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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous ! (sur Podcast)· 24 juin 2026 24 min

Olivia Richard : "Les réseaux sociaux donnent une caisse de résonance au masculinisme"

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Olivia Richard, vous êtes sénatrice union centriste, vous représentez les Français établis hors de France et vous publiez donc aujourd'hui un rapport sur la montée en puissance des réseaux et des mouvements masculinistes. Le masculinisme, c'est ce mouvement qui promeut la domination masculine, qui remet en cause les avancées féministes et en novembre 2025, le Sénat est la première assemblée à se saisir de cette question.

Après sept mois de travaux, vous remettez donc aujourd'hui votre rapport, une alerte sur les risques que représentent ces mouvements et 24 recommandations pour réveiller les consciences et en faire un enjeu de société. On va détailler évidemment tout cela avec vous durant cette demi-heure. D'abord, vous qui avez travaillé sur ce sujet depuis sept mois, d'où vient le masculinisme ? – Huit. – Huit même, je vous enlevais un mois.

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Invité

– D'où vient le masculinisme ? En réalité, c'est une évolution du sexisme dans la société qui s'adapte aux avancées féministes. En réalité, dès que les femmes acquièrent un droit, il y a une réponse du patriarcat qui évolue et qui s'adapte. Et aujourd'hui, en raison du contexte international, en raison du déploiement des réseaux sociaux, le masculinisme a pris une ampleur considérable, mais ce n'est pas nouveau en réalité, c'est de l'ampleur qui est nouvelle. – Et c'est quoi ? C'est de l'antiféminisme ? On peut le qualifier comme ça ?

– C'est de l'antiféminisme dans le sens où, bien naturellement, ce sont avant tout les féministes et les associations féministes qui sont visées parce qu'elles sont en première ligne, les femmes en général, mais en réalité, les idéologies qui sont promues sont diverses et variées, on parle de bar à salade ou de macédoine idéologique, vous retrouverez aussi bien des discours antisémites, racistes, validistes et homophobes, évidemment, anti-trans, c'est tout un mix d'idéologies et parfois on passe de l'un à l'autre, il n'y a pas tellement de cohérence et ça passe par des discours qui endoctrinent et qui attrapent par des discours de bien-être, être la meilleure version de soi-même, des coachs en séduction, des coachs de vie sur l'alimentation, sur dormir ou pas, combien d'heures, voilà.

Donc des discours qui, de prime abord, ne sont pas très inquiétants et qui, en réalité, amènent à cette vision que l'homme doit reprendre sa place, place qui lui a été ôtée par les féministes et par les femmes, c'est aller trop loin et donc ils invitent ensuite à prendre la red pill, la pilule rouge, en référence au film Matrix, ils ont tout un vocabulaire et qui rapidement évoluent et deviennent compréhensibles pour vous et moi, ce qui permet de rester entre soi et de continuer l'endoctrinement et donc cette red pill, cette pilule rouge va permettre à ces jeunes, bien souvent, de réaliser, on les invite à réaliser qu'en fait le monde est aujourd'hui dominé par les femmes, ce qui n'est évidemment pas le cas et qu'il faut reprendre le pouvoir et qu'il faut que l'ordre naturel des choses reviennent, les femmes à la maison, à élever les enfants et les hommes sont là pour protéger, ça c'est la version light et petit à petit, il y a des dérives

3:34
Présentateur

de radicalisation violente. – Parce qu'elles sont graves pour la société. Alors, pour tenter de mieux comprendre qui sont les masculinistes, je vous propose de regarder une vidéo de l'un d'entre eux, il s'appelle Clavicula, c'est un influenceur américain, il y a quelques jours, il était de passage à Paris pour promouvoir ses techniques de drague, regardez.

3:50
Locuteur non identifié

– Voilà, alors pour remettre dans le contexte, il a tenté de draguer des Parisiennes, refus

4:10
Présentateur

des défis qu'il a tenté de draguer, sa conclusion, c'est qu'il ne comprend pas, elles doivent être lesbiennes. On est dans une caricature ou c'est vraiment ça aujourd'hui ?

4:18
Invité

– Non, c'est ça, c'est ça, c'est tout à fait ça. Nécessairement, si les femmes ne sont pas attirées, c'est lui qui prodigue des conseils extrêmement violents pour les hommes et les jeunes hommes, il les invite à se casser la mâchoire afin d'obtenir quelque chose de plus carré, ce qui serait selon lui…

4:34
Présentateur

– Ça frappe à coup de marteau pour augmenter sa densité aux choses.

4:37
Invité

– Exactement, pour ressembler à l'idéal qu'ils imposent. La plupart des masculinistes expliquent que 80% des femmes sont attirées par 20% des hommes qui sont les plus fortunés. Avec la mâchoire carrée, ce sont les tchads. Et seuls les tchads peuvent accéder aux stacy qui sont l'équivalent parfait. Donc ce serait, je vais employer un autre terme américain parce que tout ça nous vient des États-Unis, de tradwives, c'est-à-dire la femme à la maison qui, avec bonheur et délice, s'accomplit dans les sous-tâches et dans l'éducation

5:11
Présentateur

des enfants. – On est un peu dans un mélange de narcissisme extrême, parce que là on est dans un narcissisme poussé à l'extrême, et aussi de frustration, c'est ça aujourd'hui ?

5:18
Invité

– De failles narcissiques, en réalité. C'est-à-dire que ces gens-là proposent des solutions simplices à des gens qui ne vont pas bien. Ils expliquent à des ados de 13-14 ans qui sont très vite happés sur les réseaux sociaux par ces contenus, à cause des algorithmes qui prévoient ça et qui font la promotion de ces idéologies. Ils appuient sur des failles causées soit par un trauma dans l'enfance, par du harcèlement scolaire, par le fait qu'ils se sentent seuls, qu'ils n'arrivent pas à séduire.

Tout adolescent traverse une phase difficile pour la construction de son identité, et ces gens-là viennent leur apporter des solutions simplistes pour comment devenir la meilleure version d'eux-mêmes ou à détester la cause principale de leur malheur, qui est bien sûr les femmes.

6:07
Présentateur

– C'est un phénomène qui prend de l'ampleur. En France, est-ce qu'on arrive à le quantifier

6:10
Invité

aujourd'hui ? – Non, on n'arrive pas à le quantifier, d'autant qu'il est diffus. C'est-à-dire que vous avez différents, vous avez de tout dans les masculinistes. Vous avez ceux qui vous expliquent qu'il faut, pour être un homme, un vrai, multiplier les conquêtes, ce sont les pick-up artistes. Vous avez les autres qui vont vous expliquer qu'au contraire, il faut se respecter. Donc il ne faut pas toucher une femme dont le body count, le nombre d'amants, excède un certain nombre, je crois que c'est cinq. Et donc il y a une pluralité de mouvements.

Et quand on entend à la radio il y a quelques mois qu'un groupe d'entrepreneurs qui lancent leur affaire décide de ne pas toucher une femme pendant cinq ans. Parce que de toute façon, aujourd'hui, ils n'auront pas celle qu'ils voudraient avoir parce qu'ils n'ont pas assez d'argent. Donc il faut qu'ils attendent cinq ans, qu'ils préservent leur vitalité pour, dans cinq ans, pouvoir souffrir, comme un objet, la femme de leur rêve. La femme de leur rêve, je suis désolée pour eux, c'est donc une femme vénale qui ne s'intéresserait qu'à leur argent. Mais voilà, tout ça entretient dans un cycle qui ne rend personne heureux.

7:14
Présentateur

Et en novembre dernier, vous vous emparer de ce sujet avec vos collègues sénateurs. Et Steve, on le disait, c'est la première fois qu'une institution française dresse un état des lieux aussi complet du phénomène masculiniste. Pourquoi aujourd'hui ?

7:25
Invité

Parce qu'effectivement, selon les rapporteurs, le phénomène est en train de changer d'échelle. Oriane, pendant longtemps, ses discours étaient réservés au forum un peu obscur, aux communautés vraiment militantes sur Internet. Désormais, ses discours circulent partout. TikTok, Instagram, YouTube, Twitch, les auditions au Sénat ont montré que les contenus masculinistes sont diffusés via les influenceurs, les podcasts, les vidéos de coaching, vous le rappeliez. Le rapport cite une étude de l'Université de Dublin, 26 minutes. 26 minutes, c'est le temps qu'il faut à un jeune pour se voir recommander des contenus masculinistes après une connexion sur les réseaux sociaux.

Madame la Sénatrice, le rapport insiste beaucoup sur les réseaux sociaux. Ça veut dire que sans réseaux sociaux, sans réseaux sociaux, il n'y a pas de masculinisme aujourd'hui ? Si, mais il n'y aurait pas la même ampleur. C'est une caisse de résonance. C'est une caisse de résonance et ça n'est que le début. 26 minutes, pour les enfants de 13 ans, ça tombe à 10 minutes. Donc on voit bien à quel point c'est rapide et à quel point c'est prégnant. Parce qu'en plus, l'algorithme vous enferme. Il y a une sorte d'emprise numérique qui fait que vous n'avez plus que ça qui s'affiche. Donc vous et moi ne pouvons pas avoir accès à ça.

J'irais sur un réseau social, je ne me verrais pas proposer ça parce que j'ai 49 ans et que je suis une femme. Évidemment, pour un gamin de 13 ans, et on sait à quel point les enfants aujourd'hui sont plus laissés à la maison avec des écrans sans que leurs parents aient conscience de ce à quoi ils peuvent être confrontés. Et donc, oui, les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant là-dedans. Encore une fois, ce n'est pas les réseaux sociaux qui ont inventé la misogynie. La misogynie, je vous le rappelle, c'est la haine des femmes. Ça existe de tout temps, n'est-ce pas ? – Il y a un continuum que vous établissez dans le rapport entre le sexisme et le masculinisme.

Vous parlez des réseaux sociaux, on va revenir peut-être ensuite sur les recommandations, mais vous prenez l'interdiction des réseaux sociaux en dessous de 15 ans. Il y a une sorte de consensus, mais qu'est-ce qu'on attend ? – Ah ben, l'inscription à l'ordre du jour du Sénat. Beaucoup de textes sont votés dans l'une des deux chambres et n'arrivent jamais à l'autre. Donc, ça c'est un problème d'organisation de l'ordre du jour parlementaire. Il faut impérativement que ce soit adopté. Pour l'instant, ça n'est pas le cas.

Nous prenons surtout une réadaptation, une réforme du modèle économique des réseaux sociaux, parce que, évidemment, si le masculinisme rapportait moins d'argent, peut-être qu'il aurait moins de succès. La réalité, c'est qu'il y a des flux financiers considérables qui sont très compliqués à mesurer, mais un masculiniste, qui doit être extrême pour faire le buzz et faire du clic et faire des vues, gagne énormément d'argent. Vous parliez de claviculaires, je crois qu'on l'estime à 100 000 dollars par mois pour expliquer aux jeunes qu'il faut se casser la mâchoire.

– Juste pour revenir peut-être sur les réseaux sociaux très rapidement, si je ne me trompe pas, les réseaux sociaux ne sont pas considérés comme responsables du contenu qu'ils diffusent, c'est des hébergeurs. – Alors, c'est compliqué de les sanctionner. – Sauf que nous avons eu récemment une décision de la Cour de justice de l'Union européenne, s'agissant de l'interdiction, de la vérification de l'âge pour le porno, qui joue aussi un rôle déterminant dans la sexualisation des violences, et qui dit que les algorithmes doivent être considérés comme responsables, et donc il a une responsabilité à mettre en place ce système-là d'enfermement numérique.

Donc à suivre, c'est une décision très importante. – D'accord.

10:51
Présentateur

– On va s'intéresser à vos recommandations, je le disais, elles sont au nombre de 24. Quelles sont les principales recommandations ?

10:57
Invité

– Effectivement, 24 au total, 3 ressortent particulièrement. Premièrement, l'idée est de créer une véritable stratégie nationale contre le masculinisme avec pilotage interministériel. Deuxièmement, durcir la régulation des plateformes. Les rapporteurs veulent intégrer les contenus masculinistes aux risques surveillés par l'Europe. Elles veulent aussi démonétiser ces contenus pour les privés de revenus publicitaires. Et puis troisièmement, renforcer la prévention, plus d'éducation aux médias, plus d'éducation à la vie affective et sexuelle, et davantage de formation pour les enseignants, pour les travailleurs sociaux et pour les familles. Combien tout ça va coûter ?

– Combien coûte la prévention routière ? La prévention, c'est un investissement qui finit par faire gagner de l'argent à la société. – Mais si vous avez pu l'évaluer comme ça, toutes ces mesures, combien ça va… – Non, parce que ce n'est pas une proposition de loi, n'est-ce pas ? Ce sont des recommandations. Et ma conviction, c'est qu'à multiplier les acteurs et à multiplier les mesures, en réalité, c'est ce millefeuille qui coûte cher. Si on a un pilote dans l'avion qui coordonne toute l'action de l'intégralité des acteurs, parce que beaucoup sont impliqués déjà, ça permettra de gagner de l'argent intelligemment sur la dépense publique dans les…

12:15
Présentateur

– Et là, déjà, vous dites, le problème, c'est que ça passe un peu sous le radar des politiques publiques. Est-ce que déjà, il ne faut pas que ça devienne une priorité, ou en tout cas un débat important des pouvoirs publics et des politiques publiques ?

12:27
Invité

– Précisément, c'est pourquoi ce rapport est si épais, c'est un pavé, un pavé dans la mare pour dire, attention, notre société est confrontée à un risque majeur et nous n'avons pas le contrôle, bien sûr.

12:38
Présentateur

– Est-ce que c'est une responsabilité de l'État qui a laissé faire

12:42
Invité

et qui a laissé se développer ces mouvements masculinistes ? – Encore faut-il en avoir conscience, quand on n'a pas de remontée statistique, quand le meurtre d'une femme est poursuivi sous l'aggravation de l'alcool, parce que c'est facile à prouver, alors que manifestement, le monsieur sortait de boîte de nuit et s'était pris des fours toute la soirée et qu'il va tuer une femme qu'il ne connaît pas sur le bas-côté croisé en rentrant à la maison, c'est l'état d'ébriété au volant qui est retenu comme circonstance aggravante.

On aurait peut-être pu essayer de mobiliser la circonstance aggravante de crime haineux en raison du genre, mais tout ça fait partie d'une invisibilisation et donc d'une banalisation du discours misogyne. Et voilà, ça commence là et après c'est au quotidien. Je me permets de dire, une des recommandations importantes aussi, c'est l'aide à la parentalité, parce qu'entre le gouvernement, le terrorisme et le risque terroriste en France qu'on connaît, qui est très identifié par les acteurs tels que le PNAT, la DGSI, Pharos, ils sont déjà dessus.

Entre ça et le féminicide, qui in fine est la version la plus extrême de tout ça, il y a les violences quotidiennes des enfants dans les familles et qui tout d'un coup, les parents ne l'ont pas vu venir, n'acceptent plus de faire la vaisselle parce que c'est dégradant, c'est une tâche de fille. Et qui interdisent à leur sœur de sortir comme ci, comme ça.

14:05
Présentateur

– Mais c'est en ça que vous dites que c'est aujourd'hui une menace pour notre démocratie et notre cohésion sociale ?

14:09
Invité

– C'est en ça et dans le fait que ça entraîne un clivage, parce qu'encore une fois, évidemment, la porte d'entrée, c'est les femmes qui sont responsables, et les féministes qui sont responsables du malheur des hommes, mais ça touche tout le monde et très rapidement, ce bar à salade idéologique et radicalisé mène vers la haine de tout ce qui est différent et ce projet suprémaciste blanc, de l'homme blanc, ne peut être qu'un danger.

14:33
Présentateur

– Et comment, Steve ? Le rapport parle de radicalisation ?

14:37
Invité

– Oui, le rapport parle de radicalisation, c'est d'ailleurs l'un des points les plus marquants du rapport, le masculinisme ne relève plus seulement du débat culturel, du débat sociétal, il peut effectivement aussi conduire à la violence. Les services de renseignement suivent cette menace de très près. La DGSI a même déjoué l'année dernière un projet d'attentat lié à cette mouvance. Selon le rapport, une dizaine de très jeunes individus susceptibles de basculer dans une radicalisation violente sont aujourd'hui surveillés. Le Sénat parle aussi de liens croissants entre les réseaux masculinistes et l'ultra-droite.

Madame la Sénatrice, quels sont ces liens entre l'ultra-droite et les réseaux masculinistes ? – Bon, mais c'est le projet politique. Depuis la réélection de Donald Trump, depuis… enfin, Poutine n'a jamais fait mystère de ses opinions masculinistes. Là, pour le coup, on ne peut pas avoir beaucoup de doutes. Le projet politique s'est porté par l'extrême-droite, l'ultra-droite, à savoir, encore une fois, la radicalité envers les femmes, envers les Juifs, envers tout ce qui a une couleur de peau différente. – Pour l'ultra-droite, ce n'est pas forcément le Rassemblement national ou vous incluez le Rassemblement national dans cette mouvance ? – En France, c'est plutôt Zemmour.

– Donc les mouvements identitaires… – Mais je ne dis pas qu'il n'y a pas de masculiniste à l'extrême-droite, d'ailleurs Zemmour est à mon sens à l'extrême-droite, mais il y a un discours masculiniste qui est porté en France depuis 20 ans par Éric Zemmour. – Par le parti Reconquête ? – Par Zemmour. – Par Éric Zemmour très particulièrement ? – Oui, il a écrit Un brûlot il y a 20 ans, qui est le premier ouvrage masculiniste. Après, il a fondé Reconquête, nul doute que les gens de son parti sont d'accord avec lui.

16:17
Présentateur

– Il y a une fusillade qui a eu lieu en début de semaine à Montréal, trois morts dont un policier et l'assaillant. Lassaillant qui aurait laissé derrière lui un manifeste d'une centaine de pages dans lequel il exprimait sa haine des femmes dans la lignée d'un courant masculiniste qu'on appelle INCEL, qui rassemble les hommes, qui estime être rejetés par les femmes et qui du coup les tiennent responsables de leur malheur. Ça s'est passé à Montréal, mais en France, la DGSI alerte également sur ce mouvement à potentialité terroriste forte. On va écouter ce qu'en dit le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.

16:48
Invité

– Les attaques que subit aujourd'hui le numéro national 3919, Victimes Femmes Info, ne sont pas des faits isolés. Elles s'inscrivent dans un contexte plus large de montée en puissance, de la menace masculiniste organisée, décomplexée, qui s'attaque frontalement aux politiques d'égalité, aux associations féministes et aux dispositifs de protection des femmes. Effectivement, la mouvance INCEL se développe dans notre pays, avec, on l'a vu dans d'autres pays, des actions qui ont pu être menées, qui ont été des actions violentes, qui ont pu conduire, y compris à des actions terroristes. Et je peux vous dire que cette mouvance, elle est suivie aussi par les services de renseignement français.

17:21
Présentateur

– Alors on entend le ministre de l'Intérieur, potentialité terroriste forte, ça veut dire que de tels actes pourraient arriver en France, on peut en arriver à ces dérives-là, du mouvement masculiniste ?

17:30
Invité

– Bien sûr, il l'a très bien dit, il y a eu un attentat déjoué parce que le passage à l'acte était imminent, une dizaine d'autres sont surveillées, mais enfin on ne peut pas surveiller tout le monde, donc bien évidemment que le risque est majeur. Mais je note avec intérêt qu'il commence son intervention par les attaques au 39-19. Et ça illustre mon propos sur le fait qu'il ne faut pas caricaturer ou méconnaître, sous-estimer, le masculinisme ordinaire, banal. Encore une fois, ce n'est pas nécessairement des hystériques avec un couteau. Il y a tout un éventail, et à commencer en France par les associations de défense des droits des pères.

Vous allez me dire, ce n'est pas très méchant qu'il y ait un père qui veut défendre ses droits et voir ses enfants, sauf que ces associations-là sont en fait des mouvements radicalisés qui ont pour message, de dire au 39-19, qui est la ligne d'écoute de soutien aux violences faites aux femmes, aux femmes victimes de violences, pourquoi ce n'est pas ouvert aux hommes victimes. C'est nier, c'est prétendre qu'il y a une égalité entre l'ampleur des violences faites aux femmes et celles des hommes, et donc ils essaient de bloquer le numéro et de saisir des parlementaires pour poser des questions.

18:43
Présentateur

On va voir comment les élus locaux s'impliquent dans la lutte contre le masculinisme. On va aller dans les Alpes de Haute-Provence, près de Dignes-les-Bains. Bonjour Magali André, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes adjointe au maire d'Aiglin. Vous organisez ce soir dans votre commune une rencontre-échange autour de la question de la lutte contre les violences intrafamiliales. La question du masculinisme devrait être abordée. Est-ce que vous, en tant qu'élu local, vous êtes confronté à cette montée du masculinisme ? Est-ce que vous sentez des signaux faibles ?

19:17
Olivia Richard

Oui, merci beaucoup de m'inviter. En effet, on organise ce soir avec l'Association des femmes élues du département une rencontre avec des expertes sur la question des violences. Le sujet du masculinisme pourrait évidemment être abordé dans la mesure où le masculinisme, quelque part, c'est une forme de violence et c'est même aussi un mouvement qui cautionne, voire qui promeut la violence faite aux femmes. Donc on a tout à fait nécessité à en parler. On va donner la parole à des expertes de la justice, de la police. Donc la déléguée de la préfète à l'égalité sera aussi présente pour expliquer tous les dispositifs.

Et l'idée, c'est aussi de mieux connaître justement toutes les formes de violences pour les comprendre. Donc évidemment, parler du masculinisme, et merci de mettre l'accent sur ce sujet-là. C'est intéressant, c'est important.

20:16
Invité

– Olivia Richard. – Je me félicite que ce soit, madame le maire, sans part, la maire, je ne sais pas comment vous souhaitez être appelée, sans part de ce sujet. Il faut évidemment que ça redescende vite, vite sur le terrain, en même temps qu'il faut que ça soit saisi par le gouvernement.

20:36
Présentateur

– Justement, Magali André, vous, en tant qu'élue locale, en tant qu'adjointe au maire, de quels outils vous disposez pour vous prémunir de la montée de ce phénomène. Est-ce qu'au niveau local, vous êtes armée suffisamment ?

20:52
Olivia Richard

– Alors suffisamment, je ne sais pas, au vu des chiffres, malheureusement qui sont plutôt négatifs, des constats de faits plutôt négatifs. Néanmoins, l'idée, c'est justement d'arriver à en parler de façon constructive et d'arriver à faire en sorte que chaque élu, mais même chaque citoyen, arrive à avoir une responsabilité et des clés justement pour agir. L'idée, c'est d'avoir, avec justement ces échanges, avec ces expertes, avoir une idée de comment coordonner, de quels sont les acteurs sur le terrain pour arriver à mieux détecter des situations, à mieux orienter les victimes, mais aussi à travailler, comme le disait Madame Richard, sur la prévention, c'est essentiel.

Donc à tous les niveaux, en fait, les élus nationaux, européens, notamment, vous en avez parlé sur la question de la réglementation et de la souveraineté numérique, parce que c'est aussi une manière d'accentuer le phénomène, mais aussi, pourquoi pas aussi ça, ce sujet-là, on pourrait s'en emparer aussi au niveau local avec des ateliers de sensibilisation, avec différents publics sur le terrain, mais c'est aussi mieux travailler sur la représentation des femmes, sur le terrain également, donc en tant qu'élus local, on a tout accès à, finalement, enfin, on participe à la construction d'équipements publics, à la labellisation des rues, etc.

Donc l'idée, c'est aussi ça, de travailler sur la féminisation des rues, la meilleure représentation des femmes dans la société en général, et après, ça peut être aussi, simplement, déjà, dans nos équipes municipales, avoir une ou un délégué à l'égalité pour, justement, s'assurer que ce sujet transversal soit vraiment écouté et pris en compte dans chacune de nos politiques.

22:47
Présentateur

– Merci Magali, André, merci infiniment d'avoir été avec nous depuis les Alpes de Haute-Provence, et on le voit, Olivier Richard, le réveil des consciences auquel vous appelez, il passe aussi par le local. – Et surtout, et par l'école.

23:00
Invité

– Et parler d'insister sur le fait que l'école est très équipée, déjà, sur l'analyse, disons, des outils pour la détection et l'accompagnement de la radicalisation des élèves. – Si, vous avez une dernière question. – Oui, dernière question, très rapidement. Quelle suite sera donnée à votre rapport ? Il y a, par exemple, des associations qui demandent des poursuites contre l'État pour inaction. Est-ce que vous y êtes-vous favorable ? – Je n'ai pas entendu ce type de… Dans quel cadre ? – Inaction face à la montée du masculinisme, face au danger que vous pointez dans votre rapport précisément.

– L'État répondra, il nous a déjà répondu, qu'il y avait insuffisamment de remontées d'alertes de la part d'associations dont l'objet social n'est pas précisément la lutte contre le masculinisme et donc ne peuvent pas accompagner les victimes lors des procès. Je ne dis pas que c'est la faute des associations, c'est certainement à l'État, et c'est ce qu'on demande, de développer une prise de conscience collective au niveau de tous les ministères, avec un pilote déterminé, j'insiste, pour pouvoir coordonner toute l'action publique. Voilà, c'est un sujet important. Est-ce qu'il faut poursuivre l'État, mon Dieu ?

24:07
Présentateur

– Merci Aléja Richard, et on le précise, parce qu'on n'a pas eu le temps d'en parler, mais dans vos propositions, il y a aussi une amende pour ceux reconnus coupables de propos masculinistes sur les réseaux sociaux, ça fait partie de vos propositions. Merci beaucoup d'être venus nous les présenter ce matin, rapport donc remis aujourd'hui. Merci Olivia Richard. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat. – Sous-titrage ST' 501