Les failles de Jordan Bardella vues par ses électeurs - L’édito de Patrick Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ce soir, Lou met les petits plats dans les grands pour J.Debbouze. - Lou: C'est un plat de fête, la pastilla de poisson marocaine. - A.-E.Lemoine: Merci.
Tout de suite, P.Cohen. J.Bardella, 30 ans, a-t-il les épaules pour endosser le rôle de favori de la prochaine l'élection présidentielle? - P.Cohen: Il est favori, mais pas encore candidat.
Le costume, il devra peut-être l'endosser mardi après-midi, quand la cour d'appel de Paris rendra sa décision dans l'affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du RN. Si M.Le Pen est condamnée à une peine d'inéligibilité de moins de 2 ans, elle a déjà annoncé qu'elle sera candidate pour la 4e fois.
Elle devrait officialiser ça dans la foulée. Si elle était empêchée de concourir, elle laissera sa place à J.Bardella.
L'idée De la candidature du très jeune candidat est débattue partout. Il y a des divergences programmatiques de plus en plus visibles. Même si J.-P.Tanguy disait que le "bardellisme n'existait pas". - A.-E.Lemoine: C'est ce que montre l'étude menée par Raphaël Llorca. - P.Cohen: Avec des profils radicalement différents.
Un groupe populaire issu du Nord, autour de Lille, ex-"gilets jaunes", et un groupe bourgeois, transfuge de la droite LR. Tout les sépare, la géographie, le revenu, le diplôme, la culture politique, sauf l'envie de voter Bardella. Chacun a son Bardella.
Il y a 2 Bardella pour un seul candidat. Les premiers voient en lui un héros mythologique, héritier de De Gaulle, justicier de la France en difficulté, avec une adhésion davantage fondée sur l'empathie que sur la compétence. Les seconds, les bourgeois, identifient le jeune homme comme un petit guépard, animal stratège mais pas encore mature, pas très bosseur, choisi par défaut face à une droite décevante.
Vous mobilisez un classique de la sociologie américaine, la mise en scène de la vie quotidienne. Goffman, pour qui le monde est théâtre. Vous faites L'hypothèse que le RN porte 2 masques différents.
Mais la campagne risque d'exposer et d'exploser, peut-être, cette dualité au grand jour. - A.-E.Lemoine: L'étude révèle des électeurs lucides sur les faiblesses de J.Bardella. - P.Cohen: Oui.
Il y a le vide biographique existentiel. On le voit tout le temps mais on ne sait pas qui il est. C'est le syndrome "Truman Show". 2e faiblesse: ses ressemblances avec E.Macron.
Physique soigné, ascension fulgurante, communication maîtrisée...
La 3e, c'est sa relation avec une princesse de Monaco qui accentue les 2 autres failles. Ses faiblesses sont bien perçues par ses propres électeurs. Ils les identifient, les nomment, en discutent, mais choisissent de les neutraliser volontairement, plutôt que de les laisser affecter leur adhésion.
Ils se protègent sans doute car ils ont envie d'y croire, mais pour combien de temps et jusqu'à quel point? La question reste ouverte. - R.Llorca: C'est un peu toute la question.
J'étais très surpris de découvrir une lucidité très forte de la part des électeurs RN, qui disent vraiment vouloir voter pour lui et qui, pour autant, identifient tout un tas de failles et qui, pour l'instant, ne se voient pas du tout dans les sondages. Il y a cette grande question de comment apprécier le plus justement possible l'image d'un candidat à un instant T? Il y a les tentatives de sondages.
On est abreuvés... - P.Cohen: Ce sont des sondages quantitatifs.
Il y en a trop? - R.Llorca: Ce n'est pas ça.
On dit souvent que c'est la photographie à l'instant T, mais moi, je crois que c'est une photographie de dernier moment où la population s'est forgé un avis politique. La conséquence, c'est que les gens se posent de moins en moins quotidiennement la question "est-ce que je vais voter pour J.Bardella?" Ma thèse, c'est que l'une des raisons, c'est que c'est une sorte d'image rétinienne qu'ils ont de ce Bardella très fort, mais il y a des failles sous la banquise.
C'est le nom de l'étude. Cette campagne peut contribuer à les révéler. - A.-E.Lemoine: Une de ses failles, c'est sa dualité.
Il agrège des électorats très différents, mais forcément, il faudra choisir. Ou pas? - R.Llorca: Je reformulerais différemment.
Je ferais 4 ou 5 images différentes de J.Bardella. C'est d'abord une surface de projection.
C'est ça qui est très fort. Une de mes collaboratrices a dit...
Du haut de mes 32 ans, je n'ai pas forcément le recul sur les autres campagnes présidentielles. Elle, elle me dit que c'est une première, que des électeurs très différents projettent des images différentes de J.Bardella, et qu'elle n'a jamais vu ça. - M.Laine: C'est peut-être le côté un peu vieux, mais moi, j'ai toujours vu qu'un président gagnait...
J.Chirac, Séguin et Madelin. En vérité, c'était 2 lectures du monde.
Il y avait le libéral...
E.Macron, son grand meeting de Paris, je tourne la tête à gauche, je revois A.Madelin.
C'est le libéral. A droite, je vois qui? R.Hue.
Une présidentielle ne se gagne pas avec Dieu en même temps. C'est ce qu'a très bien compris M.Le Pen quand elle a ouvert le jeu très fermé de son père et qu'elle a cherché les "isolés" de la France oubliée.
Elle est allée chercher des gens qui, habituellement, auraient voté pour Mélenchon. C'est très fort. En réalité, si on est très factuels, la capacité de Bardella ou de Le Pen à aller chercher ces 2 types d'électorats... - A.-E.Lemoine: Vous dites qu'il faudrait débrancher la com.
Ca semble comme un avertissement. Mais quand on a construit en très peu d'années une notoriété en utilisant les réseaux sociaux, peut-on vraiment arriver à débrancher? Peut-on faire une cure de réseaux sociaux? - R.Llorca: Il y a un énorme décalage perçu par les électeurs avec qui on a discuté entre l'écrasante et l'impressionnante visibilité dont ils disposent...
C'est via les réseaux sociaux, via une médiatisation très poussée...
Et l'absence de contenu. Au-delà du contenu, je ne parle même pas de projet, de vision politique, mais d'épaisseur individuelle et biographique. Au fond, la 1re grande interrogation de l'électeur RN...
Je citerais un autre verbatim. On leur demande comment ça se passerait s'ils invitaient J.Bardella à dîner.
La grande question, c'est "est-ce qu'il y aura des caméras ou pas?" Ses propres électeurs ont le sentiment d'avoir un candidat qui est prisonnier du système médiatique duquel il n'arrive pas à sortir. La grande question, quand on dit que l'élection présidentielle, c'est la rencontre entre un homme et un peuple, la question, c'est cette difficulté à se projeter sur ses failles, ses difficultés, ses épreuves...
Quand on leur demande de se projeter sur ce qu'il fait au-delà de sa vie politique, il n'y a rien. C'est vierge. Il n'y a aucune représentation, aucun imaginaire.
Comment parler de Hollande, Sarkozy...
Immédiatement, il y a du fantassin. - M.Laine: Il a fait de la politique très tôt.
Il est sur les réseaux.
Jordan Bardella