Ukraine : et si Poutine perdait ? - C dans l’air - 24.02.2026
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Elu service client de l'année. ... - A.Casse: Bonsoir.
Bienvenue. On la voyait s'enliser, la guerre en Ukraine ne serait-elle pas en train de basculer? Les Ukrainiens ont réalisé la plus grande avancée depuis 2023.
Pour la 1re fois depuis le début de la guerre, la Russie n'arrive plus à renouveler ses troupes sur le terrain. Comment va réagir V.Poutine, qui n'a jamais été autant affaibli qu'aujourd'hui?
Il peut toujours compter sur le soutien obstiné de V.Orban qui bloque l'aide européenne. Ce soir, avec nous, le général D.Trinquand.
Vous êtes ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU. M.Van Renterghem, vous êtes grand reporter, chroniqueuse à "L'Express".
C.Amoursky, vous êtes reporter de guerre. Je rappelle votre livre.
A.Pirot, vous êtes journaliste et réalisateur, spécialiste des questions de défense. L'image est terrible.
Au moment où V.Zelensky dit que la Troisième Guerre mondiale a commencé, U.von der Leyen arrive à Kiev les mains vides.
Pas de prêt pour l'Ukraine à cause du chantage de V.Orban. - M.Van Renterghem: Il fait exception dans cette Europe clivée et ces anciens pays du pacte de Varsovie qui sont très méfiants vis-à-vis de la Russie de Poutine parce qu'ils en ont eu l'expérience et qu'ils ont éprouvé dans leur chair la menace russe.
V.Orban devrait faire partie de cette équipe mais il fait exception, pour des raisons essentiellement de corruption. C'est une kleptocratie.
Il partage une fonction du pouvoir qui consiste à enrichir ses amis. Il partage aussi avec Poutine la conception de l'autocratie. Il a besoin du gaz russe.
Il est le cheval de Troie poutino-trumpien au sein de l'UE. Il partage l'ambition de détruire l'UE. - A.Casse: On verra comment l'Europe peut répondre.
On vit un moment de bascule. Vous nous alertiez dessus, A.Pirot.
La Russie n'arrive plus à renouveler ses troupes. - A.Pirot: C'est un des éléments-clés de cette date anniversaire.
Pour la première fois depuis 4 ans, nous-mêmes, nous étions surpris de la capacité des Russes, malgré des pertes extrêmement importantes chaque semaine et chaque mois à renouveler les effectifs, souvent avec des campagnes de recrutement forcé où un certain nombre de rapts volontaires dans des usines...
En décembre et en janvier, se confirme l'idée qu'il y a moins de recrues nécessaires par rapport au nombre de pertes établies. Des pertes inimaginables...
On parle de plus de 30 000 hommes perdus par mois. Je parle sous le contrôle du général. Dans l'idée d'une histoire de l'armée occidentale depuis la Seconde Guerre mondiale, ce sont des pertes inimaginables.
Elles sont commentées par des services de renseignements. On l'a vu en Grande-Bretagne avec l'ancien directeur du MI6 qui parle de pertes époustouflantes. C'est sur la capacité à tenir dans le temps.
On doit avoir un point de basculement. On a toujours dit que cette guerre serait longue, malgré les processus de négociation qui ont pu laisser croire que les choses allaient basculer. Les Russes n'ont jamais été dans cette logique sur le terrain.
On voit un certain nombre de vidéos ces dernières semaines montrant des quartiers généraux creusés dans le sol avec un certain nombre de structures. Ce n'est pas l'idée d'un pays qui a envie d'arrêter la guerre. Une campagne de bombardements contre les civils, ce n'est pas l'idée d'un pays qui veut négocier.
Tout le monde est enfermé dans un temps long avec ces problématiques de faire face a l'afflux des combattants nécessaires pour maintenir cet effort de guerre. - A.Casse: Quelles conséquences ça peut avoir, que la Russie ne puisse plus renouveler ses troupes sur le terrain?
Ca veut dire qu'elle ne va plus pouvoir tenir? - Gal D.Trinquand: La Russie a perdu 17 fois plus de soldats que pendant la guerre d'Afghanistan.
La guerre d'Afghanistan, ça a été un ébranlement dans la société russe. L'ébranlement n'est pas le même même, mais 17 fois. Le chef de l'état-major de l'armée ukrainienne, c'est son objectif, qu'il y ait plus de Russes qui disparaissent du champ de bataille que la Russie n'est capable de compléter. - A.Casse: Ca peut changer la guerre? - Gal D.Trinquand: Oui.
Au bout du compte, la Russie a été obligée de changer sa donne. La mobilisation...
Pardon. L'arrivée des conscrits en Russie, c'était 2 fois par an. Maintenant, c'est tous les mois.
Ces conscrits qui arrivent, on leur fait signer un engagement pour aller combattre. D'avoir ça tous les mois permet de recompléter les effectifs alors que tous les 6 mois, ça n'arrivait pas. On a changé les règles de la réserve.
Les réservistes ne pouvaient pas être engagés dans les opérations. Maintenant, si. Ce sont 2 facteurs qui marquent bien que la Russie a des difficultés et que dans la durée, elle va forcément avoir un delta et qu'elle va avoir une perte d'effectifs sur le front. - A.Casse: D'où le titre de l'émission.
Qui aurait cru il y a 4 ans qu'on ferait ce titre? Il y a cette avancée des Ukrainiens sur le terrain qui récupèrent les territoires conquis par les Russes au mois de décembre. C'est remarquable. - C.Amoursky: On ne s'attendait pas à une contre-offensive ukrainienne dans la région de Zaporijia.
Le président ukrainien parle de 300 km2 repris aux mains des Russes. Il faut nuancer. Il s'agit surtout de zones grises, où il y a des infiltrations de 10, 20 ou 30 soldats russes.
Ce n'était pas une ligne de front établie. Ca nous surprend parce que c'est la première fois qu'il y a ce type d'avancée depuis l'offensive de l'été 2023 parce que ce n'est plus la stratégie ukrainienne. La stratégie ukrainienne, on se souvient de ce qui s'est passé sur le terrain en juillet 2023, a montré qu'ils n'étaient plus en capacité d'avancer sans l'équipement nécessaire.
Aujourd'hui, la stratégie de l'Ukraine, comme l'a dit le nouveau ministre de la Défense, c'est infliger un tel chiffre de morts à la Russie qu'elle ne puisse plus compléter ses troupes. C'est une stratégie défensive. - A.Casse: Les Ukrainiens arrivent à faire cela.
Les Russes ne profitent plus de Starlink. Qui joue un rôle là-dedans? - A.Pirot: C'est un réseau de satellites à basse altitude qui permet un certain nombre de connexions Internet quelle que soit la zone où vous êtes situé.
Quand vous disposez des terminaux nécessaires, des enregistrements nécessaires pour accéder à ce réseau. Il semble, et ce n'est pas la seule raison, que les Russes...
On ne savait pas l'ampleur de la manière dont ils profitaient de Starlink. On découvre qu'ils en profitaient énormément. La manière dont ont été coupés les terminaux Starlink dont disposaient une partie des contingents russes leur a coupé les communications. - A.Casse: Ce sont les Etats-Unis qui aident. - M.Van Renterghem: Il y a des défauts de paiement des Russes à l'égard d'E.Musk qui, en bon marchand, a considéré qu'il n'était pas rétribué comme il le devait. - A.Casse: Ce n'est pas un ordre de D.Trump? - A.Pirot: On a vu avec l'arrivée du nouveau ministre de la Défense ukrainien que la question a été réglée très rapidement.
A partir du moment où on a vu des Starlink utilisés sur des drones qui frappaient l'infrastructure civile à Kiev, on a réagi. L'avancée ukrainienne, c'est aussi le ralentissement de Telegram. L'Ukraine a un système qui s'appelle Delta qui permet la logistique et la discussion entre les soldats.
Ca permet un temps de réaction rapide. Maintenant, ce sont des dizaines de minutes. Ca crée des problèmes sur le terrain. - A.Casse: Est-ce que V.Orban peut bloquer à lui seul l'aide européenne?
Plusieurs députés européens vont jusqu'à l'accuser ce mardi de trahison. - Une vidéo de 19 minutes pour raconter ces 4 ans de guerre. C'est là que tout a commencé pour V.Zelensky, dans son bunker à Kiev, à ce bureau. - V.Zelensky: Ici, le président J.Biden m'a dit. "Volodymyr, tu es menacé.
Tu dois quitter l'Ukraine en urgence." Je lui ai répondu: "J'ai besoin de munitions, pas d'un taxi." - Pour marquer l'anniversaire de l'invasion russe, V.Zelensky rend hommage aux victimes de la guerre et à la résistance héroïque de son pays. - V.Zelensky: Poutine n'a pas atteint ses objectifs.
Il n'a pas brisé les Ukrainiens. Il n'a pas gagné cette guerre. Nous avons préservé l'Ukraine et nous ferons tout pour garantir la paix et la justice. - L'opération russe ne devait pas durer longtemps.
Quelques jours pour faire tomber Kiev. 4 ans plus tard, la Russie progresse très lentement et contrôle moins de 20 % de l'Ukraine. Le Kremlin reconnaît officiellement que ses objectifs ne sont pas encore atteints.
Hier, V.Poutine a fleuri la tombe du Soldat inconnu. Il ne reculera pas. - V.Poutine: Nous rendons hommage à tous ceux qui, au péril de leur vie, avec courage et bravoure, avec amour pour la Russie et pour notre peuple accomplissent leur devoir militaire dans la zone de l'opération militaire spéciale, qui veillent sur nos frontières, qui garantissent l'équilibre stratégique.
La Russie combat pour son avenir. - Ces dernières semaines, l'armée ukrainienne aurait même remporté des batailles et repris quelques dizaines kilomètres carrés dans des contre-offensives. Les Ukrainiens revendiquent avoir tué ou blessé 30 000 soldats russes le mois dernier. - Dans le même temps, les négociations pour un cessez-le-feu patinent.
Entre la Russie et l'Ukraine, D.Trump. Le président américain a régulièrement critiqué V.Zelensky.
Son homologue ukrainien l'invite aujourd'hui à venir à Kiev. Il espère qu'il ne le lâchera pas. - V.Zelensky: Je veux qu'il reste dans notre camp.
Je pense que le président Trump et son équipe veulent vraiment la fin de la guerre. - De son côté, l'UE est au chevet de l'Ukraine. Délégations de dirigeants et de chefs d'Etat, cérémonie à Kiev et réunion de la Coalition des volontaires.
Pas vraiment d'optimisme du côté du président français. - E.Macron: Je suis très sceptique, c'est le moins que l'on puisse dire, sur le fait de pouvoir aboutir à une paix.
Il est bon de pouvoir poursuivre ces initiatives mais soyons réalistes. Du côté russe, il n'y a aucune volonté de vouloir aboutir à la paix. - Les Européens voulaient montrer à l'Ukraine un soutien sans faille.
Ils comptaient arriver avec le 20e paquet de sanctions contre la Russie et un plan de 90 milliards d'euros d'aide à Kiev. Mais la Hongrie de V.Orban, proche de Poutine, menace de mettre son veto. - V.Orban: Les Ukrainiens exigent que la Hongrie se détache de l'énergie russe, verse une aide financière à l'Ukraine et soutienne l'adhésion de l'Ukraine à l'UE.
J'informe L'Assemblée que le gouvernement national ne cédera pas. -4 ans après l'invasion russe, l'UE reste un soutien à l'Ukraine mais elle doit faire face à ses propres divisions. - A.Casse: On va commenter cette dernière déclaration de V.Poutine.
Il accuse les Ukrainiens de vouloir utiliser l'arme nucléaire contre la Russie. Vous disiez à quel point Poutine était acculé aujourd'hui. En tout cas en difficulté sur le terrain.
Est-ce à dire qu'il pourrait de nouveau brandir cette menace? La menace nucléaire? - A.Pirot: Il la brandira comme il l'a souvent brandie. - M.Van Renterghem: 30 ou 40 fois? - A.Pirot: Ca fait partie d'une théorie qu'il a utilisée.
On ne peut pas exclure l'idée qu'à un moment, en fonction de l'état d'avancement de ce conflit, la manière dont il réagira sur ses décisions personnelles, sur sa manière de marquer l'histoire...
Son obsession est de marquer l'histoire depuis le référendum, le changement constitutionnel. Il est dans cette logique. Marquer l'histoire en assumant une défaite en Ukraine, ce n'est pas ce qui était prévu, y compris par ses plus proches idéologues.
Inévitablement, la rhétorique nucléaire reviendra sur la table. C'est la manière que nous, Européens, avons de réagir. - A.Casse: A quel moment ce sera crédible? - A.Pirot: Quand, sur une photo satellite, on verra des ravitaillements de carburant sur un certain nombre de pas de tir et à quel point on chauffera les machines. - M.Van Renterghem: Alain a raison de souligner le rapport à l'histoire.
Poutine est contrarié. Le titre de l'émission est pertinent. On entendait toujours depuis 4 ans des gens dire que la Russie ne pouvait pas perdre.
Ce qui se confirme de plus en plus, c'est qu'elle ne peut pas gagner. C'est très embêtant pour V.Poutine, qui s'est lancé dans cette opération qu'il pensait être une promenade de printemps.
La résistance de Zelensky, puis la mobilisation de l'UE et de l'Otan, des Américains ont été telles qu'il a été totalement pris de court. Depuis 4 ans, il n'a que 20 % de l'Ukraine et depuis novembre 2022, il a conquis moins de 1 % du territoire. C'est une armée totalement en défaite.
Il se rabat sur le Donbass. Il est ridicule s'il est bredouille. L'enjeu stratégique devient le Donbass, qui est peu ambitieux par rapport aux 2 projets de traité qu'il avait donné à J.Biden avant d'entrer en Ukraine, qui était une révision totale de l'architecture de sécurité de l'Europe.
Il voulait revenir à avant 1997, avant d'entrer dans l'Otan des anciens pays du pacte de Varsovie, dévoilant son projet qui n'a même jamais changé d'un iota qui est de reconstituer cette zone d'influence dont il parlait déjà à Munich en 2007 et de reconstituer l'ensemble de l'Union soviétique. Il se rabat sur le Donbass, mais même ça, il n'y arrive pas, d'où les négociations ratées. Poutine ne change pas d'ambition. "Je veux au moins qu'on me donne les 20 % du Donbass que je n'ai pas réussi à conquérir militairement." Les Ukrainiens n'ont aucune raison de le faire. - A.Casse: V.Poutine n'acceptera jamais la défaite? - Gal D.Trinquand: Vous parlez de la crédibilité de Poutine sur la menace nucléaire.
Vis-à-vis du peuple russe...
Vis-à-vis de nous, il n'a aucune crédibilité, à moins qu'il veuille marquer l'histoire en rasant toute vie sur la Terre. La crédibilité vis-à-vis du peuple russe, oui. J'ai été invité sur une chaîne étrangère hier avec en face de moi un Russe.
Absolument extraordinaire et succulent. C'est la propagande totale. C'est l'Otan qui attaque la Russie.
C'est nous qui menaçons de façon nucléaire. L'armement nucléaire français est subordonné aux Américains...
Tous les mensonges qu'on peut entendre. En Russie, ça marque. Quand il annonce des choses comme ça, c'est pour que son discours vis-à-vis des Russes marque qu'il ne perd pas, qu'il reste ferme et que, à terme, Il s'oppose à l'ensemble de l'Otan et qu'il va gagner. - A.Casse: Il parle à l'opinion publique.
Quand les Russes nous accusent, nous, les Français et les Anglais de fournir à Kiev des moyens d'une arme nucléaire...
Le nouveau mage du Kremlin, Sergueï Karaganov, veut bombarder l'Europe, c'est le titre de "La Croix". Il a été reçu dans un podcast américain. Il peut aussi nous faire peur? - C.Amoursky: Il faut nuancer son influence.
Il n'a aucun titre officiel au sein de l'entourage de Poutine. Il n'a aucun titre officiel au niveau de l'Etat russe. Il est souvent brandi par V.Poutine.
Il y a un effet de la fenêtre d'Overton. La Russie se sert de ses penseurs extrémistes pour les pousser dans le discours public pour qu'on les entende à l'étranger. "Attention, il faut avoir peur de la Russie." C'est ce que disent les Russes sur leurs chaînes info.
L'un des présentateurs les plus populaires en Russie avait dit: "Est-ce qu'il faut utiliser la bombe nucléaire sur Paris ou sur Marseille?" En revanche, c'est un discours qui est fait pour nous faire peur, nous impressionner, qui est fait pour rassurer les Russes, en disant: "Nous sommes un Etat avec la bombe nucléaire et on ne perdra jamais cette guerre." En réalité, le discours russe officiel est différent.
C'est un épouvantail utilisé pour dire "attention, nous avons aussi ce type de penseurs". - A.Casse: Jusqu'où pourrait-il riposter? "House of Dynamite", est un film qui en parle...
Jusqu'où faut-il son chemin? - A.Pirot: Sur la manière d'utiliser l'arme nucléaire.
Vous évoquiez V.Orban. Cette guerre a un avantage.
Elle fait tomber beaucoup de visages sur une influence ou une implication dans un certain nombre de réseaux d'influence bercés par l'histoire russe, la souveraineté russe, l'invincibilité russe. En France, il faut être honnête sur le fait qu'un certain nombre de militaires français, Il m'est arrivé d'avoir des d'étranges propos sur le fait que l'armée russe était invincible parce que l'arme nucléaire est un spectre qui devrait nous faire peur. Les dirigeants européens n'auraient pas la capacité à réagir par rapport à cette menace au moment T.
Quand on ouvre la valise, il faut riposter... - A.Casse: Vous dites que l'influence russe va jusque dans les rangs des généraux? - A.Pirot: On dévoile un peu plus la carte au gré des enquêtes.
Je suis impressionné des ingérences opérées depuis 20 ans dans les esprits, dans les financements, dans les actes d'ingérence politique. - A.Casse: Vous le percevez dans votre travail?
On essaie de vous influencer? - Gal D.Trinquand: Bien sûr.
Il y a 4 ans, le Jour du Soldat patriote...
J'étais invité à l'ambassade de Russie. C'est là que j'ai reçu un coup de fil me disant: "Vous pourriez venir sur le plateau, il se passe des choses." J'ai quitté l'ambassade de Russie pour rentrer dans cette guerre.
Sur l'affaire des militaires cités, il y a 4 ans, je rencontrais un certain nombre de camarades qui me disaient: "La Russie est invincible." Ca a complètement changé. Aujourd'hui, ils s'aperçoivent qu'au bout de 4 ans, la Russie piétine toujours.
Pokrovsk, ça fait un an. Ma génération a été bercée dans l'affrontement au bloc soviétique. Est-ce que le bloc soviétique est revenu?
Cette puissance russe, dans l'imaginaire des gens, était toujours présente. "Ce n'est pas possible, la profondeur stratégique russe, la grandeur, ce n'est pas possible." Depuis 4 ans, ils se rallient à votre titre. "Poutine, où est-il allé?
Il est dans l'échec." Vous savez ce que disait le président du Conseil, Clemenceau, pendant la Première Guerre mondiale: "Celui qui gagnera est celui qui, dans le dernier quart d'heure, pensera qu'il n'a pas perdu." On en est là. - A.Casse: On est dans le dernier quart d'heure? - Gal D.Trinquand: A l'échelle de ce qu'on a...
Les Ukrainiens, avec la résistance qu'ils imposent aux Russes et les difficultés qu'on voit, le mot d'ordre, c'est "tenir". - C.Amoursky: Si la Russie n'arrête pas de brandir la menace nucléaire, c'est parce qu'elle n'a plus aucun autre levier qu'elle peut utiliser contre nous.
Elle a utilisé tant d'armes différentes, des équipements high-tech, même l'Orechnik. Mais ses équipements ne font plus peur. Ils brandissent la menace nucléaire.
Ca a cet effet en Occident. En Ukraine, c'est différent. - M.Van Renterghem: Ils sont très intelligents dans leur propagande et leur stratégie d'influence.
On voit bien leur présence de désinformation sur les réseaux sociaux, un peu partout. Le ministère des Affaires étrangères a identifié une infinité de sites russes. Ca a son effet.
La stratégie de faire peur s'adresse essentiellement aux opinions européennes. Ils savent que c'est le talon d'Achille de l'Ukraine. Ce ne sont pas les Ukrainiens qui sont déterminés à se battre.
C'est nous qui sommes un peu dans la lassitude. On entend beaucoup le discours "pourquoi on dépenserait pour l'Ukraine au lieu de dépenser pour nos hôpitaux". Il y a un manque de pédagogie de la part du gouvernement de dire: "Si on investit dans la défense, ça ne retranche pas à ce qu'on donne à nos hôpitaux." C'est notre sécurité.
Il faut rappeler à quel point il faut se battre pour l'Ukraine. C'est notre sécurité qui est en jeu. L'investissement dans la défense ne serait pas défavorable à l'Etat social.
Au contraire. Ca générerait de la croissance, de l'économie. Il y a une peur des opinions publiques, la peur de l'arme nucléaire, de la Troisième Guerre mondiale, la peur d'envoyer...
De devoir mourir pour un pays qui nous semble très loin alors qu'il est tout près...
Il est sur notre continent. Il fait barrage à une menace prégnante. Ils réussissent très bien à démobiliser les opinions qui ont beaucoup plus de poids dans les démocraties que dans les dictatures. - A.Casse: V.Orban bloque un nouveau train de sanctions.
Est-ce qu'il il y a un moyen de l'empêcher de bloquer? - M.Van Renterghem: On devrait pourvoir le suspendre.
Mais l'UE, sa faiblesse, c'est une puissance de droit. Elle respecte les règles. Il faut l'unanimité.
Il a toujours au moins un allié dans la place. Ca a été les Polonais, maintenant, ce sont les Slovaques. Nous sommes encore dans un fonctionnement unilatéraliste.
Nous respectons même les plus petits. Le Luxembourg a autant de poids qu'un grand pays dans l'UE. Il y a des élections qui arrivent au mois d'avril.
V.Orban sera peut-être renversé. On sera dans une autre configuration.
Si V.Orban reste au pouvoir, l'UE ne peut pas continuer à se laisser bloquer par un pays. Il faudra aller de plus en plus vers des coopérations renforcées comme c'est déjà le cas avec la Coalition des volontaires ou trouver des stratégies de contournement.
V.Orban, c'est un moyen de chantage. Il veut essayer d'obtenir un déblocage des fonds que l'UE lui doit...
Il a toujours agi comme ça. Parfois, on lui dit d'aller aux toilettes. C'est à l'unanimité des membres présents au Conseil.
Le chancelier allemand lui avait dit: "Tu te désavoues pas de votre opinion publique si tu t'en vas au moment où on vote. Tu ne seras pas là." - A.Casse: Il va aux toilettes?
Il obtient quelque chose en échange? - M.Van Renterghem: On ne sait pas tout ce qu'il obtient.
Il a des avantages: le fait de ne pas être suspendu, le fait qu'on enlève telle ou telle sanction... - A.Casse: C'est fou. - Gal D.Trinquand: Depuis 4 ans, ça a été toujours le même cirque.
Il s'est opposé et puis, finalement, il a cédé. J'ai une expression moins galante, je dis qu'il a des problèmes de prostate. Régulièrement, il va aux toilettes.
C'est une sortie pour lui. Au delà de ça, il y a le marchandage. Il reçoit 10 milliards d'euros de l'Europe.
A chaque fois, il joue ce jeu. A chaque fois, il finit par céder. Espérons que cette fois-ci, on arrivera également à le faire céder.
Pour les élections, il n'est pas très bien placé. - A.Casse: Ce sont des élections particulières.
Le candidat face à lui, qui est donné favori, est visé par un kompromat russe. Restons sur V.Orban et sur ce que V.Zelensky dit de lui. - V.Zelensky: Même Viktor peut réfléchir à comment faire grossir son ventre plutôt qu'à faire grossir son armée pour empêcher les chars russes de revenir dans les rues de Budapest. - A.Casse: Ca devient un bras de fer. - C.Amoursky: C'est le cas depuis le début. - A.Casse: Il s'en prend à lui personnellement et à son gros ventre. - C.Amoursky: Il sait qu'il est très mal placé dans les sondages.
Il a des très grandes chances de perdre les élections. C'est la 1re fois en plus d'une décennie qu'il est dans une situation compliquée. Je suis allé à Budapest à 2-3 reprises entre 2022 et 2026.
Vous ne vous rendez pas compte de la propagande anti-européenne et anti-ukrainienne dans le centre-ville de Budapest. On est dans un pays de l'UE et il y a des affiches qui montrent V.Zelensky avec le candidat majeur de l'opposition, Peter Magyar, dessinés comme 2 clowns.
C'est de l'argent de l'Etat, des millions d'euros dépensés dans ce type de propagande. Il y a des propagandes qui disent que des millions de Hongrois ont voté contre le fait que l'Ukraine rentre dans l'UE. Enormément de pubs qui visent le candidat de l'opposition.
Vous avez parlé du piège à la russe avec une sex tape qui aurait dû être publiée. Ce sont des stratégies catastrophiques, inacceptables. Il y a une partie de la droite intellectuelle française qui voit en la Hongrie un modèle conservateur de société qui doit se poser des questions. - M.Van Renterghem: Vous oubliez la partie antisémite de cette propagande hongroise, avec notamment des caricatures de George Soros, financier des démocraties européennes, avec des physiques qui rappelaient les caricatures des années 30. - A.Casse: Ensuite, la question d'un téléspectateur... - C.Amoursky: Il y avait déjà des mauvaises relations entre la Hongrie et l'Ukraine, même avant 2022.
Il y a une partie de l'Ukraine où des Hongrois ethniques vivent. Il y a eu des pressions. - A.Casse: Question. - A.Pirot: En tout cas, elle développera un certain nombre de politiques de financement en Europe.
Ce serait un énorme coup contre la Russie. Il ne faut pas oublier qu'à Budapest a été construit tout un écosystème de think tanks, d'associations, de cercles de réflexion pro-Poutine, pro-Maga, pro-Trump, qui utilisent Budapest comme une base d'atterrissage pour des penseurs américains, russes, pour réfléchir à cette Europe illibérale, à cette Europe identitaire. Inévitablement, si V.Orban est amené à perdre ces élections...
On voit l'inquiétude. Il y a des opérations de désinformation qui ont été décelées sur les réseaux sociaux en Hongrie, avec, au départ, une organisation russe, qui montre l'idée d'une mobilisation jusqu'au dernier moment... - A.Casse: D.Trump apporte son soutien à V.Orban.
Est-ce qu'il va jusqu'à d'aider? - A.Pirot: Dans ce nouveau monde, c'est les deux.
Les désinformations sont aussi américaines, désormais. - Gal D.Trinquand: C'est le combat permanent de la démocratie en Europe.
Il y a des élections toute l'année dans quasiment tous les pays européens. A chaque fois, il va y avoir ce combat avec la désinformation, l'influence, les réseaux, etc. Si V.Orban perd ces élections dans 2 mois, c'est une grande victoire pour montrer que la démocratie est capable de lutter contre ça. - A.Casse: On se demande ce que V.Poutine, acculé, pourrait faire, sans aller jusqu'à la menace nucléaire.
Il peut aussi envahir d'autres pays frontaliers, comme les Etats baltes. - Dans le froid et la neige de Riga, une scène de guerre. Derrière les uniformes, de jeunes conscrits en plein exercice.
Les gestes sont encore hésitants. Ils ont démarré leur service militaire il y a tout juste un mois. - Je sens que les 2 poumons fonctionnent. - Blessure abdominale? - Oui. - Cet homme vient tout juste de sortir du lycée. - J'ai un sentiment de responsabilité envers mon pays et la sécurité de ma famille.
C'est pourquoi j'ai choisi de postuler pour le service national de défense. - A 19 ans, l'insouciance de sa jeunesse s'est évaporée avec la guerre en Ukraine et la crainte de voir s'ouvrir un jour un nouveau front en Lettonie. - Même si je crois que c'est une possibilité, j'essaye de ne pas y penser, principalement parce que c'est une pensée déprimante. - La Lettonie a décidé de réintroduire en 2023 son service militaire suite à l'invasion de l'Ukraine.
Il est obligatoire pour tous les hommes entre 18 et 25 ans. - Il a une blessure à la jambe. Il y a une plaie ici, ouverte.
On voit du sang à travers les vêtements. - Cet homme a dû mettre entre parenthèses ses études de marketing et son job étudiant pour rejoindre les rangs de l'armée. La formation va durer 11 mois. - J'étais assez choqué.
Je ne vais pas mentir, c'était difficile de sortir de ma routine. J'avais un certain mode de vie bien installé. Dans la vraie vie, je ne serais probablement pas aussi détendu pour faire ça.
Je suis moi-même malade, quand je vois ce genre de blessure dans des vidéos sur Internet. C'est d'autant plus compliqué si je dois m'en occuper moi-même. - Si l'armée prépare les corps et les esprits, c'est parce que la pression russe se fait de plus en plus sentir.
Les cyberattaques ont atteint un niveau historique, tout comme les sabotages. Ce rapport des services de renseignements lettons souligne l'état de la menace. ...
Des tentatives de déstabilisation et toujours une propagande très active. ...
Dans ce contexte, l'armée lettone cherche à grossir ses rangs. - On n'a pas jusqu'à la tombée de la nuit. - Elle ne compte que 5000 militaires et 10 000 réservistes.
Un poids plume, comparé à son voisin russe, 2e puissance militaire mondiale. Cette caporale forme les conscrits depuis 2 ans. - Au début, ils trouvent ça très drôle, comme un jeu.
Mais ensuite, quand on commence à parler du tri des victimes, des blessures, du fait de traiter plusieurs victimes en même temps, des conditions de combat, des circonstances réelles, ils commencent à le prendre de plus en plus au sérieux. Environ un tiers des conscrits prennent n'importe quelle menace au sérieux et sont prêts à y aller, à contre-attaquer, à se battre. - Signe de la tension, la Lettonie est le 2e pays de l'Otan à investir le plus dans sa défense.
Son budget avoisine les 5 % de son PIB. Mais pour la ministre lettone des Affaires étrangères, il faut aussi muscler la défense européenne. - Dès les années 60, les Etats-Unis se plaignaient que l'Europe ne dépensait pas assez pour sa défense.
C'est vrai. L'Europe ne dépense pas assez pour sa défense. Même si nous nous sommes engagés à atteindre 5 %, seulement 5 pays ont effectivement mis cela en oeuvre.
Il n'y a aucune raison que les autres ne respectent pas leurs engagements. Il est important que l'Occident ne montre aucune faiblesse. - La Lettonie en première ligne, convaincue que l'appétit de son voisin est sans limite. - A.Casse: Qu'est-ce qui vous marque, dans ce reportage? - Gal D.Trinquand: Ces pays baltes sont très engagés.
Il faut rappeler qu'ils sont singulièrement différents de nous, premièrement géographiquement. Ils sont sur la frontière russe, pour l'Estonie et la Lettonie. Et même la Lituanie, avec l'enclave de Kaliningrad.
Historiquement aussi, ils ont été occupés par l'Union soviétique. Un tiers de la population, quasiment, a été déporté en Sibérie et remplacé par ce qu'on appelle aujourd'hui des minorités russophones. Ils ont une histoire et une situation géographique où ils se sentent très vulnérables.
Leur arrivée dans l'Europe, pour eux, a été une ouverture complète. Je vais citer un ministre estonien qui me disait: "Depuis qu'on a rejoint l'Europe, notre PIB a été multiplié par 10. On n'aurait jamais eu ça de l'autre côté." Tous ces éléments font qu'ils se sentent vulnérables...
Ce sont des petits pays, en plus. On parle de 1,5 million d'habitants. 1,9 pour la Lettonie.
Ce sont des petits pays avec une histoire très singulière. Vous voyez, l'Estonie...
De part et d'autre de la frontière, vous avez l'Estonie et la Russie. La Lettonie, pareil. La Lituanie, avec Kaliningrad, qu'on voit un peu en bas.
Ils sont très sensibilisés. Ils font des efforts considérables. L'Estonie est devenue championne en cybersécurité.
Il y a le centre d'excellence de l'Otan de la cybersécurité installé là-bas. Ils sont attaqués en permanence par les réseaux. - A.Casse: On les voit comme les prochains sur la liste.
Comment pourrait-on les aider? Il y a l'idée, dans les prochains jours ou les prochaines semaines, d'envoyer des troupes au sol? - C.Amoursky: Il y en a déjà. - A.Casse: En Ukraine, je veux dire, au soutien de Zelensky. - A.Pirot: Ca fait parti des conditions posées sur la table et que personne ne veut appliquer.
Personne n'est pressé d'envoyer ses troupes alors qu'inévitablement, on pourrait imaginer que ça forcerait un peu les choses, en tout cas d'un point de vue diplomatique. Je le pense sincèrement. Je pense que le vrai tabou, dans ces questions que vous évoquez, c'est que depuis 4 ans, on dit au fond que la solution ne sera que diplomatique pour l'Ukraine, jamais militaire.
J'ai toujours eu le sentiment qu'elle était militaire. Je pense que c'est un tabou de ne pas le dire, mais qu'au fond, une partie de la solution est militaire. Pas forcément de reprendre tous les territoires.
Mais inévitablement et dans bon nombre de conflits qu'a connus ce continent...
La Bosnie-Herzégovine...
La manière dont les choses ont amené les accords de Dayton en 95, ce sont plus des "casques verts" que des Casques bleus. C'est la manière dont, à un moment, sur un champ de bataille...
On force des choses. Ca faisait partie de la réalité. - A.Casse: Ce n'est pas le moment de le faire, alors que depuis le début de l'émission, on présente le contexte comme étant particulièrement difficile pour V.Poutine comme ça ne l'a jamais été jusqu'ici. - A.Pirot: Il faudrait définir la mission de ces troupes.
Si c'est une mission de soutien à l'armée ukrainienne, vous êtes alors un belligérant assumé sur le terrain. Ca a des conséquences Et une manière d'avoir peur de la réaction russe....
Beaucoup de diplomates ont toujours été inquiets de la réaction russe sur bon nombre de menaces. Chez un certain nombre de diplomates, j'ai souvent eu le sentiment que ça avait de l'écho. Ca pèse dans les esprits.
C'est pas quelque chose qu'on repousse d'un revers de manche. Il y a une réalité. Ca reste dans les esprits. - C.Amoursky: C'est le problème.
On se laisse influencer par ce type de discours. Il y a une part de vérité...
On ne propose pas d'avoir une confrontation militaire directe face à la Russie. Mais il y a quand même un double discours. Il y a des dirigeants européens qui, à juste titre, disent que la guerre en Ukraine est existentielle et que l'Ukraine est un rempart face à la Russie en termes de sécurité...
Comment, dans ce cadre, on ne fait pas plus en termes de soutien? On avait la discussion récemment. La France, cette année, c'est 120 millions d'euros pour soutenir l'effort militaire en Ukraine.
C'est rien du tout. Après, il y a l'enveloppe européenne. Mais il y a un double discours permanent où on nous explique que c'est une guerre existentielle et finalement, les pays qui investissent le plus en terme de pourcentage du PIB dans l'effort militaire, c'est les pays scandinaves et baltes, qui se sentent immédiatement concernés.
Ce n'est pas normal. On dit à chaque fois que les Etats-Unis vont essayer de négocier...
Pourquoi les Européens ne prendraient-ils pas la place légitime qu'ils ont dans ce débat? Ca se passe sur notre continent. La Russie est une menace pour nous.
Il y a des villes qui sont directement en contact avec la Russie, où des opérations pourraient avoir lieu. Pourquoi on ne met pas en place une sorte de no-fly zone au-dessus d'une partie du territoire ukrainien où on ne rentrerait pas en confrontation avec l'armée russe? Il faut faire en sorte que les projectiles ne volent pas au-dessus de nos espaces aériens.
Quand on ne réagit pas, on montre nos faiblesses. Comment on peut parler de rapport de force vis-à-vis de la Russie si on n'est pas capables de détruire des drones? - A.Casse: Si les Européens s'engageaient ainsi, toute la guerre changerait.
On serait vus comme des belligérants. C'était une ligne rouge de V.Poutine.
Comment réagirait-t-il? - Gal D.Trinquand: Je vous parlais tout à l'heure de la beauté de la démocratie en Europe.
Il y a les faiblesses de la démocratie, aussi. S'engager dans une telle opération, il faut être sûr d'avoir sa population derrière soi. Depuis 4 ans, il y a une guerre, mais surtout, il ne faut pas que la vie change.
En France, en Allemagne, partout...
Il faut pas qu'elle change. Il faut continuer à vivre comme avant. Mais si on s'engageait dans des opérations comme ça, à l'évidence, des risques seraient courus, calculés, mais ça voudrait dire que la vie ne serait plus comme avant.
Ca, aujourd'hui, nos démocraties sont pas capables de le dire. Vous citiez les 120 millions donnés par la France...
C'est sympathique, mais parlons du budget français. Evidemment que la France peut pas donner plus. Elle n'a pas d'argent! - A.Casse: Vous dites que si la menace est existentielle, alors il faut que notre réponse soit à la hauteur.
Elle ne l'est pas aujourd'hui? - M.Van Renterghem: Je partage l'avis de Cyrille.
Si c'était existentiel, on doit se donner tous les moyens pour y faire face. Un historien a fait un livre qui résume bien ça, il parle du "déni de la guerre"...
Nous sommes vraiment dans le déni de la guerre. Il y a des pays qui savent que Poutine ment quand il dit qu'il va s'arrêter là. Il faut réécouter tous ces discours des experts qui pontifient à nous dire que la Russie n'est pas une menace.
On est dans le déni de la guerre. C'est ce qui nous sépare de ces pays. On est dans ce que M.Bloch appelle "l'étrange défaite".
On est dans une sorte de fatalisme, de politique de l'autruche, en attendant qu'on soit vraiment à la limite. Les démocraties confortablement installées...
On voit bien ce qui s'est passé au Parlement européen. C'est extraordinaire que, pour le soutien de 90 milliards à l'Ukraine, le RN a voté contre...
M.Le Pen avait dit que Poutine était l'avenir de l'Europe et que c'était un modèle à suivre. Ils ont systématiquement été opposés au soutien à l'Ukraine.
LFI s'est abstenue. Mais plus grave, ce sont les LR qui se sont abstenus. Pourquoi Les Républicains n'ont pas voté pour le soutien à l'Ukraine?
Parce qu'ils sont terrorisés par l'opinion publique. C'est la faiblesse de la démocratie. Ce prêt est passé largement, de manière tout à fait majoritaire au Parlement européen, mais nous avons des partis politiques, des hommes politiques qui sont encombrés, terrorisés, en se disant qu'ils ne vont pas être réélus aux prochaines échéances. - A.Casse: Mais si la Russie envahissait un pays balte demain, il se passerait quoi? - A.Pirot: Vous déclenchez le processus de l'Otan. - Gal D.Trinquand: Il faut rappeler que nous sommes présents dans les pays baltes.
En Estonie, France et Royaume-Uni. En Lituanie, l'Allemagne. Les Américains un peu partout.
On est présents. L'Otan est attaquée, mais on est en dessous du seuil...
Nos troupes sont agressées directement par la Russie et donc, on est en mesure de répondre. On n'en parle pas beaucoup, mais il y a eu des exercices aériens dans la région. On a parachuté des bataillons de parachutistes en Estonie.
Ca veut dire qu'on est beaucoup plus présents que nos citoyens ne le réalisent. On parle beaucoup de la Roumanie et des pays baltes...
Sur le fond, on est présents. - A.Pirot: Les Français ont parfois l'impression que c'est un peu lointain, ces pays baltes.
On croit toujours que ces contingents ne concernent pas...
Ils ont opéré dans des moments-clés de l'histoire militaire française. - A.Casse: On voit en tout cas des images qu'on n'avait jamais vues.
V.Zelensky dévoile pour la 1re fois les labyrinthes de souterrains qu'il y a sous le centre de Kiev. Il a pu y mener la contre-offensive.
Quelles leçons tirer de ces années? - 24 février 2022, 4h35. L'attaque.
Sur plusieurs villes du pays s'abat d'abord une pluie de missiles. Les chars russes entrent en Ukraine par la Biélorussie et la Crimée. L'Ukraine envahie... - V.Poutine: J'ai pris la décision d'une opération militaire spéciale. - En quelques heures, l'exode massif des Ukrainiens. - Quel monstre, ce Poutine!
Qu'il aille au diable. - Partout dans le pays, les mêmes scènes. La panique. - On est obligés de fuir.
Qu'est-ce qui se passe? - Où est-ce que je dois me cacher? Dites-moi! - La capitale, Kiev, déserte.
Un homme entre en résistance et s'adresse au monde, le président ukrainien. - V.Zelensky: Nous sommes tous là pour défendre notre indépendance et notre pays, et cela continuera. - Sous pression russe, Kiev va-t-elle tomber?
Explosions. Le rapport de force est inégal. Pleurs.
Pourtant, l'Ukraine bataille et fera reculer les chars russes. Avril 2022, l'horreur. Boutcha, ville martyre.
Plus de 500 habitants exécutés, torturés par les Russes. - Ce sont tous des civils. Lui, il portait juste des pommes de terre. - Plus à l'est, Marioupol, autre ville martyre.
La maternité y est bombardée. L'indignation. Alors que la ville est en grande partie détruite, une poignée de combattants ukrainiens sont retranchés dans l'aciérie Azovstal. - Capituler n'est pas une option, car nous laisser en vie n'intéresse pas la Russie.
Nous laisser en vie ne leur rapporte pas. - Mai 2022, Marioupol tombe. La Russie organise un référendum pour acter le rattachement de 4 régions ukrainiennes à la Russie. - V.Poutine: Les habitants des régions de Louhansk, Donetsk, Kherson et Zaporijia deviennent nos citoyens pour toujours.
Applaudissements. - Juillet 2023, le pont de Crimée est détruit. L'Ukraine contre-attaque.
Tirs. Et réussit des incursions sur le sol russe, dans la région de Koursk. - J'en appelle à notre gouvernement, à monsieur Poutine.
Faites attention à nous, les Russes. - Une guerre technologique s'installe, où les drones sont devenus l'arme la plus meurtrière. Pour financer sa guerre, Zelensky a besoin de soutiens mais se heurte au retour de D.Trump. - D.Trump: Vous êtes en très mauvaise posture.
Vous n'avez pas les cartes en main. - Le président américain veut sanctionner la Russie, mais il serre la main de Poutine en Alaska. La diplomatie au point mort. - D.Trump: Je pensais que mes relations avec le président Poutine aideraient à résoudre ce conflit, mais il m'a vraiment laissé tomber. - L'Ukraine traverse aujourd'hui son 4e hiver de guerre.
Le froid, une arme pour les Russes. - Il fait 8 degrés dans notre appartement, mais on est en vie. C'est le pire hiver. -4 ans de souffrances et 10 millions de déplacés.
Le peuple ukrainien, meurtri mais toujours en résistance. - A.Casse: C'est très difficile de répondre à cette question, mais s'il ne devait rester qu'une image, ce serait laquelle? - C.Amoursky: C'est effectivement compliqué.
J'ai eu les larmes aux yeux devant le reportage. Ca m'a fait revivre des épisodes pas sympathiques, notamment au tout début de 2022, où on ne savait pas vers quoi on se dirigeait. C'est particulièrement douloureux de voir toute cette colère, toute cette violence et toutes ces difficultés sur place.
Il y a évidemment les premiers jours de l'invasion, dont je me souviens parfaitement. Il y a aussi des épisodes particuliers, notamment les contre-offensives ukrainiennes de 2022. Un moment magnifique, exceptionnel, que je regrette de ne pas avoir vécu sur place.
J'étais étudiant à Sciences Po à ce moment-là. Notamment Kherson...
C'était la seule capitale régionale occupée par la Russie qui a été libérée par l'Ukraine en 2022. On se souvient des scènes de liesse, avec des civils qui n'avaient pas d'électricité et qui avaient quand même organisé une sorte de fête sur la place principale pour accueillir les militaires, pour les remercier, avec des histoires de personnes qui ont caché leur drapeau ukrainien et qui l'ont ressorti quand l'armée ukrainienne est arrivée. Et maintenant, on voit dans quelles conditions vivent les habitants de Kherson.
Ils sont abandonnés. Il reste surtout des personnes âgées. Il reste surtout des quartiers, tout au nord de la ville, qui sont encore habités, mais le reste est anéanti par les drones.
Il y a des menaces de drones constantes. Il y a des journalistes ciblés, des civils tués en permanence. Il y a des gens qui continuent à commercer.
Il faut dire merci aux pêcheurs bretons pour ce mouvement de solidarité...
Sur la rue annexe, on voyait une rue déserte, anéantie par des drones. Il y a eu aussi ce barrage détruit en 2023...
On voit cette volonté de revanche vis-à-vis de la population civile. - A.Casse: On passe à vos questions SMS.
Question. - Gal D.Trinquand: C'est fait pour ça.
Poutine utilise ça pour faire peur aux Européens. Depuis 4 ans, régulièrement, on revient sur le nucléaire. Je dis: "Arrêtez de parler du nucléaire.
Vous êtes porte-parole de V.Poutine, quand vous faites ça." La meilleure réponse à ça, c'est monsieur Le Drian.
Il a dit: "Moi aussi, j'en ai." Et ça s'arrête là. Nous aussi, on a l'arme nucléaire.
La semaine prochaine, le président de la République doit faire un discours sur le nucléaire. C'est important, régulièrement, de rappeler que nous en sommes dotés et que si on a peur du nucléaire russe et que la guerre contre un pays doté de l'arme nucléaire n'est pas la même chose qu'avec un pays qui n'a pas l'arme nucléaire, nous en sommes dotés. L'agression vis-à-vis de la France n'est pas neutre, donc. - A.Casse: C'est ce que dira E.Macron la semaine prochaine? - Gal D.Trinquand: Je ne sais pas. - A.Casse: Question.
Très difficile question. - M.Van Renterghem: C'est difficile.
La propagande est extrêmement efficace en Russie. Il y a eu plus d'un million de personnes, parmi les élites russes, qui ont émigré. Les gens qui restent, à part Moscou et Saint-Pétersbourg où il reste quand même des informations...
Dans tout le reste de la Russie, c'est bombardé de propagande et d'un discours unique qui font que les Russes sont convaincus par le fait que c'est une guerre défensive, que c'est nous, les Occidentaux, qui ont attaqué la Russie, et que l'Ukraine est une tribu de nazis à éliminer. - C.Amoursky: Je pense que la réponse à cette question, c'est non.
Ca fait 4 ans que ça dure, que les Russes ne sont pas sortis en masse. Ils sont sortis beaucoup plus en 2018 lors de la réforme des retraites que lorsque A.Navalny a été assassiné.
On parle d'un pays de 140 millions d'habitants où il y a quelques milliers de personnes qui en sont sorties. En Ukraine, lorsqu'une centaine d'étudiants se sont faits tabasser par les policiers, c'est 1 million de personnes qui sont sorties. - A.Casse: Il y avait un magnifique documentaire, un adolescent mineur qui est dans les geôles de Poutine et qui a eu le courage de s'opposer à lui. - M.Van Renterghem: S'il y a une chose que V.Poutine peut redouter, c'est l'obligation pour lui de mobiliser partiellement la population.
Là, pour le coup, ça ne va pas être facile à avaler dans la population russe. - A.Casse: Question. - A.Pirot: D'un point de vue terrestre, en termes de combattants, non.
D'un point de vue aérien, ils produisent actuellement 12 000 drones Shahed par mois. Ils en utilisent 5000 par mois. Ils en produisent plus que ce qu'ils utilisent.
Et il ne faut pas oublier que sur le continent africain, malgré la guerre en Ukraine, ça n'a pas stoppé bon nombre d'investissements et de transports d'armes ou d'équipements qu'ils continuent à faire. Les 2 derniers avions sont arrivés à Madagascar en début de semaine. Ca paraît lointain, mais ces déstabilisations se sont poursuivies, malgré tous les équipements envoyés dans cette guerre d'Ukraine.
La capacité de production, notamment en termes d'artillerie, elle n'est pas détruite, en Russie. Elle existe. - Gal D.Trinquand: Mais la guerre est surtout autre.
Elle est hybride. Elle est hybride par la désinformation, par le cyber. On a des élections l'an prochain en France.
Vous allez voir, ça va se déchaîner. Hier a eu lieu le procès du pétrolier qui avait été arrêté au large de Saint-Nazaire. Comme par hasard, on a découvert qu'il y avait 2 Russes à l'intérieur, des spécialistes de drones.
Or ce bateau était passé au large du Danemark au moment du sommet européen. C'est ce type d'attaque qu'on a aujourd'hui. Pas des chars sur les Champs-Elysées, mais des attaques permanentes sur la désinformation, le cyber et la peur avec les drones. - A.Casse: Question. - C.Amoursky: Pour le coup, on le fait déjà.
Il y a des initiatives privées soutenues par les Etats. En France, des infirmiers et des chirurgiens se sont déplacés en Ukraine. Une chirurgienne, récemment, avait parlé du travail sur ces gueules cassées en Ukraine.
C'est très important de souligner ce travail. C'est important d'écouter ces voix aussi. Pour autant, on peut faire plus.
J'aimerais répondre sur ça... 62 % des Français sont favorables à cette idée. - A.Casse: Question. - M.Van Renterghem: Non.
La preuve, V.Orban...
Il termine son 3e mandat. Il est à la peine face à un opposant qui n'a pas du tout le même discours sur l'Ukraine. - C.Amoursky: Il est contre l'entrée de l'Ukraine dans l'UE et contre le soutien à l'Ukraine. - A.Casse: Merci d'avoir participé à cette émission.
Tout de suite, "C à vous". Bonsoir. - A.-E.Lemoine: Au programme, G.Pelicot reçue par la reine Camilla, bouleversée par son témoignage.
L'inquiétude des associations sur le sort des animaux de cirque. Enfin, on entendra 2 points de vue sur l'aide à mourir,
Emmanuel Macron