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interviewC dans l'air· 7 juillet 2026 11 min

Jordan Bardella : le dauphin devenu numéro Un

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

est passé devant M.Le Pen dans les intentions de votes. Il a même commencé à faire entendre sa différence en matière économique.

Avec le rôle de numéro 1 dans la lumière viennent aussi les 1res sorties de route. - C'est l'histoire d'une ascension éclair. Janvier 2019, un jeune militant est propulsé sous les projecteurs. - M.Le Pen: J'appelle J.Bardella! - De lieutenant à potentiel président.

J.Bardella fait tout pour endosser le costume. Petit un: maîtriser sa communication.

Ca passe par les réseaux sociaux, notamment. Des vidéos dont la mise en scène n'est pas laissée au hasard. - J.Bardella: Française, Français... - Un animal médiatique qui, malgré tout, donne parfois l'impression de ne pas maîtriser ses sujets.

Ce jour-là, il est interrogé sur le chiffrage d'une de ces mesures. Deux agents de sécurité dans chaque gare en Ile-de-France. - Combien y a-t-il de gares en Ile-de-France? - J.Bardella: Dites-moi.

On est en train de chiffrer la mesure. Il doit y en avoir plus de 300. - On est à plus de 800. - Lui à qui ses adversaires reprochent souvent son manque d'expérience. - J.Bardella: Election de la commission... - M.Aubry: J'ai pas pour habitude de défendre monsieur Bellamy, monsieur Bardella.

Revenez au Parlement européen, on vous apprendra comment ça fonctionne. - Pour imposer son rythme, rien de mieux que d'écrire des livres et d'imposer des séances de dédicaces. Créer un lien entre lui et les Français.

Passage obligé de tout présidentiable. Son public est séduit. - C'est beau de voir un garçon comme ça qui a émergé.

Bravo! Je suis fier de lui. - Une façon de prendre la main sur son récit répété à l'envi sur les plateaux télé. - J.Bardella: J'ai grandi dans une cité modeste de Seine-Saint-Denis, dans un endroit où j'ai vu la souffrance des miens et de mes compatriotes.

J'ai vécu dans un territoire difficile. J'ai vu la souffrance. J'ai vu des fins de mois difficiles. - Mais celui qui se pose en défenseur de la France d'en bas, antisystème, s'affiche désormais en une de "Paris Match" avec une princesse, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. - J.Bardella: Des marches blanches, il y en a tous les jours.

Vous n'allez pas me reprocher de m'être exprimé sur cette affaire. Je fais ça tous les jours. Il se trouve que j'apprécie la F1. - Erreur de communication.

En interne commencent à poindre critiques et petites phrases en forme d'avertissement. - J.-P.Tanguy: Si le RN devait s'embourgeoiser un jour, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, ce serait fini. - Car J.Bardella rompt aussi avec la ligne politique de M.Le Pen.

Opération séduction auprès des patrons... - J.Bardella: Je crois dans la liberté d'entreprendre, la liberté de l'entreprise française.

On a besoin aujourd'hui de redonner de la liberté à ceux qui créent et innovent. - Un changement de pied qui n'échappe pas à ses concurrents. - E.Philippe: Le RN de monsieur Bardella est converti au libéralisme, à l'Europe, au capitalisme et peut-être même, à la réforme des retraites.

Le RN de madame Le Pen, c'est l'inverse. Le RN, c'est un "en même temps" qui ne s'assume pas. - Alors, J.Bardella va-t-il finalement devenir le candidat?

Dans ce cas, quelle place demain pour M.Le Pen? P.Ballard a esquissé la semaine dernière un début de réponse. - P.Ballard: Elle aura un rôle, mais elle sera une tutrice.

Elle aura un rôle... - Le président de la République de la France peut avoir une tutrice? - Le destin de J.Bardella devrait être scellé dans les prochaines heures.

Les derniers sondages le placent légèrement plus haut que M.Le Pen. - C.Roux: Vous réagissez au mot "tutrice". - A.-C.Bezzina: Pour la juriste que je suis, j'imagine la souffrance de J.Bardella.

Le tuteur est celui qui gère le patrimoine d'un incapable majeur. Ca doit faire mal au coeur, même si on se doute que c'est cette idée d'avoir une figure tutélaire. Mais ça veut dire qu'on gère à la place de quelqu'un qui n'est plus capable, qui a été en incapacité de gérer ses droits.

J'imagine que c'est pas la posture qu'elle aura, même si ça veut quand même dire quelque chose du fait que cette figure, on a beaucoup de mal à la penser. Sous la Ve République, un binôme électif comme ça n'a jamais existé. Qu'elle soit aujourd'hui empêchée, avec en plus cette figure de la tutrice, ça amènera nécessairement à ce qu'elle garde une popularité dans son parti qui fera qu'elle aura nécessairement une magistrature morale, en plus sur un candidat dont on connaît la jeunesse dont on fera feu de tout bois du fait qu'il est très jeune et qu'il est peu amène sur certains sujets...

Ca peut vraiment l'amener à lui donner encore plus de capital confiance. - C.Roux: C'est intéressant comment on voit à quel point il s'est mis dans le costume.

Il avait intégré le fait qu'il serait celui qui porterait les couleurs du RN à la présidentielle. - J.Jaffré: Imaginons que ce ne soit pas le cas et que M.Le Pen soit candidate.

Il faudra redescendre un certain nombre de marches. Ce n'est pas facile pour lui de retrouver un rôle, même s'il jurera que c'est la bonne décision, que c'est ce qu'il fallait faire et qu'il a plaidé pour. Et je pense qu'il a certainement plaidé pour.

Mais il s'est effectivement installé quasiment dans la fonction. Et c'est souhaité par une partie importante du RN...

J.Fourquet nous le confirmera sans doute...

Les électeurs estiment qu'à choisir le candidat du RN, il fallait mieux choisir J.Bardella, le jeune, et éviter le nom Le Pen, porteur d'histoire trop lourde pour arriver à l'Elysée. Cela dit, le problème de Bardella...

Imaginons qu'il soit le candidat...

Le problème, c'est qu'il est peut-être le candidat mais qu'il risque de pas être le patron. Elle va continuer sa carrière politique. Elle va nous l'annoncer éventuellement ce soir.

Si elle dit qu'elle n'est pas candidate, elle continuera de se battre pour ses idées, pour les électeurs d'Hénin-Beaumont...

Qui distribue les investitures? Qui fixe la ligne politique de la campagne présidentielle? C'est une situation explosive pour le RN.

C'est ingérable. Si le président potentiel de la République n'est pas le patron, nous sommes dans une crise de régime avant même l'élection, donc des 2 côtés, quelle que soit la décision, elle a ses inconvénients. - A.-C.Bezzina: Sachant qu'elle reste la présidente du groupe parlementaire.

Il y avait une petite incertitude quant au pourvoi en cassation, qui est un peu technique, mais là, dans tous les cas, elle garde la présidence du groupe parlementaire. - C.Roux: C'est intéressant, ce que vient de dire J.Jaffré sur "c'est pas la même chose que d'être empêché par les juges et d'aller dénoncer la République des juges et de se dire qu'on se met en retrait contraint et forcé", que de dire "je n'y vais pas mais mais je garde une capacité d'action." - C.Barbier: Ca montre qu'elle a un problème par rapport à cette capacité d'action.

A chaque fois, on lui demandera pourquoi elle ne s'est pas portée candidate quand on lui demandera son avis sur une question. S'il est candidat, il n'aura pas d'autre solution que de s'émanciper très vite de cette tutrice encombrante. Il a été le fils loyal depuis qu'elle a été condamnée.

On ne l'a pas pris en flagrant délit de dire que c'est finalement lui le candidat et vivement qu'elle débarrasse le plancher...

Là, pour sa crédibilité, il sera obligé de prendre ses distances avec M.Le Pen, d'autant qu'il sera tout seul pour gagner 2 élections, la présidentielle et les législatives. Il aura besoin de l'union des droites.

Si elle est présidente de la République, ça ne sera pas son problème. Il aura le droit de faire des alliances, comme il l'a déjà fait avec Ciotti. Mais si c'est lui qui est tout seul à la manoeuvre, ça ne va pas être simple. - C.Roux: On va en parler avec F.Guinochet.

Vous êtes éditorialiste économique à franceinfo. C.Barbier disait qu'il s'est émancipé.

On a bien vu dans ce reportage à quel point il s'est glissé dans le costume, prenant même des libertés, notamment sur la partie économique, se mettant dans une forme non pas de clivage mais de différentiel vis-à-vis de ce que dit M.Le Pen. Evidemment, la décision de ce soir va beaucoup impacter la ligne du parti sur l'économie. - F.Guinochet: Effectivement.

J.Bardella est beaucoup plus libéral que M.Le Pen à plusieurs titres.

Il a fait une opération séduction auprès des patrons, en leur expliquant qu'il allait baisser massivement les impôts, en leur expliquant aussi que la fiscalité sur les grandes entreprises n'est pas la bonne, alors que M.Le Pen était pour une taxation des superprofits...

Pendant longtemps, avec les grands patrons, elle les appelait les "faux patrons", par opposition aux petits patrons. Pareil sur la réforme des retraites, M.Le Pen reste attachée...

Le RN a laissé tomber les 60 ans, le retour de l'âge légal à 60 ans, mais l'idée de J.Bardella, c'est de s'exonérer, par exemple, d'un âge légal, alors que M.Le Pen reste plutôt attachée aux 62 ans...

Elle fait très attention à ne pas perdre le vote populaire, à rester proche des classes populaires, alors que J.Bardella est vraiment dans une opération séduction qui l'amène à être beaucoup plus libéral sur la partie économique. On l'a vu.

Il a tout fait pour. Il a écrit aux chefs d'entreprise. Il a été reçu au Medef, à l'université du Medef l'année dernière, fin août.

Il y a eu ce fameux déjeuner avec le bureau exécutif du Medef...

Il fait vraiment tout pour séduire les patrons, en expliquant... - C.Roux: Attention à vos papiers!

On ne vous entend plus. - F.Guinochet: Pardon...

En expliquant que le vote doit se faire avec l'élite économique, alors que M.Le Pen a rencontré les patrons, notamment des grands patrons. On a évoqué un dîner avec P.Pouyanné, B.Arnault, des capitaines d'industrie...

Avec ces grands patrons, elle s'est montrée quand même encore très étatiste. L'importance de l'Etat, beaucoup plus réservé...

Pour les milieux économiques, J.Bardella apparaît comme plus malléable, plus libéral, plus pro-business. Ils se disent que, finalement, ce sera plus facile de faire valoir leurs intérêts avec un J.Bardella qu'avec une M.Le Pen qui a de l'expérience,