Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Culture — Sens politique· 12 février 2022 45 min

Alexis Corbière : "Les convois de la liberté sont l'expression de la colère sociale"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:12
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans Politique. Nous sommes ensemble jusqu'à 13h30 pour le rendez-vous politique de France Culture. Le premier tour de la présidentielle, c'est maintenant dans 57 jours. Le calendrier se resserre. Comme chaque samedi, je serai rejoint par Nora Hamadi et l'historien Nicolas Rousselier. Mon invité aujourd'hui est député de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis et porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière. Bonjour. Bonjour. Alexis Corbière, député de la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis. Vous êtes membre de la France Insoumise depuis 2016. Auparavant, votre parcours politique vous a mené de la LCR au Parti Socialiste en passant par le Parti de Gauche.

Aujourd'hui, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, dont c'est la 3e campagne présidentielle. Mais je voudrais qu'on débute par l'actualité la plus brûlante, cet autoproclamé convoi de la liberté qui, au moment où on se parle, se trouve aux portes de Paris ou dans Paris. Mouvement inspiré par la protestation des routiers canadiens. Mouvement hétéroclite où l'on retrouve des antipasses, d'anciens gilets jaunes, des antivax, des insoumis, des militants du Rassemblement National, quelques complotistes aussi. Question simple, est-ce que vous soutenez ce rassemblement ?

1:31
Alexis Corbière

J'essaie de voir quelles sont les revendications. Vous en avez cité quelques-unes. Je vois des gens qui sont opposés au pass vaccinal parce qu'ils pensent, comme moi, que ce n'est pas une réponse pertinente. Et que souvent, elles couvrent une absence de moyens que le gouvernement n'a pas vraiment mis sur la table en termes de défense de l'hôpital public, en termes d'organisation du travail. Et aussi, ils portent aussi la question sociale. Des énergies indispensables pour beaucoup de gens, leurs prix ont augmenté. Et le gouvernement n'a pas répondu à tout ça. Donc je suis bien conscient, vous avez raison, qu'il y a sans doute un caractère hétéroclite.

Mais vous savez, aujourd'hui, et c'est précisément ce qui marque la période, en 2022, on ne peut plus regarder le champ politique avec les mêmes lunettes que ce qu'on le regardait il y a 30 ou 40 ans, où des grandes organisations syndicales structuraient les mobilisations. Des grands partis politiques avaient une influence. Ça n'est plus le cas. Là, ce mouvement, par exemple, est né sur Facebook, à l'image de ce qui s'est passé au Canada. Il n'y a pas de chef, ou alors des gens qui sont dans les réseaux, etc. Et c'était aussi le cas lors des Gilets jaunes.

C'est-à-dire que, alors, vous avez, et j'en veux pas, parce que ça peut être certains de mes amis qui peuvent porter parfois un regard un peu conservateur, mais pas au sens nécessairement négatif, mais du genre, de montant ça se passait pas comme ça, de montant les syndicats appelaient aux grèves, etc. Mais sauf qu'aujourd'hui, vous avez l'expression de la colère sociale, que, elle, je respecte et que je veux, comment dirais-je, accompagner, qui consiste à dire, dans notre pays, il y a près de 10 millions de gens qui vivent sous seuil de pauvreté. Il y a des choses fondamentales dont les prix augmentent.

Il y a un système de transport qui amène à ce que beaucoup de gens, aujourd'hui, sont ramenés dans des zones périurbaines, sont obligés de prendre leur voiture et le prix de l'essence augmente. Il y a des profits colossaux qui sont faits, et les gens l'expriment à leur manière. Bon, et moi, je ne suis pas là pour leur jeter la pierre, mais plutôt pour dire que, non seulement, on a toujours raison de lutter, comme disait Hugo, ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent, donc je préfère ceux qui agissent plutôt que ceux qui se résignent.

Peut-être que, dans leur expression, il y aura des choses qui s'en foutra, que je ne soutiendrai pas, mais je commence d'abord par dire, il y a un sujet, la question sociale, à nouveau, est posée, regardons-les. Et voilà, moi, ce n'était pas votre cas, mais je me souviens, quand il y a eu le mouvement des Gilets jaunes, quand un homme comme Gérald Darmanin avait dit, ce n'est pas des Gilets jaunes, c'est des chemises brunes, bon, ça va, quoi.

Si c'est comme ça, la manière d'aborder chaque fois qu'il y a un mouvement social, parce que peut-être qu'un imbécile ou quelqu'un dit des propos intolérables, on peut toujours tendre le micro à un crétin qui va dire des choses intolérables, mais globalement, ce que ça exprime me semble être quelque chose qu'il faut entendre. La question sociale, l'exigence de justice, d'égalité.

3:54
Présentateur

Est-ce que, comme le dit le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, certains politiques, alors on voit que, par exemple, Marine Le Pen soutient ce rassemblement, vous aussi, est-ce que certains politiques instrumentalisent la lassitude et la colère des Français ?

4:08
Alexis Corbière

Ouais, bon, c'est marrant, parce que cette déclaration de Gabriel Attal, bon, souligne ce que je viens de dire, c'est-à-dire qu'il ne veut pas voir la question sociale, il ne la voit qu'en termes d'instrumentalisation. C'est-à-dire qu'il ne veut pas voir un sujet, qu'il y a des milliers de gens qui portent une revendication, qui disent, nous, on n'en peut plus, c'est difficile, les fins de mois sont difficiles, parce qu'on est précarisés, parce qu'il y a des prix, une fois de plus, de choses fondamentales dont nous avons besoin, on ne peut pas vivre autrement, qui augmentent.

Et vous avez un gouvernement qui répond de manière politicienne, et je dirais presque complotiste, c'est-à-dire que si ça a lieu, c'est qu'il y a un complot, c'est qu'il doit avoir Le Pen, il doit avoir Mélenchon, etc. C'est mesquin, comme voir les choses. Bon, donc là-dedans, après, dans tout ce mouvement, il y a peut-être des gens qui votent Mélenchon, il y a peut-être qui votent Le Pen, il y a peut-être qui votent je ne sais trop quoi. Sans doute des complotistes, des antilaxes. Sans doute, et puis même, d'ailleurs, le premier comportement électoral, souvent, c'est aussi l'abstention dans les milieux populaires.

Et moi, j'ai envie de dire aux gens, écoutez, non seulement vous avez raison de poser une question, mais aussi, on a, dans quelques semaines, 60 jours maintenant, à peine, une élection qui peut être, dans notre pays, la France, la grande élection présidentielle, qui peut être un moyen d'apporter une réponse à ces revendications. Donc moi, je fais une invitation aussi à se mobiliser, bien sûr, socialement, mais aussi à aller voter.

Ne laissons pas passer cette chance, parce que c'est aussi une ruse du système, de fabriquer un dégoût généralisé, où on a une abstention sociologiquement extrêmement ciblée, et on a les CSP+, les gens, comment dirais-je, informés, dans lesquels je m'intègre, qui vont voter, et il y a des milieux populaires qui décrochent. Et on a des résultats qui sont déformés. Donc, pour porter la question sociale, la mobilisation sociale est utile, mais aussi la grande échéance politique qui est devant nous, il faut s'en mêler.

5:34
Présentateur

Une dernière question sur ces convois de la liberté. On a vu qu'il y a des blindés de la gendarmerie nationale dans Paris. On a lu, dans Ouest France, je crois, le président Emmanuel Macron, qui a appelé au plus grand calme, et qui disait, en même temps, entendre et respecter la fatigue et la colère des Français. Est-ce que vous avez l'impression qu'il l'entend ?

5:51
Alexis Corbière

Ça, c'est le « et » en même temps, macronien. Non, mais bon, c'est un homme habite de communication. Mais je ne crois pas que la politique sociale qui a été menée était vraiment à l'écoute de cette exigence sociale. Le quinquennat, on en arrive à la fin, a commencé par la suppression de l'ISF, qui était symboliquement assez significative. 3,5 milliards étaient rendus aux plus fortunés. Ça devait, soi-disant, ruisseler. Ça n'a pas ruisselé. Et aujourd'hui, le rapport de l'Oxfam nous dit que les 4 personnes les plus riches, les 5 personnes, je vais être précis, que je n'exagère pas, les plus riches en France possèdent autant que les 40% les plus pauvres.

C'est-à-dire que 5 personnes possèderaient autant en France que 27 millions de gens. Ça, c'est un bilan, malgré tout, pas seulement d'Emmanuel Macron, mais aussi d'Emmanuel Macron. Donc, c'est cette injustice fondamentale qu'il faut régler. Notre pays produit des richesses et il y a un problème de redistribution des richesses. Donc, je ne crois pas qu'Emmanuel Macron les régler. Nous l'avons qualifié. C'est un slogan de « président des riches » et je crois que ça lui correspond. Donc, il faut dénouer ça. Et il faut le faire là aussi. Attention, vous évoquiez des blindés. Bon, on verra. Moi, je ne suis pas pour que... Mais il ne faut pas qu'il y ait de violence.

Je veux dire, ce qui est aussi une singularité de ce que je disais tout à l'heure des mobilisations sociales nouvelles, c'est qu'elles ont été sévèrement réprimées. Et je veux dire, il y a une manière de traiter quand même les choses où on a fait faire aux forces de l'ordre des choses qui ne me semblent pas tolérables. On a des oeils arrachés, des mains arrachées, des oeils crevés, des mains arrachées, l'utilisation de ces LBD avec des balles dans une gomme particulièrement dure. Enfin, on a des techniques policières. Moi, je n'incrimine pas en soi les policiers, même s'il y a une responsabilité quand on tire à tir tendu sur un homme pour lui toucher le visage.

Mais des consignes ont été données de dureté qui amènent à une tension sociale dans le pays. Politiquement, il faut arriver à régler ça pacifiquement. Il me semble que l'élection peut nous le permettre. Mais j'espère qu'Emmanuel Macron ne sera pas encore, tout en ayant tout sourire en façade, des consignes données aux différents préfets qui n'attendent pas moins, je pense notamment aux préfets de Paris, M. Lallemand, pour après que ça matraque et que ça trique.

7:39
Présentateur

Ça, ça ne règlera pas les problèmes. Donc vous appelez cet après-midi au calme et des deux côtés, y compris du côté des autorités.

7:43
Alexis Corbière

Oui, j'aimerais, les policiers font leur travail, mais toute consigne qui consistera à utiliser des moyens disproportionnés, ces grenades de désencerclement, ces LBD, voilà, personne ne peut être indifférent au fait que quelles que soient les revendications que l'on porte, il est hors de question qu'on perde la main, qu'on ait la main arrachée, qu'on soit éborgné. Et je trouve qu'on a banalisé cette affaire dernièrement avec quasiment, comme je l'ai entendu sur certains médias, ils l'ont bien cherché, c'est leur affaire. Voilà, aucune vitrine au monde ne vaut un oeil ou une main, de mon point de vue, même si je ne suis pas favorable à la violence.

Donc le niveau doit tranquillement baisser, il faut écouter les gens, il faut leur répondre politiquement, les respecter.

Ça ne veut pas dire qu'il faut aussi tout accepter de ce qui est revendiqué, mais avoir cette volonté politiquement de régler les problèmes et pas de les diaboliser, pas de les folkloriser, pas immédiatement dire c'est des complotistes, tendre le micro à un imbécile pour dire finalement il n'y a pas de question sociale, il y a juste quelques connards qui sont là, je ne crois pas que ce soit si simple, je pense que monte dans ce pays et moi ça m'enorgueillit parce que j'aime la France, il y a toujours la passion de l'égalité et comme les grandes organisations politiques et syndicales se sont un peu effondrées, ça prend des formes un peu nébuleuses, inattendues, mais il faut comprendre le sens historique que tout ça.

8:46
Présentateur

Alors Alexis Corbière, je vous présente Nora Amadi qui dans son émission Sous les radars, juste avant le journal, évoquait cette France des entrepôts et des plateformes logistiques avec énormément de questions que ça pose en matière, Nora, d'aménagement du territoire mais aussi de protection des salariés qui travaillent dans ces entrepôts.

9:03
Invité

Évidemment, évidemment Grégory, alors les entrepôts en France, il en fleurit de plus en plus, c'est 87 millions de mètres carrés aujourd'hui, 1,5 million sont construits chaque année souvent sur des terres agricoles notamment, les emplois, c'est 1,8 million d'emplois en France, 4 fois la filière automobile et ce sont souvent des emplois peu qualifiés. Alors face justement à cet essor de la logistique, on parle aujourd'hui de logistique urbaine, on parle aujourd'hui d'entrepôts qui seraient verticaux tellement il manque de place et que les besoins sont exponentiels. Est-ce qu'il faut mieux réguler ce secteur et surtout mieux encadrer la question des conditions de travail de ces employés ?

9:42
Alexis Corbière

Oui, oui, oui. Moi aussi, j'ai travaillé le sujet parce que je savais que vous alliez avoir des sables. Vous avez raison. Et je rappelle qu'en 2015, il y a 7 ans, il y avait 78 millions de mètres carrés. On a augmenté chaque fois la tendance et de plus en plus. Le problème, c'est que pour un emploi créé dans ce secteur-là, il y a des études qui nous disent qu'il y aurait 6 emplois détruits. Par exemple, pour certains, ça a pu m'arriver, on achète un livre sur ces grands entrepôts que vous citez. Américains, par exemple. Voilà, mais c'est nos petits libraires qui en prennent un coup à l'arrivée.

Et moi, je suis favorable aussi à ce que nous aurons besoin de ces petits libraires, ces petits commerces, etc. Parce que c'est un autre métier qui est fait. C'est aussi la promotion d'un livre. Ça défend des maisons d'édition plus fragiles, etc. Donc on a quelque chose qui longtemps a été vu comme étant ça va créer de l'emploi qui en fait détruit de l'emploi et qui est un facteur non seulement de chômage mais aussi, vous l'avez dit, de précarité. C'est aussi une des manœuvres à l'heure actuelle du débat. C'est quand le gouvernement nous dit qu'il y a de l'emploi qui est créé mais souvent l'essentiel des emplois qui sont créés sont des jobs extrêmement précaires, des contrats.

Et tous ces secteurs en font beaucoup. Il y a des chiffres assez significatifs. Je crois que c'est 30 à 40% des emplois dans ces secteurs qui sont des emplois précaires.

10:46
Présentateur

Alors qu'est-ce qu'on fait ?

10:48
Alexis Corbière

Est-ce qu'on limite le développement ? Et il y a un dernier sujet qui est aussi celui de la fiscalité. C'est que beaucoup de ces grands groupes échappent à la fiscalité.

10:54
Invité

Alors ça c'est essentiellement Amazon mais Amazon c'est 20% du e-commerce en France. Ce n'est pas l'intégralité du e-commerce.

10:59
Alexis Corbière

Mais ça pèse lourd quand même dans le débat. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ? Déjà on réglemente. Moi je ne suis pas d'accord à ce qu'on laisse comme ça se développer une vente de produits qui fait concurrence, qui est nettement moins chère et qui fait une concurrence déloyale. Donc je pense surtout que la question de la fiscalité doit être réglée. Clairement il est hors de question que quiconque est une activité économique sur le territoire national mais ne paye pas d'impôts ou en paye très peu ou en paye de manière non significative.

Donc là je suis pour que moi nous ayons les moyens d'intervention par la loi s'il faut de faire cesser certaines activités à des groupes s'ils ne respectent pas la loi française. De la même façon nous on est pour réglementer le taux de contrat à durée déterminée dans les entreprises. Il n'y a aucune raison à ce qu'on ait des explosions comme je l'ai dit de 30 à 40% de gens qui travaillent dans certains secteurs de manière précaire. Donc pourquoi pas nous on propose de réduire ça à 5% pas plus de 5% dans ce genre d'entreprise de gens qui seraient...

11:52
Invité

Y compris par exemple de l'intérim c'est essentiellement des intérimaires.

11:55
Alexis Corbière

Oui mais je veux dire je suis pour qu'on mette le nez vraiment dans le détail mais quand on s'aperçoit que cet intérim est une succession d'intérims ce qui est souvent le cas de missions qui sont... A bout d'un moment on est dans un contournement du droit du travail. Par exemple je vous dis au passage je sais qu'il faut embaucher des inspecteurs pour aller vérifier l'authenticité du droit du travail. Donc il faut mettre bonheur de là-dedans. S'il le faut il faut fermer certains d'entre eux mais d'abord mettre un terme à la précarité obliger les entreprises à respecter la fiscalité française et qu'il n'y ait pas de concurrence déloyale.

Nous après on est aussi vous savez pour que dans les entreprises on l'a dit qu'il n'y ait pas un écart supérieur de 1 à 20 dans l'entreprise.

12:29
Présentateur

En termes de salaire ?

12:30
Alexis Corbière

En termes de salaire. Si certains ont des salaires confortables et bien sera un effet vertueux parce que celui qui est le plus bas il en profitera. Pas d'écart de 1 à 20. Je veux bien admettre que tout le monde ne gagne pas la même chose évidemment mais je ne crois pas qu'une femme et un homme aient une valeur différente de plus de 20 etc. Donc ça met très bon ordre là-dedans pour commencer à régler ce problème même si je pense qu'il faut aussi réglementer et empêcher le développement de ce genre d'entrepôt qui est un facteur de chômage je le répète sur le territoire national.

12:54
Présentateur

Sur la question de l'emploi l'objectif de Jean-Luc Mélenchon c'est d'éradiquer le chômage de masse. Je pense que ce sera d'ailleurs un des sujets de son meeting de Montpellier qui est prévu demain. Comment y parvenir alors qu'en gros depuis les années 80 aucun dirigeant n'a réussi à enrayer ça ?

13:13
Alexis Corbière

Mais qu'a-t-on fait depuis les années 80 si ce n'est après signer des traités de libre-échange au niveau mondial qui facilitent des délocalisations c'est construire une Europe qui n'était pas protectrice mais qui au contraire empêchait qu'il y ait des mesures de politique publique ici ou là qui empêchent éventuellement de faire rentrer tel ou tel produit qui était moins-disant social moins-disant écologique on a nous-mêmes organisé une forme de destruction de notre appareil productif les principales délocalisations aujourd'hui elles ont eu lieu au sein de l'Union Européenne et souvent on a fait rentrer des pays au sein de l'Union Européenne non pas que j'y soit hostile mais en leur disant vous êtes en difficulté mais comme vous êtes moins-disant social vous allez vous en sortir parce que vous allez être attractif bon donc on a nous-mêmes organisé la destruction de notre appareil productif

13:52
Présentateur

d'accord maintenant qu'on a fait ce constat

13:53
Alexis Corbière

comment on fait ? c'est quoi le grand objectif qu'on en demande ?

nous ce qu'on met sur la table notamment c'est la transition écologique on dit voilà on a et c'était peut-être un sujet qu'on devait aborder on a jusque-là historiquement eu notamment beaucoup autour du nucléaire ça nous a beaucoup apporté mais le nucléaire a quand même quelques difficultés notamment il faut de l'uranium c'est pas vrai qu'on soit totalement indépendant et le nucléaire porte quand même un risque donc imaginons aujourd'hui une source d'énergie autre autre donc tout ça c'est un projet si on l'accepte collectivement qui est fantastique qui est facteur d'emploi 700 000 emplois peut-être qu'est-ce que c'est développer une filière industrielle pour fabriquer des éoliennes pour fabriquer toute une série de turbines qui permettraient d'utiliser l'énergie maritime il faudra de la formation tout ça c'est fabuleux donc déjà quel est le grand projet public si je puis dire si Jean-Luc Mélenchon arrive en responsabilité ou si un autre arrive en responsabilité que nous avons devant nous pour faire face aux grands défis qui sont

14:45
Présentateur

donc là vous dites à peu près 700 000 emplois si on met suffisamment d'argent deuxièmement

14:49
Alexis Corbière

je le dis à ce micro moi je suis favorable aussi à ce qu'il y ait un protectionnisme un protectionnisme solidaire qui se mette en place au bon échelon s'il le faut si on peut au niveau européen pourquoi pas mais à commencer par l'échelon national qu'est-ce que c'est que je veux dire c'est que moi je suis pas d'accord pour qu'il y ait de la concurrence qui soit faite parce que des choses sont produites dans des endroits où le droit syndical n'est pas respecté où c'est écologiquement tout à fait détestable et on doit aussi faire en sorte qu'on puisse relocaliser des filières de production on l'a vu quand même à l'occasion de la crise du Covid on produisait même plus un masque en France vous l'avez sans doute déjà abordé parce qu'il n'y a même plus un t-shirt qui est fabriqué en France etc etc

15:25
Présentateur

mais donc le protectionnisme c'est quoi ? c'est qu'on arrête d'apporter des produits

15:28
Alexis Corbière

je parle de protectionnisme solidaire c'est-à-dire qu'effectivement on met en place toute une série de critères et que des produits qui sont fabriqués dans des pays où il est avéré qu'il n'y a pas de respect du droit syndical il y a c'est fabriqué on fait travailler les enfants ou c'est fabriqué dans des conditions détestables pour la planète et bien on le taxe il coûtera plus cher ce produit d'accord ? mais sinon qu'est-ce qu'on fait ?

on laisse faire et évidemment on est dans un mouvement de libre-échange qui amène à ce que nous-mêmes nous organisons au nom de la prétendue concurrence libre et non faussée au nom de traités internationaux on accepte nous-mêmes que toutes ces possibilités ce qu'on appelle une taxe finalement c'est quoi ? c'est des politiques c'est des moyens publics comment dirais-je de régulation un peu de ce qu'on veut accepter et de ce qu'on doit défendre si on laisse faire uniquement le marché c'était le grand rêve des années 90 ça amène à ce que nous soyons en situation de demain nous transformer uniquement en une grande zone touristique je pense que ce pays vaut mieux

16:17
Présentateur

ça ce protectionnisme ça peut être une décision solidaire j'insiste sur le mot uniquement en française mais on est aussi en Europe

16:22
Alexis Corbière

oui j'entends bien mais commençons à donner l'exemple si on ne fait rien c'est aussi le problème pourquoi ne pas mener la discussion au niveau européen c'est ce que nous souhaitons que certains traités nous ne les respecterons pas du moins nous voulons les rediscuter et si c'est impossible nous mettrons en place nous-mêmes des politiques qui désobéiront peut-être à des traités sans quoi qu'est-ce qu'on fait ?

on reste les bras ballants mondialisation mon bon monsieur il s'avère que dans nombre de pays il y a une capacité de production qui est extrêmement puissante en plus on a cru pendant des années que certains pays allaient être l'atelier du monde que nous les français plus intelligents on allait être en quelque sorte ceux qui étaient dans des industries plus élaborées et que les autres allaient être uniquement l'atelier sauf qu'il s'avère qu'on a découvert une chose c'est que nos amis chinois sont aussi très intelligents que non seulement ils produisent mais en plus ils ne sont pas seulement en capacité de produire mais aussi d'inventer donc on a là quelque chose dont il faut tirer le bilan après pour rentrer peut-être un peu plus dans le détail on est aussi pour des mesures type garantie d'emploi qui fait qu'il y a aussi beaucoup d'aides aujourd'hui qui sont attribuées et qui sont précieuses mais on pourrait considérer que si quelqu'un a accepté un boulot toutes les aides qui peuvent être touchées sont abondées si je puis dire par de l'argent public afin de faire un salaire pour que des gens puissent faire nombre d'activités économiques dont on a besoin on a besoin de beaucoup de métiers du lien de métiers autour de l'éducation à l'écologie beaucoup de métiers autour des questions là aussi d'éducation tout court pour faire en sorte que des propositions soient faites que les gens puissent avoir un emploi et une activité

17:46
Présentateur

et puis il y a l'autre levier c'est éventuellement les emplois publics combien envisagez-vous de création d'emplois publics si Jean-Luc Mélenchon est arrivé à l'Elysée ?

17:54
Alexis Corbière

emplois publics le chiffre comme ça je ne l'ai pas mais je veux dire on a dit nous on était pour créer 10 000 postes de policiers on est pour je crois remettre un nombre significatif je ne l'ai pas peut-être vous me prenez de nombre d'enseignants dans l'hôpital public aujourd'hui on voit bien qu'on a un besoin je crois qu'on est à 100 000 besoins d'infirmières supplémentaires on a eu tout ce débat autour des EHPAD je crois qu'on tourne autour aussi du chiffre de près de 100 000 personnes qui sont nécessaires je crois qu'il y a 200 000 personnes qui travaillent dans les EHPAD il faut des 100 000 de plus selon les simples chiffres qu'on a donc il y a là beaucoup de secteurs dans lesquels il faut des emplois publics ou peut-être dans les EHPAD des emplois semi-publics on n'est pas obligé de tout étatiser on peut collectiviser comme on l'a dit c'est-à-dire voir comment éventuellement des groupes privés travaillent en aide avec la puissance publique mais du boulot il y en a d'un certain point de vue la question c'est est-ce que la règle c'est chaque fois la rentabilité à court terme ou est-ce que c'est une vision d'ensemble et je pense que ce que nous voulons quand nous parlons de planification c'est quoi la vision à long terme ça commence pour ce cas le premier sujet est évidemment l'écologie dont on voit bien que si rien n'est planifié c'est la planète elle-même qui est remise en cause mais même sur des secteurs élémentaires vers quoi voulons-nous avancer je pense au sujet des EHPAD qui a choqué tout le monde parce qu'on s'aperçoit qu'il y a je ne dis pas tout le secteur mais je crois 20% du secteur fait de l'argent et du profit reversé des dividendes des actionnaires autour des personnes âgées personne n'aurait cru ça ou du moins ceux qui étaient inattentifs ne l'avaient pas vu donc tout ça s'arrête il n'est pas possible qu'on fasse du profit sur la base de conditions de vie de nos anciens je veux dire j'ai pas envie de ça pour vous pour mes parents on n'a pas envie de ça et pourtant ça a eu lieu donc tout ça doit trouver des réponses qui ont pour coeur l'harmonie entre les êtres humains et pas la recherche du profit

19:27
Présentateur

une dernière question en lien avec le début de notre conversation à savoir c'est qu'on voit de la liberté ces questions de précarité notamment et de pouvoir d'achat il y a un truc que j'aimerais bien comprendre c'est comment est-ce que vous comptez mettre en place le blocage des prix

19:40
Alexis Corbière

par décret tel que ça s'est toujours fait le président Macron l'a fait lors de la crise du Covid par décret on fixe que tel produit ne doit pas excéder telle chose c'est une solution qui est dans le temps qui a une limite et qui est face à l'urgence Michel Rocard l'avait fait lors de la guerre du Golfe le prix du pétrole avait augmenté donc ne donnons pas l'impression mais j'imagine que vous êtes ça pour me poser la question que c'est quelque chose d'inconcevable le fait c'est une possibilité que nous avons de dire tel et tel secteur tel et tel produit fondamentaux des fruits d'alimentation éventuellement de besoins d'énergie si ça augmente ça ne va plus et je rappelle que le groupe Total pour parler a fait un profit de 14 milliards je crois dernièrement d'accord donc quand vous avez des gens commun des mortels qui ont une situation difficile pour prendre son véhicule parce qu'il est dans une zone où on peut lui répéter qu'il doit prendre des transports en commun ça n'est pas tout à fait possible que l'essence augmente de manière tellement importante que c'était des pertes significatives de son pouvoir d'achat avec des groupes fond des profits revenons à des choses fondamentales et bien année blanche pour les profits par exemple et pour les parts reversées des dividendes aux actionnaires pour quelle raison on serait en guerre il y aurait un effort à faire mais qu'il y aurait un secteur qui ne devrait pas en faire c'est le secteur de la finance tout ça me semble être en vérité d'une parole ce que je suis en train de dire d'une banalité républicaine à savoir pour vivre ensemble il faut précisément créer les conditions d'un meilleur partage des richesses du fait que ce n'est pas l'égoïsme et la recherche du profit qui domine mais l'intérêt général et l'intérêt général passe par dire qu'il y a des choses fondamentales sur lesquelles au bout d'un moment la spéculation doit cesser

21:11
Locuteur non identifié

Alexis Corbière

21:18
Présentateur

j'aimerais qu'on parle de la situation internationale avec ces bruits de bottes à la frontière ukrainienne ça va même au-delà avec depuis hier soir les américains qui disent s'attendre à une invasion de l'Ukraine par la Russie peut-être dans les prochains jours on verra bien évidemment comment ça se passe est-ce que s'il y a intervention militaire russe de Vladimir Poutine vous la condamnerez ?

21:39
Alexis Corbière

Nous ne sommes pas pour que les frontières soient remises en cause y compris par M. Poutine mais nous sommes aussi pour que la France soit une puissance de paix et fasse entendre une voie d'apaisement et il y a dans cette affaire aussi une situation dans laquelle il faut prendre un peu de recul qu'est-ce que c'est qui est l'objet d'une tension c'est le fait que l'Ukraine souhaite adhérer à l'OTAN et Vladimir Poutine ne souhaite pas que l'OTAN installe des bases militaires proches de sa frontière je rappelle que il y a encore c'était sous le quinquennat de M.

Hollande des bases antimissiles ont été placées en Pologne avec l'accord de la France et les Russes considèrent que 75% de leur défense en réalité peut être détruite par ces bases antimissiles donc M. Poutine d'abord aussi qui est un personnage comment dirais-je qui n'a pas mon plein soutien c'est pas le sujet mais on peut d'abord chercher une rationalité à ce qu'il cherche à faire il ne souhaite pas donc comment dirais-je cette entité militaire qu'est l'OTAN qui s'agirait de questionner d'ailleurs pour quelle raison est-elle encore pertinente place des bases et des moyens militaires à sa frontière

22:40
Présentateur

donc vous comprenez le fait qu'il montre les muscles aujourd'hui

22:43
Alexis Corbière

c'est que si on prend ça en compte à partir de là moi je crois que M.

Poutine n'a aucun intérêt en vérité à envahir l'Ukraine ça lui coûterait très cher je veux dire nous lui achetons du gaz etc il a dit plusieurs fois qu'il ne souhaitait pas envahir l'Ukraine et il y a nombre d'éléments de spécialistes qui considèrent que cette invasion n'aura pas lieu mais je vois bien qu'il y a une spirale en même temps à l'heure actuelle de la part de certains de l'administration américaine qui vise à créer une tension au niveau international et à désigner notamment la Russie comme leur principal adversaire voire éventuellement surtout la Chine voire parfois les deux et nous là-dedans on doit essayer qui est dû à quoi je le fais à grand trait du fait que les Etats-Unis sont extrêmement endettés vis-à-vis notamment de la Chine qui est en passe de la première puissance mondiale et ceux qui nous écoutent doivent comprendre que si les Etats-Unis perdaient le leadership du point de vue mondial économique ça aurait des conséquences et que les Etats-Unis cherchent à maintenir cela et que il ne s'agit pas d'être complaisant vis-à-vis de régimes autoritaires mais nous on ne doit pas s'aligner sur la volonté de la part des Etats-Unis de garder le leadership mais on doit être à tout moment une puissance indépendante de paix ça veut dire quoi ?

ça veut dire qu'il faut créer toutes les conditions que notre diplomatie ne soit pas une diplomatie belliqueuse n'en rajoute pas parfois dans des provocations qui peuvent être faites de la part de ceux qui sont dévattants en guerre tout en disant à M. Poutine le fait que nous ne souhaitons pas qu'il franchisse les frontières de l'Ukraine et voilà j'entends dire là encore aujourd'hui que certains parleraient d'une troisième guerre mondiale enfin je veux dire pendant la mesure il faut que les choses s'apaisent et tout doit être fait pour qu'éventuellement il y ait une rediscussion à quelles conditions M.

Poutine relâche la pression qu'est-ce que veulent les Ukrainiens bien sûr doivent voir leur intégrité respectée mais pour quoi est raison l'OTAN devrait déposer des bases militaires sur ce territoire tout ça mérite de discussions beaucoup plus tranquilles que la manière dont ça se déroule aujourd'hui

24:31
Présentateur

Mais quand le président français Emmanuel Macron doit s'entretenir cet après-midi je crois avec Vladimir Poutine quand il va à Moscou est-ce que vous jugez que sa diplomatie est alignée sur celle des américains ?

24:42
Alexis Corbière

Parfois oui Mais dans ce cas précis ? On verra de ce que j'ai lu aussi c'est que je crois que la manière dont M. Macron a rendu compte des discussions avec M. Poutine a été un peu démentie par après les proches de Poutine qui considéraient que la manière dont M.

Macron rapportait les choses n'était pas tout à fait conforme et qu'on verra il y a eu de la part d'Emmanuel Macron sur ce dossier là un peu de zig et un peu de zag parfois montant un peu les biceps et parfois étant plus sur une ligne plus comment dirais-je médiane entre l'attention que veulent mettre en passe des Etats-Unis et les volontés d'Emmanuel Poutine Donc on verra je ne veux pas préjuger mais je souhaite vraiment que la France comprenne qu'elle pourrait être aussi vis-à-vis qu'elle pourrait porter l'exigence du fait que l'OTAN n'a pas à installer des bases à la frontière de la Russie et moi je suis d'ailleurs je soutiens l'idée que nous sortions de l'OTAN ça ne veut pas dire que nous c'est dans le programme de Jean-Luc Mélenchon voilà je pense que nous devons comprendre que nous avons les Etats-Unis d'Amérique sont un peuple ami mais l'OTAN est une alliance militaire sous domination des Etats-Unis qui a son propre agenda sa propre logique et même je peux vous dire parce que je siège à la commission défense et armée qui impose même à ce que parfois l'armée française utilise du matériel compatible avec le matériel américain parce qu'il y a aussi du business derrière donc on peut très bien nous essayer là encore d'être une voix je le répète puissance de paix c'est ça que j'ai à dire et là on ne peut être puissance de paix que si on a une voix indépendante et être dans l'OTAN dans le commandement intégré de l'OTAN tel que c'est le cas aujourd'hui nous empêche d'avoir cette indépendance indispensable dans ces moments de tension

26:18
Présentateur

je vous pose une question simple et basique pour paraphraser le rappeur Aurel San est-ce que Jean-Luc Mélenchon est pro-russe comme par exemple Eric Zemmour ?

26:27
Alexis Corbière

non mais ça ne veut rien dire Jean-Luc Mélenchon c'est intéressant comme les choses sont devenues totalement binaires déjà je reprends un argument de Jean-Luc Mélenchon nous en Russie si tant est qu'on veuille nous positionner sur la carte de la vie politique russe nous avons un ami un camarade qui s'appelle Sergei Ulasov qui a été en prison donc c'est pas vraiment un poutinien bon par contre nous pensons que la France doit essayer de considérer la Russie comme un partenaire et ne doit pas s'aligner je le répète sur la volonté américaine qui cherche à défendre d'autres intérêts donc il ne s'agit pas d'être pro-Poutine ni anti-Poutine il s'agit d'abord de voir où sont les intérêts de la France et effectivement après d'être sur une ligne je le répète qui n'est complaisant ni partisan voilà et dire ça aujourd'hui ça donne l'impression qu'on est pro-poutinien alors que je pense que les choses sont plus compliquées vous savez la France d'Emmanuel Macron tout sourire a des accords commerciaux avec des régimes tout à fait dictatoriaux des royaumes dans le Golfe où les opposants sont fort mal traités et nous faisons du business et personne n'y voit rien à redire donc la réelle politique amène parfois à ce qu'on ait des relations avec des gens même si nous ne trouvons pas leur régime parfait mais faut-il pour cela déclencher une guerre je ne le souhaite pas donc voilà notre position celle des intérêts de la France et ça ne passe pas par une détention inutile vis-à-vis de la Russie surtout quand il s'agit de défendre les intérêts de l'OTAN qui est en vérité sous la férule américaine

27:48
Locuteur non identifié

Alexis Corbière

27:54
Présentateur

voici Nicolas Rousselier historien de la chose politique qui chaque samedi nous permet de prendre un peu de hauteur et de recul sur cette actualité particulièrement dense j'ignore si les auditeurs de France Culture le savent mais vous êtes vous-même professeur d'histoire et aujourd'hui Nicolas vous êtes intéressé à la notion de grand récit faut-il d'ailleurs avoir un grand récit pour gagner une élection comme la présidentielle ?

28:17
Locuteur non identifié

Voilà faut-il avoir un grand récit donc construit dans l'histoire est-ce que c'est la condition probablement pas suffisante mais en tout cas nécessaire est-ce que c'est la condition pour gagner une élection ?

Alors grand récit on pourrait dire pour donner une image une sorte de grande traversée c'est-à-dire vous prenez les gens il faut pouvoir les embarquer savoir d'où on vient et pour donner une direction alors par rapport à cette notion de grand récit qui est souvent très utilisée c'est un peu un mot valise il y a une première façon de l'envisager qui est la façon la façon qui vient du monde universitaire des scientifiques une façon rigoureuse et là on peut dire l'affaire est vite pliée face à un grand récit les historiens de métier on va dire évidemment peuvent dire que ce grand récit déforme beaucoup de faits qu'ils ont en général un rapport très lointain avec l'exactitude des faits ils peuvent minimiser ils peuvent exagérer ou sortir les choses du contexte en gros si vous voulez on peut facilement dire qu'un grand récit c'est toujours une grosse caisse et c'est pas une flûte traversière alors en revanche si on considère le point de vue des politiques qui eux doivent construire un discours un grand récit j'aurais pu dire un gros récit un grand récit présente un immense avantage aux yeux des politiques certes il déforme les faits mais il les simplifie il fait le tri dans un nombre d'informations considérable dans lequel on peut se noyer autrement dit un grand récit donne du sens ça a beau être caricatural ça a l'avantage de faire comprendre de faire passer le discours politique sans cela le discours politique on en connait quelques-uns risque de tourner à une simple liste de mesures

29:59
Présentateur

alors est-ce que vous pouvez nous donner quelques exemples précis pour éclairer justement cette notion de grand récit

30:04
Locuteur non identifié

oui Grégory alors je vais prendre deux exemples assez simples je dirais assez traditionnels Bonaparte et le parti communiste vous voyez je prends deux exemples à l'extrême d'abord Bonaparte la figure de Napoléon évidemment c'est une légende on sait que c'est une légende écrite de son vivant et d'ailleurs parfois sous la plume même de Bonaparte c'est une légende d'ailleurs qui a augmenté après sa mort alors c'est l'exemple même du grand récit le grand récit napoléonien avec le prestige des victoires le mythe de la grande nation et même aussi la méritocratie sur laquelle le bonapartisme a beaucoup joué alors on voit bien qu'il y a une cohérence du récit mais que les faits ont été triés dans la légende on peut même dire qu'on a facilement minimisé les ombres de la légende napoléonienne je pense à l'assassinat du duc d'Anguin alors est-ce que c'est utile cette légende napoléonienne pour gagner une élection et bien on a un exemple concret 1848 décembre le neveu Louis-Napoléon Bonaparte dont on ne peut pas dire qu'à ce moment-là il soit un grand personnage il est un peu fallo c'est un peu un desperado de la politique et bien il gagne l'élection avec une majorité énorme donc ça marche deuxième exemple est-ce que ça marche le deuxième exemple le parti communiste grand récit alors d'abord parce que c'est un grand récit fondé sur le marxisme le marxisme c'est une philosophie de l'histoire c'est une grande traversée de l'histoire de l'émancipation mais je crois que le moment où le communisme a vraiment trouvé son grand récit communisme français c'est quand il a articulé le marxisme à quelque chose qui est plus concret plus incarné à savoir la résistance la participation communiste dans la résistance là le parti communiste a pu construire un grand récit sur l'esprit de sacrifice et ça marche alors là le grand récit communiste si vous voulez ne s'est pas embarrassé d'exactitude par exemple il a probablement multiplié par 6 ou 7 le nombre concret de résistants communistes fusillés mais ça a marché en tout cas au lendemain de la guerre puisque les élections ont marqué un très net progrès du parti communiste donc on retrouve cette idée en fait c'est la cohérence du récit qu'on aime ou qu'on n'aime pas c'est la cohérence du récit qui importe pas l'exactitude des faits

32:21
Présentateur

mais si c'est cohérent ça marque bien les esprits est-ce que vous pouvez nous donner un exemple plus récent de grand récit

32:27
Locuteur non identifié

alors dans l'actualité je prendrai un exemple de grand récit qui ne marche pas ou en tout cas qui ne marche pas encore je veux parler si vous voulez c'est un peu une fiction du grand récit qui pourrait faire la jonction entre d'un côté le grand récit du socialisme quand je dis socialisme ça inclut le communisme le grand récit venu du marxisme et le grand récit de l'écologisme parce que le problème de cette jonction c'est de pouvoir faire l'articulation entre le récit de l'émancipation sociale l'émancipation de la classe ouvrière à l'origine et puis le grand récit écologiste du sauvetage de la planète vous savez Grégory qu'il y a cette expression qu'on entend souvent la fin du mois et la fin du monde la fin de la planète

33:12
Présentateur

la fin du mois ou la fin du monde voilà une espèce de dilemme

33:16
Locuteur non identifié

je trouve que cette expression elle est très bonne elle indique que cette jonction ne s'est pas encore faite dans les esprits alors on pourrait s'en réjouir c'est-à-dire on pourrait dire justement il ne faut pas avoir de grand récit il faut faire de la politique concrète pragmatique et il ne faut pas faire de grand récit parce que le grand récit c'est la déformation de la vérité et c'est de la production d'illusions moi ma tendance personnelle serait plutôt de ce côté-là mais quand on regarde l'état de la gauche dans les intentions de vote on pourrait aussi se dire que le problème vient de là c'est qu'il n'y a pas encore d'entente d'articulation sur le grand récit

33:59
Présentateur

Nicolas Rousselier merci beaucoup Alexis Corbière je m'adresse je vous en prie professeur d'histoire et aussi député la France Insoumise quel est le grand récit de Jean-Luc Mélenchon ?

34:10
Alexis Corbière

c'est la volonté de créer cette société d'harmonie entre les êtres humains et la nature mais je voudrais réagir parce que c'est très très très intéressant moi je pense que les défaites idéologiques annoncent les défaites électorales et à l'inverse les victoires idéologiques annoncent les victoires électorales on est dans un pays très politique on est un peuple très politique on est dans une volonté notamment la cause de la révolution française de faire nation sur des bases politiques pas religieuses pas ethniques donc la question du récit de pourquoi politiquement nous nous rassemblons vers quoi nous voulons aller elle est fondamentale et je suis d'accord sur le fait qu'on est dans une période beaucoup de choses ont été mises en doute l'effondrement du mur de Berlin ou du moins l'échec de l'expérience de ce qui était vécu comme pour certains le communisme réel en même temps on voit bien le capitalisme et sa nouvelle physionomie financière qui saccage la planète donc il y a la recherche en même temps de quelque chose de nouveau nous là dedans nous essayons avec la France insoumise de prendre le meilleur si je puis dire de l'expérience émancipatrice de ce que vous avez évoqué le marxisme le combat du mouvement ouvrier en même temps l'enrichissant de cette problématique nouvelle que Marx annonçait un peu quand il disait que le capitalisme épuise l'homme et la nature à savoir la crise écologique pour essayer de porter un discours qui n'est pas empêtré dans les défaites de notamment l'expérience communiste mais qui en même temps en garde l'idéal d'une volonté d'une société émancipée des logiques d'argent et aussi de l'exigence du combat écologique qui fait que bien souvent cette gauche que vous évoquez elle était très productiviste en gros il faut produire et puis il faut la question c'est nicoté la question du partage des richesses il y a aussi une interrogation à avoir sur ce que nous produisons comment nous produisons et quel impact cela a sur l'écosystème c'est ce qu'on cherche à faire y arrivons nous à vous d'en juger ça c'est un aspect deuxièmement comme professeur d'histoire le débat sur roman national ou récit national moi je suis là je parle vraiment à mon nom moi je suis favorable à un récit un récit national je pense en termes de pédagogie après la recherche savante est autre chose évidemment elle doit s'émanciper de toute forme de récit de catéchisme ou de propagande mais nous avons vis-à-vis de nos élèves malgré tout à transmettre une histoire en récit national ou des choix de personnages qu'est-ce qui fait sens d'événements pourquoi nous pensons que tel événement est fondateur pourquoi il doit être enseigné et puis aussi malgré montrer que le rôle du peuple les mouvements populaires s'engommer aussi dans des mouvements une vision plus sociologique des mouvements de masse pour parler avec un vocabulaire que certains comprendront aussi le rôle de grandes personnalités mais c'est passionnant comme discussion de quelles personnalités aussi lesquelles nous voulons transmettre pour qu'elles soient sources d'inspiration et je trouve que là-dedans il y a aussi des personnages que nous avons trop effacés je ne lance pas le débat sur ce que j'entends dire la caricature le wokisme cancel culture mais la cancel culture culture d'effacement pour traduire a été pratiquée souvent par le passé vous savez c'est les vainqueurs qui écrivent l'histoire et on s'aperçoit que toutes les luttes sociales qui ont été menées sont assez peu enseignées le rôle des femmes est assez peu enseigné le rôle de ceux qui ont joué un rôle lors des luttes contre la décolonisation par exemple moi j'ai une fascination pour le personnage de Jean-Baptiste Belay le premier député noir arrivant le 4 février 1794 ancien esclave ayant participé à cette révolution dans la révolution qui permet malgré la déclaration du droit de l'homme l'esclavage n'avait pas été aboli mais qui permet contre d'ailleurs la volonté à la fois notamment de l'assemblée législative d'imposer l'abolition de l'esclavage qui arrive à Paris et qui prend la parole il n'est pas le seul il y en a d'autres et qui participe à cette journée incroyable du 4 février 1794 16 plus vieux en 2 et qui abolit l'esclavage il y a un tableau de Jean-Baptiste Belay qui est peint par le peintre Giraudet qui le représente dans une pose que peut-être certains connaissent avec une écharpe tricolore un homme noir pour la première fois représenté non pas sous une forme bestiale ou d'esclaves mais comme étant un homme politique bon ce tableau est magnifique il fait partie

37:53
Présentateur

il fait partie du récit national exactement

37:55
Alexis Corbière

j'ai demandé à Richard Ferrand président de l'Assemblée nationale est-ce que ce tableau pour revenir à l'Assemblée nationale parce qu'il est habillé en député il est actuellement à Versailles dans une des salles que peu de gens visitent ce que je veux dire par cet exemple il y en a plein d'autres on peut enrichir notre récit national de femmes d'hommes et en disant ça je ne pars pas sur une autre culture je ne pars pas sur une autre histoire je ne m'anglo-saxonise pas je parle de l'histoire de France et dire que c'était aussi ça la révolution française c'est aussi Jean-Baptiste Belay c'est pas que Jean-Baptiste Belay c'est aussi ça de la même façon on parle des Lumières mais pourquoi oublie-t-on Louise de Caraglio Émilie Duchâtelet toutes ces femmes qui aussi étaient des intellectuels des Lumières donc vous voyez et aujourd'hui quand on dit ça des fois on simplifie le débat en disant la recherche historique elle déconstruit mais d'un certain point de vue pour rester fidèle à des choses il faut déconstruire parce que bien naïf celui qui croit que la manière dont c'est transmis les histoires n'était pas surplombée par une volonté politique la toponymie qu'est-ce qui fait le nom de nos rues pour quelle raison tel personnage a une statue et d'autres ne l'ont pas c'est très politique c'est pas des profs d'histoire qui l'ont décidé c'est des conseils municipaux c'est des gouvernements bref ce que je suis en train de dire c'est que ce récit national que nous voulons transmettre à nos enfants qui pour moi pour moi Alexis Corbiens c'est le long combat pour l'émancipation la grande chaîne très longue dont nous sommes un démaillant qui consiste à vouloir à ce que le peuple ait sa pleine souveraineté à ce que les individus puissent se vivre dans le bonheur en ayant droit à ne pas être à ne pas subir des injustices il faut la raconter cette histoire et c'est pas le roman national d'Éric Zemmour c'est-à-dire avec ces grands personnages autoritaires qui ont tout réglé par leur puissance c'est une histoire sociale une histoire collective et dans lequel il y a des visages qui vont émerger c'est fabuleux comme discussion et c'est de la politique ça mais j'espère que chacun comprend ce que je suis en train de dire je ne suis pas pour faire de la propagande à nos enfants mais nous restons fidèles à la France républicaine si nous enseignons ce combat et si nous le folklorisons dans des choses voilà bon et j'ai dit ça parce que ceux qui me connaissent savent que moi des fois j'ai eu maille à partir y compris avec les services publics je trouve que la manière dont on enseigne l'histoire je l'ai dit fait par Stéphane Berne Franck Ferrand etc cette histoire patrimoniale nostalgique des têtes couronnées ne me semble pas conforme à notre histoire républicaine il y a un enjeu je sais que sur France Culture vous apportez votre contribution positive à tout ça utile il faut qu'on transmette cette histoire et qu'on voit que certains veulent la transformer en autre chose

40:09
Présentateur

je rebondis sur la chronique de Nicolas Roussoli et pardonnez-moi je reviens à des choses beaucoup plus terre-à-terre parce que vous évoquiez ce grand récit notamment du parti communiste français ou du marxisme en revenant à des choses très terre-à-terre parce que la présidentielle approche est-ce qu'il y aura un rassemblement avec Fabien Roussel avant le premier tour entre Jean-Luc Mélenchon et lui entre la France Insoumise et le parti communiste français

40:31
Alexis Corbière

mais moi je le souhaiterais sur une chose on a fait campagne commune en 2012 on a fait campagne commune en 2017 avec mes amis communistes et le score que nous avons obtenu par exemple en 2017 si on refaisait la même chose il y a beaucoup de si dans ce que je dis si on refaisait la même chose on peut être au deuxième tour de l'élection présidentielle bon sang les amis est-ce que ça vaut pas le coup de déjouer tout ce qu'on vous annonce et qu'un candidat qui porte des valeurs sociales des valeurs d'écologie puisse être au deuxième tour voilà la question que je pose à mes amis communistes

40:58
Présentateur

est-ce que vous discutez en ce moment avec eux ?

41:00
Alexis Corbière

oui on discute des législatives et tout mais je vois bien qu'il y a un peu bon actuellement un plaisir de la part de Fabien Roussel à mener cette campagne parce que ça lui permet d'incarner aussi le parti communiste que je peux comprendre donc moi ça je le respecte je veux surtout pas polémiquer avec qui que ce soit des communistes sont nos amis c'est un grand parti qui a joué un rôle important vous l'avez rappelé quand même à l'heure où c'est facile parfois d'injurier les gens mais le parti communiste était présent lorsque l'occupant nazi était là et a payé le prix du sang même si après il y a des chiffres pour les rajouter bon c'est un grand parti républicain moi je trouve que ça voudrait le coup qu'on refasse cause commune bon est-ce qu'on y arrivera ou pas de toute manière nous on trace notre chemin et puis voilà mais je trouve qu'on rate peut-être là une occasion c'est pas là il faut il y a des objectifs d'union qui sont inatteignables faire croire quand on connait l'histoire de France que toute la gauche fasse rassembler dans un seul candidat ça n'est jamais arrivé et c'est se fixer un objectif inatteignable d'ailleurs qui échoue je suis en train d'observer que ça a échoué par contre il y a des choses qui peuvent être rassemblées et vous avez bien raison de dire que notamment avec nos amis communistes on devrait facilement y arriver honnêtement les points de désaccord qu'on a avec eux

41:59
Présentateur

il y a quand même des sujets vous avez dit tout à l'heure le nucléaire

42:06
Alexis Corbière

nous on est favorable à la sortie de nucléaire de toute manière redonnons la parole au peuple français on fait un référendum de toute façon c'est des grands choix d'ailleurs je regrette là aussi qu'Emmanuel Macron tranche un peu la question on est à quelques jours d'ailleurs est-il candidat ou pas pour une interrogation enfin il faut sortir aussi de cette espèce d'hypocrisie je le dis pas pour taquiner mais pour qu'il nous parle comme candidat qu'est-ce qu'il veut faire il peut pas utiliser à plein la monarchie présidentielle pour dire moi je plane au-dessus de tout le monde je débat pas je débat avec personne allez vous faire voir bande de gueux non ça c'est pas c'est pas républicain et alors sur le débat sur le nucléaire Macron en a bien compris il veut en construire d'autres mais on pourra en discuter pour ou contre bon et c'est une manière de régler éventuellement ce point d'accord avec nos amis communistes redonnons à la fin la parole au peuple français pour voir qu'est-ce qu'il en pense et puis s'il veut en sortir nous on est disposé à ça s'il faut y rester et bien nous en tiendrons compte deux questions très courtes est-ce que vous aurez vos 500 parrainages on y travaille je croise les doigts vous en êtes à combien à peu près au micro je vais pas donner le chiffre mais ça commence pour ceux qui nous soutiennent à être rassurants mais on n'y est pas tout à fait il faut y travailler il faut rien relâcher et puis il y a une chose qui sont les promesses puis il faut qu'elles arrivent au conseil constitutionnel que ceux qui nous les ont promis de les mettre bien dans l'enveloppe le fassent mais c'est un gros boulot un gros boulot et c'est pas normal je parle pas que pour moi que des candidats galèrent autant moi on avait évoqué le fait qu'il y ait une double filière à savoir celle des 500 parrainages et puis des 150 000 parrainages citoyens mais bon on a bon espoir mais il faut continuer le boulot

43:31
Présentateur

j'avais dit deux questions très courtes proposition de François Bérou de créer une banque des parrainages pour aider les candidats à se présenter favorable ou pas

43:37
Alexis Corbière

ce que j'aime pas dans ce que propose monsieur Bérou c'est qu'il dit ceux qui sont autour de 10% dans les sondages c'est à dire une espèce de truc aristocratique il y aurait les grands candidats les petits il faut qu'il y ait un critère ça peut pas être au doigt mouillé l'IFOP nous dit que vous existez et l'IFOP je prends l'IFOP ou l'IPSOS ou ce que vous voulez c'est pas satisfaisant mais il faut en finir avec ce système nous on en a proposé 150 000 parrainages citoyens ça règle tout ils ont dit non mais vous voyez que c'est pertinent

44:11
Présentateur

merci Alexis Corbière c'était Politique une émission que vous pouvez réécouter quand vous le souhaitez en podcast sur franceculture.fr et l'application Radio France programmation Anne-Claire Bazin préparation Brice Garcia prise de son Hugo Renard la semaine prochaine nous recevrons la candidate Les Républicains Valérie Pécresse à samedi