Dans "Le Complot contre la France", Gérard Davet et Fabrice Lhomme enquêtent sur la galaxie Bolloré
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Questions et réponses
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- 0:53OuverteRéponse directe
Qui fomente ce complot contre la France ?
- 1:45RelanceRéponse directe
Vous assumez ce qui ressemble à une théorie du complot ?
- 2:43OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est vraiment si caché que ça, Aurélien Islam ?
- 4:08FerméeRéponse directe
Ça veut dire que François Hollande puis son successeur ont péché par naïveté ?
- 5:07OuverteRéponse directe
Expliquez-nous ce que ça veut dire, la stratégie du moyeu et des rayons.
- 6:30OuverteRéponse directe
Pourquoi identifiez-vous 2016 comme un moment de bascule dans l'entreprise de Vincent Bolloré ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:18InvitéFait
« il y a des puissances financières, médiatiques, surtout médiatiques, qui oeuvrent pour faire basculer la France dans un régime illibéral. »
- 3:14InvitéFait
« François Hollande assiste à l'inauguration de ses usines et qu'il n'est pas aussi, comment dire, sulfureux qu'il peut l'être aujourd'hui. »
- 3:33InvitéFait
« Bolloré va chercher le soutien de l'Élysée, donc de François Hollande, pour prendre Vivendi, en disant, si je ne prends pas Vivendi, ça tombera entre les mains des Allemands. »
- 3:48InvitéFait
« il y a déjà, dans son esprit, une stratégie de conquête de l'opinion publique, l'opinion publique, en achetant Vivendi pour avoir, évidemment, Canal+, mais ça ne va être que le prélude à une multitude d'achats qui vont ensuite se dérouler les années suivantes. »
- 4:56InvitéFait
« il en convient aujourd'hui. C'est qu'il n'a pas vu la manœuvre d'entrisme de Vincent Bolloré dans le monde médiatique français. »
- 5:42InvitéFait
« l'Institut de sondage CSA fait partie de la galaxie et à un moment donné, par exemple, le journal du dimanche qui est détenu par Bolloré publiait un baromètre et régulièrement tenu par l'IFOP. »
- 6:17InvitéFait
« En général, ça tourne autour de l'immigration et de la sécurité. »
- 6:53InvitéFait
« on provoque une rédaction pour entraîner des départs et pour pouvoir renouveler les effectifs et former des effectifs qui soient en ligne éditorialement. »
- 7:27InvitéFait
« François Fillon est encore bien parti pour être le président. »
- 10:00InvitéFait
« Emmanuel Macron n'a pas mis son nez dans cette histoire. »
- 11:25InvitéFait
« Macron se lâche sur l'immigration dans un journal d'extrême droite. »
- 11:52InvitéFait
« il y a un tabou qui a été violé en quelque sorte parce que ça voulait dire qu'on cautionnait quelque part ce magazine d'extrême droite surtout sur un sujet aussi inflammable que l'immigration. »
Temps de parole
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- Invité 232 %
- Invité 313 %
- Présentateur12 %
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Ils travaillent en duo depuis des années pour révéler les coulisses du pouvoir. On leur doit, un président ne devrait pas dire ça, Sarko m'a tué les juges et l'assassin sur l'épisode du Covid. On peut parler des deux journalistes d'investigation les plus connus de France. Bonjour Gérard Davé, bonjour Fabrice Lhomme.
Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter pour votre nouvelle enquête. Ça s'appelle Le complot contre la France, publié chez Flammarion. Vous nous proposez cette fois d'entrer dans les coulisses de la galaxie Bolloré, indissociable de la montée en puissance du populisme d'extrême droite pendant les deux quinquennats d'Emmanuel Macron. Amis auditeurs, vous êtes les bienvenus, comme tous les jours, avec vos questions, vos commentaires au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Alors, vous savez ce qu'on va vous dire à tous les deux, parler de complot quand on est journaliste, c'est toujours un peu curieux. Donc, qui fomente ce complot contre la France ?
Alors,
ce livre est le produit d'une enquête qu'on a menée ces dernières années avec Gérard Davé. Il est le fruit de centaines d'entretiens exclusifs, de milliers de documents inédits qu'on a réunis et qui nous permettent de conclure que depuis un peu plus d'une décennie, en France, il y a des puissances financières, médiatiques, surtout médiatiques, qui oeuvrent pour faire basculer la France dans un régime illibéral.
C
'est-à-dire, clairement, pour convaincre les Français de donner le pouvoir à l'extrême droite. Et ça, par des méthodes qui sont, pour certaines, connues de tout le monde. On va brancher ces news,
on
va regarder, on va comprendre ce qu'on nous raconte. Mais il
y a
aussi ce qui se passe derrière. C'est la partie, je dirais, immergée de l'iceberg, que les gens ne connaissent pas et qu'on a voulu explorer.
Donc,
vous assumez ce qui ressemble
à
une théorie du complot
?
Pour nous, ce n
'est
pas une théorie du complot. Pour nous, c'est juste un puzzle avec des morceaux qu'on a assemblés. Et à la fin, on voit le dessin global. Et le dessin global, c'est vraiment qu'effectivement, comme le disait Fabrice, il y a une volonté politique et idéologique de faire basculer la France vers un régime qui nous semble illibéral. Si on parle de complot, c'est
-à
-dire de gens qui sont réunis dans une petite pièce pour fomenter une révolution, on n'est pas là-dedans du tout. On est au contraire dans des intérêts parfois divergents, parfois différents, mais qui convergent vers la même chose. On va bien sûr détailler ce que vous racontez, les entretiens que vous avez pu avoir avec un certain nombre de témoins. Mais pour rester sur cette idée qu'il y a derrière le mot complot, pour le coup, puisque vous parlez de la galaxie Bolloré et de l'influence d'un certain nombre de milliardaires sur le débat public, l'influence de Vincent Bolloré, celle de Pierre-Édouard Sterrin, autre milliardaire ultra-conservateur,
on
ne
peut
pas dire franchement que ce soit caché. C'est même assez ostensible, on en parle dans ce studio, dans d'autres médias. Est-ce que c'est vraiment si caché que ça, Aurélien Islam ? Vous avez raison, il y
a
deux choses. La première, c'est que ça apparaît en pleine lumière depuis finalement assez peu de temps. Nous, ce qu'on explique, c'est qu'il y
a
eu un travail en profondeur qui a précédé ce moment où finalement, on a commencé à s'intéresser à M. Sterrin, c'est quand même assez récent, et à Bolloré, qu'on a longtemps considéré juste comme un industriel. C'est-à-dire, pour dire les choses, puisque vous commencez à parler en 2014, vous racontez la prise de pouvoir sur Vivendi, sur Canal+, à l'époque, déjà en 2014, vous considérez que Vincent Bolloré a déjà ce projet, alors même, rappelons-le, que François Hollande assiste à l'inauguration de ses usines et qu'il n'est pas aussi, comment dire, sulfureux qu'il peut l'être aujourd'hui.
Exactement, mais c'est précisément tout notre, j'allais dire, tout l'objet de notre enquête, les révélations qu'on peut apporter là-dessus, c'est-à-dire que, même dès 2012, Bolloré va chercher le soutien de l'Élysée, donc de François Hollande, pour prendre Vivendi, en disant, si je ne prends pas Vivendi, ça tombera entre les mains des Allemands. L'Élysée va considérer qu'effectivement, il vaut mieux que ce soit entre les mains d'un Français que d'un Allemand.
En réalité, il y a déjà, et ça, ce sont des proches de Vincent Bolloré qui nous le disent, il y a déjà, dans son esprit, une stratégie de conquête de l'opinion publique, l'opinion publique, en achetant Vivendi pour avoir, évidemment, Canal+, mais ça ne va être que le prélude à une multitude d'achats qui vont ensuite se dérouler les années suivantes, jusqu'à aujourd'hui, et jusqu'à faire un conglomérat absolument incroyable, monstrueux, dont on connaît assez peu d'équivalents dans le monde.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que François Hollande puis son successeur ont péché par naïveté
?
François
Hollande,
on l'a rencontré longuement.
Vous le connaissez bien.
On le connaît un peu.
Il est pas rancunier, d'ailleurs.
Voilà, c'était notre 64e, 65e entretien avec lui. Et là, en l'occurrence, on l'a requestionné. En fait, quand on s'est repenché sur cette histoire, on a refait l'intégralité de nos entretiens avec François Hollande, à l'époque où il était président. Et il nous parlait assez régulièrement de Bolloré. Et en fait, il voyait ça comme étant un épiphénomène économique, industriel éventuellement. Il a commencé à s'en intéresser, à s'en inquiéter, quand tout d'un coup, les guignols ont commencé à disparaître, vous vous rappelez, etc. Et nous, en fait, on ne s'est pas vraiment rendu compte de ce qui se passait non plus. Et c'est ensuite, en relisant ses entretiens, qu
'on
s'est dit qu'on va retourner voir François Hollande pour lui demander s'il n
'a
pas péché par excès de naïveté. Et en fait, oui, il en convient aujourd'hui. C'est qu'il n'a pas vu la manœuvre d'entrisme de Vincent Bolloré dans le monde médiatique français.
Alors, rentrons dans la description que vous faites de cette galaxie Bolloré. C'est ce que vous appelez la stratégie du moyeu et des rayons. Expliquez-nous ce que ça veut dire.
C'est une stratégie économique qui est assez connue, qui a été théorisée et mise en place aux USA, je crois. En l'occurrence, il s'agit d'agglomérer autour d'un moyeu central de nombreux rayons qui, en fait, vont tous converger vers la même optique, c'est-à-dire gagner de
l
'argent. Il faut savoir que Vincent Bolloré est un industriel génial qui gagne beaucoup d'argent avec ses affaires. Et en l'occurrence, il s'agit vraiment pour lui de gagner de l'argent, mais aussi, et c'est ça qu'on documente, de gagner les esprits. Et donc, en l'occurrence, par exemple, un exemple tout bête, ce que peu de gens savent, l'Institut de sondage CSA fait partie de la galaxie et à un moment donné, par exemple, le journal du dimanche qui est détenu par Bolloré publiait un baromètre et régulièrement tenu par l'IFOP.
Qui était un baromètre
historique de la Ve République. Et très sérieux. Tenu par l'IFOP. Eh bien, l'IFOP a été dégagé et c'est Frédéric Dhabi, son directeur, qui nous raconte comment ça s'est passé et c'est vraiment assez singulier. CSA a été institué comme principal institut de sondage de la galaxie Bolloré et comment ça se passe, moyeu et rayon. CSA pose des questions.
En
général, ça tourne autour de l'immigration et de la sécurité. Ensuite, que se passe-t-il ? Tout simplement, c'est relayé dans Europe 1. Ensuite, dans le JDD. Ensuite, Pascal Pond fait son édito dans le JDD. Etc. Etc. Et c'est ça, la stratégie du moyeu et des rayons. Fabrice Lhomme, vous identifiez en quelque sorte un moment de bascule. C'est l'année 2016. À l'époque, la chaîne d'information CNews s'appelle encore ITV. La rédaction se met en grève pour protester contre l'arrivée à l'antenne de Jean-Marc Morandini qui était à l'époque mise en examen pour corruption de mineurs aggravés. Pourquoi est-ce que vous identifiez ce moment comme un tournant dans l'entreprise de Vincent Bolloré ?
C
'est un tournant à plusieurs titres.
D
'abord, on va voir la méthode Bolloré commencer à se développer. C'est-à-dire qu'on provoque une rédaction pour entraîner des départs et pour pouvoir renouveler les effectifs et former des effectifs qui soient en ligne éditorialement. C'est exactement ce qui s'est passé avec Morandini.
Donc il
fait ça à dessein ? À dessein. Absolument. C'est une sorte de provocation qui fonctionne d'ailleurs. La rédaction va se mettre en grève. Finalement, tout le monde va partir. On va prendre de nouveaux journalistes et ITV va devenir CNews avec évidemment un changement éditorial profond avec une ligne désormais d'extrême droite. Par ailleurs, c'est très important aussi de voir qu'on est au moment de la primaire de la droite, fin 2016, à une période, on l
'a
peut-être oublié, mais où en fait François Fillon est encore bien parti pour être le président. Or, du point de vue de Bolloré, Fillon, c'est une droite conservatrice qui peut-être n'est pas assez extrême à son goût mais enfin qui peut lui convenir. Or, on sait ce qui se passe. Fillon s'est pris les pieds dans ses costumes notamment et aussi dans ses emplois fictifs et il y
a
eu le surgissement de Macron.
Au
tout début, on raconte bien comment, grâce à des témoignages inédits encore une fois, que Bolloré a cru en Macron. Il s
'est
dit c'est un libéral, ça peut me convenir. Et très rapidement, il a déchanté pour différentes raisons qu'on révèle dans l'ouvrage et c'est là qu'il s'est dit
il
faut changer, il faut changer, il faut un vrai pouvoir de droite, ce qu
'il
appelle la vraie droite, lui qu'il qualifie de démocrate chrétienne qui est en fait tout simplement l'extrême droite et donc il va y avoir une radicalisation, on va dire, chez Bolloré et pas seulement chez Bolloré. On parle aussi d'autres personnages qui gravitent dans le même univers, d'autres milliardaires influents et qui sont sur la même ligne, évidemment Pierre-Édouard Sterrain le plus connu d'entre eux et tous vont converger dans l'idée qu
'il
faut une droite plus dure et surtout que pour, et c'est ça le point clé, pour obtenir le pouvoir, il faut d'abord prendre le pouvoir sur les cerveaux des gens,
c
'est-à-dire convaincre les Français que tout ce en quoi ils croyaient auparavant est complètement périmé. Il faut changer le logiciel des électeurs pour les amener à voter infimé pour l'extrême droite.
Il faut que vous nous parliez du lien entre Emmanuel Macron et Vincent Bolloré, ces deux hommes se détestent.
Pourquoi ? Les proches, on n
'a
ni rencontré ni Emmanuel Macron ni Vincent Bolloré qui n
'ont
pas souhaité nous rencontrer mais on a rencontré beaucoup de leurs proches qui témoignent, c'est une caractéristique de nos livres en général, à visage découvert. Donc c'est très intéressant et effectivement, ils se sont flairés. Il y
a
eu un dîner qui a été organisé d'ailleurs à l'Elysée et ça s'est mal passé ce dîner parce qu'Emmanuel Macron n'aime pas le côté obsessionnel, réactionnaire, conservateur de Bolloré et Bolloré, il a longtemps cru aussi qu'Emmanuel Macron était doté du même logiciel que Nicolas Sarkozy. Il y
a
un turning point qui nous paraît important, un point de bascule. Merci Benjamin. Ce point de bascule, c'est le procès que Vincent Bolloré a eu à subir pour des affaires de corruption. Il estimait, il espérait que l'Elysée donnerait un petit coup pour que ses affaires soient bien mieux emmanchées et qu'il ne soit pas condamné. Ce qui se faisait assez régulièrement sous le cas de la Sarkozy, on l
'a
beaucoup documenté. Emmanuel Macron n'a pas mis son nez dans
cette histoire. Oui, il faut
expliquer parce qu'il y
a
à l'époque une procédure dite de plaidé coupable qui doit être homologuée par la justice et la justice refuse cette
procédure de plaidé coupable. Une juge
très courageuse qu'on connaît bien qui s'appelle Isabelle Prévodépré qui a dit très clairement bien non,
ce
serait presque un outrage à magistrats que de faire un plaidé coupable pour une affaire de corruption aussi établie, semble-t-il.
D
'ailleurs, il va être jugé à la fin de l'année normalement. Du coup, il espérait que l'Elysée intervienne. Il n
'est
pas intervenu et donc, pour façon Bolloré, ça a été une triple déception le fait que l'Elysée n'intervienne pas et qu'en plus il puisse être condamné. Mais Fabrice Lhomme, pour autant, il y a eu du côté d'Emmanuel Macron un moment où il a cru pouvoir tenter de séduire, de convaincre un certain nombre de personnalités de cette galaxie. Ça, c'est quoi ? Ça, c'est une tendance d'Emmanuel Macron à toujours croire que même quand on est son opposant, on va réussir peut-être à le convaincre ? Là encore, on documente, je pense assez précisément le jeu dangereux qu'a joué Emmanuel Macron, notamment vis-à-vis de l'extrême droite. Emmanuel Macron est un républicain, il n
'y a
aucun doute là-dessus, il n'est absolument pas extrémiste. Mais il a considéré, alors peut-être à juste titre qu'à un moment, il fallait parler aussi à l'extrême droite, mais il a été jusqu'à envoyer, on va dire, des clins d'œil. candidats potentiels qu'il avait pu recevoir. Et puis, il
y
a cette fameuse interview sur laquelle on revient dans le détail à Valeurs Actuelles accordée en octobre 2019 de mémoire, au cours de laquelle Macron se lâche sur l'immigration dans un journal d'extrême droite. Et là, on raconte qu'en fait, à l'Élysée, ça a été un séisme. Ça ne s'est pas su à l'extérieur à l'époque, mais on raconte que même ces conseillers pleuraient, pleuraient dans leur bureau parce qu'ils ont estimé que là... Les conseillers d'Emmanuel Macron pleuraient de l'interview
que
leurs patrons venaient de donner. Exactement. Et ça nous a notamment confirmé par Rima Abdulmalak qui a été successivement conseillère d'Emmanuel Macron. Puis ministre de la Culture. Puis ministre de la Culture. Donc, qui est bien placée pour en parler. Elle en a été témoin direct. Et qui dit que là, il y a un tabou qui a été violé en quelque sorte parce que ça voulait dire qu'on cautionnait quelque part ce magazine d'extrême droite surtout sur un sujet aussi inflammable que l'immigration. Donc, on va dire que comme souvent avec Emmanuel Macron, on l'a vu avec Poutine, on l'a vu avec Trump, on le voit avec l'extrême droite en France.
Il y a cette tendance à penser parce qu'il est effectivement très intelligent et qu'il a beaucoup de charme et qu'il est charismatique qu'il va pouvoir retourner les gens. Mais concernant l'extrême droite, ça lui est revenu plutôt dans la figure.
Alors, vous le savez, le grand entretien est ouvert aux auditeurs tous les matins et on a une question intéressante ce matin d'Emmanuel qui nous appelle de Savoie. Bonjour, bienvenue Emmanuel.
Oui, bonjour. Allez-y. Je vais
juste
poser la question suivante. Les médias bollorés ont un certain succès dans le paysage médiatique français actuellement et est-ce que finalement ce type d'enquête, ce type d'ouvrage ne les renforte pas et au final serait contre-productif en les, entre guillemets, stigmatisant
?
Gérard Davé.
Oui, c'est une question évidemment pertinente. On se l'est posée nous-mêmes, Fabrice et moi, mais en fait, on s'est aperçu après cette enquête qui nous a pris quelques années quand même avec plus de 300 témoins, on s'est aperçu qu'en fait, on avait en quelque sorte un devoir qui était celui de tout mettre sur la table, de raconter ce qu'on a découvert. En fait, c'est pour ça qu'on a écrit cette espèce de fresque qui repose sur une triple implosion, l'implosion du macronisme, l'implosion des partis politiques traditionnels et également et
également l
'implosion médiatique et donc, je vous en prie. Non, mais c'est pour rebondir sur la question de notre auditeur qui pose la question effectivement de la lumière que vous donnez à ces médias et plus généralement quand on regarde les audiences de CNews, ça fait infiniment moins que les deux journaux de 20h tous les soirs sur TF1 et sur France 2. Quand on voit en 2022 un média qui se met au service de la candidature d'Éric Zemmour qui termine à 7%, est-ce qu'à la fin, Gérard Davé, Fabrice Lhomme, on ne surestime pas l'influence des médias de Vincent Bolloré dans la conversation publique ? Alors, peut
-être,
en effet, parce qu'ils font beaucoup de bruit, ils sont très voyants, ils sont dans la provocation, mais notre enquête ne s'arrête pas à Vincent Bolloré et à ces médias. C'est vraiment important de comprendre ça. Nous, on a vraiment appris des choses au fur et à mesure qu'on enquêtait. Par exemple, il y a tout ce qui se passe sur YouTube, sur Internet, sur les réseaux sociaux où là, on voit un développement assez faramineux de sites ou de comptes ou de chaînes qui sont sur des positionnements d'extrême droite, parfois même d'ultra droite et qui ont des audiences mais colossales. Il y a des médias
que peu
de gens connaissent sans doute parmi les plus anciennes générations, Serfia.fr, Mediaavenir.fr, c'est des chaînes d'actualité. Qui sont des comptes sur les réseaux sociaux qui publient des vidéos,
des informations. A
priori neutres et en réalité qui ne le sont pas et qui comptent pour, je crois, Mediaavenir,
c
'est près de 3 millions d'abonnés, c'est colossal. Serfia.fr, c'est plus d'un million d'abonnés. Serfia.fr appartient à Monsieur Sterrin. Mediaavenir appartiendrait, je dis appartiendrait à Monsieur Sterrin. Une commission d'enquête qui a eu lieu récemment sur le financement des politiques publiques conclut qu'il
y a
une telle opacité dans ces sociétés qu'on n'arrive même pas à savoir s'il détient ou pas Mediaavenir et dans tous les cas, tout ça, ça participe de cette espèce de bruit d'extrême droite et tout ce qui se passe, pour en conclure là-dessus, tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux ou sur les chaînes YouTube et qui est dans cette logique d'extrême droite remonte et ensuite est légitimé par les grands médias entre guillemets respectables ou sans ces lettres de Vincent Bolloré, notamment CNews.
Votre prisme, c'est aussi l'analyse politique de 10 ans de quinquennat Macron, enfin de deux quinquennats Macron. Sur la place de l'extrême droite aujourd'hui, vous en rendez à peu près tout le monde responsable, que ce soit Jean-Luc Mélenchon, que ce soit la droite ou la gauche dites de gouvernement mais vous insistez vraiment sur la responsabilité d'Emmanuel Macron. Vous dites qu'il a ouvert un boulevard, même une autoroute au Rassemblement National.
Oui, c'est vraiment le sentiment qu'on a mais ce n
'est
pas qu'un sentiment. On a vraiment confronté en fait tout le spectre politique à cette sphère médiatique et en fait ils sont très très ambivalents. Je prends l'exemple de Gabriel Attal qui par exemple a fait sa rentrée médiatique cet été dans le JDD. Je prends l'exemple des ministres macronistes qui se sont précipités dans le journal du dimanche après qu'il ait été repris. Mais parler dans le JDD ça veut dire laisser une autoroute au
Rassemblement National ?
Ça
veut dire
en tout cas qu'on légitime, qu'on crédibilise ces médias-là. Je rappelle il
y
a quelque chose qui est très important on n
'en
a pas encore parlé jusqu'à présent mais on est journaliste vous êtes journaliste et on aime ce métier. et on a rencontré au cours de cette enquête beaucoup de gens ravagés par le bolorisme j'appelle ça le bolorisme des gens qui étaient vraiment en larmes des jeunes femmes en larmes des gens qui ont été virés et qui ont eu à subir tout ceci et franchement c'est quelque chose qui nous a beaucoup touchés et je crois qu'on ne peut pas oublier les dégâts humains qui sont opérés aussi derrière cette entreprise de lavage de cerveau à bas bruit.
Mais comment est-ce que vous expliquez ce paradoxe d'un président qui est élu en 2017 en promettant qu'il n
'y
aura plus aucune raison de voter pour les extrêmes et la situation d'aujourd'hui les sondages pour la prochaine élection présidentielle où à la fin Emmanuel Macron peut-être donnera les clés de l'Elysée à Marine Le Pen.
Alors c'est pour compléter la réponse précédente c'est l'autre aspect qui met en lumière la responsabilité d'Emmanuel Macron dans la montée des extrêmes et notamment de
l
'extrême droite c'est qu'il a sciemment on va dire détruit les partis de gouvernement les partis traditionnels.
Il n'a
pas franchement eu besoin de lui Fabrice Lhomme quand
on regarde
l'état du Parti Socialiste
et
des Républicains en 2016-2017 on peut aussi considérer qu'Emmanuel Macron a été le résultat de cette destruction. Ils étaient en mauvais état mais ils n'étaient pas obligés j'allais dire d'en rajouter par ailleurs ce que je dis là c'est même pas une déduction c'est ce que nous disent même y compris des proches d'Emmanuel Macron c'était le calcul
il
y a deux extrêmes
et
les gens raisonnables vont se mettre dans une espèce de grand centre dont je serai le patron. Et bien ça n'a pas marché le problème c'est que ça n'a pas marché et ce que nous disent effectivement plusieurs témoins de haut vol j'allais dire dans notre livre c'est que en général lorsque vous laissez vous voulez laisser l'alternance ou la seule alternative à une sorte de centre géant et bien ça ne peut être que l'extrémisme donc quand les gens veulent changer là ils veulent changer manifestement le risque c'est de leur dire le seul chemin c'est l'extrême droite.
Mais quand on vous dit que la fièvre populiste c'est pas seulement en France c'est toutes les démocraties occidentales qui la vivent Oui Qu'est-ce que vous répondez
? Et bien on répond que c'est vrai on répond que la France n'est effectivement pas un îlot éloigné du monde mais j'allais dire que c'est pas une raison d'abord les populistes ne sont pas au pouvoir dans tous les pays on peut y résister d'autre part il nous semble que le phénomène français est vraiment spécifique et que l'ampleur ou l'emprise du groupe Bolloré sur le débat public est colossal et je crois n'a pas d'équivalent en Europe c'est certain et même dans le monde. Et ce
n
'est pas nous qui le disons on a rencontré
des universitaires
de
haut vol.
Justement Gérard Davé puisque vous parliez à l'instant Fabrice Lhomme des témoins de haut vol et c'est vrai qu'on lit avec intérêt avec plaisir ce qu'a pu vous dire Alain Minc qui maintenant est très critique à l'égard du Président ce qu'a pu vous dire aussi François Hollande là encore racontez-nous l'analyse qu'ils font de celui qu'ils ont très bien connu qu'ils ont parfois soutenu et dont ils sont revenus.
Ils sont d'une sévérité absolue ça nous a quasiment choqué Fabrice et moi quand on a été rencontrer effectivement les mentors de Emmanuel Macron qui s'appelle Alain Minc et Jacques Attali qui estime que c'est le pire président de la Vème République que c'est un naufrage absolu que la France croule sous les dettes tout ceci est vrai mais ils ne pensaient pas que c'était à ce point là mais nous ce qui nous a vraiment aussi étonné c'est les barons du macronisme dont une personne qui est décédée récemment s'appelait François Patria Qu'est
-ce
qu'il vous disait François Patria ?
François Patria nous a adressé une espèce d'éloge funèbre de la Macronie qui était assez terrifiante il a conclu en fait cette entrevue qu'on a eue avec lui par cette phrase qui était de dire aujourd'hui les jeunes votent TikTok les vieux votent CNews et pour lui ça voulait tout dire c'est-à-dire qu'en fait le macronisme a échoué parce que vous vous rappelez la promesse originelle d'Emmanuel Macron qui était de contenir le Rassemblement National et l'extrême droite en 2012 Marine Le Pen était à 17% au premier tour elle est donnée à 35% au premier tour aujourd'hui et combien même elle serait condamnée combien même elle aurait un brasse électronique combien même Bardella ferait face à des motivations d'antisémitisme
Oui
mais quand vous voyez l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne je veux dire c'est quand même un mouvement de fond finalement en quoi est-ce que la France aurait une spécificité dans cette histoire globale
?
La spécificité de la France c'est que je pense que c'est plus grave encore que ce qu'on voit ailleurs en Europe parce qu'il nous semble qu'il y a au-delà on va dire de l'échec politique d'Emmanuel Macron qu'on documente avec pas mal je crois de révélations sur l'aspect médiatique cette montée en puissance et ce il faut dire les choses comme elles sont ce lavage de cerveau qui a été entrepris de l'opinion publique par l'extrême droite encore une fois je pense qu
'il
y
a
assez peu d'équivalents en Europe Un dernier mot Gérard Davé sur la dernière phrase de votre livre qui nous a interpellé avec Florence vous écrivez les complots peuvent conduire à la guerre parfois c'est même leur seul dessin qu'est-ce que vous entendez par là ?
Est
-ce que ça veut dire que vous entrevoyez une guerre civile en cas d'élection de Marine
Le Pen ?
On a été frappé par les propos qu'a tenu Eric Zemmour dans un entretien dans une espèce de grand show de l'extrême droite à Paris l'hiver dernier où il disait il faut s'armer et d'abord s'armer culturellement mais s'armer quand même et ensuite on s'est glissé aussi dans un festival dit des libertés à Perpignan tenu par l'extrême droite dans lequel des propos d'intervenants tous de la galaxie Bolloré et de l'extrême droite en général étaient extrêmement bellicistes et quelque part ça nous a intrigués puis effrayés on s'est dit qu'effectivement il y avait une entreprise de lavage de cerveaux à bas bruit mais peut-être plus que ça Des responsables ou des journalistes qui sont passés par repas certains y sont encore nous ont confié qu'il aurait été demandé désormais de tendre les sujets c'est très intéressant et très important tendre les sujets il faut mettre la société en tension et on voit bien notamment à travers les unes du JDD encore la semaine dernière comment on essaye d'opposer de France les gentils qui soutiennent le pape et les méchants qui cassent de là à imaginer une guerre civile mais moi j'espère que non mais je pense que dans l'esprit des gens qui veulent mettre le feu aux poudres à l'extrême droite il y a cette volonté de cliver de diviser de semer le chaos parce qu'ils savent que c'est souvent les extrêmes qui prospèrent sur le chaos
bon
merci messieurs Gérard Davé
Fabrice Lhomme merci
ça s'appelle le complot contre la France chez Flammarion ça sort aujourd'hui c'est parfait merci d'être venu au micro de France Inter Gérard