Daniel Mermet face à Juan Branco - Construire les lendemains
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Bon, Juan, on est tout content de te retrouver. Moi aussi, vraiment. Et pour toi, c'est une grande journée. Tu as gagné quelque chose. C'est un jour de victoire, Juan Branco, puisqu'aujourd'hui, l'ENA change de nom. Et après des années de combats, de contestations, de critiques, des princes de la République, de la noblesse d'État, etc., voilà que tu obtiens quelque chose de la part de ton président de la République. L'ENA devient l'ISP, l'Institut du service public.
Extraordinaire mesure d'ENARC, d'ailleurs. C'est-à-dire qu'on se dit, il y a un problème avec une institution, on va changer de nom, on va la recréer au même endroit, parce qu'elle reste à Strasbourg, on va modifier quelques éléments, et on va présenter ça comme une suppression de quelque chose, alors qu'en fait, évidemment, tout se maintient, voire les problèmes s'accroissent, parce qu'on va uniformiser toutes les formations au sein de ce nouvel institut qui sera dirigé probablement par les mêmes personnes. Et donc, le minimum de diversité qu'il pouvait y avoir au sein de la fonction publique va se retrouver écrasé par ce dispositif.
Et aussi, au-delà de la bêtise et de l'opération de communication qui vise à présenter ce président comme étant réformateur à un moment où il est en fin de course, c'est la vision que ça révèle qui est aussi problématique.
C'est-à-dire qu'à aucun moment, on ne pense que l'université, qui est comme le seul espace, non seulement de liberté de pensée, mais aussi tout simplement d'accueil de ce que la France peut produire en termes de diversité sociale, de parcours, qui laisse le temps pour se construire dans un rapport justement non pas à des matières un peu néo-managériales ou des techniques, mais vraiment au fond d'une pensée, qu'elle soit disciplinaire en histoire, en philosophie, ou des techniques en droit, etc. Non, on ne se dit pas cette chose magnifique que la France a construite, d'accès libre, qu'elle va donner des moyens, etc.
Non, on recrée une sorte d'institution parallèle qui ne produit pas de la pensée, qui produit des serviteurs, en fait, qui vont du coup être suffisamment dociles et continuer à laisser le pouvoir là où il est, en fait.
Voilà la soupe dans laquelle tu craches, en fait. C'est-à-dire que tu étais fait, tout était programmé pour que tu sois dans ce cercle, ce cercle des pouvoirs, du pouvoir, et tu es un des rares, un des rares à dénoncer ce pouvoir. Et alors là, dans ton bouquin dont on va parler, tu es un des seuls aujourd'hui, peut-être le dernier, à évoquer la lutte des classes. C'est quand même assez incroyable qu'un enfant de la bourgeoisie et qui est doté, et qui a un capital intellectuel absolument énorme, se préoccupe des broulos. Ça ne se fait plus du tout.
Tu n'as pas compris qu'aujourd'hui, ce qui compte, c'est le genre, c'est les racisés, c'est tout un tas de choses de ce genre, tout un tas de problèmes de société qui sont très importants, mais que de classe, on n'en parle plus, les inégalités sociales, on n'en parle plus, les inégalités économiques, on n'en parle plus, et toi, tu ne fais que ça dans ton bouquin.
Mais parce que je pense que c'était un travail sur moi de me rendre compte à quel point je devais, et non pas des choses m'étaient dues. En fait, quand on rentre dans ce système de grandes écoles, de part l'idéologie du mérite des concours, et ainsi de suite, on vous donne la conviction que ce que vous recevez est un dû, elle est liée à votre intelligence exceptionnelle, et ainsi de suite, et que du coup, en fait, ça vous construit, que l'on veuille ou pas, une forme d'arrogance et de surplomb sur le reste de la société.
Oui, tu appartiens à la noblesse d'État, tu deviens comme... Tu as des titres nobilières.
Voilà, alors ça, c'est pour ceux qui obtiennent grâce au concours par exemple un poste dans leur fonction publique, et ainsi de suite. Là, ils ont même une charge, c'est-à-dire qu'ils ont droit à vie, non seulement un titre, comme peut l'être un normalien ou un étudiant des grandes écoles, mais au-delà de ça, vous avez même une rémunération, une rétribution qui vous est garantie à vie, même en commettant des fautes de tout type, vous allez vous maintenir au pouvoir, et en effet, une appartenance à un grand corps qui est exactement comparable à celle qu'avaient les marquis, les comtes, les barons, etc., sauf qu'elle n'est plus liée à un territoire, c'est à la limite la différence qui existe.
Mais ce qui est important, c'est surtout intellectuellement parlant, même psychiquement parlant, cette idée qu'on ne se rend plus du tout compte, on ne pense plus du tout que tout ce à quoi on a droit est le fruit d'un effort qui est produit par l'ensemble de la société, qui est concentré à Paris à des fins théoriquement de redistribution, et nous, en fait, on est à Paris, théoriquement, ceux qui vont aider à la juste redistribution, à la juste réorientation des ressources, mais que ces ressources-là, elles ne viennent pas de nulle part, c'est-à-dire que c'est des gens qui travaillent, qui triment, qui sont pour beaucoup exploités, qui les produisent au quotidien, et qui, à un moment, voient une partie de cette ressource captée par l'État remonter à Paris pour revenir théoriquement, pour que cet effet de concentration permette de produire plus, d'investir plus et d'accroître la richesse et le bien-être de l'ensemble de la société.
Et cette conscience, vraiment, toute simple, je veux dire, on n'a pas besoin d'en passer par Marx, par qui que ce soit, mais par contre, il est très difficile d'y accéder, psychiquement parlant. C'est-à-dire, il est très difficile de se dire, mais non, en fait, moi, je suis un privilégié. J'ai eu le temps, la chance de pouvoir étudier, de me construire, ainsi de suite. On m'a offert des outils et ces outils ont une fonction pour le reste de la société. C'est d'aider la société à s'améliorer et pas simplement me permettre de construire un confort personnel parce que, justement, je mériterais cette idéologie mérite qui est très, très dangereuse.
Donc, à partir de cette déconstruction personnelle, tout simplement, à la construction d'un propos politique et du coup, évidemment, après d'une pensée, de proposition et ainsi de suite qui vise à remettre un peu à l'équerre tous ces gens que je connais très bien, que j'ai fréquentés, dont j'ai été parce que j'avais ces mêmes réflexes de pensée. Je ne suis pas né avec une conscience quelle que soit.
C'est quelque chose qui se construit, qui se découvre à travers les expériences de la vie, à travers aussi probablement la confrontation à la violence sociale, ce qui était très difficile pour moi parce que, comme vous le dites, j'avais un cumul de capitaux différents qui me rendaient à peu près invulnérable par rapport à la quasi-totalité de la population française, sauf qu'à un moment, j'ai été confronté à l'échelon supérieur.
Donc, des gens qui avaient, en plus de tout ça, un capital économique très important, etc., et qui avaient, du coup, une forme de mépris et d'endogamie à laquelle je n'avais pas été confronté, d'un petit, pardonnez-moi, un petit connard de techno du bourgeois du 6e arrondissement qui aurait fait ses classes dans un parti social-démocrate et ainsi de suite. J'ai pu m'en brancher intellectuellement en termes d'empathie et ainsi de suite aux Gilets jaunes et m'emporter
Alors, voilà, et tout ça, ça donne un bouquin qui s'appelle Abattre l'ennemi. On va d'abord parler de la couverture du bouquin parce que, qu'est-ce qu'on voit là ? On voit l'arc de triomphe. On dit, ah, ouais, ah, oula ! L'arc de triomphe, ça rappelle quelque chose. Les Gilets jaunes. Et d'autant plus que les gars qui ont attaqué l'arc de triomphe à l'époque ont été jugés récemment.
Bien sûr. La semaine de la sortie du livre, par hasard. C'est marrant. À des peines assez légères, si j'ai compris. Qui était d'ailleurs la semaine des 150 ans de la commune. Donc, il y avait une sorte de tout ensemble. Et à chaque fois, par hasard, ce n'était pas un geste pensé. Donc, ils ont eu des peines assez légères, si j'ai compris. Oui, parce qu'ils disent qu'ils n'ont pas eu les gros poissons comme s'il y avait des gros poissons dans cette affaire. C'est des manifestants qui, à un moment, ouvrent une porte et se réfugient dans un... Enfin, bref, c'est vraiment une sorte de mise en...
Pour le coup, c'est intéressant parce que c'est une mise en scène de la bourgeoisie pour essayer de créer du stigmate contre un mouvement social par tout moyen, pour essayer de les écraser, de dire, mais non, en fait, c'est des délinquants, ce n'est pas des gens qui ont des revendications sincères et ainsi de suite. Alors qu'évidemment, la prise symbolique d'un lieu qui n'avise pas à l'accaparer, ils n'avaient pas pour objectif de rester dans cet art du triomphe de vita metternam ou de le privatiser, contrairement justement aux forces contre lesquelles on se bat, il y avait quelque chose de très beau.
La profondeur du pays vient se saisir de ces espaces les plus clinquants et qu'on retrouve un...
Ils réenracinent en fait ces lieux dans leur source et leur source c'est les corps des citoyens français en l'occurrence l'art du triomphe tous ceux qui ont été sacrifiés lors des batailles napoléoniennes successives qui ont participé à la grandeur de la France mais qui l'ont payé de leur vie et que quelque part ce soit cette profondeur qui revienne faire trembler remettre de l'histoire au centre de la France c'était insupportable donc il fallait le réprimer et donc il fallait faire ce procès et il fallait écraser ces gens-là qui avaient eu l'indécence dans ce temple de la consommation et de la mondialisation que sont devenus les Champs-Elysées et étaient venus remettre de la vie en fait et de la chair
ça s'est passé effectivement sur les Champs-Elysées autour de l'arc de triomphe ça a commencé à aller vers les beaux quartiers c'est-à-dire vers l'adversaire c'est-à-dire vers l'ennemi bien sûr et à quelques pas de l'Elysée
mais sans que à mon avis sans que beaucoup des manifestants n'aient conscience qu'ils étaient à 50 mètres de l'Elysée parce que je pense que s'ils l'avaient su ils auraient agi un peu différemment parce que justement cette géographie des pouvoirs n'était pas connue de ces populations à cette époque-là et donc ce livre c'est un peu un manuel pour dire la prochaine fois qu'on se retrouvera là-bas cette fois on saura où aller on saura quoi faire une fois qu'on y sera
Quand on est rentré
dans le porte-parole-là du gouvernement il n'y avait pas de il n'y avait pas d'idée de ce qu'on en ferait si on avait effectivement la possibilité d'exercer le pouvoir il y avait cette idée on va détrôner symboliquement les personnes qui aujourd'hui nous exploitent nous dominent etc mais on en ressort immédiatement parce qu'il n'y a rien à en faire en fait quelque part attention j'ai réutilisé le 11 qu'on m'a beaucoup reproché pour l'affaire Griveaux je ne suis pas rentré personnellement dans ce porte-parole-là j'étais à côté mais je tiens à dire parce qu'on instrumentalise beaucoup ma parole à ce niveau-là parce qu'on essaie évidemment de me détruire judiciairement à travers mon application et gilet
Ce n'est pas moi qui ai été attaqué c'est la République c'est les institutions c'est la forme démocratique du gouvernement qui a été attaqué vous savez ici donc ceux qui ont aujourd'hui utilisé un engin de chantier pour défoncer le portail de ce ministère ils ont attaqué la mise en France C'est acceptable d'une admissime moi ce que j'espère c'est que les vidéos internes permettront d'identifier ceux qui en ont été responsables et qui seront conduits devant la justice et c'est vraiment condamné
Alors il y a une chose qui est assez curieuse là au-dessus du dessin de l'arc de triomphe c'est une abeille c'est une abeille jaune et noire alors ça c'est quoi cette abeille ?
C'est l'alliance à mon avis fondamentale entre les gilets jaunes la couleur et le noir de la commune tout simplement et mon idée c'est en fait la proposition théorique que je fais dans ce livre
Pourquoi une abeille ? Et l'abeille il y a plusieurs éléments une espèce menacée
ça c'est le côté très gauche progressiste simple à comprendre une espèce menacée par le changement climatique non mais c'est des signifiants qui sont importants le problème c'est qu'ils sont un peu délavés par les forces qu'ils récupèrent c'est évidemment aussi une espèce coopérative c'est très important aussi de le signaler et par ailleurs évidemment c'est aussi l'incarnation l'inscription dans un référent historique français justement qui remonte notamment à l'Empire notamment à un certain nombre d'éléments et je trouvais que c'était une belle combinaison et je trouve que ce serait une incarnation très belle ce serait quelque chose peut-être à rajouter aux emblèmes nationaux qui permettraient aux gilets jaunes de faire leur entrée dans l'histoire de France les gilets jaunes n'ont pas en ce qu'ils ont seulement incarné en tant que mouvement social mais aussi tout ce qu'ils charrient derrière c'est-à-dire toutes ces classes populaires qui aujourd'hui enfin qui sont représentées dans le drapeau tricolore mais on l'a oublié vous voyez enfin en fait la nouvelle couleur des classes populaires dans l'inconscient collectif contemporain c'est le jaune et en même temps du coup l'abeille avec cette cette incarnation un peu un peu impériale et ainsi de suite ça rappelle qu'il va nous falloir de façon transitoire un état très fort pour protéger les expériences communales qui vont qui vont s'enfanter dans les années à venir c'est-à-dire qu'il faut toutes les expériences qu'on est en train de reconstruire de vie commune que ce soit dans des expériences plus radicales comme Tarnac comme les ZAD ou tout simplement dans un réinvestissement de la vie de la cité comme espace territorial en propre et qu'il faut en fait auquel il faut adhérer comme devenir parce que ça correspond justement à la fin de la civilisation du pétrole et ainsi de suite il faut les protéger dans l'entretemps des puissances prédatrices produites notamment par la mondialisation qui n'ont qu'une vocation c'est d'essayer d'accaparer les ressources de ce territoire et de les retirer aux populations et donc il va falloir en fait de la même façon que le nucléaire quoi qu'on en veuille on va être obligé quelle que soit notre idée sur ce qu'il faut faire avec le nucléaire on va être obligé de gérer ces installations dans les décennies qui viennent que ce soit pour les fermer et donc on va avoir besoin en fait d'une centralisation encore pour un temps et donc l'idée c'est de recréer cette dualité où on crée de la liberté à l'échelle communale à l'échelle vraiment de la cité on revient à une forme d'échelon politique on oublie toutes ces décentralisations technocratiques les régions les intercommunalités les départements tous ces trucs qui ne produisent pas de la politique aujourd'hui personne ne vote à ces élections parce que en fait ce que vous faites c'est vous élisez des petits marquis ou des petits comptes ou des petites baronnies mais vous sentez bien que le rapport aux politiques n'existe pas on refait de la commune l'échelon avec la possibilité de liberté qu'elle ouvre on renforce l'état pour nous protéger des forces financières et économiques et on avance sur cette dualité qui du coup est incarnée par ce mouvement par cette statue pourquoi une statue évidemment sur l'arc de triomphe évidemment pour rendre hommage aux Gilets jaunes et à ce geste magnifique mais aussi parce que il devait y avoir une statue sur l'arc du triomphe dans les plans initiaux en fait c'est les changements de régime politique qui ont fait qu'on a abandonné on n'a pas fini l'arc du triomphe mais au départ il y avait une grande statue qui devait être surplombée et comme à la fin du livre j'ai réfléchi à une réorganisation des lieux du pouvoir dans Paris une reconstruction
oui oui c'est étonnant
j'ai découvert ça
oui alors c'est quand même un bouquin étonnant je vais rapidement parler de ton style bon je vais pas faire de la littérature je m'en fous un peu mais c'est quand même un style très baroque et t'as une façon d'écrire qui est très baroque et du moment il y a des envolées absolument magnifiques le gars il est parti tu dis attends reviens et hop et puis alors surtout je me suis demandé comment t'avais réussi à persuader ton éditeur qui est Michel Laffont et puis les correcteurs qui sont là et puis les éditeurs qui sont là évidemment pour que le livre soit écrit dans un français correct standardisé standardisé etc et comment t'as fait pour leur dire non non non non j'ai écrit comme ça et vous n'y touchez pas ah mais j'ai même pas signé le BAT parce qu'on s'est engueulé
jusqu'au bout le bon attiré et du coup en fait là on a un gros problème c'est qu'il y a encore pas mal de coquilles au début je suis désolé pour les lecteurs de la première version on les a corrigés entre temps mais parce que c'est le fruit de cette lutte pour imposer une langue en fait pour qu'on accepte et donc j'ai eu une critique dans Marianne Polony m'en veut depuis quelques années d'un professeur de lettres qui corrige ça comme une copie de seconde et qui essaie
d'humilier à travers ça mais le gars j'ai lu la critique tu lui envoies un livre d'un écrivain qui ne connait peut-être pas ou mal qui s'appelle James Joyce bien sûr tu lui envoies l'exemplaire de Ulysse et il te fait une leçon de correction et tu lui dis allez-y parce que moi je suis peut-être mauvais mais alors regardez cette espèce d'irlandais machin est-ce que vous appelez ça du français est-ce que vous appelez ça du français
mais c'est pas si anodin que ça pourquoi parce que la stigmatisation par le mal écrire ou le bien écrire c'est quand même un outil de domination des classes bourgeoises pourquoi parce qu'en fait l'humiliation de celui qui vient de part par exemple moi en l'occurrence émeracine espagnole et portugaise et ainsi de suite qui vient avec un rapport à la langue différent à celui qui est standardisé normé etc on va l'écraser non seulement ça permet de désactiver la charge politique très violente de mes textes contre justement ces classes dominantes et en même temps ça décale le problème sur un stigmate de classe il n'y a pas de tentative de faire du style quoi c'est vraiment
au cas où il y aurait quelqu'un dans le fin fond de l'Ariège ou du Puy-de-Dôme qui ne saurait pas qui est Juan Branco je vais lire la présentation qui est là enfant chéri de la république passe par l'ENS Ulm Yel le quai d'Orsay fréquentant oligarque et dirigeant Juan Branco décide à 26 ans de tourner le dos au lieu de pouvoir qu'il avait accueilli pour s'allier au plus important dissident de notre temps point défendant Julian Assange on va en parler de Julian Assange engagé dès le 17 novembre 2018 auprès des Gilets jaunes il devient l'une des principales figures de l'opposition à Emmanuel Macron avec Crépuscule un ouvrage qui le fait connaître dans tout le pays voilà le résumé la présentation du gars et alors il y a Paris Match en dessous l'ange noir de Saint-Germain-des-Prés c'est que nous on est vachement impressionné dans notre petit studio
c'est vraiment une question importante en fait je suis content d'en parler parce que parce que il y a deux en fait il y a deux dimensions la première c'est juste sur l'ange noir de Saint-Germain-des-Prés c'est un des articles les plus putassiers et humiliants c'est un portrait qui a été fait sur moi par Sophie Desdéserts à Paris Match qui avait vocation à me détruire et donc cet article à vocation destructrice me qualifiait d'ange noir de Saint-Germain-des-Prés un peu de façon méprisante et l'idée je pense de mon éditeur quand ils ont choisi cette citation que j'ai approuvée c'était de renverser le stigmate de leur faire un doigt d'honneur en leur disant mais en fait allez vous faire foutre vous pensiez que vous pouviez nous écraser m'humilier etc maintenant on vous le renvoie à la gueule comme ça et voilà et de faire de cette expression putassière une sorte d'arme de retourner l'arme qu'ils avaient pointée contre moi sur la question plus générale parce que ça fait beaucoup de débats j'ai vu dans une partie des classes dominantes surtout au sein de la bourgeoisie intellectuelle la question de l'ego ça c'est une question ça c'est un écueil très important que j'ai connu et que j'ai pas réussi à subvertir quand je travaillais avec Julian Assange et Wikileaks donc j'ai commencé j'avais 24 ans la première fois que je rencontre dans l'ambassade d'Équateur à Londres je découvre quelqu'un de très humble très à l'écoute qui me pose beaucoup de questions je revenais du centre-Afrique où j'ai couvert la guerre civile et ainsi de suite et je note le contraste énorme avec l'image que j'en avais qui avait été produite par les médias comme d'un homme parfaitement égocentrique obsédé par lui-même narcissique et ainsi de suite et j'ai mis du temps à comprendre d'où venait le décalage et comment ça se faisait que cette personne si humaine dans le rapport inter-individuel apparaissait dans l'espace suivi comme étant si atroce et si centrée sur elle-même et en fait c'est très simple quand vous rentrez de façon extrêmement brutale en rupture avec l'ordre existant et que vous avez droit à une couverture médiatique très importante à vocation destructrice très rapidement pour essayer d'étouffer le geste que vous avez commis en l'occurrence le geste immense de Julian Assange avec Wikileaks vous avez une production d'écrits et de sujets massifs sur vous qui visent à colporter toutes les choses les plus laides qui puissent être existé à votre égard quel est votre réflexe naturel et justement pour le coup humain c'est d'essayer d'y répondre pour démontrer que vous n'êtes pas l'horreur qu'on décrit de vous et parce que vous avez très peur de trahir la confiance de ceux qui viennent aux politiques à travers vous qui à un moment se disent voilà quelqu'un en fin de bien qui apparaît etc et donc vous avez cette idée un peu obsessionnelle de corriger sauf que en fait qu'est-ce que ça produit ça vous fait parler énormément de vous et revendiquer énormément la symétrie dans cet espace médiatique par rapport à vos ennemis qui sont au pouvoir qui sont proches des soligarres qui détiennent les puissances etc les médias et ainsi de suite que vous retrouvez dans une situation où pour essayer de compenser vous êtes obligé en permanence soit d'être en réponse d'une part et de surenchérir pour dire mais non mais j'ai quand même fait quelque chose d'important mais non etc et moi à une mesure beaucoup moins importante mais quand même avec crépuscule je me suis retrouvé dans une position similaire à celle de Juliane et alors même que j'avais vu Juliane quelque part faire la même erreur et j'avais compris l'erreur qu'il avait faite en fait je me suis rendu compte que c'était impossible de ne serait-ce que par santé psychique d'essayer de répondre et de dire mais non je ne suis pas l'horreur que vous décrivez et cette revendication que vous faites de vous-même vous enferme très rapidement et les personnes qui finissent par se dire en fait il ne pense qu'à lui il est en boucle sur lui-même et ainsi de suite c'est très difficile de ne pas rentrer dans une obsession de soi c'est-à-dire de voir en permanence quelles réactions vous suscitez et d'essayer de les corriger mais du coup vous vous détachez de la pensée vous vous détachez de l'élaboration d'idées et vous avez du mal à sortir de ce flux permanent parce que vous êtes invité parce que tout le monde vous écrit parce que na na na et prendre de la distance par rapport à ça c'est très compliqué et du coup moi j'ai compris pourquoi en fait plus tôt d'ailleurs les politiciens commencent plus leur âme est asséchée mais aussi leur pensée et elle devient courte et puis du coup ils deviennent dépendants d'autres personnes pour produire de la pensée et ainsi de suite c'est parce qu'ils sont dans un cirque permanent où c'est leur personne qui est l'enjeu et non plus les idées et donc en fait ça se dégrade et donc il y a eu à mon avis moi je suis tombé je tombe dans des pièges je trouve des limites par rapport à ça j'essaie de prendre de la distance sur ces sujets mais c'est pour ça en fait que c'est pour moi une question fondamentalement politique c'est important de l'adresser parce que je pense que tout le monde est confronté à ça et donc il y a eu des précipitations qui sont liées à ces questions que je viens de traiter et qui font qu'à un moment on s'appauvrit on atteint tous une limite dans notre capacité à élaborer de nouvelles formes de pensée
oui mais Rwanda on a reçu Frédéric Lordon et on a mis cet entretien en ligne ce qui est assez marrant c'est que dans son dernier bouquin figure du communisme que je trouve excellent il fait un projet il a un projet et il dit en quoi ça consiste ça consistera ça consisterait c'est pas une utopie avec Bernard Friot avec toute la pensée en se référant à Bernard Friot en se référant aussi à Hervé Kempf et en rupture avec le capitalisme et il dit la seule solution c'est le communisme quelque chose qui n'a jamais existé qui est le communisme en tout cas
moi je pense qu'il faut qu'on fasse tous très attention parce que par exemple ça c'est important peut-être même si ça intéressera peut-être pas tous nos lecteurs mais en même temps c'est important de parler de cette question de l'intellectualité notamment à gauche on se tire tous un peu dans les pattes de façon un peu nocive j'ai l'impression moi le premier d'ailleurs on est à un moment où cette coagulation de différents tronçons de pensée il faut arrêter d'espérer le nouveau Marx qui va être capable seul de coaguler l'ensemble de ces facteurs
ce qu'il y a d'intéressant là-dedans dans ton bouquin dans celui de Lordon et puis peut-être dans d'autres choses c'est que tout d'un coup vous commencez vous commencez à parler de l'avenir et là ton bouquin est formidable parce que tu parles tu décomposes en nombre de chapitres comprendre, raconter, penser, se préparer agir, frapper et gouverner et alors plus ça va plus tu construis complètement un état ce que sera tel ministère ce que sera tel pouvoir et tu finis c'est incroyable avec une carte de Paris avec les lieux du pouvoir jusqu'à je ne sais combien de points où ça se passera l'aménagement du territoire l'éducation etc c'est un projet d'une précision extraordinaire alors évidemment les gens je suppose que ceux qui vont te dire ils sont complètement cinglés mais non ça c'est pas possible mais attends le numérique mais c'est pas ça etc mais ça y est on discute Stéphane Essay-Lavé dit indignez-vous les amis bon ben on est indignés voilà qu'est-ce que je suis indigné putain c'est horriblement indigné
et puis on s'est arrêté là dans mon livre sur Assange j'ai écrit une critique très virulente d'un point de vue philosophique dans une annexe sur l'indigné justement sur la figure de l'indigné comme une figure de passivité politique oui c'est ça et moi en fait ce livre il naît du à la sortie de Crépuscule au moment où on sort Crépuscule il y a un des derniers actes des Gilets jaunes puissants en mars 2019 c'est le dernier acte avant que Michel Delpuech le préfet de police soit remplacé par Didier Lallement parce que le gouvernement considérait qu'il fallait frapper plus fort donc le dernier acte sur les champs importants ou à cause d'un entretien que j'avais donné ici à Thinkerview où j'appelais justement à cette mise en branle et à cet appui aux Gilets jaunes alors qu'il était encore temps peut-être de sauver le mouvement des dizaines de personnes viennent me voir sur les champs où on était face aux forces de police sous les gaz et compagnie et me dit c'est à cause de vous que je suis ici qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
sauf que moi j'ai 28 ans à l'époque je suis dans une précipitation avec Crépuscule de l'élaboration d'une pensée critique qui est encore en jachère qui est encore en train de naître qui est justement dans la critique après avoir fait une critique théorique contre Macron une critique factuelle mais sans la capacité à répondre à la fois tactiquement et stratégiquement et leur dire maintenant on va là maintenant par exemple pour faire reculer cette ligne de CRS pour après pouvoir et à fortiori stratégiquement en disant l'objectif c'est celui-ci organisez-vous comme vous voulez on est quelques dizaines de milliers de personnes aujourd'hui il y a des black blocs etc bon ben voilà vous faites comme vous je ne sais pas moi je ne suis pas un organisateur de mouvement social mais en tout cas voilà à mon avis quel endroit il faudrait prendre pour à partir de là provoquer une révolution et du coup je me suis senti comme leur devant quelque chose à ces individus qui ont pris le risque parce que c'était des manifestations extrêmement violentes en termes de répression policière et ainsi de suite qui venaient me voir en me disant quelque part on a fait ce geste parce que quelque part vous nous avez dit qu'il fallait le faire maintenant il faut que vous nous donniez et donc là cet ouvrage c'est un peu une façon de dire bon ben maintenant voilà quels sont les outils qu'il faut mettre en oeuvre voilà comment je l'écris sous forme de testament politique parce que je pensais vraiment qu'il y avait une telle omerta un tel écrasement médiatique par rapport à ce qui s'est passé ces deux dernières années avec Crépuscule avec les luttes qu'on a pu mener dans la foulée que je m'étais dit que l'écho n'allait pas j'allais pas réussir à continuer à subsister comme figure politique et que donc il fallait que je rende que je donne tous les outils que j'avais accumulés pendant ces années en termes de pensée en termes de connaissance des rouages du pouvoir de maîtrise de l'appareil d'état afin que des personnes puissent un jour reprendre le flambeau et au moment où une mobilisation massive intervienne sans capacité de provoquer cette bascule et donc là je me suis dit qu'est-ce que je dois à tous ces gens je dois en fait une conception de ce que serait de façon transitoire un nouveau régime comment rendre le pouvoir aux populations comment permettre d'exercer une forme de république qui soit véritablement démocratique qui soit véritablement liée à des dispositifs de démocratie directe c'est-à-dire qu'à aucun moment on puisse reconstruire une caste représentative qui reprenne pour elle ce pouvoir comme elle le fait de façon systématique depuis la révolution française il y a toujours un mouvement de recaptation par une élite qui elle-même sont bourgeoises et qui du coup finit par exploiter les populations les plus fragiles dans l'idée que s'il fallait quitter la scène s'il fallait si c'était pas moi qui allais aider à participer à ça qu'au moins il y ait cette chose en fait qui serve d'appui à tous ceux qui demain auront ce courage tout ça c'est très précieux
je trouve que tout ça c'est précieux c'est important même si on n'est pas d'accord du tout avec ton projet avec ce que tu trimbales et j'espère que ça va susciter d'autres idées
d'autres projections et c'est déjà une condensation de beaucoup de débats et de projections parce que qu'est-ce que j'ai fait moi entre l'apparition de Crépuscule et aujourd'hui en tout cas jusqu'à la pandémie j'ai traversé la France pour répondre à peu près toutes les invitations qui m'étaient faites du plus petit village à Jupy dans la Sarthe jusqu'aux grandes assemblées à Grenoble et compagnie où plus de 1000 personnes étaient présentes et à chaque fois je rencontrais des gens qui venaient avec leur projet qu'ils avaient élaboré sur leur rond-point en sortant qui me disaient est-ce que vous pouvez lire ça etc.
et j'ai accumulé mais des tonnes de papiers que j'ai commencé à relire pour comprendre en fait qu'est-ce qui était en train de se reconstituer comme forme d'organisation politique au sein du pays qu'est-ce que voulaient les citoyens français et qu'est-ce qui faisait en fait la cohérence de ce mouvement des Gilets jaunes qui on le sait a quand même des royalistes aux anarchistes a quand même réussi à agglomérer une sorte de politiquement parlant c'était ça de l'extérieur je comprends que les classes dominantes aient trouvé ça un absurde et très inquiétant parce qu'ils voyaient tous leurs ennemis se retrouver tout d'un coup dans des mêmes manifestations et ils ne comprenaient rien ils étaient en panique et donc là en fait il y a aussi donc il y a tout ce que moi j'apporte de mon propre corps et de ce que j'ai connu mais aussi ce que c'est tous ces corps eux-mêmes ont produit en fait c'est ça qui est très important
parce que tu vois les Gilets jaunes on en a beaucoup et on a eu raison de s'apitoyer de se morfondre devant les violences incroyables que tu évoquais ces gens qui ont perdu qui un oeil qui une main etc c'est absolument atroce mais dans un petit patelin quelque part où les gens du coin voilà ont construit une baraque sur le rond-point où ils se retrouvent où ils discutent où on leur dit dites donc les samedis si vous n'étiez pas sur le rond-point en train de discuter vous seriez où et le gars il dit je suis en train de me faire chier devant ma télé tu vois et ça c'est une réussite c'est une réussite que ce gars vient tous les vendredis qu'il fasse à bouffer avec les autres qu'il discute
et qu'il essaie d'écrire son texte etc
et ça qu'est-ce qu'on a fait avec ça avec cet élan profond d'un pays on leur a cassé leur baraque on leur a envoyé les CRS c'est une connerie c'est une violence insensée mais c'est ce que je dis c'est la plus grande violence qu'ils ont subie t'as une demande t'as une demande de démocratie t'as une expression t'as des gens qui viennent avec leur bon sens avec leurs idées avec parfois des putains d'expériences que j'allais dire tu vois c'est précieux il n'y a rien de plus précieux dans une société dans une tribu dans un pays etc et puis on voit les CRS leur péter la gueule ou leur casser leur truc c'est parce que c'est ce qui leur faisait le plus peur
regardez tous ici ils se préparent un truc il y a les CRS qui arrivent ben qu'ils viennent voilà ils n'ont pas voulu coopérer maintenant voilà on est encore du monde nous ici on bloque ils veulent venir nous gazer on va bloquer tout le monde tout le monde 13 fourgons à Emarq ils arrivent voilà voilà vous allez voir comment on va se faire bombarder la gueule on a arrêté plein de gens qui ne sont pas des gilets et vous allez voir qu'ils vont taper tout le monde tout partagé venez les CRS venez on n'est pas armé Galles eux ils ont les boucliers ils ont les matraques ils ont tout pour nous frapper nous on n'est pas armés on n'est pas armés on a les camions on va se faire un bouclier de camions regardez les camions qui nous arrivent à double filet il y en a à peu près 20 mètres voilà 20-25 camions qui arrivent sur nous voilà vous voyez on n'a rien fait là l'élico qui vient voir mais vous inquiétez pas vous ne le verrez pas aux médias parce qu'ils ne le montreront pas les sommations sont en train d'être d'être effectuées vous avez des affaires moi je n'ai pas nous allons faire l'usage de la force donc la deuxième sommation vient d'être effectuée donc au bout de trois sommations l'usage de la force est permis voilà c'est ça on en arrive à la dernière ça charge ça charge ça charge on reste quand même
donc évidemment qu'on envoie les CRS et qu'on envoie les grues et ainsi de suite pour détruire ces lieux-là parce qu'ils remettent en question le fondement de ce régime et du coup d'espoliation et de l'exploitation que ce régime peut encore produire dans un pays comme la France et je dis tout ça sans aucune volonté ni capacité à donner des leçons je donne le comment je donne les outils pour aller chercher etc après s'il faut les nommer mais est-ce que c'est intéressant de dire c'est la Macronie aujourd'hui c'est tel ou tel oligarque c'est tel on le sait on sait très bien mais ils font partie d'un pouvoir beaucoup plus systémique cette désignation de l'ennemi doit toujours avoir pour vocation de faire ressurgir les structures et de s'attaquer à travers lui aux structures si on se contente de dire l'ennemi aujourd'hui c'est Macron c'est Philippe c'est Castex c'est Bernard Arnault c'est Xavier tout ça c'est vrai mais c'est des énoncés qui sont appauvrissants parce que demain ce sera un remplaçant de manière Macron etc ce sera soit l'héritier Xavier soit celui qui aura réussi à le dévorer à travers une guerre capitaliste et ainsi de suite et donc on perd peut-être qu'on s'actualise mais en même temps on perd en efficace dans le discours et dans la permanence du discours donc c'est les structures de domination auxquelles on est confronté aujourd'hui et comment les abattre c'est tout simplement soit par la voie révolutionnaire soit par la voie élective si on y croit encore aujourd'hui mais je pense que comme on dit vulgairement c'est mort c'est plus le moment d'y croire c'est par la reconstruction en fait d'un espace de politisation moi je pense que c'est très important qu'on commence à se préparer de façon très pragmatique à la révolution c'est-à-dire qu'on commence à former commune après commune des collectifs où chacun se dise quel est le rôle que je voudrais jouer un dans le processus révolutionnaire et deux dans la construction d'un après il ne faut pas attendre que moi je sorte ma fourche et tout seul j'allais être accueillisé ou Ruffin ou qui que ce soit enfin c'est pas il faut que vous-même vous vous prépariez de façon à ce que quand il y aura quelque chose qui commencera à s'amorcer à la façon des gilets jaunes cette fois il y a des structures c'est ça c'est pas abattre l'ennemi en fait c'est abattre tout ce qui nous rend impuissants politiquement ce qui nous désouverainise au sens pour le coup progressiste au sens profond du terme qui nous empêche d'être dans la politique et qui nous fait rentrer dans le commentaire qui nous dit voilà il faudrait faire la révolution bon très bien mon coque je suis très gentil et donc ça passe par l'élaboration du projet ça passe par la structuration territoriale d'un mouvement lâche il ne s'agit pas de dire vous allez tous vous retrouver sur une bannière ou un parti pas du tout c'est-à-dire identifier les personnes dont vous savez que demain elles seront là et vous pourrez vous appuyer sur elles et c'est ça c'est ça la vraie puissance politique là où en fait vous devenez politiquement quelqu'un d'important au sens noble du terme pas juste statutaire ou quoi que ce soit c'est le moment où vous avez permis de produire ça chez les gens c'est ça voilà
on appelait ça les autrefois on appelait ça les travailleurs intellectuels moi je me vois comme un travailleur intellectuel c'est le boulot on fait ça on le file aux gens ils en font ce qu'ils veulent après ils se l'approprient ou se l'approprient pas on a réussi ou pas à leur faire comprendre un truc ça s'appelle
l'éducation populaire c'est le drame d'ailleurs je pense de la gauche de ces 20 à 30 dernières années c'est qu'elle elle a perdu les outils d'accès à un certain nombre de personnes qui étaient qui étaient rentrées dans un circuit du spectacle
elle l'a fait volontairement elle a complètement trahi la classe populaire la gauche cette gauche qu'elle soit molle ou dure elle n'a plus rien à voir avec la classe populaire ça c'est une ça c'est passé mais donc il faut bien aller les chercher ces personnes il faut reconstruire quelque chose parce que sinon ah oui ah ben oui il faut renouer il faudrait renouer avec avec la classe populaire mais c'est pas du tout ce qu'a fait la gauche c'est complètement embourgeoisé cultivé elle s'est enfermée dans son discours dans son artistisme elle s'est surtout beaucoup embourgeoisé elle a coupé complètement les ponts
tout en prétendant qu'embourgeoisement ne produisait aucun effet politique
dans un aveuglement scandaleux dans ma jeunesse enfin il y avait il y avait il y avait une classe moyenne une petite bourgeoisie une bourgeoisie culturelle ça existait déjà mais qui était très proche de la classe populaire parce qu'elle était encore liée voilà elle était liée à la classe populaire parce que la classe populaire était puissante parce que la classe ouvrière était puissante
parce qu'elle habitait encore la ville ce qui n'est plus le cas aujourd'hui c'est-à-dire qu'il n'y a plus de friction il n'y a plus de contact aujourd'hui il y a des c'est-à-dire que vous habitez dans Paris vous êtes partie de la bourgeoisie intellectuelle parisienne vous n'avez plus aucun rapport même physique avec les classes populaires vous n'avez plus de lieu de rencontres des espaces intermédiaires vous êtes vous êtes enfermé par le périph vous êtes dans votre petite bulle et même un quartier comme celui-ci est en train de complètement perdre le reste de cette spécificité qui continue à le mettre en contact
ça ne va pas ici ici on a un truc formidable c'est qu'on est on est protégé par le krach la bourgeoisie parisienne ne veut pas trop s'installer par ici parce que ça craint
oui où elle fuit régulièrement
c'est ça à la moindre c'est un quartier où où ça craint on va s'arrêter Rouen et on va conseiller au monde entier de lire ton bouquin rien que ça et alors de pas trop s'étonner du français que tu causes merci beaucoup à bientôt salut salut
bon on va faire un petit avancée je vais vous montrer un peu la maison les gaulois notre hutte avec les guirlandes notre réserve de bois au sec et vous avez vu on s'améliore c'est quand même la quatrième qu'on refait merci Sous-titrage ST' 501
Juan Branco