La bataille du Nouveau Front Populaire - avec Manuel Bompard, l'invité de la semaine
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ça te dirait de voir Backseat jusqu'en 2027 ? 2040 même ? Eh ben c'est possible, mais pour ça on a besoin de toi. Backseat c'est une émission qui tient à son indépendance, c'est pourquoi nous avons choisi de faire reposer une partie du financement de l'émission sur notre public. Chaque épisode coûte 13 000 euros, ce qui comprend toute la logistique, mais surtout les salaires de chaque personne intervenant sur l'émission. Pour pouvoir diffuser toute l'année, nous avons besoin de 30 000 euros par mois.
Alors rends-toi sur KissKissBankBank, choisis l'abonnement que tu préfères, et profite des contreparties que nous proposons en échange, comme le fait de voir l'émission en intégralité sur Youtube dès le vendredi matin, ou l'adhésion au club Backseat, qui donne accès à plein d'avantages. Si chaque spectateur régulier donnait 1 euro par mois, nous pourrions produire Backseat pendant de nombreuses années. Alors rendez-vous sur KissKiss pour soutenir cette belle émission. Et tout de suite, ta VOD. Et nous allons retrouver tout de suite notre invité politique, le coordinateur de la France Insoumise, député des Bouches-du-Rhône, Manuel Bompard.
Bonjour.
Bonsoir Manuel Bompard. Bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation sur le plateau de Backseat. On arrive dans les dernières, bientôt les dernières 24 heures de cet entre-deux-tours des élections législatives. Vous êtes dans quel état d'esprit en ce moment ? Combatif.
J'ai eu l'occasion de le dire dimanche soir pour le premier tour. Le premier tour, il a réglé une question. Laquelle ? La Macronie n'est plus en mesure de gouverner le pays. Est-ce que Macron est au courant ? Manifestement pas, mais on va lui rappeler à plusieurs reprises. Et le deuxième tour, maintenant, doit régler la deuxième question. Est-ce que c'est l'extrême droite qui gouverne demain la France ? Ou est-ce qu'au contraire, c'est un gouvernement du nouveau Front populaire ? Et donc, moi, je suis engagé dans cette bataille. J'ai eu le plaisir, comme 32 de mes collègues du nouveau Front populaire, d'être élu au premier tour. Mais pour autant, la bataille n'est pas terminée.
Donc, depuis dimanche, on se déploie, on se mobilise, on va soutenir nos candidates et nos candidats partout en France.
Alors, on l'a vu, 222 désistements pour éviter des situations triangulaires et pour essayer d'empêcher le Rassemblement national d'obtenir autant de circonscriptions. Est-ce que vous pensez que le nouveau Front populaire est encore en passe de remporter une majorité absolue de députés ? Mathématiquement, oui.
Puisque je le disais, on a remporté 32 sièges au premier tour. Et si on compte l'Hexagone, les Français de l'étranger, les Outre-mer, on est encore qualifié dans à peu près 300 circonscriptions au second tour. Pour avoir une majorité absolue, il faut 289 sièges de députés. Donc oui, c'est possible. Après, c'est clair que pour y parvenir, ça nécessite notamment qu'il y ait plus de gens qui aillent voter dimanche que dimanche dernier. Il y en a eu déjà plus dimanche dernier que ce qu'on avait observé, par exemple, aux élections européennes ou en 2022 sur les élections législatives. Il y a eu à peu près deux tiers des Français qui sont allés voter.
Mais il y en a encore un tiers qui n'ont pas voté pour ces élections. Et moi, je dis que si tout le monde se déplace, se mobilise, oui, bien sûr, c'est possible de faire bouger les lignes. En tout cas, je pense que jusqu'à dimanche, il faut être focus sur cet objectif. Bien sûr que l'enjeu d'empêcher l'extrême droite de gagner, c'est un enjeu déterminant. Mais je crois qu'on ne peut pas faire campagne uniquement autour de cet objectif. Il faut aussi rappeler pourquoi nous, on se bat. Et qu'est-ce qu'un gouvernement du nouveau Front populaire pourrait changer dans la vie des gens de manière très concrète dans quelques jours si on y arrivait ?
Alors, on l'a appris aujourd'hui, le Président de la République a déclaré qu'il ne, je cite, gouvernera pas avec LFI. LFI déclare depuis 2017 qu'ils ne gouverneront pas avec Emmanuel Macron, pardon. Non, non, elle n'était pas exprès celle-là. Comment ne s'est pas provoqué ? Non, non, non, je ne commence pas, je ne commence pas. Mais c'est bon, de toutes les façons, on le savait, j'ai envie de dire, ce n'est pas une nouvelle. Voilà, Emmanuel Macron ne vous aime pas, vous n'aimez pas Emmanuel Macron, vous gouvernerez.
Ce n'est pas qu'on ne s'aime pas, ce n'est pas le sujet, mais ce n'est pas une question personnelle, c'est juste que... Les projets politiques ne sont pas du tout les mêmes. Son cadre politique est incompatible avec ce que nous, on défend, et je crois d'ailleurs que les Français l'ont bien compris.
Mais qu'est-ce qui se passe si vous n'avez pas vraiment le choix, ni l'un ni l'autre ? Qu'est-ce qui se passe si, face au Rassemblement National, il y a une majorité qui va des macronistes au nouveau Front populaire avec la France insouplitée ? Mais on a toujours le choix, on a toujours le choix.
Soit il y a une majorité absolue dimanche pour le nouveau Front populaire, moi je me bats dans cet objectif. Soit il y a une majorité absolue dimanche pour le Rassemblement National, et moi je me bats contre cette possibilité. Et puis ensuite, il peut y avoir effectivement une situation dans laquelle finalement personne ne dispose de majorité absolue.
Moi je ne vais pas, si vous voulez, après avoir fait campagne, je dis moi, mais c'est les candidats du nouveau Front populaire de manière générale, après avoir fait campagne sur un programme, arriver au lendemain de l'élection le lundi et dire, bon en fait le programme, bon allez, on le range au placard, et on va faire une sorte de négociation avec des macronistes, ou encore une fois, ce n'est pas une question personnelle, mais qui ont mis en place depuis maintenant 7 ans une politique contre laquelle on s'est battu au quotidien. Je veux dire, ça n'aurait pas de sens, ça ne serait pas crédible, mais pour autant ça ne signifie pas forcément un blocage.
Tout le monde a l'air de dire, oui, si vous ne vous mettez pas d'accord, après parce qu'il n'y a pas de majorité absolue, le pays il est bloqué. Non, pardon, il n'est pas bloqué, il y en a un qui peut décider de régler le problème, il s'appelle Emmanuel Macron. En dissolvant une nouvelle fois l'année prochaine ? Bah oui, il peut partir aussi. Non mais attendez... C'est pas sûr que ça résoudrait le problème, parce que la Sérieure Nationale serait toujours la même. Oui d'accord, mais au moins on aurait un nouveau... Oui, ça redémarre le droit de dissolution ? Non, non, non, ça marche pas. Ça ne le redémarre pas, c'est vrai, mais il y aurait quand même une élection...
Là on fait de la politique fiction honnêtement, vous savez ça, c'est déjà produit, ça a déjà eu lieu. Parce que tout à l'heure on parlait de l'histoire de France. Une démission, on parlait de De Gaulle ? Non, mais en 1924, en France, après le cartel de gauche, où il n'y avait pas de majorité à l'Assemblée Nationale, à chaque fois qu'ils essayaient de proposer un gouvernement, les gouvernements tombaient, au bout d'un moment le Président de la République a pris acte de la situation et il a décidé de partir.
Oui mais c'était pas du tout le même régime, c'était absolument rien à voir. C'est vrai, c'était pas le même régime. Le Président de la République...
Les gouvernements tombaient plus facilement. Bah oui, oui, beaucoup facilement. C'est vrai, c'était pas le même régime. Mais là on voit bien qu'on peut se retrouver dans une situation dans laquelle il y a en gros trois blocs à peu près d'égale importance, il y en a qui seront plus gros, d'autres qui seront plus petits, et que ces blocs-là ne sont pas compatibles les uns avec les autres. Il ne faut pas raconter d'histoire aux gens. Nous on s'est battus dans cette campagne en disant si on arrive au pouvoir, dans quelques jours on va abroger la réforme des retraites d'Emmanuel Macron.
J'imagine que les macronistes qui sont responsables de cette réforme des retraites, qui l'ont soutenu jusqu'au bout, y compris contre l'avis d'une grande majorité des Français, contre une majorité de députés, ils ne vont pas dire oui, oui, c'est vrai, on s'est trompé, on va l'abroger, vous voyez. Donc moi je crois que ça ne serait pas bon pour la démocratie.
Et pourtant vous avez investi Aurélien Rousseau, c'était quand même un chelou.
Ah non, moi je n'ai pas investi, c'est place publique, c'est place publique.
Mais bon, c'est quand même, je veux dire, il va forcément y avoir un certain nombre de compromissions, de concessions qui seront faites, si vous vous arrivez potentiellement avec une majorité relative à l'Assemblée nationale, quid des alliances potentielles avec les macronistes pour notamment adopter des textes ?
Moi j'ai déjà répondu à cette question, et je parle là seulement au nom de la France Insoumise, je ne veux pas engager les autres formations politiques de l'Alliance, mais nous, nous avons dit très clairement qu'on ne participerait à un gouvernement que pour appliquer le programme du nouveau Front Populaire. Et j'ai rajouté, pour que ça soit bien clair, j'ai rajouté, pour être très clair, rien que le programme et tout le programme, ça me paraît assez clair. Après c'est une autre question qui est celle que vous posez, c'est qu'est-ce qu'on vote à l'Assemblée nationale ?
Mais ça, à l'Assemblée nationale, c'est simple, s'il y a des choses qui vont dans la direction de notre programme, on les vote, s'il y a des choses qui vont contre la direction de notre programme, on ne les vote pas. Mais ce n'est pas juste... Donc c'est vous qui donneriez le là ? Mais ce n'est pas juste après dimanche, c'est ce qu'on fait déjà en fait. Oui bien sûr. Après Macron n'a pas proposé beaucoup de choses qui vont dans la direction de notre programme. Non, qui vous ont mis d'accord.
Est-ce que vous pourriez ne pas voter une motion de censure contre un gouvernement technique s'il reprend certains de vos mesures ? Parce que ça va être ça les négo.
Non mais ce n'est pas la même chose, nous on ne participera pas à un gouvernement de notre programme. Après s'il y a un gouvernement qui se constitue, on votera contre toutes les mesures qui vont à l'encontre des aspects de notre programme. Après je ne sais pas s'il y aura une motion de censure, je ne sais pas s'il y aura un vote de confiance, là on est quand même... Oui on verra, on verra.
Oui mais en même temps il y a un certain nombre de personnes de la formation du Nouveau Front Populaire qui portent du coup ce programme commun, qui envisagent potentiellement un gouvernement d'alliance. Donc ce serait effectivement un certain nombre de mesures qui pourraient être reprises du programme. Dans ces cas-là, vous dites on ne fait pas alliance avec ce gouvernement, on ne vote pas pour... Mais si jamais il y a des éléments du programme qui sont repris dans cette alliance, vous faites quoi ?
Si ce gouvernement se constitue et qu'il propose une loi qui reprend des mesures qui sont dans notre programme, on ne va pas s'y opposer. Franchement, pour que les choses soient claires, l'idée c'est juste d'être fidèle à la parole qu'on défend dans les élections, à la parole qu'on prend, les engagements qu'on prend devant les électrices et les électeurs. Je ne vais pas faire campagne en disant on va abruger la réforme des retraites et ensuite accepter qu'on reporte l'âge de départ à la retraite à 65 ans. Sinon à la fin, plus personne ne me croit et honnêtement les gens n'auront raison de ne plus me croire. J'ai une question qui est peut-être un petit peu en deux temps.
La première, c'est qu'est-ce qu'on a bien vu, je crois que tout le monde commence à admettre chez les commentateurs que, même si on s'est volé la face pendant longtemps, le racisme est une donnée structurelle, structurante, importante pour comprendre le vote RN, pour comprendre tout un certain nombre de choses. D'ailleurs, parce que du racisme dans la Macronie, on a eu aussi, le projet de loi immigration est quand même aussi motivé par des choses de cet ordre, on va dire. est-ce qu'il ne faudrait pas faire un choc d'antiracisme si la gauche arrive au pouvoir ? Et quelle serait la forme de ce choc d'antiracisme ? Comment on reprend un peu le pays à ce niveau-là ?
Comment on essaie de reprendre un peu la main ? Parce que tant que ce racisme reste, les prochaines élections, ça va être le même bordel. Ça va être le terreau de futures victoires du rassemblement national. D'abord, la première chose que je veux dire, c'est que je suis d'accord, et ça fait partie des débats qui existent parfois, y compris à gauche, sur la vraie nature du vote du rassemblement national. Et moi, j'ai été très intéressé, je vous le recommande si vous ne l'avez pas lu, par un bouquin qui est sorti il y a quelques semaines, qui a été écrit par Félicien Fauré. Vous l'avez peut-être reçu ici. Voilà ce qui fait toute la semaine, je crois. Ah bah voilà.
Et honnêtement, même si après c'est un travail de sociologue, ce n'est pas un travail d'analyste politique, mais je trouve que les éléments qu'il avance, alors qu'il met lui-même dans son contexte, c'est-à-dire qu'il a suivi le rassemblement national dans le sud de la France. Il lui-même dit que ce n'est pas forcément une généralité, mais c'est-à-dire qu'il dit qu'il peut y avoir d'autres points d'entrée au vote pour le rassemblement national, mais qu'à chaque fois, la question du racisme, elle occupe quand même une place centrale. Donc ça, c'est juste pour dire sur l'analyse, je suis assez d'accord avec ça.
Oui, bien sûr, si vous arrivez au pouvoir, mais même si vous n'arrivez pas au pouvoir, il y a une bataille idéologique à mener, monstre sur cette question, et avec des leviers d'action gouvernementaux qui passent par le fait, en particulier, je crois, d'augmenter le rapport de force du camp antiraciste par rapport au camp qui véhicule ses idées à longueur de journée. Donc la réponse, elle est forcément structurée, elle est structurante. Ce qui est de l'ordre des politiques publiques, si vous êtes au pouvoir, c'est comment vous luttez contre les discriminations à l'emploi, comment vous luttez contre les contrôles d'identité au faciès.
Il y a des outils, il y en a dans le programme du Nouveau Front Populaire, le récépissé sur les contrôles d'identité, des politiques antidiscrimination, de la formation des policiers, de la formation de la justice, des juridictions ou des tribunaux spécialisés sur ces questions. Bon, on peut faire plein de choses. L'inspection indépendante. L'IGPN qu'on réforme pour créer à la place une autorité de contrôle de la police indépendante, bon, on peut faire beaucoup de choses. Et puis après, il y a la question du rapport de force générale.
Et là, pardon, je vais venir sur un sujet, je crois qu'il vous intéresse, mais il y a la question aussi du rapport aux empires médiatiques et notamment à l'empire médiatique Bolloré qui aujourd'hui, pardon, injecte à longueur de journée le venin de la division, le poison du racisme. Vous votez une loi pour réguler les médias privés ? Ah, je crois, oui. Et il faut une loi contre la concentration en particulier des médias qui aujourd'hui sont tous dans les mains d'une toute petite poignée de grands milliardaires et que ça pose un grave problème pour la qualité de l'information et la qualité du débat public. En République, il y a deux piliers pour que ça marche bien.
L'école, permettre aux gens d'avoir accès à une formation qui leur permet de comprendre ce qu'il se passe. Et les médias, c'est-à-dire leur permettent de disposer des informations qui leur permettent de comprendre ce qu'il se passe. Sur ces deux sujets, je pense qu'il y a beaucoup de choses à faire. Alors, j'ai une petite relance. Vas-y, vas-y, petite relance. Moi, qui suis, en effet, c'est mon boulot de regarder un petit peu les médias. Là, j'ai vu une campagne de bashing contre la France insoumise dans les médias qui a été hors de proportion même avec ce qu'on a habituellement, Venezuela, etc., ce qu'on connaissait depuis longtemps.
Là, c'était vraiment très intense, très dur, disqualifiant, vraiment, a priori. La gauche arrivée au pouvoir, notamment sur le service public, aurait un petit peu d'emprise, pourrait faire, je ne sais pas, des nominations. Est-ce qu'il y a un sentiment aussi de... Est-ce qu'il y a quelque chose à faire ? Est-ce qu'il y a des nominations à faire ? Est-ce qu'il faudrait faire un audit de ce qui s'est passé, de cet emballement auquel elle a largement participé ? Vous voulez que je malienne tout le monde, là, dès ce soir, avant le premier tour, avant le deuxième tour ? Mais oui, il faudra... Il y aurait beaucoup de choses à changer, bien sûr. Bien sûr qu'il y aurait beaucoup de choses à changer.
On se souvient de ce petit papier de Nathalie Saint-Cré qu'il y a des gens qui sont littéralement... J'entends. Ce n'est pas le gouvernement qui décide de virer des journalistes.
Oui, et heureusement. Et heureusement. Non, mais...
C'est une question démocratique. Oui, mais... C'est une question démocratique. Attends, moi, j'ai dit, mais les critiques que j'ai à faire sur le traitement médiatique de cette campagne, mais il faut aussi remettre les choses en proportion. Il y a aussi une campagne de diffamation et infamante qui a été menée contre la France Insoumise et ensuite contre le nouveau Front populaire dans cette campagne qui est aussi le résultat d'une stratégie politique de nos adversaires. Et ça devrait quand même faire réfléchir tout le monde.
C'est-à-dire que le camp macroniste a mené toute la campagne de premier tour à instrumentaliser la question de l'antisémitisme pour essayer de salir la France Insoumise et le nouveau Front populaire. Et on arrive le dimanche du premier tour des élections législatives. Et comme par hasard, le lendemain, entre guillemets, il n'y a plus de problème. On retire nos candidats même en face des candidats insoumis. Et je dis ça pas pour dire qu'ils n'auraient pas dû le faire. Je dis ça pour dire que ça démontre quand même à quel point eux-mêmes ne croyaient même pas aux insultes qu'ils ont faites pendant toute cette campagne.
Parce que franchement, moi, s'il y a vraiment un candidat que je considère comme un candidat antisémite, mais franchement, je ne retire pas mon candidat en face de lui au deuxième tour de l'élection législative. Donc je pense qu'ils ont fait eux-mêmes la démonstration, si vous voulez, du caractère diffamatoire, mensonger de la campagne qu'ils ont menée contre nous. Donc, bien sûr qu'il y a une part de la responsabilité des médias, mais il y a quand même une responsabilité aussi de nos adversaires.
Là, vous avez fait à juste titre une chronique, je ne vous fais pas de reproches à vous, mais depuis dimanche, dans les médias, on fait le catalogue des propos du musée des horreurs des candidats du Rassemblement National. Enfin, pardon, ça fait quatre semaines qu'ils sont candidats, comme par hasard. Pourquoi on n'a pas fait ça, ce travail-là, avant le premier tour ? Pourquoi ? C'est quand même une question... Je ne dis pas vous, vous, je sais que... Non, vous êtes d'accord avec ça. Il y a des journalistes
de presse quotidienne régionale qui ont essayé de le faire et ça demande du travail. C'est compliqué parce qu'ils se retrouvent avec huit candidats par circo à examiner et tout. Je défends juste les journalistes de presse quotidienne régionale qui ne sont pas de proches.
En plus, c'est plutôt vrai que sur la presse quotidienne régionale, ça a été fait. Moi, je parle du traitement médiatique d'ensemble. On est venu nous chercher, et on n'interroge jamais Jordan Bardella là-dessus. Et jamais on n'a interrogé Jordan Bardella sur ce sujet. Les chaînes d'info n'en ont pas fait des soirées entières. Non.
Je suis là pour poser des questions qui ne font pas plaisir aussi. Est-ce que vous avez envisagé la possibilité d'une victoire du Rassemblement National d'un gouvernement, Jordan Bardella ? Et qu'est-ce que ça voudra dire de s'opposer ? Parce qu'il y a un changement de nature entre l'extrême-droite et le macronisme. Là, être un groupe d'opposition parlementaire à l'Assemblée Nationale d'un gouvernement d'extrême-droite, c'est une autre paire de manches.
Ce qu'on l'a envisagé, la vérité, c'est que si vous rentrez dans une élection, il faut toujours partir du principe que vous pouvez la gagner mais que vous pouvez la perdre aussi. Sinon, il ne faut pas rentrer dans l'élection. Après, il faut quand même aussi dire que si on joue le jeu démocratique, on le joue jusqu'au bout, y compris quand le résultat ne nous fait pas plaisir. Donc, je ne vais pas commencer à vous dire si le Rassemblement National gagne les élections, il faut prendre le pouvoir par la force pour les déloger. Parce que si je vous dis ça... Non, non, non, non, non. Non, non, mais je réponds. Ce n'est pas le sujet mais je vois ce que vous voulez dire.
Ensuite, il y a la question de la forme d'opposition et il est évident que l'opposition parlementaire ne pourra être que frontale mais que si l'opposition parlementaire est seule pour s'opposer, ne croyez pas que ces gens-là vont mieux traiter l'Assemblée Nationale que les macronistes l'ont fait avant. Donc là, je pense que la responsabilité, elle ne m'appartient pas entre guillemets qu'à moi ou qu'à nous comme engagés dans cette campagne.
Ce sera toute l'opposition.
Et les gens ? Et aux gens, oui, bien sûr. La capacité à se mettre en mouvement, à faire des manifestations, à faire des mouvements de grève, à essayer de s'opposer à tous les mauvais coups que le Rassemblement National va essayer de mettre en place de manière assez immédiate. Donc oui, ce sera une opposition frontale et elle devra être articulée parlementaire, sociale, mobilisation, syndicale. Et je pense que ça ne sera plus un front populaire à ce moment-là.
Ça sera un large front antifasciste qu'il faudra mettre en place. Je dis ça parce que c'est aussi pour pointer le danger. C'est-à-dire qu'une majorité parlementaire, il n'y a pas grand-chose qui peut l'arrêter. On l'a vu avec Emmanuel Macron de 2017 à 2022. Rappelez-vous, par exemple, il n'y avait pas eu de commission d'enquête sur Benalla. Elle s'était interrompue. Il a fallu que les sénateurs fassent le taf. Donc rendez-vous compte, c'est-à-dire un groupe parlementaire d'opposition face à l'extrême droite, il ne peut pas faire grand-chose. Il peut déposer des amendements, des motions de censure qui ne sont pas adoptées, faire des missions d'information, des trucs... C'est vraiment pas ouf.
C'est très, très difficile. Donc il faut aussi se rendre compte de ce que ça veut dire. C'est pour ça qu'il ne faudra
surtout pas entrer à la maison pour pleurer. Parce qu'il faudra se battre, il faudra tout de suite être dans la bataille. Parce que par ailleurs, tout le monde sait qu'un pouvoir qui arrive au pouvoir, c'est immédiatement qu'il fait le plus dur. Parce que c'est immédiatement qu'il a une forme d'état de grâce quand il vient d'arriver. Donc c'est dès maintenant qu'il faudra bloquer. Donc on aura besoin de tout le monde là. Je suis tout le monde. Mais on va essayer, on a examiné le cas, mais on va quand même essayer de faire en sorte... Bien sûr, bien sûr. Mais on va y arriver, vous allez voir.
Je suis toujours là pour poser des questions qui ne font pas plaisir. Deux fois, ça m'inquiète. Deux fois, oui. On peut prendre le relais. Dans l'élan de ces élections législatives provoquées par une dissolution particulière dans cet élan particulier d'union de la gauche avec le nouveau Front populaire, pourquoi est-ce que vous avez décidé de retirer leur investiture à Alexis Corbière, Raquel Garrido, Daniel Simonnet, pour ne citer que ces trois-là, et de l'avoir maintenu pour François Ruffin et Clément Tinotin qui eux aussi ont critiqué le manque de démocratie interne à LFI, ont critiqué Jean-Luc Mélenchon ?
Déjà, il y a un petit problème dans votre question. Déjà, moi, je n'ai pas retiré des investitures. Ça donne l'impression que les investitures allaient de droit. Enfin, pardon. Pour les candidats sortants, ça paraît logique. Pourquoi ? Parce qu'ils font 100 ans ?
Et puis, de regarder le score qu'a fait Corbière, typiquement, qui est quand même assez... Non, mais attendez,
après, on va prendre les cas particuliers si vous voulez, les uns après les autres. Je veux juste dire que non, l'investiture d'un mouvement politique, elle ne va pas de droit et qu'il peut y avoir des députés dont on considère qu'ils n'ont pas fait leur travail comme on avait envie qu'ils le fassent et que notre mouvement politique, il a encore le droit de pouvoir accorder librement ses investitures. Ça, c'est la première réponse que je veux faire à cette question. Pour le reste, on ne va pas se raconter d'histoire. Et d'ailleurs, on en a eu encore aujourd'hui une démonstration.
Oui, nous, on a considéré que c'était à peu près normal dans une formation politique de ne pas accorder son investiture à des parlementaires qui avaient déjà dit, fait savoir ou posé des actes qui démontraient qu'au lendemain de l'élection, ils n'avaient pas l'intention de continuer à siéger avec nous. Parce que c'est la vérité. Par les François Ruffin, en l'occurrence, mais pas seulement. Et tout le monde sait, pardon, ou alors si vous ne le savez pas, je vous l'apprends, que depuis des semaines et des semaines, il y avait des réunions entre quelques figures de la France Insoumise, des figures d'autres formations politiques, les personnes que vous avez citées.
Mais en plus, moi, je n'en fais pas un cas personnel. Je dis juste qu'il y a une forme de cohérence politique à dire que quand vous animez une organisation politique, quand vous allez attribuer des investitures à des candidats, c'est pour faire en sorte qu'ensuite ils siègent dans le groupe de votre formation politique. Ça me paraît assez logique. Ça dépend de la formation politique et de son mode de fonctionnement.
On peut le comprendre aussi.
Ah bah si demain, vous avez une formation politique et que vous voulez attribuer des investitures à des gens qui, au lendemain de cette élection, vont partir avec d'autres, libre à vous. Pas forcément partir avec vous.
Mais moi, personnellement, je n'ai pas envie de fonctionner comme ça. Jean-Luc Mélenchon a été très souvent investi par un parti socialiste dont il critiquait largement la direction. Oui, mais... Il était investi. Non, mais d'accord.
Il était élu. Et bon... Eh bien oui, mais sauf qu'il n'est pas parti dans un groupe d'une autre formation politique. Non, parce que le PS avait un fonctionnement démocratique. Non, mais ça n'a rien à voir avec un... Ce n'est pas le sujet, là. Si, il défendait ses motions au Congrès. Non, mais d'accord, très bien. Mais moi, je n'ai pas... Moi, je l'ai voté. Je n'ai pas reproché aux parlementaires que vous êtes en train d'indiquer. Je ne leur ai pas reproché de défendre des positions. Je ne leur ai pas reproché, y compris dans notre groupe parlementaire, de pouvoir défendre des points de vue qui n'étaient pas forcément toujours les miens ou ceux de qui que ce soit.
Ce n'est pas le reproche que je leur ai fait.
Vous avez juste retiré leurs investis.
Non, non.
Pas renouvelé, pardon. Vous avez investi
d'autres candidats. Par ailleurs, on a investi d'autres candidats. Je devrais quand même aussi le dire. Et un vrai travail de représentatif du temps. Et on a essayé aussi de réaller. Mais on a essayé aussi de travailler sur une meilleure représentativité parlementaire pour faire en sorte que l'Assemblée nationale soit davantage, ce n'est pas parfait, ce n'est pas génial, mais davantage à l'image de la population. Mais le reproche que je leur ai fait, ce n'est pas de ne pas être d'accord, contrairement à ce que j'entends dans les médias, juste de vouloir partir dans une autre formation politique ou dans un autre groupe politique au lendemain de l'élection. Parce qu'il l'avait déclaré.
Il le faisait savoir. Je ne vais pas forcément vous donner l'ensemble des détails, mais si vous les voulez, on pourra les raconter, mais y compris dans la constitution du nouveau Front populaire le premier jour, il n'allait pas de soi pour tout le monde que la France insoumise en faisait partie. Et il y a eu des tentatives et des volontés de laisser une partie des forces de gauche sur le côté. Et tout ça est documenté, tout ça est renseigné. Vous pouvez lire un certain nombre d'articles et de papiers de presse qui le racontent.
Et moi-même, je suis assez bien placé pour le savoir parce que ce qui a empêché ça, c'est à la fois la décision des écologistes parce que les écologistes avaient un vote de leur instance interne qui disait nous on veut l'alliance avec tout le monde. Voilà. Et la deuxième chose qui a empêché ça, c'est que le lundi matin au lendemain de la dissolution, j'ai proposé moi au nom de la France insoumise une réunion avec l'ensemble des composantes et ensuite, comme il y a eu cette réunion, il devenait difficile de nous mettre sur le côté. Mais certains ont essayé effectivement de nous isoler.
Donc pardon, excusez-moi de vous dire que quand j'identifie et je dis je, mais quand on identifie que certains veulent essayer de constituer une alliance sans nous, admettez l'idée que leur attribuer l'investiture, ce n'est pas forcément la meilleure idée du monde. Malek. François Ruffin a rappelé toute la journée aujourd'hui qu'il était candidat Picardie Debout et pas France insoumise. Tu nous confirmes que Picardie Debout, c'est sur le contingent de la France insoumise Ah oui, bien sûr. Au sein du Nouveau Frontier. Bien sûr, c'est pour ça. Moi, je vous dis après les choses, franchement, je pense qu'il nous reste trois jours de campagne et je me l'applique à moi, la règle.
Je pense que tout ce qui vient parasiter les derniers jours de la campagne, ce n'est pas utile. Donc moi, je n'ai pas l'intention de polémiquer avec qui que ce soit. Mais là, précisément, quand François Ruffin dit que je n'ai pas été investi par la France insoumise, je me permets juste de préciser, puisque j'ai mené avec mes collègues les négociations que bien évidemment sa circonscription était dans le quota des circonscriptions de la France insoumise. Mais le fait qu'il cible aujourd'hui la France insoumise plutôt que de cibler son adversaire d'ailleurs du Rassemblement national, est-ce que tu estimes que ça valide en réalité cette stratégie d'avoir investi d'autres candidats ?
Non, je n'ai même pas envie d'estimer ça. Moi, je le regrette parce que je pense que c'est une erreur de faire ça à quelques jours du vote, que par ailleurs, ça le fragilise lui-même dans sa propre circonscription parce qu'il peut y avoir des électrices et des électeurs y compris de la France insoumise et moi, je n'ai pas envie qu'ils perdent. Donc, je pense que c'est une erreur et je pense que ça fragilise nos candidats dans plein de circonscriptions.
Donc, personnellement, je trouve que ce n'est pas une bonne idée de faire ça là à quelques jours du vote et donc, je n'ai pas l'intention d'aggraver la situation en ayant des propos qui viennent relancer le feuilleton, alimenter le truc sur les réseaux sociaux, etc. Moi, je suis focus sur dimanche et reste maintenant une journée de campagne officielle. Après, on peut continuer à envoyer des textos. Toutes les voix vont compter. Moi, je préfère pour l'instant me concentrer là-dessus que de venir polémiquer avec les uns et les autres. Léaure ?
Justement, c'était aussi l'objectif de cette interview avec vous ce soir, c'était de parler du programme. Allez ! Ce serait chouette parce que finalement, je me rends compte que le traitement médiatique ne nous l'a pas vraiment permis. Moi, je voulais qu'on revienne sur la mesure que vous avez annoncée dans du coup l'accord de législature. Je crois que vous l'avez appelé comme ça. Contrat de législature. Contrat de législature, pardon, sur la proposition qui a été à l'initiative de la Fondation des Femmes de la loi globale et des 2,6 milliards pour lutter contre les VSS, etc.
J'aurais aimé, si vous le voulez bien et si vous avez davantage d'éléments, que vous puissiez un peu détailler ce que vous entendez mettre en place dans ce cadre de cette loi globale. Comment vous imaginez les choses ?
D'accord. Merci pour la question d'abord parce que je pense qu'on n'a effectivement pas suffisamment parlé de programme et sans doute pas suffisamment de ce sujet-là qui est effectivement un sujet très important. Je veux juste dire quand même que les conditions dans lesquelles on a dû réaliser ce programme, c'est-à-dire en quelques jours, ne nous ont pas toujours permis de finaliser tous les détails ensemble. Donc je vais dire mon point de vue à moi mais je ne veux pas donner l'impression d'engager d'autres alors qu'on n'a pas forcément discuté de ce sujet. Il y a besoin d'une loi globale et il y a besoin d'une loi globale avec des financements qui sont des financements conséquents.
Donc là, on a repris effectivement le chiffre de 2,6 milliards, c'est 0,5% du budget de l'État et c'est la demande effectivement des associations. Je pense que cette loi globale elle doit couvrir l'ensemble des sujets, c'est-à-dire de la formation. Formation par exemple, pour donner un exemple, on sait bien qu'aujourd'hui il y a une difficulté de prise en charge des plaintes liées à des femmes qui dénoncent des situations de violences sexistes ou sexuelles.
Donc ça veut dire qu'il faut de la formation, une meilleure formation, des policiers, il faut une meilleure formation, des magistrats, il faut une meilleure formation pour qu'entre le moment où une personne décide d'aller se plaindre et la condamnation, il n'y ait pas de la perte à chaque étape parce que les gens ne sont pas suffisamment bien formés. Donc il y a une dimension de formation, il y a une dimension de prévention.
La prévention, c'est l'éducation, la prévention, c'est faire en sorte que, bien sûr, il faut sanctionner ces actes quand ils ont été commis, mais je pense qu'on sera tous d'accord pour dire que notre priorité, ça devrait essayer de faire en sorte qu'ils ne soient pas commis. Donc c'est la question de la prévention, c'est les aides aux associations qui travaillent sur ce sujet parce qu'il est évident que ça ne peut pas être que des politiques publiques, étatiques ou des collectivités locales.
Il y a beaucoup d'associations qui sensibilisent aux questions des violences sexistes et sexuelles qui luttent contre le machisme de manière générale, mais on peut élargir, qui aident par exemple à l'accès à l'IVG. Bon, ça veut dire que c'est des associations qui souvent sont en grande souffrance en termes de financement, donc c'est aussi des financements supplémentaires pour ces associations. Voilà, peut-être au moins les différents volets de ce que devrait être cette loi.
Et je pense qu'on a essayé, et c'est une manière d'y répondre aussi, dans la constitution de notre programme, de ne pas faire juste un programme entre quatre formations politiques enfermées dans un bureau, mais aussi effectivement de reprendre beaucoup de choses qui avaient été bâties, construites par la société civile, les syndicats, les associations. Donc je pense qu'après, du point de vue de la mise en œuvre de cette loi, là j'ai donné des principes généraux, mais je pense nécessairement qu'il faudra dans la pratique du pouvoir continuer à avoir cette même démarche, c'est-à-dire pas juste inventer à l'Assemblée nationale tout seul les modalités précises de déploiement de ce budget.
Alors après, parfois on me dit comment on le finance. Bon, ça je vous rappelle qu'on a présenté dans cette campagne aussi un financement global complet de notre programme en trois tranches, les mesures immédiates. Par exemple, sur ce sujet, les mesures immédiates, c'est ouvrir toutes les places d'hébergement d'urgence qui sont nécessaires pour pouvoir répondre aux situations d'urgence. Et on sait qu'aujourd'hui, malheureusement, je crois que j'avais noté les chiffres parce que c'est important, voilà, quatre femmes sur dix qui appellent le 115 n'ont pas de solution d'hébergement d'urgence.
Donc là, il y a quelque chose qu'on peut faire immédiatement, c'est ouvrir les places dans un deuxième temps, c'est cette loi parce que ça prend du temps pour concevoir, mettre en œuvre. Quand je dis dans un deuxième temps, ce n'est pas dans dix ans, c'est dans les mois qui viennent. La première mesure, c'est dans les quinze jours, après, c'est dans les mois qui viennent. Donc, on a chiffré chacune de ces étapes du programme, mesures d'urgence, première étape, la première année et puis après, jusqu'à 2017. Voilà, pour essayer de répondre à cette question. Climax ? Merci.
Oui, moi, j'avais une question sur la stratégie de la gauche et particulièrement de la France Insoumise quant au fait d'aller chercher des voix et on avait l'impression pendant longtemps à gauche que les abstentionnistes, c'était de fait des voix de gauche qu'il fallait aller chercher et j'ai l'impression que c'était un peu ce que vous avez essayé de faire. De fait, ces législatives, ça nous a appris qu'il y a des abstentionnistes, il y a des abstentionnistes d'extrême droite et que l'extrême droite est allée mobiliser des voix pendant ces législatives et du coup, qu'est-ce que vous allez essayer d'aller chercher des voix plus au centre-gauche ? Qu'est-ce que vous avez comme...
D'abord, je veux dire, je pense que c'est pas contradictoire parce que moi, j'ai toujours considéré et je continue à le considérer que nos marges de progression pour devenir majoritaires, il y en avait une partie significative qui était dans l'abstention. Pour autant, j'ai jamais considéré qu'il n'y avait pas aussi des abstentionnistes qui pouvaient voter Rassemblement National ou qui pouvaient voter pour une autre formation politique. Je veux dire, les deux choses ne sont pas incompatibles. La question qui nous est posée, c'est où sont... On voit bien qu'on a un problème, c'est que même quand on est tous rassemblés, aujourd'hui, on n'est pas suffisamment forts pour être majoritaires.
Au premier tour de l'élection législative, on n'a pas dépassé le bloc Rassemblement National Républicain qui se sont alliés avec eux. Donc, il faut avoir des marges de progression, il faut travailler sur ces marges de progression. Là, je parle un peu électoral, de manière un peu électoraliste, mais pardon, quand on veut gagner des élections, il faut avoir plus d'électeurs que les autres. C'est comme ça que ça fonctionne.
Moi, j'ai toujours considéré que dans ces marges de progression, oui, les abstentionnistes étaient une marge de progression importante pour nous, notamment, et ça, c'est notamment les travaux Piketty-Cagé, vous les avez peut-être qui sont intéressants de ce point de vue-là, parce qu'à mon avis, ils disent deux choses très intéressantes. La première chose qu'ils disent, c'est que là où on s'abstient le plus, c'est là où on a fait nos meilleurs résultats. Le plus, ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas ailleurs. Et donc, si dans ces secteurs-là, c'est statistique, on arrive à ramener plus de gens au vote, il y a plus de gens qui votent pour nous que pour les autres.
Ceux qui s'abstiennent le plus, c'est les habitants des quartiers populaires, c'est la jeunesse. Bon, s'il y en a plus qui vont voter, il y en a plus qui votent pour nous. Et puis, la deuxième chose très intéressante qu'il y a dans le bouquin de Piketty-Cagé, et moi, franchement, ça m'a fait réfléchir, c'est de dire que le fait qu'il y a un différentiel d'abstention entre les pauvres et les riches, ce n'est pas une fatalité et ce n'est pas une constante de l'histoire. Et notamment, que dans les années 60-70, par exemple, et ça, moi, je ne le savais pas, les catégories les plus pauvres de la population votaient plus que les catégories les plus riches de la population.
Et qu'aujourd'hui, on a 20 ou 25 points d'écart de participation entre les 5% les plus pauvres et les 5% les plus riches. Alors que dans les années 60 et 70, il y avait 10 points de plus de participation chez les 5% les plus pauvres que chez les 5% les plus riches. qu'il faut se poser, c'est pourquoi ? Et de mon point de vue, en tout cas, moi, l'analyse que j'en tire, c'est que c'était le cas parce qu'il y avait un vrai projet alternatif qui existait. On pouvait en penser ce qu'on voulait, mais c'était le programme commun. La gauche, elle était vraiment identifiée comme quelque chose qui était différent des politiques qui étaient mis en place dans notre pays.
Et donc, moi, c'est pour ça que je ne crois pas du tout que la gauche, entre guillemets, redeviendra majoritaire en atténuant son projet, en essayant d'aller chercher au centre, etc. Je crois au contraire qu'on reviendra majoritaire quand on sera en capacité de montrer qu'il y a une alternative sérieuse, réelle, bien identifiée, crédible et que ça remettra dans le vote des gens qui, sinon, restent à la maison parce qu'ils pensent que, de toute façon, c'est toujours la même chose. Malek ? Je te repose une question programme parce que ça ne fait jamais de... Ouais.
Les commentateurs, depuis dimanche, nous décrivent deux francs, celle des quartiers populaires, celle de la campagne, du périurbain. Et moi, comme je dis très souvent, le point commun entre chez moi, Argenteuil et dans ces territoires-là, c'est la destruction des services publics qui est opérée maintenant depuis plus de dix ans. Je vais te prendre deux sujets. L'hôpital, où on sait que la machine ne va peut-être pas tenir cet été s'il y a des épisodes de canicule. Et on a l'école aussi, où tu as des établissements qui font encore des sessions de job dating sur le Boncoin à quelques jours de la rentrée. Il y a un gouvernement du Nouveau Front populaire. Qu'est-ce qu'on fait pour l'hôpital ?
Qu'est-ce qu'on fait pour l'école ? Il y a tellement de choses à faire. Bien sûr. Ça a tellement été détruit ces dernières années. Bon. Et ma réponse, elle va peut-être vous paraître un peu bateau, mais honnêtement, c'est quand même le cœur. C'est que... Embauche. Si ça a été détruit, c'est qu'il faut plus d'argent dans ces secteurs-là que ce qu'on en a mis avant. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire pour l'hôpital, ça veut dire plus de lits. Ça veut dire des meilleures rémunérations parce que les métiers sont plus attractifs aujourd'hui. Les métiers du soin, en France, ils sont moins bien payés que dans la moyenne des pays de l'OCDE. On est quand même la France, pardon.
Enfin, on a quand même... On est la sixième, je ne sais pas, en fonction cinquième, sixième, septième, ça dépend des indicateurs qu'on prend, puissance économique du monde. Et c'est la même chose pour les enseignants. Pourquoi on a des difficultés de recrutement ? Parce que l'emploi, il a tellement été... Il est tellement plus attractif parce que c'est difficile. Il y a des difficultés, c'est vrai, mais en plus, on n'est pas bien payés. En plus, on est pointé du doigt en longueur de journée comme si on était des privilégiés qui est super bien payés avec un emploi à vie alors que ce n'est pas la réalité, qu'on a fait des études quand même assez longues pour pouvoir avoir cet emploi.
Donc, première étape, c'est oui, plus de financement dans cette direction, un plan d'embauche dans les métiers du soin, un plan de sauvetage d'urgence de nos systèmes d'urgence. L'année dernière, il y a un système d'urgence sur deux pendant l'été qui a été obligé de fermer. On est en France, encore une fois, quoi. Et à l'école, il faut d'abord déconstruire ce que les autres ont fait. Donc là, c'est abrogation, notamment de la réforme de Attal sur le choc des savoirs, abrogation de parcours sup et on reprend les choses dans l'ordre. On fait en sorte qu'on n'ait pas des classes dans lesquelles il y a 34, 35 ou 36 élèves. On revient au niveau de la moyenne européenne, c'est à peu près 19.
Donc pour ça, ça veut dire qu'il faut plus d'enseignants dans un certain nombre d'écoles. Alors vous allez me dire ouais, c'est facile, il n'y a pas que l'argent. OK, il n'y a peut-être pas que l'argent, mais s'il n'y a pas ça, on ne va pas y arriver. Donc ça veut dire un plan d'investissement massif dans nos services publics. Et donc ça, ça coûte de l'argent. Et quand on me dit oui, 25 milliards... Est-ce que vous abrogez le SNU ?
Pardon ? Est-ce que vous abrogez le SNU ? Parce que la France Insoumise avait une proposition à peu près similaire en 2017. Non, pas celle-là, parce que c'était payé à hauteur du SMIC, mais c'était quand même un truc...
Non, on abroge le SNU, bien évidemment. OK, d'accord. Et après, par contre, nous, on avait posé sur la table la question, mais ce n'était pas du tout la même chose. c'était d'un service civique dans lequel on peut s'engager dans des actions, des actions écologiques, des actions d'intérêt général. Ce n'est pas le SNU. Rien à voir avec le SNU tel qu'il est.
Ça existe déjà.
Oui, mais ça existe déjà. Oui, il y a 500 balles par mois. C'est clair. Il faut le revaloriser. Il faut plus de moins. Bien sûr. Ah, bon, c'est à son parcours, je pense. Oui, oui, parcours sup aussi. Alors, la dernière fois, on m'a posé la question, on m'a dit ouais, mais si vous abrogez parcours sup, vous allez remettre le tirage de sort à l'université. Ah non, on investit dans l'université. On investit dans l'université, on crée des places supplémentaires. On m'a dit oui, oui, mais au mois de septembre, il va falloir faire du tirage de sort. Oui, sauf que de toute façon, même si on abroge parcours sup pour le mois de septembre, malheureusement, c'est un peu trop tard.
Donc, ça renvoie à la question du financement et je veux juste dire ça. Oui, mais justement. Oui, alors, voilà. Tout ça, ça suppose des transferts. Ça suppose de revenir sur un certain nombre de niches fiscales, pourquoi pas de lever de nouveaux impôts, rétablissement de l'ISF. Tous ces transferts-là, moi, j'ai une crainte, c'est qu'une fois la gauche arrivée au pouvoir, Macron essaie de la saborder un maximum et voire de saborder cette chambre le plus vite possible. Ça veut dire que là, la gauche s'engage dans une course de vitesse. Il faut les faire vite, ces transferts. Il va falloir les faire et au risque de décevoir, sinon, si ça n'est pas fait.
Parce que là, soit on prouve qu'on fait, soit on n'y arrive pas et du coup, on repart sur une déception de la gauche dans les classes populaires, notamment, qui seront les premières bénéficiaires de ces transferts. Qu'est-ce qu'on peut faire en un an ? Qu'est-ce qui peut être fait urgemment pour amorcer ces transferts ? Franchement, en un an, on peut faire beaucoup de choses. On peut rétablir immédiatement l'impôt de solidarité sur la fortune. Ce n'est pas quand même compliqué à faire. On peut abroger la flat tax qui réduit l'imposition sur le capital. Ça va quand même très vite de le faire. On peut engager... On a un budget... Si on arrive au pouvoir, il y a un budget rectificatif de l'été.
Là, on fait les mesures d'urgence. On a chiffré à 25 milliards. On me dit « Mon Dieu, mon Dieu, 25 milliards... » Franchement, 25 milliards, ce n'est pas grand-chose. Biden, quand il est arrivé au pouvoir, et franchement, ce n'est pas ma référence, il a fait un plan d'urgence, je crois que c'était 10% du PIB à l'époque. Un plan d'investissement. C'était massif. Fosse Covid. Donc, 25 milliards pour les urgences, et ensuite, il y a des chantiers qui prennent un petit peu plus de temps, mais pas à 3 ans. Une réforme fiscale, nous, on propose une réforme fiscale. C'était le premier budget. Oui, bien sûr. Et on me dit...
Et ça, franchement, c'est aussi un truc sur lequel il faut qu'on accepte de mener la bataille idéologique. Vous entendez Attal vous dire à longueur de journée « Nous, on ne fera pas d'augmentation d'impôt, pas d'augmentation d'impôt, pas d'augmentation d'impôt, alors que nous, on veut augmenter les impôts. » Mais non, pardon, moi, quand je vais faire une réforme fiscale, je ne veux pas augmenter les impôts. Je veux augmenter la fiscalité qui pèse sur les plus riches de ce pays. Mais dans le projet de réforme fiscale qu'on fait, il y a 92%, c'est le chiffrage qu'on a fait, des gens qui vont payer moins ou autant d'impôts qu'aujourd'hui. Donc, ça ne s'appelle pas augmenter les impôts.
Mais il n'y a pas que deux solutions. Augmenter les impôts ou rien faire. On peut aussi considérer que pour une partie de la population, on va augmenter les impôts. Et pour une grande majorité de la population, on va les baisser. Donc, nous, on propose 14 tranches, c'est-à-dire un impôt sur le revenu et une CSG qui soit progressive et qui soit lissée. Et ça s'appuie notamment sur les travaux qui démontrent qu'aujourd'hui, contrairement à ce qu'on croit, la fiscalité en France, elle n'est pas progressive.
Parce que si vous prônez les 0,1% les plus riches ou les 0,01% des plus riches en proportion de leur revenu, ils payent moins d'impôts que par exemple les 1% les plus riches ou que les 10% les plus riches. Ben, ça, c'est pas normal. Je ne sais pas que tout le monde, je pense, admet l'idée qu'en France, on contribue à la hauteur de ses moyens et on en bénéficie à la hauteur de ses besoins. C'est ça, notre maxime d'organisation de la société. Donc, réforme fiscale, immédiate, rétablissement de l'ISF, revenir sur un certain nombre de niches fiscales. Là, il y a des dizaines de milliards de marges de manœuvre qu'on peut aller chercher assez facilement.
Mais après, pardon, je veux juste dire une dernière chose parce que ça me paraît quand même essentiel par rapport à la question que tu viens de poser, c'est qu'à la fin du fin, il ne faut pas se raconter d'histoires.
Ça ne peut pas être vous avez gagné, nous on rentre à la maison et puis bon courage pour appliquer votre programme parce que tout le monde sait qu'à la fin, ça va être un rapport de force dans la société qui va exister et qu'on a intérêt que les mobilisations, les manifs, qu'il y ait une pression qui s'exerce sur le gouvernement, pas juste parce qu'on pourrait trahir, peut-être que certains peuvent trahir, mais aussi parce qu'en face, on va se retrouver avec des obstacles, des entraves, des secteurs qui vont s'organiser pour nous empêcher de le faire et donc on a besoin qu'on soit poussé dans un rapport de force.
Léa, dernière question ?
Ah cool, merci. J'ai une première dernière question. Pourquoi ça te rend heureuse ? Ah cool, c'est bientôt l'apéro. Dernière question. Ça fait dix minutes là. Ah là là,
ça va vite.
En plus, c'est une super dernière question, j'en suis sûr. Mais vas-y, si vous aviez un argument à donner à celles et ceux qui hésitent à mettre un bulletin nouveau front populaire dans l'urne dimanche, notamment à cause de la diabolisation de LFI et de l'extrême gauche.
Tu parles des macronistes là, du coup ? Exactement. Des macronistes, on parle de vous.
Vous leur dites quoi ? Qu'est-ce que vous dites à ces gens-là ?
Je leur dis qu'ils préfèrent Jordan Bardella au pouvoir.
Ouais, c'est pas mal. Ça va ?
Ça s'appelle le flingue sur la tempe, c'est une technique. Bah non, mais c'est pas mal. Le problème, c'est qu'il y en a, peut-être que oui en fait. Quelqu'un comme Macron par exemple. Et ça après, moi je peux rien y faire s'ils préfèrent Jordan Bardella au pouvoir. Non mais après, je leur donne aussi des arguments sur le fond. J'en ai donné plein.
C'est ce que j'avais envie de vous entendre. Je suis désolée. Autant la question était chanmée, la réponse me satisfait moins. Bah d'accord. Non mais parce que la vraie question qu'on se pose, c'est jusqu'à présent, on est, comment dire, les gouvernants actuels ont été élus contre. Oui. Voilà. Est-ce qu'aujourd'hui la gauche peut nous faire envie et nous donner envie de voter pour ?
Ok, mais attends.
Et à ces gens-là, il faut leur donner envie de voter pour.
Je vais compléter ma réponse mais par exemple, je pense que pendant les 40 minutes qu'on vient de passer ensemble, je pense que j'ai donné plein d'arguments pour lesquels il faut voter pour en termes de propositions programmatiques. Après, tu me poses la question sur une personne qui en gros nous aime pas ou aime pas notre programme. Qui hésite.
Non, non, quelqu'un qui hésite. Qui hésite notamment à cause de cette diabolisation dont on a parlé plus tôt.
Bah je leur dis que cette diabolisation elle s'appuie sur rien que si vous pensez qu'il faut comprendre à quel point par ailleurs cette diabolisation elle est infamante. C'est-à-dire que vous parlez de gens qui ont au cœur à la racine de leur engagement politique la lutte contre le racisme, la lutte contre l'antisémitisme, la lutte contre toutes les formes de discrimination. On n'est pas parfait, on n'est pas géniaux mais je veux dire c'est au cœur de notre engagement.
Moi tous les militants insoumis que je connais mais tous, ils ont toujours été là à chaque fois qu'une personne s'est retrouvée pointée du doigt, attaquée, violentée, insultée en raison de sa confession religieuse ou de sa couleur de peau toujours, toujours. Donc venir essayer de nous expliquer aujourd'hui qu'en fait ce seraient les antiracistes qui sont racistes et les racistes qui sont devenus antiracistes c'est tout simplement insupportable et inacceptable. Donc je leur dis n'écoutez pas la diabolisation qui est faite sur nous, allez voir le cœur de nos propositions, de notre programme, la réalité de nos engagements, la réalité de nos prises d'opposition.
On n'est pas obligé d'être d'accord avec nous sur tout mais ne cédez pas à la campagne de diabolisation qui a été organisée contre nous. premièrement, deuxièmement, allez lire ce programme parce que je pense que c'est un programme dont on a besoin pour le pays et c'est un programme qui vise à faire en sorte que ce pays il arrête de s'abîmer dans le rejet, le racisme, que les débats politiques soient gangrénés en permanence sur c'est de la faute d'un tel, c'est de la faute d'un tel. Oh franchement, on a quand même devant nous les plus grands défis du siècle, le défi de la transition écologique, c'est le grand défi du siècle.
On ne peut pas parler de ça plutôt que de parler de la longueur de la jupe, de la longueur du voile ou je ne sais pas quoi. On ne peut pas se mettre tous ensemble dans ce pays, tous, parce qu'on a besoin de tout le monde. Moi, ce matin, j'étais à Chambéry dans un quartier populaire, il y avait des jeunes filles de 16 ans ou de 17 ans qui sont venues me voir et qui m'ont dit mais en fait, on se pose la question de partir parce qu'on n'a plus notre place ici. Mais je leur ai dit mais on a besoin de vous. C'est une intelligence dont on a besoin dans ce pays pour s'attaquer aux défis qui sont devant nous.
Voilà, moi j'ai envie de dire allez, on sort de cette situation et on refait de la France un phare qui s'attaque aux défis devant nous, qui retrouve sa parole, une parole de fierté sur la scène internationale. Voilà, tout ça, on peut le faire ensemble mais ça, ça dépend de notre capacité à aller voter tous ensemble dimanche. Je suis sûr qu'on va y arriver. Merci beaucoup Manuel Bompard
d'avoir accepté notre invitation. Merci beaucoup de vous laisser partir. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation sur le plateau de Backseat.
Manuel Bompard