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interviewBFMTV· 31 janvier 2025 21 min

Budget, censure, AME...L'interview d'Amélie de Montchalin en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Amélie de Montchalin. Bonjour. Vous êtes ministre du budget et au fond c'est entre vos mains que se joue peut-être même le Premier ministre François Bayrou qui pourrait tomber d'ici mercredi. Je rappelle juste le calendrier. Depuis hier, les députés et les sénateurs ont commencé à discuter un budget commun. C'est la fameuse commission mixte paritaire. S'ils se mettent d'accord d'ici ce soir, le budget pourrait être débattu à l'Assemblée nationale en début de semaine prochaine avec ou sans 49.3, avec ou sans censure. Sauf que vous vous retrouvez presque dans un dilemme. Soit vous perdez les socialistes, soit vous perdez les patrons.

0:35
Amélie de Montchalin

Vous choisissez quoi ? Moi je choisis la France. En fait on est dans un moment d'urgence absolue. Ceux qui nous mettent la pression aujourd'hui, c'est d'abord les Français. C'est les agriculteurs, les patrons de PME, les artisans, les ménages qui disent qu'est-ce qui va se passer ? Comment cette année va se dérouler ? Et donc moi depuis que François Bayrou m'a proposé d'avoir ce rôle de ministre des Comptes publics avec Eric Lombard, avec tout le gouvernement, on a un objectif, que notre pays ait le plus vite possible un budget parce que la censure et l'absence de budget nous coûtent cher et surtout créent de l'immobilisme.

1:12
Présentateur

Alors on va voir comment vous faites pour trouver justement l'équilibre et faire en sorte que vous n'ayez pas de censure face à vous. Mais je voudrais d'abord que vous répondiez aux patrons. Les patrons c'est quand même le nerf de la guerre. C'est aussi la question de l'emploi. Vous avez entendu évidemment les propos de Bernard Arnault, le patron d'LVMH qui s'insurge contre la hausse des taxes en France et qui dit qu'il revient des États-Unis où c'est exactement l'inverse. Et il dit même pour pousser à la délocalisation c'est idéal. À cela vous aviez rajouté les propos du patron d'EDF qui dit que c'est un enfer d'investir en France.

Les patrons de Michelin, les patrons de Seb et le patron du MEDEF, Patrick Martin qui hier dit « Les patrons qui peuvent partir partent et ils ont raison ».

1:54
Amélie de Montchalin

Alors d'abord quand on écoute tous ces hommes, beaucoup d'hommes mais aussi beaucoup de femmes entrepreneurs, entrepreneuses, Bernard Arnault c'est la voix d'un artisanat français qui a conquis le monde. Donc il faut entendre. Ce que j'ai à leur dire ce matin c'est que nous sommes dans un moment exceptionnel et que ce qui est sur la table n'aurait jamais été proposé si ce n'était pas exceptionnel. Ce que j'ai à leur dire c'est que nous prenons conscience collectivement au gouvernement de l'effort que nous leur demandons dans un moment collectif d'effort. Mais ce que j'ai surtout à leur répondre c'est que ce moment n'est pas inutile.

Qu'en contrepartie le gouvernement prend aussi l'engagement exceptionnel de voir comment nous pouvons leur assurer les conditions de leur innovation, de leur présence, de la création d'emplois et de ce qui fait notre prospérité collective. Ce que j'ai à leur dire c'est qu'en 2025, nous allons, et c'est la ministre des PME par exemple, qui va relancer le très grand chantier de la simplification des normes, des procédures pour les entreprises.

2:53
Présentateur

Combien de fois on nous a fait le coup de la simplification ?

2:55
Amélie de Montchalin

Non mais regardez, là, Eric Lombard, au niveau européen, qu'est-ce qu'il voit ? Il voit Ursula von der Leyen, grâce à la France d'un engagement, lancer un très grand plan de simplification et de soutien à l'industrie. Moi je peux vous parler en tant que ministre des comptes publics. 2025, c'est l'année où nous avançons, l'équivalent de ce qui va être presque le prélèvement à la source pour les entreprises. Ça s'appelle la facturation électronique, ça va pré-remplir les déclarations de TVA que tous les patrons de France connaissent comme étant très coûteuses, très pénibles et d'ailleurs source de fraude pour l'État.

Donc ce que j'ai à leur dire, oui c'est exceptionnel, mais nous serons à la hauteur de ce moment exceptionnel pour ne pas vous cibler. Les entreprises ne sont pas des cibles. Les entreprises sont nos alliés, sont nos ancres, on a besoin de nos entreprises.

3:37
Présentateur

Ça c'est des mots, Amélie Manchalin. Quand Bernard Arnault va plus loin, il dit même, au fond, on sait que quand il y a des taxes, dans un sens, on nous dit que c'est exceptionnel, mais en fait il ne vous croit pas que vous la relèverez, que ça ne durera qu'un an.

3:49
Amélie de Montchalin

Et si dans un an la situation n'est pas meilleure que vous ? Je le dis à tous les patrons français, je suis arrivé le 23 décembre. Nous sommes arrivés avec ce gouvernement, avec Éric Lombard, avec François Bayrou le 23 décembre. Nous avions un objectif, faire en sorte que le pays reparte, qu'il ait un budget, un budget qui soit un budget de compromis. Et nous devons, et je m'engage à, faire beaucoup mieux, beaucoup mieux en 2026. Mais ce que j'ai aussi à dire en patron, c'est que oui, nous leur demandons un effort. Mais en contrepartie, l'État fait le plus gros effort d'économie qu'il n'a jamais fait depuis 25 ans.

On va y revenir, parce que franchement, ce n'est pas très convaincant sur les bases des dépenses. Nous allons baisser la dépense de l'État dans des proportions qui sont inédites depuis plus de 15 ans. Nous avons baissé sa dépense en valeur, ce qui est inédit depuis plus de 10 ans. La Cour des comptes, le Haut Conseil aux finances publiques, voit que nous faisons un effort sur notre fonctionnement, sur notre fonctionnement de l'État, qui est inédit. Mais vous savez ce qu'elle dit aussi, puisque vous le citez, le Haut Conseil aux finances publiques,

4:49
Présentateur

il dit aussi que l'effort que vous portez, il tient à 9 sur 10. 9 pour la hausse des impôts, 1 seulement, proportionnellement, 1 seulement sur la baisse des finances.

5:03
Amélie de Montchalin

Les impôts, c'est 20 milliards, les baisses de dépenses, c'est 30 milliards. Sur les 30 milliards de baisses de dépenses, il y en a 24 milliards pour l'État. C'est un effort inédit.

5:10
Présentateur

Mais alors, ça veut dire que le Haut Conseil des finances publiques a mal vu...

5:13
Amélie de Montchalin

Vous parlez d'ajustement structurel, moi je vous parle de ce qu'il y a dans le budget, que les députés et les sénateurs sont en train de regarder aujourd'hui. On est bien d'accord qu'ils disent, et il est bien écrit, que l'effort est fait.

5:25
Présentateur

9, c'est les impôts. 1, en termes de proportion, c'est les baisses des dépenses.

5:29
Amélie de Montchalin

Je pourrais, et ça va être un débat super technique, ce que dit la Cour des comptes. C'est que 1, nous avons l'impératif de faire 5,4% déficit, c'est ce que les députés et les sénateurs regardent aujourd'hui. La Cour des comptes, elle dit une deuxième chose, c'est pas que 2025 qui compte. C'est comment on désendette notre pays et qu'on a 3% de déficit d'ici 2029. Et donc je prends l'engagement et je le redis. L'effort jusqu'en 2029, et d'ailleurs vous le voyez dans le budget, il passe pas par des hausses d'impôts à tous azimuts, dans tous les sens, aucun impôt pour les classes moyennes, et c'est un choix.

Mais moi je vous dis, en 2026, l'engagement que je prends devant vous, c'est que nous allons faire beaucoup mieux, nous allons faire différemment, et nous allons faire en sorte surtout que 2025 soit une année utile, utile pour l'économie de notre pays.

6:12
Présentateur

Mais pour ça il faut que ça tienne, Amine Monchalin, vous parlez de 2026, on sait même pas si vous serez là la semaine prochaine, pardon de le dire comme ça, mais c'est vrai que c'est ça ce qui se joue ce matin, et je voudrais vous interroger aussi sur les propos des socialistes et du RN. Mais Patrick Martin, il dit cette phrase précisément, il dit les patrons qui peuvent partir partent et ils ont raison. Bernard Arnault, il dit, pour pousser à la délocalisation, c'est idéal. Est-ce que c'est une menace de délocalisation ? Est-ce que c'est une forme de chantage ?

Dans ce cas, vous n'avez pas joué au chantage avec eux, puisque vous nous redites ce matin qu'il n'est pas question de revenir sur cette taxation exceptionnelle.

6:43
Amélie de Montchalin

Là vous savez, les députés et les sénateurs, depuis hier, ils travaillent. Ils travaillent sur le budget. Le budget, on est en train de le construire. Le but c'est qu'il soit adopté et qu'il soit le fruit d'un compromis le plus vite possible. Donc non, il n'y a pas de retour en arrière. En revanche...

6:56
Présentateur

Il n'y a pas de retour en arrière ?

6:57
Amélie de Montchalin

Mais en revanche, il y aura un retour en arrière en 2026. Ce que les députés et les sénateurs sont en train d'examiner, c'est que c'est pour un an. Et vous avez la parole d'un gouvernement qui dit que 2025 doit à la fois être une année utile, digne, digne de l'effort exceptionnel que les entreprises, et en particulier les plus grandes, vont faire en 2025. Mais une année utile pour que l'année prochaine, le budget soit construit différemment. Mais moi j'ai un message à adresser à ceux qui veulent...

7:20
Présentateur

Cette fronde des patrons, c'est quand même une fronde des patrons. Vous pensez partir.

7:24
Amélie de Montchalin

Je voudrais vraiment le dire avec la femme politique engagée que je suis depuis 7 ans. Depuis 7 ans, si on regarde, la France a redonné de la compétitivité à l'emploi en France. La France, par ses choix, a largement financé l'apprentissage, c'est-à-dire l'accès aux compétences pour les PME et les entreprises. Vous ne me parlez que de points sur lesquels vous allez justement revenir en arrière. Non, sur l'apprentissage, on revient sur les dispositifs de la crise. On ne revient pas sur la réforme de 2018. Pas du tout. Mais vous revenez en arrière par rapport à ce qui a été fait jusqu'à l'année dernière. Parce qu'on était en crise. Parce que ça s'appelait le Covid.

En France, depuis 7 ans, on a soutenu les entreprises comme nulle part au monde pendant le Covid. Avec le prêt garanti, avec le fonds d'urgence. Le plan de relance en France a été un plan qui a soutenu notre transition énergétique, qui a soutenu les entreprises, qui a soutenu l'innovation. En France, il y a 2 ans, on a soutenu les PME et les entreprises face au choc de l'énergie. Donc ce que je dis aux patrons, c'est oui, nous sommes dans une situation difficile. Mais si on est honnête, je crois qu'il y a très peu de pays au monde qui, quand on est en crise, fait autant pour protéger les entreprises et les salariés.

Donc, les entrepreneurs sont des personnes que je crois engagées, que je crois sincères, que je crois patriotes. Nous sommes dans un moment difficile. Le monde entier vit une situation difficile.

8:32
Présentateur

Cette taxe exceptionnelle, juste pour qu'on comprenne bien le contour, c'est sur ceux qui produisent en France. Est-ce que ça veut dire que, par exemple, quand Bernard Arnault s'insurge, oui, LVMH va payer cette taxe, alors que, par exemple, Total, qui ne produit pas en France, ne paiera pas cette taxe ?

8:46
Amélie de Montchalin

Ça dépend de l'activité et des bénéfices faits sur l'activité française. C'est le principe de l'impôt. En tout cas, il y a quand même un problème, vous le comprenez bien. C'est pour ça que Total ne paie pas cette taxe exceptionnelle et que LVMH le paie. C'est pour ça que c'est exceptionnel. Ça touche les entreprises qui font plus qu'un milliard de chiffre d'affaires. Et je tiens à dire aussi, vous le savez, c'est qu'on a eu une dynamique de l'impôt sur les sociétés très faible en 2023-2024. Et donc, c'est bien aussi pour ça que c'est exceptionnel. Mais vous nous confirmez bien qu'effectivement, vous savez, en France, je ne peux pas taxer ce qui se passe à l'extérieur de nos frontières.

9:13
Présentateur

Ça veut dire que LVMH paiera, Total ne paiera pas.

9:15
Amélie de Montchalin

Non, mais Total paye des impôts, les entreprises payent des impôts. Simplement, moi, je suis ministre des comptes publics français. Je ne peux pas, de là où je suis, faire l'impôt des activités qui se passent hors de France. Et je pense que tout le monde comprend bien ce matin la différence. Vous dites donc ce matin, à midi de Montchalin, au patron, en gros, tenez bon, merci de l'effort que vous faites. On tient avec vous, on s'engage avec vous. On va faire des choses que vous demandez depuis très longtemps, de simplification. On va faire et on porte au niveau européen des choses que vous demandez depuis très longtemps, sur l'industrialisation.

On va faire et on porte des choses que vous demandez depuis très longtemps, sur l'innovation.

9:45
Présentateur

Oui, mais par exemple, quand vous parlez de la facturation électronique, je veux bien le croire, mais c'était déjà promis par Bruno Le Maire. C'était déjà Bruno Le Maire qui le promettais. Mais ce n'est pas vous qui sortez ça en échange de ces réformes.

9:56
Amélie de Montchalin

Vous savez, ces réformes, vous vous souvenez du prélèvement à la source quand Gérald Darmanin a porté un chantier que tout le monde pensait perdu d'avance, très difficile et potentiellement... À l'époque où il était ministre du budget. ...un échec. Eh bien moi, je suis dans la même position que lui. Dans un an, nous devons mettre en place ce qui sera l'équivalent du prélèvement à la source pour les entreprises françaises. C'est à la fois moins de fraude, comme le prélèvement à la source, d'ailleurs, qui a réduit beaucoup de fraude sur la pôle sur le revenu. Et c'est pour les PME et tout le tissu industriel de notre pays aussi un choc de modernité.

Mais la facturation électronique, c'est un choc de modernité.

10:24
Présentateur

La France se met au niveau et elle gagne en compétitivité. Vous espérez que cela aura convaincu les patrons. Reste à convaincre maintenant les socialistes et le RN. Les socialistes d'abord. Deux demandes en particulier. L'une sur l'AME, l'aide médicale d'État. Elle devait être rabotée de 200 millions d'euros. C'est ce qu'a décidé le Sénat. Est-ce que vous vous engagez ce matin à ce qu'il n'y ait pas de réduction de l'aide médicale d'État ?

10:47
Amélie de Montchalin

Ce matin, ce n'est pas à moi qu'il faut aujourd'hui s'adresser sur ce sujet. C'est un compromis que les parlementaires doivent et vont, et j'espère vraiment activement. Oui, mais les parlementaires, la majorité dans cette commission, ils ne prennent pas leurs ordres au gouvernement. Nous sommes dans un moment démocratique inédit. Les députés, les sénateurs, en conscience, en responsabilité, et je veux saluer leurs responsabilités, sont actuellement en train de bâtir ce compromis. Je leur fais confiance. Mais sur l'AME, si on veut juste expliquer aux gens de quoi on parle, il y a d'une part un sujet budgétaire. C'est le sujet de ce matin.

Quel est le montant de la ligne qui est dédiée à ce sujet ? Mais il y a un sujet ensuite de politique de santé, une politique migratoire. Vous avez un homme de gauche et un homme de droite, Claude Évin et Patrick Stéphanini, qui ont proposé, au fond, de gagner en efficacité, de réduire certains abus, et qui ont fait des propositions. Ce que je dis, c'est que ces propositions méritent un débat en soi. Ce n'est pas ce matin, entre le budget de l'écologie et le budget du sport, que les députés de la Commission des finances et les sénateurs de la Commission des finances vont le régler.

Sauf que les socialistes, ils disent, s'il y a une baisse de 200 millions d'euros, ça fait partie de nos lignes rouges. Et donc, c'est pour ça qu'il y a du travail ce matin. Ce que je vous dis, c'est que... Ils ne peuvent obtenir gain de cause là-dessus ? Mais c'est un compromis. Je ne suis pas dans la pièce. Je souhaite, pour mon pays, que nous trouvions un compromis sur ce sujet. Et je dis que, par ailleurs, il y a des sujets qui sont aussi dans le débat, qui n'ont pas à être traités et qui, à mes yeux, ne doivent pas être traités ce matin, je vous dis, entre le budget de l'écologie et du sport, qui sont des sujets de nuance et d'efficacité. Et il y a une question...

Nuance sur « on doit soigner, évidemment », mais aussi nuance sur le fait qu'évidemment, on doit combattre les abus. Et ça, c'est un débat en soi. Je n'ai pas peur de ces bas. Mais ce n'est pas le débat de ce matin. Vous auriez dit submersion, d'ailleurs, vous ? Moi, je vois qu'on a un Premier ministre qui a des valeurs. Il n'a pas dit submersion. Submersion migratoire. Risque de submersion migratoire. Non, il n'a pas dit ça. Il a dit qu'il y avait un sentiment dans le pays qui devait nous faire ouvrir les yeux. Et je suis, moi, vous savez, très heureuse et à l'aise.

Je suis très à l'aise, même heureuse, de participer à un gouvernement où, sous l'autorité de François Bayrou, vous avez des gens qui ont des sensibilités, qui ont des convictions différentes, mais qui sont d'accord sur l'essentiel. Et l'essentiel, c'est quoi ? C'est que dans ce gouvernement, nous n'avons aucune difficulté à nous dire que notre priorité, c'est de lutter contre l'immigration illégale et les trafiquants humains. Et nous n'avons aucune difficulté à nous dire aussi que dans notre pays, quand on travaille, quand on s'intègre, on doit aussi lutter contre les discriminations et que chacun a sa place. Eh bien, moi, vous voyez cette ligne-là, elle me convient parfaitement.

Est-ce qu'il y aura, oui ou non, une augmentation du SMIC ? Mais là aussi, reprenons les choses correctement. Le Premier ministre, il y a exactement dix jours, monte à la tribune de l'Assemblée nationale et dit « Je vous annonce que ce gouvernement veut ouvrir une conférence avec les partenaires sociaux sur le travail, sur les salaires et sur les carrières. »

13:29
Présentateur

Mais mes confrères des Echos croient savoir, et ils le disent ce matin, que François Bayrou a fermé la porte à une augmentation de 1% du SMIC. Non, il n'a pas fermé la porte. Il n'a pas fermé la porte, vous nous le dites ce matin.

13:39
Amélie de Montchalin

Parce que si vous dites qu'il y a une conférence sur le travail et les salaires, si la ministre du Travail pilote cette conférence, et si déjà vous dites « Voilà, on a déjà décidé tout ce qui était autorisé, tout ce qui était interdit, tout ce qui se passerait », pourquoi on fait des compromis ? Moi, je crois à la démocratie sociale. On y croit sur les retraites. On y croit sur le travail. On y croit sur le SMIC. Je crois aussi à la démocratie représentative. C'est pour ça que ce moment démocratique, c'est un moment où, vous voyez, je vous parle très clairement. Je vous dis ce qu'on voudrait. Je vous dis ce qu'on a poussé dans le compromis. Et je vous dis aussi ce qu'on ne veut pas.

Et ce compromis, moi, je suis très fière d'une chose. C'est que le budget qu'aujourd'hui, les sénateurs et les députés, c'est un meilleur budget. Mais Amine Monchard, il faut aussi que vous-même vous vous engagez là-dessus.

14:16
Présentateur

Est-ce que, oui ou non, vous souhaitez, par exemple, et est-ce qu'on en a les moyens, augmenter d'un pour cent le SMIC ?

14:21
Amélie de Montchalin

Mais si les partenaires sociaux se réunissent, si le patronat et les syndicats, en regardant le sujet des salaires, la fameuse dé-smicardisation, disent que la manière d'y arriver, c'est qu'on fasse telle réforme, telle mesure. Ce n'est pas à moi ce matin, le 31 janvier, alors qu'on est en train de chercher un budget, de décider ça.

14:38
Présentateur

En tout cas, vous nous dites ce matin que la porte n'est pas fermée là-dessus. Je voudrais vous interroger aussi sur les demandes de l'autre côté, c'est-à-dire du côté du RN. Donc, on l'a bien compris, sur les deux points qui crispent encore les socialistes, qui sont la question de l'augmentation du SMIC ou la question de l'AME, tout est ouvert.

14:52
Amélie de Montchalin

Je peux vous dire quelque chose sur les socialistes ? Depuis un mois, il y a eu beaucoup de gens qui vous ont dit « Ah là là, c'est une négociation, porte fermée, dans le secret ». Pas du tout. D'abord, je veux saluer l'engagement de tous les groupes politiques qui, en responsabilité face au péril que vit notre pays, sont venus tous travailler, à bâtir un compromis. Et ce que je peux vous dire, c'est que le texte sur lequel ils travaillent tous ce matin, et qu'ils ont travaillé hier, c'est un meilleur budget pour les Français.

Parce que les propositions exigeantes des uns et des autres, des socialistes, des différents groupes, des oppositions, qui ont été mises sur la table et que nous avons, avec Éric Lombard, intégrées dans ce qui nous semblait être une proposition de compromis, nous amènent à être dans un meilleur budget pour les Français. Un meilleur budget pour le futur, parce qu'on a remis des moyens pour la recherche, pour la transition écologique. Un meilleur budget pour nos enfants, parce qu'on a remis de l'argent, et plus qu'on imaginait dans l'éducation avec les canupines enseignants, notamment pour un certain nombre de territoires ruraux. Un meilleur budget pour notre pays.

Et c'est ça qui, moi, aujourd'hui... Et vous pensez, au moment où on se parle, Amélie Manchalin, que les socialistes ne censureront pas ? En tout cas, c'est tout. Le sujet, c'est est-ce que dans notre pays, on peut avoir des groupes d'opposition ? Et les socialistes vont rester dans l'opposition. On ne leur a jamais proposé un contrat de majorité. On ne leur dit pas, vous votez le budget. Votez le budget, en général, ça veut dire rejoindre la majorité.

16:07
Présentateur

Mais vous espérez qu'ils ne voteront pas la censure ?

16:10
Amélie de Montchalin

Mais on peut, dans notre pays, et je crois que pendant des années, on a eu des oppositions qui ne bloquaient pas. On a eu des oppositions qui ne censuraient pas. Et ce qu'on a voulu chercher, c'est retrouver ce point-là, ce point d'équilibre, ce point de compromis, où on peut, dans notre pays, tout à fait être dans l'opposition, et c'est un droit légitime, sans aller jusqu'à la censure et au blocage que les extrêmes ont beaucoup attisé. Amélie Manchalin, le RN bloc notamment

16:30
Présentateur

sur un article du budget sur les tarifs de l'électricité. Et ça, franchement, moi, j'hallucine. Parce que ça fait des années maintenant, depuis le début de la guerre en Ukraine, et de la conséquence notamment sur l'inflation, sur les prix de l'électricité. J'ai eu devant moi nombre de vos prédécesseurs, et notamment Bruno Le Maire, qui affirmait qu'il n'était pas question que la France fasse payer aux Français plus cher l'électricité qu'on ne l'a produit, et que c'était un mécanisme de facturation européen auquel il allait mettre fin.

On est trois ans plus tard, et il y a toujours cet article 4 dans le budget qui montre qu'en fait, on va toujours faire payer l'électricité plus cher aux Français,

17:05
Amélie de Montchalin

plus cher qu'on ne l'a produit. Là aussi, la CMP se tient. Mais la conviction du gouvernement, c'est quatre choses très simples sur lesquelles je crois que nous avons un consensus national. Le compromis, ce n'est pas le consensus mou. Non, mais pendant ce temps-là, l'Espagne et le Portugal sont sortis de ce système, et aujourd'hui, ils ont un système budgétaire

17:22
Présentateur

et un équilibre de leur compte qui est bien meilleur que le nôtre. On est d'accord. Pas qu'à cause de l'électricité.

17:26
Amélie de Montchalin

Non, mais en partie. Si on regarde ce qu'il y a dans cet article, le premier point, c'est que nous voulons continuer à avoir des prix régulés. Régulés, c'est-à-dire des prix qui ne soient pas comme ce qu'on voit dans les pays nordiques, notamment, où tous les matins, vous savez, les gens se lèvent et regardent le prix de l'électricité. Parfois, ça change même dans la journée. Parfois, on fait sa machine à laver en fonction du prix de l'électricité. Ce n'est pas ce que nous voulons. On ne le veut pas parce qu'on ne veut pas que ça bouge tous les jours. Et on veut aussi que nos entreprises aient de la prévisibilité. On en a parlé des entreprises.

Une partie aussi de notre compétitivité vient de cette capacité à avoir des prix d'énergie prévisibles et faibles grâce au nucléaire. Donc, un, on croit à la régulation. Deux, on a tiré les conséquences de la crise 2022. Et le mécanisme que nous proposons, il est très protecteur si nous avions à revivre des crises violentes de hausses d'énergie. Et puis, troisième élément, il y a un consensus aujourd'hui qui se dégage sur l'importance du nucléaire parce que c'est une énergie fiable et c'est une énergie souveraine. Et cet accord, cet article, il permet aussi à EDF de continuer à entretenir et à investir le nucléaire.

Mais donc, ce que j'ai à vous dire, c'est que si on n'a pas cet article, vous savez ce qui se passe ? C'est que nous n'avons aucune idée de ce qui se passerait en 2026. Je pense que les Français, les entreprises, les petites entreprises, les grandes entreprises, tout le monde a besoin de savoir ce qui se passe en 2026. C'est la proposition.

18:41
Présentateur

J'ai encore deux questions très précises à vous poser, Amélie de Montchalin, sur la question de la croissance et sur la question du déficit. Sur la question de la croissance, hier, la croissance de la France est passée dans le rouge. Le PIB est en repli de 0,1%. Est-ce que vous maintenez votre prévision... Au quatrième trimestre. Au quatrième trimestre. Est-ce que vous maintenez malgré tout votre prévision de croissance ? Vous l'avez fixé à 0,9% pour 2025, là où la plupart des économistes tablent sur 0,7% au mieux.

19:05
Amélie de Montchalin

Alors, la Cour des comptes, à qui on a envoyé notre prévision de croissance la semaine dernière, pas hier, mais la semaine dernière, nous dit, votre prévision, elle est un peu optimiste, mais elle est atteignable. Et donc, je n'ai pas de raison aujourd'hui de changer la prévision de croissance. Ce que je peux vous dire aussi, c'est qu'une partie de la baisse de croissance qu'on observe, et dans les chiffres d'hier, ça se voit, c'est que la censure, l'incertitude, l'absence de budget pèsent énormément. Et donc, oui, nous avons, avec le retour d'un budget clair, d'un budget qui, je l'espère, sera l'objet d'un compromis, permettre aux Français à l'économie de repartir.

19:39
Présentateur

Dernière question, est-ce que vous promettez toujours d'atteindre 5,4% de déficit, ou est-ce qu'il ne serait pas plus réaliste de dire que ce sera 5,5 ?

19:47
Amélie de Montchalin

Ce n'est pas une promesse. Là aussi, la Cour des comptes, on le dit, c'est un impératif. Pourquoi on est fixé sur ce chiffre ? Parce que si on n'a pas un cap clair, c'est l'endettement, c'est le surendettement. Et le surendettement, vous savez, il y a un homme de gauche, Pierre Bindès France, qui disait, vous savez, ceux qui croient au système public, au service public, à la redistribution, devraient plus que les autres s'intéresser aux comptes publics. Et moi, je crois que, parce que nous voulons conserver un système public français qui fonctionne, nous devons avoir une stratégie de désendettement.

Elle commence par 5,4 en 2025, 3% de déficit en 2029, et vous avez ma parole, c'est l'engagement que nous prenons, c'est le compromis qui est en train de se bâtir, et oui, le coût du compromis, il a été intégré dans l'impératif que nous avons de réduire les déficits. Et vous maintenez donc

20:34
Présentateur

les 5,4.

20:34
Amélie de Montchalin

Merci beaucoup. Merci beaucoup.

20:36
Locuteur

Merci. Merci. Merci.

Budget, censure, AME...L'interview d'Amélie de Montchalin en intégralité — Amélie de Montchalin · Pourquijevote