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interviewJean-Luc Mélenchon· 21 janvier 2023 5 min

Retraites : nous défendons le droit au temps libre - #Marche21Janvier

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Jean-Luc Mélenchon

La vérité, c'est qu'ils n'ont pas compris pourquoi nous sommes là. Nous ne défendons pas seulement, mais ce serait suffisant, le droit de marquer la pause dans l'existence. Mais surtout, nous disons, le temps de la vie, celui qui compte, ce n'est pas seulement celui que vous croyez utile, parce qu'il produit le temps, n'est pas seulement le temps contraint qui est socialement utile, celui du travail. C'est aussi le temps libre, et le temps libre, c'est le temps de la vie, non pas inactive, mais de la vie dont on dispose soi-même, où l'on décide soi-même de ce que l'on va faire.

C'est-à-dire, vivre humainement et socialement, pour y faire, non pas ce que d'autres ont décidé, mais que ce que soi-même on a décidé de faire. Vivre, aimer, ne rien faire si l'on veut, s'occuper des siens, lire de la poésie, faire de la peinture, chanter, ou ne rien faire. Le temps libre est celui où nous avons la possibilité d'être totalement humains. Voilà de quoi nous parlons. Et eux, ils disent, il faut travailler davantage. Mais alors, nous, nous demandons, pourquoi faire ? Pourquoi, quand la tendance générale du siècle passé a été de diviser le temps de travail nécessaire par deux, qui ont augmenté ce que l'on appelle la richesse, par 50, pourquoi faudrait-il travailler davantage ?

Pourquoi faudrait-il produire davantage ? Non ! La clé de l'avenir et du futur, ce n'est pas de produire davantage. Parce que ça, c'est la mort assurée de la planète. Ce qu'ils produisent en plus, c'est du jetable. Ce qu'ils produisent en plus, c'est du gâchis. Quand 30% de la production agricole s'en va en gâchis, quand chaque personne dans sa vie est conduite involontairement à détruire tant de kilos de nourriture, la question posée n'est pas celle de produire davantage, c'est de produire mieux. Et pour le faire, il faut travailler moins. La clé du futur écologique, c'est qu'il faut travailler mieux, donc travailler moins.

Et en travaillant moins, la peine pourrait être répartie plus également entre tous. Si bien que travailler moins, c'est travailler tous, et c'est paier moins. C'est ce que nous sommes en train de faire. Nous sommes en train de défendre le droit de vivre pleinement, humainement, dans un temps libre, dans un temps auto-choisi. Et que veulent-ils faire ? Ce qu'ils font toujours, c'est-à-dire essayer de transformer toute chose, vivante ou inanimée, la transformer en marchandise. Eh bien, les deux années qu'ils veulent vous prendre ne feront pas travailler une seule personne de plus.

Je le sais bien, ce sera des chômeurs de plus, ce sera des malades de plus, mais ce sera surtout de la vie en moins. Et cette vie qu'ils veulent marchandiser, allez travailler, disent-ils. Mais alors, qui va faire ce qui est fait aujourd'hui, dans le temps libre, dans le temps gratuit ? Vous autres qui vous occupez de vos petits-enfants à cette occasion, même quand ils vous énervent. Eh bien, ce temps de vie qui leur permet à eux, les petits, d'être pleinement humains, parce qu'ils ont ce rapport avec vous, qui va le faire ? Vous allez donc payer quelqu'un pour le faire ?

C'est-à-dire que vous aurez transformé en marchandise ce qui était avant de l'amour gratuit, du don de soi, du partage, de la construction humaine d'une génération à l'autre. Voyez ce que vous voulez faire, M. Macron ! Soyez maudits pour vous transformer toute notre existence en marchandises, comme vous l'avez fait avec la santé, comme vous êtes en train de le faire dans l'éducation, au prix de cette monstrueuse grossièreté qui s'appelle Parcoursup, à bas Parcoursup. Soyez maudits pour vouloir tout transformer en marchandises, tout salir, tout gâcher, tout réduire, tout quantifier.

Laissez ce grand souffle que l'on voit ici dans ces rues, de ces gens magnifiques qui viennent de tous les horizons et pour toutes les raisons, vous dire le seul slogan qui vaille, vive la vie, à bas la mort !