Sandrine Rousseau : "Christophe Béchu n'a absolument pas compris la question écologique"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Elle n'a pas pu se présenter à la présidentielle pour Europe Écologie, les Verts, mais elle ne compte pas se faire oublier. La députée NUP, Sandrine Rousseau, est l'une des voix les plus audibles de l'opposition de gauche à l'Assemblée Nationale. Elle est l'invitée ce matin du grand entretien de France Inter. Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Alors on en parlait dans le journal, l'une des actualités de la nuit c'est le vote par le Sénat du paquet de mesures sur le pouvoir d'achat avec l'adoption d'un amendement sur l'aide exceptionnelle de rentrée qui doit être versée courant septembre au plus modeste.
Et on l'a entendu, les sénateurs veulent porter cette aide à 150 euros, elle devait être à 100 euros au départ, mais la réserver aux allocataires de la prime d'activité, autrement dit à ceux qui travaillent. Qu'en pensez-vous ?
Je pense que c'est scandaleux et qu'il y avait déjà eu un amendement porté par les Républicains pour diminuer l'augmentation du RSA. On parle de 4,5% alors que l'inflation est à 6% et les Républicains voulaient diminuer cette augmentation qui déjà est inférieure à l'inflation, donc à l'augmentation des prix. Et en fait les Républicains se sont lancés dans une espèce de chasse aux pauvres qui est indigne, qui est indigne, enfin au nom de quoi on prive les personnes qui ont le moins de ressources, des faibles ressources dont ils disposent encore. C'est la valeur travail qui est défendue ici ?
Non mais ça, ça signifie en arrière-plan que les personnes qui ont le RSA ne voudraient pas travailler. Mais ça n'est pas la situation. C'est-à-dire que la plupart des gens qui sont au RSA subissent cette situation. Et donc cette idée selon laquelle ce seraient des espèces de personnes feignantes qui ne voudraient pas aller travailler, c'est une idée de droite, c'est une idée libérale et c'est très différent de la réalité qui est que ces personnes-là sont juste éloignées du monde du travail et que par ailleurs elles cherchent et elles aimeraient beaucoup pour la plupart avoir un emploi qui les sorte de la grande pauvreté. Donc vraiment c'est indigne. C'est indigne.
Et faire des économies sur le dos des pauvres et leur donner en permanence des leçons, des leçons de morale sur la manière dont ils devraient se comporter, sur le fait qu'ils ne devraient pas être pauvres alors qu'ils le sont, c'est scandaleux. Et on l'a vu pendant toute l'étude de la loi pouvoir d'achat, on a eu des discours qui étaient des discours comme ça extrêmement paternalistes et infantilisants des personnes les plus pauvres.
Là-dessus en l'occurrence vous êtes du même avis notamment que Gabriel Attal qui fait partie de la majorité, qui est opposé également à cette mesure sur la rentrée.
Ça nous arrive mais pas sur grand chose parce que sur le reste de la loi pouvoir d'achat nous ne sommes pas d'accord du tout. Ça peut encore être arrêté ou ça y est c'est définitif ? Il est probable qu'elle soit votée dans la journée. Il y a eu une commission mixte paritaire qui a montré que LREM et LR s'étaient accordées sur la plupart des mesures et donc dans ces cas-là il y a une majorité de droite en France et nous sommes dans une opposition qui n'a pas les moyens d'imposer le vote contre cette loi et pourtant il y aurait de quoi s'alarmer de cette loi parce que cette loi ne comporte que des mesures qui sont des miettes en réalité pour le pouvoir d'achat.
L'essentiel, je vous le disais sur les minima sociaux, on est en deçà de l'inflation, donc en deçà de l'augmentation des prix. Ça veut dire que les personnes pauvres seront encore plus pauvres. Et on a des primes, donc elles contiennent des primes, mais des primes qui au mieux concernent aujourd'hui 10% des salariés. Donc on est vraiment très en deçà de ce dont il faudrait pour augmenter le pouvoir d'achat. Il n'y a aucune mesure structurelle, il n'y a pas d'augmentation de salaire, mais il n'y a pas non plus de mesures comme un grand plan de réhabilitation des logements qui nous permettrait de diminuer structurellement les factures de chauffage. Ça n'existe pas.
C'est présenté par la majorité comme des mesures d'urgence en l'occurrence. Oui, mais il y a un déni dans la majorité, et un déni qui est grave, qui est même criminel, qui est d'imaginer que la situation va revenir comme elle était avant, dans quelques mois, que c'est juste transitoire. Mais ça n'est pas transitoire. L'inflation sur les matières premières, et notamment sur l'énergie, va s'installer. Et par ailleurs, il y a un déni climatique de la majorité, qui est encore une fois criminel, puisque l'ensemble des départements français est aujourd'hui en situation d'alerte de sécheresse.
On a connu des méga-feux, on est dans une situation inédite en matière de température et de réchauffement climatique. On voit que la situation commence à nous échapper. Et qu'est-ce qu'on met dans la loi pouvoir d'achat ? Qu'est-ce qu'on met ? Un terminal métanier et la possibilité de refaire fonctionner des usines à charbon, des centrales à charbon. Quel est le niveau de déni climatique ?
Je vois que l'émission d'après porte sur le déni, mais quel est le niveau de déni climatique qu'il faut pour lancer ça aujourd'hui, en pleine situation de crise climatique, sans rien sur les énergies renouvelables, sans rien sur la rénovation des logements, sans rien sur le changement des mobilités à côté de cela ?
Alors, Sandrine Rousseau, justement, sur ces mesures qui ne sont pas forcément très écologiques, il y a le prix de l'essence, la ristourne à 30 centimes le litre, qui est prolongée en septembre et octobre par le gouvernement pour les automobilistes. Ce que vous dites, c'est que c'est une erreur, il ne fallait pas prolonger cette ristourne ?
Ce que je dis, c'est qu'on ne peut pas prolonger une ristourne sans rien faire pour changer la mobilité. Ça veut dire qu'on...
On a eu le ministre des Transports hier qui nous a dit « Je suis en train de changer la mobilité, il était à ce micro. »
Il n'y a rien. Il n'y a rien. Il faut arrêter de mentir. Non, mais le gouvernement ment sur la transition écologique. Il n'y a rien. Il n'y a pas un euro qui est mis en supplément sur les transports en commun. Nous avions proposé la baisse de la TVA sur le train pour éviter de devoir prendre la voiture et que le train devienne moins cher que la voiture. Ça a été refusé. Ça a été refusé. On avait demandé une TVA à zéro sur les transports en commun. Ça a été refusé. Donc, il n'y a rien. Et quand je dis rien, c'est rien. Et c'est dramatique dans la situation dans laquelle nous sommes. Parce que vous dites, ça n'est pas très écologique. Je vous dis, ce n'est pas le bon terme.
C'est écocidaire ce que l'on est en train de faire.
Je vous parlais précisément de la restourne, en l'occurrence.
Oui, mais même dans l'ensemble de la loi pouvoir d'achat, ce que l'on fait est écocidaire. C'est-à-dire qu'on aggrave de manière incontrôlée et incontrôlable la situation déjà tendue dans laquelle nous sommes.
Mais Sandrine Rousseau, qu'est-ce que vous leur dites, par exemple, à ces gens qui doivent prendre leur voiture pour aller voyager ? Vous leur dites quoi ? Bon, ben non, il ne fallait pas prolonger cette restourne de 30 centimes le litre. D'ailleurs, si moi, j'étais au pouvoir, je ne le ferais pas.
Non, mais on peut caricaturer. Ce que je vous dis juste, c'est que nous nous sommes battus pour que le train soit moins cher, pour qu'il y ait des alternatives, pour qu'on puisse partir en vacances sans utiliser sa voiture. Donc, voilà, aujourd'hui, il n'y a pas de volonté du gouvernement de faire en sorte que l'on puisse partir en vacances sans sa voiture. C'est ça, la réalité. Et donc, oui, aujourd'hui, il y a des personnes qui avaient besoin de cette restourne pour pouvoir partir en vacances. Mais la question, c'est quel est le court terme, quel est le moyen terme et quel est le long terme ?
Que fait-on dans le moyen terme et le long terme pour changer la situation, la dépendance aux énergies fossiles ? Que fait-on pour sortir de notre besoin d'énergie qui est absolument incroyable et qu'on qualifie même d'ébriété énergétique ? Nous ne pouvons pas nous passer d'énergie aujourd'hui alors qu'il nous faut justement réussir ce défi-là. Et on ne met rien en place, on ne met aucune politique publique en place pour le faire. Moi, je dis aux gens, oui, c'est désagréable. Je sais bien que ce discours-là est désagréable d'entendre qu'il va falloir se passer de sa voiture, qu'il va falloir baisser le chauffage, qu'il va falloir isoler son logement. Oui, peut-être, ça peut être désagréable.
Encore qu'un logement isolé, c'est bien plus agréable à vivre. Mais aujourd'hui, on ne peut pas imaginer que l'été que nous connaissons là soit exceptionnel. Ou alors, on est climato-sceptique, c'est-à-dire qu'on nie la réalité des scientifiques qui, depuis des années, nous alertent sur la gravité de la situation. Nous y sommes, il nous faut changer.
On entend bien votre exigence écologique, évidemment, Sandrine Rousseau, et on voit la canicule qui est en ce moment en alerte sur 26 départements. Mais à court terme, comment est-ce qu'on concilie écologie et pouvoir d'achat ? Si on veut agir maintenant pour le pouvoir d'achat, comment est-ce qu'on fait ?
Eh bien, on a des mesures qui nous permettent de changer les choses et de faire en sorte que ce qu'on appelle les dépenses contraintes soient limitées. Par exemple, nous avions proposé qu'il y ait une baisse des loyers, et qu'il y ait un encadrement des loyers partout sur le territoire. Les loyers, ça fait partie des dépenses contraintes dans le budget des ménages les plus importantes. On pourrait baisser les loyers, là, maintenant. Rien n'a été fait. Au contraire, on va augmenter les loyers à l'issue de la loi pouvoir d'achat. Les loyers vont augmenter de 3,5%. Donc, il faut privilégier d'autres mesures que les mesures énergétiques. Exactement.
Et encore une fois, on est dans une situation où là, nous sommes au pied du mur. On aurait pu agir depuis les années 70, c'est le rapport Midos et les premières alertes des scientifiques sur le climat. Nous avons décidé de poursuivre notre système de croissance fondé sur le CO2, sur l'extraction de ressources et donc sur la pollution. Nous avons choisi de faire ça. Bon, très bien. Maintenant, aujourd'hui, il faut avoir des mesures radicales et fortes et immédiates. Et oui, si on regarde le budget des ménages, le logement fait partie des dépenses contraintes les plus élevées. Alors, agissons par exemple là-dessus. Vous avez voté certaines mesures de ce texte pouvoir d'achat ou pas du tout ?
Oui, on a par exemple l'individualisation de l'allocation adulte handicapé que nous avons voté, évidemment. Et là-dessus, je me réjouis du fait qu'il y ait eu une unanimité. Ce dont je ne me réjouis pas, c'est que les personnes en situation de handicap, alors même qu'il s'agit d'une loi dite d'urgence, n'auront cette augmentation qu'en 2023. C'est-à-dire qu'il va falloir attendre au mieux un an pour avoir cette individualisation de l'allocation adulte handicapé. Et dont je précise quand même que les personnes en situation de handicap ont besoin de cela pour leur autonomie. Pour être indépendante. Et que déjà, elle est très faible par rapport au surcoût que cela génère d'avoir un handicap.
Par exemple, les soins qui sont remboursés, l'adaptation d'une partie des logements, etc. Tout cela n'est pas pris en compte en fait. Et donc déjà, cette allocation adulte handicapé est très inférieure aux besoins qu'auraient les personnes en situation de handicap. Et là, en plus, on va devoir attendre un an. Donc, on n'est pas du tout à la hauteur de l'enjeu. Et on est dans un gouvernement qui continue la logique du mandat Macron des cinq dernières années. C'est-à-dire un mépris social. On le voit avec l'alliance qui est faite avec LR sur, par exemple, la défiscalisation des heures supplémentaires, etc. Donc, on continue ce mépris social. Et par ailleurs, on continue le déni climatique.
Et aujourd'hui, je le dis, c'est dangereux et c'est criminel. C'est-à-dire que toute émission de carbone supplémentaire que l'on émet aujourd'hui aggrave le problème. Ça aggrave le problème.
Il y a quand même un ministre de la Transition écologique. Ah oui. Et puis, le gouvernement annonce un programme de réduction des dépenses énergétiques, de réduction de la consommation d'énergie pour la rentrée.
Parlons de ce ministre. Alors, Christophe Béchut, qui est notre nouveau ministre de l'écologie. C'est un ministre qui, à chaque fois qu'on lui pose une question, répond tout à fait à côté de la plaque. Donc, je pense qu'il n'a absolument pas compris la question écologique. Et quand on sort de méga-feux en Aquitaine, donc de feux historiques qui ont détruit l'Aquitaine, que nous dit-il ? Il nous dit, on va mettre 300 000 euros de plus. Pardon, j'en souris tellement c'est ridicule. Et on va faire une météo des forêts. Mais on est où ? J'ai l'impression d'avoir un ministre comme un lapin qui est pris dans les phares d'une voiture.
C'est-à-dire qu'il est là, il regarde, il ne sait pas quoi faire. Il est ministre de l'écologie. Il nous propose une météo des forêts alors qu'on vient d'avoir un méga-feu en Aquitaine. Mais on est où, là ? On est où au niveau d'incompétence ? On est où au niveau de refus de regarder la réalité de ce qu'est la situation environnementale aujourd'hui ?
On vous entend très remonter contre le gouvernement. Le programme de réduction de la consommation d'énergie qui est attendu pour la rentrée, vous en attendez quoi ?
Quand j'ai écouté Emmanuel Macron parler de ce programme de sobriété, il parlait d'éteindre les lumières de l'Elysée. C'est un exemple anecdotique. Mais oui, mais c'est toujours de l'anecdote. Non, mais à la fin, ça n'est que de l'anecdote. Toujours, c'est-à-dire que toutes les mesures qui sont proposées sont anecdotiques. Et par ailleurs, ça renvoie toujours à des comportements individuels. C'est-à-dire qu'on a refusé, par exemple, LREM a refusé de taxer les super-profits liés aux bénéfices exceptionnels réalisés durant cette crise de l'énergie. Le Total, par exemple, a fait 5,7 milliards de bénéfices supplémentaires. Ils ont refusé les super-profits.
L'Angleterre en a mis des taxes sur les super-profits. Pourquoi nous, on n'y arrive pas ? C'est-à-dire qu'en fait, tout ce qui, structurellement, aurait un impact un peu fort est nié, est refusé, alors qu'on ne renvoie la transition énergétique qu'à des comportements individuels. Alors, baisser la clim, fermer les portes, mais tout cela, il faut le faire, il faut baisser la clim et fermer les portes. Mais ce n'est pas ça qui va nous sauver. Question de Dany au Standard de France Inter.
Bonjour, Dany.
Oui, bonjour. Vous avez une question pour... Merci de prendre mon appel. Pour Sandrine Rousseau. Bonjour à toute l'équipe. Moi, je voudrais poser une question à Madame Rousseau, qui est une question de pouvoir d'achat. Une question qui peut être résolue très facilement, puisqu'on est en train de discuter, on est en plein projet de loi de finances. Les femmes, principalement, qui élèvent seules des enfants, perçoivent une pension alimentaire qui est fiscalisée, alors que l'autre parent qui ferme la pension, cette pension est déduite de ses revenus. C'est une mesure simple à prendre de pouvoir d'achat pour toutes les femmes qui élèvent seules les enfants.
Donc, pour sortir un petit peu du débat stérile, droite, gauche, etc., cette mesure, elle peut être prise facilement. Et pour rappel, elle avait été proposée par Madame Pécresse dans son programme.
Merci pour votre question, Dany. Sandrine Rousseau.
Oui, en effet, les pensions alimentaires sont fiscalisées. Je rappelle quand même que la plupart des femmes qui élèvent seules leurs enfants sont non imposables et que donc elles n'ont pas d'impôts à payer sur cette allocation. Mais ceci dit, oui, les pensions alimentaires sont fiscalisées. Oui, il nous faut revoir notre système de protection sociale et de fiscalité à l'aune d'une vision d'égalité femmes-hommes, ce qui n'est pas le cas puisque notre système tant fiscal que social a été créé sur ce que Hélène Périvier, par exemple, appelle M. Gagnepin et Mme Aufoyer. C'est-à-dire qu'en fait, il y avait une inégalité de répartition et donc c'était un modèle familial, nucléaire, etc.
Là, aujourd'hui, il nous faut changer notre fiscalité et notre modèle social. Et oui, la question de la fiscalité sur les pensions alimentaires doit être regardée et nous aurons d'autres occasions de le faire et nous le ferons évidemment. Après, il faut aussi que ces pensions alimentaires soient versées puisque aujourd'hui, un des problèmes que les femmes ont, c'est qu'elles ne reçoivent pas les pensions alimentaires et que beaucoup renoncent à essayer de le demander parce que ça demande des frais, des frais de justice, d'avocats et qu'elles n'ont même pas les moyens de le faire. Donc, il y a un véritable scandale autour de ces pensions alimentaires qu'il nous faut régler. Et comment alors ?
En regardant pour supprimer la fiscalité au moins pour les ménages les plus faibles, enfin pour les femmes. Et puis par ailleurs, il faut obliger les hommes à verser ces pensions alimentaires. Si le juge le décide, alors il faut que les hommes les versent.
Sandrine Rousseau, hier à l'Assemblée nationale, le garde des Sceaux a pointé du doigt l'extrême-gauche suite à une résolution de la NUP qui dénonçait un régime d'apartheid d'Israël contre la Palestine. Vous avez pris la parole au micro, vous avez dit c'est indigne. Est-ce que les insoumis ont eu raison de quitter l'hémicycle ?
Il n'y a pas que les insoumis qui ont quitté l'hémicycle. Nous avons tous, toute la NUP qui a quitté l'hémicycle parce que nous avons été traités d'antisémites et ça n'est pas possible.
Le mot antisémite n'a pas été prononcé par Éric Dupond-Moretti.
Non, mais quand la Première Ministre a pris la parole, elle a clairement distingué le PS, ELV, le PC émis, LFI de côté. Tout cela parce que Corbyn est venu soutenir deux candidates pendant les... Corbyn, donc l'ex-chef des travaillistes du Lébourg en Angleterre. Mais en fait, ce qui est incroyable et ce à quoi on assise dans l'Assemblée et qui est extrêmement grave, c'est que le Rassemblement National qui est un parti, issu de la collaboration, issu de l'antisémitisme, dont l'histoire est directement liée à l'antisémitisme puisque c'est dans cette fange qu'il s'est créé, et bien lui est banalisé.
Je rappelle qu'aujourd'hui nous avons par exemple un député RN qui est dans la commission renseignement, c'est-à-dire qui a accès à des renseignements classés secret défense, c'est la première fois dans notre République que ça arrive. Nous avons un RN à la Cour de justice de la République, c'est-à-dire la Cour de justice qui va régler la question des ministres, alors même que le RN a lui-même des affaires de justice, quels deals vont être passés ?
Et donc on a des RN qui s'installent comme ça dans des positions de pouvoir et dans des positions d'accès aux secrets de la République de manière inédite, un Rassemblement National dont l'histoire est issue de cet antisémitisme, dont Jean-Marie Le Pen disait par exemple de la Shoah que c'était un détail de l'histoire, et c'est LFI qui est renvoyé à l'antisémitisme dans l'hémicycle, mais c'est extrêmement grave, c'est extrêmement grave. Et on assiste à une banalisation du RN, de son histoire et de ce qu'il porte, de haine de l'autre et de discrimination qui est unique et inédite dans notre République.
Et j'appelle la majorité, j'appelle les LREM à reprendre le sens commun là-dessus et à reprendre le sens de la République, parce que là, une frontière a été franchie, je trouve, hier.
Le groupe RN dont vous parliez à l'instant, il s'est fait une sorte de crédibilité à l'Assemblée Nationale, on le constate effectivement, il est dans toutes les commissions, il est assez présent, alors que la NUP apparaît parfois un petit peu turbulente, en tout cas il y a des moments, certains votent, où il manque des voix pour faire passer des mesures de la NUP. Comment vous le prenez ? La NUP c'est une réussite à l'Assemblée Nationale ? Ça fonctionne bien.
C'est pas qu'il manque des voix, c'est qu'il manque une volonté d'LREM de faire accord avec nous sur certains amendements.
Oui mais il y a des députés de la NUP qui ont été absents, notamment sur le vote sur les super profits, qui ont dit qu'ils regrettaient d'avoir été absents.
Oui, enfin là on a quand même des séances en hémicycle qui commencent à 9h et qui finissent à 6h du matin pour certains. Donc à un moment donné, il faut qu'on dorme aussi, c'est un peu physiologique et de base. Et par ailleurs, les super profits, si LREM l'avait voté, il n'y aurait pas eu aucun souci sur le décompte des voix. Donc il faut quand même remettre les choses à leur place.
Et par ailleurs, oui, la NUP est bruyante dans l'Assemblée, mais précisément parce que nous sommes une opposition et que nous défendons nos valeurs et que nous défendons ce que nous avons défendu devant les Français et les Françaises lors des campagnes électorales, lors des campagnes législatives, nous le défendons pied à pied. Nous ne lâchons rien. Chaque amendement, chaque article fait l'objet d'une discussion âpre et d'une discussion tendue pour que nous fassions passer les choses. Nous avons fait passer quelques éléments, d'ailleurs souvent au détriment de LREM, mais en fait, nous ne lâchons rien.
Alors évidemment, moi je suis par exemple très lucide sur le fait que quand je me bats contre le terminal méthanier qui importe du gaz de schiste des Etats-Unis, qui est le pire gaz, le pire qui existe, quand je me bats pour que ce terminal méthanier ne soit pas dans le projet de loi pouvoir d'achat, je sais bien que j'ai peu de chances de gagner. Mais je mène la bataille jusqu'au bout parce que nous le devons. Nous le devons pour les personnes qui sont en difficulté, qui ont besoin d'une augmentation de salaire. Nous le devons pour les personnes qui sont aux minimas sociaux, qui ont besoin de l'augmentation de ces minimas.
Nous le devons pour nous et pour nos enfants de ne pas aggraver la situation climatique. Aujourd'hui, la loi pouvoir d'achat est une loi qui met en danger tout le monde, y compris sur le plan social comme sur le plan environnemental. Élodie nous appelle de l'Essonne. Bonjour Élodie.
Oui, bonjour et merci de prendre ma question. Bonjour Sandrine Rousseau. Bonjour. Je me permets de te tutoyer car nous sommes camarades de gauche et camarades de lutte féminine. Eh bien, bienvenue. En tant que féministe mobilisée contre les violences sexistes et sexuelles, je voudrais savoir comment tu acceptes le maintien à la présidence de la commission des finances de l'Assemblée nationale, d'Éric Coquerel, alors qu'une plainte vient d'être déposée contre lui, et alors même que tu appelais à la démission, par exemple, de Gérald Darmanin ou de Zahia Abad.
Merci. Alors j'ai appelé au retrait d'Éric Coquerel de la présidence de la commission des finances. Il est toujours là ? Oui, j'ai appelé à ce qu'il ne siège pas à la commission des finances, donc je n'ai pas de poids de mesure. En l'occurrence, je suis très ferme aussi sur mes positions là-dessus. Après, je n'ai pas la possibilité de faire démissionner et de faire en sorte qu'Éric Coquerel ne renonce à cette présidence. Donc voilà, j'acte. Mais je vous dis, il y a Damien Abad aussi dans l'hémicycle. Si on me demandait à moi qui pourrait rentrer dans l'hémicycle, sans doute, n'aurai-je pas tout à fait la même vision que les autres.
Ceci dit, je rappelle quand même que les faits pour Damien Abad et pour Éric Coquerel ne sont pas de même nature, puisque pour Damien Abad, il s'agit de soupçons de viol, et de viol avec un mode opératoire qui semble se dessiner, qui est de droguer les femmes. Pour Éric Coquerel, il s'agit de quelque chose de très différent, puisqu'il s'agit d'une soirée dans laquelle il y aurait eu des gestes déplacés. Donc je veux dire, il faut aussi avoir une mesure dans la réponse, parce que si nous n'avons pas de proportionnalité dans la réponse qui est faite en fonction des situations, eh bien nous perdons aussi en crédibilité dans le combat féministe. Tous les deux sont présumés innocents.
On rappelle qu'Éric Coquerel fait l'objet d'une plainte pour harcèlement sexuel. Oui, tout à fait. On a une question de Jérôme, au Standard de France Inter. Bonjour Jérôme.
Bonjour. Alors, ma question à Madame Rousseau va être très courte. Pourquoi toujours stigmatiser la France au niveau de l'échauffement climatique ? On pensait que les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre sont plutôt la Chine, ou des pays qui ont des très grosses industries ?
Merci Jérôme. La réponse de Sandrine Rousseau. Et vous avez raison. Aujourd'hui, la Chine est le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. Ceci étant, il faut bien que quelqu'un commence et on est dans cette situation où, vous savez, ce jeu d'enfant-là, tu me tiens, je te tiens par la barbichette, personne ne veut commencer cette transformation écologique. La France a été créatrice, innovante dans bien des domaines, et notamment sur les droits humains. Nous sommes la nation qui a émis cette déclaration des droits de l'homme, pardon. Et donc, à ce moment-là, personne ne l'avait fait d'autre. Et on se disait, il y a plein de pays dans le monde où les droits humains ne sont pas respectés.
Pour autant, cette déclaration avait eu un effet et a permis d'accéder à l'égalité dans plein d'autres pays que celui de la France. Donc, moi, je dis la France a ce rôle-là, précisément aussi, parce que c'est le pays dans lequel on a signé la COP21, qui est le premier accord international sur le climat. C'est la première fois que l'ensemble des pays du monde signait un accord. C'est en France que ça s'est passé, c'est à Paris. Et donc, nous avons ce rôle d'éclaireur, ce rôle d'innovation et d'essayer quelque chose d'autre, un autre modèle. Aujourd'hui, nous nous enfermons dans un modèle de croissance extractiviste, très émettrice de CO2.
Nous refusons de regarder en face le réchauffement climatique et surtout de voir à quel point nos comportements doivent changer et à quel point, y compris nos comportements de consommation, doivent évoluer. Et cela, c'est coupable. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de petites responsabilités dans le réchauffement climatique. Comme je le disais, toute émission de carbone aujourd'hui aggrave la situation en France comme ailleurs.
Sandrine Rousseau, députée Europe Écologie, les Verts de la 9e circonscription de Paris. Merci de nous avoir répondu sur Internet. Merci beaucoup. France Inter Merci à tous.
Merci à tous. Sous-titrage Société Radio-Canada
Sandrine Rousseau