Daniel Cohn-Bendit
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Questions et réponses
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- 0:27OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on n'est pas en train d'assister à l'implosion du projet européen ou alors au début d'un long délitement ?
- 0:33RelanceRéponse directe
On peut le voir comme ça, ou on peut dire qu'il faut redéfinir, réinventer l'Europe.
- 3:00RelanceRéponse directe
On ne peut pas encenser l'Europe le dimanche et dire que ça ne va pas assez vite.
- 3:23OuverteRéponse directe
Est-ce que vous entendez quelqu'un vouloir faire un Frexit, un Hollandexit ?
- 4:55RelanceRéponse directe
Laquelle ?
- 5:50ComplaisanteRéponse directe
Votre proposition montre un déficit de démocratie en Europe.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En dix jours, on a vu les Britanniques voter leur sortie de l'Union Européenne. »
- 0:11Invité politiqueFait
« Entendu Angela Merkel expliquer qu'il ne fallait rien changer à l'Europe actuelle, en tout cas ne pas toucher au traité. »
- 0:16Invité politiqueFait
« Puis le nouveau président de l'Union, le Slovaque Robert Fico, remettre en cause le principe de solidarité européenne pour l'accueil des migrants. »
- 0:23Invité politiqueFait
« Et maintenant voici que le Royaume-Uni envisage de devenir un paradis fiscal aux portes de l'Europe. »
- 3:05Invité politiqueFait
« Plus personne ne dit plus d'Europe et plus d'intégration. »
- 3:47PrésentateurChiffre
« En Suède, plus 12% en Europe. »
- 4:37PrésentateurChiffre
« Il y a plus 7 pour l'Europe en France. »
- 6:14PrésentateurChiffre
« En 1955, si vous aviez fait un référendum en France, est-ce que vous voulez vous réconcilier avec les Allemands ? Vous aviez 70% des Français qui auraient dit non. »
- 6:45PrésentateurChiffre
« Quand les Anglais savent qu'ils se sont trompés, le peuple anglais a voté à 51% ou 52% pour le Brexit. »
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France Inter.fr
Bonjour Daniel Komenlitz. Bonjour Patrick Cohen. En dix jours, on a vu les Britanniques voter leur sortie de l'Union Européenne. Entendu Angela Merkel expliquer qu'il ne fallait rien changer à l'Europe actuelle, en tout cas ne pas toucher au traité. Puis le nouveau président de l'Union, le Slovaque Robert Fico, remettre en cause le principe de solidarité européenne pour l'accueil des migrants. Et maintenant voici que le Royaume-Uni envisage de devenir un paradis fiscal aux portes de l'Europe. Est-ce qu'on n'est pas en train d'assister à l'implosion du projet européen ou alors au début d'un long délitement ?
On peut le voir comme ça, pardon, ou on peut dire qu'on est arrivé maintenant à un moment où il faut redéfinir, réinventer, donner un nouveau lancement à l'Europe. Et bon, de faire les comptes, de voir qui veut vraiment nager ensemble et qui ne le veut pas. Donc je crois qu'on en a dans les deux prochaines années, on aura une période très intense de débat, contradictoire, difficile. Et à la fin, c'est possible que vous ayez une Europe qui tourne autour de la zone euro avec ceux qui veulent justement aller plus loin dans la fédéralisation, dans la fédéralisation des politiques communautaires et ceux qui s'arrêteront et deviendront des associés plus ou moins privilégiés de cette Europe.
Ça fait plusieurs années qu'on agite cette idée que François Hollande l'a portée publiquement. Les Allemands, le gouvernement allemand tout au moins, n'en veut pas. Angela Merkel l'a redit.
Patrick Cohen, je sais qu'il y a des matinales tous les matins. Et donc il faut tous les matins essayer de trouver les choses. Mais ces changements-là, c'est des changements historiques. L'État-nation a mis deux siècles à se faire. L'Europe, aujourd'hui, en est à 50 ans environ. Ce n'est rien dans l'histoire. Donc je crois que dans les dix prochaines années, il y aura une évolution. Mais ça ne se fait pas au jour le jour. Pourquoi ? Parce que les politiques, tous dans tous les pays, ne sont pas, disons, n'ont pas la même humeur, n'ont pas les mêmes intuitions, n'ont pas les mêmes visions. Et donc il faut coordonner cela.
Et surtout, il faut mobiliser maintenant, ce que beaucoup n'ont jamais fait, les sociétés. Mais si les politiques continuent à se défouler sur l'Europe, c'est-à-dire, dès qu'il y a un problème, ils disent, ce n'est pas nous, c'est l'Europe. Et qu'on vous dit, Bruxelles a décidé. Je veux qu'on me dise qui est Bruxelles, le man-can-peace ou je ne sais pas quoi. Bruxelles, ce sont les gouvernements, c'est le Parlement européen. La Commission ne peut rien décider. Donc voilà, on est aujourd'hui, on est obligé de faire, si vous voulez, une stratégie pédagogique de l'Europe pour les nuls.
Parce qu'aujourd'hui, personne ne connaît l'Europe et les gouvernements ne veulent pas qu'on sache exactement ce qui se passe. Donc on en est là. Ça va mettre du temps encore.
Ça va mettre du temps, oui. Parce que c'est bien de donner un cap et de prendre de la hauteur et de ne pas rester le nez collé à la vitre sur l'actualité.
C'est ce que vous diriez, Michel Rocard. On ne peut pas encenser le dimanche, Michel Rocard, et quand on veut donner un cap, de dire, oui, mais ça ne va pas assez vite.
Oui, mais à part vous, qui porte encore l'idée européenne ? Plus personne ne dit plus d'Europe et plus d'intégration. Depuis le vote du Brexit, je n'ai pas entendu, je ne vois pas, ce discours-là.
Oui, parce que les politiques sont tétanisées. Mais ce qu'il y a, par exemple, vous voyez le vote du Brésil. Alors tout le monde, vous voyez, toute l'étraine droite, dit, on va faire comme les Anglais. Mais plus personne ne veut faire comme les Anglais. Est-ce que vous entendez quelqu'un vouloir faire un Frexit, un Hollandexit ? Non. Le Front National, au moins. Oui, le Front National, mais ça c'est du baratin. Regardez un peu ceux qui ont gagné en Angleterre. Il n'y en a aucun, aucun, aucun qui dit, ben maintenant je veux gouverner, vous allez voir ce que vous avez. Ils les aident tous à zéro.
Parce que sortir de l'Europe, et regardez, aujourd'hui, sondage en Finlande, plus 12% pour l'Europe. En Suède, plus 12% en Europe. Dans tous les pays, aujourd'hui, les sondages après le Brexit, ils disent, surtout, surtout, on ne va pas sortir de là.
Les sondages donnent du crédit à ceux qui portent aussi le discours d'euro-bashing. Montebourg, Mélenchon, Wauquiez, Le Pen, donnent du crédit, quel crédit.
Montebourg, il fait 14-15%. Mélenchon, il fait 14-15%. C'est pas mal. Ben oui, mais avec ça, moi aussi, je faisais 16%. Et ben, c'est pas comme ça que j'arriverais à gouverner la France. C'est pas avec 14% que vous allez gouverner. Arrêtez. Mais arrêtez. C'est comme en foot. Il faut toujours, il faut toujours. Ça va mal, et puis il y en a qui disent que ça va encore. Non, c'est difficile. Ben, ça va pas bien. Non, c'est difficile, mais au moins prenons quand même, César, que les pays les plus eurosceptiques aujourd'hui, il y a un retournement total, après le Bruxelles, de l'opinion publique sur la sortie de l'Europe. C'est une vérité. Et que c'est 50... Il y a plus 7 pour l'Europe en France.
En France. Et c'est pas bon. Si vous faites aujourd'hui un référendum, personne n'en veut en France. Personne n'en veut... Alors, il faut trouver une stratégie pour redonner la parole aux citoyens sur l'Europe. Moi, j'ai une possibilité. Laquelle ? Ben, elle est simple. Vous aurez dans deux ans les élections européennes. Prenez les élections européennes. Mais les élections européennes, c'est 27 élections nationales. Donc voilà. Développez vos projets. Dans deux ans, vous faites une élection européenne. Vous voterez comme maintenant. Et vous ajoutez, vous aurez une deuxième voix. Et vous avez des listes transeuropéennes.
C'est-à-dire des candidats de toute l'Europe dans un collège unique de l'Europe. Et les têtes de liste des familles politiques seront les têtes de liste pour la présidence de la Commission. Donc, vous aurez l'obligation d'avoir un débat sur l'Europe. Pas sur la France ou l'Allemagne ou l'Italie ou la Grèce. Puisque vous êtes candidat dans toute l'Europe. Et là, vous avez pour la première fois un espace public européen. Vous avez un débat public européen. Et que le seigneur Montebourg ou M. Mélenchon viennent. Et s'il y a une liste transeuropéenne, je serai candidat. Et je les prendrai un à un sur leur projet européen.
Votre proposition montre, prouve qu'il y a bien déficit de démocratie en Europe. Quand Arnaud Montebourg dit que l'Union Européenne s'est construite contre les peuples, il exprime ce que ressentent beaucoup de citoyens européens.
Il dit des bêtises. Est-ce qu'en 1955, si vous aviez fait un référendum en France, est-ce que vous voulez vous réconcilier avec les Allemands ? Vous aviez 70% des Français qui auraient dit non. On l'a fait contre l'état d'esprit. Et ceux qui ont fait cette réconciliation franco-allemande avaient raison contre les peuples. Il y a des moments où il faut prendre ses responsabilités. Si le peuple veut la peine de mort, je suis contre le peuple parce que la peine de mort, c'est indigne de l'humanité. Il faut arrêter de dire que le peuple a toujours raison. Quand un peuple vote pour l'extrême droite, quand un peuple vote pour le nazisme, il n'a pas raison, même si c'est le peuple.
Et quand les Anglais savent qu'ils se sont trompés, le peuple anglais a voté à 51% ou 52% pour le Brexit. Maintenant, 10 à 20% des Brexitiens, ils le regrettent. Donc faisons attention avec ces arguments à Montebourg complètement crétin contre les peuples. C'est vrai qu'il y a des problèmes démocratiques. Il y a des problèmes démocratiques en France. En France, vous avez une démocratie où, et ce n'est pas ma tasse de thé, un parti comme le Front National fait 30%, il n'est pas représenté à l'Assemblée. C'est un déni de démocratie. Ça, il faut le dire aussi. Donc les démocraties ne sont jamais parfaites. On peut les améliorer, mais il faut avoir une idée. Qu'est-ce qu'on veut ?
Moi, je crois que face à la mondialisation, on ne tiendra pas, on ne tiendra pas sans l'Europe. Si chacun veut nager seul, il se fera coiffer par, on l'a entendu, par les Chinois, par les Américains, par les Russes, etc. Donc, il faut savoir ce qu'on veut. Est-ce qu'on veut défendre notre idée de la civilisation, ou est-ce qu'on veut être obligé de gober celle des autres ?
Daniel Cohn-Mendit, on va reprendre notre souffle, enfin le vôtre surtout, écouter la revue de presse, peut-être réagir à quelques sujets d'actualité, et puis on vous retrouve tout à l'heure avec les questions et les commentaires des auditeurs de France Interest.
Daniel Cohn-Bendit