Pierre Barros : « Le marché de l'acier est inondé, il faut nationaliser ArcelorMittal »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Pierre Barros, bonjour, merci beaucoup d'être notre invité sénataire communiste du Val d'Oise. Et on va donc revenir sur ce texte voulu par les communistes qui a donc été rejeté par le Sénat. On va en parler longuement. Mais d'abord, on regarde les unes de la presse régionale. Trois titres qu'on va regarder ensemble. La une de l'Union. Les agriculteurs ne reconnaissent pas leur salon. Des prix qui récompensent le travail du quotidien des visiteurs qui s'attardent sur les étals. Mais une fréquentation générale décevante. Les agriculteurs et producteurs vivent une édition frustrante.
La deuxième une, celle du Républicain-Lorrain municipal. Le poids du pouvoir d'achat. Préoccupation en toile de fond de toutes les élections. La thématique du pouvoir d'achat pèse peut-être davantage lors des municipales éternelles serpents de mer. La gratuité des transports urbains. Et puis, Corse Matin, des mers au long cours. Certes, dans certains villages, les mers se consacrent à leur mission d'élus local depuis plusieurs décennies et n'entendent pas remiser leur écharpe, à l'heure où tant d'autres jettent les ponts usés par une fonction parfois écrasante. De quelle une avez-vous envie de nous parler ? – Oh !
– Alors, peut-être pas les municipales, parce que c'est… – Après, moi, je suis candidat sur…
– Municipale, salon ? Ou la question du pouvoir d'achat ? Ou le salon de l'agriculture ? – Non, le salon de l'agriculture. – Vous êtes allé au salon de l'agriculture ?
– En fait, jamais.
– Vous n'y allez pas ?
– Non, non, j'y vais pas.
– Vous n'êtes jamais allé ?
– Jamais, oui. Non, non, parce que j'ai un vrai souci avec les animaux qui sont en enclos, qui la foule et tout ça, j'ai un problème avec ça. J'ai horreur des eaux, je pense que j'ai une empathie particulière avec les animaux. Je préfère les voir sur… Moi, quand j'étais môme, on allait beaucoup en vacances, on était à côté des fermes en Bretagne, en Normandie et autres. Je pense que ce rapport-là avec la nature, il est bien plus intéressant. Et puis juste, d'avoir des salons spécifiques, je crois que c'est un peu étendu.
– Et même pas dans le hall des produits de terreur, parce que c'est une vitrine, pardon, pour nos territoires, pour nos départements aussi, qui mettent en avant leurs produits.
– Alors, moi, c'est cette démarche qui est où on concentre tout sur des grands espaces. Je ne suis pas agoraphobe du tout, mais encore une fois, moi, je pense que quand on a la chance d'avoir un pays comme ça, qui est extrêmement foisonnant, des diversités de produits, d'espace, de gens, d'histoires, c'est plus sympa d'aller les voir sur place. Et c'est quelque chose, franchement, que je trouve qui est plus juste que d'aller dans un salon. Et encore une fois, ça devient… c'est un peu comme des parcs d'attractions. Et j'ai un problème avec ça, je suis vraiment désolé.
Mais moi, je préfère avoir les gens là où ils sont et comme ils sont, et avec toute la diversité et la complexité que ça génère.
– Mais vous comprenez, parce que le salon, c'est aussi un lieu très politique, vous comprenez le défi des politiques au salon ?
– Ça devient un endroit qui fait salon, c'est ça le truc. C'est que ça devient un endroit où il faut se montrer, ça devient un passage…
– Mais Fabien Roussel, d'ailleurs, le patron, c'est bon, il s'y allait.
– Oui, bien sûr, tout le monde y va, ça devient un passage obligé. C'est comme un plateau de télé, c'est comme un endroit comme ça, ça devient un agora, c'est un endroit où on se montre, on se fait filmer, où on peut éventuellement passer des messages et éventuellement créer des scandales aussi. Et c'est… voilà, ça devient un espace politique. parce que, pour le coup, il y a une politique aussi agricole, parce qu'il y a aussi des choix économiques liés à la production de produits de consommation courante. Et puis, en effet, sur la question de l'alimentation, c'est quand même les agriculteurs qui nous alimentent, donc c'est un endroit où ça se passe.
Et c'est évident que les politiques de tous bords, ils doivent faire au moins un saut. Mais moi, je me permets de ne pas y aller pour plein de raisons que j'ai pu évoquer.
– Et c'est votre choix, on l'a bien compris. Alors, il y avait effectivement beaucoup de politiques cette semaine. Hier, il y avait Sébastien Lecornu, il y avait Marine Le Pen et Jordan Bardella. Il y a une femme qui lui a lancé Marine Le Pen, «Vole les Français », elle a répondu, « Elle a filé, tu ». Qu'en pensez-vous ?
– Non, mais justement, voilà, on va au salon de l'agriculture, et du coup, ça devient une tribune, et ça devient quelque chose qui rebondit forcément sur l'actualité. Tout le monde attend ça. Ce qui s'est passé malheureusement à Lyon est à la fois un drame pour cette personne qui a perdu la vie et pour sa famille. Après, du coup, ça devient un espace qui est approprié par l'ensemble des politiques.
– Mais est-ce que Jean-Luc Mélenchon, il n'est pas lui-même en train d'installer ce duel avec Marine Le Pen en vue de 2027 ? Est-ce qu'il n'est pas en train d'en faire son adversaire ?
– Moi, ce qui m'embête là-dedans, c'est qu'en fait, on n'est plus dans le débat. C'est-à-dire qu'en fait, on est dans des radicalités qui s'affrontent, à la fois dans les mots et malheureusement dans la rue, et je pense que d'un côté, comme de l'autre, c'est fini par faire des morts, et c'est là-dessus sur lequel il faut absolument qu'on réfléchisse. Je pense que la parole publique, la parole politique, à un moment donné, dans le cas d'une république, dans le cas d'une démocratie, on a le droit de s'affronter à partir d'idées, et c'est important, et en France, on adore le débat. Par contre, on n'est pas ennemi.
C'est-à-dire que de s'envoyer des anathèmes à la figure constamment, on pousse vraiment à chaque fois le bouchon beaucoup trop loin, et donc avec une incapacité à reconstruire des capacités à vivre ensemble aussi derrière. Moi, je trouve que j'ai une pratique professionnelle, j'ai une pratique d'élus local, à chaque fois, on fait quand même en sorte qu'à la fin, on ne peut pas forcément se quitter bons amis tout le temps, mais quand même qu'on arrive à ne pas aller trop loin pour pouvoir continuer à travailler ensemble, c'est qu'à un moment donné, la vie continue, et c'est ça qu'il faut arriver à préserver.
Après, c'est vrai qu'il y a des idées qui s'affrontent, qui sont radicalement différentes. Je pense qu'il y a des positions qui sont républicains, il y en a qui ne le sont pas, et ça, c'est un vrai sujet.
Qui ne l'est pas ? Est-ce que le Rassemblement National est républicain ? Est-ce que la France Insoumise est dans l'arc républicain ?
Le Rassemblement National, pour ma part, n'est pas un parti républicain. Et la France Insoumise ? La France Insoumise défend des valeurs républicaines.
Donc pour vous, la France Insoumise est dans l'arc républicain ? Vous comprenez la droite qui demande un cordon sanitaire autour de la France Insoumise ?
Non, mais là, on est vraiment dans un sujet qui renvoie sur une élection, qui va se passer dans un an, où tout est la présidentialisation, et tout s'oriente, toutes les campagnes, tous les scrutins intermédiaires sont des outils, des espaces pour parler des présidentielles. Il y a aussi la question qui se pose pour les municipales,
notamment à gauche. Une partie de la gauche, le PS, qui dit qu'il n'y aura pas d'alliance avec la France Insoumise, une partie des écologistes qui demande des clarifications. Est-ce que les communistes peuvent encore faire alliance avec la France Insoumise ?
Ça, je n'en sais rien. Il faut poser la question de Fabien Roussel. Moi, je ne suis pas dans les appareils. Ce que je vois, c'est qu'il peut y avoir des orientations au niveau national, et puis il peut y avoir des choses qui passent au niveau local. Les élections municipales sont des élections municipales. Et en fait, les élections municipales, c'est des gens qui se rassemblent, ou pas, autour d'idées, autour de concepts.
Et puis il peut y avoir des choses qui sont tout à fait intéressantes, parce que portées par des hommes et des femmes localement, qui sont capables de vivre ensemble, qui ont une histoire commune, qui peuvent éventuellement avoir des idées différentes, ce qui fait vivre du débat, et ça, c'est ça qui est intéressant. Et après ça, des orientations nationales, où les choses sont malheureusement un peu plus radicales. Donc moi, j'essaie toujours de faire la part des choses. Je pense qu'il faut mettre en relation le local et le global, mais il ne faut pas non plus s'enfermer dans des discours qui ne permettent pas, à un moment donné, de se retrouver.
On va parler de l'actualité du Sénat. Et cette semaine, le Sénat comptant a rejeté la proposition de la communiste visant à nationaliser les actifs stratégiques d'ArcelorMittal en France.
Voilà, le vote a été net mercredi, en séance, de 127 voix contre, 112 voix pour. Le Sénat, à majorité de droite et du centre, qui n'a donc pas adopté la proposition de loi, vous voyez sur ces images, texte qui a été examiné dans ce qu'on appelle la niche communiste, c'est-à-dire l'ordre du jour réservé à chaque groupe politique, et donc en l'occurrence au groupe communiste. Un texte déjà adopté à l'Assemblée nationale, dans la niche, cette fois-ci, du groupe insoumis. Mais cela s'est donc joué de très peu en novembre dernier, pas du tout mercredi. C'est ce qui s'est donc passé en séance.
Et que contenait précisément ce texte ?
Pour les promoteurs du projet, l'objectif est de protéger l'industrie sidérurgique française et les quelques 14 300 salariés du groupe dans un contexte de restructuration de tensions sociales. En effet, ArcelorMittal a enregistré un bénéfice net de plus de 3 milliards de dollars en 2025, un chiffre multiplié par 2,5 en un an. Malgré cela, l'entreprise est engagée dans un processus de délocalisation des fonctions support entraînant 600 suppressions de postes en France, avec des craintes même d'une nouvelle phase de délocalisation d'emplois. Pour les opposants au texte, cette fois-ci, cette nationalisation serait coûteuse et inefficace.
Écoutez Arnaud Bazin, c'était le rapporteur LR du texte, c'était en séance mercredi.
Chacun le sait ici, nationaliser une entreprise n'a jamais suffi à la rendre rentable et encore moins prospère. Le changement d'actionnariat n'est pas une solution magique et elle ne résoudrait en aucun cas aucun des trois problèmes mentionnés. Les coûts de production resteraient élevés avec un actionnaire public. La demande d'acier en Europe resterait déclinante avec un actionnaire public. Enfin, un actionnaire public resterait impuissant en tant qu'actionnaire, face à la surproduction mondiale sur le marché de l'acier.
On l'a compris, la droite qui était donc opposée à cette nationalisation. Mais malgré le vote de mercredi, ce n'est pas la fin de ce débat. Les communistes de l'Assemblée nationale ont déjà prévu d'examiner une nouvelle fois ce texte le 11 juin prochain dans leur prochaine niche. Qu'est-ce que vous répondez, Pierre Barros, à votre collègue du Val d'Oise ? Des arguments sur le fond. Et pourquoi avoir reproposé cette nationalisation ? Pourquoi est-ce qu'il y a là un combat majeur pour les communistes ?
– Alors, ce n'est surtout pas un débat valdoisien, parce qu'avec Arnaud Bazin, on a quand même une histoire commune dans le Val d'Oise, et c'est le hasard des choses. Je trouve que Arcelor, c'est quand même presque un totem. C'est un acteur majeur de l'industrie de l'acier. – Mais donc vous dites que c'est un vrai symbolique ? – C'est un vrai symbole, et en même temps, ce n'est pas qu'un symbole, parce que c'est quand même des milliers d'emplois. C'est une force de frappe industrielle colossale. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, on a créé la communauté européenne du charbon et de l'acier.
C'est qu'à un moment donné, on est en tête très attentifs pour des questions stratégiques, à la fois sur la question de la force motrice. – Là, c'était le charbon à l'époque, maintenant c'est l'électricité. On essaie de plus décarboner possible. Et puis l'acier, parce que s'il n'y a plus d'acier, il n'y a plus d'industrie.
Et quand il y a quelque chose qui est assez contradictoire dans les annonces du Président de la République, où l'idée, c'est de relancer l'industrie, et si en même temps, on maltraite ces outils industriels pour capter cette matière première, pour alimenter après ça des secteurs qui sont industriels très importants, comme l'automobile, comme la défense, comme le bâtiment, on sera pions à capacité, au moment où il y aura besoin d'acier de manière massive pour relancer la machine, de produire localement. Donc c'est un énorme sujet.
– Alors, quid des arguments d'Arnaud Bazin, un actionnaire public, ça ne change rien aux problèmes de fonds que traverse l'industrie, en particulier la sidérurgie. Il note la demande d'acier en Europe qui est déclinante, également les problèmes de coûts de production qui restent élevés. Qu'est-ce que vous lui répondez sur le fond ?
– Non, mais Arnaud Bazin a raison sur les constats. Moi, je n'ai aucun souci. En effet, il y a une baisse de la demande du fait de l'effondrement de la construction, du secteur automobile et autres. Il a raison quand il dit que le marché est complètement inondé par un acier de pas tout à fait bonne qualité, d'ailleurs, qui vient de Chine et d'ailleurs. Donc c'est là-dessus, sur les constats, la situation, on la connaît. Elle a été rappelée par Arnaud Bazin et je pense qu'il n'y a aucun problème avec ça. Après, il y a un vrai débat gauche-droite sur ces aspects-là. La droite est toujours très réactive par rapport à une nationalisation.
La gauche a toujours proposé ce genre de solution dans le cadre d'une difficulté industrielle. Donc là, on est vraiment sur un débat gauche-droite. Et à la fois, il y a des arguments qui sont des arguments concrets et là-dessus, sur lesquels on peut s'accorder en termes de constats. Par contre, il y a des avis, il y a un positionnement politique. Et là, ça mérite débat. Et c'était intéressant que dans le cadre de la niche, le groupe propose ce sujet qui, en effet, c'était un sujet qu'on a déjà abordé quelques mois avant ici dans le cadre de notre niche. Il a déjà fait cette proposition. – Oui, oui, mais moi, je pense qu'on la refera encore.
Parce qu'il y a plein de sujets sur lesquels il a fallu passer plusieurs fois dans l'hémicycle pour qu'à un moment donné, ça avance et que même éventuellement, ça s'inscrive dans la constitution d'ailleurs.
– Et c'est un sujet qui est discuté au plus haut sommet de l'État. Emmanuel Macron lui-même s'est exprimé, on était en mai 2025, je ne vais pas nationaliser ArcelorMittal parce que ce serait dépenser des milliards d'euros sans résoudre les problèmes structurels. et il cite aussi, lui, le gouvernement, l'exemple d'une des plus grandes aciéries d'Europe. C'est Ilva en Italie, elle était en grave crise il y a 10 ans, elle a été nationalisée malgré les milliards injectés, elle reste déficitaire, non compétitive, dépendante des aides publiques. Est-ce que ce n'est pas la preuve par l'effet que la nationalisation, ça ne résout pas les problèmes ?
– C'est la preuve par l'effet que malgré les milliards d'euros, de toute façon que l'on met dans la boutique, que les choses n'avancent pas. C'est-à-dire que de ça comme le reste, bon, je ne vais pas revenir encore une fois, même s'il faudra qu'on revienne à chaque fois là-dessus, c'est qu'il y a 211 milliards des publics sans contrepartie, sans condition, sans analyse qui arrivent dans l'industrie, dans le milieu économique, sur des entreprises, sur lesquelles on n'a pas capacité à évaluer ce que ça génère vraiment. Donc de toute façon, l'industrie est déjà extrêmement subventionnée à la fois en France mais dans le monde.
Nous ce qu'on dit, c'est qu'au fond, ce qui pourrait être pas mal, c'est que vu qu'on met beaucoup d'argent là-dedans, qu'on rentre dans le capital, jusqu'à éventuellement nationaliser. Mais je me rappelle du rapport d'enquête de Total Énergie, Roger Carucci et Nekjado, une des préconisations du rapport, c'était qu'à un moment donné, pour s'assurer que la trajectoire de décarbonation de l'entreprise totale puisse réellement se faire, on rentre dans le capital et on rentre à l'endroit où on décide des politiques portées par ces boîtes.
Donc ça paraît quand même plutôt assez concret, assez juste et pas complètement dogmatique de dire, on met du pognon sur la table, peut-être que ça sera intéressant qu'on puisse rentrer à un endroit où on décide avec quoi est fait cet argent.
Quentin, c'était quoi la position du gouvernement lors de ce débat ?
Le ministre Auban était Sébastien Martin, ministre de l'Industrie. Il a parlé à la tribune d'un texte de posture, d'un leurre, je cite, et il a pointé les investissements réalisés par le groupe. Écoutez-le maintenant au micro d'Alex Poussard, c'était mercredi.
On n'est pas opposé par principe à la question des nationalisations, mais là, je vous rappelle qu'il y a quelques semaines, nous étions avec le président de la République à Dunkerque. ArcelorMittal investit 1,3 milliard d'euros pour électrifier un four. Nous avons inauguré une ligne avec un investissement de 500 millions d'euros, donc ArcelorMittal se positionne bien en France. C'est dommage que les extrêmes LFI et le RN se soient associés pour adopter une proposition de loi qui est une proposition de loi d'affichage.
Le ministre qui évoque le vote du texte à l'Assemblée nationale qui avait réuni les groupes LFI et RN, des groupes qui n'existent pas au Sénat, qu'est-ce que vous lui répondez ? C'est un texte venu des extrêmes.
Non, mais là, on n'est pas dans le débat de fond, pour de vrai. Là encore, on utilise d'ailleurs un mouvement social qui date de plusieurs années. Il faut quand même se rappeler que les salariés du groupe, notamment sur Dunkerque, sont en grève depuis plusieurs années maintenant, malheureusement, pour défendre leur outil de travail et leur travail et leur avenir. Et leur avenir aussi sur le territoire. Toutes les collectivités qui vivent aussi de ces industries-là, le jour où elles ne seront plus là, ça va être une catastrophe. Donc là, je trouve que c'est pas… On est encore une fois un peu dans la posture, on est dans un débat qui ne va pas au fond des choses.
et je trouve que ce n'est pas tout à fait à la hauteur du sujet et surtout pas à la hauteur à la fois de l'enjeu stratégique au niveau national et la question de l'emploi et des territoires.
Et Quentin, vous l'avez à rappeler, Emmanuel Macron, il était à Dunkerque le 10 février dernier pour l'annonce du PDG d'ArcelorMittal Europe de la construction sur son site de Dunkerque, de son plus gros four électrique en Europe, ce après des mois d'hésitation sur cet investissement majeur. On va l'écouter, justement, le PDG d'ArcelorMittal.
Ce four électrique marque une étape majeure pour la décarbonation de notre production d'acier en France. Il représente un investissement structurant de 1,3 milliard d'euros pour ArcelorMittal. Sa construction va se déployer sur plusieurs années et nous prévrions un démarrage en 2029. À son rythme plein, la capacité de production de ce four sera de l'ordre de 2 millions de tonnes d'acier décarbonées par an. Avec cet investissement stratégique, ArcelorMittal confirme également son attachement et son engagement en France et en Europe.
Voilà, il y a cette question des investissements. Pierre Barros, qu'est-ce que vous répondez à cet argument que ces entreprises privées mettent plusieurs centaines de millions d'euros, 1,3 milliard dans ce cas-là, d'investissements privés ?
Heureusement qu'ils le font. Et puis, ce n'est pas que 1,3 milliard d'investissements privés. Il y a déjà 1, Mittal en France, c'est 300 millions tous les ans qu'on met dans cette entreprise, l'État, dans l'aide publique. Sur les 1,3 milliard, il y en a 650 millions, c'est quand même de l'argent de l'État. Ça passe par l'ADEME, CDCE. Donc, on va nous expliquer que ce n'est pas de l'argent de l'État, mais en fait, ça en est.
– L'agence de développement pour la traditionnelle.
– Oui, voilà, c'est les quotas carbone. Donc, ce qui est intéressant, c'est que le diable est dans la précision des chiffres. Que ce soit le ministre ou le directeur du Mittal qui nous explique qu'ils font un effort colossal. Alors, c'est vrai que c'est quand même beaucoup d'argent, et ça, je conçois. Alors, ramener leur patrimoine industriel et puis à leurs bénéfices, c'est quand même… – C'est pas banal, mais quand même… – À pondérer. – Il faut pondérer un peu les choses sur des empires industriels tels que celui-là.
Et puis, moi, je regarderais aussi quels sont les investissements qu'ils font, encore une fois, en Inde et qu'est-ce qu'ils font comme investissement aux États-Unis et au Brésil. Parce que ce qui est en train, malheureusement, de se passer, c'est des annonces d'investissement. Déjà, il faudra bien surveiller s'ils vont jusqu'au bout. – Et c'est pas gagné, notamment sur les questions électriques, parce qu'il faut amener de la puissance. Il y a quand même un sacré cap pour alimenter un four à air électrique. Mais en effet, ça va dans le bon sens sur la décarbonation. Mais ces investissements-là, c'est encore une fois énormément d'argent public.
Donc, voilà, pour regarder si réellement les choses vont se faire au bon endroit, je trouve que ce sera intéressant que l'État puisse participer à la gouvernance de cette société. Et peut-être qu'il y a un sujet, alors c'est un sujet national ici, mais ce serait un sujet à débattre, à travailler au niveau européen, de façon à travailler sur les taxes et les barrières douanières, la régulation aussi de tout cet afflux d'acier qui vient de partout et qui, malheureusement, est en train de doper le marché.
Comme on voit tout à l'heure sur le salon de l'agriculture, sur le lait, sur un ensemble de produits qui, à un moment donné, créent une distorsion telle sur notre marché national que ça met en péril les productions locales qui sont très importantes à préserver.
On va terminer, Pierre Barrous, avec l'actualité dans votre département du Val-d'Oise. On va aller à Sergy. Bonjour, Raphaël Delaveau. Merci beaucoup d'être avec nous, journaliste à la Gazette du Val-d'Oise. Raphaël, avec vous, on va parler du sujet numéro 1 dans les enquêtes d'opinion à l'occasion des municipales. C'est la question de la sécurité.
Oui, effectivement. Bonjour, M. Barrous. Bonjour. Pour avoir beaucoup couvert récemment le sujet des municipales, il y a évidemment un sujet qui revient tout le temps, c'est la sécurité. On a récemment les chiffres de la délinquance 2025 dans le Val-d'Oise qui ont été publiés. Donc, on a les vols et les cambriolages qui continuent de baisser continuellement, comme depuis des années. Mais on a surtout les tentatives de meurtre qui ont augmenté de près de 19 %. Et les tentatives et les homicides, c'est pareil. C'est 18 % pour les homicides, excusez-moi, et 36 % pour les tentatives d'homicides. Comment, en tant qu'élu local, justement, vous pouvez expliquer ces chiffres ?
Et comment, pareil, en tant qu'élu local, on peut lutter contre cette nouvelle forme de délinquance qui est de plus en plus violente ?
Pierre Barrous ? Bien. Bon, de toute façon, c'est un sujet qui est un sujet constant. En fait, on a beau mettre en place tout un tas de dispositifs, on a beau y mettre des moyens conséquents, et de plus en plus conséquents d'ailleurs, on est à chaque fois un peu en deçà, malheureusement, de ces sujets. Moi, je trouve qu'il y a... Enfin, il y a... Quand on va notamment à l'installation de l'année au tribunal judiciaire de Pontoise, en fait, on a compte rendu annuel, et après ça, c'est relancé, en fait, le tribunal sur l'année qui vient.
Il y a quand même des sujets qui, d'ailleurs, sont à la fois sur le secteur ruraux et le secteur urbain, parce qu'en fait, le Val-d'Oise, c'est étonnant, c'est une petite France. Il y a à la fois des territoires très, très ruraux et d'autres très urbains. On a notamment la question des violences intrafamiliales, qui sont un sujet énorme, extrêmement compliqué à gérer, qui demandent des moyens colossaux, et qui, humainement, sont difficiles à apporter, parce qu'en fait, c'est à la fois des questions judiciaires, mais c'est aussi des questions d'organisation au niveau des tribunaux, sur la question, après ça, les enfants, les biens, enfin voilà, c'est un sujet qui est extrêmement foisonnant.
Et là, pour le coup, c'est quand même malheureusement un sujet qui est de plus en plus fort, et dans l'ensemble de nos départements, je pense, et dans le Val-d'Oise notamment. Donc c'est un vrai travail, c'est un vrai angle, et là-dessus, les collectivités, avec leurs propres moyens, les forces de l'ordre, gendarmerie, police, on a fait des choses, en tout cas sur le département, notamment avec Arnaud Bazin, quand il était président du département, on a beaucoup bossé là-dessus.
Raphaël, vous avez une autre question pour Pierre Barros.
Oui, effectivement, vous, en tant qu'élu communiste, est-ce que vous ne trouvez pas qu'il y a un certain malaise, surtout en ce moment avec les affaires nationales qui résonnent un petit peu, à parler de ce sujet de sécurité, pour vous, en tant qu'élu de gauche, justement ?
En fait, la sécurité, ce n'est pas un sujet de droite ou de gauche, c'est un sujet, et il faut le prendre avec les outils dont on dispose. Moi, j'ai toujours œuvré pour qu'il y ait un vrai travail de coordination, de valorisation des métiers, que ce soit la police municipale, que ce soit la gendarmerie, que ce soit la police nationale, pour faire en sorte que tout le monde travaille ensemble avec la justice, et fasse son boulot, le fasse correctement, le fasse avec des effectifs qui soient cohérents, le fasse avec des outils qui soient cohérents.
C'est qu'à un moment donné, c'est un vrai métier, c'est un vrai travail, c'est une vraie coordination, et quand on se parle et qu'on coordonne les efforts et les tâches des uns et des autres, on avance beaucoup mieux. Et à la fois, ça peut être pris de manière assez politique, on peut dire, voilà, la gauche, la droite, ça. Non, en fait, c'est un vrai travail de terrain, c'est une vraie technicité, ça demande un engagement de tous les instants, et je peux vous assurer que tous les collègues, de droite comme de gauche, évidemment, sont engagés là-dessus.
Ça fait partie des 60% de points qui sont questionnés, dans le cadre notamment des municipales, mais il n'y a pas que le temps des élections, on se préoccupe de ce sujet-là, c'est vraiment un travail du quotidien. Et moi, j'ai un parcours d'élu local, et c'est vrai que quand on est sur le terrain, avec les pompiers, avec les gendarmes, à des moments de la vie dans les communes, c'est vraiment compliqué.
Il n'y a pas de clivage gauche-droite dans ces moments-là ?
Moi, je ne le sens pas, parce qu'on ne l'a jamais construit comme ça, bien sûr. Tout le monde est très attentif à ces sujets-là.
Un dernier mot, Pierre Barouz, plus politique sur ces municipales, il y a un sondage qui donne le candidat communiste gagnant face à Édouard Philippe au Havre. Ce serait la plus grande victoire des communistes ?
Mais il y aurait plein d'autres victoires communistes partout, évidemment.
Mais ça là, c'est symbolique ?
Oui, c'est intéressant. Après, on est à trois semaines quand même des élections, donc il ne faut pas non plus…
Ah, vous êtes prudent, vous ?
Toujours. Non, mais je suis toujours très prudent. Mais ce qui est important, c'est qu'en effet, il y a des signaux qui sont intéressants. Et on voit bien qu'il y a des choses qui sont en train de basculer. Après ça, si Édouard Philippe n'est pas reconduit, ça peut être une très grande victoire pour la gauche. C'est surtout une très grande défaite. Et là, ça commence déjà à être une très grande défaite, malheureusement, personnellement, pour Édouard Philippe. Après, c'est le fruit d'un bilan, d'un travail. Et qu'à un moment donné, il y a des gens qui considèrent qu'il faut qu'ils soient à la tête de la vie, tout simplement.
Merci, Raphaël Delaveau. Merci beaucoup d'avoir été avec nous, la lune de la Gazette du Val-de-Dois. C'est le bowling qui est de retour à le CRJ. Merci beaucoup, Raphaël. Merci, Pierre Barros.
Pierre Barros