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interviewSud Radio· 18 avril 2025 25 min

Yaël Braun-Pivet : "J'ai été déçue par le macronisme dans son ensemble"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Sud Radio, l'invité politique, Jean-Jacques Bourdin. Il est 8h33, merci d'être avec nous. Notre invitée ce matin, Yael Broun-Pivet, présidente de l'Assemblée Nationale. Bonjour.

0:14
Yaël Braun-Pivet

Bonjour.

0:14
Présentateur

Merci d'être avec nous, vous publiez « À ma place » aux éditions Bûcher-Chastel. Je reviendrai sur votre livre très personnel en fin d'interview. Yael Broun-Pivet, on va regarder l'actualité. Le 14 juillet, François Bayrou présentera les grandes lignes de son budget 2026. Nous verrons bien ce qu'il contient. Est-ce qu'il y aura une session extraordinaire en juillet à l'Assemblée ?

0:39
Yaël Braun-Pivet

Je ne sais pas, mais je la souhaite, parce que nous avons un certain nombre de textes qu'il nous faut finir d'examiner. Je crains que nous n'ayons pas le temps jusqu'au 30 juin, donc je souhaite qu'il y ait une session extraordinaire et que l'Assemblée soit au travail au mois de juillet et probablement au mois de septembre.

0:56
Présentateur

Ça veut dire donc possibilité de motion de censure en juillet.

1:01
Yaël Braun-Pivet

– Écoutez, ça c'est la Constitution qui le dit, mais en tout cas, regardez, en ce moment, on a un agenda parlementaire qui est assez chargé. On a un texte sur la simplification qui est important.

1:13
Présentateur

– Je regarde l'agenda, simplification de la vie économique, fin de vie, programmation pluriannuelle de l'électricité, refondation de Mayotte, ensuite conclusion du conclave sur les retraites.

1:25
Yaël Braun-Pivet

– Et il y a encore le statut de l'élu qui est un texte important pour nos élus locaux pour qu'ils puissent exercer plus facilement leur mandat. – Il y a également la réforme de l'audiovisuel, il y a un texte sur l'agriculture. – Mais je croyais qu'elle était retirée ? – Écoutez, en tout cas, elle a été retirée de l'ordre du jour, mais moi, on ne m'a jamais dit qu'elle était annulée. Donc, il y a encore un certain nombre de textes, et moi, je ne vois pas comment ça rentre jusqu'au 30 juin, donc je souhaite que nous puissions partir cet été avec les textes finis. – Voilà, donc vous souhaitez une session extraordinaire. – Je souhaite une session extraordinaire.

C'est à la main du président de la République, comme vous le savez, mais je crois que c'est important. Il y a également la proportionnelle qui pourrait faire l'objet aussi d'un examen. Donc, vous voyez, beaucoup de travail à venir. Moi, je ne me résous pas à avoir un Parlement qui tourne au ralenti. Je veux travailler, je veux légiférer. Nous avons des réformes à porter pour les Français.

2:19
Présentateur

– Bien, conclusion du conclave sur les retraites, il y aura bien un débat au Parlement.

2:25
Yaël Braun-Pivet

– Alors, c'est un engagement du Premier ministre qu'il a pris dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, et je ne vois pas comment il ne tiendrait pas son engagement. Donc, oui, il y aura un débat à l'Assemblée nationale.

2:35
Présentateur

– Je l'ai remarqué, et je ne suis pas le seul, beaucoup de commissions d'enquête à l'Assemblée nationale. Est-ce qu'il y en a trop ?

2:42
Yaël Braun-Pivet

– Alors, certains le disent, effectivement.

2:44
Présentateur

– Est-ce que ce sont situées à la justice, non ?

2:47
Yaël Braun-Pivet

– Alors, parfois, elles sont dans une actualité brûlante, et c'est vrai que ça peut se chevaucher. – Et puis, il y en a beaucoup, parce qu'il y a 11 groupes politiques, donc ils ont le droit tous les ans à une commission d'enquête. Et après, si nous avons des votes, si les commissions permanentes le souhaitent, elles peuvent se transformer en commissions d'enquête. Donc, il y a effectivement une inflation de commissions d'enquête. Certaines sont très importantes, et elles donnent lieu à des textes de loi. On pense au narcotrafic, par exemple. Il y a le tissu d'une commission d'enquête sénatoriale.

Là, j'ai une commission d'enquête qui vient de se terminer à l'Assemblée nationale sur l'aide sociale à l'enfance, qui est une importante commission d'enquête, et celle sur le cinéma aussi, qui a donné des conclusions qui sont assez solides. Donc, les commissions d'enquête, dans l'idée, c'est très bien, c'est le contrôle que fait le Parlement sur l'action du gouvernement, mais il n'en faut pas trop, et il ne faut surtout pas trop les politiser, parce qu'on a besoin d'un travail de fond, si on veut qu'elle soit utile.

3:46
Présentateur

– Oui, commissions d'enquête qui peuvent parfois se transformer en tribunal. Je pense à, par exemple, François Bayrou sur Bétarame, le 14 mai, je crois.

3:57
Yaël Braun-Pivet

– Alors, il sera auditionné, la commission effectue ses travaux. C'est bien, c'est important, parce qu'on voit qu'il y a beaucoup de souffrance, et que les faits qui sont dénoncés par les victimes sont des faits très graves, donc c'est important de regarder quel est le contrôle que... Alors, vous savez, les commissions d'enquête ne s'intéressent pas aux faits précis, mais elles prennent un peu du champ, et donc il faut savoir quel est le contrôle que nous exerçons sur les établissements privés, scolaires.

4:22
Présentateur

– Est-ce que vous êtes mal à l'aise en pensant que Marine Le Pen ne puisse pas se représenter en 2027 ?

4:29
Yaël Braun-Pivet

– Non, je ne suis pas mal à l'aise. Vous savez, moi je...

4:32
Présentateur

– Je vous dis ça parce que vous aviez un débat avec Elisabeth Banater il y a peu, sur une chaîne de télévision, elle l'est.

4:37
Yaël Braun-Pivet

– Oui, mais pas moi, moi c'est la... Vous savez, les Français, je le vois tous les jours, me disent qu'ils attendent de leurs élus une exemplarité parfaite. Quand vous êtes pris au volant en état d'ivresse, on vous retire votre permis de conduire. Quand vous êtes un chef d'entreprise qui commet des fautes de gestion, vous n'avez plus le droit de gérer une entreprise. Quand vous êtes un élu qui commet des fautes dans l'exercice de votre mandat, vous n'avez plus le droit d'être élu et d'exercer un mandat. Donc tout cela, moi, me semble très cohérent. Maintenant, Marine Le Pen est présumée innocente, elle a fait appel.

Je sais que la cour d'appel va pouvoir se prononcer avant les prochaines échéances électorales. Donc en aucun cas, elle sera empêchée de façon préventive. Et donc je crois que tout cela fonctionne bien. Et à nouveau, les Français attendent de nous que nous soyons exemplaires et d'une probité impeccable. Et je le comprends et je le souhaite.

5:33
Présentateur

– Yael Brunpivet, Bernard Arnault, qui attaque l'Europe, il demande une zone de libre-échange entre les États-Unis et l'Europe, comme Elon Musk, d'ailleurs. Et à travers ses propos, on a l'impression qu'il rejette ce qui se passe aujourd'hui sur le dos de l'Europe. Ce serait l'Europe responsable de cette augmentation de droits de douane. Est-ce que ça ne vous...

5:55
Yaël Braun-Pivet

– C'est un peu fort de café. – C'est fort de café ? – Oui, on voit bien dans quelle situation nous sommes avec des décisions assez erratiques du président des États-Unis qui aussi change d'avis régulièrement. Et ça, c'est inquiétant. On a besoin de stabilité. Les acteurs économiques, les populations ont besoin de stabilité, de sécurité. Et on ne peut pas commercer n'importe comment avec les partenaires. On voit bien qu'à chaque fois qu'il y a des traités de libre-échange, il y a beaucoup de débats dans la société. Il y en a eu pour le Mercosur, il y en a pour le CETA.

Donc oui, à des échanges, évidemment, mondiaux et internationaux, mais pas à n'importe quelles conditions et pas à n'importe comment.

6:39
Présentateur

– Yael Broun-Pivet, la présidente de l'université Lyon 2, accable le professeur Fabrice Balanche, géographe spécialiste du Moyen-Orient. Je voudrais rappeler ce qui s'est passé pour les auditeurs qui ne sauraient pas. Maître de conférences, victime le 1er avril de l'irruption dans son amphithéâtre d'une vingtaine de militants radicaux masqués qui l'ont forcé à quitter les lieux en l'accusant de sioniste, raciste, islamophobe. La présidente de l'université estimait que le prof avait prononcé des paroles affligeantes, complotistes et délétères. Un désaveu public. Un désaveu public. Quelle réaction ? Comment comprendre cela ? Est-ce qu'elle doit être sanctionnée, cette présidente d'université ?

7:22
Yaël Braun-Pivet

– Moi, je trouve ça assez ahurissant. Vous savez, il y a plusieurs mois, alors j'étais à Lyon 3 et j'avais pareil des militants LFI qui voulaient m'interdire d'accéder à l'université en tant que président de l'Assemblée nationale. Et fort heureusement, j'avais réussi à donner la conférence pour laquelle j'avais été invitée. On ne peut pas accepter que nos universités soient des lieux comme ça, qui sont gangrénés par certaines idéologies. Et donc, il faut évidemment protéger les enseignants, protéger la liberté d'expression de tous. De tous. Et on ne doit pas accepter que des facultés puissent comme ça être la proie de certains. Les facultés, c'est notre bien commun.

Ce sont des lieux de savoir. C'est là où nos enfants apprennent et se forment, et forment leur esprit. Et donc, ils doivent pouvoir le faire de façon libre, éclairée, équilibrée. Et aujourd'hui, malheureusement, dans ce type d'établissement, ça n'est plus le cas. Il faut les protéger pour que chacun puisse se construire.

8:28
Présentateur

– Mais la présidente de l'université doit être sanctionnée ?

8:31
Yaël Braun-Pivet

– Alors, moi, je sais, c'est pas à moi de le dire. – Oui, j'ai bien compris. – Mais en tout cas, elle a tort. – Ça vous choque ? Elle a tort ? – Moi, je trouve qu'elle a tort. Et qu'au contraire, il faut protéger ces lieux et faire en sorte qu'ils puissent être, assurer une certaine neutralité, en tout cas, évidemment, pour le corps enseignant et leur permettre de pouvoir enseigner librement.

8:54
Présentateur

– Avant d'ouvrir les pages de votre livre, de lire des pages de votre livre, Yael Brunpivé, de vous interroger sur ce que vous avez écrit, quelques mots sur Israël-Gaza, 12 ONG importantes affirment qu'elles font face à l'un des pires échecs humanitaires de notre génération. Est-ce qu'Israël, aujourd'hui, doit permettre à l'aide humanitaire d'entrer dans la bande de Gaza ?

9:17
Yaël Braun-Pivet

– Évidemment, il faut que l'aide humanitaire puisse arriver en masse dans la bande de Gaza. Il faudrait également, et vous voyez, c'est encore tragique, nous sommes au mois d'avril, il faut aussi rappeler que nous avons encore des otages à Gaza. Le Hamas détient encore des personnes depuis le 7 octobre, donc depuis presque 18 mois. Et donc, il faut continuer à appeler à la libération de ces otages, appeler au cessez-le-feu, appeler à l'aide humanitaire. On a l'impression de répéter toujours la même chose. Il y a une importante initiative française qui aura lieu au mois de juin sous l'égide de la France et de l'Arabie saoudite, c'est très important.

9:56
Présentateur

– Vous êtes d'accord avec la reconnaissance de l'État palestinien ?

9:58
Yaël Braun-Pivet

– Pas unilatéral, mais en revanche, avoir une reconnaissance qui s'insère dans des reconnaissances réciproques de l'État de Palestine et de l'État d'Israël, permettre à ces deux États de vivre derrière des frontières assurées en sécurité et en paix, c'est l'objectif que nous devons partager. Il faut permettre aussi à l'autorité palestinienne de se réinstaller politiquement, avoir une vraie légitimité. Aujourd'hui, on voit bien que le Hamas, qui est un groupe terroriste, a prise sur tout. Et donc, il faut réussir à sortir de cela. J'espère que nous y parviendrons dans les semaines et les mois qui viennent.

10:35
Présentateur

– Yael Brunpivé, à ma place, c'est le titre de votre livre chez Boucher-Chastel. Alors, petite fille de Kalman et Rose, lui, Kalman, réfugié, juif polonais, il s'est battu pour la France, pour la liberté, contre les nazis. Sa famille est restée en Pologne. C'était votre grand-père.

10:55
Yaël Braun-Pivet

– C'était mon grand-père, oui.

10:56
Présentateur

Sa famille est restée en Pologne, a été déportée à Auschwitz. 28 personnes, frères, sœurs, nièces, neveux, tous ont été gazés, puis brûlés dans les fours crématoires. Kalman est devenu français. – Oui. – Et c'est votre grand-père. Rose et Kalman, vos grands-parents, vous en parlez beaucoup dans votre livre. Depuis le 28 juin, ils n'ont pas vu ? – Non. – Ils n'ont pas vu, vous êtes devenue présidente de l'Assemblée nationale, et ils auraient été fiers de vous.

11:28
Yaël Braun-Pivet

– Oui, ma grand-mère m'avait vue devenir avocate.

11:31
Présentateur

– Avocate, oui.

11:32
Yaël Braun-Pivet

– Et elle avait été extrêmement impressionnée par aussi le décorum, parce que c'est très lourd. Mais oui, ils auraient été très fiers. C'est ce que je dis dans mon livre. C'est une histoire républicaine. Mon grand-père, ma grand-mère et mon père ont été naturalisés après la guerre. Et leur intégration dans la France les a conduits justement à avoir une petite fille présidente de l'Assemblée nationale. Je trouve que c'est plutôt réjouissant comme message.

11:58
Présentateur

– Et vous écrivez, le 28 juin 2022, donc, présidente de l'Assemblée nationale, et là, je suis devenu féministe. En entrant en politique...

12:06
Yaël Braun-Pivet

– Alors ça, c'était en 2017 que je suis devenue féministe.

12:09
Présentateur

– En entrant en politique. Tiens, à propos de féminisme, la définition légale d'une femme repose sur le sexe biologique, à trancher la Cour suprême du Royaume-Uni. Êtes-vous en accord avec cette définition légale d'une femme ?

12:25
Yaël Braun-Pivet

– Non, je crois qu'il faut regarder... – Vous êtes en accord avec cela ? – Non, il faut regarder la réalité aujourd'hui et la façon dont les choses évoluent. Et il faut respecter infiniment des personnes qui sont justement dans d'autres démarches. Et donc, il faut faire attention à n'exclure personne. J'ai été gênée par cela, oui.

12:48
Présentateur

– Vous avez été gênée ? Bien, on vous a renvoyé à vos enfants, à vos lessives, enfin, bon, etc. Vous racontez tout cela.

12:54
Yaël Braun-Pivet

– Assez basique.

12:55
Présentateur

– Vous racontez tout cela dans votre livre. Deux mères sur dix sont des femmes. – Oui. – Seulement deux mères sur dix. La parité imposée aux petites communes pour les prochaines municipales, une avancée ?

13:08
Yaël Braun-Pivet

– On vient de le voter à l'Assemblée nationale de façon définitive. Le Sénat l'avait voté quelques semaines auparavant. C'est une grande avancée. Parce que je me suis rendu compte, et c'est très objectif, que seules les lois sur la parité ont permis de faire progresser de façon significative la place des femmes, que ce soit dans le monde politique, que ce soit dans le monde économique, quel que soit le secteur, malheureusement, il faut en passer par la loi. Et donc là, nous allons pouvoir enfin toucher 70% des communes qui n'étaient pas concernées par la parité grâce à cette loi. Alors certains ont dit « on ne trouvera pas de femmes pour s'engager ».

Moi, je les rassure, les femmes ont envie de s'engager autant que les hommes. Il n'y a pas de sexe pour s'engager, pour avoir envie d'être utile pour les autres. Et donc je ne suis pas du tout inquiète.

13:58
Présentateur

– C'est pas sexiste d'ailleurs de dire « on ne trouvera pas de femmes pour s'engager ».

14:01
Yaël Braun-Pivet

– C'est très sexiste. – Mais oui, oui, non. – Ce n'est pas un peu, c'est très sexiste.

14:05
Présentateur

– Bien, Yael Brunpivet, vous dites aussi, vous écrivez, « la politique est capable du pire comme du meilleur ». Alors quel est le pire que vous avez vécu ? Le pire, depuis que vous êtes en politique ?

14:17
Yaël Braun-Pivet

– Depuis que je suis en politique, le pire, en fait pour moi, c'est les attaques antisémites, avec des lettres de menace, avec une exposition qui fait que vous devenez une cible. La cible de personnes qui sont mauvaises, qui sont cachées derrière chez elles, qui prennent leurs petits stylos et leurs petites feuilles et qui crient de façon maladroite des choses absolument ignobles. Et ça, c'est, je trouve, le pire, parce que moi j'aime le débat, j'aime la confrontation, j'aime la franchise, et ça, c'est, je trouve, le pire de ce qu'on peut faire, de se cacher, d'être aussi vile.

14:55
Présentateur

– Et le meilleur ?

14:56
Yaël Braun-Pivet

– Et le meilleur, je l'ai beaucoup dit, c'est la marche pour la République que j'ai organisée avec le président du Sénat, parce que c'est la force de la parole politique. – Oui. – La force de la parole politique qui rencontre l'oreille des Français.

15:11
Présentateur

– Vous avez regretté que le président de la République ne soit pas là ?

15:14
Yaël Braun-Pivet

– Non, je n'ai pas regretté qu'il ne soit pas là. J'aurais préféré, j'aurais aimé qu'il adresse, qu'il adresse au président du Sénat et à moi-même, mais j'ai trouvé ce moment qui était très fort, parce que les Français sont venus, et ce que j'ai aimé dans cette marche, c'est qu'il n'y avait que des drapeaux français qui flottaient au vent, il n'y avait que la Marseillaise qui enchantait nos oreilles, et on a vu des centaines de milliers de Français défiler dans les rues partout en France pour la République, telles que nous l'aimons avec ses valeurs et ses combats, et donc c'était un moment extrêmement puissant.

15:48
Présentateur

– Vous écrivez aussi, vous avez été déçu du macronisme. – Hum ? – Déçu. – Déçu, déçu par Emmanuel Macron, franchement.

15:56
Yaël Braun-Pivet

– Alors…

15:56
Présentateur

– Soyons, vous êtes directe, vous êtes franche, vous êtes honnête.

15:59
Yaël Braun-Pivet

– Je suis directe, et bien justement, c'est plus le macronisme dans son ensemble. C'est trop, moi je ne suis pas du genre à dire, c'est lui qui est responsable, c'est trop facile, je trouve qu'il ne faut pas se défausser. Emmanuel Macron avait des premiers ministres, il avait des membres de gouvernement, il avait une majorité des députés, et c'est dans notre collectif qu'on a été trop vertical. On n'a pas assez associé les corps constitués, on voit bien sur la réforme des retraites à point, nous n'avons pas réussi à embarquer jusqu'au bout la CFDT, qui était pourtant au départ favorable à la réforme à point.

C'est bien qu'on n'a pas réussi à correctement négocier avec les forces syndicales, on voit bien qu'on n'a pas réussi à embarquer les citoyens sur un certain nombre de réformes, alors que la promesse initiale qui avait fait que beaucoup s'étaient engagés derrière Emmanuel Macron, c'était justement d'avoir une autre façon de faire de la politique avec beaucoup plus de participation citoyenne. On voit qu'on a fait des grandes choses en participation citoyenne, type les conventions citoyennes, mais ça n'est pas suffisant. Moi je plaide pour plus de participation, plus de référendum, plus d'intégration de tous dans la vie politique de notre pays.

17:10
Présentateur

Oui, je vais y revenir d'ailleurs, mais dans votre livre, vous n'hésitez pas, vous évoquez votre cancer du sein librement. Vous avez été opéré deux jours après, deux jours après vous recevez le prix de député de l'année. Nous sommes en 2022, il y a le bon pivet. Le 20 mai 2022, dernière séance de radiothérapie, l'après-midi, vous êtes nommé ministre de l'Outre-mer. Décidément. Alors, vous parlez de votre maladie qui vous a rendu plus forte, et vous dites, il faut parler du cancer et sensibiliser les employeurs sur le sujet. Voilà un message que vous avez envie de transmettre.

17:48
Yaël Braun-Pivet

C'est très important parce que moi, j'ai rencontré beaucoup de femmes qui sont atteintes de cancer et qui disent en fait qu'elles ont besoin de justement continuer à travailler, que ça n'est pas forcément facile et donc il faut parfois aménager les emplois du temps, aménager les postes de travail, etc. Mais que quand on est malade, on ne se réduit pas à cette maladie. On n'est pas tout d'un coup complètement incapable de tout. Et on a, pour combattre la maladie, besoin de se sentir soutenu, besoin d'être accompagné. Et donc, avoir une société plus bienveillante, avoir un monde de l'entreprise plus inclusif, c'est hyper important, c'est précieux et ça aide à la guérison.

Et donc, il faut que l'on avance sur ce terrain-là. Et beaucoup de femmes m'ont dit que le fait de savoir que j'avais conquis la présidence de l'Assemblée nationale en ayant un cancer, ça leur donnait de la force aussi. Et ça, c'est pareil, très puissant quand vous faites de la politique, de dire que votre expérience a de l'impact sur la vie des gens.

18:53
Présentateur

Vous avez travaillé pour le Resto du Coeur, vous avez été avocate, ça vous a poussé aussi à l'engagement politique, évidemment. Vous êtes présidente de l'Assemblée nationale. Est-ce que vous comprenez que les Français soient exaspérés parfois par les outrances vues et entendues à l'Assemblée nationale ?

19:11
Yaël Braun-Pivet

Je le comprends et ils me le disent, ils me l'écrivent. En même temps, on vit dans une démocratie. Et les députés qui sont légitimement élus par les citoyens ont le choix de leur mode d'expression. Ils peuvent et ils ont le droit d'être radicaux, de porter des idées radicales, de façon radicale, c'est leur droit. Après, j'ai un règlement, il ne faut pas qu'il dépasse un certain nombre de limites et je leur rappelle et je n'hésite pas, comme vous le savez, à sanctionner.

19:44
Présentateur

Est-ce que vous réfléchissez à changer le règlement ? Je ne sais pas moi, comme sur un terrain de foot, à brandir un carton jaune quand un député, tout à coup, dépasse les bornes.

19:53
Yaël Braun-Pivet

Alors il peut, c'est ce que je fais avec ce qu'on appelle le rappel à l'ordre. Et j'ai un rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal. C'est une amende quand même de 1500 euros. Donc ça n'est pas 30 euros, ça ne sait pas rien. Et donc j'ai déjà ces fameux cartons jaunes et cartons rouges. Certains disaient, il faudrait que le président de séance puisse sortir un député de l'hémicycle. Ça, moi j'y suis très opposé. Parce qu'il ne faut pas oublier que ce député a été élu par les citoyens. Et si vous le sortez de l'hémicycle, c'est une décision unilatérale qui fait que vous l'empêchez de s'exprimer dans l'hémicycle et que vous l'empêchez de voter.

Alors aujourd'hui, dans le règlement, je trouve que c'est plutôt bien fait, pour sortir un député de l'hémicycle, ça ne peut pas être une décision du président de l'Assemblée nationale, ça doit être une décision de l'Assemblée nationale en entier qui vote. Et nous l'avons fait à trois reprises, avec des exclusions de 15 jours de séance, ça n'est pas rien là aussi. Mais c'est toute l'Assemblée qui vote, parce que c'est une décision qui est lourde.

20:56
Présentateur

Et Yael Brunpivet, certains demandent l'obligation du port de la cravate et d'une veste. Ça, ce sont les députés LR qui demandent ça.

21:04
Yaël Braun-Pivet

Alors on a remis la veste, mais en 2022, on a remis la veste déjà. Et tout le monde s'y conforme tout à fait correctement. Et la cravate ? La cravate, je pense que ce n'est pas utile. Il faut aussi vivre avec son temps. Vous, regardez-vous aujourd'hui, vous êtes très bien habillés et vous n'avez pas de cravate.

21:20
Présentateur

Merci, merci. Et l'interdiction de l'alcool à la buvette ?

21:24
Yaël Braun-Pivet

Là aussi, en fait, il ne faut pas infantiliser les parlementaires. Vous êtes contre l'interdiction de l'alcool ? Moi, par principe, je suis contre tout ce qui serait infantilisant. Parce que certains me disent aussi, il faudra interdire les portables dans l'hémicycle. En fait, ça suffit. Les députés sont des grandes personnes, ils sont élus par les citoyens, ils représentent la nation. En revanche, ce qu'il faut, c'est que les parlementaires, les députés, aient toujours une tenue qui corresponde, mais pas une tenue physique, une tenue, en fait, dans l'ensemble, qui corresponde à la dignité de leur mandat. Ça n'est pas rien d'être parlementaire, ça n'est pas rien d'être député de la nation.

Ça veut dire beaucoup, et donc il faut avoir une certaine tenue, que ce soit dans l'hémicycle ou ailleurs. Vous représentez quelque chose, et donc il faut avoir ce respect de l'institution, ce respect des électeurs, ce respect des autres élus. C'est, je crois, inhérent à la fonction.

22:22
Présentateur

J'ai une dernière question. Est-ce que vous excluez d'être candidate à la présidentielle en 2027 ?

22:28
Yaël Braun-Pivet

En fait, aujourd'hui, c'est une question qui n'intéresse, je crois, que les journalistes. Non, non, non, c'est pas vrai. Mais regardez les sondages, regardez les études d'opinion, je suis au très fond de toutes les études d'opinion, donc la question, aujourd'hui, ne se pose pas.

22:43
Présentateur

Elle ne se pose pas, mais les Français se la posent.

22:45
Yaël Braun-Pivet

Mais non, c'est pas vrai. En tout cas, moi, je n'ai pas de Français qui me la posent.

22:47
Présentateur

Ils en parlent, qui sera candidat, nous verrons bien, un tel ou une telle.

22:51
Yaël Braun-Pivet

Aujourd'hui, ils ne parlent pas d'Yalbonne-Pivet.

22:53
Présentateur

Oui, mais d'accord, mais moi, je vous la pose.

22:55
Yaël Braun-Pivet

Moi, en tout cas, j'ai l'habitude de ne pas répondre aux questions qui ne se posent pas. Donc, pour moi, elle ne se pose pas, aujourd'hui.

23:00
Présentateur

Vous n'avez rien décidé.

23:01
Yaël Braun-Pivet

Elle ne se pose pas, aujourd'hui, vous savez, moi, je suis présidente de l'Assemblée nationale. C'est, comme disait Jean-Louis Debré, l'honneur de ma vie. Et quand vous avez rappelé mon histoire avec Calma Nérose, vous imaginez ce que ça représente, aujourd'hui, qu'Yalbonne-Pivet d'être présidente de l'Assemblée nationale ?

23:20
Présentateur

Pour eux, si vous étiez présidente de la République, la première femme présidente de la République, Yalbonne-Pivet.

23:26
Yaël Braun-Pivet

Je ne sais pas, je ne sais pas. Je pense, et mes grands-parents étaient comme ça, ils ne cherchaient pas, ils n'étaient pas dans une logique du toujours plus. Et donc, je pense qu'ils auraient été suffisamment honorés et fiers de ce que je suis devenue aujourd'hui. Ils n'étaient pas de ceux à se dire, vous voyez, le poste d'après, ça ne les intéressait pas, et ça ne m'intéresse pas non plus.

23:52
Présentateur

Mais si vous étiez élue présidente de la République, vous ne vivriez pas à l'Élysée.

23:58
Yaël Braun-Pivet

Mais ce ne sont pas des questions qui se posent !

24:00
Présentateur

Ce ne sont pas des questions, je vous dis ça parce qu'aujourd'hui, vous êtes présidente de l'Assemblée nationale.

24:04
Yaël Braun-Pivet

Et je ne vis pas à l'hôtel de la Serre. Et vous ne vivez pas à l'hôtel de la Serre. Non, alors ça c'est sûr, je vis chez moi. C'est pour ça que je vous disais ça. Je ne veux pas dépendre de ma fonction politique, et je ne veux pas en dépendre financièrement. Et donc, aujourd'hui, je ne dois rien à l'État en termes financiers. J'ai mon indemnité, et je ne vis pas au crochet de l'État et de la collectivité. Ça ne correspond pas à ma façon d'être. Et donc, oui, je vis chez moi. Je fais ma vaisselle, comme tout le monde, comme tous les Français. Et c'est bien comme ça !

24:37
Présentateur

Bien, merci, à ma place. Vous êtes à votre place. Tout à fait. À ma place, Yael Brunpivet. Chez Bûcher Chastel, il est 8h57. Vous êtes sur Sud Radio. Après les infos de 9h, vous retrouverez Patrick Roger.

Yaël Braun-Pivet : "J'ai été déçue par le macronisme dans son ensemble" — Yaël Braun-Pivet · Pourquijevote