Stratégie vaccinale, dette, séparatisme... Le "8h30 franceinfo" d'Éric Coquerel
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Le 8h30 France Info avec Myriam Ancaoua de la chaîne parlementaire. Bonjour Myriam.
Bonjour Arsine, bonjour à tous.
Notre invité est députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel. Bonjour à vous. Merci d'être avec nous ce matin. Merci de l'invitation. L'épidémie de Covid ne cesse de regagner du terrain en France. Est-ce qu'il faut reconfiner maintenant ?
J'espère qu'on va l'éviter, très sincèrement. J'espère qu'on va l'éviter parce qu'on le sent tous. On en discute avec nos proches. Je pense que le pays est arrivé à un état psychique, un état social, un état de ressenti de plus en plus dur. Le confinement a des conséquences fortes. Le premier confinement, on l'a tous vécu un peu comme... Alors, dans des conditions différentes selon le lieu social dans lequel on se trouvait. Enfin, on l'a tous vécu comme quelque chose d'une nouveauté qu'il fallait subir quelque part en espérant des jours meilleurs. Là, on sent bien que ça devient de plus en plus dur et que ça a des conséquences.
Bien évidemment, l'épidémie a des conséquences lourdes, mais le confinement a des conséquences extrêmement fortes.
Donc le gouvernement a bien fait, finalement, de ne pas suivre l'avis du Conseil scientifique qui lui recommandait de reconfiner vite.
Moi, je pense que tant qu'on peut, il faut éviter le confinement. Mais surtout, ce que je voudrais dire, c'est qu'on ne peut pas continuer comme ça. Voilà. Ce que je reproche au gouvernement, ce que nous reprochons au gouvernement au niveau du groupe France Insoumise, et nous l'avons dit depuis des mois, ce n'est pas nouveau, c'est qu'il n'y ait pas eu une réflexion vis-à-vis d'une épidémie qui, même si, au final, on trouve un vaccin qui arrivait à résoudre la question, on sait bien que ça va durer encore des mois. J'entendais Véran parler au départ du mois de juin, puis maintenant, il parle de l'automne, etc. On sait bien que ça recule.
Donc, on ne peut pas continuer avec un système où on nous annonce un couvre-feu, qui est, à mon avis, la mesure, on y verra peut-être, mais à mon avis, la plus mauvaise et stupide, parce que je la sens compliquée. Pourquoi ? Allez-y, dites-le maintenant. Vous êtes comme moi, vous allez dans les rues, dans les magasins, dans les transports. Pas après le couvre-feu. Pas après le couvre-feu, mais entre 17h30 et 18h, qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, les gens se concentrent pour rentrer chez eux, pour faire leurs courses. Ce qui fait que ce qu'on veut absolument éviter, c'est-à-dire la concentration dans un seul lieu, au contraire, elle est quelque part favorisée par la question du couvre-feu.
Donc, je pense que c'est délétère et que nous avons mis des propositions sur la table. Un, par exemple, c'est d'organiser, à l'inverse du couvre-feu, comme philosophie, un système en rotation. Alors, certes, ça nécessite une organisation, mais moins on la prend vie, moins on la prend tôt, plus ça sera compliqué. Par exemple, des horaires décalés pour arriver au travail, voire des jours décalés, pour des activités sociales, pour aller à la fac, etc. Ça, c'est un premier plan. Deuxième plan, qui n'est toujours pas, à mon sens, véritablement pris en considération, c'est la question de l'isolement des malades.
Non pas de manière contrainte, mais en termes de propositions matérielles pour que les gens puissent être isolés de leur famille.
Il n'y a pas assez d'hôtels mis à disposition ?
Moi, j'ai été atteint du Covid. Personne ne m'a jamais proposé une de ces fameuses chambres d'hôtel qu'on nous a promis cet été. Il n'y a rien de tout ça. Or, ça, la question de l'isolement dans les pays qui s'en sont quand même un peu mieux sortis que nous, je pense notamment aux pays d'Asie, et je pense aussi à des démocraties dans les pays d'Asie, c'est quand même au centre, justement, de questions sanitaires.
Ça, ça n'a pas été fait, et je crois qu'on ne peut pas, en tout cas, continuer à penser que pendant des mois, des mois, on va confiner les gens, parce que nous sommes des êtres sociaux, et ce n'est pas naturel d'être seulement un être, un homo economicus, où on travaille, et puis après on rentre chez soi.
Alors, ça n'a pas été fait, on aurait pu faire mieux. Critique sur critique, le président de la République n'en peut plus de cette avalanche de critiques, notamment sur la stratégie vaccinale, et il l'a dit jeudi à sa manière.
Ce qui va avec la défiance française, c'est aussi cette espèce de traque incessante de l'erreur. C'est-à-dire, nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs.
Éric Coquerel, vous êtes un procureur ? Ils se sont accusés, manifestement. En tout cas, non, procureur non, je pense qu'il faut qu'il s'habitue à ce qu'il soit dans un pays politique, où les gens ont leurs avis, ce n'est pas des sujets, ce n'est pas ces sujets, les Français. C'est des citoyens qui ont un droit de critique, un droit de contrôle, surtout quand ils observent que beaucoup d'erreurs ont été faites. D'ailleurs, ce qui est paradoxal, c'est que le chef de l'État les reconnaît. Il dit qu'on a le droit à l'erreur. OK, ils ont le droit à l'erreur. Dans ce cas-là, ils ont le droit aussi à la critique.
Parce que s'il y a erreur, il faut peut-être écouter un peu ce que disent les gens, ce que disent les oppositions.
Il a l'impression que les oppositions traquent systématiquement les erreurs, dans un moment où de sans faute n'est pas possible, puisqu'on ne sait pas ce qui va se passer après.
Ce n'est pas vrai. Pendant des mois et des mois, l'opposition, et nous continuons à le faire, même si nous estimons que certaines mesures ne sont pas adéquates, nous disons, pour ne pas semer la pagaille, respectons les consignes. Nous l'avons toujours dit. Mais on est obligé de constater aussi que des choses ont été mal faites, et même des choses ont été travesties. Rappelez-vous la question des masques. On nous avait dit, ah, mais il n'y a pas besoin de masques, parce qu'en fait, en réalité, on n'en avait pas. Donc finalement, les masques sont devenus nécessaires pour tout le monde. Alors tiens, vous êtes sur les masques.
La question des masques artisanaux, aujourd'hui encore, contradiction. Là, je ne vais pas vous répondre. Moi, je n'ai pas les moyens de l'État pour juger si les masques artisanaux sont efficaces ou pas. L'Académie de médecine dit qu'il faut les conserver, qu'on est à un équilibre, que ça va très bien. Ce qui m'intéresse plus dans ce que dit l'Académie de médecine, là, ce matin, c'est la question des transports. Parce qu'ils nous disent, maintenant, il ne faut pas parler dans les transports, il ne faut pas être sur le téléphone.
Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais quand justement on proposait une organisation en rotation de la société, notamment pour que les gens soient moins massés dans les transports en commun, on nous disait, l'État nous disait, « Ah, mais non, mais ce n'est pas là où ça se prend le Covid. C'est dans les bars et autres, les transports, pas du tout. » Alors, nous, on est très étonnés parce qu'on prend les transports. Moi, je prends le métro, peut-être comme vous, et vous constaterez que, le moins qu'on puisse dire, au moins autant que dans les remontes-pentes, on est massés dans les métros. Là, tout d'un coup, on nous dit, il y a peut-être un problème.
Donc, vous voyez bien que ce qui est gênant, c'est ce qu'affirme le gouvernement à un moment donné, notamment pour faire en sorte que l'économie redémarre, parce que ça a été quand même son objectif premier, eh bien, ça s'avère finalement moins vrai que ce qui a été dit. Donc, c'est ça le problème. Le passeport maximal, est-ce que ça peut être parce qu'on parle du redémarrage de l'économie ? Je reviens sur votre question.
Je pense qu'on aurait un gouvernement encore qui aurait eu tout bon depuis le début, d'accord, qui ne se serait pas trompé, qui aurait écouté les soignants qui, depuis deux ans, réclamaient des moyens pour l'hôpital public, qui, justement, au niveau des masques, auraient admis qu'il y avait eu un problème et recommandé quand même le port des masques nécessaires, qui ne serait pas trompé sur les tests, qui ne serait pas trompé sur l'isolement, bon, ils pourraient peut-être dire, écoutez, on demande à l'opposition de taire ces critiques, mais à l'inverse, on nous a dit sans arrêt, à chaque fois qu'on faisait des propositions, nous, on en a fait plein, on nous a dit à chaque fois, ah, mais attendez, si vous ne votez pas tout de suite ce projet de loi, cet état d'urgence, ces mesures, alors c'est vos grands-parents qui vont mourir, vous ne pensez pas à vos grands-parents.
Il y a un débat sur le passeport vaccinal, rapidement. Une culpabilisation permanente.
Qu'est-ce que vous en pensez ? On est vacciné, on peut, à nouveau, aller au cinéma, au musée, prendre l'avion. Est-ce que c'est une bonne idée pour faire redémarrer cette économie à l'arrêt ?
De se faire vacciner ?
Non, le passeport vaccinal.
Écoutez, le passeport vaccinal, pour l'instant, il n'a pas de sens dans la discussion. Il n'y a pas assez de vaccins. On nous dit que c'est les gens de plus de 75 ans qui peuvent se faire vacciner. Donc, de toute façon, la question qui se pose là, c'est-à-dire qui sera le moment où toute la population pourra se faire vacciner, et peut-être, j'espère, avec un autre vaccin, parce que celui-ci a quand même des défauts, d'accord, même si je pense... Le Pfizer ? Oui, il a quand même des défauts. Il a, par exemple, le défaut, on ne sait pas s'il empêche la transmission, ce qui est quand même pour un vaccin assez gênant.
Pour l'instant, c'est Pfizer qui a fait une enquête très claire avec... Écoutez, moi, j'ai entendu beaucoup de scientifiques qui disent que sur la transmission, c'est clair.
Loin d'être des complotistes qui disent qu'on ne peut pas l'affirmer. Vous savez qu'il y a deux vaccins en trois semaines que les Israéliens ont montrés que dans les trois semaines, entre les deux stériles de vaccins, la contamination pouvait continuer. Mais qu'importe, ce que je vous dis à part là, c'est que je pense que ce n'est peut-être pas le vaccin idéal, il existe, je ne suis pas contre le fait de l'utiliser. Et pour répondre à votre question...
Très rapidement, on va faire une petite pause.
D'accord, pour répondre à votre question qui est posée, moi, ce que je crois sur le vaccin, c'est que, un, il faut absolument mettre le paquet pour être indépendant et trouver un vaccin français, peut-être de forme plus classique. On paye là les non-financements de la recherche publique, un scandale Sanofi dont on pourrait parler après. Mais je pense qu'il faut mettre le paquet là-dessus. Il faut effectivement aller vers le vaccin. Mais tant qu'on ne peut pas vacciner toute la population, je ne vois pas comment on peut demander un passeport.
Éric Coquerel est l'invité du 8h30 France Info. Il est 8h41. Voici le fil info avec Diane Ferschit.
Et pour éviter la propagation du coronavirus, il faut se taire dans les transports en commun. C'est ce que recommande ce matin l'Académie nationale de médecine. Éviter de parler ou de téléphoner dans les transports en plus du port du masque lorsque la distanciation physique ne peut pas être respectée. L'Académie de médecine qui rejette en revanche la nouvelle recommandation de ne plus utiliser les masques artisanaux face aux variants. Elle pointe un manque de preuves scientifiques. Son vaccin n'a pas encore été validé par les autorités sanitaires européennes. Mais le laboratoire AstraZeneca indique déjà qu'il devra réduire ses livraisons de doses à l'UE.
60% de doses en moins au premier trimestre en raison de problèmes de production. Et pour l'heure, AstraZeneca n'est pas en mesure de confirmer qu'il pourra livrer la totalité des doses prévues pour le deuxième trimestre. Et face à l'éventuelle perspective d'un troisième confinement, on observe une désespérance croissante pour beaucoup de patients. C'est ce que dit constatait le psychiatre Antoine Pellisolo sur France Info. Il évoque pour de nombreuses personnes la difficulté à se projeter dans l'avenir. En Russie, des partisans d'Alexei Navalny arrêtés alors que se tient ce samedi une journée de manifestation pour demander la libération de l'opposant au Kremlin.
Il a été emprisonné la semaine dernière dès son retour à Moscou après sa convalescence en Allemagne. Il y était soigné pour empoisonnement présumé. La victoire 4 à 0 du PSG face à Montpellier pour le compte de la 21e journée de Ligue 1 de football. Paris en tête du classement provisoire. Ce samedi, deux rencontres à suivre à partir de 17h avec Lens qui fera face à Nice.
France Info. Éric Coquerel, député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis et l'invité du 8h30 France Info. Nous sommes avec Myriam Ancawa de la chaîne parlementaire. Éric Coquerel, vous parliez d'économie qui est donc, si je vous suis, la préoccupation essentielle du gouvernement dans cette crise. La facture finale, qui va devoir la payer selon vous ?
Je pense qu'il faut l'effacer. Vous savez qu'on est pour l'effacer. Tout simplement. Oui, bien sûr. On est pour l'effacer la dette. De toute façon, personne ne paiera le stock de dette. D'accord ? La dette qui est créée par le Covid, il faut bien comprendre aujourd'hui qu'en réalité, elle est possédée par la Banque Centrale Européenne.
Pas toute, il y a une partie seulement.
Une grande partie de la Banque... Je parle de la dette Covid, je ne parle pas de la dette antérieure.
Vous parlez d'annuler ce quoi ? Cette dette uniquement possédée par la Banque Centrale Européenne ?
Non, nous, on pré... Je vais y venir. Déjà, on devrait annuler ces dettes possédées par la Banque Centrale Européenne. Donc, on sort de l'Europe ? Non, non, non. Attendez, écoutez-moi. C'est 20% de la dette française. D'accord ? Et de toute façon, cette dette ne sera pas payée. Je vous le dis, le stock de dette ne sera pas payé. Comme d'ailleurs, quelque part déjà, on a un système de dette perpétuelle. Aujourd'hui, on fait les intérêts de la dette. Comment ? Comment pouvez-vous le savoir ? Parce que c'est ce qui se passe. La réalité, déjà, par rapport à la dette antérieure. La dette antérieure, nous payons les intérêts de la dette chaque année avec des taux d'intérêt qui ont baissé.
Et puis, au bout de... Je crois que c'est à peu près un peu plus de 11 ans la moyenne de remboursement de la dette. Au bout de 11 ans, les mêmes prêteurs reprêtent aux États parce que c'est intéressant de prêter aux États. Donc, le stock de la dette, en réalité, n'est pas payé. C'est les taux d'intérêt qui sont payés. Mais l'intérêt de ça...
Mais il faudrait le faire de façon mutuelle. Il faudrait le faire à 27 parce que si la France le fait seule...
Mais ça sera... Je vous prends le pari. Il n'y a pas que des gens comme moi qui le disent. Des gens comme Alain Minc, par exemple, plutôt libéral, aujourd'hui l'explique. C'est qu'en réalité, c'est ce qui se passera, tout simplement, parce que la dette accumulée pendant le Covid, à moins d'imposer des politiques d'austérité telles que les peuples en souffriront pendant des années et des années, on ne le remboursera pas. Pourquoi on nous fait ce chantage à la dette en permanence ? C'est que ça permet, en réalité, d'avaler des réformes structurelles dont on nous dit, par exemple, la réforme des retraites, il est urgent de le faire.
Ça, le gouvernement met le pied sur le frein.
Non, pas du tout. M. Castex vient de recommencer à redemander des discussions et des négociations parce que c'est demandé par Bruxelles. La réforme d'allocation chômage. Ou alors, on nous dit, attendez, comme fait M. Dussopt récemment, quoi qu'il en coûte, il faudra l'arrêter en 2021. Ce qui est quand même assez hallucinant parce qu'on est en pleine crise, le chômage va monter à plus de 10%. La pauvreté explose dans ce pays. On voit bien que beaucoup d'entreprises de PME, notamment de commerce, ont besoin des aides. Et M. Dussopt nous explique que tout ça va bientôt s'arrêter.
Donc, je vous le dis, la dette, c'est principalement un chantage qui est le fait de baisser les dépenses publiques, de réformes structurelles qui sont exactement les raisons qui nous ont amenés à faire en sorte que cette crise épidémique devienne une crise en plus beaucoup plus grave, sociale, une crise de la santé publique, etc. On nous propose de faire exactement la même chose.
On entend vos arguments, Éric Coquerel, entendons quand même ceux du ministre de l'économie, Bruno Le Maire, qui évidemment a pris la parole sur ce sujet.
Je pense qu'une dette, ça se rembourse. Et qu'il est important d'expliquer aux Français comment nous allons rembourser. Parce que qu'est-ce qu'ils craignent les Français ? Une augmentation des impôts. Ils se disent demain on va augmenter les impôts pour rembourser la dette. Tant que je serai ministre des Finances, nous n'augmenterons pas les impôts des Français. Éric Coquerel.
Alors, traduction, on ne reviendra pas sur les cadeaux faits aux plus riches. C'est ça que ça veut dire. Ne pas augmenter les impôts, ça veut dire ne pas revenir sur...
C'est votre interprétation en l'occurrence.
Non, ce n'est pas mon interprétation, c'est le constat que je fais en tant que membre de la Commission des Finances. Sur les 40 milliards de baisse d'impôts consenties par le gouvernement depuis 2017, une grande, grande majorité de ces impôts sourient aux 10% les Français les plus aisés. Et plus on monte, plus ça leur sourit. D'accord ? Suppression de l'ISF, la taxe, la taxe d'habitation des 20% les plus riches cette année, etc. Donc, c'est ça que ça veut dire. Tout ça parce que M. Le Maire, il a sa cohérence. On n'est pas d'accord. M. Le Maire pense que si vous faites des cadeaux de ce type, vous attirez les capitaux en France qui vont permettre de relancer l'économie.
Sauf que ça, ça ne marche pas parce que les capitaux vont à chaque fois au moins 10 ans en termes d'impôts. Il y a toujours un pays qui va faire, de ce point de vue-là, pire que nous. Et donc, c'est un système qui ne fonctionne pas qu'il propose. Donc, il nous dit qu'on ne va pas baisser les impôts, on ne va donc pas taxer davantage le capital et les plus riches. Et donc, quid ? Ça veut dire qu'il va falloir encore diminuer les dépenses publiques. Voilà leur recette. Je constate que ça fait 30 ans et notamment depuis 10 ans que c'est appliqué de manière très forte en France et ça ne fonctionne pas.
J'aimerais bien qu'on avance. On comprend bien votre message ce matin. Vous me posez des questions qui sont... Il faut un peu de pédagogie pour les expliquer. Il faut amener cette dette et il faut plus de social. Le quoi qu'il en coûte doit continuer, aider, j'imagine, dans les secteurs du social, de la pauvreté, des étudiants, le secteur éducatif.
Plus d'ailleurs. Plus pour les étudiants et la pauvreté.
Qu'on avance parce qu'il y a un grand débat à l'Assemblée nationale en ce moment. Une commission spéciale dans laquelle vous siégez pour examiner ce projet de loi confortant les principes de la République destinés à lutter contre l'islamisme. Comment se déroule ce débat ?
Déjà, il n'aurait pas dû avoir lieu parce que, excusez-moi, mais vous venez de terminer sur la pauvreté. On devrait être en train de travailler à l'Assemblée nationale sur un grand plan d'urgence contre la pauvreté. Peut-être 2 millions de pauvres en plus dans ce pays d'ici quelques mois depuis le début de la crise. Des étudiants qui en arrivent à se suicider tellement leur condition sociale devient absolument terrible. Et au lieu de ça, qu'est-ce qu'on fait ? On est en train de discuter d'une loi par rapport à un thème qu'a voulu mettre le gouvernement sur la table qui était celui du séparatisme islamiste. C'est ça qu'il avait voulu mettre.
Donc on discute d'une espèce de loi fourre-tout où comme en plus ce thème a été abordé sans aucun impact, aucune étude d'impact à chaque fois que... Là, il y a un des thèmes... Hier, par exemple, on a abordé la question de la polygamie, la question des certificats de virginité qui sont effectivement des choses graves en tant que telles. Mais sauf qu'à chaque fois, il n'y a pas de chiffres pour essayer de nous dire quelle est l'ampleur de ces phénomènes. D'accord ? Et comme il n'y a pas de chiffres sur l'ampleur de ces phénomènes, eh bien, on est en train de discuter, de débattre de choses qui, finalement, aujourd'hui, sont loin d'être le problème... En pleine crise sanitaire,
c'est indécent pour vous de débattre de ces sujets.
Mais ce qui est indécent, c'est le fait d'avoir voulu mettre un thème avec une loi fourre-tout qui ouvre des... Alors, qui est en partie liberticide parce que sur les associations, il y a des vrais problèmes qui se posent avec des fermetures administratives dans des conditions qui sont gênantes pour les libertés. Il y a des aspects de cette loi... Moi, je suis défenseur de la loi 1905. Il y a des aspects de cette loi concordataire où l'État se mêle de l'organisation de religions, ce qui n'est pas son rôle. L'État ne reconnaît pas de religions. C'est ça, le principe de la loi 1905 pour permettre la liberté de conscience. Donc, il aborde ce domaine qui est, à mon avis, extrêmement dangereux.
Et troisième point, il ouvre... Je vous donne un exemple. Il ouvre discussion hier sur l'instruction en famille. Donc, on nous dit qu'il faut faire en sorte que les enfants qui sont éduqués par leur famille retournent à l'école. Nous, ça nous va. On pense que c'est l'école qui est le creuset de l'émancipation et l'école publique, par exemple. Sauf que comme ça a été fait au départ, soi-disant par rapport à l'intégrisme islamiste et qu'en fait, en réalité, on s'aperçoit que dans les enfants qui sont sur leur famille, c'est une part infinitésimale. La plupart, c'est pour des questions pédagogiques. Eh bien, on ouvre des débats sur l'école.
Mais dans ce cas-là, il faut une grande loi sur l'école qui renforce l'école publique, qui traque les écoles en contrôle. En contrôle de sujets, c'est ce que vous dites ? Oui, c'est-à-dire qu'en fait, en réalité, ils ouvrent des sujets de société sans réponse globale. Tout ça parce que leur objectif était, je le dis, pour...
Stigmatiser, c'est ça ?
Oui, pour stigmatiser, pour, j'allais dire, faire en sorte qu'on parle plutôt des questions identitaires, des questions de division. Et donc, on a un gouvernement qui, de ce point de vue-là, se plante, est en train d'ouvrir beaucoup de boîtes à Pandore au moment où on devrait parler d'autres choses,
notamment de la condition sociale des Français. Il a retiré tous ses amendements sur le voile. Vous lui faites ce crédit, ça permet de moins hystériser le débat qu'il n'y ait pas de débat d'amendements sur le voile ? Est-ce que ça vous le reconnaissait ? Oui, d'accord,
sauf qu'on a passé toute la semaine avec une surenchère de la droite permise par cette loi qui estime qu'aujourd'hui, en France, le grand danger, c'est des femmes voilées dans la rue et non pas les conditions sociales que nous connaissons, qu'on laisse les gens un peu tranquilles dès lors que c'est dans l'espace public et privé et non pas, j'allais dire, dans les lieux où on interdit les signes distinctifs à l'école.
Éric Coquerel, invité du 8h30 France Info à 8h51, le fil Info, Diane Ferschit.
Alors que le ministre de la Santé, Olivier Véran, appelait jeudi soir les Français à ne plus utiliser de masques artisanaux jugés moins efficaces face aux variants du coronavirus. Ce n'est pas la vie de l'Académie de médecine. Le plus important, c'est que tout le monde porte un masque pour éviter d'émettre des projections, explique sur France Info le professeur Yves Buisson de l'Académie de médecine, l'Académie de médecine qui recommande par ailleurs de ne pas parler ou de ne pas téléphoner dans les transports en commun afin de limiter la propagation du virus.
Après Pfizer, la semaine dernière, le laboratoire AstraZeneca annonce à son tour des retards de livraison de son vaccin, un problème de production, explique-t-il au premier trimestre qu'il ne pourra livrer à l'Union Européenne que 31 millions de doses contre 80 millions initialement prévus. Le vaccin d'AstraZeneca est pour l'heure en attente de validation par l'agence européenne du médicament.
C'est dans deux semaines que débutera le procès en destitution de Donald Trump au Sénat américain, accusé d'avoir incité ses partisans au déchaînement de violence au Capitole de semaines de délai pour permettre aux sénateurs de se concentrer sur les nominations de l'administration Biden et sur le plan de relance. Deuxième victoire en deux matchs, le tour principal du mondial de handball en Égypte pour les Bleus. Les Français qui se rapprochent des qualifications pour les quarts de finale en battant l'Islande 28 à 26. France Info
L'invité du 8h30 France Info est Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Myriam Ancawa.
Parlons un peu politique, élections régionales qui peut-être ont relieu en juin, on va voir. Clémentine Autain va tenter de l'emporter en Ile-de-France. Elle propose une alliance avec les communistes, peut-être avec les écologistes, mais surtout pas avec les socialistes. Est-ce que c'est ça la ligne de la France Insoumise à gauche, tout sauf le PS ?
Pour l'instant, ce qu'on remarque surtout, c'est que vous citez les écologistes. Pour l'instant, nous on a proposé pour les régionales, parce que pour les régionales, les débats qui sont au niveau national et qui empêchent par exemple de faire campagne ensemble sur l'Europe, sur la question de l'organisation sur le territoire, sur les politiques économiques, sur les politiques étrangères, au niveau des régionales, ça a évidemment moins d'importance. Ce n'est pas des compétences régionales. Donc par exemple, on pensait qu'on pouvait dans certaines régions faire équipe avec Europe Écologie.
Europe Écologie nous dit qu'il n'en est pas question et quand il en est question, c'est forcément derrière nous. Ça, c'est une façon de voir l'unité qui est assez curieuse. Donc nous, on travaille avec ceux qui ont effectivement, qui d'un point de vue des régionales, sont d'accord avec un programme qui est un programme de rupture, parce qu'on pense que le moment est de rompre avec les logiques libérales, les logiques d'austérité, mais nous, on est d'accord pour travailler de manière assez large de ce point de vue-là. On a trouvé comme partenaire et c'est bien les communistes. Ce n'est pas très étonnant parce qu'en réalité, on est partenaire ensemble depuis 2011 qu'on voit que la même chose.
Pour l'instant, pour 2022, c'est très compliqué et pour la présidentielle, il n'y a pas d'alliance avec les communistes. Il faudra là. Vous y croyez parce que Fabien Roussel, il a envie d'être candidat.
Oui, peut-être, mais j'ai entendu au jour aussi Fabien Roussel chez vos confrères de France 3 et exprimé qu'il fallait qu'on commence pour qu'il y ait une candidature de Jean-Luc Mélenchon à parler de contenu de programme. Nous, ça va. C'est exactement ce que nous proposons. J'observe que le discours de Fabien et ça ne m'étonne pas parce que les communistes ont la question de l'intérêt général, la question justement de ce que subissent les Français exactement comme nous en priorité. Donc, je pense que ça se terminera bien.
Alors, c'est intéressant que vous parliez Le vote qui vient d'avoir lieu en Ile-de-France, ils ont eu une conférence régionale à montrer de manière écrasante qu'il y avait une volonté qu'on avance ensemble pour les régionales. Moi, je ne doute pas qu'on y arrivera pour les présidentielles.
Alors, c'est intéressant que vous nous parliez projet et programme pour discuter avec vos éventuels alliés et les communistes parce qu'Olivier Faure, lui, considère que votre projet, il est daté. Écoutez-le, c'était sur France Inter dimanche dernier.
Est-ce que Jean-Luc Mélenchon est prêt à avoir un projet commun avec qui que ce soit ? Vous l'avez au téléphone ? Non, il dit je suis candidat et c'est moi, je suis le plus vieux dans le grade le plus élevé, etc. Donc, c'est moi. La différence entre lui et moi, c'est que quand je perds, je réfléchis.
Est-ce qu'il n'a pas un peu raison ?
Ça, c'est très bon.
Il parle de Hollande, là, sûrement. Il parlait de Jean-Luc Mélenchon et vous l'avez très bien compris. Oui, mais d'accord, mais excusez-moi, mais on a un peu moins perdu que le Parti Socialiste. Mais votre projet ne l'a pas convaincu en 2016 ? Si on regarde ce qui est perdre, je veux dire qu'il y a eu un écroulement du candidat du Parti Socialiste, même si en l'occurrence, je pense que ce n'était pas la faute de Benoît, mais plutôt le poids qu'il avait du Parti Socialiste qui l'entraînait vers le bas. La suite des propos d'Olivier Fork,
c'est de dire moi, j'ai fait un inventaire. Est-ce que vous l'avez fait ? Mais je n'ai pas vu l'inventaire.
Quel inventaire il a fait ? L'inventaire, c'est quoi ? M. Fork, en 2017, il estimait qu'il pouvait gouverner avec Emmanuel Macron. D'accord ? Après, il a mis beaucoup de temps à considérer que ce n'était pas possible. Aujourd'hui, il soutient manifestement. Ils disent vous voulez avancer. Mais lui, il soutient une candidature si il est bien compris. On comprend très bien que les insoumis ne font pas alliance avec les socialistes. Il soutient la candidature, si il est bien compris, d'Anne Hidalgo. Sur un projet qui ressemble quand même à ce qu'a fait François Hollande pendant des années. Ce n'est pas nouveau.
C'est le projet social-libéral qui nous a en plus coûté puisque ça a permis finalement la poursuite de ce projet avec M. Macron.
Le projet chez les insoumis, c'est le même qu'en 2017 ?
En partie, oui. Mais s'il n'a pas convaincu en 2017, pourquoi ne pas le modifier ? Déjà, il a convaincu plus de 19% des Français. Ce n'est pas si mal comme base de lancement. En tout cas, c'est mieux que justement ce qu'avait fait le Parti socialiste à ce moment-là et l'Anne de Hollande. Pourquoi changerions-nous radicalement le projet alors que les faits aujourd'hui nous donnent raison ? Les faits nous donnent raison sur la nécessité d'une planification écologique par rapport à la question du climat. Les faits nous donnent raison sur mettre le paquet sur les services publics, sur la santé publique, sur le partage des richesses. Donc c'est bien le même projet.
Vous dites en grande partie, mais c'est le même projet. En grande partie, oui. Et figurez-vous que ça sera nouveau. Parce qu'en réalité, ça n'a pas été appliqué en France depuis des décennies. Un projet qui porte la question de la justice sociale, de l'égalité. Pas le fait de dire qu'il faut sans arrêt favoriser les revenus du capital. D'accord ? Qui a été aussi la politique de François Hollande. Peut-être de manière un peu moins forte que celle de M. Macron. Mais quand même, ça a été la même logique. Donc ce projet-là, il est profondément novateur. Il nous reste une petite minute. Il est profondément novateur parce qu'il n'a pas été appliqué depuis des années. Novateur,
mais qui n'a pas convaincu et qui sera, je l'entends, à peu près le même en 2022. Et vous avez le même candidat qu'en 2017, Jean-Luc Mélenchon. Même projet, même candidat. Est-ce qu'il n'est pas temps de renouveler un peu plus
des choses ? Je vous fais remarquer que même projet, même candidat, par le passé, ça a s'ouvri à plusieurs présidents de la République et plusieurs majorités. D'accord ? Et même, y compris souvent à la troisième fois. Jean-Luc Mélenchon aura plus de 70 ans en 2022. Et je pense justement que les gens ont besoin quelque part de forces politiques qui pensent que réellement elles ont le bon projet, le bon dessin politique pour la France. Nous, nous le pensons depuis des années. Voilà. On pense que ça serait peut-être maintenant nécessaire d'essayer plutôt que le néolibéralisme qui sévise dans le pays depuis des décennies.
Merci beaucoup Éric Coquerel, député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, invité du 8h30 France Info ce matin.
Éric Coquerel