L'entretien : Claire Fita (Députée européenne)
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:33OuverteRéponse directe
De quel endroit précisément êtes-vous originaire ?
- 1:08OuverteRéponse directe
Vos parents étaient commerçants, c'est ça ?
- 1:45OuverteRéponse directe
Cette image a-t-elle eu de l'importance pour vous ?
- 2:55OuverteRéponse directe
L'unia du livre a-t-elle influencé votre goût pour la lecture ?
- 3:44OuverteRéponse directe
Cette photo de vos parents est-elle importante pour vous ?
- 4:47OuverteRéponse directe
Vous avez cassé la filiation des filles uniques dans votre famille ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:40Invité politiqueFait
« je suis née à Toulouse, mais je n'y suis restée que quelques heures. »
- 1:11Invité politiqueFait
« mon père était commerçant. Il avait une librairie-papeterie-presse, dans laquelle d'ailleurs j'ai grandi parce qu'on vivait au-dessus du magasin. »
- 4:06Invité politiqueFait
« Oui, évidemment. Et moi, ça m'a construite. J'ai la chance d'avoir, voilà, un papa et une maman toujours très présent, très bienveillant. »
- 4:15Invité politiqueFait
« Je suis fille unique. Mais je suis issue de quatre générations de filles uniques, ce qui est complètement, voilà, atypique »
- 7:21Invité politiqueFait
« Oui, mais j'ai eu une parenthèse qui n'était pas ni en Midi-Pyrénées ni en Occitanie. Je suis partie faire une école de la fonction publique à Nantes, après mes études à Toulouse »
- 7:46Invité politiqueFait
« En 2002, à l'occasion de ces élections présidentielles, qui m'ont profondément choquée d'avoir Le Pen au deuxième tour, je me suis dit... Je sais pas ce que je peux apporter, mais en tout cas, je veux m'engager et essayer d'être utile pour que ça ne réarrive pas. »
- 8:40Invité politiqueFait
« mon père s'était engagé politiquement à la mairie de Groyer dans les années 80, à gauche. »
- 8:50Invité politiqueFait
« ma maman, elle a toujours eu un engagement sur l'éducation populaire, étant l'institutrice, voilà, l'accompagnement des enfants. »
- 10:02Invité politiqueFait
« J'avais envie de comprendre le monde. Alors c'est ambitieux, mais j'ai cherché quelles étaient les voies dans l'enseignement supérieur qui me permettaient d'avoir la plus grande ouverture. Et j'ai tenté le concours de Sciences Po à Toulouse. »
- 10:23Invité politiqueFait
« je me suis totalement épanouie parce que de faire de la sociologie, de l'histoire des idées politiques, de l'économie, ça m'a vraiment aidée. »
- 11:16Invité politiqueFait
« J'ai toujours... Mais moi, je suis une éternelle, voilà, angoissée, perfectionniste. »
- 11:53Invité politiqueFait
« quand je définis un objectif, ou qu'on le définit collectivement, parce que j'aime beaucoup le collectif, travailler en collectif, je trouve que ça donne une force dont j'ai besoin »
- 12:40Invité politiqueFait
« Moi, j'ai envie de vous dire qu'il n'y a pas plus de rivalité en politique que dans le monde professionnel. »
Temps de parole
- Claire Fita65 %
- Présentateur30 %
- ?4 %
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— Bonjour.
Aujourd'hui, nous recevons une femme politique, une femme importante en tout cas au niveau de la région. Et puis vous allez tout de suite vous en apercevoir. C'est quelqu'un qui est de notre département. Claire Fita, bonjour.
—
Bonjour. — Alors je précise que vous êtes vice-présidente de l'Occitanie et que vous êtes en charge de la culture. Alors comme je viens de le dire, vous êtes une native, c'est ça, du Tarn. De quel endroit précisément ?
— Alors
je suis née à Toulouse, mais je n'y suis restée que quelques heures.
— Le temps de naître.
— Voilà. Exactement. Le temps de naître. Et en fait, je suis grouillétoise. J'ai grandi à Grouillet. Je suis partie, bien sûr, faire mes études, travailler. Et je suis revenue à Grouillet. Donc aujourd'hui,
je vis à Grouillet. — Vous vivez toujours à Grouillet. Donc
c'est pas un départ bien loin. Alors que beaucoup de personnes en politique, des fois, partent sur Paris et ont tendance à y rester d'ailleurs. — Vos parents, je crois, étaient commerçants, c
'est
ça ?
— Alors
mon père était commerçant. Il avait une librairie-papeterie-presse, dans laquelle d'ailleurs j'ai grandi parce qu'on vivait au-dessus du magasin. Donc oui,
j'ai grandi
à Grouillet, mais surtout en fait dans un commerce à Grouillet. —
Alors on
a des archives.
On
a des documents. Alors cette image, je crois qu'elle suscite pas mal de souvenirs pour vous. On vous voit toute petite dans la librairie. Bon, je pense pas que le vélo soit vraiment l'outil idéal pour un commerce. — Ça a eu de l'importance de vivre comme ça dans ce milieu, d'avoir des livres et puis de cette ambiance de petits commerces ?
—
Oh bien sûr. C'était mon environnement au quotidien. Je vivais autant dans l'appartement en haut que dans le magasin et surtout entre ses rayons. —
Et
c'est vrai que mon père travaillait beaucoup. Donc pour aller voir mon père, il fallait que j'aille au magasin.
Puis
cet environnement de livres. Mais
je
dirais que dans ces commerces de centre-ville, c'est cette rencontre permanente. J'ai grandi avec les gens, avec bien sûr cette communauté de commerçants du centre-ville. Il y avait peu de jeunes enfants, donc j'étais la petite du quartier. Et donc j'ai eu beaucoup de chance parce qu'il y a toujours eu beaucoup de bienveillance. Voilà. Ma famille très aimante. Mais tout mon quartier qui m'a aussi aidée
à grandir.
—
Vous
étiez connue du quartier, on va dire.
— Voilà. J'étais la petite fita qui se baladait dans les rayons du magasin et dans les rues du centre-ville.
—
L'unia du livre, c'est quelque chose qui vous a finalement... Qui a eu une influence peut-être sur un goût de la lecture ?
—
Évidemment. Alors... Et de la presse, moi, je dirais aussi. Parce que, bien sûr, mon père vendait des journaux. La dépêche, mais pas que. Mais évidemment. Et donc, oui, les mots
m
'ont entourée. Et évidemment que cette stimulation, mais c'était aussi toujours pareil, les livres, mais avec les gens qui venaient chercher un livre, parler de leurs livres. Et papa avait eu toujours cette vigilance à inviter des auteurs, faire des signatures. Donc voilà, j'ai eu la chance, du coup, de rencontrer des écrivains. C'était, voilà, tout à fait
extraordinaire.
—
Alors
on va continuer un petit peu sur cette famille. Là, j'ai une autre photo à vous montrer que vous connaissez bien, j'imagine. Donc il s'agit de vos parents. Et on vous voit là toute petite. Alors c'est important pour vous, la famille. En plus, vous êtes fille unique. C'est ça ? Avec des parents soudés. Et puis, je pense, un univers parental. C'est quelque chose qui, d'après vous, crée des racines profondes
? —
Oui, évidemment. Et moi, ça m'a construite. J'ai la chance d'avoir, voilà, un papa et une maman toujours très présent, très bienveillant. Et je suis fille unique. Mais je suis issue de quatre générations de filles uniques, ce qui est complètement, voilà, atypique, notamment pour les générations de ma mère, de ma grand-mère et donc de mon arrière-grand
-mère. — Et vous
poursuivez un peu le...
—
Et j'ai fait un garçon. Mais il est unique. Donc voilà. Et alors c'est vrai que ça a été quand j'ai appris que c'était un garçon. Les femmes de la famille
se
sont réunies en disant « Bon, mais maintenant, on a un garçon. Comment on va s'occuper d'un garçon ? » Et au contraire, tous
ces filles... — Vous avez cassé la filiation.
Alors là, j'ai encore une... Je crois que c'est chez vous. Et c'est encore chez vous, puisque vous avez... Vous êtes dans la maison familiale de vos grands-parents.
—
En fait, mes parents se sont installés à Grouillet, où mon père a acheté cette librairie papeterie-presse. Donc maman a travaillé avec lui, puis elle est institutrice. Donc elle a repris ses fonctions d'institutrice à Grouillet. Et mes grands-parents maternels sont venus s'installer à Grouillet. Mes grands-parents paternels étaient sur Gaillac. Et ils ont fait construire donc une maison. Et j'y vis encore aujourd'hui. Donc je vis dans la maison de mes grands-parents à Grouillet.
— Alors
on a une photo, là. On voit en fait qu'on était quand même assez nombreux aussi à l'époque. J'ai compté. Vous étiez 29, là. C'est une classe du terminal, c'est ça ?
—
Oui, tout à fait. J'ai fait un bac C au lycée à Lavore. Donc en effet, j'ai fait ma scolarité à Grouillet jusqu'à la fin du collège, parce qu'à Grouillet, il y avait un lycée d'enseignement professionnel et pas d'enseignement général. Donc il fallait aller à Lavore à l'époque. Et d'ailleurs, c'est là où j'ai rencontré mon conjoint, Vauréen. — Ah,
d'accord.
— Et qui vit à Grouillet aussi, du coup, maintenant. —
C'est pas très loin, quand même. — Non,
c'est pas très loin, bien sûr.
—
Vous rentiez ? Vous faisiez l'aller-retour
? — Oui, tout à fait. Tout à fait.
Mais c'était... Je pense comme tous les lycéens qui n'avaient pas le lycée dans leur ville d'origine, on partait, quoi. On avait l'impression de partir.
Et donc
Lavore, pour moi, c'était un autre monde. Et ça n'était qu'une étape vers Toulouse ensuite.
—
Oui, forcément. De toute façon,
c
'est à peu près... Toutes les personnes qui font des études supérieures vont sur Toulouse, dans nos départements. C'est la capitale, on va dire.
— Exactement.
— Alors justement, je reviens sur cette notion de capitale. Si on suit un peu votre parcours, donc très département, Toulouse, on va dire que
c
'est à côté. Et puis finalement, même vos fonctions, vous êtes restés ici. Et vous avez un parcours très lié, finalement, à l'Occitanie, même plus spécialement à
ce
qu'on appelait avant Midi-Pyrénées, on va dire. Et ça, ça a du sens par rapport, justement, à un engagement politique. Est-ce que le fait que vous ayez ces origines très marquées, que vous soyez dans un territoire que vous connaissez, c'est quelque chose qui a eu
de l
'influence sur votre parcours en matière politique
? —
Oui, mais j'ai eu une parenthèse qui n'était pas ni en Midi-Pyrénées ni en Occitanie. Je suis partie faire une école de la fonction publique à Nantes, après mes études à Toulouse, parce que j'ai eu un concours. Et ensuite, j'ai vécu 5 ans en Normandie, en
Basse-Normandie, où j'ai eu
mon premier poste, d'ailleurs, donc de cadre de la fonction publique d'État. Et c'est là-haut que je me suis engagée. En 2002, à l'occasion de ces élections présidentielles, qui m'ont profondément choquée d'avoir Le Pen au deuxième tour, je me suis dit... Je sais pas ce que je peux apporter, mais en tout cas, je veux m'engager et essayer d'être utile pour que ça ne réarrive pas.
—
Vous êtes engagée au Parti Socialiste. Et vous n
'êtes
qu'un issu d'un milieu, on va dire, de commerçants,
qui sont
pas forcément spécialement socialistes, on va dire. La politique avait de
l
'importance dans votre famille. On en parlait. Est-ce qu'il
y
a eu de l'opposition, justement,
en
disant pourquoi le Parti Socialiste, de côté de vos parents
? — Non,
parce qu'il y
a
un héritage. Mon grand-père, paternel, était réfugié républicain espagnol.
—
Ah, d'accord.
—
Commissaire politique dans l'armée républicaine.
Donc
il a tout quitté pour la République. Il a tout quitté pour ses idées.
Et
mon père s'était engagé politiquement à la mairie de Groyer dans les années 80, à gauche.
— Il était à gauche
également.
— Oui, tout à fait. Et ma maman, elle a toujours eu un engagement sur l'éducation populaire, étant l'institutrice, voilà, l'accompagnement des enfants.
— Une
tradition, c'est vrai.
— Donc non, ça a été une évidente. C'est mon conjoint, de la même façon, partage mes valeurs et a eu ce même engagement. En même temps, en 2002, on s'est retournés. On s'est dit « Bon, mais maintenant, à nous de poursuivre. On avait un héritage. Mais ça sert à rien, l'héritage, si on ne le rend pas d'actualité
». —
Alors cet engagement, donc, vous expliquez l'origine. Bon, vous êtes partie sur cette orientation. Est-ce que vous pensez que vous auriez pu avoir un autre parcours professionnel
? Parce
qu'en fait, la politique, une fois qu'on a commencé, forcément, on va y rester. Est-ce que vous pensez que vous auriez pu faire autre chose à l'époque, quand il y
a
eu des... Vous avez finalement un peu choisi déjà une fonction, on va dire, parce que vous avez fait sciences politiques à Toulouse. Donc c'était dans l'idée qu'on allait partir là-dedans. Mais est
-ce
que vous pensez qu'il
y a
une autre profession qui aurait pu vous attirer
? —
Alors je n'ai pas du tout fait sciences politiques pour faire de la politique. Vraiment pas du tout.
—
En plus,
on
fait souvent
autre
chose.
—
Voilà. J'avais envie de comprendre le monde. Alors c'est ambitieux, mais j'ai cherché quelles étaient les voies dans l'enseignement supérieur qui me permettaient d'avoir la plus grande ouverture. Et j'ai tenté le concours de Sciences Po à Toulouse. Je l'ai eu. Et c'est vrai que je me suis totalement épanouie parce que de faire de la sociologie, de l'histoire des idées politiques, de l'économie, ça m'a vraiment aidée. Et je continue tous les jours à apprendre et surtout à essayer de mieux comprendre le monde.
—
Alors on a une image de vos premiers pas, on va dire, en politique. Alors c'est vrai qu'il y a des choses qu'il faut apprendre à faire. Là, apparemment, c'est prendre un micro, déjà, qui n
'est
pas forcément évident.
—
Ben si, pour moi, si. Parce que moi, j'ai grandi dans un commerce.
Donc dans un commerce,
on parle aux gens. On peut pas être au contact au quotidien avec plein de personnes si on n'a pas envie de l'être.
— Vous avez jamais une crainte en vous disant, parce que les artistes le font aussi, ils se disent «
Bon,
il y
a
le trac, on va se prendre un bide ».
—
Si, si,
si.
J'ai toujours... Mais moi, je suis une éternelle, voilà, angoissée, perfectionniste. Alors vous dire que j'ai pas le trac, j'ai le trac comme d'ailleurs pour tout le monde.
Enfin, je
pense que c
'est
le même comportement. On veut être meilleur. On veut être utile. On veut y arriver. Donc on se met toujours la pression. Donc moi, je pense que j'aurai éternellement cette pression de vouloir bien faire. Mais rien ne m'arrête. Voilà. C'est... Je pense que, voilà, j'ai cette modeste force en moi où quand on définit... Quand je définis un objectif, ou qu'on le définit collectivement, parce que j'aime beaucoup le collectif, travailler en collectif, je trouve que ça donne une force dont j'ai besoin, ben rien ne m'arrête. Et j'y vais.
Voilà. —
C'est d'ailleurs, on va dire... C'est peut-être une qualité qu'il faut impérativement avoir. On décrit souvent le monde politique comme un monde de rivalité. Parce qu'il y
a
des places à prendre aussi. Donc forcément, on est du même parti, mais pas forcément toujours... Forcément amis, on va dire. Est-ce que vous avez retrouvé ça ? Parce que cette notion...
En
tout cas, le grand public a une vision de cette rivalité. Est-ce que c'est quelque chose qui était... Où il a fallu quand même jouer les coudes pour y arriver
? —
Moi, j'ai envie de vous dire qu'il n'y
a
pas plus de rivalité en politique que dans le monde professionnel. Dans votre métier, dans votre entreprise ou dans votre association, vous avez une trajectoire où vous mettez en œuvre vos compétences. Et parfois, il y a plusieurs personnes qui ont ces compétences-là. Et c'est toujours difficile de faire des choix. Et en politique,
c
'est la même chose. Donc après, je suis à un niveau régional, même au niveau national. Il y a aussi ces rivalités de personnes. Mais
moi,
j'ai envie de vous dire pas beaucoup plus que dans la vie.
— On a l'impression — c'est un peu la tendance en tout cas actuelle — que l'engagement, c'est plus trop en tout cas une valeur de la part des gens.
Parce
qu'on le voit, les associations, entre autres, se plaignent. Il n
'y a
plus de bénévoles. On a l'impression que les gens sont beaucoup plus passifs. De quoi ça provient, d'après vous
? — Je
ne pense pas qu'il y ait un effondrement de l'engagement. Moi, je pense qu'il prend des formes différentes. On vit une évolution de notre société majeure. Les sociologues parlent d'individualisation. En effet. Et c'est vrai qu'un engagement dans un parti politique, dans un syndicat — moi, j'ai toujours eu un engagement aussi syndicaliste — eh bien c'est vrai que c'est une forme englobante, collective, qui peut être vécue avec une forme de verticalité assez forte. Et aujourd'hui, je pense que ça, c'est pas un engagement qui fait consensus ou en tout cas que les gens recherchent. Donc voilà. Il y a en effet, en tout cas forcément moins d'engagés dans les partis politiques, je le constate.
— Oui.
La politique, effectivement, attire beaucoup moins actuellement. —
Mais cette jeunesse qui manifeste pour telle ou telle cause, eh bien c'est une forme d'engagement à nous de leur donner envie d'aller plus loin.
— Alors
vous avez un mandat de vice-présidente. Donc ça veut dire, au quotidien, qu'il
y a
une vie assez mouvementée. On a eu donc déjà l'envie de voir justement une femme politique. Donc on a fait un petit reportage avec vous, qu'on vous a suivi. Je propose qu'on le regarde tout de suite, et puis on en parle après.
—
J'adore courir et c'est pour moi l'occasion, bien sûr, de vous tenir en forme et de redécouvrir ma campagne.
C
'est vraiment quelque chose dont j'ai besoin pour pouvoir ensuite passer de bonnes journées et pouvoir vous consacrer à 100% à mon activité.
— Pour
moi, Grouillet, c'est le territoire qui m'a vu naître, grandir. Et aujourd'hui, sur lequel je vis, avec ma famille, mon fils, mon conjoint. Et même si je me balade partout en région Occitanie, c'est mon ancrage. Et c'est là où j'ai mon histoire, mes amis. J'ai passé le concours, c'est vrai, de Sciences Po à Toulousan, parce que, voilà, scolairement, ça se passait très bien. Et j'avais envie de m'ouvrir à ces thématiques que sont les sciences politiques, l'action publique, en fait.
Comment arriver à s'emparer de l'avenir d'un territoire, d'une population pour, en tout cas, c'était déjà, bien entendu, ma conviction vers plus de solidarité, comment faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin. Et voilà, je l'ai eu, le concours. Donc, j'y suis allée. Et en effet, je m'y suis régalée. Et j'ai jamais quitté l'action publique, d'abord dans la fonction publique, et aujourd'hui, en tant qu'élu.
Bonjour.
Bien.
Alors, le terrain, c'est d'abord rencontrer des gens. Parce que c'est la seule, c'est le seul objectif que je poursuis, moi. C'est être utile. Comment une collectivité, dans ses politiques publiques, elle peut être utile
?
Donc, nous allons visiter cette fois-là. Le rythme, du coup, est plus soutenu. Et là, le terrain, aujourd'hui, c'est un lycée, puisque les régions ont en charge les bâtiments, mais aussi les équipes techniques. Et aujourd'hui, c'est particulièrement important pour moi, parce que c'est l'établissement de la ville où je suis née, où j'ai grandi, où je vis, qui voit l'ouverture dans son lycée professionnel d'une filière d'enseignement général.
Dans
mon transforme l'essai, il
y
a unique aujourd'hui.
OK.
Alors là, on a vu que vous étiez une femme sportive. Donc, vous faites du footing. Alors, c'est à la fois de l'entretien où on se dit, effectivement, que vous parliez de prédisposition un peu à être tenace. C'est vrai que c'est des qualités qu'il faut avoir. Et d'autre part, il faut être un peu endurante. On se dit, bon, là, on a parlé de l'emploi du temps
très
lourd, tout ça. Comment vous faites ? C'est naturel ? C'est spontané ? Vous n'êtes pas, à un moment donné, saturée de travail
?
Non, parce que ce que je fais me plaît. Donc, j'ai beaucoup de plaisir au quotidien. Et là, c'est vrai qu'on me voit dans une partie de ma vie publique, mais je lis beaucoup, je travaille beaucoup sur des dossiers. Donc, j'ai un super bureau très agréable chez moi, devant ma campagne, là. En effet, j'ai plein de livres et plein de dossiers, plein de papiers.
Et votre
entourage, justement, vit bien ? Parce que, forcément, on doit beaucoup moins vous voir, déjà. On vous demande beaucoup. Est-ce qu'ils s'y sont habitués, finalement
? J
'essaye de privilégier la qualité à la quantité. Ils ont conscience qu'ils veulent mon épanouissement et ils veulent mon bonheur. Et aujourd'hui, ça en fait partie. Mais si demain, ma vie changeait, parce que je ne suis plus élue, il n'y
a
aucun souci, je retrouverai un travail. Et je trouverai aussi mon épanouissement dans une autre forme d'engagement qu'être élue.
J'allais y venir, justement, parce qu'effectivement, votre activité, je faisais le lien avec les artistes. Mais c'est vrai que c'est un peu ça. C'est-à-dire qu'on peut tout à fait perdre son poste. En plus, c'est sans préavis, là. Exactement,
oui.
Et du jour au lendemain, on peut ne plus du tout être en fonction. Et là, ce fait de savoir que cette précarité, c'est une sorte de fragilité, finalement. C'est quelque chose qui n
'a
pas l'air de vous angoisser, en tout cas.
Non,
ça ne m'angoisse pas, parce que ça fait partie des règles du jeu. Oui,
vous savez à la base. Je les ai
acceptés. Je suis un CDD. Tout
à fait. Voilà.
Et je propose de le renouveler. Et si ça ne fonctionne pas, ça ne remettra jamais en cause mon engagement. Mon engagement, il n'est pas d'être élu. Mon engagement, il est de faire progresser mes
idées.
À un
moment donné, vous allez vous présenter à une élection. Vous en parlez. Là, vous allez voter. Peut-être pas voter, mais vous allez en tout cas vous en parler avec votre famille immédiate, parce qu'ils savent les conséquences qu'il
y
a derrière. C'est une décision partagée. Comment vous prenez la décision
? En
famille.
En
famille,
c'est ça ? En
famille, tout à fait. On se réunit autour de la table. Et puis, on mange toujours. Parce que c'est toujours autour d'un bon repas que les meilleures décisions se prennent. Et on essaye de partager la chance que cela peut représenter, les contraintes aussi que cela peut avoir, les conséquences sur la vie privée. Et moi, je ne peux pas prendre une décision qui ne soit pas partagée, parce qu'elle a forcément des conséquences sur
ma famille.
Tout à fait. Donc là, ça y est, vous êtes donc engagée. Vous êtes vice-présidente à l'heure actuelle. Donc un poste quand même important. Et on vous a suivi, là aussi, pour savoir en quoi consistait votre poste. Je vous propose qu'on regarde le reportage et puis qu'on en parle.
La scène qui va
tourner ici, c'est à quel moment
?
C'est avec la reine. C'est quand elle vient et présentait la déclaration des droits de
la femme. C'est que la
reine ne la reçoit pas. C'est la française de
l
'emballe. Il faisait un petit défilé dans le jardin. C'était en train de
s'organiser. Il faisait
pas le défilé, tu sais. Et donc du coup, j'ai quitté le jardin et tout ça. Elle
est dans une autre posture à ce moment-là
et elle va pas le faire. Elle ne va pas le faire à cause de la procession de
l
'emballe. Qui va quand même très mal finir. Un projet comme celui-là,
c
'est combien ? Quand l'idée du projet émerge jusqu'à sa
concrétisation
?
Là,
moi, j'ai 7 ans. Ah oui ? Ouais.
7
ans ? Ouais.
Et toi,
tu
as découvert, du coup, toute une équipe et le voir, vous savez que ? Ah ouais. La culture, il faut comprendre que c'est une compétence partagée. C'est-à-dire qu'elle peut être exercée par l'ensemble des collectivités ainsi que l'État. La région Occitanie, elle essaye de trouver sa place dans ce maillage d'intervention pour soutenir, bien entendu, une culture pour tous et une culture partout. Nous fonctionnons de manière assez simple. En fait, nous avons des priorités que nous traduisons en dispositifs avec des critères, des légibilités. Et les porteurs de projets déposent leurs dossiers auprès de la région.
Il y a bien sûr une instruction par les services, mais nous faisons aussi appel à des experts de la culture. C'est vrai qu'il peut y avoir des choix extrêmement difficiles, mais je n'ai jamais vu deux projets identiques en matière culturelle. Il y a une diversité qui fait aussi notre grande richesse, mais qui rend les choses aussi dans le choix forcément très dures parce qu'on voudrait pouvoir tout soutenir. Mais on essaye aussi d'agir en complémentarité par rapport aux autres collectivités et par rapport à l'État pour essayer d'être le plus large possible dans notre intervention.
Voilà,
alors vous êtes en charge de la culture. Je l
'ai
dit toujours au début, mais ça veut dire aussi une tâche assez lourde. On reviendra un petit peu sur ce qu'on a pu voir justement dans ce reportage. Mais j'ai une question, c'est presque une question de Bac. C'est quoi la culture pour vous
? La
culture, c'est comme l'éducation, les piliers de notre promesse républicaine. Pour moi, liberté, égalité, fraternité, il n'y a pas
sans
l'école, sans l'émotion partagée.
Il
n'y a pas cette émancipation qui est pour moi l'objectif principal qu'où que vous naissiez, quel que soit votre environnement, vous devez avoir cette chance de faire vos propres choix.
Alors
on vous a vu là sur le tournage d'un film,
donc
avec Julie Gaillet qui a été, je pense, la principale actrice. Alors vous êtes en charge de la culture, de la culture de l'Occitanie. Comment vous voyez les choses par rapport à ce centralisme quand même en France qui est très typique où les décisions sont la plupart... Le monde, on va dire, de la culture est surtout représenté sur Paris. Les décisions sont prises à Paris. C'est vrai des médias, c'est vrai du film, même si je crois qu'il y a une ambition de la région pour essayer de développer quelque chose ailleurs, on va dire.
Mais est-ce qu'on a des manettes, c'est un petit peu ça, est-ce qu'on a des manettes pour parler de la culture, en tout cas de faire des choses dans la culture quand on est en Occitanie
? Moi
je suis une décentralisatrice. Je crois profondément que nous avons un Etat français trop central. Et surtout, voilà, ces dernières années, il y
a
eu encore une recentralisation. Donc je pense à la nécessaire proximité. J'ai confiance, moi, à la démocratie représentative, mais elle doit absolument être enrichie de participation directe. Et les collectivités avec plus de compétences, pour moi, elles sont dans cet enrichissement. Donc il faut faire confiance à nos territoires, dans la façon dont ils vont développer les projets.
Il y a aussi le fait qu'on peut vivre à Paris, de son activité artistique ou
culturelle
de manière générale. C'est plus délicat quand même de pouvoir vivre de ça. Prenez les comédiens, tous les théâtres qui réellement vivent du théâtre,
à
part Paris...
Non,
non,
ça existe. Tous les modèles existent. Bien entendu qu
'il
y
a
une forte concentration dans les tissus urbains les plus denses. Mais vous pourriez dire la même chose sur Toulouse et Montpellier par rapport au reste de la région. Mais on observe vraiment, depuis plusieurs années, des installations de compagnies dans les territoires plus ruraux et qui ensuite sont bien entendu extrêmement mobiles ou qui développent leurs propres projets culturels sur leur territoire. Donc ce mouvement, il est là et vous l'observez bien aussi en termes de lieux de résidence. Vous savez, Paris perd de la population, tout court. Et il y a des artistes qui vivaient à Paris, qui viennent vivre en province. Donc vous avez raison sur le constat en termes de photographie.
Mais sur le mouvement, il y a quand même une installation en province d'acteurs culturels de plus en plus.
Et
puis aussi parce que la qualité de vie et le niveau de vie en province n'est pas du tout le même que celui à Paris. Moi, je ne pourrais pas vivre dans de bonnes conditions à Paris. Alors que voilà, à Groyer, j'ai une vie,
une qualité de
vie et surtout des exigences en termes de moyens financiers pour me loger qui n'ont rien à voir avec la capitale. Donc c'est aussi les mêmes contingences qui guident certains choix professionnels d'artistes.
Alors
on arrive à la fin de notre entretien. Je vais vous poser une dernière question. Quel est votre meilleur souvenir, finalement, de votre parcours politique
? Il
est très récent. À cette rentrée scolaire là, 2023, à Groyer, alors que nous avions un lycée d'enseignement professionnel et technique, a ouvert la première classe de seconde d'enseignement général. Et ça, pour moi, c'est mon meilleur souvenir. J'espère que j'en vivrai d'autres par la suite. Mais c'est la reconnaissance de l'action collective que nous avons eue pour que ce territoire soit enrichi d'un service public de l'éducation. Parce que le fait de ne pas avoir de lycée d'enseignement général à Groyer, c'était une anomalie qui résultait de choix durant les années 70-80.
Et ça avait comme conséquence, là aussi en termes de photographie, où moins de filles faisaient des études d'enseignement général. Moins de jeunes poursuivraient leurs études dans un lycée d'enseignement général.
Oui,
oui.
Et puis c'est effectivement dans votre ville de cœur, on va dire, que tout ça se passe. Merci, Claire Pitta.
Merci beaucoup à vous. Merci.
Claire Fita