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interviewC à vous (sur YouTube)· 19 juin 2025 14 min

Conflit Iran-Israël, Trump, protection des ressortissants français…Jean-Noël Barrot s’exprime

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

E.Macron appelle Israël à mettre urgemment fin aux frappes qui visent des objectifs sans lien avec le programme nucléaire et balistique iranien, mais pas les autres. A ses yeux, les cibles militaires restent légitimes, pas les politiques.

La frontière entre les 2 paraît très fragile. - A.-E.Lemoine: On va revenir sur les chances de négociations, de retour aux négociations...

C'est ce que vous allez tenter de faire demain avec les ministres des Affaires étrangères allemand et britannique, en rencontrant votre homologue iranien à Genève. Tenter par la négociation de mettre un terme à ce conflit, c'est un voeu pieux? - J.-N.Barrot: Pas du tout.

C'est presque une obligation morale. Je multiplie les contacts avec toutes les parties prenantes dans la région pour amener, les uns et les autres, à l'évidence que oui, nous considérons que le programme nucléaire iranien constitue une grave menace, une menace existentielle pour Israël, la région, pour la France et l'Europe. Non, nous ne considérons pas que ce problème peut être résolu par la force seule.

Nous devons, comme nous l'avons fait il y a 10 ans par la négociation, obtenir un retour en arrière durable, crédible de ce programme, ainsi que le programme de missiles qui l'accompagne pour garantir la sécurité et la paix. Je crois que c'est le moment, et peut-être l'un des derniers moments pour rouvrir un canal de discussion et faire primer le dialogue sur la force. - P.Cohen: Ce n'est pas trop tard?

Israël est dans une logique de destruction. Les choses paraissent incompatibles. - J.-N.Barrot: Il est essentiel de montrer que cette voie du dialogue est la seule qui doit primer.

C'est la seule susceptible de produire l'effet recherché. Quel est l'effet recherché? C'est qu'on puisse se débarrasser, une bonne fois pour toutes, de ce programme nucléaire, le risque des missiles et l'attitude du régime iranien qui déstabilisent la région. - A.-E.Lemoine: C'est ce que vous allez demander aux ministres des Affaires étrangères? - J.-N.Barrot: Non.

Convaincre la communauté internationale que la seule manière d'obtenir ce résultat est de le faire par la négociation. C'est ce que nous disons depuis de nombreuses années. L'Iran aurait mieux fait de nous écouter.

Si elle était entrée de bonne foi dans les négociations que nous lui proposions, peut-être n'en serions-nous pas là. - A.-E.Lemoine: Est-ce que la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne parlent d'une même voix?

Quand on entend le chancelier allemand parler, qu'Israël fait le sale boulot pour nous, ce n'est pas la position de la France? - J.-N.Barrot: La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont condamné l'attitude du régime iranien.

Ces attaques tournées contre son propre peuple, contre Israël et la région...

Que ce soit ce programme nucléaire ou de missiles, que ce soit le soutien à tous les groupes terroristes en félicitant le Hamas pour l'attentat meurtrier du 7-Octobre...

Que ce soit dans la répression du mouvement Femme, Vie, Liberté ou encore par la détention arbitraire de 2 de nos compatriotes, J.Paris et C.Kohler, qui sont otages depuis plus de 3 ans, détenus dans des conditions indignes, assimilables à de la torture.

Nous partageons ce constat. Nous partageons un 2e constat, c'est que la négociation est, dans l'histoire récente, la seule voie qui a permis à l'Iran de faire marche arrière sur son programme nucléaire. C'était il y a 10 ans.

C'est le JCPoA, un accord sur le nucléaire iranien dont tous les éléments ont montré qu'il avait conduit l'Iran à réduire son stock d'uranium enrichi, ses capacités d'enrichissement. - A.-E.Lemoine: Comment le ministre des Affaires étrangères iranien a perçu les mots du chancelier allemand? - J.-N.Barrot: Je ne vais pas commenter la perception par un ministre iranien de propos allemands...

Nous nous efforçons, avec mes collègues britannique et allemand, à rouvrir ce canal de discussion, seule alternative à la poursuite de ces frappes qui menacent d'entraîner la région dans un embrasement dont nous ne pouvons pas mesurer les conséquences. Je rappelle que nous avons 1000 ressortissants français qui habitent aujourd'hui en Iran. Mais si certains souhaitent partir et que nous allons les accompagner...

Près de 250 000 compatriotes installés en Israël. - A.-E.Lemoine: Quel est l'objectif de guerre d'Israël? - J.-N.Barrot: Il faut demander à P.Cohen.

Je vous ai dit ce que nous pensons de ce régime. J'aurais pu ajouter que ce régime s'est rendu coupable de fournir à la Russie des centaines de missiles, des milliers de drones qui ont permis à la Russie, comme elle l'a montré il y a 2 jours, de frapper le peuple ukrainien. La France défend en toute circonstance le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Nous considérons que ce n'est pas par la force que nous devons redessiner les contours d'une nation. Il appartient au peuple de décider de leur propre destin. Nous devons faire confiance au peuple iranien de choisir par lui-même le moment pour se défaire du joug que ce régime a placé sur lui-même. - P.Cohen: Et le droit international?

Une guerre préventive, ça respecte le droit international? - J.-N.Barrot: Nous n'avons pas soutenu une guerre préventive. - P.Cohen: Vous avez dit qu'Israël était légitime à attaquer l'arsenal nucléaire iranien. - J.-N.Barrot: Nous n'avons ni soutenu ni participé à ces frappes.

La France est toujours du côté du droit international. - P.Cohen: Dans les propos d'E.Macron, j'ai cru comprendre qu'il approuvait l'action qui était celle de l'armée israélienne contre l'arsenal nucléaire iranien. - J.-N.Barrot: E.Macron a toujours dit, depuis le début de cette opération militaire, que nous ne l'avions pas soutenue et que nous n'y avions pas participé.

Il a appelé à l'arrêt des frappes. Il considèrt, à juste titre, que seule la négociation permettra de résoudre durablement ce problème. - A.-E.Lemoine: D.Trump a assuré hier soir ne pas avoir pris sa décision sur une éventuelle participation des Etats-Unis aux frappes d'Israël contre l'Iran. "Je vais peut-être le faire, peut-être pas le faire." A l'intérieur de son camp, les discussions sont vives. - A.-E.Lemoine: Que vous inspire cet échange? - J.-N.Barrot: Ca m'encourage à poursuivre les efforts que j'ai engagés pour montrer que la voie de la négociation est possible.

Je crois qu'il y a aux Etats-Unis beaucoup de responsables politiques convaincus qu'il ne faut pas refaire les erreurs du passé. Ce qu'on a vu en Libye, en Afghanistan, en Irak...

Nous ne voulons pas le voir se reproduire. Je le dis tout particulièrement pour la France. Nous sommes dans une situation différente de celle des Etats-Unis.

Il y a les principes qui nous conduisent à oeuvrer pour le dialogue et la négociation. N'oublions pas qu'il s'agit d'un pays de 90 millions d'habitants qui, par le passé, a montré sa capacité à se défendre bec et ongles, jusqu'à la fin des combats et pendant longtemps. Si nous laissons la région s'embraser, c'est aux portes de l'Europe un foyer d'instabilité majeur qui s'installera.

Nous en paierons les conséquences très lourdement. - E.Tran Nguyen: C.Kohler et son compagnon J.Paris sont détenus depuis plus de 3 ans dans la prison d'Evin, à Téhéran.

Hier, nous recevions la soeur de C.Kohler. - N.Kohler: On n'a pas de perspectives concrètes.

C'était déjà difficile avant. Là, c'est un enfer. On voit les multiplications des victimes civiles, des déclarations terrifiantes de part et d'autre.

Les appels à évacuer Téhéran se multiplient. Cécile et Jacques sont bloqués au milieu de tout ça. On n'est pas à l'abri que les conditions dans la prison se détériorent significativement et que des mouvements d'émeutes et de panique rendent la sécurité beaucoup plus difficile. - E.Tran Nguyen: Vous avez des nouvelles à donner aux proches de C.Kohler et J.Paris? - J.-N.Barrot: Je veux saluer le courage des familles.

Quand on a un proche retenu otage en Iran dans des conditions indignes, assimilables à de la torture....

J'ai porté plainte à ce sujet devant la Cour internationale de justice. C'est un calvaire que l'on vit. Dans les circonstances que nous connaissons aujourd'hui en Iran, c'est un enfer.

Je me suis entretenu avec la famille de Cécile et de Jacques mardi pour leur faire part de ce que nous savons et de ce que nous faisons. Ce que nous savons, à ce jour, c'est que, fort heureusement, les frappes...

Même si certaines ont touché le quartier dans lequel la prison est située, elles n'ont pas touché la prison elle-même. Ce que nous faisons, c'est d'abord de solliciter l'Iran pour que nous puissions avoir accès à Cécile et Jacques, obtenir une visite consulaire. Visite dont ils ont été privés depuis plus d'un an.

Le président de la République à son niveau, et moi-même au mien, nous avons attiré l'attention des autorités israéliennes et iraniennes sur la présence de nos 2 compatriotes, et sur la très vive préoccupation qui est la nôtre. Qu'ils puissent se trouver pris dans des phénomènes d'émeutes ou autres, qui peuvent se produire quand la situation sécuritaire se dégrade, ou pire encore, qu'ils se retrouvent victimes de frappes comme les populations civiles...

On va rester en lien avec eux de manière plus régulière, tous les jours, pour leur donner les informations dont on dispose. En espérant aussi pouvoir obtenir ce que nous n'avons pas obtenu depuis 3 ans: leur libération. - E.Tran Nguyen: Vous avez appelé les Français qui souhaitent quitter l'Iran à le faire via l'Arménie et la Turquie.

Pour ceux qui sont en Israël, aussi à partir via l'Egypte et la Jordanie. Dans les 2 cas, vous conseillez aux ressortissants français de partir? - J.-N.Barrot: Nous avons surtout conseillé à nos compatriotes en Israël de rester très à l'écoute des consignes de sécurité.

Nous leur avons indiqué qu'ils pouvaient se rendre à la frontière nord d'Israël pour gagner la Jordanie et l'aéroport d'Amman, ou la frontière sud. A la frontière, ils rencontreront des équipes qui leur faciliteront la tâche. Au-delà de la frontière, des bus seront mis en place dès demain matin pour les acheminer vers l'aéroport.

Pour les plus vulnérables, les personnes françaises en situation de vulnérabilité ou d'urgence, nous pourrions les acheminer depuis Tel-Aviv jusqu'à Amman. Un vol sera affrété d'ici la fin de semaine pour qu'ils puissent rentrer à Paris. S'agissant de l'Iran, nous les avons encouragés à ne pas rester à Téhéran.

Nous les avons appelés à se signaler pour les convoyer jusqu'à la frontière avec l'Arménie ou la Turquie et qu'ensuite, ils puissent prendre des bus qui les amèneront vers les aéroports des 2 pays concernés. Pour les Français, il est possible d'accéder à l'Arménie et la Turquie sans visa. - A.-E.Lemoine: Pouria Amirshahi s'est vu refuser un visa pour les Etats-Unis.

Il devait rencontrer des élus démocrates. Pour "C à vous", il dénonce un acte hostile des Etats-Unis. - En plus de 240 ans de relations entre la France et les Etats-Unis, pour la première fois, un parlementaire est interdit de séjour. - A.-E.Lemoine: C'est un acte hostile? - J.-N.Barrot: C'est un acte qui n'est pas définitif.