L'influence américaine dans les organisations internationales (3/4)
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iL'influence américaine sur le Fonds monétaire international. Donc, le FMI, comme vous le savez peut-être, est un des organismes suprêmes du système financier international, issu des accords de Bretton Woods de 1944. C'est une institution qui est située à Washington, et qui est très largement sous influence américaine. Je ne sais pas si vous le savez, mais c'est un élément absolument décisif du FMI. C'est qu'en réalité, c'est comme une entreprise avec un capital. Et le capital est souscrit. Le capital, c'est-à-dire l'argent a été apporté par des quasi-actionnaires, ce sont des États.
Et les États se répartissent donc le capital du FMI, selon la clé de répartition que je vous ai présentée ici. L'actionnaire n°1 du FMI, ce sont les États-Unis, avec 16,75%. Suivis du Japon avec 6,23%, de l'Allemagne avec 5,81%, de la France et du Royaume-Uni avec chacun 4,29%, de l'Italie avec 3,81%, de la Chine avec 3,65%, l'Arabie saoudite 2,80%, le Canada 2,56%, la Russie 2,39%, l'Inde 2,34%, les Pays-Bas 2,08%. Et puis en dessous, ça tombe sous les 2%. Au total, j'ai mis les 20 premiers pays, qui se terminent avec le Vénézuela, avec 1,08%. Les 166 autres États du monde qui sont au FMI se partagent les 28,4% restants du capital.
Les 9 premiers États ont 50,19% du PIB, des droits de vote, alors que le FMI compte 185 pays membres. Donc les 9 premiers États ont la majorité à eux seuls, dont je rappelle que ce sont États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Chine, Arabie saoudite, Canada. Et ça s'arrête là. C'est-à-dire qu'à part la Chine et l'Arabie saoudite, ce sont les États-Unis et leurs affidés. Les États-Unis plus les pays de l'Union européenne par ailleurs, représentent 48,9% des droits de vote. C'est-à-dire la quasi-majorité.
Je signale que ces clés de répartition ne sont pas intangibles, elles ont évolué depuis 1944 La part des États-Unis a eu tendance à diminuer, la part également de la France et du Royaume-Uni. Et puis il y a eu une tendance à l'augmentation des parts, notamment de la Chine, de l'Arabie saoudite, de la Russie, etc. Mais, nous sommes encore loin du compte, puisque vous savez que le 8 décembre dernier, c'est-à-dire il y a un petit peu plus d'un mois, on a appris officiellement que l'économie chinoise venait de devenir la première économie mondiale, du moins en parité de pouvoir d'achat. Vous connaissez ces calculs de parité de pouvoir d'achat, c'est pas exactement les calculs au taux de change.
En volume, l'économie chinoise est devenue désormais la première mondiale. Et si on regardait en plus en composition du PIB, il n'y aurait pas photo, puisque le PIB des États-Unis est de plus en plus virtuel, avec des activités financières notamment. Qui sont des activités totalement virtuelles, enfin, s'il y a une crise... Lorsque Lehman Brothers a fermé boutique, il ne restait plus rien. Alors que le contenu du PIB de la Chine, est un contenu avec beaucoup de production, notamment de matières premières, et de productions industrielles. C'est un contenu autrement plus solide que celui des États-Unis. Néanmoins la Chine en est à 3,65%.
Et donc ça fait une partie de ce qu'un certain nombre de pays réclament : avoir une meilleure répartition au sein du FMI. Et qui réclament d'avoir d'ailleurs, notamment, un directeur général qui soit parfois latino-américain, ou asiatique. Puisque le FMI est en fait un instrument au service des grands pays occidentaux, qui financent le FMI pour imposer les vues économiques de l'organisation aux pays qui choisissent d'avoir recours à ses financements. Il y a une espèce de gentlemen's agreement qui a été défini par les Occidentaux depuis belle lurette : en règle générale, le directeur général du FMI a toujours été un européen, presque toujours, et est très souvent un Français.
C'était d'ailleurs le cas avec M. Strauss-Kahn, qui a dû démissionner pour des raisons qui n'avaient rien à avoir avec ses activités professionnelles. Et il a été ensuite remplacé par votre amie Mme Lagarde, dont on parlait tout à l'heure. En revanche — comme on le verra dans un instant — la Banque mondiale, elle, est, en général, dirigée par un Américain. Donc, bien les Chinois, les Indiens, les Brésiliens : « faudrait qu'un peu ça soit nous qui dirigions cette instance. » Le directeur du FMI est un Européen, c'est une règle tacite. Ça n'a jamais été écrit nulle part, c'est une espèce de règle coutumière à l'ango-saxonne. Alors que le président de la Banque mondiale est un Américain. Voilà.
Alors, sur ces questions de FMI, je ne vais pas être trop long, parce que je l'ai déjà assez été. Vous pouvez imaginer que je pourrais parler de l'infiltration du FMI, par exemple, comme je l'ai déjà fait à propos des institutions européennes. Soulignons quand même l'ouvrage de Joseph Stiglitz, qui est un prix Nobel d'économie américain... Enfin, vous savez que ce prix Nobel n'en est pas vraiment un, ça n'existe pas le prix Nobel d'économie. C'est le prix d'économie attribué par la Banque de Suède, la Riksbank, en mémoire d'Alfred Nobel. Mais enfin, c'est généralement appelé « prix Nobel d'économie ».
L'économiste Joseph Stiglitz, dans un ouvrage intitulé La Grande Désilusion — dont je recommande la lecture pour ceux qui sont intéressés par ces sujets — il a fait par exemple du FMI une institution au service de son principal actionnaire, les États-Unis. Et également d'ailleurs, lui a donné une responsabilité majeure, dans un certain nombre de crises. De même que la Banque mondiale. C'est un véritable réquisitoire qu'il fait contre les politiques du FMI, qui d'ailleurs n'ont jamais sauvé qui que ce soit, ou à peu près. Il y a eu M. Rafael Correa, président de l'Équateur, qui est passé il y a quelques mois à Paris. Il n'a d'ailleurs été reçu par personne, évidemment.
C'est un chef d'État, vous imaginez qu'on n'allait pas le faire recevoir par qui que ce soit. Donc M. Correa a été assez marri de ne pas être reçu. Il fait un discours à la Sorbonne, que je vous suggère d'aller écouter, parce que c'est intéressant. Il a expliqué notamment qu'il avait sauvé l'Équateur, justement parce qu'il avait refusé d'appliquer les méthodes du FMI.
En tout cas, dans cet ouvrage, Joseph Stiglitz dit : « Si l'analyse des déséquilibres mondiaux par le FMI n'est pas équitable », ce qui est le cas, « si le Fonds n'identifie pas les États-Unis comme étant le principal coupable, s'il ne concentre pas son attention sur la nécessité de réduire le déficit budgétaire américain par des impôts plus élevés pour les citoyens les plus riches et des dépenses plus faibles en matière de défense, la pertinence du FMI risque fort de décliner au cours du XXIe siècle ». Ce qui sera très probablement le cas. L'influence des États-Unis sur le FMI, n'a d'égal, ou à peu près, que l'influence américaine sur la Banque mondiale.
La Banque mondiale et ses institutions rattachées sont également situées à Washington, et très largement elles aussi sous influence américaine. L'appellation Groupe de la Banque mondiale désigne d'ailleurs 5 institutions. La plus importante est la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, la BIRD. Reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Son fonctionnement est assuré par le versement d'une cotisation, qui est réglée par les États membres, et là aussi, les États-Unis sont le principal bailleur de fonds. L'Association internationale de développement (AID) est fondée en 1960, avec des prêts réservés aux pays les moins développés.
La Société financière internationale (SFI), qui elle a été fondée en 1956 pour financer les prêts et les investissements réalisés par les entreprises – notamment les entreprises occidentales –, dans les pays dits à risque. le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), fondé en 1965 ayant pour objectif, notamment, de garantir les investisseurs internationaux pour qu'ils ne soient pas victimes de politiques nouvelles, adoptées dans les États dans lesquels ils investissent.
Ce sont les prémices de ce que l'on constate avec le TAFTA, c'est-à-dire la volonté des États-Unis, et évidemment des grands groupes industriels, économiques et financiers qui sont derrière, de retirer progressivement aux peuples leur pouvoir souverain, d'orienter leur politique économique et sociale comme ils l'entendent. Et de verrouiller dans le marbre une espèce d'ultra-libéralisme économique, avec la menace d'être déféré devant des institutions supranationales qui pourraient faire condamner les États. C'est l'une des logiques essentielles qui se cachent avec le TAFTA. Et puis enfin l'Agence multilatérale de garantie des investissements, qui a été fondée en 1988.
Ce qui est intéressant, c'est que selon la charte fondatrice de la Banque mondiale, les prêts de la Banque mondiale devaient être versés aux pays bénéficiaires en fonction de considérations purement économiques, le régime politique n'étant pas pris en compte. Ça, c'était l'esprit qui prévalait à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Je vous suggère d'ailleurs d'aller regarder la charte de l'ONU, c'est un peu le même état d'esprit. Nous, notre mouvement politique, dit qu'il faut redonner à l'ONU tout son poids, toute sa pertinence. Il y a des gens qui me disent : « Comment pouvez-vous soutenir ça ? C'est un gouvernement mondial. » Non ! Ce n'est pas du tout un gouvernement mondial l'ONU.
Si vous prenez la charte de l'ONU, il est bien précisé le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes, l'interdiction d'ingérences dans les affaires intérieures d'autres États, et également que chaque peuple a le droit de définir sa propre voie vers le développement. Le droit d'ingérence est une hérésie au niveau du droit international. Toujours interdit par le droit international positif, le droit d'ingérence a été inventé à la fin du XXe siècle, par vos amis Bernard-Henri Lévy, ou Bernard Kouchner, etc. C'est en fait une hérésie au niveau du droit international. Ça n'existe pas.
Je parlais tout à l'heure, en introduction, de Grotius, ce juriste néerlandais du XVIIe siècle, qui avait voulu bâtir un ordre international, avec une structure qui permettait d'organiser ça. C'est ce qu'a essayé d'être la SDN, dans l'entre-deux-guerres, dans les années 30, et qui — comme vous le savez — a fait fiasco. C'est ce qu'a essayé de faire également l'ONU, mais qui en ce moment, a largement été vidée de sa substance, Notamment par les États-Unis d'Amérique. Alors, c'était la même chose, la charte fondatrice de la Banque mondiale s'inspirait de cet esprit du milieu des années 40. C'est-à-dire : on ne tient pas compte du régime politique, on finance les prêts.
Ce dernier point a été complètement battu en brèche depuis les années 2000. Tout spécialement sous l'influence de l'administration Bush. Désormais, l'idée prévaut selon laquelle des aides doivent être accordées à un pays en difficulté que sous certaines conditions relatives à l'utilisation de cette aide. Les deux principales conditions étant dites de « bonne gestion », cela implique donc des recettes ultralibérales : la privatisation des services publics, etc. Tout ça est imposé aux États qui veulent bénéficier de ces prêts.
Alors évidemment, vous comprenez bien qu'il y a eu des prêts, dans un certain nombre de pays que je ne citerai pas, dans les années 60, 70, 80, qui ont été entièrement dilapidés. Ou réservés, dans un certain nombre de pays dictatoriaux, pour le président de la République ou bien ses proches. Donc on peut concevoir, c'est même de bonne gestion en effet, que de considérer qu'il faut subordonner l'octroi de ces prêts à des contraintes de bonne gestion. Mais la bonne gestion, c'est-à-dire la non-corruption, le non-détournement au profit du chef d'État et de sa famille est une chose. Le fait d'imposer par ailleurs un régime politique, économique, et social, en est une autre.
Et désormais, ces prêts sont devenus un véhicule, pour imposer une espèce de politique unique mondiale. L'autre aspect concerne le « respect des droits de l'homme ». Alors c'est comme pour la bonne gestion : qui peut être contre ? Le problème c'est que, au nom du respect des droits de l'homme tels qu'ils sont perçus en Occident, ça implique notamment l'ouverture à des ONG, des organisations non gouvernmentales, souvent financées et pilotées par des institutions américaines. Le plus bel exemple étant celles qui sont financées par le National Endowment for Democracy.
Cette institution américaine publique est très largement financée sur les fonds de la CIA, ou les fonds du département d'État, qui finance des quantités d'ONG. Donc ça c'est un point très important. Voici des exemples d'ONG financées et pilotées par la National Endowment for Democracy, dont la plupart des fonds viennent du département d'État ou des services de renseignement : en Afrique : IHRDA, pour les droits de l'homme, en Tunisie : l'ONG Al Bawsala, en Chine : la Fondation pour la recherche sur le Laogaï, c.-à-d. le goulag chinois.
– à Hong Kong : le National Democratic Institute for International Affairs, et le Center for Comparative and Public Law, dont Benny Tai et Martin Lee, qui sont les principaux dirigeants du récent mouvement Occupy Central Hong Kong. Vous l'avez peut-être suivi dans la presse au cours des mois écoulés. En réalité, derrière ce mouvement Occupy Hong Kong, qui était un peu le copié collé de Occupy Wall Street, derrière, se cachaient les financements du département d'État américain, et de la CIA. Inde/Tibet : le Tibetan Center for Human Rights and Democracy, et l'Association des femmes tibétaines en exil.
Aux États-Unis, le Centre pour la justice au Tibet et Students for a Free Tibet, en Europe orientale dont la Pologne, dans les années 90, le NED a investi au moins 9 millions de dollars, afin de soutenir les partisans de l'économie libérale. En Russie – ce sont toute une série d'exemples qui sont sourcés –, le blogueur Alexeï Navalny a reconnu avoir reçu des fonds de la NED. En Ukraine : la NED aide en ce moment de nombreuses structures qui lui sont associées, liées à la « révolution orange ».
Le National Democratic Institute for International Affairs, la branche ukrainienne de l'Open Society Foundation, l'OSF, qui est lié au financier George Soros qui a reconnu être impliqué dans le renversement du pouvoir aux manifestations « Euromaïdan ». Il l'a reconnu explicitement. En Serbie : le groupe Otpor, entraîné par l'Albert Einstein Institution, et toutes deux financées par la NED a servi au renversement du gouvernement de Slobodan Milošević. Au Vénézuela : des documents rendus publics montrent que la NED a attribué plus d'un million de dollars à des projets liés au référendum anti-Chávez et à des groupes d'opposition.
En 2002, il y a eu une tentative de coup d'État contre Chávez, qu'on voit d'ailleurs en direct sur Internet. C'est assez extraordinaire de voir cette affaire. Un rapport du ministère des Affaires étrangères américain, lui-même, déclairait que la NED et le Pentagone avaient apporté leur aide aux particuliers et aux organismes ayant joué un rôle actif dans le coup d'État avorté contre Hugo Chávez en avril 2002. Honduras : l'association Hagamos Democracia. À Cuba : le Center for a Free Cuba. Etc.
Vous savez peut-être si vous suivez minutieusement l'actualité internationale, que notamment le président russe, Poutine, a décidé de déclarer persona non grata toute une série d'ONG, en demandant qu'on publie leurs financements, et de les interdire d'activité. Donc là on voit, du doigt, comment il y a une espèce de service après-vente, entre le FMI et la Banque mondiale, où les intérêts américains, dans ces grandes institutions issues de Bretton Woods, ainsi que dans des associations d'aide au développement, pilotent la finance mondiale. En subordonnant les pays à des mesures dites de bonne gestion ou de respect des droits de l'homme. « Pour les droits de l'homme, comment on fait ? Voilà !
On a justement ce qu'il vous faut. Laissez travailler ces ONG qui sont là en fait pour déstabiliser les gouvernements qui ne conviennent pas à Washington. J'ai parlé du FMI, j'ai parlé de la Banque mondiale, nous en arrivons à parler de l'ONU, et de l'influence américaine à l'ONU. Alors comme vous le savez, déjà, l'ONU se situe à New York, sur un terrain qui n'appartient à personne, c'est un terrain international. Enfin, qui est quasiment à Manhattan, comme vous le savez. Que les États-Unis partagent un privilège, avec 4 autres nations du monde qui sont la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France : d'être membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.
Membres permanents, c'est-à-dire qu'ils sont tout le temps au Conseil de sécurité, avec droit de veto. Le Conseil de sécurité étant l'instance suprême, décisionnaire de l'ONU. Puisqu'à l'ONU, il y a, en gros, stricto sensu, je ne parle pas de toutes les agences par ailleurs, mais il y a deux instances éminentes : l'Assemblée générale, où sont représentés tous les États du monde, du moins les membres de l'ONU. Presque tous le sont, il y en a quelques-uns qui ne le sont pas encore : le Kosovo, la Palestine qui a un statut d'observateur. Donc il y a quelques États très très rares qui ne sont pas à l'ONU. Le Vatican, je crois, n'a qu'un statut d'observateur.
Mais, sinon, il y a à peu près 195 États qui sont à l'ONU, qui sont à l'Assemblée générale. Et dans cette Assemblée générale, chaque État a une voix. Ce qui est un principe, je trouve personnellement, de civilisation. La civilisation, c'est quand le droit protège le faible par rapport au fort. La barbarie, c'est quand il n'y a plus de droit, et que c'est la loi du plus fort. Une de mes définitions en tout cas. Donc, à l'Assemblée générale des Nations Unies, vous avez des pays comme Antigua-et-Barbuda, deux petites îles des Antilles.
Ou bien le royaume de Tonga, perdu dans le Pacifique Sud, qui ont la même voix, une voix comme la république populaire de Chine, la Fédération de Russie ou les États-Unis. Mais ça, c'est à l'Assemblée générale. En revanche, l'assemblée décisionnaire, celle qui en vertu du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, a le pouvoir d'envoyer des Casques bleus, et éventuellement de faire la guerre à un pays qui ne respecterait pas la charte. — C'est comme ça que ça devrait fonctionner. Ça c'est le Conseil de sécurité, où il y a donc un nombre fixe de membres, dont 5 sont permanents, et disposent d'un droit de veto. Donc, ils peuvent s'opposer à une résolution.
Et tous les autres, une quinzaine, eux sont élus, pour des mandats de 2 ans. Ils sont élus de façon équirépartie entre les continents. Alors d'emblée, l'influence américaine, c'est déjà un pays qui a le droit de veto. Vous me direz « comme la France ». C'est issu de la Seconde Guerre mondiale. C'est vrai. Sauf que la France est un peu gênée aux entournures pour utiliser le droit de veto, parce qu'elle a quand même beaucoup perdu en prestige. Pareil pour le Royaume-Uni.
Et justement ce droit est de plus en plus remis en question, quand vous voyez que des pays comme l'Inde, comme le Brésil, comme le Nigéria, enfin, des zones géoculturelles de la planète qui ne sont pas du tout représentées au Conseil de sécurité des Nations Unies. Et qui donc voient ça d'un mauvais œil. En revanche les États-Unis, eux, ne se gênent pas pour utiliser en veux-tu en voilà leur droit de veto de façon pratiquement systématique, dès que quelque chose ne leur convient pas. C'est un peu ce qui était le cas de l'URSS à la grande époque : entre 1945 et puis l'écroulement de 1991. La Russie s'est substituée à l'URSS. Mais l'URSS utilisait systématiquement son droit de veto.
Parmi les exemples célèbres, je citerai les 34 résolutions de l'ONU, non respectées par Israël, de 1947 à 2009. Ça s'arrête à 2009. Et ceci essentiellement parce que les trois premières résolutions ont été prises par l'Assemblée générale, avant la constitution du Conseil de sécurité. Les suivantes, toutes par le Conseil de sécurité de l'ONU. Et, en fait, n'ont jamais été suivies d'effet, parce qu'Israël a bénéficié du soutien systématique des États-Unis.
On citera en vrac : la résolution 181 du 29 novembre 1947, sur le plan de partage de la Palestine : non suivie, la résolution 194 du 11 décembre 1948 : idem, la résolution 302 du 8 décembre 1949, sur la création de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens : tout ceci n'a jamais été suivi d'effet. Ça, ça a été pris par l'Assemblée générale. Et les 31 autres résolutions par le Conseil de sécurité, et n'ont jamais été suivies des faits. Encore une fois parce qu'Israël bénéficie de la protection des États-Unis.
C'est la résolution 236 du 11 juin 1967, après la guerre des Six Jours, la résolution 237, la résolution, la fameuse, 242, du 22 novembre 1967, que vous connaissez certainement puisqu'on y fait toujours référence, pour trouver un processus de paix qui tarde à venir – c'est le moins que l'on puisse dire – entre Israël et la Palestine. La résolution 250, du 27 avril 1968. 251 du 2 mai 68. 252 du 21 mai 68. 265 du 3 juillet 69. 340 du 25 octobre 73. 446 du 22 mars 79. 468 du 8 mai 1980. 592 du 8 décembre 86. 605 du 22 décembre 1987. 607 du 5 janvier 88. 608 du 14 janvier 88. 636 du 6 juillet 89. 641 du 30 août 89. 672 du 12 octobre 1990. 673 du 24 octobre 1990. La 681 de décembre 90.
La 684 de mai 91. La 799 de décembre 92. la 904 du 18 mars 94. La 1322 du 7 octobre 2000. La 1397 du 12 mars 2002. La 1402 du 30 mars 2002. La 1405 du 19 avril 2002. Enfin, etc, etc, vous avez compris. Bon, tout ça, ça fait quand même 34 résolutions. Ce qui évidemment vide de sens – c'est un problème – le fonctionnement de l'ONU. Et les États-Unis ont évidemment une responsabilité écrasante dans le maintien de ce conflit qui a maintenant un certain nombre de décennies. C'est pas l'unique rôle des États-Unis.
On a vu dans un autre domaine, le 5 février 2003, ce moment – qui est un des grands moments de l'histoire de l'ONU – lorsque le secrétaire d'État américain Colin Powell ment effrontément au Conseil de sécurité de l'ONU, en brandissant une fiole, censée contenir le virus de l'anthrax. Cela comme preuve de la présence d'armes de destruction massive en Irak, justifiant une intervention militaire. S'il y avait eu de l'anthrax dans cette fiole, potentiellement, tous les gens seraient morts dans un rayon de 3 km autour du Palais de Verre de l'ONU à New York. On aurait eu quelques centaines de milliers de morts. Ça reste un des grands moments de l'histoire contemporaine.
Ça montre à quel point les États-Unis, encore une fois, ne se gênent pas, c'est le moins que l'on puisse dire, pour mentir effrontément. Et on est sûr que c'est un mensonge, puisque Colin Powell lui-même l'a reconnu en 2005. En disant que tout cela, c'était du pipeau, que d'ailleurs on n'avait jamais trouvé d'arme de destruction massive. Alors c'est quand même un vrai problème, parce que, outre le fait qu'à l'époque la France s'était opposée à l'aggression contre l'Irak. Et je ne suis pas là pour défendre le régime de Saddam Hussein, bien entendu. Enfin c'était quand même moins pire, si j'ose dire, que ce que c'est devenu. Ce qui s'est passé entre-temps, c'est à peu près un million de morts.
Plus, ou moins, 500 000, voilà. On voit ici que les États-Unis violent ouvertement la charte de l'ONU, dans ce que je disais tout à l'heure, c'est-à-dire, les pays normalement s'engagent à appliquer cette charte de bonne foi. Or, là, nous avons affaire à quelque chose qui est fait de mauvaise foi. Ça, c'est au cas où vous ne l'auriez pas bien vu... Je pourrais parler de bien d'autres cas de sujets qui sont constamment, également, écartés par les États-Unis. Et ce même s'ils ne font pas la une des journaux. Par exemple, la situation absolument dramatique qui existe actuellement dans la partie orientale de la République du Congo.
Où les États-Unis protègent de façon éhontée le régime de Paul Kagame, du Rwanda, juste à côté pour le profit, en fait, de grandes entreprises multinationales. C'est un des grands grands scandales de la politique mondiale actuelle. Il y a des exactions sans nombre qui sont commises dans ce pauvre pays ! Et dont, finalement, tout le monde se désintéresse. En tout cas, dans le monde occidental, on fait comme si ça n'existait pas. Et le rôle là aussi des États-Unis pour évacuer tous les sujets qui ne leur conviennent pas est tout à fait significatif.
De même que, à l'inverse, cette poussée d'adrénaline sur la Corée du Nord — qui est une tyrannie absolue, ça tout le monde est au courant, mais on ne l'a pas découvert hier. Donc là, y a un truc qui est nouveau, c'est que les États-Unis ont sans doute décidé de se payer la Corée du Nord. C'est tout à fait nouveau, par rapport à des décennies où ça n'a pas été le cas. Voilà. Je signale également que, à l'ONU, il y a ce scandale, qui est apparu maintenant depuis quelques années : le soutien apporté ouvertement par les États-Unis, aux mouvement néo-nazis en Europe de l'Est. Ici nous avons, par exemple, les manifestations qui ont eu lieu en novembre 2012.
Survivants de Waffen SS lettons, qui commémorent la lutte de l'Allemagne nazie contre l'URSS, devant le Monument de la Liberté à Riga. (apparemment il s'est trompé de ville) On voit ici tout ce que l'on trouve en Lettonie, on trouve à peu près la même chose en Estonie. Je rappelle à ceux d'entre vous qui ne le sauraient pas ou l'auraient oublié, que tout ceci se passe sur le territoire de l'UE. De l'Estonie et de la Lettonie, qui font partie des pays membres de l'UE, depuis maintenant dix ans. Depuis 2004. (apparemment il s'est trompé de date) Alors ça, ça concerne la Lettonie et l'Estonie. Je ne parle même pes des évènements récents en Ukraine.
Vous savez que le président Porochenko actuellement, mis en place par les États-Unis, s'appuie sur une coalition, notamment le mouvement Svoboda, qui est une coalition carrément néo-nazie. Tout ceci est ardemment soutenu par les États-Unis. La Russie, n'étant plus l'URSS, a pris de la distance par rapport aux régimes soviétiques. Mais néanmoins, la Russie, quand même, tord le nez quand elle voit que les monuments aux morts des libérateurs de l'Allemagne nazie sont remplacés, démolis, détruits. Et qu'en revanche, dans ses régimes, on fleurit les tombes des Waffen SS, les monuments aux morts.
Et ce avec l'approbation des autorités gouvernementales, et notamment des plus hautes autorités de l'État. Donc du coup, la Russie a proposé à l'ONU des propositions, pour condamner ces manifestations. Donc à l'ONU, les États-Unis refusent de condamner la glorification du nazisme. Puisque la Russie a demandé qu'on condamne ces manifestations. Et a entraîné les pays de l'UE dans l'abstention. Ça a été le cas à plusieurs reprises : le 27 novembre 2012 par exemple, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté le lundi 26 au soir une résolution qui condamnait la glorification du nazisme. Il y a eu 120 voix pour, c'était dans l'Assemblée générale, donc sur l'ensemble des pays du monde.
Donc il y a eu tous les pays du monde arabe, tous les pays d'Afrique, tous les pays latino-américains, tous les pays d'Asie. Y a eu 3 voix contre : les États-Unis, le Canada et les îles Marshall. Les îles Marshall étant une espèce de colonie qui ne dit pas son nom des États-Unis dans le Pacifique. Et y a eu 57 abstentions. Notamment tous les pays de l'UE par « solidarité » avec la Lettonie. C'est-à-dire que la France a refusé d'approuver une résolution qui avait été déposée par la Russie, évidemment, non sans calcul diplomatique. C'est bien entendu que la Russie essaie d'isoler les États-Unis dans cette politique de soutien à ces mouvements néo-nazis.
Mais il n'en demeure pas moins que la France, par solidarité avec la Lettonie et avec l'Estonie, a refusé d'approuver cette résolution. Alors tout ceci a recommencé encore, il y a quelques jours. C'était en décembre 2014. Toujours la même histoire. Chaque année désormais, la Russie fait une demande de condamnation de la glorification du nazisme. Et chaque année, le même scénario se reproduit. Vous le voyez ici par exemple. C'était donc le 19 décembre 2014. C'était il y a moins d'un mois. « l'Assemblée générale de l'ONU a adopté jeudi une résolution condamnant la glorification du nazisme proposée par la Russie.
Le texte était intitulé : « Lutte contre glorification du nazisme, le néonazisme et toutes les pratiques contribuant à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d'intolérance qui y sont associées » Eh bien ce texte a été adopté par 133 voix à l'Assemblée générale. Donc, de façon écrasante. Ça fait plus des deux tiers de tous les pays du monde. 133 voix pour. Il y a eu 4 voix contre : les États-Unis, le Canada, la République des Palaos — c'est un micro-État du Pacifique Sud, à l'est des Philippines — et l'Ukraine... qui a voté contre. Et puis 51 abstentions, dont la France de François Hollande, de Laurent Fabius et de Manuel Valls.
Ça fait maintenant plusieurs années que ça dure. Nous ne sommes pas tout à fait les seuls à la faire, il y a quelques autres mouvements... Nous on publie à chaque fois un communiqué de presse, et maheureusement il n'y a jamais le moindre espace dans le moindre journal, télévision et radio de France pour qu'on parle de ça. Jamais. Ça ne passe absolument jamais nulle part pour parler de ça. Parce que je pense quand même que nos compatriotes, que l'on a fait défiler par millions pour défendre la liberté d'expression, seraient surpris de voir que le même gouvernement prend ce genre de position à l'ONU. En tout cas ceci montre l'influence énorme des États-Unis d'Amérique à l'ONU.
L'influence américaine — maintenant — à la Cour Pénale Internationale (CPI). Alors la Cour Pénale Internationale, comme vous le savez sans doute, a fixé, avec le Statut de Rome, un moyen pour avoir une espèce de pérennisation — c'était dans les années 90-2000 — une espèce de pérennisation du tribunal de Nuremberg au niveau planétaire. Alors, comme vous le savez... — j'ai l'impression toujours de donner des cours de droit international, mais ce n'est pas si compliqué que ça, d'une certaine façon. C'est que, quand il y a un traité, pour qu'il rentre en fonctionnement, il faut d'abord qu'un État le signe.
C'est signé en général par le chef d'État, le chef de gouvernement, ou le responsable de la diplomatie. C'est le stade 1. Ensuite y a le stade 2, c'est la ratification. La ratification, ça veut dire que, ensuite, c'est transféré au peuple du pays. Enfin, ça dépend des pays. Y a des pays très autocratiques, où c'est l'autocrate qui ratifie. Mais en règle générale, même dans les pays dictatoriaux, C'est très généralement l'Assemblée nationale, le Sénat ou les deux. C'est-à-dire les représentants du peuple — le Sénat quand il y a un système bicaméral — qui ratifient le traité international. Et parfois ça peut être fait par référendum.
On en sait quelque chose, par exemple pour le traité de Maastricht, ou pour la constitution européenne C'était le référendum qui avait été choisi. Mais y a énormément de traités internationaux qui sont tout simplement ratifiés par la représentation nationale sans que vous n'en sachiez rien. Car les traités internationaux ne portent pas toujours sur des sujets d'une ampleur colossale. Ça peut être par exemple une convention de non double imposition avec la République de Panama. Y a des traités, ça passe comme ça assez souvent. Je renvoie d'ailleurs à ma conférence : « Le jour d'après » Où j'explique ce qui se passera lorsque la France sera sortie de l'UE et de l'euro et de l'OTAN.
Et où je montre que, contrairement à ce qu'on veut vous faire croire, la France ne sera pas du tout isolée. Puisque nous serons toujours liés au reste du monde par 6336 traités bilatéraux et multilatéraux. Et que nous aurons toujours le deuxième réseau diplomatique du monde. Ça c'est très très important à comprendre, mais ça c'est dans une autre conférence. Signature, ratification, et ensuite ce n'est pas la seule chose. Pour qu'un nouvel organisme international — comme la Cour Pénale Internationale — entre en vigueur, ou que le traité entre vigueur, en général il est prévu dans le corps du traité, qu'il doit y avoir un nombre minimum de ratifications. Il ne suffit pas qu'il y ait 3 États...
Là par exemple on crée un espèce de tribunal de Nuremberg permanent, en gros c'est ça. C'est ouvert à la signature de tous les États du monde. Ensuite, les États ayant signé doivent ratifier. Mais si vous avez 2 États qui ont ratifié, est-ce que déjà on crée la Cour ? Non. Ce qui avait été défini, c'est qu'il fallait qu'il y ait 60 États ayant ratifié la CPI pour qu'on la crée en effet. Et qu'elle commence à fonctionner. Je ne sais pas si vous m'avez suivi. Alors, ce qu'il s'est passé c'est que vous avez 4 types de pays. Vous avez les pays, qui ici sont en gris, qui n'ont pas signé la Statut de Rome. Et donc qui a fortiori l'ont pas ratifié.
Parce qu'il faut d'abord que le chef d'État, et le ministre des Affaires étrangères aient signé pour qu'ensuite ça soit soumis à ratification. Donc y a des pays qui n'ont ni signé, ni ratifié le Statut de Rome. Vous verrez notamment : La Libye, l'Arabie saoudite, la Turquie, mais également la Chine, la Corée du Nord, l'Inde, une partie de l'Afrique de l'Est, et l'Indonésie. Vous avez après ça les pays qui ont signé le Statut de Rome, mais qui ne l'ont pas fait ratifier. Qu'ils ne l'ont pas fait ratifier parce qu'il y a eu un obstacle. Parce qu'à l'intérieur de pays, y a des gens qui n'ont pas été d'accord. Les deux exemples majeurs, c'est la Russie, et les États-Unis d'Amérique.
Les États-Unis : Bill Clinton — William Clinton, pardon, je ne suis pas si intime que ça de lui. Williamn Clinton, juste avant de quitter la présidence, avait signé le Statut de Rome, Mais après, sous les Républicains, ça a été rejeté. La requête a été rejetée par le Sénat. Car aux États-Unis, c'est le Sénat qui ratifie. Pareil pour la Russie qui s'est limitée au stade de la signature. Après ça il y a des États, en jaune, qui ont signé, mais dont la ratification n'est pas encore en vigueur. Il doit y en avoir un ou deux, on ne les voit pas apparaître. Et puis le reste, en vert, ce sont les pays qui ont signé, puis ratifié. Donc vous avez à peu près toute l'Amérique latine, sauf le Nicaragua.
Et puis vous avez le Canada. En fait, vous avez pratiquement toute l'Amérique, sauf le Nicaragua et Cuba. Vous avez la plupart des pays d'Europe, dont la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni. Vous avez un certain nombre d'Afrique de l'Ouest, d'Afrique Centrale, et puis d'Afrique australe, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et puis Japon, Corée du Sud, Bangladesh, Cambodge, Philippines. Voilà. Alors ce qui est intéressant à savoir là-dedans, c'est que la Cour Pénale Internationale est entrée en effet en vigueur puisqu'il y a eu plus de 60 États qui ont ratifié. Donc, à ce moment-là, elle s'est en effet constituée.
Et on se trouve devant cette situation assez baroque, pour ne pas dire plus, que les États-Unis imposent, tapent du poing sur la table pour que, par exemple, en Côte d'Ivoire, ou en Serbie, où ont été commises des exactions, pour que l'on défère des responsables devant la CPI. Pour crime de guerre, et cetera. Alors qu'eux ne peuvent pas être déférés. C'est quand même pas mal. Il fallait l'inventer. Au 2 avril 2012, parmi les 121 États ayant signé le Statut de Rome, 32 États ne l'ont pas ratifié. Il y a 4 qui ont signé la Convention de Rome mais qui ne l'ont pas ratifiée : la Russie, les États-Unis, Monaco — le prince Albert a peut-être commis des péchés — et puis Israël.
Et puis aucun des pays arabes n'a ratifié le Statut de Rome, à l'exception de la Jordanie et de la Tunisie, et très récemment, dans les derniers jours, de la Palestine. Je vais y revenir dans un instant. Mais la Palestine n'a pas le statut de membre de l'ONU. Seulement le statut d'observateur. La Chine et l'Inde, comme presque tous les États d'Asie, n'ont pas même pas signé le Statut de Rome. les États-Unis ont donc signé le Statut de Rome, mais ne l'ont pas ratifié. Ils ont par ailleurs retiré leur signature en 2002. Avant que le quota de 60 États ait été atteint, c'était le quota nécessaire pour que la CPI entre en fonctionnement.
Les États-Unis ont exercé des pressions très importantes, notamment en sucrant l'aide économique, en supprimant des avantages douaniers, auprès d'un certain nombre d'États pauvres pour les obliger à ne pas ratifier le Statut. Eh bien oui, parce que les États-Unis craignent, évidemment... ... alors, depuis, la CPI s'est mise en œuvre, les 60 États de mémoire, ont été dépassés en 2002. Donc la CPI a été créée en 2002. Et il faut savoir qu'aux termes mêmes du Statut de Rome, les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et cetera, peuvent être poursuivis à partir de l'établissement de la CPI. Donc à partir de 2002.
Ce qui veut donc dire, que si les États-Unis d'Amérique ratifiaient la CPI, eh bien, les responsables notamment de la guerre en Irak, aux États-Unis, pourraient être déférés devant la CPI. Eh oui. Donc évidemment c'est un peu fâcheux, pour, toujours, M. Buisson, que je vous ai montré tout à l'heure. — buisson ardent — La création de la CPI, donc, n'a pas changé la donne, les pressions continuent. Par ailleurs les États-Unis établissent des accords bilatéraux avec les États signataires, garantissant que les Américains qui seraient amenés à repondre de leurs actes devant la CPI, soient rapatriés aux États-Unis.
Parce que les États-Unis se disent qu'ils sera sans doute difficile que, à terme, peut-être dans 10 ans, dans 15 ans, que tous les États du monde, ou peu s'en faut, aient ratifié, soient membre de la CPI. Et que y ait guère que... Israël, la Corée du Nord, et les États-Unis eux-même qui ne l'aient pas ratifiée. Ça fait quand même un peu mauvais genre. Donc à ce moment-là, ils seraient peut-être obligés de ratifier. Mais ils sont en train de prévoir un contre-feu, qui est celui que je viens de vous dire, c.-à-d., que désormais, leur Milošević à eux ne serait pas jugé, on le redonnerait aux États-Unis. Voilà.
Le changement d'administration et l'arrivée de Barack Obama a mis un terme à une relation qui était un peu acrimonieuse entre les deux. Mais tout ça n'a rien réglé du tout au problème. Et en réalité les États-Unis restent fermement en dehors de la CPI. Tout en exigeant que les autres États, notamment africains... Puisqu'en définitive ce truc est en train de fonctionner contre les pays des Balkans et contre les pays d'Afrique. C'est pratiquement maintenant que des africains qui sont déférés. Quant à la Palestine, il y a du nouveau, puisqu'elle a obtenu le 29 novembre 2012 le statut d'État observateur non-membre à l'ONU. Donc ça avait été une semi-victoire diplomatique de la Palestine.
L'Autorité palestinienne avait fait une déclaration en 2009, à l'effet d'accepter la juridiction de la CPI. Mais à ce moment-là la Palestine n'avait pas le statut nécessaire pour être un membre du Statut de Rome. Puisqu'aucune demande n'a été faite par la Palestine après 2012, la CPI n'avait pas juridiction sur la Palestine avant le 31 décembre 2014. Mais justement, le 31 décembre 2014, l'Autorité palestinienne a signe le Statut de Rome. Et maintenant il y a un délai nécessaire de 60 jours avant de loger, comme on dit en termes diplomatiques, une plainte à la CPI.
Alors ça a été, vous l'avez vu au cours des tous derniers jours un motif de scandale pour les États-Unis et Israël, qui ont indiqué leur volonté de réagir avec des mesures de rétorsion économique. C'est quand même invraisemblable d'agir de cette façon, ils pourraient au moins se taire. Mais les sanctions économiques, c'est quand même un peu fort, d'autant plus que eux-mêmes ne sont pas, ni l'un ni l'autre membres de la Cour Pénale Internationale. L'influence américaine sur les opinions publiques occidentales. Alors là, on arrive à la fin de cette conférence — enfin pas tout à fait... On sort un petit peu du cadre des organisations internationales.
Mais c'est quand même important, parce que ça fait partie de l'ambiance générale. Il y a quelque chose qu'il faut que vous sachiez, qui est un point important dans l'histoire du monde, depuis maintenant quelques années. Disons depuis la présidence Reagan. C'est l'invention par les États-Unis d'une nouvelle discipline : « perception management », la « gestion de la perception ». Alors c'est vraiment une phrase typiquement orwelienne.
Ce qui se cache derrière ce « perception management », on devrait appeler ça : « manipulations et mensonges des opinions publiques mondiales » C'est pour ça qu'il y a eu un vrai vrai changement, j'allais dire épistémologique, pour prendre un mot un peu précieux, compliqué. Un vrai changement de mentalité et d'éthique, pour faire plus simple, du monde occidental et notamment des États-Unis, je dirais au tournant des années 80-90. Certes avant les États-Unis n'étaient pas des petits saints, ça c'est c'est bien sûr. Mais enfin, il n'y avait pas ce sentiment d'être désormais devenus ce qu'était un peu...
Enfin, là je livre mes pensées, moi quand j'étais jeune, le pays qui mentait constamment, qui était cynique tout le temps, c'était l'URSS. Les États-Unis paraissaient globalement... Maintenant c'est l'inverse. En tout cas c'est mon sentiment. On a l'impression que la situation s'est complètement renversée. Que désormais la Russie, pas un petit saint non plus, défend globalement une certaine éthique, recherche la vérité des faits. Alors qu'on a l'impression que les États-Unis c'est tout l'inverse. Alors, le département de la Défense des États-Unis a défini le perception management.
C'est une technique qui recouvre les actions consistant : – à fournir et/ou à camoufler une information sélectionnée et des indices. Ce qui est important, c'est les deux verbes « fournir » et « camoufler ». Et ce qui est important également c'est le terme d' « information sélectionnée ». On va choisir un certain type d'information. Les autres ne vont pas être utilisés. On va le fournir à des audiences étrangères, de façon à influencer leurs émotions, leurs motivations, et leurs raisonnements objectifs. Alors, au risque de passer pour un complotisite, l'affaire par exemple, qui est toujours pendante, de l'avion de la Malaysia Airlines, le vol MH17.
Qui a été abattu au-dessus de l'Est de l'Ukraine. Outre le drame humain qu'il y a derrière, je trouve que c'est absolument fascinant du simple point de vue de la logique. Je rappelle quand même que lorsqu'un avion s'acrase, il y a les fameuses boîtes noires. Vous savez, il y a le Cockpit Voice Recorder (CVR), et le Flight Data Recorder (FDR). Ces boîtes ne sont pas noires, elles sont oranges. Quand on les repêche, comme ça a été le cas pour le vol Air France 447. Le Rio-Paris qui s'est abîmé dans l'océan Atlantique. On a retrouvé les boîtes oranges en question — j'ai repris toute la chronologie. Elles avaient passé un mois dans de l'eau salée, sous haute pression.
Elles ont été analysées tout de suite, et la presse internationale a eu les premières informations dans les jours qui ont suivi. C'était très très rapide. C'était moins d'une semaine après. Il en est d'ailleurs en général la même chose à chaque fois qu'il y a un accident d'avion. Là nous avons à faire, avec le MH17, à un appareil qui s'est écrasé le 17 juillet 2014. Les boîtes noires, en fait oranges, ont été retrouvées le 30 juillet, 13 jours après dans des champs. Et nous voici maintenant le 18 janvier 2015, et on ne sait toujours pas ce qu'il y a dans ces boîtes noires. C'est quand même extraordinaire.
C'est d'autant plus extraordinaire qu'il y a également l'enquête qui est menée par les Néerlandais, car elle est internationale, dont ils ont décidé que toute une partie serait confidentiel défense, et qu'on ne saura pas. Alors tout ceci est quand même d'une très grande importance, parce que je vous rappelle quand même, que c'est un accident qui est quasiment à l'origine des mesures de rétorsion prises par les États-Unis, qui ont imposé à l'Union européenne de prendre des sanctions à l'égard de la Russie. Ils avaient commencé avec l'affaire du référendum en Ukraine, mais là ils sont allés bien au-delà.
Ces mesures d'ailleurs de rétorsion contre la Russie sont en train de se retourner contre nous, et pas contre les États-Unis. Puisque les circuits commerciaux sont ainsi faits, que les États-Unis sont très peu touchés par cette affaire. En revanche, ce sont les pays de l'UE qui prennent ça plein pot, en particulier la France. C'est pas moi qui le dis, c'est le président du la FNSEA, M. Xavier Beulin, qui a chiffré ça à 1 milliard d'euros de perte pour l'agriculture française, rien que cette année. D'ailleurs le président Russe, le président Poutine, a fait une déclaration il y a quelques jours, qui était assez croquignolette.
Puisqu'il a joué un peu Saint Jean bouche d’or, en disant qu'il ne comprenait pas très bien, qu'il était obligé de constater que c'était les pays d'Europe qui souffraient de ces décisions, beaucoup plus que les États-Unis. Il faisait cette remarque en passant. En attendant, vous voyez bien que sur ce sujet, on a exactement l'application de « fournir et camoufler » une information sélectionnée. Vous avez vu ce qui circule sur internet, vous avez vu cet appareil qui semble-t-il a reçu de très très nombreuses mitrailles de petit calibre, et cetera. Vous avez vu aussi la position de la Russie... Moi je ne prends pas parti là-dessus parce que je n'y connais rien.
Je suis quand même obligé de constater que d'un côté on a la Russie qui met sur le tapis des quantités d'informations qui ont l'air très sourcées et cetera. Et puis de l'autre côté, les autres pays disent : « y a rien, y a rien à voir. » J'ajoute d'ailleurs au passage qu'il y a eu un rapport fait par des anciens des services secrets américains. J'avais fait un article là-dessus. Le rapport mettait en garde sur les conclusions trop hâtives prises par les États-Unis. Alors, si vous allez, tout simplement, rechercher un tout petit peu d'informations sur ce que c'est que la gestion de la perception.
Un tout petit peu d'information, c'est tout simplement que je suis allé — benoîtement — sur la page Wikipedia en américain, de la gestion de la perception. Mes sources ne sont pas à tomber à la renverse, c'est la page Wikipedia. Bon. Eh bien qu'est-ce qu'on voit là-dessus ? C'est écrit en anglais : il y a 9 volets. Qui méritent quand même d'aller regarder ça d'un peu plus près. Bien entendu, la page française, il n'y a rien dedans. Wikipedia français a des pudeurs. Il y a un certain nombre de personnalités qui ne peuvent pas avoir de fiches notamment...
Alors, la gestion de la perception, définie par le ministère de la Défense des États-Unis : « There are nine strategies for perception management : this include »... Donc on va mettre ça en français : 1. La préparation : « Avoir des objectifs clairs et savoir l'opinion idéale que vous voulez que les gens se fassent. » On n'en est donc pas du tout, à ce qui a fait la grandeur du monde occidental, dont je parlais, à partir de la Rennaissance et de l'âge classique. C'est-à-dire la recherche de la vérité quoi qu'il en coûte. C'est ça qui a fait la grandeur de l'Occident. C'est la capacité... Je citais tout à l'heure Kant. Là c'est plus du tout ça.
Là c'est désormais avoir des objectifs clairs sur ce qu'on veut que l'opinion croie. Ça c'est la phase 1, préparation. Deuxièmement, crédibilité : « S'assurer que toutes vos informations sont cohérentes, et utiliser aussi souvent que nécessaire les préjugés ou les attentes du public afin d'accroître la crédibilité de vos informations. » Ça c'est terrible. C'est-à-dire qu'on ne va pas dire les faits. On va utiliser des informations qui vont dans le sens des préjugés des gens. Pour assurer la crédibilité. Troisième volet, le support multicanal : « Disposer d'arguments multiples et utiliser des faits fabriqués pour renforcer vos informations.
» Quatrièmement, contrôle centralisé : « disposer d'entités telles qu'un ministère ou un bureau en charge de la propagande. » Cinquièmement, sécurité : « La vraie nature de l'opération de tromperie — deception campaign, en américain, campagne de tromperie — ne doit être connue que par quelques personnes. » Sixièmement, fléxibilité : « L'opération de tromperie doit s'adapter et évoluer au fil du temps, au et à mesure des besoins. » Septièmement, coordination : « L'organisation ou le ministère en charge de la propagande doit être organisé selon un modèle hiérarchique afin de conserver une distribution cohérente et synchronisée de l'information.
» L'information ne doit pas partir dans tous les sens, ça doit être absolument centralisé selon une hiérarchie. Huitèmement, dissimulation : « Toute information contredisant la version officielle doit être détruite. » Et enfin le neuvième volet, déclarations mensongères : « Fabriquer la vérité. » J'insiste, vous êtes rentré chez vous, vous allez sur « Perception management » sur Wikipedia en anglais. C'est lu par des millions de personnes. Et c'est ce que vous trouvez. Tout ça est sourcé. Après ça Mme Léa Salamé me dit que je fais de l'anti-américanisme primaire, et du complotisme.
Malheureusement — je ne vais pas ici entrer dans des polémiques stériles — mais chacun a bien à l'esprit, quand j'ai énoncé ces 9 volets, un certain nombre de faits survenus au cours des dernières années, et qui malheureusment ne correspondent que trop bien à toute cette affaire. En attendant, voici un petit dessin, pour faire comprendre ce qu'il se passe. Y a qu'un truc qui échappe à tout ça pour l'instant, c'est le bouche-à-oreille. Ça a toujours échappé à toutes les dictatures. Et puis il y a internet. Mais évidemment internet est sous le feu de l'actualité, puisqu'on utilise de plus en plus des évènements dramatiques pour expliquer qu'il faut surveiller internet.
Je trouve ça assez extraordinaire.
François Asselineau