L'Haÿ-les-Roses: le discours du maire Vincent Jeanbrun lors du rassemblement de soutien
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Chers amis de la Île-et-Rose et d'ailleurs, chers citoyens de France qui avaient été des millions à nous témoigner votre soutien et votre solidarité devant toutes les mairies de France aujourd'hui. Je n'ai qu'un mot. Merci, aujourd'hui. Merci pour vos marques d'affection, pour ma famille, après ces derniers jours qui étaient si terribles. Merci d'être venu dire votre attachement à notre République terriblement menacée. Merci d'être venu dire votre attachement à notre démocratie si précieuse et qui recule, voire disparaît, dans des pays autrefois amis.
Merci d'être venu témoigner votre soutien aux milliers d'élus locaux qui, à la Île-et-Rose comme partout en France, consacrent avec abnégation leur vie aux autres. Vous n'imaginez pas à quel point votre présence ici est un message fort et puissant. On en a terriblement besoin. On en a besoin. Parce que plus que jamais, notre République et ses serviteurs sont menacés. Menacés et attaqués. Sur... Oui, ils sont menacés et attaqués. Ces piliers que sont l'école, la police, la justice, c'est notre vivre ensemble, c'est la laïcité, c'est l'égalité entre les femmes et les hommes qui sont attaqués chaque jour. Elle-même qui est attaquée. Chacun de ces symboles sont aujourd'hui visés.
Nos mairies sont attaquées. Les élus, les professeurs sont agressés. Nos forces de l'ordre et de secours sont prises pour cible quotidiennement. Même nos médecins, même nos postiers ne rentrent plus dans certains quartiers. Ça ne peut plus durer. Et je vous le dis aujourd'hui, comme je l'ai dit au président de la République ce matin, ça ne durera pas.
Ça ne durera pas parce que soit les voyous et les bandes auront raison de notre devise républicaine, en brisant toute fraternité, soit, ensemble, chers citoyens de France, nous relevons la tête, nous faisons face sans détourner le regard, nous reprenons la parole pour que la majorité jusqu'ici silencieuse puisse se faire entendre et dire stop, ça suffit ! Que si chacun fait sa simple part, si chacun prend sa place, même modeste, alors nous avons une chance. Nous avons une chance de redresser notre si beau pays qu'est la France. ont semé le chaos dans notre ville en détruisant tout sur leur passage.
C'est un drame pour moi de voir ces commerces saccagés, ces voitures, ces bâtiments communaux, ces infrastructures publiques totalement brûlées et carbonisées. Oui, tout ce qui représente notre République a été systématiquement visé par de la pure sauvagerie. En tant qu'habitant de l'Aïe, jamais en 39 ans je n'aurais imaginé voir notre ville à feu et à sang. Mais mes amis, il n'était que de sang. Nous sommes des milliers, nous sommes des millions. Alors ne nous laissons pas abattre.
Ne nous laissons pas impressionner. Relevons-nous ! Tous les jours ont été
les pires de ma vie. Face aux épreuves, je veux retenir le positif. Retenir que tant d'entre nous ont incarné l'esprit de résistance. Et je voudrais remercier très sincèrement tous ces héros anonymes. Je veux remercier les habitants qui sont intervenus spontanément en pleine nuit pour éteindre les nombreux incendies allumés par les émeutiers. Quand les pompiers ne pouvaient pas agir parce qu'ils étaient eux-mêmes attaqués par des individus armés de piolets à quelques centaines de mètres d'ici. Oui, ce sont des citoyens, des anonymes, des courageux qui ont éteint plusieurs incendies. Ce soir-là, chacun d'entre eux portait en lui une petite part de notre République.
Je veux aussi saluer l'ensemble des agents communaux qui ont toujours été mobilisés pour que la ville de la Île-et-Rose, pour que ses habitants puissent continuer à vivre au quotidien. Je tiens à remercier tout particulièrement ceux des agents, ceux des services techniques qui ont été très fortement mis à contribution. Chaque matin, dès l'aube, dès 4h du matin, ils étaient là, sur le terrain. Et ce sont eux qui remettaient en état notre belle commune après les destructions de la nuit pour que les habitants puissent vivre normalement. Tous les matins, la République, c'était eux. C'est grâce à eux que nous avons monté une palissade, un mur de barbelés. Je n'aurais jamais imaginé ça.
Mais sans cette palissade, sans ce moyen de défense, nous n'aurions plus d'hôtel de ville aujourd'hui. Alors merci et bravo à eux. Nous avons bâti cette palissade car la nuit précédente, les assaillants avaient caillassé et tiré sur la mairie après avoir incendié le marché qui se trouve là, juste à côté. Ce soir-là, nous avons vécu une nuit d'extrême violence. Et je veux dire devant vous toute ma reconnaissance celle de la ville et de tous les citoyens, à l'ensemble de nos policiers municipaux et notamment à leurs chefs qui ont été d'une bravoure exceptionnelle et inestimable. Ils étaient 7, 7 contre 100. Ils ont tenu toute la nuit face à des violences dignes d'une guerre civile.
Ils étaient tous volontaires pour protéger notre ville. Oui, nos policiers municipaux ont fait preuve d'une bravoure exemplaire en agissant comme le dernier rempart républicain. Ces braves, eux aussi, ont des familles. Mais ils n'ont pas hésité à se mettre en danger pour protéger notre ville, pour nous protéger tous. Cette nuit-là, pour faire tenir cette barricade, ils ont fait tenir la République.
Et pendant ces nuits
d'horreur, j'ai souhaité rester à leur côté dans notre hôtel de ville avec mon directeur de cabinet qui s'est ma reconnaissance éternelle. Épuisé, mais toujours déterminé dans le silence d'une nuit que nous trouvions étonnamment calme, nous avons vu le vrai visage des émeutiers, celui d'assassin. Empêchés d'incendier l'hôtel de ville, symbole de la République, ils ont redirigé leur haine en recourant à un acte ignoble. Ils ont voulu assassiner ma femme et nos deux jeunes enfants dans leur sommeil et les brûlés vifs en tentant d'insodier notre maison.
Alors permettez-moi un mot personnel, car le plus grand acte de bravoure ce soir-là a été à mes yeux réalisé par une mère en sauvant des flammes notre petit garçon et notre petite fille, en fuyant avec eux, blessée au péril de sa vie, sa force et son courage à sauver toute notre famille et à cet instant précis, je crois que la République c'était aussi elle. Qui aime et éduque leurs enfants. La République, elle est dans tous les pères qui les aiment et les protègent. La République, elle est dans tous les professeurs qui transmettent le savoir mais aussi les valeurs.
Elle est dans tous les soignants qui s'engagent pour les autres, dans les éducateurs, dans les bénévoles des millions d'associations qui sont sur notre territoire. Et j'ose le dire, la République, elle n'existerait pas sans les polices et sans les forces. C'est aussi bien nos retraités que nos jeunes de quartier. Ce sont aussi bien les entrepreneurs que les grands sportifs. Dans tous ceux qui se lèvent le matin pour aller travailler, dans tous ceux qui veulent s'en sortir, nous devons...
Vincent Jeanbrun