Carburant, Jean-Luc Mélenchon, Rassemblement national... Le "8h30 franceinfo" de Michel-Édouard Leclerc.
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Bonjour Michel-Edouard Leclerc. Bonjour Agathe, bonjour Paul. Bonjour à tous. Merci d'être avec nous sur France Info ce matin dans ce contexte extrêmement incertain pour les Français, pour la classe politique, pour les patrons aussi dont vous faites partie. On va parler pouvoir d'achat, 2027 également avec une candidature de plus, celle de Jean-Luc Mélenchon. Tandis que le RN poursuit son opération séduction envers vos collègues, grands patrons. Mais d'abord, les profits records de Total, près de 5 milliards d'euros au premier trimestre, soit une hausse de 51%. Est-ce que Total est un profiteur de guerre ?
Alors la guerre a profité à beaucoup d'entreprises. Alors on parle de Total parce qu'on croit que c'est très français. Total c'est de moins en moins français. Mais toutes les compagnies pétrolières, évidemment, ont revalorisé leur stock au cours du Brent. Dans la pétrochimie, il y a d'énormes profits aussi. Et puis il y a beaucoup de ce qu'on appelle de brokers, de traders qui travaillent peut-être pour nos banquiers. Tous ces gens se sont servis du marché yo-yo, un peu des carburants, pour gagner à la fois à la vente, à la baisse.
Mais Total cristallise la colère. Et aujourd'hui, il y a un débat. Certains, les socialistes notamment, disent qu'il faut taxer Total. Quelle est votre position à vous ? Est-ce qu'il faut taxer ces super profits ?
Dans le temps qui nous est donné là, et sauf procédure européenne qui n'est pas très... Je me demande si ça marche vraiment, parce qu'on l'a fait pendant la guerre en Ukraine, et ça a très peu rapporté. Moi, je ne sais pas. Il y a un débat de droit. Je ne sais pas si on peut taxer les profits de multinationales là où ils payent leurs impôts ou les faire payer ici.
Est-ce qu'on peut taxer les profits mondiaux ?
Je ne crois pas. Il faudrait un accord international. Qu'est-ce que vous demandez à Total ? Total, c'est à la fois votre fournisseur et votre concurrent. C'est une position particulière. Qu'est-ce que vous demandez ? La première chose, en tant que fournisseur, on lui a demandé. Leclerc lui a demandé les mêmes tarifs qu'il fait à son réseau. Et il nous a, en riant, baladé.
Concrètement, vous demandez à Total de vous vendre au même prix qu'à son réseau, c'est ça ?
Il est à la fois fournisseur. C'est un des trois gros fournisseurs de Leclerc. Et c'est en même temps nos concurrents. Alors d'habitude, dans l'année, on est loin devant Total. On doit être 5 centimes moins cher que Total Access et 12 à 15 centimes moins cher que le réseau Total en général. Mais là, ils plafonnent leurs prix. Là, ils plafonnent leurs prix. Et donc, normalement, il y a discrimination. On peut se faire une bataille juridique. De toute façon, ça ne va pas faire descendre les prix pour les consommateurs. Donc moi, sur ce sujet, j'ai un point de vue très pragmatique. Je laisse le gouvernement gérer ce qu'il peut demander à Total.
Peut-être des aides aux agriculteurs, aux principaux clients de Total, aux transporteurs, aux agriculteurs, que chacun d'entre eux puisse demander une ristourne. Moi, j'invite les consommateurs à regarder les comparateurs de prix. Quand Total est moins cher, ils vont chez Total. Puis, ils reviennent chez le moins cher pour le reste des courses.
Mais c'est de la concurrence pour vous, quand même ?
Oui, oui, oui. Mais c'est comme ça. Je ne peux rien y faire. Face à Leclerc, il y a d'autres commerçants qui ont des difficultés aussi de s'aligner. Donc, que les consommateurs comparent les prix et haïchent chez le moins cher. Je ne peux pas dire autre chose. C'est mon concurrent.
Donc, vous n'attendez rien de Total ?
Et qu'est-ce que je peux ajouter ?
Le prix ? Vous ne demandez pas un geste ?
Je vous ai dit, je lui ai demandé, il m'a envoyé bouler. Leclerc lui a demandé, il l'a envoyé bouler avec sourire. Et donc, vous demandez au gouvernement d'inciter Total à vous vendre à meilleur prix, vous ? Ce serait idéal à toute la distribution, à tous ses clients. Il devrait faire des ristournes à ses clients. Alors après, est-ce que ses autres clients lui ont demandé des ristournes ? Je ne sais pas, moi. En tout cas, le Premier ministre, je pense, serait avisé, si je peux me permettre de dire ça, de demander à Total de faire des ristournes aux clients.
Vous pensez qu'ils peuvent se permettre, Total, de faire plus de ristournes encore ? Ils plafonnent déjà les prix depuis le début de la guerre.
Son blocage de prix, le réseau Total en France a tellement cagnotté ces deux dernières années, où il était bien plus cher que Leclerc, Systému, Intermarché, Carrefour et tout ça, qu'aujourd'hui, le blocage des prix, il a déjà été financé par les marges qu'il a faites en France depuis deux ans. Donc après, il y a les super profits, et ça, c'est hors juridiction, je pense, de l'administration française. Donc peut-être qu'on peut, si tout le monde s'y met, distributeur, industriel, consommateur d'énergie et pouvoir public, on peut peut-être lui demander des ristournes. Mais vous qui connaissez le système de l'intérieur, quelle est d'après vous la marge restante de Total ? Je ne sais pas.
Aucune idée ? Non.
Et le gouvernement qui demande un geste à Total envisage de demander non pas de vous vendre moins cher le carburant, mais de plafonner encore plus ses prix à la pompe, alors que Total les plafonne déjà. Est-ce que ça, pour vous, c'est une bonne idée ? Ou vous dites que c'est de la concurrence déloyale ?
Oui, c'est de la concurrence déloyale, mais ça ne fait pas baisser les prix. Moi, je suis du côté des consommateurs, je veux que les consommateurs ne soient pas tapés au portefeuille. Donc, les contentieux avec Total ne feront pas baisser les prix, là, dans la période présente. Donc, ce qu'il faut, c'est que le Premier ministre...
Le gouvernement demande un plafonnement généreux.
Oui, oui.
Vous n'y croyez pas ?
Il y a un sourire, pour ceux qui nous écoutent à la radio, il y a un grand sourire. Je ne sais pas, depuis quand une société multinationale va faire un acte généreux ? C'est quoi un acte généreux pour vous ? Je ne sais pas. Qu'est-ce que vous feriez à leur place ? Ah non, non, moi, si j'étais Total, et si je me considérais comme Français, et si j'étais patron français, je privilégierais les consommateurs français, par patriotisme. Et ils ne le feront pas assez pour vous ? Non. Ça vous coûterait combien, à vous, de plafonner sous les deux euros ? Je ne peux pas le faire, parce qu'on se fait en vente à perte. On n'a pas le droit de vendre à perte, en France.
Ça coûte très cher, de vendre à perte.
Et vous dites que vous faites déjà très peu de marge.
Je peux garantir que les Leclerc et System U, parce qu'on achète avec System U ensemble, et malgré ce qu'on pèse, vous voyez, on n'arrive pas à obtenir sur ce marché-là grand-chose. On est des petits joueurs sur le marché mondial du pétrole. Mais ce que je peux vous garantir, c'est que Leclerc, on est quasiment à prix coûtant. En tout cas, on a un centime, un centime et demi de marge, de profit. Donc vous mettez même ça dans le prix de carburant aujourd'hui, ça ne vous fait pas chuter le gasoil de 60 centimes.
Mais vous répétez ça depuis le début de la crise, et pourtant, le gouvernement vous pointe du doigt depuis le début de la crise. Le gouvernement qui doit recevoir aujourd'hui les distributeurs à Bercy, est-ce que vous vous attendez à un nouveau coup de pression de la part de l'exécutif ? Qu'est-ce qu'ils vont vous demander ?
Non, je pense que le gouvernement a pigé que la stratégie très politique de se trouver un bouc émissaire pour ne pas avoir à répondre tout de suite aux demandes populaires, ça a fait flop. Tout le monde sait très bien que ce n'est pas le pompiste qui même aurait fait un petit profit sur l'augmentation de sa cuve dans la vallée de Savoie, le garagiste ici ou un petit supermarché là. Ce n'est pas ça qui a fait l'envolée du prix des carburants et qui fait que les consommateurs aujourd'hui payent très cher leur énergie.
Ils ont lâché l'affaire, ils ne vous demandent plus de faire des efforts ?
Non, non, ça y est. Vous dites donc que les distributeurs comme vous ne gagnent quasiment rien sur le carburant, mais pourquoi vous continuez à en vendre alors ? Parce que c'est un service qu'on rend, nos magasins sont à l'extérieur des villes et donc depuis la création du premier magasin Carrefour en 1963 à Saint-Geneviève-des-Bois au sud de Paris, tout le monde s'est mis à mettre des stations-service. Je fus le premier à demander l'autorisation de vendre moins cher les carburants. C'est une loi de monopole, les carburants, une loi de 1926. Et donc là, depuis trois ans, Leclerc était de loin le moins cher sur le marché.
Mais là, quand Total bloque, quand mon propre fournisseur qui fait ses profits ne me livre pas moins cher et bloque ses tarifs, je ne peux pas suivre. Alors, je préfère être bon joueur et dire aux consommateurs, allez chez Total et revenez faire votre caddie chez Leclerc.
Et le gouvernement, que les distributeurs vont voir tout à l'heure, qu'est-ce que les distributeurs vont leur demander ? Qu'est-ce que vous attendez concrètement ?
Moi, ce que je voudrais faire passer auprès du gouvernement, c'est le coup d'après. Là, aujourd'hui, il y a les carburants dans les voitures. Mais les transporteurs, là, sont très tapés. Et les aides gouvernementales sont encore assez faibles pour ce monde des transporteurs.
Ils ont été aidés, mais pas suffisamment pour vous ?
Pas suffisamment. Enfin, c'est eux qui le disent. Et les taxis, pas du tout, je crois. Pas du tout aidés, les taxis. Oui, pas du tout aidés.
Mais le gouvernement, il réfléchit.
Voilà. Bon, moi, je pense qu'on est dans une crise dont tout le monde reconnaît qu'elle dure plus longtemps qu'on ne le pensait. Ce n'est pas la peine de... On n'est pas des piti, mais on ne pensait pas qu'on allait être dans un marasme comme ça. Il suffit de regarder les débats de télé d'aujourd'hui, de les comparer aux débats d'il y a trois semaines. Tout le monde s'est trompé, quoi.
D'ailleurs, vous-même, sur France Info, vous aviez annoncé une baisse de 30 centimes du carburant, une baisse qui n'est jamais arrivée. Qu'est-ce que vous dites ?
Ici, on a baissé, mais on s'est fait rattraper l'après-midi par un autre mouvement de hausse, parce qu'ils se sont tapés dessus dans le détroit d'Hormuz. Et donc, vous voyez...
Vous ne faites plus aucune prévision, maintenant ?
Non, non. Sur les plateaux, en tout cas. Non, ce que je voudrais dire, c'est que, vous voyez bien, tout le lobby industriel commence à dire, maintenant, il va falloir revoir les négociations, parce qu'on est dans l'inflation. Alors, tout le monde insiste beaucoup sur l'inflation qui arrive. Et donc, il faut revoir les négociations. Alors, moi, je dis très simplement, les transporteurs, oui, c'est sur facture, on n'a pas de problème avec eux, le dialogue est facile. D'ailleurs, nos propres coûts de transport en ont pris un coup.
Deuxième chose, tout ce qui est issu de la pétrochimie, les emballages, depuis les couches, les préservatifs, les bouteilles dans lesquelles on met l'eau ou le lait, tout ça, ça va augmenter. Et ce qui est vendu en magasin aujourd'hui ne justifie pas qu'on renégocie. Ils ont déjà été achetés avant, même les engrais qui ont été achetés avant. Il n'y a pas à renégocier ça. Vous êtes en train de nous dire que ceux qui augmentent les prix le font sur un stock déjà acquis. Ils le font sur un stock déjà acquis.
Et donc, j'invite le gouvernement à ne pas laisser ouvert dans l'immédiat la possibilité d'une renégociation, parce que ce serait donner des gages à plein d'industriels et d'intermédiaires, qu'on allait laisser passer l'inflation. Ils prendraient leurs gains. C'est les Français qui seraient tapés à la clé. Et donc, moi, je dis aujourd'hui, il faut pousser les industriels et les intermédiaires à renégocier en amont leur pétrochimie. L'inflation, comme ça, on n'a pas à l'accepter.
Ça, c'est le message que vous faites passer au gouvernement, parce que pour que les auditeurs comprennent bien, tous les ans, vous négociez avec les industriels. Ces négociations ont été faites pour l'année. Elles sont terminées. Et là, certains, à cause de la guerre et à cause de l'inflation, voudraient renégocier les prix pour que finalement, les prix augmentent dans les supermarchés.
Ils voudraient les négocier avec les distributeurs. Alors d'abord, un négociateur n'est pas un brigand. Ça fait partie des métiers de l'industrie et du commerce. Et deuxièmement, il faut que les industriels négocient avec leur total pétrochimie, avec Chevron, avec tous les gens qui font les emballages.
Mais les prix, ils ne vont pas augmenter ?
Ils vont augmenter à long terme. Mais il faut essayer de freiner cette augmentation. Et en tout cas, nous, distributeurs et nous, Leclerc, on entend bien aujourd'hui que ce que le consommateur perd sur le carburant, on lui donne au moins des garanties sur l'agroalimentaire, sur les produits de grande consommation, etc. Les produits agricoles, on n'y touchera pas. Ils sont protégés par une loi. La matière première agricole, on n'a pas le droit de la renégocier, d'accord ? Et puis, il y a des clauses de révision automatique.
Mais tout le reste, à chaque fois que quelqu'un va venir nous voir en nous disant mon emballage va augmenter, le transport va augmenter, on dira aux industriels, d'abord, négociez avec vos propres fournisseurs et on verra après ce que vous avez obtenu. Et avec vous, grande multinationale, on va voir comment on va étaler tout ça pour que les consommateurs ne soient pas impactés d'ici l'été. Moi, je pense que d'ici l'été, il n'y a pas de raison que l'inflation s'emballe au-delà de 2%, on a en magasin ce qu'on va vendre. Il a déjà été payé ou ça a déjà été acheté. Et donc, par contre, il faut préparer le coup d'après, c'est-à-dire après les vacances.
Et là, pour le coup, j'invite vraiment les pouvoirs publics à ne pas lâcher trop vite et à revenir sur les possibilités de négociation. J'ajoute en plus qu'il y a une loi en France qui s'appelle la loi des crozailles qui limite nos capacités promotionnelles pour vendre des couches, pour vendre des produits qui sont souvent... Sur les produits d'entretien ? Sur les produits d'hygiène ? Moi, je serai le gouvernement. Je suspendrai l'application de cette loi pour que s'il y a une flambée sur ces produits-là, les distributeurs comme nous, on puisse vendre moins cher, on puisse compenser ces hausses.
Ça, c'est ce que vous demandez aussi au gouvernement ce matin, de suspendre la loi des crozailles.
C'est concret, ça ne coûte rien à l'État. C'est pour qu'il y ait des hausses après l'été, qu'on puisse compenser par des promotions, par des baisses de marge. Mais donc, vous serez à Matignon dans moins de deux heures et vous allez aussi lui dire, M. le Premier ministre, si on réouvre les négociations, les prix vont augmenter, attendons la rentrée, c'est bien ça ? Oui, ne donnons pas des gages en donnant... Ce sont des représentants de nos fédérations qui se rencontrent, ce sont des réunions assez techniques. Ce que nous voudrions vraiment faire passer, ne lâchez pas les négociations. On a des clauses de révision dans les contrats qu'on vient de signer.
Vous-même, vous nous avez mis des amendes parce que quelquefois, on rend en retard nos copies. Alors, ne venez pas rouvrir les négociations, juste sur la base de la pression de l'obbyman qui vont faire du fric. Et donc, attendez, attendez qu'il nous amène des factures. Et on a le temps, d'ici l'automne, de voir l'impact réel de la hausse des prix sur ces industriels. Il faut les obliger aussi, les industriels, à négocier en amont. Pardon, c'est qui les lobbymans qui vont faire du fric pour reprendre... C'est tous les... Il y en a des centaines et des centaines à Bruxelles, à Paris, qui auprès des parlementaires disent qu'il faut aménager la loi. C'est un monde...
Ça mériterait un sujet, quoi. Avec Michel-Édouard Leclerc,
président du comité stratégique des centres Leclerc. On parle donc politique, maintenant, avec Jean-Luc Mélenchon qui prend de vitesse ses concurrents à gauche.
Oui, Agathe, le suspense n'était pas insoutenable. Jean-Luc Mélenchon est donc candidat une quatrième fois à la présidence de la République.
Je suis candidat. La discussion, c'est pas porté sur quel est le meilleur candidat du point de vue de je ne sais quoi, quelle esthétique. C'était qui est-ce qui est le mieux préparé pour faire face à la situation qui arrive. Nous entrons dans une saison très agitée de l'histoire du monde. Nous avons une crise économique et sociale qui s'avance vers nous. Alors, face à tout ça, eh bien, ça ne s'improvise pas.
Il fallait quelqu'un d'expérience. Est-ce que vous nous expliquez ?
Je vous laisse l'appréciation, le commentaire. On va dire oui.
Votre oeil pétille, Michel-Édouard Leclerc. Vous riez. Que pensez-vous de cette candidature ? Ça fait du monde sur le chemin de Compostelle. Là, ils sont 25, maintenant, 25 candidats. Et il n'y a pas de... Moi, je profite d'être coté à la bourse des politiques ou des candidats potentiels pour dire juste que ce n'est pas tellement les bons hommes. Et il y a peu de femmes, d'ailleurs, dans le dispositif. Les projets collectifs, ils n'émergent pas. Jean-Luc Mélenchon vient de dire qu'on est dans une crise, ça va être terrible et tout ça. Et je ne vois pas de projet collectif.
Et alors, en tant qu'homme d'action et en tant qu'homme de terrain, franchement, ça me conforte dans l'idée que c'est quand même sur le terrain que je vais aller plus vite que par rapport à leur capacité de s'entendre pour sortir de leur paroisse. Parce que là, on a un curé par paroisse. Ils ne savent pas aller à la messe des uns des autres. Et pendant ce temps-là, en France, il faut basculer sur l'électrique. Il faut regarder la robotique.
On entend ce que vous dites. Ce n'est pas très efficace. Il y a des personnalités qui se posent du col. Mais Jean-Luc Mélenchon, il dit, moi, je suis le mieux placé pour battre le Rassemblement National.
Qu'est-ce que vous en pensez ? Peut-être que c'est moi aussi. Je n'en sais rien. Non, mais quand même... C'est une déclaration aussi ? Non, mais battre le Front National, c'est le... Le Rassemblement National. Le Rassemblement National. Aucun de nos enfants ne connaissent les sigles. Le Modem, Renaissance, Reconquête. Ils vivent dans un autre monde, quelquefois.
Et battre le Rassemblement National, c'est pas...
Non, mais ça ne dit pas le projet. Ça ne dit pas sur quoi on investit. La croissance, sur quel bouton on appuie pour relancer... Alors, Lecornu a reparlé du logement. Il a bien fait. Il manque 2 millions de logements en France. Ce n'est pas un problème de dette puisqu'il y a un actif de l'autre côté.
Mais il a un projet, Jean-Luc Mélenchon. Est-ce qu'il fait peur au patron ?
Je ne connais pas son projet.
Est-ce qu'il fait peur au patron, Jean-Luc Mélenchon ? On entend cette petite musique.
Je ne fréquente pas le monde patronal tous les jours. Non, mais il y a les patrons et les entrepreneurs.
Vous, il fait peur sur le programme ?
Ce qui me fait peur, c'est que la France est déclassée. C'est qu'on voit la Pologne. On a des centres Leclerc en Pologne qui... Ça booste énormément. D'ailleurs, sur l'armement, beaucoup, beaucoup. Un 5% du PIB. Mais c'est un pays qui monte très, très vite. En France plutôt qu'en Pologne. Il vous fait peur, Jean-Luc Mélenchon ? Et donc, oui, mais vous voyez, c'est vous qui me ramenez à des personnes. Moi, ce que je vois aujourd'hui, en tant qu'homme d'action, avec 180 000 salariés, on continue d'embaucher chez Leclerc, 3 000. On part sur la décarbonation, les énergies électriques. Franchement, on sera... En 2030, on sera pratiquement autonome en production d'électricité.
Et donc, maintenant, c'est à qui je vends ? Avec quelle voiture ? Et les constructions automobiles, ils sont où ? Ça, c'est un message que vous faites passer
au potentiel candidat aujourd'hui ?
Mettez-vous à la place d'un consommateur, tout simplement. Moi, je me mets toujours du côté des consommateurs. Je parle à Landerneau, moi. Et à Landerneau, vous avez des jeunes qui se disent, est-ce qu'il faut que je passe mon permis ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Et si j'achète une voiture, j'achète quoi ? Entre les constructeurs français qui disent, il faut continuer le thermique, les constructeurs allemands qui sont moins sûrs et les japonais qui n'arrivent pas cher. Vous voyez, c'est comme ça. Après, est-ce que j'aurai les moyens d'acheter un appartement ? Est-ce qu'ils vont libérer la trappe à bas salaire ? Est-ce que je rentre sur le marché du travail ? Voilà.
Personne ne répond à ces questions ? Non, chacun a un petit bout. Sur le 1er mai, vous avez vu, chacun avait son truc.
Gabriel Attal voulait élargir le travail. Sébastien Cornu est la gauche.
Alors, la question, c'est la société de demain où il y aura des robots, du numérique, de l'IA qui va prendre le boulot de plein de gens alors que c'est le boulot des gens qui payent les cotisations sociales, patronales ou salariales pour financer le système social. Tout ça va casser. Donc, reprenons l'ensemble et il faut avoir un projet collectif. Et après, on se bat sur les voies et les moyens par lesquels on y va. Et là, aujourd'hui, c'est incroyable. Vu de l'entreprise, c'est comme si la France était une boîte qui était dirigée par des comptables ou des gestionnaires de dettes mais qui n'a pas, qui ne dit pas qu'est-ce qu'il veut faire de sa marque sur le marché international.
Vous-même, vous entretenez un flou éventuel sur une éventuelle candidature. Vous avez parlé de la cotation en bourse de votre propre candidature. Vous en avez parlé deux fois quand vous interrogez sur Jean-Luc Mélenchon. Où en êtes-vous de vos réflexions ? Moi, je veux m'associer à des gens de bonne volonté qui veulent tirer la France vers le haut, reclasser la France. Il y en a plein, des écrivains, des entrepreneurs et tout ça. C'est simplement que je me rends compte qu'en étant, ce n'est pas moi qui me suis mis dans les sondages, en devenant dans les sondages, mieux encore qu'en étant premier distributeur français, on me parle, on vient me demander ce qu'il faut faire.
Alors voilà, puisque vous me posez les questions, je reste sur le marché et j'y réponds et j'essaye de nourrir la réflexion sur la croissance française.
Michel-Edouard Leclerc, est-ce que vous avez déjà rencontré Marine Le Pen ou Jordan Bardella ?
Vous me l'avez déjà demandé. Ben oui.
Je vous demande aujourd'hui.
Je les ai rencontrés dans les studios de télévision. Pas au-delà ? Moi, ça me fait marrer. Ce sont ceux qui les rencontrent qui me demandent si je les rencontre.
Nous, on est journaliste donc on les reçoit sur nos plateaux. Vous, vous êtes patron au moment où le Rassemblement National s'est lancé dans une opération séduction ? Non, non, non. Vous ne trouvez pas qu'il y a une opération séduction en ce moment ?
Je ne lis pas trop ça mais parce que je vous dis, je ne suis pas dans les querelles de paroisse, je suis vraiment sur le projet France.
Est-ce que vous êtes prêt à rencontrer des dirigeants du Rassemblement National pour discuter ?
Oui, bien sûr. Il n'y a pas pour vous d'ostracisation à avoir ? Non, non, non. Vous savez, on a 700 centres Leclerc. Ils sont répartis sur le territoire français. Il y a plein d'élus. Je ne demande pas leur carte dans chaque zone. De même que nos salariés, je ne demande pas aux collaborateurs leur carte politique. Je suis sûr qu'il y a la même chose que la représentation nationale.
Mais vous dites ça comme si c'était évident mais vous savez bien que pendant longtemps, il y avait une digue entre les patrons et le Rassemblement National.
Non, mais je n'en fais pas partie. Je suis vraiment indépendant. Les Leclerc sont vraiment indépendants. D'abord, par rapport à nos salariés et à 180 000 salariés, je me garde bien d'aller m'associer à un courant politique particulier, etc. Je porte des valeurs, je porte des engagements et c'est moi qui interpelle la classe politique en disant on y va, on n'y va pas sur la transition écologique, la décarbonation. Si vous ne venez pas, nous on y va. Vous dites que vous n'en avez jamais fait partie en tant que Breton à l'Encarno.
Vous parlez de Leclerc, on a bien compris mais la cellule d'investigation de Radio France a enquêté justement sur le rapprochement en coulisses entre le RN et les patrons. Est-ce que vous constatez autour de vous un changement de mentalité ? Une digue qui est tombée ou pas du tout ? Non. D'abord, c'est peut-être une particularité, je suis breton. Il n'y a pas un député RN. Nous on est entre le Drian, on est social-démocrate et chrétien coupable mais n'aurie. Voilà, c'est un peu notre... Alors après, il y a des prurites, on a eu nos gilets jaunes, on a nos berets rouges, on est assez taiseux mais on sait se mobiliser.
Mais si je prends le territoire qui est ma Bretagne, il y a des thèmes évoqués par Joanne Bardella qui méritent d'être discutés. Oui, qui méritent d'être discutés et puis il y a des thèmes de Jean-Luc Mélenchon qui méritent d'être discutés. Après, ce n'est pas des partis de gouvernement. Justement, ils n'ont pas de projet.
Vous dites, ce ne sont pas des partis de gouvernement.
Pour le moment, il n'y a pas de projet.
C'est le moment de la question qu'ils votent. Entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ou Jordan Bardella, vous votez pour qui ?
D'abord, je ne dis jamais pour qui je vote, ça c'est par convention pour les salariés des centres Leclerc. Et puis, j'incarne une marque. Non, mais vous voyez, être contre quelque chose, être contre le service public, être contre les surprofits, ça ne fait pas un programme. Et quand vous êtes un homme d'action et que vous endettez des gens, vous fédérez des entrepreneurs qui vont s'endetter pour aller quelque part, vous avez besoin non pas d'être contre, mais d'être pour. Et vous dites, ce ne sont pas des partis de gouvernement. Vous ne savez pas pour qui voter ? Là, c'est compliqué. Oui, je pense que je suis comme tous les Français.
Et je choisirais des gens qui veulent porter la France en Europe, reprendre un leadership européen, se redonner, même sur le long terme, les capacités de se reclasser sur le plan des technologies, sur le plan du bien-être aussi, de la santé. Je suis un libéral militant du service public, quitte à réformer le service public, ce qu'il faut faire, mais je suis un militant du service public. Voilà, je le dis pour vous. Merci beaucoup,
Michel-Édouard Leclerc, d'avoir répondu aux questions de France Info. Merci, Paul.
Merci, Agathe. À demain.
Jean-Luc Mélenchon