Jean-Jacques Hurvois, une dernière question. Est-ce que vous avez le sentiment, en regardant le monde tel qu'il va, et il ne va pas si bien, il faut le dire, que l'état de droit est menacé ?
Réponse directeJe crois qu'il y a un vent mauvais qui souffle en Europe, dans lequel effectivement les colonnes de notre temple sont secouées. La raison pour laquelle l'un de ses gardiens en France, qui est le Conseil constitutionnel, ne doit pas être critiqué. Je peux être critique sur les décisions du Conseil constitutionnel, mais quand j'entends des personnalités aussi respectables et intelligentes que le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, ou Laurent Wauquiez, critiquer le Conseil constitutionnel, parfois critiquer même les Cours suprêmes, c'est-à-dire le Conseil d'État, la Cour de cassation, je crois qu'ils ne travaillent pas pour le bien-être de l'avenir. Parce que demain, un bonapartiste ou…
« Je crois qu'il y a un vent mauvais qui souffle en Europe, dans lequel effectivement les colonnes de notre temple sont secouées. La raison pour laquelle l'un de ses gardiens en France, qui est le Conseil constitutionnel, ne doit pas être critiqué. Je peux être critique sur les décisions du Conseil constitutionnel, mais quand j'entends des personnalités aussi respectables et intelligentes que le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, ou Laurent Wauquiez, critiquer le Conseil constitutionnel, parfois critiquer même les Cours suprêmes, c'est-à-dire le Conseil d'État, la Cour de cassation, je crois qu'ils ne travaillent pas pour le bien-être de l'avenir. Parce que demain, un bonapartiste ou un populiste qui deviendrait président de la République n'aurait qu'à exhiper des critiques de Laurent Wauquiez et de Bruno Retailleau pour dénigrer le Conseil constitutionnel en disant « ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est Bruno Retailleau ». Et donc, comme disait l'un de mes maîtres, Guy Carcassonne, qui était professeur de droit et éminent constitutionnaliste, on peut partager un désaccord avec le Conseil, mais le critiquer contribue à nuire à l'intérêt. Le gouvernement des juges, ça n'existe donc pas ? Non, je ne crois pas que le gouvernement des juges, ça n'existe pas. Enfin, je pense que ça n'existe pas, tout simplement parce que le juge n'a pas le dernier mot. Le gouvernement des juges en matière constitutionnelle, cela voit dire que c'est le Conseil qui décide, mais Edouard Balladur a montré en 1993 qu'après une décision qu'il avait couroussée sur déjà la question de l'asile, il avait changé la constitution, le dernier mot étant à l'Assemblée nationale et au Sénat. »
