MÉLENCHON : « LA FRANCE DOIT ÊTRE INDÉPENDANTE »
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:15OuverteRéponse directe
Donald Trump a agi unilatéralement contre Bachar Al-Assad. Quelle est votre réaction ?
- 0:30RelanceRéponse partielle
Donc vous condamnez l'intervention unilatérale ou l'intervention tout court ?
- 1:00OuverteRéponse directe
Priorité à la diplomatie ?
- 1:30OuverteRéponse directe
Bachar Al-Assad doit-il comparaître pour crime ?
- 2:00OuverteRéponse directe
La solution diplomatique passe-t-elle par Bachar Al-Assad ?
- 2:30OuverteRéponse partielle
Vladimir Poutine est-il complice des crimes de guerre de Bachar Al-Assad ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Jean-Luc MélenchonFait
« La 1ère, c'est évidemment celle de l'indignation pour les armes, pour l'utilisation des armes chimiques ; et quel que soit le coupable de cette utilisation, il doit être puni. »
- 0:45Jean-Luc MélenchonFait
« Nous, les Français, nous avons un attachement particulier à l'interdiction du recours aux armes chimiques, non seulement parce que nous en avons été victimes d'une manière abominable pendant la 1ère Guerre Mondiale, mais surtout parce que c'est à notre initiative qu'a été adoptée en 1993 la Convention contre les armes chimiques. »
- 2:00Jean-Luc MélenchonFait
« Que les Nations Unies s'en mêlent, c'est la seule autorité légitime mondiale. »
- 2:30Jean-Luc MélenchonFait
« Et quel que soit le coupable, je le dis bien ! Que ce soit le gouvernement de Bachar Al-Assad, les Russes, les Américains, Al-Nosra, Al-Qaïda, que sais-je encore ? »
- 3:30Jean-Luc MélenchonFait
« Je ne le crois pas. Au demeurant, une telle situation s'est déjà présentée dans le passé. Et le Général de Gaulle n'a pas fait ce choix. »
- 4:00Jean-Luc MélenchonFait
« Nous sommes plus forts si nous ne sommes pas liés aux engrenages mortels d'une alliance militaire qu'à l'évidence nous ne contrôlons pas : là, M. Trump a décidé tout seul. »
- 7:00Jean-Luc MélenchonChiffre
« Il y a eu une immense perplexité dans la classe ouvrière et dans les employés. C'est la classe sociale la plus nombreuse dans notre pays. »
- 9:00Jean-Luc MélenchonPromesse
« Quand la nouvelle Constitution aura été adoptée par le peuple français, la loyauté commande que l'on mette un terme à la précédente. Qui peut le faire ? Celui qui est élu. C'est-à-dire moi. »
- 10:00Jean-Luc MélenchonFait
« Le jeu vidéo, qui est la grande création culturelle de notre temps, la bande dessinée, le roman, le cinéma que sais-je ? »
- 10:30Jean-Luc MélenchonFait
« Pourquoi ce ne serait pas la collectivité qui le ferait à leur place ? Pourquoi faut-il qu'on subventionne à hauteur de 60% les dons qu'ils font par les impôts de tous, pour qu'ils fassent ces dons ? »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Laurent Delahousse : C'est l'heure de l'Entretien politique. Notre invité est né à Tanger, au Maroc, il a aujourd'hui 66 ans. Candidat à l'élection présidentielle pour la 2ème fois, en 2012, sous les couleurs du Front de Gauche, il avait obtenu 11,1%.
Il est cette fois le candidat de la France Insoumise, candidat désormais crédité de 15 à 17% d’intentions de vote dans les dernières enquêtes. Bonsoir Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon : Bonsoir.
LD : Merci d'être avec nous ce soir. D'abord une question, d'actualité : Donald Trump a fait le choix d'agir de manière unilatérale, contre Bachar Al-Assad, contre la Syrie. Quelle est votre première réaction?
JLM : La 1ère, c'est évidemment celle de l'indignation pour les armes, pour l'utilisation des armes chimiques ; et quel que soit le coupable de cette utilisation, il doit être puni. LD : Acte que vous condamnez. JLM : Ah bah évidemment.
Et quel que soit le coupable, je le dis bien ! Que ce soit le gouvernement de Bachar Al-Assad, les Russes, les Américains, Al-Nosra, Al-Qaïda, que sais-je encore ? Tous les gens qui sont là et se battent dans cette zone.
Nous, les Français, nous avons un attachement particulier à l'interdiction du recours aux armes chimiques, non seulement parce que nous en avons été victimes d'une manière abominable pendant la 1ère Guerre Mondiale, mais surtout parce que c'est à notre initiative qu'a été adoptée en 1993 la Convention contre les armes chimiques. J'ajoute -- si vous le permettez, puisque l'occasion m'en est donnée -- qu'en 93, on avait échoué à faire aussi l'interdiction des armes bactériologiques. Rien que le mot vous fait peur.
Alors, là, si vous voulez, nous sommes dans une poudrière. Et c'est un danger extrême de voir qu'une personne toute seule, en dehors de tout cadre, y compris légal de son propre pays, décide de frapper à l'extérieur, dans un endroit qui est volcanique. LD : Donc, ce que vous condamnez, c'est l'intervention unilatérale ou l'intervention tout court ?
Quand François Hollande, lui, en appelle aux Nations Unies pour une intervention, vous êtes d'accord avec lui? JLM : Ah là, c'est autre chose. Que les Nations Unies s'en mêlent, c'est la seule autorité légitime mondiale.
J'ajoute que les Nations Unies avaient fait une proposition en décembre dernier, qui m'allait complètement puisque ça avait été fait à l'unanimité, c'était la position que je défendais : l'idée que les combats cessent, la coalition est universelle et on organise les élections. Je sais que ça prête à sourire, d'imaginer des élections...
LD : Parfois, ça peut paraître un peu utopique...
JLM : Mais il vaut mieux des élections que des bombardements, parce les bombardements, c'est sans fin ! L'un bombarde, puis le suivant, puis le suivant...
Là, si vous voulez, M. Trump intervient, que croyez-vous qu'il va résulter de cette intervention? Rien, sinon une escalade de nouveau, alors qu'on pensait qu'on s'acheminait vers ...
LD : Donc, priorité à la diplomatie? JLM : Oui, en toutes circonstances, priorité à la diplomatie. Et je demande aux gens de bien réfléchir.
On peut toujours avoir l'impression que, par la violence, on va régler un problème définitivement. L'expérience récente nous montre que c'est inexact. Nulle part on n'a réglé quoi que ce soit par la guerre.
Ni en Libye, ni en Irak, ni en Syrie, ni en Afghanistan, ni nulle part. Par conséquent, mieux vaut parler que détruire. Alors évidemment, ça ne veut pas dire non plus avoir la moindre complaisance pour le recours, par exemple, aux armes chimiques.
LD : Donc, si Bachar Al-Assad est convaincu d'avoir agi en utilisant ces armes chimiques, près de trois cent vingt mille morts depuis le début de cette guerre, devra-t-il comparaître devant un tribunal pour crime ? JLM : Eh bien ça me paraît assez évident, évidemment qu'on doit répondre de ses crimes ! Et, si j'étais le président de ...
LD : Ces crimes, depuis plusieurs années commis contre son peuple ? JLM : Ça c'est autre chose, parce que les crimes là-bas beaucoup de gens en commettent. Bien évidemment, il faut demander aux Syriens, moi j'en reste à ça.
Si on commence en disant : "on fait une négociation de paix mais on ne veut pas d'un des belligérants", on est mal. Pour l'instant, le seul belligérant sur lequel tout le monde peut se mettre d'accord pour essayer de l'enrayer, c'est Daesh, et ce sont les autres groupes de cette nature. LD : Donc la solution diplomatique passe encore aujourd'hui à vos yeux par Bachar Al-Assad ?
JLM : Non, elle ne passe pas par lui. Elle passe par le fait qu'il y a un dialogue dans lequel soient présent[e]s toutes les parties liées au conflit. Et qu'il y ait des élections.
Moi je ne crois pas, mais je donne un avis purement personnel, je ne suis pas Syrien. Et je ne voterai pas aux élections en Syrie. Mais si je devais voter aux élections en Syrie, je doute que je vote pour M.
Bachar Al-Assad. LD : On a entendu parfois, et vous vous énervez parfois sur cette question-là, concernant Vladimir Poutine. Pour clarifier juste la situation, : Vladimir Poutine, en soutenant Bachar Al-Assad, est-il, selon vous, complice des crimes de guerre de Bachar Al-Assad ?
JLM : Et après vous me demanderez si on doit lui aussi le juger en tribunal international ? Et comment comptez-vous faire pour aller le chercher ? Voilà la question.
Bon. M. Poutine est le dirigeant de la Russie.
Ce n'est ni vous ni moi qui le choissisons. Et si nous décidons qu'il ne l'est plus, alors il faut assumer le fait qu'on ne parle plus avec les Russes. Personne ne propose une absurdité pareille.
Il faut être raisonnable, parce qu'on est dans un enchaînement guerrier. Je viens sur M. Poutine.
La Russie a un accord de défense avec la Syrie. On en pense ce qu'on en veut, mais il existe. LD : Donc son intervention à lui est légitime.
Celle de la Russie est légitime. JLM : Je ne dis pas... "légitime" ça veut dire qu'il a raison de le faire.
Je ne vais pas jusque là. Je vous dit simplement qu'il y a une situation légale qui autorise ce type d'intervention. De la même manière, on ne peut pas se réclamer du droit international, par exemple pour vouloir faire respecter la frontière de l'Ukraine, et ensuite l'oublier quand il s'agit de celle la Syrie.
Il faut une cohérence ! Et la France ne gagne rien...
Là elle vient de prendre une très mauvaise décision ! M. Hollande et Mme Merkel, en approuvant les bombardements unilatéraux et personnels de M.
Trump, mettent le doigt dans un engrenage auquel je vous demande de réfléchir. Ça veut dire que si demain, M. Trump décidait d'intervenir en Europe, par exemple en Ukraine, pareil, on dirait "oui, c'est une bonne idée" ?
Bien sûr que non ! LD : Les choses ne sont pas complètement comparables. JLM : Je m'en suis aperçu, figurez-vous, mais je vous mets en garde, après tout ce n'est que ma modeste voix, contre les enchaînements.
Le monde a déjà connu deux guerres mondiales de cette manière-là. Nous sommes dans une guerre qui tend à se généraliser. Ni vous ni moi, à cette heure, ne connaissons réellement les motivations, ni de ceux qui ont utilisé les armes chimiques, ni de la riposte de M.
Trump. Car si vous regardez les spécialistes des questions internationales, qui ont écrit depuis hier soir, vous voyez que les arguments sont extrêmement nombreux qui montrent qu'il y a un besoin pour les États-Unis d'Amérique de rétablir une position de force. N'en soyons pas, nous, les complices involontaires.
LD : Dans ce contexte de tension, parfois de chaos qui pourrait s'annoncer, vous souhaitez une sortie de la France de l'OTAN. Certains de vos adversaires vous répondent : "Mais M. Mélenchon, nous ne pouvons pas être seuls face justement à la puissance des États-Unis, à la puissance de la Russie, à la puissance de la Chine.
La France est plus forte peut-être dans le commandement de l'OTAN." JLM : Je ne le crois pas. Au demeurant, une telle situation s'est déjà présentée dans le passé.
Et le Général de Gaulle n'a pas fait ce choix. Il a fait le choix de l'indépendance dont je me réclame, et le choix d'une dissuasion tous azimuts. À l'époque, les gens étaient horrifiés, en disant : "comment, tous azimuts ?
Mais, M. De Gaulle, Il y a l'Est et l'Ouest, vous ne pouvez quand même pas mettre ça sur le même plan ?" Lui disait "si, on met tout le monde sur le même plan, au sens où la France doit être indépendante".
Nous sommes plus forts si nous ne sommes pas liés aux engrenages mortels d'une alliance militaire qu'à l'évidence nous ne contrôlons pas : là, M. Trump a décidé tout seul. LD : Donc vous avez une vision finalement plus gaulliste que d'autres.
JLM : Alors, dans la tradition diplomatique française, oui, je suis plus proche de la vision du général de Gaulle et de François Mitterrand, que de celle de MM. Sarkozy et Hollande, qui eux se sentent plus naturellement liés aux États-Unis d'Amérique. Moi, je suis un indépendantiste français.
LD : On va revenir à cette campagne présidentielle française, il faut souligner que vous êtes en train une nouvelle fois de bouger les lignes, et ça se confirme dans les différents instituts de sondage qui se cumulent depuis quelque temps. Pourquoi, d'abord, vous voulez devenir Président de la République, Jean-Luc Mélenchon, une question simple, c'est pourquoi, pour nous octroyer le bonheur? Un jour, j'ai un peu entendu ça.
ça veut dire quoi nous octroyer le bonheur? JLM: Non, j'ai jamais dit octroyer le bonheur, je suis assez philosophe pour savoir qu'on octroit certainement pas le bonheur, et que déjà le trouver soi-même, c'est un tâche assez complexe. LD: L'idée d'être heureux en 1973 quand François Mitterand l'évoquait dans un discours, ça vous a profondément touché...
JLM: Oui, parce que à mes yeux de jeune homme très, comment dire enflammé, il y avait un idéal, qui peut-être me poussait à avoir un certain esprit de système. Pour la 1ère fois je tombais sur un homme beaucoup plus âgé que moi qui et qui me rappelait que le sens de notre engagement politique ce n'est ni notre parti, ni notre catéchisme, comme il disait en se moquant de moi. Mais le sens de l'existence elle-même, au fond, nous ne vivons que pour essayer de prendre notre part de bonheur et d'en donner à d'autres.
Et il faut jamais perdre ce point de repère. Alors, être candidat à une élection présidentielle, c'est d'abord le fait d'un républicain et d'un démocrate. Bon, vous vivez dans une cité, vous y jouez un rôle, vous aspirez à en jouer un parce que vous faites des propositions, vous aimez votre pays, je pense que c'est le cas de tous les candidats qui sont là, qui sont tous animés d'un amour de la patrie qui n'est pas feint, et voilà qui vous met en mouvement, quant à moi j'ai passé ma vie à ça, à une cause que j'ai défendu, j'ai dit c'est la cause du peuple et vous le savez comme moi, j'aime l'histoire de France, je m'y assimile, je choisis mes héros parmi ceux qu'elle me propose.
LD: Justement, on a cité le Général de Gaulle, vous avez cité à l'instant François Mitterand, on y reviendra peut-être dans un instant, cette conquête de l'opinion, c'est aussi le fruit, on a l'impression, d'une mutation de votre part, finalement, plus transversale qu'auparavant, je voudrais juste quelque précisions, est-ce que vous avez élargi au fil du temps votre imaginaire politique, Jean-Luc Mélenchon? Est-ce que finalement la gauche vous a un peu enfermé, et que le peuple vous a élargi de nouveaux horizons? JLM: Je comprends votre question, et elle est bien au cœur de ce qui m'a préoccupé en préparant cette campagne et en la conduisant.
Le mot de "gauche" était devenu si confus que se battre au nom de la gauche revenait à passer son temps, la moitié du temps, à expliquer pourquoi les uns étaient la vraie gauche. Si bien que je me suis dit, tout ça, c'est du fatras. J'ai pas envie de passer mon temps à ça.
Je suis un homme de gauche, tout le monde le sait. J'y ai passé ma vie et j'en suis plein. LD: Mais vous vous êtes rendu compte peut-être que la gauche n'avait pas le monopole du peuple?
JLM: Clairement et que en tous cas, elle n'y comprenait plus rien. Et que le peuple est parti de son côté, et ça vaut aussi pour la droite parce qu'ils sont aussi perplexes et perdus que le sont les gens de gauche. Et que au fond, peut-être que si on part du programme et des propositions, on rassemble plus largement avec moins d'a priori.
C'est ce qui des fois me conduit à ne pas être compris par mes amis. Vous voyez, par exemple nous allons être à Marseille dimanche pour un très grand rassemblement, j'ai dit à mes plus proches amis,"écoutez, évitez d'amener les drapeaux de partis, parce qu'il faut que tout le monde se sente à l'aise". Vous savez, ça choque des traditions militantes, que je respecte, moi-même je suis un militant.
LD: Vous avez opéré une mutation, effectivement, même dans une forme de stratégie, que certains diront, et j'imagine que vous n'aimez pas ce mot-là, de marketing, Votre affiche, elle a été transformé, vos meetings, ce ne sont plus les mêmes, on n'y chante plus l'Internationale, les drapeaux rouges ne sont plus de sortie, les communistes de la Place du Colonel Fabien, on les voit pas au 1er rang des meetings. C'est un choix de votre part, c'est une stratégie, pourquoi, parce que finalement, vous vous dites: " en étant candidat à la Présidence de cette République, je ne pouvais plus être l'incarnation d'une gauche radicale que j'ai été pendant des années"? JLM: Moi je n'ai pas changé, la manière de faire a changé, mais ce serait de la sottise de ne tenir aucun compte des leçons et des enseignements, et des limites que j'ai pu connaître à d'autres moments de mon combat.
Mais l'idée était de permettre au peuple français en grand désarroi et en perplexité, de se reconstruire comme un peuple politique. Autour de revendications qui peuvent rassembler des gens très divers. D'abord les questions sociales, mais aussi les questions institutionnelles.
Quand je propose de passer à la VIe République par une assemblée constituante, peut-être que ces mots paraissent très institutionnels, mais pour ceux qui les entendent, ils sont quand même vécus comme le fait que le peuple redevienne acteur de l'Histoire. Moi, je ne ferais que ça, vous savez M. Delahousse, je ne serai pas immortel ni éternel.
LD: C'est important pour ceux qui nous écoutent, cela veut dire qu'aujourd'hui, Jean-Luc Mélenchon, vous n'êtes plus le candidat d'un peuple, qui serait et qui aurait été celui de gauche, un homme qui se considère du peuple et de droite, vous l'appelez à vous rejoindre? JLM: Il en va de soi. LD: ça va de soi mais ça n'était encore pas évident il y a quelque temps.
JLM: Je suis d'accord avec vous. Tous ceux qui m'entendent et trouvent leur compte dans mon indépendantisme français, dans ma volonté sociale, dans l'idée qu'on va passer à la planification écologique, bref, qu'on va commencer un nouveau monde, peuvent se retrouver avec moi. Et je n'ai pas envie de demander à chacun:" d'où tu viens, qu'est-ce que tu as fait avant, est-ce que tu étais d'accord avec moi il y a 100 ans, est-ce que tu es d'accord avec la ligne 282 de la page 40 de mon texte?" Non!
Je pense qu'on en est plus là, mais on a besoin d'un grand élan qui nous porte en avant. Vous voyez, c'est pas normal que la France soit dans cet état de dépression généralisé, On est un grand peuple, on est nombreux, notre jeunesse est nombreuse, nous sommes un pays riche, La richesse est tellement mal répartie qu'il y a beaucoup de misère. Tout ça n'est pas normal.
LD: Un ouvrier, 40% des ouvriers aujourd'hui ne votent plus. Ne se déplacent plus. ça veut dire quoi?
Et 25% d'entre eux iraient vers le Front National. Normalement, il y aurait une évidence, vous leur parlez depuis tant d'années. On a vu votre émotion un jour , même je crois lors d'un déplacement, un ouvrier s'était retourné vers vous, vous aviez été le voir, il y avait une vraie émotion en vous parce que vous disiez: " je me bats pour vous depuis tant d'années".
Pourquoi ces ouvriers aujourd'hui, ne vont pas finalement vers vous? Qu'est-ce qu'il se passe? Finalement, ils vous assimilent au système?
JLM: Attendez que l'élection ait lieu avant, mais j'entends ce que vous me dites, je n'ai pas l'intention de passer à côté. Il y a eu une immense perplexité dans la classe ouvrière et dans les employés. C'est la classe sociale la plus nombreuse dans notre pays.
Il y a 6 millions d'ouvriers, 7 millions d'employés dont les statuts sont à peu près comparables. Et tous ces gens étaient en majorité attachés à la gauche. A la gauche politique, mais pas d'une manière dévote.
Ils l'étaient parce que la gauche s'occupait d'eux. De leurs salaires, etc. Aujourd'hui, comment voulez-vous qu'ils se reconnaissent dans un gouvernement qui a passé son temps à les frapper?
La loi El Khomri, que j'abolirai si je suis élu, est ressenti parmi les travailleurs comme une abomination. Qui remet en cause tous leurs droits. Donc ils se sont écartés de la gauche.
Et puis au même moment, il y avait l'extrême-droite qui était extrêmement active. Donc elle a su capter une certaine énergie. A nous de porter le combat et de convaincre.
LD: Avec l'objectif de bousculer le système vous l'avez dit, finalement le Parti Communiste, vous l'avez presque phagocyté, le Parti Socialiste, vous n'avez pas été le seul, avec Manuel Valls, avec Emmanuel Macron, vous vous êtes mis à trois pour effectivement bousculer la rue de Solférino. Est-ce que dans cette démarche, il n'y a pas un peu de vengeance de votre côté, une forme de vengeance? JLM: Non, il faut accepter de juger les gens d'après leurs propres valeurs.
Moi, je ne fais pas de marketing, évidemment, j'essaie d'être performant dans ma manière de m'exprimer. De la même, je ne règle pas de comptes personnels, moi j'ai des centaines d'amis socialistes. Et des gens des fois qui ne sont pas d'accord avec moi à cette heure.
Mais je sais qu'ils feront le bon mouvement, au bon moment. LD: Je vous parlais pas des amis, je vous parlais de l'appareil. JLM: Oui, mais ah bah l'appareil, il n'y a rien à en tirer, donc n'en parlons pas.
LD: Donc table rase. Oh bah, je sais pas ce qu'ils vont faire, comment ils vont terminer de se disputer et de se dévorer entre eux. Mais il y a surtout des centaines de milliers de braves gens socialistes, qui ont donné leur vie à ce combat, et qui aujourd'hui, peut-être vont se tourner vers moi.
Et peut-être que non. Alors, oui c'est vrai, M.Delahousse, je m'adresse à eux, je vais pas raconter d'histoires, j'espère bien qu'ils se disent finalement, au fond, Jean-Luc avait raison.
Et c'est avec lui qu'on va faire le bout de chemin. Peut-être qu'ils le feront, peut-être que non. Mais être un démocrate, c'est ça, c'est se battre et puis après vous acceptez le résultat du vote.
LD: Pour bien comprendre, vous le disiez tout à l'heure, il faut prévenir les Français, finalement, vous allez peut-être être élu dans quelques semaines, mais au bout de deux ans, vous pourrez démissionner puisqu'au terme de la Constituante, vous rentrerez à la maison. JLM: Alors, on va mettre les choses dans l'ordre, oui nous convoquerons une Assemblée Constituante, ce n'est pas moi qui vais écrire avec ma bande de copains une Constitution, et puis dire: "Tenez, c'est oui ou non". LD: Donc, il faudra deux ans à peu près.
A mon avis, un an et demi, deux ans, parce qu'il faudra entendre tout le monde, etc. Quand la nouvelle Constitution aura été adoptée par le peuple français, la loyauté commande que l'on mette un terme à la précédente. Qui peut le faire?
Celui qui est élu. C'est-à-dire moi. Donc à ce moment-là, en effet, je démissionnerai pour qu'on puisse passer au nouvel...
LD: Comme Cincinnatus? J'ai pris l'exemple de Cincinnatus, parce que dans l'Antiquité Romaine, Cincinnatus avait été un général brillant, il a gagné la guerre qui lui avait été confié, et puis après ça, il a mis en place...
LD: Il a mis en place une dictature. JLM: Oui mais à l'époque, c'était la formule, ça a pas le même sens qu'aujourd'hui, moi j'ai pas l'intention...
LD: C'est pas une perte de temps cette Constituante? JLM: J'ai pas l'intention d'être un dictateur pour un sous. LD: Certains l'ont cru à un moment donné...
JLM: Non, ce n'est pas...
Je vais vous dire pourquoi M. Delahousse, c'est une question très profonde. D'abord la monarchie présidentielle, on voit bien que ça a donné au bout d'un certain temps.
Une Constitution, elle se pétrifie, elle perd de son sens. Elle a été faite pour un homme exceptionnel, des situations exceptionnelles. Bon, maintenant, on est dans autre chose, on est un pays plus urbain, plus jeune, etc.
Donc on peut changer d'habits, mais surtout en le faisant, le peuple français se refonde lui-même. Et il refonde la patrie. Et à ce moment-là, M.Delahousse, on peut entendre qu'un homme dise: "et bien, c'est le tour des plus jeunes de faire les choses".
Nous aurons bien réglé la situation, voilà l'espérance qu'on peut porter. LD: Vous êtes probablement, et encore cette semaine, Jean d'Ormesson dans une interview du Figaro vous tire un coup de chapeau en disant que vous étiez extrêmement brillant. Alors, il n'adhère absolument pas à une grande majorité de vos propositions, mais il vous saluait.
Alors, parlons culture! Cette culture qu'on oublie aujourd'hui, dans la campagne, elle est souvent subsidiaire mais pourtant les Présidents de la République, Je prends un exemple, Pompidou, il était banquier de chez Rotschild, mais il y a Beaubourg, JLM: Et il a écrit une anthologie de la poésie française! Giscard, il y a le Musée d'Orsay, l'Institut du Monde Arabe, je ne parle pas de François Mitterand, la pyramide du Louvre, Jacques Chirac et le Musée des Arts Premiers, vous serez quel type de président, vous, Jean-Luc Mélenchon, sur le plan culturel, finalement?
Un président bâtisseur, est-ce que la culture française, selon vous, ça veut dire quelque chose? Culture de France, culture française? JLM: Ce sont des mots.
En France, on créé, on produit, on imagine, nous sommes aux avants-postes dans tout une série de domaines. Le jeu vidéo, qui est la grande création culturelle de notre temps, la bande dessinée, le roman, le cinéma que sais-je? Moi, je serai plus attentif aux personnes qu'aux monuments.
Je ne veux pas jeter la pierre à ceux qui m'auront précédé dans ce domaine. Mais par exemple, pour moi, le grand-oeuvre, ce sera de créer ces fameuses coopératives de créateurs en leur assurant le revenu des oeuvres, vous savez qui tombent dans le droit commun. Au bout d'un moment, le patrimoine public, vous savez, une œuvre, il n'y a plus de droits dessus. parce que le temps est passé.
Et bien, on continuera à prendre des droits dessus et on s'en servira pour cette caisse de retraite des créateurs. Alors, ça peut paraître un peu pataud de parler de cette manière là, mais moi je crois qu'avant de penser à la diffusion, il faut penser à la création. Et la création, c'est deux choses, des créateurs et une école, qui vivifient l'imaginaire des jeunes gens.
LD: Trois dernières questions, il ne vous a pas échappé que M. Arnault, M. Pinault, qui sont parfois pour vous les symboles de cette oligarchie capitaliste financent à hauteur de plusieurs de millions d'euros de grands projets pour finalement accueillir de grands lieux culturels.
Ces hommes que vous voulez imposer, taxer, parfois jusqu'à 90 à 100%, est-ce que vous ne craignez pas qu'ils quittent un jour la France? Et qu'ils laissent de côté un certain nombre de choses et notamment ces projets-là? C'est une question naïve, ou...
JLM: Non, on peut l'entendre. Moi, je fais le pari de penser que comme Danton, on n'emmène pas sa patrie à la semelle de ses souliers. S'ils aiment la France, et bien ils sont français.
LD: Mais vous allez pas les assigner à résidence? JLM: Mais non, cependant où qu'ils aillent, le fisc leur parlera puisque nous créerons l'impôt universel. Alors pour rassurer tout le monde, sur le modèle des USA, chacun déclare dans le pays où il est ce qu'il doit, et puis il compare avec le fisc de la France et paye la différence.
Bon, ces hommes aujourd'hui, dites-vous, alors je commence par mettre de côté l'idée qu'ils soient assez sordides et uniquement préoccupés par leur portefeuille pour imaginer qu'ils abandonnent leur patrie du jour où le Président ne leur conviendrait pas. Ils ne le feront pas, j'en suis persuadé. LD: Mais vous saluez leur travail, par exemple quand ils créent une fondation?
JLM: Bien sûr, mais ça m'amène à demander à qu'on réfléchisse à une question, puisque ces hommes ont assez d'argent pour une fondation, pour ceci, pour cela. Alors pourquoi ce ne serait pas la collectivité qui le ferait à leur place? Pourquoi faut-il qu'on subventionne à hauteur de 60% les dons qu'ils font par les impôts de tous, pour qu'ils fassent ces dons?
Autant avoir des hommes et des femmes de lettres et de culture qui prennent les décisions, car M. Lagardère ou autre, M. Arnault, ne se sentira pas vexé si je leur dis qu'ils sont peut-être très bons en affaires, mais pour ce qui est des arts, mieux vaut s'adresser aux créateurs.
LD: Il ne nous reste que quelque minutes, juste deux questions, est-ce que vous vous sentez vous, l'héritier de François Mitterand dans cette campagne? JLM: De lui et de beaucoup d'autres, je vous surprendrais parce qu'il arrive un moment où vous sentez que la situation et les destins s'approchent de vous, c'est comme ça, je le dis sans prétentions. Et alors vous réfléchissez, moi je suis plein de l'Histoire de France, de François Mitterand, bien sûr, Qui serais-je pour le renier à présent, après l'avoir tant aimé?
Mais des autres aussi, d'autres présidents de ce pays, d'autres dirigeants de ce pays, Et des gens qui n'ont jamais exercé aucune responsabilité, je me sens proche de Louise Michel, voyez-vous? Et je suis un homme et non pas une femme. LD: Une dernière question, cette campagne, elle est enivrante, éprouvante, parfois fatigante, usante?
JLM: Fascinante. Parce que j'ai vu beaucoup de campagnes, comme vous le devinez, mais rarement j'ai vu autant le peuple français se chercher. Et par conséquent, être attentif, contrairement à ce que l'on peut penser.
Et moi, j'ai...
Comment voulez-vous que je vous dise ça, j'ai le culte de l'action populaire. Donc, mon optimisme est sans limite. LD: Merci, Jean-Luc Mélenchon de nous avoir rendu visite ce soir.
Jean-Luc Mélenchon