Mineurs interdits de réseaux sociaux, une loi liberticide ?
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Les députés ont adopté la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques liés aux réseaux sociaux. Le gouvernement espère donc interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans dès la rentrée 2026-2027. Le problème, c'est que pour vérifier l'identité de ces mineurs, le gouvernement devra mettre en place une plateforme de surveillance, ce qui inquiète certains usagers. On en parle avec le président du mouvement des Patriotes, Florian Philippot. Bonjour.
Bonjour. Bonjour, Florian Philippot. Merci d'être avec nous sur Sud Radio aujourd'hui pour parler de ce sujet sensible des réseaux sociaux. On se réjouissait tous qu'enfin le gouvernement prenne une mesure courageuse en disant, voilà, vu les dégâts que les réseaux sociaux opèrent sur nos consciences, sur les cerveaux de nos chères têtes blondes, et pas que, on va mettre un seuil, au-dessous de 15 ans, vous ouvrez Tintin, vous faites ce que vous voulez, vous regardez, pifle le chien, ça n'existe plus. Je parle de ma jeunesse, mais en tout cas, voilà, on protège la jeunesse contre les réseaux sociaux.
Et vous faites partie de ceux qui disent, d'accord, mais ça implique une procédure de contrôle qui est liberticide, qui restreint les libertés. Alors, j'allais vous dire, il n'y a pas d'omelette sans casser les oeufs. Est-ce que vous êtes pour autant classable dans les libertariens en disant les libertés absolues ? Ou alors, est-ce que vous étayez votre raisonnement sur une vraie crainte que vous avez que la liberté de conscience, que la liberté républicaine soit menacée ?
Oui, c'est-à-dire qu'en réalité, je me fonde sur l'expérience du macronisme. On a maintenant du recul. Il ne sera pas toujours là, Florian, il ne sera pas toujours là. Non, il ne sera pas toujours là, mais il s'inscrit dans un cléma, en fait, européen, parce que vous allez voir, je vais vite faire le lien avec l'Union européenne. Et donc, en réalité, je crains que ça le dépasse même, même si les macronistes ont dans leur ADN quand même un souci avec la liberté, la liberté d'expression en particulier.
Mais je rappelle que cet argument de la protection de l'enfance, donc je ne dis pas qu'il n'y a pas un sujet avec les réseaux sociaux, j'y reviendrai dans un instant, mais cet argument un peu tarte à la crème de la protection de l'enfance, ces dernières années, nous a été servi à nombreuses reprises. Je voudrais rafraîchir la mémoire de tout le monde. Lorsqu'on nous a vendu le règlement européen DSA en 2022, qui a été voté au Parlement européen en juillet 2022, qui est donc de contrôle des réseaux sociaux, de modération, on pourrait dire de censure, on nous avait d'abord vendu comme argument que c'était pour protéger les enfants.
Et vous avez bien vu dans les dernières années qu'on n'en parle même plus. Tous les arguments mis en place par son père, Thierry Breton, n'ont rien à voir avec la protection des enfants. On est vraiment sur la question des élections, la question du problème de Hicks, de Musk, etc. On n'est pas du tout sur la protection des enfants. Je rappelle que, de la même manière, on nous avait dit que la loi Schiappa contre le cyberharcèlement serait là pour protéger les enfants.
Elle a été utilisée il y a peu par une enfant de 72 ans qui s'appelle Brigitte Macron, et qui l'a utilisée contre 10 prévenus, pas du tout pour protéger les enfants, mais pour éviter des critiques qu'elle jugeait trop asserbes contre le couple présidentiel. Et ça a bien été une loi utilisée pour brider la liberté d'expression. De la même manière, en ce moment, l'Union européenne essaie de faire passer chat-control en disant, « On scanne tous vos messages, c'est un truc qui est vraiment liberticide, c'est comme si la Poste ouvrait vos courriers avant de vous les livrer dans votre boîte aux lettres, pour vérifier qu'il n'y a pas de contenu pédocriminel.
» Ça, c'est l'argument mis en avant officiellement. Sauf que les défenseurs de la liberté vous disent tous que l'impact, ce sera que pour l'immense majorité des gens qui n'ont pas à se reprocher quoi que ce soit, Dieu merci, en termes de pédocriminalité, ce sera simplement une mesure extrêmement liberticide. Donc là, on a la même chose. Je rappelle quand même une chose. Macron vient de sortir d'une tournée partout en province, tout l'automne. Il a été à Carmont-Ferrand, il a été à Marseille, il a été à Grenoble, il a été à Arras, il a été voir la PQR, presque quotidienne, régionale, pour faire des grands débats, comme il sait le faire.
Il n'y a pas de débat parce qu'il n'y a que lui qui parle, avec des invités triés sur le volet. Et il n'a parlé que des réseaux sociaux. Et il a parlé sous couvert d'un intitulé qui était toujours le même. « La démocratie à l'épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes ». C'était le nom officiel de ces réunions. Qui plaidait pour, notamment, effectivement, la mise en place de l'identité numérique pour se connecter, etc. Donc, on voit bien qu'on n'était pas non plus du tout sur la thématique de la protection de l'enfance.
On était sur la thématique électorale, des possibles ingérences, soi-disant russes ou je ne sais quoi, dans nos processus démocratiques, et sur le problème que font peser les réseaux sociaux, en particulier X, sur l'ingérence, la démocratie française, nous dit-on. Donc, évidemment, cette loi, et d'ailleurs la Commission européenne a craché le morceau, ne vise pas à protéger les enfants. Elle vise à trouver un prétexte pour obliger tout le monde à passer à l'identité numérique européenne. Car, dès que cette loi a été votée, vous avez le porte-parole de la Commission européenne qui a fait une conférence de presse pour dire, un, la France a le droit de voter cette loi. Merci, Monseigneur.
Deux, c'est nous, et nous seuls, Commission européenne, qui allons nous occuper de la procédure de vérification de l'âge. Et pour cela, nous avons un instrument qui va devenir obligatoire, dit-il, avant la fin de l'année, ce sera le portefeuille de l'identité numérique européen, le UDI en langage bruxellois. Donc, la boucle est bouclée. Donc, c'est une volonté de brider un réseau sur lequel le narratif n'est pas maîtrisé par l'oligarchie, car il maîtrise les médias, mais il ne maîtrise pas les réseaux sociaux.
Florian Philippot, Commission européenne, qui refuse au passage de réserver aux fournisseurs cloud européens une certification. C'est un autre sujet, mais c'est un paradoxe. Pour autant, je vous pose la question bête. Qu'est-ce qu'on fait, alors ? Vous êtes d'accord qu'il faut quand même protéger les mineurs ? Est-ce que vous avez, vous, dans votre arsenal législatif ou administratif, une solution qui permettrait quand même de juguler ce fléau sans pour autant porter atteinte à la liberté que vous sentez menacée ?
Ou est-ce que c'est inestricable ? Non, non. Alors, il y a un vrai sujet, et je ne dis pas qu'il y a une solution forcément absolument évidente. Mais il y a un sujet qui relève de l'éducation des enfants. Et moi, je suis partisan que l'éducation des enfants soit d'abord et avant tout de la responsabilité des parents. Car là, ça revient, en fait, à faire rentrer Orwell dans tous les foyers. On déresponsabilise les parents sur la question des réseaux sociaux. Et on leur dit, on va vous mettre une interdiction. OK. Je rappelle que quand moi, j'étais enfant, le problème qui se posait, c'était que les enfants passaient trop de temps devant la télévision. Puis devant les jeux vidéo. Oui.
On n'a pas eu de voix à l'époque pour dire, il faut donc interdire les jeux vidéo, les consoles et les écrans de télévision au moins de 15 ans. Personne n'a même osé proposer cela. On l'a dit, ce n'est pas facile à régler. Je sais que pour les parents, ce n'est pas facile. Mais c'est de la responsabilité des parents. On peut les aider. On peut faire en sorte que l'école, et ça, j'y suis très favorable, bien avant même l'émergence des réseaux sociaux, j'ai toujours été favorable à ce qu'on retire les écrans des écoles. Vous voyez ? Et ça, je pense que l'école...
Oui, on le sait. Claude Allègre avait eu cette phrase absolument... Absolument, j'allais dire, mortelle, en disant, vous allez voir, ça va être la révolution. C'est un fiasco. Là-dessus, on est d'accord. Donc, vous, ce que vous préconisez, c'est qu'on leur donne plus à relire du Marcel Pagnole et du Saint-Exupéry. Voilà, qu'on reprenne tout aux fondamentaux et que l'école fasse son boulot et on aura moins de...
À l'école, vous devez avoir la craie, le tableau, le cahier, les livres, les manuels, le stylo. Et c'est absolument le lieu où on doit préserver la civilisation de Gutenberg, de l'écrit, parce qu'on sait, effectivement, je ne dis pas qu'il n'y a pas un problème, mais quand les gamins passent leur vie à scroller sur TikTok des vidéos un peu débiles, non seulement ça ne les rend pas plus intelligents, mais ensuite, ça leur pose d'énormes problèmes de capacité de concentration. Nous sommes bien d'accord. On n'arrive pas à se concentrer plus de 15 secondes. Et donc, on n'arrive plus à lire des livres, on n'arrive plus à se concentrer sur un sujet, et c'est catastrophique.
Donc, la réalité, c'est que là, l'école doit se débarrasser de tous les écrans. Mais ça, j'y ai toujours été favorable. Et par ailleurs, laisser aux parents la responsabilité de l'éducation de leurs enfants. Simplement... À condition que les parents soient même éduqués,
Florian Philippot, ce qui aujourd'hui n'est pas...
Après, ça va devenir un problème, ça va se reproduire. Mais la réalité, c'est qu'ici, je le redis, nous sommes sur un problème bien plus grave, qui est un problème lié à l'identité numérique européenne. C'est-à-dire que vous allez entrer dans une société orwellienne, vous serez tous sous identité numérique, fichés, surveillés, avec des connexions dans votre portefeuille, entre les différents, si vous voulez, carnets, enfin, il y a différents formulaires dans votre portefeuille d'identité numérique. Il y a votre état civil, mais il y a aussi vos données bancaires, il y a aussi vos données de... Vous savez, Florian Philippot,
c'est déjà très, très, très avancé. L'autre jour, je discutais avec mon épouse dans la voiture d'une marque de chauffage électrique pour la maison, et quelques secondes après, je recevais, vous allez me dire pure coïncidence, une proposition commerciale de chauffage électrique. Donc, j'ai eu une frayeur. Comme je parle quelques fois de vous, j'espère que vous n'êtes pas immédiatement renseigné sur les propos que je tiens à votre endroit.
Non, pas encore. Pendant que je vous dis, Florian Philippot... Ça veut dire qu'on va rentrer dans une société et ça a commencé, où on vous dira, écoutez, là, vous êtes déconnecté, comme on dit, parce qu'on va vous déconnecter, comme ils l'ont fait. C'est la même logique que le pass. C'est-à-dire que vous n'étiez pas pénalisé pour faire des choses illégales, vous étiez pénalisé pour faire des choses jugées non convenables. C'est tout à fait différent. Vous n'aviez aucune obligation de vous faire vacciner avec les passes. Mais si vous ne le faisiez pas, on vous interdisait les restaurants, les salles de sport, les trains, les avions, etc. Vous comprenez ? Là, c'est la même chose.
Vous avez mis un tweet trop critique sur Macron, l'Union Européenne. Donc, on va vous débrancher grâce à l'identité numérique. Vous n'aurez plus le droit de tweeter pendant un mois.
Ça se fait en Iran et en Chine.
Donc, arrêtons de donner des leçons à ces pays-là. Non, mais ça se fait déjà. M. Jacques Beau, M. Xavier Moreau, je vous rappelle qu'en décembre, ils ont été mis sous sanction européenne, privés de leur compte en banque, privés de déplacement, des choses gravissimes, privés de réseaux sociaux aussi, je crois, parce qu'ils ont dit des choses jugées non convenables, sur la guerre d'Ukraine. Même pas illégales. Les juges, on leur a dit, c'est pas convenable. Et donc, on les a débranchés.
C'est quasiment le retour de la lettre de cachet où on vous embastillait pour avoir tenu des propos qui sont désobligeants pour le roi. Florent Philippon, on va renvoyer, puisque vous êtes pour la lecture, on va renvoyer les auditeurs de Sud Radio à la lecture, ceux qui ne l'ont pas lu, de 1984, de Jean-Jean Jouel, où, voilà, il dépeint, il y a bien longtemps, 1984, il l'avait vécu bien longtemps avant, et il s'avère que cet ouvrage de science-fiction, chaque jour, se révèle un petit peu plus précis et un petit peu plus réel. Florent Philippot, merci d'avoir été avec nous. Je voulais vous faire réagir sur les frères musulmans et puis sur la droite française.
On aura l'occasion de se revoir, je vous réinviterai, et puis on fera un topo de la situation de notre vie politique en France. Merci, à très bientôt, Florent Philippot. Merci.
Florian Philippot