L'invité politique Sud Radio - Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget et chef du services des urgences de l'hôpital Pompidou, est l'invité politique
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:33OuverteRéponse directe
Est-ce que la victoire de l'extrême droite en Allemagne vous fait peur ?
- 0:58OuverteRéponse directe
Est-ce que le programme de l'AFD avec l'obligation de travail pour les demandeurs d'asile est applicable ?
- 1:29OuverteRéponse directe
Est-ce que la victoire des droites en Europe annonce la victoire du RN en France ?
- 2:30OuverteRéponse directe
Est-ce que la demande de Maude Bréjon à Gabriel Attal et Bruno Retailleau de se ranger derrière Édouard Philippe est le signe d'une inquiétude ?
- 3:43OuverteRéponse directe
Tout le monde demande une primaire du centre et de la droite, mais personne ne la veut. Est-ce que ça ne se fera pas ?
- 4:20OuverteRéponse directe
Si Édouard Philippe et Gabriel Attal se resserrent, Édouard Philippe pourrait-il se retirer pour se départager ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:34Invité politiqueFait
« Non, moi, la démocratie ne me fait jamais peur. »
- 0:38Invité politiqueFait
« Quand vous avez des adversaires qui gagnent l'élection, il faut en tirer les leçons. »
- 2:34Invité politiqueFait
« À quelques mois d'une élection présidentielle, tout peut encore arriver. »
- 2:41Invité politiqueFait
« On sait que 8 ou 9 mois avant une élection présidentielle, rien n'est joué. »
- 2:46Invité politiqueFait
« On a parlé avec la disparition d'Édouard Balladur de la campagne de 95, où Balladur, je crois, était encore donné vainqueur au mois de février. »
- 5:59Invité politiqueFait
« Au moins, nous aurions un budget. C'est quand même pas mal. »
- 6:38Invité politiqueFait
« On est dans une situation financière très importante, très grave, où il faut baisser le déficit. »
- 6:47Invité politiqueFait
« Soit vous augmentez vos recettes, c'est-à-dire augmenter les impôts, mais on n'a plus de marge de manœuvre. »
- 6:53Invité politiqueFait
« Soit vous baissez les dépenses. »
- 7:12Invité politiqueFait
« La réforme des retraites a été suspendue l'année dernière. Exigence des socialistes, c'est une erreur économique, politique. »
- 8:27Invité politiqueFait
« C'est un budget qui diminue le déficit. »
- 8:37Invité politiqueChiffre
« La dette, chaque année, nous devons payer de plus en plus d'intérêts. »
- 9:05Invité politiqueChiffre
« Plus de la moitié de la dette est détenue par des étrangers. »
- 10:41Invité politiqueFait
« Les taux d'intérêt montent. »
- 16:41Invité politiqueFait
« La dissuasion nucléaire, c'est cet outil de défense qui repose à la fois sur des sous-marins nucléaires lanceurs d'engin et sur une force aérienne stratégique et une force aéronavale nucléaire. »
- 17:05Invité politiqueFait
« C'est notre assurance vie, la dissuasion. »
- 17:30Invité politiqueFait
« Il faut qu'on se donne les moyens de développer une défense qui sera valable dans 10, 20 ou 30 ans. »
- 20:33Invité politiqueFait
« La vraie question, c'est quel est notre modèle de civilisation ? »
Temps de parole
- Philippe Juvin70 %
- Présentateur21 %
- Invité3 %
- ?3 %
- Invité 22 %
≈ 14,5 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Sud Radio, l'invité politique,
Jacques
Cardoz.
Il
est 8h30 sur Sud Radio, c'est l'heure du grand entretien politique. Et aujourd'hui, Jacques, vous recevez Philippe Juvin, député Les Républicains des Hauts-de-Seine, rapporteur général du budget et chef du service des urgences à l'hôpital Pompidou à Paris. Bonjour Philippe Juvin. Bonjour. Bonjour, on va voir avec vous si le budget a une chance d'être adopté dans un instant. Auparavant, j'ai évidemment envie de vous entendre sur la victoire de l'extrême droite en Allemagne.
Est
-ce qu'elle vous fait peur
?
Non, moi, la démocratie ne me fait jamais peur.
Quand
vous avez des adversaires qui gagnent l'élection, il faut en tirer les leçons. Donc non, non, je ne me fais pas peur. Ce serait ridicule, honnêtement, qu'une victoire d'une force quelconque dans une démocratie fasse peur.
Et les obligations de travail, le programme, si on regarde un petit peu en détail le programme de l'AFD, on a obligation de travail, instauration d'une obligation de travail pour les demandeurs d'asile, par exemple. On se dit surtout, lorsqu'on voit tout ça, mais est-ce que c'est applicable, en fait ?
Vous avez raison, c'est toute la question. Il faut voir d'abord ce que vont faire les gens élus de leur programme. Que la victoire de
l
'AFD témoigne d'une crainte de la population,
c
'est évident. D'une réalité économique,
c
'en est une également. Mais attendons de voir, oui.
On voit bien, en tous les cas, qu'il y a un mouvement de fond en Europe. L'Italie de Mélanie. Et évidemment, même si toutes ces droites ne sont pas comparables, il faut évidemment faire attention, parce que quand on regarde dans les détails,
c
'est très complexe. Est-ce que ça annonce quand même la victoire des droites et, j'ai envie de dire, la victoire du RN
?
Je ne sais pas, moi je ne sais pas lire dans l'avenir. Ça témoigne clairement d'une prise de conscience par les peuples européens que la situation n'est aujourd'hui pas satisfaisante. Et c'est vrai que ces droites-là, parce qu'il y a des droites, vous avez raison, ces droites-là ont une capacité à simplifier le débat qui fait que les gens qui les écoutent se disent, finalement c'est facile. C'est vrai qu'une des difficultés aujourd'hui que la démocratie a rencontré, c'est la victoire d'une sorte de simplicité pour ne
pas
dire de simplisme. C'est plus facile, si vous voulez, de dire je vais tout changer en 10 secondes plutôt que de prendre 5 minutes pour vous dire ce qu'il faut faire.
Alors, revenons en France et parlons de la politique et de la campagne pour la présidentielle. L'une des phrases marquantes du week-end, c'est Maude Bréjon qui demande à Gabriel Attal et Bruno Retailleau de se ranger derrière Édouard Philippe. Est-ce que ce n
'est
pas le signe d'une grande inquiétude pour les partisans d'Édouard Philippe, ça ?
Écoutez, d'abord, à quelques mois d'une élection présidentielle, tout peut encore arriver. On se souvient quand même, enfin, pour qui connaît l'histoire politique, on sait que 8 ou 9 mois avant une élection présidentielle, rien n'est joué. On a parlé avec la disparition d'Édouard Balladur de la campagne de 95, où Balladur, je crois, était encore donné vainqueur au mois de février. Donc, Maude Bréjon, on sait très bien ce qu'elle dit, mais il y a une campagne et chacun des Français intérieurs. Certes,
mais le fait,
dès
ce moment-là, à 8 mois, de demander aux autres d'abandonner, est-ce que ce n
'est
pas le signe qu'il y
a
une certaine fébrilité autour de la candidature d'Édouard
Philippe
? Il faut demander à Mme Bréjon, mais je trouve que c'est surtout absurde. Si aujourd'hui, Édouard Philippe, naturellement, ne caracole pas dans les sondages, c'est que peut-être il y a des raisons. Il fait une mauvaise campagne ? Donc, en tout cas, il ne fait pas la campagne qui lui permettrait d'être largement devant. Donc, moi, je crois qu'il faut que chacun déroule sa campagne, et puis on verra probablement en décembre ou janvier où en sont les uns et les autres. À ce moment-là, il faudra certainement prendre une décision pour qu'il n'y
ait
qu'un candidat du Bloc central. Sinon, effectivement, on n'y arrivera pas.
On sait que vous êtes précisément pour cette primaire du centre et de la droite, mais soyons francs, tout le monde la demande, personne ne la veut en réalité, ça ne se fera pas ?
Alors, moi, j'ai été un de ceux, d'ailleurs, un des premiers députés à dire qu'il fallait une grande primaire. Mais une grande primaire, pas une primaire comme il y a cinq ans où seuls les militants votaient, c'était absurde. Une primaire du type 2017, plusieurs millions de personnes qui viennent désigner leur champion. Ça n'a pas été accepté, donc je suis membre des Républicains, je soutiens Retailleau. C'est vrai qu'aujourd'hui, les gens n'en veulent pas. Écoutez, on verra au mois de novembre, décembre ou janvier. Si on est toujours dans une situation imprécise où tout le monde se tient à quelques pourcentages, peut-être qu
'il
faudra la faire. Mais pour l'instant, chacun joue cradement sa chance et c'est très bien.
Vous pensez, par exemple, que s'il
y
a un resserrement entre Gabriel Attal et Édouard Philippe, Édouard Philippe se dira peut-être, finalement, que ce n
'est
peut-être pas une mauvaise idée pour se départager
?
C'est-à-dire qu'est-ce qu'ils auront le choix ? Je veux dire, si vous en avez un qui est à 13% et l'autre à 12,5%, il faut m'expliquer au nom de quoi celui qui est à 12,5% dira, bah oui, évidemment, je vais me retirer. On sait très bien que la nature humaine ne conduira pas à cela. Donc, il y a deux possibilités. Soit, d'ici là, entre Bruno Retailleau, Attal et Philippe, on arrive à montrer qu'un des trois est largement devant, avec des arguments qui sont les bons quand même. On ne vote pas pour quelqu'un,
on
ne
vote
pas un projet. Eh bien, dans ces cas-là, l'affaire sera réglée. Si ce n'est pas le cas, il faudra se poser des questions de méthode. Et c'est vrai qu'on ne l'a pas encore.
On
vous a vu accompagner le candidat Bruno Retailleau à la rentrée du MEDEF. Il est candidat à Les Républicains. Doit-il le rester jusqu'au bout ? Il plafonne entre 8 et 10% aujourd'hui
?
Bah, écoutez, c'est notre candidat, encore une fois. Donc, on fait campagne crânement. Il défend ses thèses. C'est vrai que c'est difficile. Ce serait idiot de dire que c'est facile. Non, c'est très difficile. Eh bien, on va tout faire pour que ça décolle, oui.
Alors, Philippe Juvin, je le disais, vous êtes rapporteur général du budget. Et beaucoup sont pessimistes sur l'adoption du budget 2027. Est-ce que vous aussi, vous êtes pessimiste
? D
'abord, je pense qu'on aura un budget parce que la Ve République est en béton armé. Et on a un outil qui s'appelle les ordonnances.
C
'est-à-dire
que même si le gouvernement...
En pratique, comment ça marche, les ordonnances ? Le gouvernement dépose un projet de loi de finances qu'on va discuter. Et si au bout des 70 jours de discussion budgétaire, il n'a pas été adopté, le gouvernement peut dire stop. On arrête de discuter. Et notre budget est adopté sans vote. Ça s'appelle les ordonnances. Au moins, nous aurions un budget. C'est quand même pas mal. Donc, est-ce qu'on aura un budget ? Oui, probablement.
Et vous y êtes favorable à cette voie de...
Par
défaut. C'est-à-dire que ça serait vraiment la situation qui ferait qu'il faudrait... Enfin, c
'est
le truc par défaut. Moi, je préférais, évidemment, une procédure normale. Mais il
n'y
a pas de majorité. Donc, je ne crois pas non plus au miracle. Et donc, je ne vois pas aujourd'hui une coalition avec le Bloc Central, plus un peu de socialistes, plus un peu, je ne sais pas, de RN. Les gens ne
vont
pas se mettre d'accord. Et
quand on s'est mis
d'accord avec les socialistes l'année dernière, ça nous a coûté tellement cher qu'on ne
va
pas s'amuser de nouveau cette année. Ça, c'est sûr. Je ne vois pas. Honnêtement, les socialistes... On ne va pas
raser gratis. On
ne va
pas
faire plaisir aux socialistes. Je veux rappeler quand même qu'on est dans une situation financière très importante, très grave, où il faut baisser le déficit. Et pour baisser le déficit, il
y
a deux manières. Soit vous augmentez vos recettes, c'est-à-dire augmenter les impôts, mais on n'a plus de marge de manœuvre. Il ne faut surtout pas le faire. Soit vous baissez les dépenses. Sauf que les socialistes ne veulent pas baisser la dépense, en réalité. Pas significativement. Donc, je ne vois pas aujourd'hui une majorité se dégager. Je vais d'ailleurs, même moi, déposer un amendement au projet de loi de finances pour suspendre la suspension de la réforme des retraites. Vous savez que la réforme des retraites a été suspendue l'année dernière. Exigence des socialistes, c'est une erreur économique, politique.
Et je vais proposer de reprendre la progression de l'augmentation de l'âge de la retraite. Mais avec ça, évidemment, on n'aura pas de majorité. Donc, on risque d'aboutir avec un budget qui sera celui des ordonnances. C'est probablement.
Philippe Juvin, rapporteur général du budget, est notre invité ce matin. Vous semblez penser que, finalement, les ordonnances,
ce
sera la meilleure voie. Est-ce que ce n
'est
pas l'occasion ? Et est-ce que vous ne dites pas à Sébastien Lecornu, finalement, puisqu'on va passer par les ordonnances, autant vraiment faire le travail ?
Exactement. Moi, je lui ai tenu ce discours. Et je pense qu'il m
'a
écouté. Maintenant, je ne
sais pas
ce qu'il en fera. La raison est la suivante. Si le gouvernement est censuré, et une notion de censure, en fait, il sera censuré pour des raisons politiques. C'est-à-dire qu'une force politique, je ne sais pas laquelle, décidera qu'elle a intérêt, avant l'élection présidentielle, à le censurer. Ça ne sera pas pour les raisons du budget. En fait, le budget peut être, à mon avis, me semble-t-il, bleu, blanc, rouge, vert, pomme, ocre foncée. Ce n'est pas la nature du budget qui fera que le gouvernement sera censuré ou pas. Donc, le cornu, me semble-t-il, est très libre. Et donc, il doit mettre sur la table un budget
très
vertueux. C'est quoi un budget vertueux ? C'est un budget qui diminue le déficit. Pourquoi faut-il diminuer le déficit ? Parce que ce déficit nourrit une dette. Et cette dette nous étouffe. Quel est le problème de la dette, aujourd'hui, en France ? La dette, chaque année, nous devons payer de plus en plus d'intérêts. Ce qui fait qu'on doit augmenter vos impôts pour payer cette dette. La dette, elle augmente les impôts des Français. Cette dette, elle fait que l'argent que nous devrions mettre dans les hôpitaux ou les écoles, nous la mettons en remboursement des intérêts. Ce qui est quand même absurde. Et puis, enfin, la dette, elle pose un problème de souveraineté.
parce que dès lors que vous demandez, vous bouclez votre budget avec des prêts faits par des gens qui sont des étrangers,
plus
de la moitié de la dette est détenue par des étrangers, vous n'êtes pas totalement souverain. Eh bien, pour ces trois raisons-là, il faut nous désendetter. Comment on se désendette ? Dépenser moins, travailler plus, simplifier. C'est comme ça qu'on désendette le pays. Et que le corps nu fasse un budget qui fasse qu'on dépense moins. Il faut baisser la dépense publique.
Et il pourrait aller plus loin qu'on ne le pense aujourd'hui dans le débat ? Précisément parce qu'il y a peut-être ces ordonnances ?
Il me semble que les ordonnances donnent une liberté. Qu'ils déposent un budget, un projet de budget qui pourra finir en ordonnance, qui soit un budget qui baisse la dépense publique. Je le répète, si vous ne baissez pas la dépense publique, on ne peut pas y arriver. Et un des drames aujourd'hui, voyez-vous, c'est que deux tiers des Français touchent plus
de
l'État qu'ils ne participent. Et donc, en réalité, tout le monde dit qu
'il
faut baisser la dépense publique. Mais personne n'y a vraiment intérêt. Tout le monde est dopé et addict à la dette. Eh bien, il faut qu'il y ait un gouvernement avec un peu de courage qui dise la fête est finie, nous allons vraiment baisser la dépense publique.
La fête est finie, la France est au bord du gouffre
?
On demandait à Hemingway pourquoi il était fauché. Il disait, c'est bien simple, ça m'est arrivé de deux manières. D'abord, peu à peu, comme un peu nous, peu à peu, puis brutalement, a-t-il dit. Eh bien, le risque, c'est que nous sommes actuellement fauchés, effectivement, peu à peu, et que brutalement, eh bien, un certain nombre de gens qui nous prêtent se disent « Oh, c'est très dangereux de prêter à la France ». Par exemple, j'ai entendu M. Mélenchon qui voulait annuler la dette. Ça ne donne pas envie de continuer à vous prêter. Quand le gars à
qui
vous prêtez dit « Eh vous savez, je ne
vais
peut-être pas vous rembourser ». Et donc, on est à risque. Vous savez, les taux d'intérêt montent. Ça signifie quoi ? C'est que la signature de la France est plus compliquée. Moi, tous les gens qui nous écoutent aujourd'hui, je leur conseille d'aller lire un discours. C'est le discours du 1er juin 1958 de De Gaulle, quand il est nommé Premier ministre, on dit Président du Conseil à l'époque. C'est son discours de politique générale. Le discours, il a deux caractéristiques. D'abord, c'est une page et demie. Aujourd'hui, quand un Premier ministre fait un discours de politique générale, ça dure deux heures et à la fin, on
ne
sait pas ce qu'ils ont dit. Une page et demie. En une page et demie, il a concentré l'effort et il a dit ce qu'il fallait faire. Et il dit une deuxième chose. Il
y
a une phrase.
«
La cause profonde de nos épreuves, dit-il, c'est l'impuissance des pouvoirs. » C'est-à-dire qu'en fait, on a l'impression que les pouvoirs publics ne peuvent jamais agir. Il faut que le cornu enfin montre que la puissance publique peut agir et a la capacité d'agir. Les hommes politiques ne font que du commentaire. Je vous dis qu'il faut agir. Comment on agit ? Eh bien, on agit avec une politique qui diminue la dépense publique.
Alors,
Philippe
Jérin,
vous avez agi puisque vous avez adressé un courrier à
l
'ensemble des candidats déclarés à l'élection présidentielle. Vous leur avez demandé quelles étaient leurs intentions en matière de redressement des finances publiques. Est-ce que vous avez déjà eu des réponses
?
Absolument. En quelques jours, j'ai envoyé la lettre la semaine dernière. J'ai plusieurs candidats qui ne
m
'ont pas donné de réponse, mais qui m'ont dit qu'ils allaient me répondre. Ils vont le faire sérieusement. Donc, je ne
suis
pas à trois jours près, bien entendu. Pourquoi j'ai fait ça ? C'est parce qu'à la prochaine élection présidentielle, il y
a
des gars qui vont vous dire « Moi, je veux ça pour l'école, je veux ça pour l'hôpital, je veux ça pour la sécurité. » Très bien. Sauf qu
'on
ne peut pas le payer. Et donc, la vraie question qui se pose aujourd'hui, c'est comment vous financez tout ça ? Vous allez publier tout ça après ? Alors, je vais communiquer. Je me suis engagé à la chose suivante vis-à-vis des candidats, parce que je veux le faire d'une manière très transparente et très loyale à leur égard. Ils vont me donner leur programme. Je vais le transmettre aux membres de la Commission des finances de l'Assemblée nationale. Ceux qui le souhaitent et qui sont d'accord, je le communiquerai ensuite à la presse, bien entendu.
J'aimerais qu'on ait un débat sur la question des finances publiques, parce qu'encore une fois, je dis aux Français, ceux qui vont vous faire des promesses sans vous dire comment ils rétablissent les comptes publics, en fait, vous mentent, parce que si vous ne rétablissez pas les comptes publics, vous ne pouvez rien financer en France. C'est ça vraiment qui va nous arriver. Je ne veux pas que les candidats, en réalité, se planquent
sur
la question de la dépense publique. Pour éviter qu'ils se planquent, eh bien, je leur demande leur copie. C'est assez simple.
Et
c'est très louable. Merci. Et vous innovez d'ailleurs. C
'est la première
fois que ça se fait. Mais dans les semaines qui viennent, j'aurai d'autres propositions à faire et qui auront toutes pour but de diminuer l'endettement du pays pour redonner la souveraineté au pays. Vous avez bien compris. La question de la dette est désormais une question de souveraineté.
Philippe Juvin, vous restez avec nous. Vous demandez aux candidats qu'ils ne se planquent pas. On poursuit la discussion dans un instant. Il y aura vos trois minutes pour convaincre, votre carte blanche, la question d'un auditeur et le hashtag de Benjamin Gleize. Dans un instant, restez avec nous.
Il
est 8h44 sur Sud Radio.
Le
Grand Matin Sud Radio, 7h10, Jacques Cardoze. Philippe Juvin, député Les Républicains et rapporteur général du budget, est notre invité sur Sud Radio. Nous parlions de ces candidats qui pourraient se planquer derrière certaines promesses. Vous ne voulez pas qu'ils se planquent. C'est votre terme à l'instant même. Et j'ai envie de poursuivre juste quelques minutes avant votre carte blanche sur ce point. Qui parmi les candidats vous paraît être le plus à même et le mieux adapté à ce que vous savez de la réalité économique du pays aujourd'hui
? Je
vais tricher. Ne croyez pas que je triche parce que c'est mon candidat. Mais Retailleau a une colonne vertébrale. En fait, ce que j'attends d'un homme politique, ce n
'est
pas qu'il me dise je vais faire plus 1% sur ça ou 2% sur ça. J'attends d'un homme politique qui veut être président de la République, c'est quand même pas rien, une vision du pays. Quelle est sa vision du pays ? Je ne veux pas de...
Qui a la meilleure vision aujourd
'hui
? Je pense que
Retailleau a cette vision.
Et après
? Il a une vision d'une France qui est souveraine et prospère et qui donne envie. Enfin, cette tristesse que l'on nous cultive en permanence est folle. Je regardais récemment un type a publié une sorte de CAC 40. Vous savez, le CAC 40, c'est la liste des grandes entreprises françaises à la bourse. Et bien, quelqu'un s'est amusé à dire, tiens, je vais faire la même liste avec toutes les entreprises cotées à l'étranger créées par des Français.
Et
bien, en fait, nous avons cette capacité extraordinaire à créer des pépites économiques qui créent de la richesse que l'on peut redistribuer, qui peut créer de la prospérité pour le pays, sauf qu'elles sont parties à l'étranger. Donc, encore une fois, je dis à tous les candidats à
l
'élection présidentielle, la France mérite une vision. Ayez une vision du pays avant d'en avoir une mesure technique. Je veux savoir ce que les gens imaginent de la France dans 10, 20 ou 30 ans.
Par exemple, sur des sujets comme l'industrie, on a le sentiment, c'est ce qui a été dit notamment
pendant le débat du
MEDEF, qu'on a tendance aujourd'hui à saupoudrer, à donner un petit peu à tout le monde. Vous attendez
des grandes directions. Oui,
bien
sûr. Moi, j'attends, par exemple, qu'on tire les leçons du fait que nous avons encore un système éducatif
qui
ne va pas bien, mais qui dégage,
c
'est un miracle, quelques mathématiciens de haut niveau. Ces gens-là créent de la richesse. Ils créent des startups et ces startups, une fois créées, elles filent à l'étranger. Pourquoi ? Et elles appauvrissent le pays. Donc, faisons en sorte que notre pays redevienne accueillant.
Alors,
Philippe Juvin, dans cette deuxième partie, nous proposons à nos invités une carte blanche. Vous avez choisi de parler de la dissuasion nucléaire. Je donne le contexte. On parle beaucoup de dissuasion avancée aujourd'hui. C'est le fait de proposer aux pays de s'associer à notre posture française. Et en échange, ils bénéficient de notre dissuasion nucléaire. D'une certaine façon, on leur vend un service. Qu'en pensez-vous ? 10 pays ont déjà manifesté leur intérêt.
Pourquoi j'ai choisi la dissuasion nucléaire ? Pour deux raisons. D'abord, que les gens qui nous écoutent sachent de quoi on parle. La dissuasion nucléaire, c'est cet outil de défense qui repose à la fois sur des sous-marins nucléaires lanceurs d'engin et sur une force aérienne stratégique et une force aéronavale nucléaire
qui
nous permet de dire à celui qui nous agresserait, eh bien, nous avons la possibilité de vous causer des dégâts tellement importants que vous ne pouvez pas nous pousser à la capitulation ou à l'atteinte à nos intérêts vitaux. C'est notre assurance vie, la dissuasion. Et pourquoi j'ai voulu en parler ? Pour deux raisons principales. La première, c'est que la dissuasion nucléaire, dont nous bénéficions aujourd'hui, elle est le fruit de décisions prises il y a 10, 20, 30 ou 40 ans. Autrement dit, la décision que nous prenons aujourd'hui, y compris budgétairement, de financer ou non tel ou tel outil de défense, eh bien, aura des effets sur l'indépendance du pays, la souveraineté.
Et donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous ne voulez pas qu
'on loue nos services ? Non, je dis simplement qu'il faut qu'on se donne les moyens
de
développer une défense qui sera valable dans 10, 20 ou 30 ans, à l'heure où la politique ne prend que des décisions à 6 mois. Là, nous avons des décisions à prendre à 20, 30 ou 40 ans. C'est la première raison. La deuxième raison,
elle
est un peu psychologique.
C
'est-à-dire que la dissuasion nucléaire,
elle
repose sur, évidemment, de la recherche, une industrie de défense souveraine. Il faut qu'on puisse construire des sous-marins, par exemple, en toute indépendance. Mais à la fin du fin, la mise en œuvre ne dépend que d'un seul homme qui décide de sa mise en œuvre, le président de la République. C'est lui qui prend seul la décision d'appuyer sur le bouton. Et donc, je dis aux Français qui nous écoutent, le jour où vous mettrez un bulletin dans l'urne pour tel ou tel candidat, évidemment, vous le mettrez pour les mesures qu'il propose, pour la vision qu'il incarne. Je vous ai parlé de la nécessité d'avoir une vision.
Mais aussi, en ayant en tête que cet homme ou cette femme aura un pouvoir immense, c'est celui d'appuyer sur le bouton nucléaire. Et donc, cette question-là, elle n'est pas petite et elle est peu dans le débat. Nous devons l'avoir en tête. Avez-vous confiance dans la personne pour laquelle vous allez mettre un bulletin ?
Vous avez entendu le gong, Philippe Juvin.
On
va passer à un autre sujet défendu et présenté par Benjamin Gleize
dans ce deuxième
quart d'heure qui regarde et scrute l'actualité des réseaux. Depuis hier, Benjamin, l'une des séquences les plus commentées concerne l'une des promesses précisément de Bruno Retailleau.
Bah oui, justement, votre candidat pour cette élection présidentielle, il souhaite inscrire dans la Constitution que la France, et je cite, un pays de tradition judéo-chrétienne, ça fait débat sur les réseaux sociaux. Cette mention, elle ferait partie intégrante de sa charte de l'ordre républicain. Il s'en est expliqué hier sur BFM. Sur le plan culturel, il faut assumer nos racines judéo-chrétiennes.
Et ce sera dans la
Constitution ? C'est d'une charte. Vous savez qu'il
y a
une charte de l'environnement qui est adossée à la Constitution. Et c'est important parce que les juges doivent en tenir compte. Eh bien, je veux que là encore, ce soit les gens qui définissent les règles et non pas les juges. Et donc vous, président, la tradition judéo-chrétienne de la France sera inscrite dans la Constitution
?
Absolument, parce que je pense qu'on souffre aujourd'hui d'une forme de mea culpa constante, d'une espèce de culpabilité éternelle. Et je veux dire aux Français qu'il faut être fier de nos racines. Fier de ce que l'on est, ça n'exclut personne. Simplement, au contraire, quand on veut s'ouvrir, il faut être sûr de ses racines. Être sûr et fier de ses racines, sans pour autant mettre à mal, dit-il, le principe de laïcité, un jeu, en tout cas, d'équilibriste pour Bruno Retailleau. Philippe Jubin, qu'est-ce que ça apporterait concrètement de mettre cette tradition judéo-chrétienne dans la Constitution ? C'est purement symbolique ou pas
? Alors
non, mais juste avant de vous répondre, c'est un vieux débat, puisque vous vous souvenez peut-être que, enfin, vous êtes jeune, donc vous ne vous souvenez peut-être pas, qu'au moment du référendum sur l'Union Européenne, il
y
a une vingtaine d'années, ça avait été une question. Et ça avait été écrit dans le projet initial de Constitution Européenne, avant d'être retiré à la demande des uns et des autres. Pourquoi faire cela ?
En
fait, la vraie question, c'est quel est notre modèle de civilisation ? Moi, je crois que nous avons un modèle de civilisation qui est effectivement appuyé sur des racines judéo-chrétiennes, mais aussi Rome et Athènes, qui définissent un certain type d'homme. L'homme libre. C'est très intéressant de regarder la culture chrétienne. La culture chrétienne, c'est la seule qui est donnée à l'homme le droit de croire à un dieu, et ce dieu vous donne la liberté. Chez les chrétiens, on entre dans le fond,
c
'est très intéressant, chez les chrétiens, vous avez le libre arbitre. Vous êtes libre de croire ou de ne pas croire. A tel point, d'ailleurs, qu'avoir un dieu qui vous dit mais vous avez le droit de ne pas me croire est quand même assez extraordinaire.
Et
cette liberté ultime, elle exprime la liberté dans son acceptation la plus grande. Donc, c'est ça, je crois, que Retailleau veut mettre en
avant. Et elle est
en danger
?
Je crois que nous devons... Par exemple, l'idée qu'un certain nombre de gens disent il faut qu'on crée un délit de sacrilège. Vous savez, on entend ça dans le débat. C'est absurde. Il faut que nous soyons totalement libérés. En fait, paradoxalement, les racines judéo-chrétiennes nous donnent une très grande liberté vis-à-vis des religions.
C
'est ça qu
'il
faut comprendre.
Est
-ce que ce n'est
pas, d'une certaine façon, un peu la même approche, mais totalement différente et repensée que le RN qui veut interdire le voile dans l'espace public en mettant des amendes ? Est-ce que ce n'est pas, finalement, le même combat avec des moyens très différents
? Et
une autre proposition ? Non, je crois que c'est de nature différente. Notre modèle de civilisation, je vais peut-être vous surprendre, mais je le crois supérieur à d'autres modèles de civilisation. C'est la liberté, c
'est
l'égalité entre l'homme et la femme, la liberté de croire ou de ne pas croire. Ce n'est pas le cas dans toutes les civilisations du monde. Je crois que nous avons un modèle de civilisation qui, en cela, est supérieur. Non pas que cette supériorité puisse être utilisée, doit être utilisée pour faire la guerre aux autres. Pas du tout. Mais je crois qu'il y a une certaine forme de supériorité. Et à partir du moment où vous n'êtes pas certain que votre modèle de civilisation est bon, c'est difficile de le défendre. Et donc, la proposition de Rotaillot, c'est simplement dire que nous ne sommes pas une page blanche. Nous venons de loin.
Et venant de loin, il est intéressant de noter que c'est dans la Constitution.
Merci infiniment, Philippe Juvin, d'avoir été notre invité ce matin. Vous êtes le rapporteur du budget, député Les Républicains. Et bien sûr, on suivra avec beaucoup d'attention la suite. Et j'espère que vous reviendrez pour nous donner les bons et les mauvais points à propos de la lettre dont vous avez parlé.
Non, il
n
'y
aura pas de bons et de mauvais points. Non, non, pas du tout. Le but, c'est que les Français sachent à quoi ils doivent s'attendre s'ils élisent M. X ou Mme Y.
Merci infiniment. Dans la prochaine heure, ce sera le grand débat des éditorialistes. On reviendra sur l'AFD, bien sûr, et sur bien d'autres sujets. A tout de suite.
Philippe Juvin