Bruno Retailleau : "François Fillon a fait les propositions les plus fortes"
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Le 7-9, Patrick Cohen, sur France Inter.
Bonjour Bruno Retailleau, président de la région Pays de la Loire, soutien de François Fillon. Vous attendez quoi du débat de ce soir ?
Écoutez, j'attends que ce soit un débat à la française, pas à l'américaine, si j'ose dire. Non, j'attends que ce soit un débat de proposition, j'attends que ce soit un débat, surtout qui permette aux uns et aux autres de donner l'envie d'aller voter à la primaire.
Ce serait déjà bien, je trouve. Vous voulez que la participation soit la plus large possible ?
Je pense que c'est un moment important de la vie politique. D'ailleurs, je crois que les Français sont en train de le sentir. Et plus les Français se déplaceront, plus le candidat, notre champion, sera légitime. Et je pense que ça donnera un élan ensuite pour les présidentielles.
Qui t'a débordé un peu des frontières de son camp ?
Ça ne veut rien dire ça. Je vais vous dire pourquoi ça ne veut rien dire.
Pourtant, ça alimente le débat chez vous depuis des semaines.
Bien sûr, non mais ce n'est pas votre question qui ne veut rien dire. C'est qu'aujourd'hui, qu'est-ce qu'un électeur de droite, qu'est-ce qu'un électeur de gauche ? Souvent, les gens ont voté à droite un jour. Ils ont été déçus par la droite, par ma famille politique. Et puis, ils ont ensuite voté à gauche. Et inversement, ceux qui ont voté pour François Hollande, qui sont déçus et qui veulent l'alternance. Eh bien, tous ceux qui veulent tourner la page de François Hollande sont bien sûr les bienvenus à la primaire le 20 et le 27 novembre prochain.
Sauf qu'ils sont nombreux, à droite et à gauche, à vouloir tourner la page aussi de Nicolas Sarkozy. Car il y a l'ancien président qui cristallise beaucoup, parfois, d'adhésion dans son camp et d'opposition. Vous n'avez pas l'impression que le scrutin risque de tourner au référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy ?
Non, d'abord, il y a sept candidats. Donc, il y a une variété de sensibilités. Ensuite, c'est la stratégie. Nicolas Sarkozy, il a un talent d'ailleurs d'organiser le débat public et médiatique autour de ses propositions. Donc, il focalise effectivement l'attention. Mais je pense que cette primaire, ce sera en même temps une primaire où les uns et les autres auront un choix. Il n'y a pas seulement une ligne. Il n'y a des lignes. Il n'y a pas seulement la ligne de Nicolas Sarkozy. La ligne de François Fillon est très originale. C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, je le soutiens.
Elle est originale, mais elle est masquée par le duel Sarkozy-Juppé. Qu'est-ce qui pourrait empêcher ce duel qui semble installé dans l'opinion, dans la tête des électeurs ? Les sondages le montrent, Bruno Retailleau.
Je pense que les Français sont un peuple rétif. Ils n'aiment pas qu'on leur impose, si vous voulez, un duel ou un choix. Je pense qu'ils ne veulent pas se faire confisquer la primaire. Mais qui leur impose et qui confisque ? Parce qu'il y a cette idée, vous l'avez dit, d'un duel. Entre deux hommes, et confortablement, les sondages répètent. Et les médias répètent après. Moi, je pense que les sondages ne veulent rien dire. J'ai fait une élection régionale où les sondages se sont trompés. Une élection classique, où on connaît le corps électoral. Là, ce n'est pas une élection classique, c'est la première fois. Et on ne connaît pas le corps électoral. Non, on peut avoir des surprises.
Vraiment, je préfère...
Donc François Fillon se bat pour gagner, pas pour être le troisième homme.
Je peux vous dire qu'il est absolument déterminé. C'est lui qui a fait le meilleur diagnostic. Vous vous souvenez, la France en faillite. C'est lui qui a les propositions les plus fortes. Et il a une constance. Je pense qu'aujourd'hui, on a besoin, pour demain, d'un président de la République qui dit les choses sereinement, calmement, mais avec beaucoup de détermination. C'est sa singularité. Je pense que c'est l'une de ses singularités. Je pense qu'il articule bien aussi ce que j'appelle, moi, la double angoisse française. Il y a d'un côté le chômage, la peur du déclassement économique. Et il y a de l'autre, la peur de la dépossession culturelle. Ces deux angoisses n'en font qu'un.
Il ne peut pas y avoir de société heureuse avec un chômage de masse, évidemment.
François Fillon qui a bien demandé, il y a deux ans, à l'Elysée, d'accélérer les procédures judiciaires contre Nicolas Sarkozy. François Hollande le confirme dans le livre qui paraît aujourd'hui de Gérard Davé et Fabrice Lhomme. Ça ne va pas améliorer le climat, ce soir, sur le plateau de Retailleau.
Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux dans ce livre ? Ce livre, je trouve franchement, pour la fonction présidentielle, je trouve que c'est un abaissement. C'est à la fois, pour le peu que j'en ai lu, évidemment, puisqu'il y a eu beaucoup de commentaires, mais je trouve que de la part d'un président de la République qui adore recevoir les journalistes, qui adore commenter sa propre action, c'est à la fois un inventaire, une sorte d'épôt de bilan, finalement, du quinquennat. Donc, je ne veux pas le commenter plus avant. Franchement, je trouve que c'est un abaissement.
Est-ce que c'est plus glorieux qu'un ancien Premier ministre qui demande à un président d'accélérer des procédures de justice contre un adversaire ?
Mais c'est faux, tout ça. Je veux dire que François Fillon a une ligne d'honnêteté, de droiture.
Il a porté plainte, il a été débouté.
Franchement, il a une ligne qui est une ligne de droiture. Et je pense que la vie politique française doit être, en même temps, animée par cette volonté de droiture. Et je pense que c'est ce que les électeurs demandent à des élus, qu'ils soient exemplaires, c'est sûr.
Les détracteurs de François Fillon disent aussi, parfois, que sa singularité, puisque je vous demandais quelle était sa singularité, c'est l'abus de vodka, pour dire comme Alain Juppé, ou sa proximité avec les positions russes sur le dossier syrien. Vous partagez ce que dit Fillon en matière diplomatique, Bruno Retailleau ?
Je le partage, mais d'autres que moi, j'écoutais il y a quelques jours, d'ailleurs c'était à votre antenne, Hubert Védrine. C'est la même ligne. Hubert Védrine est de gauche. Il a été un brillant, d'ailleurs, ministre des Affaires étrangères. C'est la ligne de la réelle politique, c'est ça ? C'est une ligne qui consiste à dire, on a d'énormes désaccords avec la Russie. On a de grands désaccords avec Vladimir Poutine. Pour autant, nous ne sortirons collectivement d'aucune grande crise géopolitique de ce monde sans la Russie. Or, je vais vous dire...
Qui dit le contraire ?
Mais ça n'est pas en essayant d'humilier Poutine, notamment en lui parlant de cour pénale internationale. Lui qui essaie de laver la grande humiliation russe des années 90. Le ressort d'où Poutine, il est là, il faut le comprendre.
Il la lave dans le sang, Bruno Retailleau.
Mais bien sûr, et c'est pour ça qu'on doit lui parler. C'est ce que vont faire, je crois, ou c'est ce qu'ont fait hier soir, Mme Merkel et François Hollande, ce qui est positif. Mais c'est une succession d'erreurs. En même temps qu'on promet la cour pénale à M. Poutine, est-ce qu'on promet à l'Arabie Saoudite la cour pénale, les crimes de guerre, pour ce qui s'est passé il y a quelques jours à Sanaa, avec un bombardement avec des dizaines et dizaines de morts lors d'une sépulture ?
140 morts, on en a parlé avec Jean-Marc Ayra au lundi, mais c'est une façon de relativiser des crimes de guerre qui se prolongent depuis 5 ans en Syrie, Bruno Retailleau.
Je pense que la politique étrangère de la France, je le dis avec gravité parce que j'aime mon pays, et traditionnellement, d'ailleurs c'est ça le goullisme, on peut avoir une ligne de politique étrangère au-delà des clivages. Eh bien, je le dis solennellement, c'est un grand échec, notamment au Moyen-Orient. Nous qui avions une politique arabe, une politique d'équilibre, nous avons fait le choix d'un alignement vers les Etats-Unis, alors que nous ne voyions pas la Russie qui était en train de monter progressivement en puissance, sous deux sens d'ailleurs du terme. Nous avons mis ce préalable départ de Bachar, alors que l'ennemi numéro 1, c'était l'État islamique.
Nous avons faux sur l'ensemble de cette ligne, et nous en sommes aujourd'hui réduits à l'impuissance. Et c'est parce que nous sommes impuissants, que nous sommes obligés de monter le son des exhortations morales. La diplomatie, lorsqu'elle est réduite aux exhortations morales, c'est qu'elle ne peut plus rien.
La Russie aujourd'hui, par ses bombardements, par son action à Alep, elle fait fuir les populations, elle provoque les vagues de migration, dont ensuite nous avons un traité ici en Europe et en France.
Ce que je suis en train de vous dire, Patrick Cohen, ce n'est pas de justifier la politique de M. Poutine, ni en Crimée, bien sûr en Europe, ni bien sûr au Proche-Orient, à Alep. C'est simplement de dire qu'il est fort. Pourtant certains de nos amis sont allés en Crimée. Il est fort. Bruno Retailleau. Je n'y suis pas allé. Vous, vous n'y êtes pas allé. Je n'y suis pas allé. Pas plus que j'ai discuté avec Bachar el-Assad. Vous savez, hier, je déjeunais avec une jeune femme qui habite au Liban, et on parlait de ces réfugiés. C'est extraordinaire. C'est incroyable. Le Liban pourrait être complètement déstabilisé par l'ensemble de ces réfugiés.
Elle me disait, mais pour nous, Bachar el-Assad, c'est un régime laïque. En face, c'est l'État islamique. Ce sont des fanatiques. Et nous, dans la population, pour les minorités, nous, on préfère avoir un État stable, même avec un dictateur qui devra un jour partir. Mais au jour d'aujourd'hui, ceux d'en face, c'est ceux qui traitent les femmes comme des esclaves sexuels. C'est ceux qui égorgent. C'est ceux qui ne font pas de quartier. Bachar el-Assad a favorisé...
Non, il a aussi encouragé, il a favorisé l'émergence de ces mouvements. Il est à l'origine d'Odéaïe. Il a libéré tous les islamistes. Ça, c'est Thomas le Grand qui boue aussi sur ce dossier. On en reparlera peut-être avec les auditeurs d'Inter. Et puis, d'autres questions pour vous, évidemment. Président de la région Pays de la Loire, donc. Président de... Notre-Dame-des-Landes. Voilà, c'est ça. Nous y viendrons tout à l'heure, dans quelques minutes, avec les auditeurs d'Inter.
Bruno Retailleau