bolloré.

Ils ont été vendus sur à peu près toutes les chaînes du groupe et principalement sur CNews mais aussi dans la presse du groupe le JDD notamment. Et puis ensuite, évidemment, il y a eu la distribution notamment dans les relais dans les gares qui appartiennent désormais à Vincent Bolloré et dans lesquels on peut voir toute la littérature raciste s'afficher. Alors, ce petit jeu effectivement entre Vincent Bolloré et Jordan Bardella lui a rapporté plus de 700 000 euros ces deux dernières années au patron du RN en additionnant les gains de ses deux livres un sacré trésor de guerre pour financer la présidentielle.

Et Annie Gennevar elle affirme en défense qu'elle ne savait pas que ses personnalités aussi sulfureuses seraient également présentes. Oui, c'est ce qu'a précisé en tout cas son équipe auprès de l'IB. Elle a estimé notamment que sa participation ne saurait être interprétée, je cite, comme un soutien, une caution ou une validation des activités, position ou initiative des personnes présentes. Bon, c'est pas brillant comme défense.

Mais enfin, en même temps, qu'est-ce qu'il faut attendre d'un gouvernement et notamment d'un Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui lui-même a dîné plusieurs fois avec Marine Le Pen ces dernières années sur des sujets sensibles comme la défense nationale, comme l'avaient révélé nos confrères de l'IB. Voilà les dîners secrets de la Macronie et du RN. Alors à l'époque, Lecornu rencontrait tout ce petit monde chez Thierry Solaire, un conseiller du président de la République, ce qui montre bien d'ailleurs la porosité entre les macronistes et le Rassemblement national, ou une partie des macronistes malheureusement.

Alors à l'époque, en plus, Lecornu avait commencé par nier les faits avant de les reconnaître et puis on peut dire effectivement avec ce nouveau déjeuner d'Annie Genevard où assistait notamment Bolloré, le RN et puis toute la propagande pro-russe, que plus que jamais la Macronie aura servi de marche-pied à l'extrême droite. Merci beaucoup Nils pour toutes ces indiscrétions. On se retrouve pour les indiscrets dès la semaine prochaine. Parnellement, c'est ma collègue Amira Benjabala Jean-Pierre qui sera avec toi Nils la semaine prochaine. Donc on lui souhaitera et tu lui souhaiteras j'imagine un bon retour parmi nous après son congé maternité.

N'oubliez pas, il y a quelque chose de très important actuellement, vous le savez peut-être, nous sommes en pleine campagne et nous avons plus que jamais besoin de votre soutien. Votre soutien nous est vital. Et nous avons besoin d'avoir 10 000 donateurs mensuels d'ici le 30 juillet. Alors pour cela, allez sur capsurdicat.lemédiatv.fr Nils, bonne fin de journée et on se retrouve très vite sur les antennes du Média. Merci beaucoup Cyril et puis surtout merci d'avoir tenu le flambeau pendant l'absence d'Amira. Voilà, on t'embrasse et on te remercie de ta participation à l'émission. Ce fut un plaisir. A très bientôt. Sous-titrage Société Radio-Canada