DE CÉSAR À MACRON : L'EMPIRE N'A JAMAIS PRIS FIN - ÉPISODE 1
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« Le roman national ment. Nos ancêtres les Gaulois n'existent pas. »
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« César a inventé les formes de notre soumission pour les siècles de siècles. »
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« Les commentaires sur la guerre des Gaules est un livre de propagande politique. »
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Le roman national ment. Nos ancêtres les Gaulois n'existent pas. Les Gaulois sont une fiction, c'est une fable, une histoire qu'on raconte aux enfants.
Quand nous disons "les Gaulois", nous parlons en fait de centaines de tribus distinctes qui vont de plusieurs milliers d'habitants à plusieurs dizaines de milliers. Ce sont des Ambibarii, des Ambivarètes, des Arvernes, des Boïens, des Carnutes, des Éduens, des Helvètes, des Lémovices, des Morins, des Nerviens, des Parisii, des Sénons, des Séquanes, des Vellaves. Ces hommes n'étaient pas plus des Gaulois que les Indiens découverts par Christophe Colomb n'étaient des Indiens, ils étaient des Indigènes : les Indiens de Rome.
Le roman national ment, le roman national est romain. C'est Rome qui a inventé la fiction gauloise. Plus précisément, c'est Jules César.
Rendons à César ce qui est à César, qui en vue de la conquête et de la colonisation de terres et de populations situées entre la France, la Suisse, la Belgique et l'Allemagne cisrhénane actuelle a fixé une identité et des contours géographiques à ce qui devait être un trophée pour son triomphe et une source non négligeable d'enrichissement personnel. Sa fortune individuelle et son triomphe se sont néanmoins confondus avec la gloire de Rome, parce que Rome c'est César, et César c'est Rome. Rois, empereurs, dictateurs, présidents, hommes d'affaires, grands patrons, tous les hommes dont l'objectif a été de tenir le monde dans la paume de leurs mains ont eu Jules César comme modèle.
C'est leur héros, leur boss, leur goat, leur dieu. "Le césarisme fait le bonheur des peuples" dira Napoléon III. "Tout en honorant la mémoire de Vercingétorix, il ne nous est pas permis de déplorer sa défaite.
Admirons l'amour sincère de ce chef gaulois pour l'indépendance de son pays, mais n'oublions pas que c'est au triomphe des armées romaines qu'est due notre civilisation. Institutions, mœurs, langue, tout nous vient de la conquête". Il exprimera une idée similaire aux Algériens en 1865, vaincus, ils sont semblables aux Gaulois, promis à ressusciter dans une civilisation nouvelle.
Et comme un homme un jour d'il y a cent ans regardait la plaine inculte, un homme aujourd'hui regarde avec les mêmes yeux, les collines désertes. Et Rome fait également l'admiration des nationalistes français. Ainsi Jacques Bainville, l'historien de l'Action française, je cite : "On dit communément que dans cette contrée fertile, sur ce territoire bien dessiné, il devait y avoir un grand peuple.
On prend l'effet pour la cause. La France est une œuvre de l'intelligence et de la volonté. À qui devons-nous notre civilisation ?
À quoi devons-nous d'être ce que nous sommes ? À la conquête des Romains. C'eût été un malheur si Vercingétorix avait triomphé.
L'invasion de la Gaule est le modèle de toutes les colonisations à venir, de tous les impérialismes, de tous les totalitarismes. César a inventé les formes de notre soumission pour les siècles de siècles. Il a inventé ce monarque "jupitérien" qui soumet pour leur bien les "gaulois réfractaires".
Ces "gaulois réfractaires" dont Emmanuel Macron se plaindra devant la reine Margrethe II au Danemark en 2018. Et ce peuple luthérien qui a vécu les transformations des dernières décennies n'est pas exactement le gaulois réfractaire au changement mais encore que. Il a inventé l'amour du dominé pour celui qui le domine, l'amour de la victime pour son bourreau.
César a eu un tel impact sur la psyché humaine que c'est au point où l'on pourrait se demander si l'image que les hommes se font, non seulement de leur chef, mais de leur divinité toute puissante, n'a pas été principalement imaginée à partir de sa psychologie, ou plutôt de son absence de psychologie. Comme César, le Dieu qu'adorent les hommes et auquel ils se soumettent est un sociopathe. Tous les démiurges sont des sociopathes.
Parce que le modèle incontesté des "grands hommes" de l'histoire de l'humanité n'est pas un salaud. Le modèle incontesté des "grands hommes" de l'histoire de l'humanité est un homme sans humanité. Il n'a aucun plaisir à faire souffrir les autres, mais il ira aussi loin qu'il lui est nécessaire d'aller, si c'est dans son intérêt.
Jules César n'est pas une ordure, c'est un robot. Et si ce robot est le héros incontestable de tous les hommes de pouvoir, et fait l'admiration de tous les adorateurs de la force, c'est aussi l'archétype de tous nos ennemis, le modèle de tout nos cibles. Depuis plus de deux millénaires, César est notre Némésis.
Il ne nous a pas créé. On existait déjà. Mais il nous a encerclé, conquis, soumis, administré.
Il a inventé notre identité dans le style romain. Il nous a placé dans une prison à l’image de sa psyché. Depuis, Rome a pris de nombreuses formes, plus complexes et plus insidieuses, à mesure que l'histoire avançait et que nous en détruisions les formes passées.
Mais elle n'a jamais été vaincue. L'Empire n'a jamais pris fin. Bienvenue dans L'Empire n'a jamais pris fin.
Ce nouveau programme pour Blast sera comme un voyage dans le temps. Nous pouvons retourner en arrière, mais nous ne pouvons pas modifier le passé. C'est la règle de tous les voyages dans le temps, il faut éviter le paradoxe temporel.
Cependant, nous pouvons changer notre regard sur celui-ci. Et en changeant notre regard sur celui-ci, nous pouvons peut-être changer le visage de notre présent. Mon nom est Pacôme Thiellement, je ne suis pas historien, je suis un exégète.
Et j'aimerai aujourd'hui faire l'exégèse de l'histoire de notre vie sur ce territoire que nous nous sommes habitués à appeler la France. Mais ce serait une autre histoire. Une histoire de notre lutte, extérieure et intérieure, contre toutes les formes de pouvoirs politiques et religieux.
Une histoire de la reconnaissance aux droits de disposer de nous-mêmes et au devoir de ne pas disposer des autres. Une histoire de nos tentatives d'émancipation, de nos combats, de nos échecs et de nos victoires. Comment nous avons vécu ?
Comment nous sommes morts ? Comment nous sommes revenus ? Comment nous avons dû continuer à nous battre ?
Bienvenue dans une histoire alternative de la France. Une histoire de France dont vous êtes le héros. Bienvenue dans L'Empire n'a jamais pris fin.
Épisode 1, Jules César, l'homme qui nous inventa. Caius Julius Caesar IV, né à Rome le 12 juillet 100 avant Jésus-Christ. Il meurt le 15 mars 44.
Il vient d'une famille patricienne, la noblesse romaine. Son père, Caius Julius Ceasar III, est sénateur et proconsul d'Asie. Sa mère, Aurelia Cotta, est sœur de trois consuls.
César est un surnom, le surnom de sa famille, et signifie "celui qui taille". Ce sont des gens qui se sont distingués à la guerre avec leur épée. Mais les Césars sont aussi des tailleurs de population ou de peuple, pour qui ceux-ci sont toujours un peu trop irsutes, un peu trop libres.
Jules est son nom de famille. Les Jules remontent au temps les plus anciens de l'histoire de Rome. César dit avoir pour ancêtre Iule, le fils d’Énée et de Créuse Le poète latin Virgile, qui avait 15 ans à la mort de César, rappelle et même cautionne cette origine mythique au début de l’Énéide.
César, Troyen de belle origine, qui étendra son empire jusqu'à l'océan et sa renommée jusqu'aux astres, son nom de Jules lui viendra du grand Iule. Par ce lignage, César revendique une ascendance remontant à la déesse Vénus, dont Énée était le fils. César est d'origine divine.
Il sera lui-même divinisé et il césarisera le dieu des hommes en retour. On n'imagine pas à quel point. Le père de Caius Julius César IV meurt quand il est âgé de 15 ans.
Il grandit dans le quartier de Subure, zone de Rome de mauvaise réputation. Sa mère Aurélia lui donne une éducation exemplaire. Le fils d'Aurélia sera d'ailleurs toute sa vie d'un savoir-vivre et d'une politesse impeccable, même et surtout quand il vient de massacrer une population entière et s'apprête à en massacrer une autre.
La jeunesse de César s'inscrit dans le contexte des luttes politiques entre les optimates et les populares. Les optimates maintiennent une ligne conservatrice, plaçant le Sénat au cœur de la République. Les populares veulent accorder plus de place politique aux Italiens et aux provinciaux, et intégrer à la citoyenneté de nouvelles élites.
César grandit au milieu de la première guerre civile et les combats de rue entre les partisans de Marius, chef des populares, et ceux de Sylla et des optimates. Sa tante est l'épouse de Marius, ce qui l'associe aux populares, et il assiste à la victoire de Sylla et des optimates. Pour échapper aux chasses à l'homme contre les populares, il s'enrôle alors dans l'armée et rejoint Lucullus qui assiège la cité de Mytilène.
Il a pour mission de demander à Nicomède IV, le roi de Bithynie, le renfort de sa flotte. Il sert en Cilicie, puis est démobilisé. Grand et pâle, rasé et épilé de prêt, il est obsédé par sa calvitie naissante.
C'est un collectionneur. Pierres précieuses, vases ciselés, statues, tableaux, et il se vante de posséder les plus beaux esclaves. Il est bon orateur, mais plus grand stratège encore, d'une hypocrisie achevée, avec un art de la flatterie savamment dosé.
Et puis, c'est un très grand travailleur. Il est si scrupuleux et méticuleux, à la fois précis et rapide, qu'on dirait vraiment un automate, une machine. Le seul trait humain qu'on lui connaisse, c'est qu'il est sujet à de fréquents maux de tête, à des terreurs nocturnes et à des attaques d'épilepsie.
Mais surtout, on ne lui attribue qu'un moment d'émotion, c'est lorsqu'il traverse l'Espagne et remarque, près du temple d'Hercule, une statue d'Alexandre le Grand. Il se mit alors à gémir, écrit Suétone, et comme écœuré de son inaction, En pensant qu'il n'avait encore rien fait de mémorable à l'âge où Alexandre avait déjà soumis toute la Terre, il demanda tout de suite un congé pour saisir le plus tôt possible à Rome les occasions de se signaler. Mais la suite de l'anecdote par Suétone est encore plus cringe, comme disent les jeunes.
Comme le songe de la nuit précédente le remplissait de confusion, pendant son sommeil il avait rêvé qu'il violait sa mère, les devins lui firent concevoir les plus vastes espérances, car d'après eux, Cela lui présageait l'empire du monde, cette mère qu'il avait vue sous lui étant autre que la terre, qui passe pour avoir enfanté tous les hommes. Bien ! Après la mort de Sylla, le « violeur de la terre » retourne à Rome.
Et à partir de ce moment, bien décidé à réussir, il développe ses relations en organisant des réceptions. En outre, il s'attire les faveurs du peuple en rétablissant le pouvoir des tribuns de la plèbe et en finançant des jeux. Selon Plutarch, il aligne jusqu'à 320 paires de gladiateurs.
Il emprunte massivement pour organiser ses jeux spectaculaires et ses banquets somptueux. Tout ça pour le plaisir des autres, jamais le sien. Caton, qu'il déteste, reconnaît qu'il est quasiment le seul à ne jamais s'enivrer dans les banquets.
Suétone le décrit lisant des lettres et des pétitions pendant les Jeux. De toute façon, César ne s'intéresse ni à l'alcool, ni à la nourriture, ni à la religion, ni au spectacle. Et il n'est pas plus obsédé que ça par le sexe, sauf quand il s'agit des femmes de ses potes ou de sa mère dans un rêve.
César ne s'intéresse qu'au pouvoir. En 63, César se fait élire au titre de grand pontife, grâce à une campagne financée par Crassus, l'homme le plus riche de Rome. C'est la charge la plus élevée en prestige au sein de la religion publique romaine.
L'étymologie du mot vient de "pons facere", faire des ponts. Le titre sera ensuite porté exclusivement par les empereurs. À partir de Théodore Ier en 642, il sera repris dans la religion chrétienne.
Aujourd'hui, le terme est réservé au pape. Le grand homme de cette époque est Pompée, qui a battu le roi Mithridrate VI Eupator en Orient. Cette campagne a permis à Rome de s'étendre en Bithynie, au Pont et en Syrie.
Pompée revient couvert de gloire, mais il demande des terres pour ses anciens soldats, ce que le Sénat lui refuse. Toujours très malin, César décide d'exploiter la déception du grand homme. Avec Crassus le riche, Pompée la star et César le malin, vont former le premier triumvirat, un accord secret qui scelle une alliance entre les trois hommes.
César renforce cette alliance en mariant sa fille Julia à Pompée. Avec l’appui de Pompée et de Crassus, César obtient le proconsulat sur les provinces de Gaule cisalpine et d’Illyrie pour une durée de cinq ans. C'est là que César va devenir César.
Son ambition est bien d'obtenir le pouvoir à Rome et de trahir en temps opportun ses deux complices pour être seul maître à bord. Mais pour cela, il doit faire deux choses : devenir riche et revenir couronné de gloire. Il doit obtenir une gloire militaire pour faire contrepoids aux victoires de Pompée en Orient et il est très endetté après avoir fait couler de l'argent à flots pour organiser ses réceptions et ses combats de gladiateurs.
Sa stratégie est toute trouvée, il va envahir la Gaule. Mais il ne peut évidemment pas faire ça sans l'appui du Sénat, qui va lui demander une bonne raison de lui envoyer des troupes. Il doit donc trouver une excuse.
Cette excuse, ce sera la sécurité de Rome. César parlera de l'invasion de la Gaule comme d'une action préventive. Mais tout le monde est à peu près d'accord que cette guerre n'a été menée que pour booster sa carrière politique et rembourser ses dettes colossales.
César n'est donc pas seulement un robot, c'est aussi déjà un américain. Nous y voilà ! Bienvenue dans la guerre des Gaules, ou plutôt la guerre de César, car ce qu'on connaît de cette sale histoire vient presque exclusivement de ce qu'en a dit son auteur, dont les commentaires ont été écrits pendant la campagne militaire et achevés après la réédition d'Alesia en 52.
Les commentaires sur la guerre des Gaules est un livre de propagande politique. L'ouvrage écrit à la troisième personne du singulier comme comme une espèce d'Alain Delon, ne fournit aucune indication sur les opinions, pensées ou jugements de César, mais on peut deviner ses intentions à chaque ligne, tant l'ensemble apparaît comme une gigantesque opération de communication politique, démontrant à la fois le génie stratégique, le courage militaire, l'intelligence politique et la clémence sublime de son personnage principal, j'ai nommé César. À sa publication, les laquais du pouvoir parleront de ses commentaires comme d'un chef-d'œuvre.
C'est un must, six sesterces prix conseillé. À commencer par son ancien adversaire, rallié à sa cause, Cicéron, qui lui dira, nus, simples, élégants, dépouillés de tout ornement oratoire, comme un corps de son vêtement. Comme un squelette de sa peau plutôt.
Les commentaires de César sont plats, froids, rébarbatifs, chirurgicaux, excessivement techniques, presque écrits par un ordinateur. L'agent conversationnel Jules, César GPT, le grand robot. Le problème ?
Le problème, c'est que ce livre est à peu de choses près le seul livre qui décrira la soi-disant Gaule et les soi-disant Gaulois. Et il va les définir avec la mentalité d'un Romain. La grande difficulté à comprendre aujourd'hui les hommes dont César parle est due à l'inadéquation des mots et des concepts utilisés par celui-ci, qui se sert de son propre système de référence pour décrire des régimes politiques, des structures sociales qui lui sont étrangères et même, sur certains points, incompréhensibles.
Un robot pour qui Rome existe va définir des hommes pour qui la Gaule n'existe pas. On arrive au problème principal. Les Gaulois n'ont pas écrit leur propre histoire.
Ce sont les autres qui ont écrit leur histoire. L'apparence générale est celle d'une société anarchique et confuse. "Toutes les familles sont divisées en partis rivaux", écrit César.
Ces tribus sont malgré tout fédérées entre elles, mais fédérées sans passer par une autorité unique ou centralisatrice. Elles n'ont pas d'unité politique. L'unité politique, l'invention de l'État, est un cauchemar qui vient d'Europe.
Les soi-disant Gaulois ne cherchent ni centralisme, ni création de capital, ni de chef-lieu. Ce sont des semi-sédentaires, semi-nomades. ils bougent, s'implantent ici ou là, se déplacent selon les aléas de l'existence.
Les soi-disant Gaulois semblent n'avoir pas non plus de conception de la noblesse, notion importante à Rome. Les hommes se répartissent donc non sur le critère de l'appartenance à une ancienne famille ou une famille liée à la magistrature, comme les patriciens romains, mais sur une échelle liée à l'honneur. Leur système politique est difficile à définir car il n'appartient pas aux formes conceptualisées par les auteurs antiques.
Ce serait éventuellement une timocratie au sens de Platon, le gouvernement par ceux qui sont le plus honorés. Le chef civil a pour rôle essentiel d'assurer aux hommes une protection contre plus puissants qu'eux, de les défendre contre les entreprises de violence ou de ruse. Et s'il agit autrement, il perd tout crédit.
Si l'on en croit Plutarque, à la différence du monde politique romain, les femmes jouent un rôle important dans les assemblées confédérales où on se fie à la qualité de leur jugement, à leur impartialité, comme à leur sens de l'intérêt général. La légende veut que ce soit aux femmes de la région que l'on doit la réduction du nombre de guerres entre tribus locales. Les populations sont décrites par César avec le mépris embarrassant du colon ou du touriste.
Les ânes partout, les djellabas, l'écriture illisible, tout ça...
Ça va...
Il s’agirait de grandir. Il s’agirait de grandir. Ce sont des enfants, fêtards, prompts à s'enthousiasmer, crédules.
Dans les villes, la foule entoure les marchands et les oblige à dire de quel pays ils viennent et ce qu'ils y ont appris. Sous le coup de l'émotion que provoquent ces nouvelles ou ces bavardages, il leur arrive souvent de prendre sur les affaires les plus importantes des décisions dont il leur faut incontinent se repentir, car ils accueillent en aveugles des bruits mal fondés. Le terme de Gaulois, cependant, est gaulois, si vous me passez l'expression.
Le linguiste Jacques Lacroix l'a expliqué. Un gaulois, c'est un costaud, un vaillant, un brave. Et le mot de gaulois s'est répandu parce qu'il a été utilisé et rapporté, à la suite de César, par Rome, pour qualifier l'ensemble des populations qui habitaient cet espace fraîchement colonisé.
Parce que ce qui réunit avant tout ces populations, c'est l'importance accordée au courage, à la bravoure. Une image antique les présente, se déshabillant pour faire la guerre, attaquant leurs adversaires entièrement nus et se battant avec des armes en or. Les soi-disant gaulois sont généralement représentés comme des individus hirsutes par les Romains, ces hommes aux cheveux courts.
Leur rite guerrier le plus connu est celui de la décapitation de l’ennemi. Elle intervient immédiatement après la mort de ce dernier, en plein combat, et le vainqueur s'empresse d'accrocher la tête de sa victime à son cheval. Si César, que la question n'intéresse pas, fait intégralement disparaître les femmes de sa guerre des Gaules, On trouve chez Diodore de Sicile et chez Plutarque de nombreuses mentions de guerrières courageuses. « Elles se jettent au milieu des combattants, écrit Plutarque, et de leurs mains nues s’efforcent d’arracher aux Romains leurs boucliers, saisissent leurs épées, et, couvertes de blessures, voient leurs corps en pièces, sans rien perdre jusqu’à la mort, de leur courage invincible. » Il y a trois classes religieuses différentes, les bardes, les devins et les druides.
Dans des sociétés sans écriture, l'importance des bardes est énorme est complètement passé sous silence par César, qui ne s'y intéresse pas. Chantres, panégyristes, poètes, il rapporte les actes remarquables des hommes illustres, s'accompagnant de la lyre, mais peut aussi railler ceux qui méritent d'être raillés. La parole des bardes est sacrée.
C'est elle qui fixe les actes des hommes dans la mémoire collective. Il juge du mérite et du démérite des vivants et des morts. Les devins s'occupent des cérémonies religieuses et pratiquent les sciences de la nature.
La lecture des signes divinatoires se fait par les oiseaux et par les rêves, voire même par des productions de visions, par incubations oraculaires, en allant dormir sur la sépulture d'un ancêtre dont on attend qu'il prodigue ses conseils à travers le songe, ou encore par l'absorption de plantes aux vertus hallucinogènes. César, qui ne se préoccupe jamais des signes, comme la fin de sa vie le démontrera, n'en parle pas non plus. Du reste, il n'y a qu'à lire le "De la divination" de Cicéron pour s'en rendre compte, la divination est une pratique déjà fortement décriée chez les Romains.
À la différence des sacrifices et des rites qui participent du religieux en tant que fait social contribuant à l'unité de l'identité romaine, la divination est perçue comme une superstition, Un truc de poète, de plouc, quasiment une maladie mentale. Les Romains méprisent la magie. Il y a enfin les druides, autorité religieuse suprême, dont la préparation dure 20 ans.
Ce sont les seuls dont parle César. Les druides sont aussi les seuls à utiliser l'écriture. Ils utilisent un alphabet grec, uniquement d'ailleurs pour les contes publics et privés.
Selon César, les druides veulent convaincre avant tout que les âmes ne disparaissent pas, mais qu'après la mort, elles quittent les corps pour aller dans d'autres corps. Il pense que cette croyance stimule au plus haut point le courage parce qu'elle fait mépriser la mort. César dit aussi que la nation tout entière des Gaulois s'adonne de façon immodérée aux choses de la religion.
On en sait plus chez Diodore de Sicile. Par Diodore, on apprend que chez eux, le dogme de Pythagore connaît une vigueur particulière. Le dogme selon lequel les âmes des humains sont immortelles et qu'après un certain nombre d'années, chaque âme revient à la vie en pénétrant un autre corps.
Mais il faut ajouter que le guerrier qui meurt à la guerre échappe au cycle des réincarnations. Il atteint immédiatement le paradis des dieux et des héros. César présente les Gaulois comme pratiquant beaucoup de sacrifices humains.
Les autres auteurs latins diront la même chose et y trouveront l'occasion de hurler au scandale alors qu'aucun d'entre eux n'ait eu même ne serait-ce que l'idée de critiquer les spectacles de gladiateurs, à l'exception tardive de Marc-Aurèle qui les trouvait ennuyeux. C'est toujours un peu la même chose. Il faudra attendre l'archéologue Jean-Louis Bruneaux et ses recherches sur les sites gaulois pour mettre fin à cette imagerie horrifiante.
Je cite Jean-Louis Bruneaux : "La pratique du sacrifice humain en Gaule est aussi courante dans la littérature antique que ses vestiges archéologiques sont rares. C'est dire que la question de sa réalité est avant tout de nature idéologique et qu'avant d'agiter les historiens français, elle fut un poncif de la xénophobie des Romains. Le champion en cette matière n'est autre que l'un des plus grands écrivains de la littérature latine, Cicéron lui-même, qui dans plusieurs de ses plaidoiries traite les Gaulois d'horribles barbares, n'hésitant pas à souiller les autels du sang des victimes humaines.
Bien, comment César va-t-il justifier la conquête de cet ensemble de populations ? Il va user du prétexte de la migration d'une des tribus, les Helvètes. Par crainte des invasions germaniques menées par le roi Arioviste, un ami de Rome entre parenthèses, les Helvètes décident de quitter leur pays.
Ils brûlent leurs villages et leurs fermes et partent avec femmes et enfants avec le projet de prendre possession de territoires vierges situés au nord de la Gironde. Ils doivent alors traverser la Gaule transalpine qui est déjà annexée par Rome. Mais, dit César dans La Guerre des Gaules, les traditions de la politique romaine et les précédents ne lui permettaient d'accorder à qui que ce fût le passage à travers la province. « César, écrit César, à la nouvelle qui prétendait faire route à travers notre province, province, se hâte de quitter Rome, gagne à marches forcées la Gaule transalpine et arrive devant Genève ».
César feint de croire que ce passage est dangereux, non par ce que les Helvètes pourraient faire, mais par l'exemple qu'ils pourraient donner, car ils pourraient éventuellement être suivi par les Germains, qui pourraient eux être éventuellement dangereux. Si l'on passe outre qu’Arioviste a fait un pacte de non-agression avec les Romains. Puis, le passage de toute une population à l'intérieur d'une province romaine pourrait éventuellement pousser les Allobroges, les Savoyards, qui vivent dans cette région, à profiter du désordre pour se révolter.
Enfin, les territoires abandonnés par les Helvètes pourraient être éventuellement annexés par les Germains, qui seraient eux dangereux, si l'on oublie une fois encore qu'Arioviste est supposé avoir fait une alliance avec Rome. Bref, César se moque du monde avec force, et ce n'est que le début. Le 28 mars 58, les Helvètes sont à Genève pour commencer leur migration.
César ordonne alors la destruction du pont qui traverse le Rhône. Pourquoi le pontife se contente-t-il de détruire le pont ? Parce qu'il n'a pas assez d'hommes pour affronter les migrants et il doit gagner du temps.
Les Helvètes envoient alors des ambassadeurs pour demander à César la permission de traverser la province pacifiquement. César les reçoit poliment, comme à son habitude, et répond aux envoyés qu’il se réservait quelques temps pour réfléchir. Hein !
En réalité, César n'a aucune intention de leur accorder cette permission, évidemment. Mais là encore, il doit gagner du temps. Un temps pendant lequel il construit un mur, haut de 5 mètres et long de 28 km, avec un fossé devant, du lac Léman au Jura, pour qu'ils n'aient strictement aucun moyen de passer.
Puis, le 13 avril, les travaux finis, César donne sa réponse aux Helvètes. C'est non. Quelle surprise !
Les Helvètes tentent alors de passer par un terrain plus étroit appartenant aux Séquanes et non sous contrôle romain. Mais quelle surprise ! Ça aussi, c'est non.
César le leur refuse parce qu'ils passent trop près de chez les Romains et que ça également, c'est nuisible pour la sécurité de Rome. Bref, à ce petit jeu de grand pervers, les Helvètes ne peuvent pas gagner. Ils sont déjà une pièce sacrifiée sur l'échiquier de la conquête des Gaules et de la réussite personnelle de César.
Et lorsqu'ils traversent la Saône, César leur tombe dessus par surprise et massacre sans sommation hommes, femmes, enfants, vieillards, puis il poursuit ceux qui fuient. "César, écrit César, en tailla en pièces la plus grande partie. Le reste chercha son salut dans la fuite et se cacha dans les forêts voisines".
Dans son Précis des guerres de César, dicté durant sa longue agonie à Saint-Hélène, Napoléon Ier, qui s'y connaissait, commenta ainsi cette première victoire. Les Helvètes étaient braves, sans doute, mais que peut la bravoure contre une armée disciplinée et constituée comme l'armée romaine ? Il n'y a donc rien d'extraordinaire dans les succès qu'a obtenus César dans cette campagne, ce qui ne diminue pas cependant la gloire qu'il mérite.
Ok. Sur une population de 300 000 civils, les deux tiers sont massacrés et le tiers qui reste capitule. Après quoi César renvoie les survivants dans leur territoire initial, avec force, amabilité et élégance, à la fois pour éviter qu'un pays près de Rome reste désert et que les germains ne s'en emparent, et pour gagner une renommée de clémence.
Qu'on nous servira pendant deux millénaires et jusque dans le cinéma américain, dans lequel César est toujours super sympa. Ce qui se discute, ce qui se discute vraiment. Clément, un homme qui décide de frapper préventivement un groupe de migrants pacifiques qui ne faisait que passer.
Clément, un homme qui massacre par surprise des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards à raison de deux sur trois, et ensuite renvoie le tir qui reste à son point de départ. Cavanna, un homme qu'on a souvent comparé à Vercingétorix, à cause des moustaches. Un écrivain qui ne se laisse pas enfariner, à la différence de tous ces historiens adorateurs de la force, dira beaucoup plus sèchement : « Les Romains n’étaient pas des vainqueurs magnanimes.
Ils pillaient, violaient et égorgeaient, avec ordre et discipline, certes, mais justement : derrière eux, il ne restait pas une miette. » Voyant ce que César a fait subir aux Helvètes, les tribus voisines prennent peur et un grand nombre d'entre elles choisit de faire profil bas. César reçoit des ambassadeurs de différentes tribus qui le félicitent de sa victoire et acceptent officieusement leur soumission.
Prétendant alors assurer leur défense devant le Sénat romain, César décide alors de s'occuper de la menace germaine. Cette menace s'appelle Arioviste, qui a en effet colonisé quelques territoires gaulois, mais qui est, on le rappelle, un ami de Rome. « Tyran orgueilleux et cruel » écrit César, « si orgueilleux, si insolent (…) C’est un homme grossier, irascible, capricieux ; il est impossible de souffrir plus longtemps sa tyrannie (…) » On a compris.
L'homme qui vient de massacrer 200 000 civils qui ne lui avaient rien fait essaye à nouveau de nous vendre quelque chose. Mais quoi ? "Par son autorité", écrit César à son propre sujet, "il amènerait Arioviste à cesser ses violences." OK.
Le grand arnaqueur a déjà trouvé son plan. César envoie des ambassadeurs à Arioviste pour discuter de la question gauloise. Mais Arioviste fait comprendre à César que cela ne le concerne pas et que les Romains n'ont pas à se mêler de ses propres conquêtes.
Tu vas chier dans ta caisse et maintenant tu t'occupes d'un autre. Puisque de son côté, il s'abstenait de prescrire aux Romains l'usage qu'ils devaient faire de leurs droits, il ne convenait pas qu'il fût gêné par eux dans l'exercice du sien. Visiblement, Arioviste n'a pas compris à quoi César joue.
Il est un peu le Saddam Hussein ou le Kadhafi de César. C'est un grand méchant copain absolument idéal à trahir pour justifier une guerre inique. « César, écrit César, lui expliqua longuement qu'il ne pouvait pas se désintéresser de la question.
Il n'était ni dans ses habitudes ni dans celles du peuple romain de consentir à abandonner des alliés parfaitement dévoués. » César envoie dès lors un ultimatum à Arioviste, non dans l'espoir que celui-ci obéisse et se retire de ses territoires colonisés, ce serait mal le connaître, mais dans le but de l'irriter suffisamment pour que la guerre soit déclarée par lui. Ça va péter !
Et ça marche, c'est la guerre. Arioviste met en route son armée en direction de Vesontion, aujourd'hui Besançon. Mais César, désormais autorisé à intervenir par le Sénat, prend immédiatement la ville et y place une garnison.
Puis il fait construire un pont pour aller chercher le Germain chez lui. Une fois l'armée d'Arioviste battue à Ochsenfeld, les restes de l'armée, des femmes et des enfants, sont massacrés ou rejetés au-delà du Rhin. César ajoute alors à son gouvernement pro-consulaire les territoires conquis sur les Germains.
Sur les incursions de César en région Rhénane, dans son précis « Des guerres de César », Napoléon Bonaparte passe beaucoup de temps, beaucoup, beaucoup de temps, à étudier l'ingénierie consistant à la construction d'un pont. "Napoléon", dicte Napoléon, "fit construire un pont de bateau de quatre-vingts toises d'une seule pièce. Les pontonniers d'artillerie y employèrent vingt-deux pontons.
Ils se servirent d'un bras de la rivière qui était couvert par une île." Le césarisme est une maladie contagieuse. Même le général de Gaulle s'y mettra lorsqu'il décrira ses apparitions publiques. "La foule", écrit Charles de Gaulle, "est nombreuse pour accueillir Charles de Gaulle." Malkovich !
En 1965, de Gaulle fera de César le premier grand fédérateur de l'Europe, tandis qu'aux États-Unis, au même moment, on employait les techniques du dictateur pour mener des guerres intéressées à travers le globe, sous couvert de police du monde et de protection des peuples. La guerre des Gaules n'a jamais pris fin. À Rome, les sénateurs sont à juste titre scandalisés.
Arioviste était officiellement l'ami du peuple romain. Il y avait donc une sorte de pacte de non-agression mutuelle que l'on devait respecter. Caton pense que c'est une trahison de la parole romaine et qu'il faut livrer César au Germain.
Cela n'aura évidemment pas lieu. Caton est agressé en plein forum. Pompée et Crassus remportent les nouvelles élections.
César obtient un second mandat proconsulaire. Ça roule. Depuis que César a commencé à annexer de nouveaux territoires gaulois, les tribus locales qui ont compris à qui elles avaient à faire cherchent des alliances avec les Belges pour se libérer de la menace romaine.
César revient donc à Besançon pour découvrir que les tribus de la Gaule belge ont levé des troupes et se sont assemblées en une seule armée sous la direction d'un certain Galba. Bellovaques, Suessions, Nerviens, Morins, Atrébates, Calètes, Véliocasses, Ménapiens… Ouf, qu’à cela ne tienne ! César provoque alors l'armée belge sur le champ de bataille de l'Aisne.
Les pertes belges sont alors si nombreuses que les Romains peuvent passer des étangs et de profondes rivières en marchant sur des cadavres de Belges. Voilà une nouvelle définition de pontife, l'homme pour qui les autres hommes peuvent servir de matériaux pour construire des ponts. Du matériel.
C'est ce que les Gaulois sont d'évidence pour César, qui marche alors sur les territoires des Suessions, aujourd'hui Soissons. Effrayé par la technique et la rapidité des Romains, Galba offre alors la soumission de son peuple, donnant ses deux fils en otage et déposant les armes. Très bien.
César continue vers le pays des Bellovaques, aux environs de l'actuel Beauvais. Il est reçu par les Eduens, qui lui sont déjà soumis. Puis il attaque les Ambiens, qui se soumettent aussitôt.
Et il part sur la rivière Sabis, aujourd'hui la Sambre. La Sambre est le lieu de violents combats contre les Nerviens, qui sont presque intégralement exterminés à l'issue de cette guerre. Sur 60 000 civils, il en épargne 500, après quoi il montre à quel point il peut être clément. "César, écrit César, soucieux de montrer qu'il était pitoyable aux malheureux et aux suppliants, prit grand soin de les ménagers.
Il leur laissa la jouissance de leurs terres et de leurs villes." Il y a vraiment des gens qui marchent à ce genre de craques ? Tu vois ce qui m'a complètement halluciné en fait, en travaillant là-dessus, parce que je découvrais, en même temps que je préparais l'épisode, je découvrais l'étendue des délires hypocrites autour de César.
César, normalement, il est un peu fair play. Puis tu regardes son propre texte, "La guerre des Gaules", et tu commences à voir l'étendue des massacres qu'il a faits, les exterminations qu'il s'est autorisées, tout ça, en fait, simplement pour être le chef. Tant que ça ne remet pas en cause Rome, fondamentalement, ça reste moral.
Et c'est ça qui est terrible. C'est-à-dire que là, on a une histoire de l'insensibilité humaine, comment dire, qui s'écrit, qui s'écrit devant tes yeux. Toutes ces putains d'institutions de merde, mais qu'on a entièrement repris de Rome, comme si ça ne devait jamais s'arrêter.
Et d'une certaine façon, ça ne s'arrête jamais. À la fin de cette opération, toute la Gaule belge est sous contrôle. « César, écrit César, voit la Gaule tranquille ».
Oui, un pays qui se tient sage. Ça tombe bien, César doit retourner à Rome dès l'hiver. La mort de Crassus et celle de Julia, sa fille et épouse de Pompée, sont en train de défaire le triumvirat.
Les troubles à Rome entre ses partisans et ceux de Pompée s'accentuent. Et c'est lorsque César affronte des difficultés dans son propre pays qu'une coalition conséquente émerge enfin en Gaule contre la domination romaine. Les peuples ont bien compris à quelle sauce Rome voulait les manger et il prépare une insurrection générale.
C'est alors que surgit le Cavanna de l'époque. Vercingétorix, un jeune homme d'une trentaine d'années, né en Auvergne, à Gergovie, près de l'actuel Clermont-Ferrand. C'est sur Vercingétorix que César va s'arrêter le plus longuement dans la guerre des Gaules.
Il en fait sa Némésis, son Joker, son Arch-Enemy. On s'est longtemps demandé si Vercingétorix était un nom de personne ou voulait dire "le chef" ou "le roi des guerriers" en langue arverne. C'est pourquoi Jules Michelet parle d'un Vercingétorix ou dit "le Vercingétorix" dans son Histoire de France.
De là à dire que Vercingétorix n'existe pas, comme tout ce que César invente comme concept stratégique pour mieux annexer des terres, des richesses et des hommes, ce serait évidemment exagéré. Disons que César a décidé de personnaliser la révolte des peuples qu'il était en train de soumettre. Il a dès lors centré sur un individu, Vercingétorix, le récit d'un refus collectif concernant son projet de domination.
On peut donc également légitimement se demander dans quelle mesure César n'a pas essayé ainsi de faire croire aux sénateurs qu'une fois Vercingétorix captif, la Gaule serait enfin tranquille. Vercingétorix est le fils de Celtillos, le chef d'un des principaux clans arvernes, mis à mort pour avoir tenté de rétablir la royauté à son profit. Sur les pièces frappées en Gaule, on ne voit pas sa longue moustache, qui est peut-être une invention du XIXe siècle, mais il a des cheveux bouclés.
Cette image n'est pas plutôt celle d'une divinité gauloise. On ne saura jamais. Les historiens modernes aiment bien se dire que Vercingétorix avait été précédemment un ami de César, aurait servi dans une armée romaine.
De cela, nous n'avons strictement aucune preuve, pas le début d'un indice. Tout ce que César nous dit de lui, c'est qu'il n'a pas de peine à enflammer les esprits. Et c'est en 53, pendant la fin du triumvirat à Rome, que Vercingétorix s'impose parmi les Gaulois par ses talents d'orateur.
Chassé de Gergovie, désavoué par sa propre tribu, les Arvernes, il rassemble une armée de gueux, des miséreux, dit César avec mépris, qui le proclament roi. Il commence alors une série d'attaques d'une grande rapidité. Vrai ou fausse, exagéré ou pas, l'image que César donne de Vercingétorix est celle d'un révolutionnaire, d'un séditieux.
Après avoir réuni ses troupes, il convertit à sa cause tous ceux de ses compatriotes qu'il rencontre. Il les exhorte à prendre les armes pour la liberté de la Gaule. Vercingétorix est un très bon tacticien.
Il organise la résistance sous forme de guerre de harcèlement et fédère un grand nombre de tribus. Sénons, Parisii, Pictons, Turones et autres Nitiovroges se joignent à Vercingétorix. Face à la menace qu'il représente, l'armée de César se remet en marche et décime tout sur son passage.
César s'empare de la ville des Sénons en trois jours, prend les Carnutes par surprise et massacre tous ceux qui tentaient de fuir. Face à ces revers, Vercingétorix adopte la tactique de la terre brûlée, c'est-à-dire que les Gaulois détruisent d'eux-mêmes toutes les villes qui doivent fuir pour empêcher les Romains de s'y arrêter ensuite, afin d'y bivouaquer ou de s'y ravitailler. Mais devant les larmes de ses habitants, Vercingétorix décide d'épargner Avaricum, la plus belle ville de la région, aujourd'hui Bourges, et c'est celle-là dont César s'emparera pour montrer aux Gaulois de quel métal il est fait.
Qu’on juge sur pièces. "Nos fantassins les massacrèrent", écrit César, "n'épargnèrent ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants". Bref, d'un ensemble d'environ 40 000 hommes, à peine 800 qui s'enfuirent hors de la ville au premier cri, arrivèrent sains et saufs auprès de Vercingétorix.
Voilà donc l'homme clément qu'est César. César poursuit alors les 800 survivants et tombe nez à nez sur l'armée de Vercingétorix qui est à Gergovie, sa ville natale. Et cette fois-ci, la bataille est favorable aux Gaulois.
César, qui vient de tuer 39 000 civils, a le toupet de s'attarder sur le malheur d'un de ses centurions. L'émotion n'est pas sa qualité littéraire principale, mais comme il ne faut pas hésiter à faire pleurer le Romain, il va s'adapter. Le centurion sur lequel César s'attarde, donc, est un certain Fabius qui déclare ce jour-là que « les récompenses de la journée d'Avaricum, (César ne précise pas ce que Fabius entend par récompense, mais ça ne doit pas être joli), le remplissait d'ardeur et qu'il ne souffrirait pas que personne n'escaladât le mur avant lui. » Malheureusement pour sa petite pomme, Fabius est rapidement tué et jeté à bas du rempart comme 700 autres soldats.
C'est une victoire pour Vercingétorix. C'est alors quasiment toute la Gaule qui s'unit derrière lui hormis les Rèmes, les Lingons et les Trévires. Devant cette menace, César décide alors de regrouper toute son armée et de quitter la Gaule.
Il se replie vers Langres, capitale de ses alliés Lingons, où il doit faire venir une cavalerie de mercenaires germains. Vercingétorix est très bon, César est imbattable. Vercingétorix est intelligent et énergique, enthousiaste, courageux, convaincant.
De plus, il sait que sa cause est juste. Mais César a un avantage sur lui, c'est une machine. Une machine à tuer.
Et Vercingétorix va faire l'erreur fatale qui entraînera les Gaulois à leur perte. Devant la retraite romaine, inconscient qu'un groupe de mercenaires est appelé à les rejoindre, il décide de partir frapper l'armée de César dans leur retraite vers Langres. Et César, avec son armée et ses mercenaires, va répondre.
Il va répondre très fort. C'est que César n'est pas seulement une machine à tuer, c'est une machine à faire tuer. Ce qui se déduit de sa façon de traiter ses propres soldats.
Qui aurait l'idée que la meilleure manière de traiter ceux-ci est de ne jamais leur faire connaître la date ou l'heure du combat, de les prévenir toujours à la dernière minute et de profiter des pauses dans les combats pour les entraîner sans motif à des expéditions par temps de pluie ou jour de fête, juste pour tester leur discipline ? César. Et lorsque le combat est achevé, qui aurait le culot de leur permettre la plus complète licence sur la population conquise, l'orgie absolue, sans limite, sans questionner la violence ou l'immoralité de leur exaction possible ?
César. En jouant ainsi avec la psyché de ses troupes, en alternant maltraitance et licence totale, il obtient en effet la meilleure armée du monde. La meilleure armée du monde, et par nature, la plus malade, la plus aliénée.
César vient de défaire la cavalerie de Vercingétorix. Face à cette perte, Vercingétorix lève le camp et se replie sur la ville d'Alésia. Où est Alésia ?
A priori, c'est aujourd'hui à Alice-Sainte-Reine, en Bourgogne. Les descriptions du site et celles des déplacements dans La guerre des Gaules correspondent assez bien. Les fouilles archéologiques vont dans le même sens.
César fait alors le siège d'Alice-Sainte-Reine. Il encercle la ville, construit une double fortification empêchant les Gaulois de sortir, et il les affame. Au bout de 40 jours de siège, le 27 septembre 1952, devant ses troupes qui meurent littéralement de faim sous ses yeux, Vercingétorix décide de se rendre.
Vercingétorix convoque l'Assemblée. Il déclare que cette guerre n'a pas été entreprise par lui à des fins personnelles, mais pour conquérir la liberté de tous. Puisqu'il faut céder à la fortune, il s'offre à eux, ils peuvent, à leur choix, apaiser les Romains par sa mort ou le livrer vivant. « On envoie à ce sujet une députation à César », écrit César.
Il ordonne qu'on lui remette les armes, qu'on lui amène les chefs des cités. Il installa son siège au retranchement, devant son camp, C'est là qu'on lui amène les chefs, on lui livre Vercingétorix, on jette les armes à ses pieds. Et César, le clément César, sera alors d'une froideur sans pareil.
Il jettera Vercingétorix aux fers, le déplacera de cachot en cachot et le laissera croupir six ans en attente de son supplice public qui aura lieu lors de son triomphe, à Rome, en 46. Après cette reddition, la plupart des guerriers gaulois sont réduits en esclavage et distribués aux légionnaires. Mais il reste encore pas mal de groupes rebelles, et des coalitions tentent encore de s'organiser au sein de la Gaule contre la domination romaine.
César doit encore mater des Bituriges, des Carnutes, des Bellovaques, des Atrébates, des Ambiens, des Pictons, des Cadurques....
Et pour que cesse définitivement tout désir d'indépendance, il va superviser le siège d’Uxellodunum, et décide de faire de cette ville un exemple de plus. César les prive d'eau, et empêche les habitants de se ravitailler dans la rivière en plaçant des archers à chaque accès. Puis il fait couper les mains de tous les habitants afin de les décourager de toute nouvelle révolte.
La clémence ! Une fois son bain de sang achevé, devenu en outre fabuleusement riche grâce à tous ses pillages, César peut enfin retourner à Rome. Les Gaulois continueront à se révolter jusqu'à une époque tardive contre le pouvoir central, mais ces révoltes n'auront jamais l'allure qu'elles avaient eues du temps de la guerre des Gaules.
Ce ne seront plus que des sortes de jacqueries. C'est que la Gaule va bientôt ressembler à Rome. On y construit de nouvelles villes, des routes, des aqueducs.
Les peuples trop vastes sont démembrés, les tribus trop petites sont regroupées. Dans chaque cité est déterminé un chef-lieu, afin qu'il devienne une capitale locale. On installe une police pour assurer la sécurité, des détachements militaires pour veiller sur les régions.
On fait de Lyon, le centre de la Gaule, un double de Rome. on frappe enfin une monnaie utilisable par tous. Une des grandes idées de César est d'intégrer des Gaulois dans les fonctions de cavaliers, de fantassins et d'archers de ses propres armées, ce qui vide logiquement la région de tous ces bons guerriers.
On dit souvent que les Romains n'interféraient pas dans les cultes locaux qu'ils venaient d'annexer. Ce n'est que partiellement vrai. Les Gaulois avaient le droit de continuer à suivre la religion druidique, sauf s'ils voulaient obtenir la nationalité romaine.
Ils vont en avoir envie, ou besoin. Ce qui explique la disparition totale de cette religion que nous connaissons si peu aujourd'hui. Rome a gagné.
On se souvient des paroles de Jacques Bainville. « À qui devons-nous notre civilisation ? À quoi devons-nous d'être ce que nous sommes ?
À la conquête des Romains. C'eût été un malheur si Vercingétorix avait triomphé. » Cette admiration inconditionnelle roule jusque chez les historiens modernes, toujours prompt à s'enthousiasmer sur la civilisation qui nous a été apportée et qui n'aurait pas été possible sont le grand homme qu'était César.
Même les philosophes les plus brillants sont susceptibles de tomber dans le panneau. Surtout quand ils estiment, à l'instar d'Hegel, que les grands hommes, dont César est le modèle, expriment la volonté collective, ils apportent la nouveauté nécessaire et les motifs égoïstes de leurs actes sont alors une ruse de la raison qui les utilise pour se réaliser dans l’Histoire. Ce qui le guidait dans son œuvre, dit Hegel de César dans La raison dans l'Histoire, n'était pas seulement son profit particulier, mais aussi un instinct qui a accompli ce que le temps réclamait.
Les grands hommes de l'histoire sont ceux dont les fins particulières contiennent la substantialité que leur confère la volonté de l'Esprit du Monde. Ce qui encore une fois est très discutable, mais c'est un vaste sujet. Patience, on y reviendra.
A mille lieux de cette admiration inconditionnelle, c'est à une autre philosophe, Simone Weil, qu'on doit les remarques les plus lucides sur la nature de cette civilisation que Rome et César nous ont apporté. Quel pays au juste Rome a-t-elle civilisé ? demande Simone Weil dans "Réflexions sur les origines de l'hitlérisme".
Qu'est-ce que la Gaule a fait qui vaille la peine d'être cité pendant les siècles où elle fut romaine ? On ne peut guère soutenir qu'elle n'ait pas su auparavant créer dans le domaine de l'esprit, puisque les druides étudiaient pendant 20 ans apprenaient par cœur des poèmes entiers concernant l'âme, la divinité, l'univers, tout a disparu sans laisser de traces. Rome a aboli par la force les différentes cultures du bassin méditerranéen, sauf la culture grecque, qu'elle a reléguée au second plan et elle a imposé à la place une culture presque entièrement subordonnée aux besoins de la propagande et à la volonté du dominant.
Les Romains ont conquis le monde par le sérieux, la discipline, l'organisation, la continuité de vues et de la méthode. par la conviction qu'ils étaient une race supérieure et née pour commander, par l'emploi médité, calculé, méthodique, de la plus impitoyable cruauté, de la perfidie froide, de la propagande la plus hypocrite, employées simultanément où tour à tour, par une résolution inébranlable de toujours tout sacrifier au prestige, sans être jamais sensibles ni au péril ni à la pitié, ni à aucun respect humain, par l'art de décomposer sous la terreur la même de leurs adversaires, ou de les endormir par l'espérance avant de les asservir avec les armes. Enfin, par un maniement si habile du plus grossier mensonge, qu'ils ont trompé même la postérité et nous trompent encore.
Rien à redire. Simone Weil a raison. Ils nous trompent encore.
L'invasion des tribus de la région gauloise est une des plus grandes victoires de Rome. En moins de dix ans qu'a duré sa guerre dans les Gaules, écrit Plutarque, César a pris d'assaut plus de 800 villes, il a soumis 300 nations différentes, et combattu en plusieurs batailles rangées contre 3 millions d'ennemis, dont il a tué 1 million et fait autant de prisonniers. Mais pour conquérir l'opinion romaine, César doit encore répondre aux critiques du Sénat sur sa conduite.
Il se justifie à travers l'écriture et la publication de ses commentaires sur la guerre des Gaules. Il annonce la construction d'un nouveau forum, financé par le butin des Gaules, sur lequel sera érigé le temple de Vénus dont il est supposé descendre. Et ça marche.
Ça marche, mais ça va quand même être un peu plus difficile que prévu. César aura ce qu'il veut, mais il va devoir encore pas mal lutter pour ça. Et il n'en profitera pas.
À Rome, c'est entendu, c'est la star. Mais personne n'ignore que son but est d'abattre son ancien copain Pompée, qui depuis la mort de Julia, s'est rapproché des conservateurs. Conscient des aspirations de César et son mandat en Gaule conclu, le Sénat lui demande alors de dissoudre son armée.
César écrit au Sénat qu'il est prêt à le faire si Pompée en fait autant. Irrité, le Sénat réitère sa demande, le menaçant d'être déclaré ennemi du peuple. César, alors à Ravenne, ne se démonte pas et décide d'entrer dans Rome illégalement avec son armée.
Le 10 janvier 49, il franchit le Rubicon, rivière marquant la frontière entre la Gaule et l'Italie. Et il prononce alors la phrase Alea Jacta Est, « le sort en est jeté », c'est la guerre civile, elle va durer quatre ans. Ce fut, écrit Plutarque, comme si la guerre trouvait désormais les portes toutes grandes pour s'engouffrer et sur terre et sur mer.
Comme si César, en même temps que les limites de sa province, avait violé toutes les lois de l'État. On eût dit que ce n'étaient pas seulement, comme dans les autres guerres, des hommes et des femmes qu'on voyait courir éperdus à travers toute l'Italie, mais que les villes elles-mêmes se levaient pour s'enfuir les unes à travers les autres, et Rome, comme inondée par ses flots de réfugiés venus de tous les environs, incapable d'écouter aucune autorité, ni de se laisser raisonner, au milieu de cette agitation et de cette tempête violente, fut à deux doigts de se détruire elle-même. Combien de morts va faire la guerre civile ?
Aucune idée. Malgré avoir épuisé les livres d'histoire et les chroniques, je n'ai pas trouvé de chiffres. Mais c'est seulement en octobre 45 que celle-ci est achevée, que César peut enfin triompher à Rome en exhibant ce qui reste de Vercingétorix après six ans de détention et en l'exécutant publiquement.
Les citoyens de Rome font alors une grande fête autour d'un cadavre. César est désormais maître du monde, empereur et dictateur perpétuel de Rome. Il fait recenser la population urbaine par les propriétaires des immeubles qui doivent déclarer leur locataire.
Cela permet de ramener de 320 000 à 150 000 les bénéficiaires de distributions gratuites de blé. Il installe 80 000 pauvres dans les nouvelles colonies, dont Carthage et Corinthe. César transforme le calendrier romain pour que la durée moyenne de l'année soit exactement de 365 jours un quart.
Il donne alors son nom de famille au calendrier, Julien, et renomme le mois de Quintillis de son propre nom de famille, Julius. On le traverse encore aujourd'hui sous le nom de Juillet. De même que nous continuons à utiliser l'alphabet latin, nous vivons toujours dans la découpe du temps décidée par César, qui continue à nous administrer depuis sa mort.
César est désormais maître du monde, empereur et dictateur perpétuel de Rome, une perpétuité qui durera six mois. César reçoit le droit de porter les emblèmes du triomphe, la robe pourpre et la couronne de laurier, à titre permanent et obtient du Sénat un pouvoir illimité. Il décide alors également de de le réformer, nommant lui-même les magistrats.
Obtenir un titre, un avantage ou une faveur dépend désormais de son approbation. Il désigne Marc-Antoine comme consul et Brutus et Cassius comme prêteurs. Cassius est déçu, il espérait le consulat, et il commence à comploter.
Il regroupe alors une coterie d'opposants, mêlant deux grandes tendances, ceux qui comme lui espéraient davantage de pouvoir et ceux qui n'acceptent pas l'instauration de la tyrannie, comme Brutus, qui est un républicain honnête. Les rumeurs de complot parviennent à César, mais celui-ci les néglige et en plaisante. Il n'écoute plus personne.
Même pas les devins, qu'il n'a d'ailleurs jamais écoutés, même pas l’haruspice Spurinna, qui lui dit de se méfier des ides de Mars, ce jour festif situé au milieu du mois. Il néglige les présages, même le cauchemar de son épouse Calpurnia, dans la nuit du 14, qui a la vision de son mari percé de coup. Et le 15 mars 44, il pénètre dans la curie et chambre Spurinna en lui disant que les ides de Mars sont venues sans qu'il lui arrive quoi que ce soit.
À quoi l’haruspice répond que les ides sont bien arrivées mais non point passées. Soudain, les conjurés encerclent César. Celui-ci reçoit alors 23 coups de poignard.
Le dernier vient de Brutus. Les derniers mots de César auraient été pour lui, en grec et non en latin, "Toi aussi, mon fils". Ça y est, César est mort.
César est tué, mais il n'est pas mort. Dans la conclusion des Métamorphoses, Ovide décrit Jupiter, décidant alors de faire de César une étoile et demandant à Vénus son aide. "Prends cette âme que le meurtre a séparée de son corps, et fais-en une étoile éclatante, dit Jupiter à Vénus.
Je veux que le divin Jules, du haut de sa nouvelle demeure, garde toujours les yeux fixés sur mon capitole et sur le forum." À partir de ce moment, l'Empire n'a jamais pris fin. "L'Empire n'a jamais pris fin", c'est une phrase qui est apparue dans un rêve de l'écrivain de science-fiction, Philip K.
Dick. L'annonce d'une révélation. Il était dans une librairie de livres d'occasion, il cherchait des vieux numéros de revues de SF.
Il allait de pile en pile, examinant de vieux exemplaires amochés, à la recherche d'une série nommée "L'Empire n'a jamais pris fin". S'il trouvait enfin cette série, il saurait tout. L'histoire de l'humanité serait enfin lisible, compréhensible à ses yeux. "Après tout", écrit Philip K.
Dick en 1976 dans Radio Libre Albemuth, "les États-Unis n'étaient-ils pas une extension de la République romaine à travers le temps linéaire ? De bien des façons, ils l'étaient. Sur le fond, l'Empire avait survécu.
Une langue unique, un système légal unique, une seule monnaie, de bonnes routes, et le christianisme, la religion légale de la fin de l'Empire romain. C'est un ancien combat que celui auquel je participais, pas un nouveau. Il avait été livré sans relâche durant 2000 ans.
Les noms avaient changé, les visages avaient changé, mais les adversaires demeuraient une constante permanente. L'Empire esclavagiste contre ceux qui luttaient pour la justice et la vérité. Les USA et l'URSS, réalisais-je, étaient les deux sections de l'Empire.
Au fond, il s'agissait d'une unique entité avec un unique système de valeurs. Rome s'étendait partout à travers les âges. Rome écrasait le monde de sa masse, cuirassée comme elle l'était, énorme avec ses noirs murs de métal, ses geôles et ses rues, ses chaînes et ses anneaux de fer, ses guerriers casqués.
La vision de Philip K.Dick dit vrai. L'Empire romain n'a jamais pris fin, ni aux Etats-Unis, ni en Russie, ni en France, ni ailleurs.
César s'est tout d'abord réincarné dans son neveu et fils adoptif, Octave renommé Auguste, et ensuite tout le long de l'Empire, tous les chefs d'État, d'Auguste à Macron, en passant par les rois, les empereurs, les présidents, les papes, les chefs d'entreprise, jusqu'à Mark Zuckerberg, dont le premier programme informatique était un jeu imité de Risk, où le joueur unique affrontait l'imbattable César, tous s'identifieront aux vainqueurs de la guerre des Gaules. Et ils attendront de notre part une admiration pour César qui légitimerait en retour leur pulsion tyrannique. On considère généralement que l'apparition du christianisme a signé la fin de celui-ci.
C'est exactement l'inverse. Au IVe siècle, au moment où il commence en apparence à décliner, l'Empire romain trouve une nouvelle jeunesse avec la conversion de l'Empereur Constantin. L'Église chrétienne, et plus particulièrement le catholicisme romain et son souverain pontife, vont transposer dans un univers spirituel le culte profane de l'Empereur.
Leur dieu ne sera qu'un super César, un dictateur perpétuel jouant avec ses soldats le chaud et le froid, l'autoritarisme et la licence, mais surtout autorisant les pires massacres lorsqu'ils seront réalisés pour sa plus grande gloire. Et tous les hommes de pouvoir s'inspireront de César. Les rois de France s'inspireront de César.
Les empereurs s'inspireront de César. Les dictateurs s'inspireront de César. Les présidents américains s'inspireront de César.
César donnera le terme de Kaiser en allemand et de Tsar en russe. Mais si ce qu'on a appelé le christianisme a été la composante principale de sa continuation sur les corps comme dans les âmes, la parole de Jésus, prononcée par un homme ou un dieu né à Nazareth, ayant vécu sous les règnes d'Auguste et de Tibère, a inspiré tous ceux qui ont combattu les formes successives prises par la prison romaine de Caligula à nos jours. Et si la France a consolidé son identité de fille aînée de l'Église à travers ses massacres perpétrés au nom d'un bien particulièrement discutable, elle a également été le théâtre de révoltes et de soulèvements qui sont la marque des véritables continuateurs de Jésus, ceux que l'Église appellera gnostiques, manichéens, cathares, mais qui se nommèrent eux-mêmes et que, à leur exemple nous nommerons désormais les Sans Roi.
Un nom qui renvoie à une politique et une spiritualité indissociable d'un combat contre toutes les formes spirituelles et politiques imposées d’en haut. Un nom indissociable d'un combat contre le pouvoir, d'un combat contre Rome et toutes les formes d'oppression et de domination. Un combat contre l'Empire qui, comme l'Empire lui-même, n'a jamais pris fin.
Voilà c'est la fin du premier épisode de l'Empire n'a jamais pris fin, notre nouveau programme pour Blast. Une alternative au roman national, une histoire de notre lutte contre l'Empire dans toutes ses métamorphoses, de César Macron, de Rome aux Metaverse. Celle-ci sera forcément subjective et même très subjective, même si nous essayerons d'être le le plus rigoureux possible.
Alors si celle-ci vous a plu, likez, commentez, partagez et abonnez-vous à Blast. Et comme dirait l'autre, si vous n'aimez pas mon histoire de France, écrivez la vôtre.