Vladimir Poutine, l’escalade verbale et militaire – Yannick Jadot est l’invité des 4 vérités du vendredi 22 novembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Javi Thimbert, vous recevez ce matin le sénateur Europe Écologie des Verts, Yannick Jadot. Messieurs, bonjour.
Yannick Jadot, bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. On va d'abord évoquer la situation internationale et ce dont on parlait à 7h30, cette déclaration de Vladimir Poutine, ce tir d'un missile russe. Qu'est-ce qu'il vous inspire, tout comme ces déclarations sur l'élargissement possible de la doctrine nucléaire, de l'emploi éventuel de l'arme nucléaire ? Lorsque vous étiez candidat à l'élection présidentielle et comme député européen pendant des années, vous étiez en première ligne pour dénoncer ce qui s'était passé, notamment sur la guerre en Ukraine. Aujourd'hui, vous êtes inquiet ou ce n'est que de la surenchère verbale pour vous ?
C'est de la surenchère. Vladimir Poutine a mentionné plus de 100 fois la menace nucléaire. Il utilise déjà des missiles qui pourraient contenir des têtes nucléaires. Donc en fait, il n'y a pas véritablement de changement. Quand on écoute les experts militaires, ils disent qu'il n'y a pas véritablement de changement, mais qu'il y a une surenchère au moment où on considère qu'il pourrait y avoir, pour parler, des négociations de paix. Là où l'Europe ne doit pas faiblir, là où l'Europe ne doit pas faillir, c'est dans son soutien à l'Ukraine. On voit bien, y compris l'internationalisation du conflit par Vladimir Poutine avec les soldats nord-coréens.
On voit bien sa volonté de continuer à écraser, à bombarder le peuple ukrainien. Donc l'Europe doit continuer à soutenir, à armer et à sanctionner le régime de Vladimir Poutine. La France est un des pays qui importe le plus de gaz naturel liquéfié russe. On continue à enrichir Vladimir Poutine avec nos importations de gaz. – Bien sûr, on a tous les experts de l'énergie disent qu'on pourrait se passer du gaz russe. On a 200 milliards d'avoirs russes gelés en Europe qu'on n'utilise pas.
– Excusez-moi de vous intéresser, mais toutes les sanctions menées contre la Russie depuis 2022…
– Mais allons au bout de ces sanctions, allons au bout de ces sanctions. 200 milliards, vous imaginez, on saisit les avoirs russes, on les donne aux Ukrainiens, ça les aide. On arrête d'importer du gaz russe, ça arrête d'enrichir Vladimir Poutine et puis on continue à armer l'Ukraine pour qu'elle se défende.
– Yannick Jadot, la gauche française à laquelle vous appartenez, notamment via le nouveau Front populaire, qui font partie des écologistes, est loin d'être unie sur cette question. Vous avez noté ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon qui parlait hier d'une stratégie absurde et criminelle, mais il ne parlait pas de Vladimir Poutine, excusez-moi, il parlait de Joe Biden qui a autorisé l'envoi de missiles par l'Ukraine. Qu'est-ce que ça vous inspire, ces propos ? Lui aussi dit qu'on est à la veille pour parler de paix.
– Écoutez, je trouve ça dramatique qu'y compris après tant de mois de souffrance du peuple ukrainien, on en revienne au fait que cette agression russe serait de la responsabilité des Américains. Finalement, Jean-Luc Mélenchon, sur ce dossier-là, s'aligne sur Donald Trump plutôt que sur celles et ceux qui défendent la démocratie en Ukraine et en Europe.
– Mais Donald Trump, il sera au pouvoir dans deux mois.
– Oui, il sera au pouvoir dans deux mois, mais finalement toujours accuser de manière de toute façon générique les Américains de tous les malheurs du monde et surtout en la circonstance. Encore une fois, faiblir face à l'agression russe, c'est remettre en cause pas simplement les frontières, mais la démocratie, l'intégrité et l'avenir de l'Europe. – Et vous admettez que la gauche est très divisée sur ce point ? – Écoutez, en tout cas avec Jean-Luc Mélenchon, c'est certain.
– On en vient à un autre sujet qui alimente l'actualité, c'est celui du Mercosur. Pourquoi ? Parce qu'il alimente surtout la colère des agriculteurs qui n'a pas faibli cette semaine. On voyait encore des barrages, notamment dans le sud-ouest. Cet accord de libre-échange entre l'Europe et des pays d'Amérique du Sud, l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay, le Paraguay. Qu'est-ce qui empêcherait qu'il soit signé ? Vous avez, vous, lancé une pétition rassemblant 600 parlementaires. La France se bat à Bruxelles pour éviter une signature. Mais tous les autres pays européens le veulent, cet accord. Donc qu'est-ce qui va se passer ?
– Simplement la rationalité politique. Est-ce qu'à un moment donné, après le Covid, après ce qu'on a ressenti, ce qu'on a subi sur la guerre en Ukraine, après 20 ans, 30 ans de mondialisation libérale, on a abandonné les classes populaires ici, pour les exploiter de l'autre côté de la planète, on a construit les ferments du populisme et du nationalisme. Est-ce qu'à un moment donné, un accord qui a été pensé il y a plus de 20 ans, avant le dérèglement climatique et ses conséquences les plus dramatiques, avant la disparition très lourde des paysans, est-ce qu'à un moment donné, on arrête les conneries ? Pardon de le dire comme ça.
Mais franchement, dévaster l'Amazonie, dévaster le Cerrado, faire disparaître les paysans de leur côté. Mais vous savez, les opinions publiques en Europe ne soutiennent pas cet accord. Est-ce qu'à un moment donné, on arrête de considérer que l'avenir de l'Europe, c'est Volkswagen qui exporte des automobiles au Brésil, ou l'avenir de l'Europe, c'est nous protéger, avoir une agriculture qui respecte l'environnement, qui respecte les paysans, qui leur donne un revenu, protéger l'Amazonie, au moment où on voit les terribles conséquences du dérèglement climatique ?
Cette affaire est l'un des ferments de la colère des paysans, pas le seul. Il y a notamment l'impossibilité d'utiliser des pesticides, vous savez, là vous êtes en désaccord avec eux, Annie Gennevard.
Avec une partie d'entre eux. Avec une partie d'entre eux, mais une partie importante.
Vous avez beaucoup de paysans qui sont passés au bio,
vous avez beaucoup de paysans qui sont parfaitement lucides.
Mais qu'est-ce que vous répondez à ceux qui veulent y rester, pardon, et à qui Annie Gennevard, hier, la ministre de l'Agriculture, a dit, quand c'est autorisé dans d'autres pays européens, il faut que ce soit aussi autorisé en France ? Qu'est-ce que vous répondez à cela ?
Que les pesticides aujourd'hui, c'est un enjeu de santé, il y a une explosion des cancers, y compris, et d'abord dans la profession agricole, que les pesticides, c'est l'effondrement de la biodiversité, est-ce qu'à un moment donné, on arrête de construire une agriculture qui est à la fois produit de la disparition des paysans et se construit contre la nature ? Il faut faire avec la nature. Et donc, il y a plein, des milliers, des dizaines de milliers de paysans dans notre pays qui sortent des pesticides. Alors moi, je veux que l'aide publique à l'agriculture...
Mais vous voulez au gouvernement, aujourd'hui, de ne pas aller dans ce sens ?
Le gouvernement, plutôt que de régler le problème des revenus des paysans avec des vrais prémunérateurs, en mettant la pression sur l'agro-industrie, sur l'agro-alimentaire, en arrêtant les importations d'autres plateformes qui ne répondent pas à nos lois, plutôt que de faire ça, y mettent toujours, comme bouc émissaire, l'écologie. Et je trouve ça dramatique. Vous avez eu des actions contre l'Office français de la biodiversité. Ce sont des agents publics qui défendent la loi commune. Et Retailleau, qui n'arrête pas de gonfler les bras sur l'ordre, a laissé des agents publics être agressés sans les soutenir.
Ce n'est pas en faisant de l'écologie, de l'environnement, le bouc émissaire des problèmes agricoles, qu'on résoudra quoi que ce soit.
Alors du coup, ce gouvernement, est-ce qu'il mérite de rester en place, pardon pour cette transition, mais vous êtes sénateur. Aujourd'hui, le projet de budget et de financement de la Sécurité sociale arrive devant cette instance, enfin aujourd'hui, cette semaine, dont vous êtes désormais membre. Mais ce budget, il pourrait être le premier et le dernier du gouvernement Barnier. Vous suivez, vous êtes dans l'actualité politique. Est-ce que vous êtes d'accord pour qu'une motion de censure conduite par la gauche et le Rassemblement national...
Vous vous rendez compte de ce qui est en train de se passer ? Mais pardon, il faut se tomber sur le gouvernement ? Votre éditorialiste sur l'économie vient de dire à quel point les riches continuent à s'enrichir, les pauvres continuent à s'appauvrir dans notre pays. Plutôt que de prendre 20 milliards aux plus riches, aux 500 fortunes, ils ont accumulé des centaines de milliards ces dernières années. On leur prend 20 milliards. On va supprimer les aides aux crèches. On va supprimer le recrutement des polices municipales. On va supprimer les investissements dans les écoles. C'est le tissu social qui permet à la société de tenir, qui est en train d'être arrachée par ce gouvernement.
Alors oui, on va le censurer.
Donc il doit tomber, censurer, quitte à joindre vos voix à celles du RN ?
Non. C'est ce qui se passera. Non, non, non. On va faire une motion de censure. Le RN fera son vote. Mais moi, je ne veux pas être en permanence l'instrument du RN de cette tactique. Le RN, on le sait, n'aide pas les Françaises, n'aide pas les Français. Donc ils ont leur stratégie. Nous, on a la nôtre. On défend les communes. On défend les services publics. On défend, y compris, le courage de faire face au dérèglement climatique et à l'effondrement de la biodiversité. Merci beaucoup Yannick Jadot, sénateur écologiste.
Et c'est la suite de Télémat.
Merci à tous les deux. Merci à Florence Encrevé, qui a traduit cette interview en langue des signes. Yannick Jadot, qui nous faisait remarquer, avant le début de cette interview, que c'était les 50 ans des mots bleus aujourd'hui de la journée. Ah oui.
C'est l'une des plus belles chansons françaises. C'est un cadeau.
Allez-y, vous chantez.
Elle est magnifique. Ah oui.
Vous décompenez de la chanter, vous dites.
Elle est magnifique. Non, non, non, mais je ne vais pas la chanter, parce que je chante très mal. Mais à la fois, dans ses derniers concerts, Christophe, sa version est magnifique. Et celle, et celle d'Alain Bachou. Pardon, quoi. C'est un sommet.
Merci beaucoup. Merci. Chanson écrite par Jean-Michel Jarre. Merci beaucoup de nous avoir rappelé cet anniversaire, Yannick Jadot. On vient en parler. Et à demain, Jeff. Et à demain, bien sûr, Jeff.
Yannick Jadot