F. Bayrou, la Gauche critique - Sandrine Rousseau est l'invitée des 4 vérités du vendredi 20 décembre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, Jandrine Rousseau. Bonjour. Maïa Lecay nous a tendu la perche. Qu'est-ce que vous en pensez de cette EPR de Flamanville ?
Comme ça a été dit, c'est un projet de toutes les gabegies. En réalité, parce qu'avec 13 milliards d'euros, on aurait pu faire toute une autre politique de l'énergie fondée sur la sobriété, sur les énergies renouvelables.
Il faut sortir du nucléaire comme les Allemands, quitte à revenir au centre à la charbonne.
Il faudrait qu'on ait un débat sur le nucléaire un peu plus long pour expliquer la position. Mais le nucléaire demande à la fois un état fort, des ressources, de l'eau notamment, etc. Et en fait, on est dans un monde d'incertitude. On rentre dans un monde d'incertitude. Le nucléaire n'est pas l'énergie de l'incertitude.
Vous avez entendu le Premier ministre hier, François Bayrou. Est-ce que cela a changé quelque chose à ce que disait Marine Tondelier à la sortie des entretiens à Matignon ? A savoir, je la cite, la censure est toujours sur la table. C'est ce que disent les écologistes. Vous le dites encore ce matin ?
Moi, je n'ai pas vu de virage. Je n'ai pas vu même véritablement de main tendue. Parce qu'il a eu des propos qui se contredisaient les uns les autres. Déjà, c'était assez pénible à écouter. Il faut se le dire quand même. C'était brouillon. C'était flou. On ne comprenait pas complètement tout ce qu'il voulait dire. Mais moi, j'ai entendu sur les retraites qu'il disait pas de suspension. Mais on peut revoir...
Vous avez entendu ce qu'il a dit hier soir sur France 2.
Oui, mais enfin, s'il n'y a pas de suspension...
Est-ce qu'il y a une possibilité que le report de l'âge à 64 ans ? C'est un totem qui tombe, ça ?
Mais dans ces cas-là, il y a une abrogation. Et puis tous ces députés prennent cet âge de 64 ans comme quelque chose sur lequel on ne peut absolument pas revenir. Donc, en fait, on est toujours dans la même chose, c'est-à-dire des paroles. Des paroles, des paroles, des paroles. C'est la chanson d'Alida. Paroles, paroles, paroles. Paroles, mais s'il y a des âges.
Vous avez entendu, par exemple, ce matin...
Donc oui, la censure est toujours sur la table. Et je pense qu'elle-même, elle sera votée.
Mais quand vous entendez, par exemple, le secrétaire confédéral de Force Ouvrière, il s'appelle Michel Bogas, et il dit, je le cite ce matin, que c'est une bonne chose que le Premier ministre se rende compte que, justement, cet âge légal porté à 64 ans, eh bien, on peut peut-être y toucher. Vous êtes plus jusqu'au boutiste que certains syndicats ?
Non, non, non. Actons le fait que c'est la première fois qu'il y a une parole sur les 64 ans. Mais en fait, on ne peut pas revenir sur 64 ans sans suspendre ou abroger cette réforme des retraites. Donc voilà, il va falloir qu'il prononce les mots qu'il faut. Et puis, de toute façon, tout ne se résout pas non plus à la retraite. Mais évidemment, c'est un point essentiel. Nous ne voulons pas travailler jusqu'à 64 ans. Nous ne voulons surtout pas que les personnes qui ont les métiers les plus durs le fassent.
Mais est-ce que ça pourrait être un des bougés significatifs que, encore une fois, Marine Tondelier réclamait à la sortie de matinée ?
Moi, je ne l'ai pas entendu faire ce bougé significatif.
Le maintien de Bruno Retailleau, comme l'a laissé entendre le Premier ministre au gouvernement, est-ce que pour vous, c'est une ligne rouge ? Est-ce que c'est, par exemple, si Bruno Retailleau est dans le nouveau gouvernement, que l'on devrait connaître avant Noël, vous censurerez ? Ou il n'y a pas une automaticité entre ces deux faits ?
Ce n'est pas une question de ligne rouge. C'est une question de politique menée, de ligne politique. Bruno Retailleau s'est distingué en voulant une nouvelle loi sur l'immigration. On a eu 17 lois sur l'immigration en 15 ans. Ces lois n'ont même pas le temps d'être appliquées. On ne sait même pas si elles sont efficaces ou pas qu'on en fait déjà une autre. En fait, on est dans une espèce d'obsession autour de cette question des lois d'immigration. Mais son simple maintien serait déjà un message pour vous ? Mais oui, parce qu'en fait, il le veut.
Quand j'entends qu'à Mayotte, alors qu'il y a probablement des centaines, si ce n'est des milliers de morts qui sont ensevelis sous les décombres, qu'il n'y a toujours pas de plan d'urgence à la hauteur de l'enjeu, que sa priorité à Bruno Retailleau, c'est de dénoncer l'immigration, c'est indigne. Non, il n'a pas dit que c'était sa priorité sur l'immigration. Le premier tweet qu'il a fait en tant que ministre de l'Intérieur, c'était sur l'immigration. C'est indigne, c'est indécent. Il y a des gens qui meurent là. Il y a des odeurs à Mayotte de cadavres en putréfaction. Enfin, on en est là. Et là, il va nous parler d'immigration. Ce n'est pas ça le sujet.
Emmanuel Macron est sur place. Comment vous jugez cette visite ? Il a notamment dit qu'il n'y avait pas de distinction entre les personnes qui sont dans la souffrance, qu'il fallait donner à manger, à boire, des toits pour tout le monde, y compris aux personnes qui sont là-bas en situation irrégulière. C'est vous qui aviez parlé il y a quelques jours, et c'était un tweet qui avait été d'ailleurs critiqué. Vous aviez dit, je cite, « Les vies racisées ultramarines valent-elles une édition spéciale que nous stopions de nos habitudes ? » Visiblement pas, vous trouviez qu'on n'en parlait pas assez de Mayotte. Oui, mais je le maintiens.
Comment vous jugez, en tout cas, cette visite d'Emmanuel Macron là-bas ?
Mais je le maintiens absolument. Emmanuel Macron y est allé dans une attitude très macronienne, c'est-à-dire avec une attitude arrogante et donneuse de leçons. Et d'ailleurs, ça s'est très mal passé sur le terrain. Il a été contesté de mille et une manières.
Mais c'est quoi une attitude qui ne serait pas arrogante ? On a reproché à François Bayrou, par exemple, de ne pas y aller.
Une attitude humble, une attitude même d'écoute, une attitude de respect et une attitude presque d'excuse, parce qu'en fait, cette catastrophe, elle était absolument prévisible. On savait que Mayotte a déjà été privée d'eau pendant plusieurs mois. On savait que ces habitations faites de tôles seraient des fétues de paille dans un ouragan.
Mais vous avez le sentiment que le président, dans les reportages que vous avez vus, n'écoute pas la population. On l'a vu quand même plusieurs heures hier au contact.
Mais moi, je l'ai vu en bras de chemise dire « Mais vous êtes fier d'être français ». Mais enfin, ce n'est pas le sujet, là, en l'occurrence. Mais ce n'est pas le sujet. En fait, maintenant, il faut arrêter. Il faut prendre en considération le fait que là, on a un territoire qui est en train de compter ses morts et de ne même pas être en capacité de compter ses morts puisqu'il n'y a aucune transparence sur le nom. Vous demandez quoi ? Donc moi, je lui demande, un, de la transparence sur ce qui est en train de se passer à Mayotte sur le nombre de morts. Deux, qu'il y ait un plan d'urgence mais d'une ampleur bien plus importante.
Il faut qu'il y ait un pont aérien pour amener de l'eau, des vivres et que les personnes ne soient pas confrontées ni aux épidémies, ni à la famine, ni au manque d'eau. Et puis qu'enfin, il y ait des tractopelles qui arrivent en masse. Où sont les tractopelles, là, pour essayer de déblayer et de voir et de sauver les personnes qui peuvent encore l'être ? C'est en tout cas ce que vous feriez
si vous étiez aujourd'hui en responsabilité.
Et vraiment, je pense que là, on a la plus grande catastrophe depuis la Seconde Guerre mondiale, la plus grande catastrophe humaine et qu'en fait, on est en train de faire un show de Macron. Ça n'est pas à la hauteur.
On en vient à un tout autre sujet, le procès des viols de Mazan pour lequel, et parmi beaucoup d'autres, vous avez dit votre implication et tout ce que cela provoquait dans la société française. Les enfants de Gisèle Pellicot et certaines personnes qui étaient sur place ont trouvé que, eh bien, le verdict était parfois trop léger pour certains accusés. Vous êtes de cet avis aussi ?
Moi, je ne commande pas les décisions de justice. Je dis juste que cette affaire Pellicot, elle a pu avoir l'impact qu'elle a eu parce qu'il y avait Gisèle qui a ouvert la porte des tribunaux, mais aussi parce qu'il y a eu à un moment un vigile dans un supermarché qui a demandé avec force aux femmes de déposer plainte. Et donc, il a eu un rôle dans la révélation de cette affaire parce qu'il y a eu des policiers qui ont enquêté sur l'ordinateur de Dominique Pellicot. Et en fait, ce que je veux dire là-dessus, c'est que vous voyez qu'on arrête les violences sexuelles, on les sanctionne quand il y a tout le monde qui est responsabilisé et tout le monde qui prend ses responsabilités.
Et je voudrais vraiment dire qu'il y a Gisèle, il y a Judith Godrech, il y a Adèle Haenel, il y a Vanessa Springora, puis il y a toutes les inconnues. Il y a toutes les femmes qui subissent des violences sexuelles et dont on ne connaît pas les noms. Il faut comprendre que ça n'est pas juste une somme de faits individuelles. Il y a vous aussi, Mme Rousseau, qui aviez dénoncé.
Oui, mais pardon, ça a aussi été à l'époque, pardon, critiqué parce que vous aviez parlé d'une personne, en l'occurrence M. Bayou.
Je pensais que vous parliez de M. Bopin dont j'ai subi l'agression sexuelle. Est-ce qu'aujourd'hui,
tout doit être dit parfois sans décision judiciaire ? Est-ce qu'il faut dénoncer ?
Alors déjà, je voudrais dire que ce ne sont pas une somme de faits individuelles, mais que ça tisse une toile qui est un système où le corps des femmes est à disposition et que c'est cela qui est en train d'être contesté aujourd'hui et que tout le monde a sa responsabilité là-dedans. Et sur Julien Bayou, je rappelle qu'il y a plusieurs femmes qui ont dénoncé des faits, qui ont quitté la politique à cause des faits qu'elles ont dénoncés et que dans le canard enchaîné, il y avait même une suspicion de faits pouvant s'apparenter à des viols. Mais oui, mais donc, en fait, à un moment, la question, c'est comment on dénonce ces faits-là et comment on protège les femmes.
Eh bien, c'est le combat que je mène et c'est la ligne politique que j'entends mener. Je ne me substitue pas à la justice, je dis juste que dans notre parti politique, nous avons une responsabilité, nous aussi, de protéger les femmes qui y militent.
Eh bien, vous l'avez dit ce matin, merci beaucoup Sandrine Rousseau, députée écologiste de Paris et c'est la suite de Télématins. Merci beaucoup.
Merci beaucoup à tous les deux. Merci à Vivian Fourvieille qui a traduit cette interview en langue des signes. Merci à Vivian Fourvieille
Sandrine Rousseau