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interviewLCP (sur YouTube)· 30 mai 2026 14 min

Paul Midy, député "Ensemble pour la République" de l'Essonne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Il a été entrepreneur, patron de start-up et consultant chez McKinsey. Mon invité avait tout pour rejoindre Emmanuel Macron dès 2017 mais c'est finalement en 2022 qu'il est devenu député. Il se bat aujourd'hui à l'Assemblée pour mieux réguler Internet.

Générique --- Bonjour Paul Midy. -Bonjour. -Dans les portraits de vous qu'ont fait les journalistes un truc revient souvent.

Aux dernières législatives, vous êtes un des seuls à avoir mis Emmanuel Macron sur vos affiches. Ca veut dire quoi ? Que s'il ne devait en rester qu'un, ce serait vous ? -C'était d'abord par cohérence et par clarté auprès de mes électeurs.

Moi, j'avais mis Emmanuel Macron sur mes affiches. -On le voit là. -En 2022.

Et parfois, il faut être très simple. En plus, le nom de notre parti a changé plusieurs fois. En Marche, La République en Marche, Renaissance.

Après, le nom de notre groupe, c'est Ensemble pour la République. Ca peut générer un peu de confusion pour les électeurs. Donc, il faut être simple. -Et le visage d'Emmanuel Macron, ça parle à tout le monde ? -Oui, il ne faut pas faire semblant.

Et donc la bonne nouvelle, c'est que j'ai quand même été réélu, et mieux réélu qu'élu. -En 2022, ça a été très serré, on va en parler. Sur le papier, vous êtes un peu le portrait-robot du candidat macroniste, parce que vous avez créé votre propre entreprise en sortant de Polytechnique, vous avez travaillé pour le cabinet McKinsey, on a beaucoup parlé sur le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, vous avez dirigé plusieurs start-up, on les voit s'afficher.

Jumia, c'est une licorne. Elle n'est pas très connue en France, mais elle est valorisée à plus d'un milliard. Et c'est une licorne africaine.

Et puis Frichty également. Donc, vous aviez tout pour vous engager dès 2017, sauf que non, vous ne vous êtes pas engagé dès 2017. Pourquoi ? -Parce qu'en 2017, j'étais justement en Afrique pour développer Jumia.

Donc Jumia, c'est l'équivalent du Amazon africain, c'est du e-commerce. J'avais des équipes dans une vingtaine de pays en Afrique. C'est une entreprise qui a valu jusqu'à cinq milliards d'euros, qui a embauché jusqu'à 5 000 personnes.

Donc on a créé des milliers d'emplois. Et c'est ça, moi, mon ADN. J'ai d'abord un ADN d'entrepreneur.

Mais donc, en 2017, j'étais en train de créer des emplois. -Ca n'a pas été un peu frustrant de voir cette aventure qui vous correspondait, j'imagine, cette aventure politique se lancer sans vous ? -Je vous assure que je n'étais pas du tout frustré en 2017 parce que je m'éclatais dans mon rôle d'entrepreneur avec une entreprise qui marchait vraiment très bien. et où on crée beaucoup d'emplois.

C'est ça qui était très important. C'est-à-dire, c'est aussi ça la base de mon engagement politique, c'est d'avoir de l'impact autour de moi quand on arrive à créer des emplois, à augmenter les salaires et à donner des perspectives très concrètes à des milliers de personnes, c'est très satisfaisant. -La même satisfaction quand on fait voter une loi à laquelle on tient. -Oui, c'est assez différent.

Parce que voter une loi à laquelle on tient, c'est très satisfaisant, mais c'est le début uniquement. Voter une loi, c'est juste un truc qui est écrit au journal officiel. Ca ne change pas encore la vie des gens. -Donc vous êtes monté à bord du train En Marche, c'est le cas de le dire.

C'était en 2019. -Pas mal. -Sauf que vous n'êtes pas passé par la case élection.

Vous êtes directement devenu directeur général du mouvement La République En Marche. C'est plutôt rare comme trajectoire. Comment vous avez obtenu le job ? -En fait, ce que je savais faire, moi, à l'époque, c'était de diriger des organisations.

Et un parti politique, c'est une PME. A l'époque, La République En Marche, c'était 120 salariés. Et puis, vous aviez des centaines de milliers d'adhérents et des cadres locaux.

C'est une grosse machine à gérer. Et donc, j'ai appelé Stanislas Guérini quand il a été élu à la tête de La République En Marche. Et je lui ai dit que j'étais disponible.

J'avais très envie de rejoindre l'aventure. Et voilà, c'est comme ça que ça s'est fait. -L'onction du suffrage universel, elle est venue en 2022, au terme d'une campagne très serrée face à un ancien macroniste, le mathématicien Cédric Villani.

Ca s'est joué à 19 voix, c'est rien du tout. On revoit trois petits extraits de reportages qui étaient consacrés à votre campagne. *-J'appelle à tous les électeurs qui veulent éviter de donner de la force à M.

Mélenchon et à l'extrême gauche. *Portez votre vote sur ma candidature au second tour. *Moi, Paul Midy, je suis le candidat d'Emmanuel Macron. *Cédric Villani, aujourd'hui, c'est le candidat de Jean-Luc Mélenchon. *Moi, je suis le candidat d'Emmanuel Macron. *Et lui, celui de M.

Mélenchon. -C'est un peu comme avec les affiches. Vous, en politique, il faut faire simple.

Quand il y a une punchline... -Bien sûr, il faut faire très simple.

Car l'enjeu numéro un, puisque Cédric Villani, en 2017 avait été élu sur le programme d'Emmanuel Macron, avec beaucoup de notoriété. Il est très respecté sur le plateau de Saclay, qui est ma circonscription. Médaille Fields. -Oui, c'est le premier pôle d'enseignement supérieur de recherche d'innovation en Europe.

Et il fallait bien expliquer que Cédric Villani, maintenant, était le candidat de Jean-Luc Mélenchon, vous savez, c'était la NUPES. Le slogan était : "Mélenchon, premier ministre" il faut se souvenir. Donc, c'était la NUPES, et il fallait bien expliquer que Cédric Villani c'était le candidat de Jean-Luc Mélenchon pour qu'il soit Premier ministre, et moi j'étais le candidat du Président de la République.

Donc j'ai répété ça un certain nombre de fois pendant cette campagne. -Et ça a fini par payer, car vous étiez largement devancé au premier tour et vous l'emportez avec 19 voix au second tour. Dix-neuf voix, ça correspond à quoi dans une campagne ?

Une matinée de porte-à-porte ? -Oui, un petit peu plus que ça, mais moi, j'avais tout donné, franchement. J'avais vraiment fait une énorme campagne de terrain.

J'avais fait beaucoup, beaucoup, de porte-à-porte. Mes concitoyens l'avaient vu et ça m'a permis de créer une connexion, une relation avec eux. Je me souviens, même le dernier jour de campagne, c'était jour de canicule.

J'étais en costume, dégoulinant. J'ai vu que des gens dans ma circonscription se sont dit : "Lui, c'est un warrior". Mais voilà, c'est ça, c'est une campagne au bout.

Pour la petite anecdote, ce qui était amusant, après, j'ai reçu beaucoup d'emails de mes concitoyens dans la circonscription en disant : "Je fais partie des 19 personnes" qui m'ont permis d'être élu. "J'ai besoin de tel ou tel. Aidez-moi sur ça." Et j'en ai reçu beaucoup plus que 19.

C'était très sympa. -Donc à peine élu, vous êtes spécialisé, logique, dans tout ce qui touche aux start-up, à leur financement. Et plus globalement à Internet et notamment à la régulation d'Internet.

Vous avez été rapporteur de la loi pour sécuriser et réguler l'espace numérique. Et vous avez fait une proposition qui a fait beaucoup réagir. Vous avez dit : "Il faut mettre fin à l'anonymat sur Internet." "C'est devenu le Far West." "Il faut mettre en place le pseudonymat." C'est quoi ? -C'est juste faire comme dans la vie réelle.

Quand vous êtes dans la rue, vous n'avez pas votre nom sur votre veste, bien sûr. Par contre, si vous êtes arrêté par la police parce que vous faites quelque chose d'illégal, vous êtes obligé de décliner votre identité. Et si vous ne déclinez pas votre identité, la police peut vous emmener en garde à vue. -Dès qu'on s'inscrit sur un réseau social, on peut rester anonyme, mais le réseau, lui, il connaît votre nom ? -Oui, exactement.

Il faut que l'identité soit vérifiée, qu'elle ne soit pas accessible forcément au réseau social lui-même, mais que sur demande de la police et de la justice, si vous avez fait quelque chose d'illégal, par exemple harceler une jeune fille qui va se suicider après, à la suite de vos harcèlements sur les réseaux sociaux...

Non, mais pas vous, mais comme ça se passe malheureusement tous les 15 jours en moyenne sur les réseaux sociaux, si vous avez fait ça, la justice et la police doivent pouvoir avoir accès à votre identité pour savoir quelle est la personne physique qui possède le compte, et donc pouvoir intervenir. -Mais vos adversaires ont beaucoup critiqué cet outil que vous vouliez mettre en place en disant : "Mis entre de mauvaises mains, entre les mains d'un gouvernement mal intentionné, ça devient un outil de surveillance redoutable de la population." -Les adversaires, c'était le camp populiste, RN et LFI, mais 87 % des Français sont favorables à cette mesure.

Non à l'anonymat, oui au pseudonymat. -Plus récemment, vous avez déposé un autre texte sur Internet, sur les réseaux sociaux, on parle plus particulièrement, pour défendre ce que vous appelez le pluralisme algorithmique. Derrière cette formule un peu compliquée, l'idée est simple. -Ce n'est pas ma formule. -C'était dans la presse. -Oui, mais ce n'était pas entre guillemets, je pense.

Non, pour bien expliquer, c'est comme vous le savez, à la télévision, à la radio, ça fait 40 ans que ce sont les médias d'information en France et depuis 40 ans, on a mis en place des règles de pluralisme à la télévision et à la radio. Pourquoi ? Pour ne pas que la majorité soit écrasante dans les médias et pour que des petits partis puissent avoir voix au chapitre et s'exprimer. -Votre idée, c'est d'appliquer ça aussi aux réseaux sociaux. -Maintenant, les réseaux sociaux sont le média d'information numéro un pour les Français jusqu'à 35 ans.

Et pour la moitié des Français, c'est un média d'information qu'ils utilisent quotidiennement. C'est un espace de liberté, mais c'est aussi devenu un espace de bordel, de chaos et de Far West. Il faut être clair.

Je vais vous donner une anecdote très concrète. J'ai eu cette idée lors de la campagne de la dissolution. Des parents m'ont alerté, m'ont montré le téléphone de leurs enfants.

Une vidéo sur trois sur TikTok, c'est une vidéo de Jordan Bardella. Elle n'est pas abonnée à son compte, elle ne vote pas Rassemblement national. Une vidéo sur trois, c'est une vidéo de Jordan Bardella.

Veut-on laisser l'algorithme chinois de TikTok définir les vidéos des hommes politiques qu'ils vont envoyer à nos enfants ? Ou est-ce qu'on veut que des règles de pluralisme s'appliquent comme à la télévision ? Moi, j'ai ma réponse. -On va revenir en arrière pour évoquer votre parcours et votre rapport à la politique.

Dans une interview, vous avez dit : "On m'a poussé à travailler dans le privé, à avoir une carrière, mais l'envie d'un jour prendre des responsabilités et de faire de la politique me trottait dans la tête". Cette carrière de start-upper n'était pas votre choix ? Je viens d'une famille d'ingénieurs, avec notamment une figure dans ma famille, celle de mon grand-oncle, qui était polytechnicien, un des dirigeants d'EDF, qui participe à la construction de centrales nucléaires et de notre parc nucléaire français.

J'ai été baigné dans cette ambiance-là, et dans une ambiance où personne ne faisait de la politique, et c'était plutôt mal vu, et c'était toujours assez mal vu. -Comment ça, mal vu, s'intéresser à la politique ? -Dans ma famille, c'est bien d'être ingénieur, mais faire de la politique, ce n'est pas un vrai métier et c'est sale.

Voilà. Il faut être simple, c'est comme ça que c'est vu. -Parce que la politique, vous y êtes intéressé assez jeune. -Vous êtes engagé dès 2007 pour Nicolas Sarkozy à l'époque.

Et ensuite au sein du mouvement des jeunes pop, le mouvement des jeunes populaires de l'UMP. Ca a été formateur pour vous ce moment-là ? -Oui, très formateur.

D'abord, c'était un moment où il se passait beaucoup de choses, où Nicolas Sarkozy a été élu. C'était une belle aventure humaine. -Vous avez même rencontré de futurs macronistes à l'époque.

J'ai retrouvé une photo de vous dans un groupe des jeunes pop où il y a Aurore Berger. -Bien sûr. C'est la magie de Facebook.

Aurore Berger, Alexandre Brugère, qui est maintenant préfet des Hauts-de-Seine, excellent préfet. Je vois plusieurs élus. Oui, oui, on était au Bureau national des jeunes populaires, bien sûr. -On va conclure l'émission avec notre petit quiz.

C'est un moyen de mieux découvrir les députés. -Voter Jean-Pierre Chevènement en 2002, c'était... -C'était déjà une forme de dépassement politique. -Ah, c'était ça qui vous a... -Oui, bien sûr.

Moi, je pense qu'il y a une majorité de Français qui ne veulent pas choisir entre une économie capable de fournir des bons salaires, de la fermeté sur le régalien, et c'était ce que représentait aussi Jean-Pierre Chevènement à l'époque, faire la transition écologique et continuer le progrès social. -En tant qu'ancien gendarme, vous avez été gendarme dans le cadre de vos études polytechniques. -Exactement.

Car à l'école polytechnique, on fait encore le service militaire la première année. J'ai choisi de le faire dans la gendarmerie. -Vous avez porté le képi ? -Bien sûr.

J'ai porté une arme aussi. J'ai appris à tirer. J'ai fait du maintien de l'ordre, des enquêtes.

C'est une institution exceptionnelle avec des gens très engagés. On a besoin d'eux. Je remercie leur engagement.

Quand on est gendarme, c'est 24 heures sur 24, sept jours sur sept. -Comme quand on est député ? -Il n'y a pas d'horaire.

Oui, mais bon, il y a plus de chance quand on vous appelle la nuit étant gendarme qu'étant député. -Enfin, les bonbons et moi... -C'est un gros problème. -Vous vouliez être marchand de bonbons, enfant. -Marchand de bonbons pour d'abord tous les manger.

C'était quand même ça l'objectif numéro un. Moi, je ne résiste pas. Ca, mes collègues savent que dans l'hémicycle, dès qu'on va m'en proposer, je vais en manger.

J'adore. J'essaie de me restreindre pour garder la ligne. -Vous avez de la marge. -Trop de sucre, mais je suis incapable de m'arrêter si on me met un paquet de bonbons en face de moi. -Merci beaucoup Paul Midy d'être venu. -Merci.

Générique de fin