[LIVE] Coronavirus et crise de la souveraineté: seconde énonciation
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« Avons-nous pris conscience du pouvoir que cette crise immense que nous venons de traverser nous a octroyé ? »
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« Pour la première fois des êtres qui ne se parlaient pas, qui ne se connaissaient pas, qui ne se considéraient pas, avaient réussi à former une masse qui bientôt deviendrait unité, corps politique, face à un souverain qui était menacé de fragmentation. »
- 3:26Invité politiqueFait
« Ces êtres-là, soudain découvraient une chose puissante et terrifiante, c’est-à-dire qu’à tout moment le peuple pouvait s’en débarrasser. »
- 4:10Invité politiqueFait
« À ce moment-là, nous étions en capacité de les faire tomber, pour peu que nous acceptions le sacrifice de milliers des nôtres que nous aurions, par notre comportement, exposés. »
- 6:13Invité politiqueFait
« Nous ont-ils ensorcelés et par la diffusion d'une crainte qui était celle de l'effondrement des institutions, des hôpitaux, qui étaient sur le point de sombrer, crainte qui était avant tout la leur. »
- 7:37Invité politiqueFait
« Chez eux la volonté d'instiller la peur en nous jusqu'à ce que nous pensions que nous étions, au plus profond de nos chairs, menacés. »
- 9:02Invité politiqueFait
« Les parents et les enfants ne s'entendent plus, des femmes et des hommes ne s'aiment plus. Ces lieux-là regroupés territorialement, en de grandes capitales dans des arrondissements particulièrement huppés, concentrent des richesses dont ces êtres ne perçoivent à un aucun moment qu'ils sont le fruit de cette exploitation. »
- 9:45Invité politiqueFait
« Il voulait nous montrer qu'il avait une maîtrise, à travers cet enchaînement de paroles sans sens, tout simplement qu'il contrôlait. »
- 10:22Invité politiqueFait
« Alors ainsi aussi cette fontaine, distraction d'un cadre qui, par le truchement d'un zoom final avait vocation à nous fasciner, montrer l'intensité que cet être pouvait porter. »
- 12:21Invité politiqueFait
« Faut-il croire en l'élection, en un système où l'on nous laisse ni choisir nos candidats, ni accéder de façon équitable à l'espace public, la moindre marque ou plutôt des marques, la moindre tentative de transgression amène à une rupture unilatérale qui visera à vous dévaster. »
- 14:27Invité politiqueFait
« Qu'en sait-on enfin de ce système traitre qui amène à des luttes homériques et névrotiques, à des déchirements sans fin, où l'intérêt collectif finit par être oublié en faveur des clans qui se sont constitués pour propulser tel ou tel ? »
Temps de parole
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Avons-nous pris conscience du pouvoir que cette crise immense que nous venons de traverser nous a octroyé ? Et je parle de crise immense au passé pour une raison très simple, celle qui vient au devant et celle que nous subirons, nous, en tant que peuple, qui, levé en novembre 2018, pour la première fois, produit une forme d’unité, que le pouvoir avait jusqu’ici réussi à fracturer. Pour la première fois des êtres qui ne se parlaient pas, qui ne se connaissaient pas, qui ne se considéraient pas, avaient réussi à former une masse qui bientôt deviendrait unité, corps politique, face à un souverain qui était menacé de fragmentation.
Pour la première fois c’était le cœur du pouvoir, ce soleil qui gisant à l’Élysée, croyant tout contrôler, qui tremblerait. Ce pouvoir n’a pas réussi à nous effondrer. À peine à coups de trique, de violences policières, d’utilisation d’armes de guerre, a-t-il réussi à nous faire taire, à nous faire rentrer dans nos tanières, comme si c’était là la seule chose qu’il pouvait obtenir. La menace de fragmentation cependant qui l’avait enserrée ne s’est pas effondrée. Elle n’est pas partie. Et il a senti tout au long de cette période comme quelque chose contre laquelle il devait lutter.
Il y a quelques jours un certain Ludovic Chaker, chargé de mission à l’État major de l’Élysée, ancien membre de la DGSE, du Service Action, recruté par feu Richard Descoings dont j’étais proche à Sciences Po, propulsé à travers cela dans les réseaux de la Macronie, via Laurent Bigorgne, devenu très jeune, premier secrétaire général d’En Marche. Ludovic Chaker qui a fait disparaître le coffre de Benalla, se présentait à mes fenêtres. Oh, il clamait le hasard. Il est vrai que beaucoup de gens aujourd’hui savent où je vis et je ne m’en cache pas. Mais il se présentait à ma fenêtre en me demandant si je le remettais, et, en me donnant son numéro de téléphone, me proposant de me bipper.
Ce à quoi je répondais : « vous allez faire sauter les alarmes. » Et ce à quoi il répliquait : « c’est moi les alarmes vous savez. » En faisant cela avant de partir, il m’envoyait un signal assez brusque. L’homme en charge des barbouzeries de la Macronie m’indiquait que, il savait où j’étais et que son approche ait eu pour fonction de m’intimider ou de tenter de me corrompre. Elle cherchait à envoyer un signal de la part d’un pouvoir qui venait de traverser une des plus dangereuses crises qu’il puisse être.
Celle qui amène des hommes qui sont arrivés à la tête de l’État avec la conviction que c’est d’eux que dépendait le sort de la nation et que dès lors ils pouvaient se permettre tous les excès. Ces êtres-là, soudain découvraient une chose puissante et terrifiante, c’est-à-dire qu’à tout moment le peuple pouvait s’en débarrasser. Et qu’à ce moment-là, pendant la crise du Coronavirus, leur destin s’est trouvé entre nos mains. À ce moment-là, et c’est pour ça que je parle de crise qui s’est achevée, leur survie dépendait de notre volonté de leur obéir, d’obéir à leurs ordres ou de ne pas le faire.
À ce moment-là, nous étions en capacité de les faire tomber, pour peu que nous acceptions le sacrifice de milliers des nôtres que nous aurions, par notre comportement, exposés. Il nous aurait suffit de ne pas obéir aux normes sanitaires, de ne pas obéir aux injonctions contradictoires d’Emmanuel Macron, qui nous appelait d’un côté à faire très attention, avec ordre et autorité après nous avoir invités à sortir au théâtre, et dans le même temps nous suppliait et nous félicitait de cette force que nous avions, retirant même la réforme des retraites pour essayer d’apaiser la situation.
Il nous aurait suffi de faire la sourde oreille pour montrer que le roi était nu, et qu’il n’y avait en fait jamais eu de roi. Et que ce roi et son pouvoir, depuis le tout début n’avait dépendu que de nous. Et qu’il n’y avait dès lors aucune crainte à avoir, quant au fait qu’il pût tomber. Nous avons décidé d’obéir, nous avons décidé de ne pas être eux, nous avons décidé de ne pas sacrifier une partie des plus fragiles de notre population pour obtenir et atteindre les buts politiques que nous avions entre nos mains. Mais ce tremblement, ils l’ont senti. Ils ont senti la crainte immense qui les a habités, celle de perdre le pouvoir et de ne pas y survivre.
Et alors depuis, voyons-nous une agitation d’une violence extraordinaire qui vise à tenter d’effacer ce stigmate atroce qui est celui de la perte de souveraineté, de celui de l’effondrement d’une fiction qui les amena à se croire essentiels et tout puissants.
Et alors nous ont-ils ensorcelés et par la diffusion d’une crainte qui était celle de l’effondrement des institutions, des hôpitaux, qui étaient sur le point de sombrer, crainte qui était avant tout la leur, car si ces hôpitaux s’étaient effondrés, alors, nous aurions remis en question tous les sacrifices que nous aurions faits pour maintenir en place ces structures qu’est l’État, pour financer ces hommes et femmes de pouvoir qui sont censés les diriger. Eh bien si nous les avions vu tomber, ils savaient très bien que c’était dans la foulée, eux, qui auraient sombré. Alors nécessairement, l’hystérisation de la situation.
Et tandis que nous savions que la plupart d’entre nous, et quand je dis plupart c’est plus de 99%, resterait protégée, et bien, chez eux la volonté d’instiller la peur en nous jusqu’à ce que nous pensions que nous étions, au plus profond de nos chairs, menacés. Cette inquiétude est passée. Et il s’agit maintenant de gérer pour eux la seconde crise, la plus violente et peut-être la plus bénéfique, pour leurs intérêts. Celle qui amènera une reconfiguration de l'espace social, une explosion de la misère et une redistribution des richesses en faveur des plus aisés.
Il faut avoir comme moi, je pense, traversé ces lieux, où l’exploitation de l’homme par l’homme, a provoqué un accroissement de richesses tel, que les rapports humains s’y trouvent saccagés. Les parents et les enfants ne s’entendent plus, des femmes et des hommes ne s’aiment plus. Ces lieux-là regroupés territorialement, en de grandes capitales dans des arrondissements particulièrement huppés, concentrent des richesses dont ces êtres ne perçoivent à un aucun moment qu’ils sont le fruit de cette exploitation, qui produit souffrances non seulement physiques, mais aussi psychiques, étouffoir, impossibilité de se projeter et en particulier à nouveau, ces paroles si importantes pour moi, d’aimer.
Des êtres broyés pour permettre à d’autres êtres de bénéficier du fruit de leur travail, et simplement, sans aucune conscience s’installer dans leurs privilèges au détriment de tous et en particulier de l’immense majorité de la citoyenneté. Alors évidemment, tous les moyens sont bons pour préserver cette situation.
Et il y a dans l’utilisation des termes qu’ils mettent en branle notamment ceux du président de la République, dont on a vu lors de son allocution télévisée, non seulement qu’il maîtrisait parfaitement un langage mort, c’est-à-dire un langage qui n’a aucun rapport avec le réel, sorte de discours qui ne visait qu’à nous montrer qu’il savait faire cohérence, c’est-à-dire aligner des phrases qui donnaient l’impression de faire sens et qu’importe si, à la fin tout cela ne voulait rien dire. Qu’importe si à la fin, cela n’était qu’une prostitution du langage. Il voulait nous montrer qu’il avait une maîtrise, à travers cet enchaînement de paroles sans sens, tout simplement qu’il contrôlait.
Alors, l’enjeu était évidemment de faire oublier ce visage trop bronzé, qui l’avait amené à surexposer la luminosité, afin de masquer ces trop longues heures passées à jouer au tennis à La Lanterne alors que, dans nos EPHAD et nos hôpitaux mouraient par centaines des êtres du fait des décisions qu’il avait adoptées. Alors ainsi aussi cette fontaine, distraction d’un cadre qui, par le truchement d’un zoom final avait vocation à nous fasciner, montrer l’intensité que cet être pouvait porter. Alors évidemment, plus largement la saga du remaniement, la mise en scène de la rupture avec Édouard Philippe.
Cet individu issu des vrais réseaux de l’État le plus important, celui qui, à travers Sciences Po, l’Institut Montaigne, en dessous des oligarques, permis à Emmanuel Macron, après avoir obtenu la visibilité que lui offraient Xavier Niel, Patrick Drahi, ainsi de suite, d’arracher la chair fraîche qui lui était nécessaire pour lancer une campagne présidentielle, sans dépense, ces espaces-là qui entouraient justement Richard Descoings de son vivant, furent mis à contribution. Et de nombreux ambitieux comme Ludovic Chaker, furent mis à disposition de ce jeune homme pour lui permettre d’accueillir le pouvoir.
Il y a une violence extraordinaire à ce qu’on mobilise ces individus à une seule fin, grâce aux ressources de l’État et grâce au fruit, encore une fois, du travail de millions de concitoyens, dans le seul but de défendre les intérêts de cette classe dominante face à laquelle nous n’avons aucun recours.
Faut-il croire en l’élection, en un système où l’on nous laisse ni choisir nos candidats, ni accéder de façon équitable à l’espace public, la moindre marque ou plutôt des marques, la moindre tentative de transgression amène à une rupture unilatérale qui visera à vous dévaster, comme cela est arrivé à certains d’entre nous, aux malheureux qui avaient eu un instant le privilège ou la fatalité, de l’accès, même ponctuel, à ces espaces médiatiques, faits pour consacrer et non pour déconstituer ?
Faut-il croire en un système où du financement de la vie politique à l’accès à la visibilité des médias en passant par le système de parrainage, mais aussi toutes les contraintes qui s’appliquent à l’homme qui souhaiterait accéder au pouvoir, réduit notre choix à une peau de chagrin où tout ce qui nous est laissé est de l’ordre de l’illusion ? Faut-il croire enfin en un système enfin où la séduction est clé, où l’on nous demande de croire à des êtres sortis de nulle part, soudain, sur la simple foi de ce que l’on en dit, sans avoir le temps évidemment d’approfondir le pourquoi de ces soudaines projections ? Non pas des débats d’idées, mais de personnalités. Est-il stable, enjôleur ?
A-t-il l’apparence du courage, du talent, d’intelligence ? Qu’en sait-on au final ? Qu’en sait-on sans avoir à aucun moment un accès direct à ces individus ? Qu’en sait-on lorsque les informations contradictoires et intéressées ne cessent de circuler dès lors qu’un enjeu, celui de la redistribution des ressources, est là. Qu’en sait-on enfin de ce système traitre qui amène à des luttes homériques et névrotiques, à des déchirements sans fin, où l’intérêt collectif finit par être oublié en faveur des clans qui se sont constitués pour propulser tel ou tel ? Absorber sa notoriété, son intelligence, son supposé talent, pour ainsi pouvoir s’installer au cœur de l’État.
C’est ainsi qu’Édouard Philippe a procédé. Et captant d’abord la puissance en tant qu’affidé d’Alain Juppé, il obtenait au sein de la droite, il a ainsi pu basculer par la suite, entraînant avec lui tous ceux qui constituaient une tentacule, à l’ombre d’Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, à Jean-Pierre Jouyet, en passant par Ludovic Chaker, et tant d’autres. Ce qui constituerait la structure secondaire du macronisme dans sa prise de pouvoir. Où est le peuple dans tout ça ? Nulle part. Où est l’intelligence, la compétence ? Pas plus près.
Dans un système où pour accéder à ces hautes sphères, il faut avant tout faire montre d’un immense conformisme et d’une capacité à la corruption bien plus qu’à une certaine forme de talent et d’indépendance. Comment s’en émanciper ? Faut-il comme François Ruffin croire en l’échappée solitaire ? Chose ( ?) que je suis par ailleurs avec moins de possibilité puisque que moins de relais médiatiques, un individu comme François Boulo.
Faut-il, au contraire, accaparer jusqu’à l’épuiser une force politique, un espace, comme le fait Jean-Luc Mélenchon, sans à aucun moment laisser la possibilité de l’alternative en s’assurant que, par la main mise, année après année, sur le même espace on en finira par le laisser s’imposer ?
Faut-il, comme Marine Le Pen, jouer à la trahison, faire croire à la souveraineté, tout en ayant l’un des rapports au monde des plus cosmopolites mais installés qui soient, passant ses nuits lors de sa jeunesse au Palace entourée de tous ceux que le Petit Paris pouvaient produire de plus transgressifs avant d’appeler au retour à la morale et à une forme d’autoritarisme surannée, où l’absence de sincérité règne en maître et la gangrène de la corruption notamment avec l’étranger ne cesse de s’infiltrer ? Faut-il nous, en tant que citoyens, s’abandonner à l’un d’entre eux ?
Faut-il en être à ce point de désespoir que sachant que le système de l’élection, l’espace médiatique, les strates de pouvoir invisibilisées, et enfin la caporalisation que produit ce système de partis, puisse être un espoir pour nous ? Faut-il accepter la défaite d’un mouvement des gilets jaunes qui reviendra dès lors qu’à nouveau l’absence d’amour se fera jour ? Faut-il se dire qu’il faudrait jouer avec les règles en envoyant l’un des nôtres au massacre ? Le voir se déconstruire et déconstituer en essayant de jeter sur la fosse aux lions, en croyant au miracle ? Faut-il se résigner ?
Accepter que le monde est ainsi fait que les injustices se maintiendront toujours et que l’exploitation de l’homme par l’homme restera. Ou faut-il enfin se révolter ? Et croire qu’il n’y a que par la lutte et l’intransigeance, l’humiliation de ceux qui se sont accaparés le pouvoir, un engagement à mener. C’est une question que je vous pose sincèrement et à laquelle j’aimerais trouver réponse avant de moi-même choisir le chemin qu’il me faudra suivre, après que cette aventure collective nous ait fait nous connaître.
C’est une réflexion que nous devons porter en nous, avec une certitude, celle de ne pas moins valoir qu’eux, et au contraire avoir pour nous la pureté d’un sentiment qui est celle qui amène à l’individu, qui ne s’est jamais jonché en ces terres, de pouvoir les féconder. Il y a de la puissance à croire que quelques individus puissent changer le destin d’une nation, lui faire rendre son honneur et sa dignité. Il y a de la folie à croire que cela soit possible en un monde où tout n’a jamais semblé aussi verrouillé. Il y a pourtant quelque chose qui à mon avis me semble essentiel. C’est qu’une fenêtre historique est en train de s’ouvrir. Elle est autorisée par des dispositifs comme celui-là.
Elle met en échec les stratégies d’accaparement qu’ont mis en place nos dominants pour empêcher à toute extériorité de s’imposer.
Elle met en échec la puissance qui pendant des décennies fut fossilisée, celle de notre démocratie, de notre prétendue démocratie, par des jeux de scène qui se sont répétés encore récemment lorsque Nicolas Sarkozy intervient auprès de Vincent Bolloré et de Bernard Arnault pour sauver Jean-Luc Lagardère pour une seule raison, car Arnaud Lagardère, pardon, le fils de Jean-Luc Lagardère, pour une seule raison, sauver un empire médiatique, détenteur de Paris-Match, Europe 1, du Journal du Dimanche, qui à lui seul, était capable de faire et de défaire des carrières politiques. Alors, un branle-bas de combat dans l’oligarchie. Crépusculaire.
Ils ont fait même appel au Qatar pour essayer de sauver ces restes d’un puissant groupe qui fut à l’origine de la création d’Airbus et qui en est réduit aujourd’hui à n’être qu’un vague outil de propulsion qui fut mis par Nicolas Sarkozy entre les mains d’Emmanuel Macron à la veille de 2017, afin de venger sa défaite contre François Fillon. Ce dispositif de pouvoir, il y a vingt ans, nous aurait condamné à l’impuissance, nous aurait empêchés d’exister tout simplement, nous aurait forcés à croire en leurs billevesées, à croire en notre infériorité. Et dans le fait que quelque chose de magique habitait ces espaces-là.
J’ai mis en ligne récemment un film qui m’a valu beaucoup de critiques, qui a été tourné dans un de ces lieux, ces hôtels particuliers qui appartiennent à ces oligarques et que j’eus le malheur de fréquenter, quelque temps avant que les gilets jaunes nous emportent. Une femme y était filmée. Dans la désuétude de ces lieux, la tentative de reconstruire un lien humain, un peu d’amour, une trace de vie, là où tout appelait à la morbidité. Il n’en fut rien. Il n’en fut rien car ce qui était expliqué dans ces espaces-là, c’était justement, pour quiconque avait le plaisir ou le privilège d’y accéder, c’était qu’ils ne pouvaient y entrer qu’en tant que valet, en tant que vassal.
Et que c’était ces dispositifs de pouvoir et les hommes qui détenaient ces lieux-là, qui seraient en mesure, à terme, de choisir qui gouvernerait. Or aujourd’hui, un renversement de paradigme intéressant. Le capitalisme mondialisé nous a offert des plateformes comme Facebook ou Twitter qui n’ont que faire de qui gouverne la France, tant qu’ils sont capables grâce aux publicités qu’ils nous vendent de continuer à piller nos ressources et à accaparer une partie de ce que nous avons produit, nous exploitant ainsi sous l’apparence de gratuité.
Ces plateformes aujourd’hui nous permettent de ne pas dépendre de Lagardère, Bolloré, Arnault, Niel et Drahi, nous permettent de rêver à la possibilité d’une rupture, d’une rupture conséquente, qui ne revient pas à dévaster le système dans lequel nous sommes insérés, qui ne revient pas à dévaster hôpitaux et services publics. qui ne revient pas même à dévaster une police qui doit retrouver son rôle de défenseur de la République, c’est-à-dire de la chose qui appartient à tous et non pas à des intérêts d’un gouvernement qui l’utilise pour écraser un peuple qui veut la tête de ses dominants.
Cessez les enfantillages qui consistent à parler de violences policières, et rappelez cette évidence qu’il s’agit de violence politique et gouvernementale, ordonnée, pour écraser la contestation et que derrière le policier se trouve le ministre, qui n’ose à son peuple s’exposer.
C’est retrouver une souveraineté qui nous fera sortir d’un rapport victimaire au monde et nous permettra demain de les défier en récupérant ces forces vives aujourd’hui armées, pour défendre un système défaillant et demain capable d’accroître les biens communs et de mettre fin aux troubles qui traversent notre pays et qui peu à peu dévastent l’État que nous avons, avec nos sacrifices, depuis plus de deux cents ans, tenter de constituer.
Il faudra bien des réformes qui nous amèneront à rendre au ministère de la Justice son autorité sur les forces policières, qui interdiront les pratiques qui ont tué, éborgné, mutilé, et plus largement qui démocratiseront un appareil qui aujourd’hui est entre les mains de syndicats avariés qui, en cogérant avec un gouvernement démissionnaire les destins de notre police, l’ont éloignée de la République. Il y aura des réformes de fond à mener, des récépissés ( ?) des contrôles d’identité, à la suppression de l’IGPN et la création d’une véritable institution de contrôle policière.
Sur le renseignement, un renforcement du contrôle et la fin des pratiques qui permettent aujourd’hui de ficher des opposants politiques et parfois de les dévaster. Mettre fin à la dépendance qui aujourd’hui nous enserre et nous empêche d’accueillir sur notre territoire des personnes comme Julian Assange ou Edward Snowden. Or il faudra bien transformer de long en large les institutions de notre pays. Mais gardons-nous d’une chose, l’amour de la procédure. Gardons-nous de croire que ce sont les règles et les formes qui font le destin d’un pays. Il y a des corps derrière toute idée, il y a des corps derrière toute norme qui parfois les font ployer.
Mais il nous faudra prendre garde à ne pas créer un système aussi inhumain que celui dont nous tentons aujourd’hui d’échapper. Il y a un fantasme auprès de nombreux de mes pairs, au sein de cette bourgeoisie, qui a fondé sa pratique politique sur celle de la distinction, quant au fait que, il suffirait d’introduire quelques changements idéels pour que tout d’un coup un monde idéal naisse. Il n’en est rien évidemment. Mais il est essentiel que les revendications des gilets jaunes, à commencer par le mandat impératif et révocatoire, le référendum d’initiative citoyenne, et d’évidence la création d’une nouvelle république, soient adoptées. Il ne faut pas croire que cela suffira.
La réforme de fond en comble du financement des médias, afin de nettoyer les écuries d’Augias. La création d’un tribunal qui permet de mettre fin à ces corruptions endémiques qui ne font que piller les ressources des citoyens français qui se trouvent exploités par une machine qui est censée les servir. La transformation de notre appareil éducatif, afin de permettre enfin à chacun d’avoir une chance d’assouvir ses espoirs et d’apporter avec lui l’expérience qu’il aura, y compris des classes les plus populaires, au sein de l’État.
La transformation d’un mille feuilles institutionnel qui nous amène à voir des barons locaux à toutes les échelles avec des termes d’autant plus compliqués qu’ils visent à échapper au contrôle populaire, d’inter communalité, en régions, départements et ainsi de suite. La réduction de tous ces échelons afin de faire revivre la commune et l’État central comme véritable outil d’organisation du politique sont évidemment importantes.
Mais tout cela, et toutes les autres réformes qui sont pensables pour n’importe quel citoyen qui aurait vu les dégâts que ces dernières années ont produites ne seront rien si l’on ne remet pas en place un rapport d’altérité entre ceux à qui l’on confiera temporairement les manettes de ce pays et ceux qui auront à craindre le joug de ces nouvelles dominations et la perte de contrôle sur leurs institutions. Donner à chacun la possibilité non pas d’élire mais de choisir quelle politique il veut adopter. Voilà une forme de… Cesser de traiter en enfants les citoyens, cesser de penser qu’il faudrait des bourgeois pour nous représenter et nous dominer.
Croire en la possibilité pour chacun de réfléchir en propre et non pas simplement de se laisser fasciner par tel ou tel. Voilà des mesures lourdes, potentiellement dangereuses qu’il faut pourtant d’urgence adopter. Car à ce moment-là la fierté de vivre en République, la fierté d’avoir un rôle au sein de la société reviendront. Il y a une barbarie dans le régime auquel nous sommes aujourd’hui soumis. Une barbarie qui agonise et qui craint par-dessus tout son agonie, et qui craint encore plus ce qui signifie cette agonie.
Et c’est pour cela que le président de la République se trouve enfermé en des lieux, où éloigné du peuple, il pense se protéger, en espérant une élection qui par défaut lui permettrait de sauver non seulement son âme mais éventuellement sa peau. À nous de nous bousculer, à nous d’aller, à nouveau, les faire trembler. Il me semble essentiel de ne pas craindre toute exposition à l’autre, et à un pouvoir qui aura longtemps cru nous dominer. Ils ne sont plus rien. Et c’est bien pour cela qu’ils tentent de nous réduire au néant. Et c’est avec cette conscience qu’il faut la tête haute et fière aller les dévaster.
Avec la conscience de nos défauts, de nos insuffisances, mais avec la conviction de la justice et la vérité de nos revendications. De notre envie non pas de nous battre pour nous sauver contre le monde mais de nous permettre à nouveau d’aimer et d’être accompagné, mais de rompre avec cette solitude qui nous a très longtemps hantée. J’ai été longtemps absent, ma parole s’est faite rare, non pas par stratégie mais par crainte de ne plus rien avoir à dire. Il y a eu un manque très fort. Un manque de vous et de ce que l’année précédente avait produit. Il y a eu la violence de la confrontation à l’appareil d’État, avec l’affaire Pavlenski.
La découverte de ce que cette chienlit journalistique était prête à produire pour montrer son asservissement. Appoline de Malherbe, récemment promue en remplacement de Jean-Jacques Bourdin, après avoir été sanctionnée par le comité de déontologie journalistique du fait de son entretien avec moi, en est le pire exemple. Le pire car, cette femme est absence de pensée, incapacité à penser. Et sa servilité n’est que le fruit du confort que trouve ces piètres âmes, dans l’amour que les puissants semblent leur octroyer. Or cet amour évidemment n’en est pas un. Il n’est qu’instrumentalisation et n’annonce qu’une chose, de futures trahisons. Alors résistez face à cette masse laide.
Ne vous laissez pas emporter par des événements qui, ici ou là, semblent signifiants. N’ayez pas peur de la honte qu’ils tenteront toujours de vous faire sentir car vous aurez tenté de vous indigner et surtout ayez conscience que c’est entre vos mains et dans votre courage que réside l’espoir que demain naisse une humanité transformée.
Alors ce sont de longs mots, ambitieux, lourds, mais il me semble que nous nous sommes montrés, tous, un rapport à l’affect, qui nous reliait et qui primait sur toute considération technique, toute question de compétence ou d’expertise, la capacité à faire confiance, à s’engager, à prendre des risques, les uns pour les autres, à ne pas craindre la prison, la violence, étaient autant de marques d’amour que nous nous portions et qui en permanence réactualisaient notre rapport nous distinguant de ceux qui éloignés et peureux s’écartaient de nous.
Alors encore une fois je voulais vous remercier d’avoir, pendant toute cette période, construit un rapport au monde qui m’a porté et qui m’a permis d’achever cette transition qui m’a émancipé de toute tutelle politique, et je l’espère produira sur le long terme des effets auprès de ceux qui me ressemblant ou ayant des parcours comme le mien souffraient de s’être asservis à des forces malfaisantes et médiocres qui aujourd’hui font le monde.
J’espère que vous allez bien, que vous êtes prêts à supporter la violence qui viendra, dont encore une fois, l’expression policière n’est peut-être que la plus insignifiante, parce qu’elle ne fait que révéler l’immensité des catastrophes individuelles que produit un système à bout de souffle. Et ces tensions mises en exergue par les médias et les réseaux sociaux ne sont que les révélateurs de failles bien plus béantes et gourdes qu’il va nous falloir affronter et réparer.
Ayez conscience vous, qui peut-être demain, vous trouverez exposés à cette violence sociale, qu’elle est avant tout politique et que dans l’impression de solitude et d’injustice à laquelle vous serez confrontés, il y a un fond souterrain qui vous relie à des milliers d’autres personnes, et que ces milliers d’autres personnes se battent et se battront pour vous permettre de retrouver cette dignité.
Lorsque vous vous retrouverez demain face à un petit chef qui, fut-il président de la République ou simple contrôleur, à un moment où en difficulté vous n’aurez pu prendre vos billets, supérieur hiérarchique ou responsable associatif chargé de contrôler votre capacité à obtenir le RSA, conseiller de Pôle emploi accaparé par les dossiers et n’ayant qu’en tête la nécessité de faire du chiffre, quitte à vous écraser. Lorsque vous confronterez face à cette violence inouïe qui vise à vous sentir esseulés, pensez à nous, qui de près ou de loin, sommes en train de lutter pour que plus jamais, cette violence ne puisse sur vous se porter.
Et il en faudra du courage pour résister et tenir dans l’espoir qu’un jour nous gagnons. Et c’est peut-être le dernier point que je voulais aborder. Il n’y a de sens à ce que nous faisons que si nous gagnons. Car si nous avons été sauvés collectivement par ce mouvement immense qui embrasa le pays en novembre 2018, il est évident qu’aujourd’hui nous ne produirons d’effet que si nous réussissons à faire, par à coups, tomber ce pouvoir qui nous asservit.
Et il y a des luttes qui utilisent des moyens différents, de la manifestation jusqu’à l’action directe, de l’engagement au sein de collectifs inter-hospitaliers jusqu’à l’art le plus brut qui vise à placer un poignard dans la gorge du pouvoir, comme celui qu’élabore aujourd’hui Piotr Pavlenski. Sachez une chose, vous qui luttez, et vous qui aspirez à défendre ceux qui luttent, vous trouverez toujours sur mon chemin des êtres comme moi pour vous accompagner. Et quiconque, y compris dans la plus infâme radicalité, cherche à se battre pour faire s’effondrer un système d’oppression, trouvera ma main pour, le moment les difficultés venues, ne pas tomber.
Courage à tous et pensez à tous ceux qui autour de vous attendent avec crainte la période qui vient. Donnez leur le courage et la détermination de ceux qui savent pourquoi ils se sont engagés.
Juan Branco