"L'industrie a un avenir par l'innovation" : Alexandre Saubot, président de France Industrie, appelle à investir dans l'attractivité de l'Europe, de la France et dans les métiers
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Est-ce que vous incitez les patrons et notamment ceux de l'industrie à s'en saisir ?
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C'est-à-dire ?
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La CGT parle de CDD senior de son côté. Il dit que ce n'est pas une avancée sociale.
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Est-ce que c'est votre sentiment également ? Il y aura d'autres plans sociaux dans l'industrie ?
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Mais sur quel secteur ? Est-ce que vous avez des inquiétudes en particulier ?
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De quel type de décision vous attendez de la part de l'Europe concernant la réglementation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il y a eu la réforme des retraites et le report de l'âge qui augmente le champ des possibles et qui va dans le bon sens. »
- 1:08Invité politiqueFait
« Il y a la réforme de la filière senior dans l'assurance chômage qui réduit des incitations à se séparer des gens. »
- 3:21Invité politiqueFait
« L'automobile, c'est très clair. Au-delà de la chimie, tous les secteurs qui sont impactés par les conséquences de la crise en Ukraine et du décalage du prix de l'énergie entre l'Europe et le reste du monde. »
- 3:35Invité politiqueFait
« Les surcapacités chinoises aujourd'hui, avec les droits de douane qu'il y a aux Etats-Unis, se déversent massivement en Europe et font peser aussi sur de nombreux secteurs des risques et des conséquences difficiles. »
- 4:28Invité politiqueFait
« C'est la mise en œuvre de la CSRD, qui est la réglementation sur le reporting extra-financier. »
- 4:58Invité politiqueChiffre
« Les coûts, on parle de milliards d'euros qui seront dépensés en cabinet d'audit et de conseils pour justifier de l'ensemble des éléments. »
- 9:00PrésentateurChiffre
« Le crédit impôt recherche est une mesure qui profite très fortement à l'industrie. 7 milliards d'euros par an. »
- 9:01Invité politiqueChiffre
« Oui, mais c'est 7 milliards d'euros qui permettent de favoriser l'innovation, l'attractivité du territoire, d'embaucher des chercheurs. »
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France Info Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous. Alexandre Sobo, président de France Industrie. On va revenir sur les difficultés du secteur de l'industrie. Mais tout d'abord, l'actualité, c'est cet accord conclu la nuit dernière entre partenaires sociaux, le patronat et une partie des syndicats sur l'assurance chômage et sur l'emploi des seniors avec deux dispositifs dont le gouvernement attend beaucoup et notamment ce contrat de valorisation de l'expérience pour faciliter l'embauche des chômeurs les plus âgés. Le salarié pourra être mis à la retraite d'office dès qu'il aura droit à une retraite à taux plein.
Est-ce que vous incitez les patrons et notamment ceux de l'industrie à s'en saisir ?
On incite les patrons de l'industrie à se saisir de tous les outils qui leur permettent de garder les compétences, de faire travailler les seniors dans ce moment où on a de formidables défis en termes de recrutement, en termes d'évolution des métiers. Et puis ça va aussi passer par une évolution des mentalités par rapport à des pratiques qui ont pu avoir lieu dans le passé. Mais aujourd'hui, on a une responsabilité collective qui est d'augmenter le taux d'emploi, y compris des seniors. Il y a eu la réforme des retraites et le report de l'âge qui augmente le champ des possibles et qui va dans le bon sens.
Il y a la réforme de la filière senior dans l'assurance chômage qui réduit des incitations à se séparer des gens. Et tous les outils dont ce contrat doivent nous permettre d'améliorer encore le taux d'emploi des seniors. Après, il faut accepter que ça prenne du temps.
C'est-à-dire ?
Tous ces nouveaux outils, il faut que les gens s'en saisissent. En plus, la conjoncture n'est pas dans un de ses meilleurs moments. Il ne faut pas se demander dans six mois si ça a changé.
Mais ça reprend quand même l'idée du CDI senior qui était porté par l'EDEF. La CGT parle de CDD senior de son côté. Il dit que ce n'est pas une avancée sociale.
Ça s'adresse à des gens qui étaient au chômage. Donc, on va voir. Encore une fois, il ne faut pas imaginer des choses avant de voir comment réagit le marché. On s'adresse à des gens qui étaient au chômage et qui, vraisemblablement, sans cet outil, ne seraient pas ou plus difficilement revenus sur le marché du travail. Donc, ça ne peut être qu'un plus. Après, on verra les quantités, le type de profil, la durée des contrats. Est-ce que ça emmène bien les gens jusqu'à ce qu'ils puissent faire leur droit à la retraite ? Tous ces éléments, il faudra les évaluer dans le temps.
Mais face à l'objectif des compétences, de l'augmentation du taux d'emploi des seniors comme des autres catégories d'âge, mais celui-là est très important, se donner un outil supplémentaire, accepter de voir comment ça fonctionne, je pense que c'est d'abord un signe de responsabilité des partenaires sociaux. Il faut s'en réjouir.
Sachant qu'Alexandre Sobo, vous avez été en charge de ces questions au sein du MEDEF. Après la suppression de 1 254 postes chez Michelin, il y a 10 ans, il y a 10 jours, le ministre de l'Industrie, Marc Ferracci, n'a pas caché son inquiétude pour la suite. Des annonces, des fermetures de sites, il y en aura probablement dans les semaines et dans les mois qui viennent, selon le ministre. Est-ce que c'est votre sentiment également ? Il y aura d'autres plans sociaux dans l'industrie ?
Il y a deux choses. D'abord, la conjoncture est moins bonne. On voit bien que mondialement, ça ralentit. Deuxièmement, l'Europe fait face à des difficultés importantes en termes de prix de l'énergie, en termes de surréglementation, en termes de décisions qui ont des très gros impacts. Je pense évidemment au secteur de l'automobile et au bannissement du moteur thermique en 2035. Ça fait longtemps que tout le monde sait que ces décisions auront des conséquences négatives pour l'emploi. Maintenant, ce qu'il faut regarder, ce n'est pas seulement le mouvement à court terme, c'est la tendance.
Mais sur quel secteur ? Est-ce que vous avez des inquiétudes en particulier, Alexandre Sobo ? On a vu l'automobile, effectivement.
L'automobile, c'est très clair. Au-delà de la chimie, tous les secteurs qui sont impactés par les conséquences de la crise en Ukraine et du décalage du prix de l'énergie entre l'Europe et le reste du monde, et puis tous les secteurs aussi qui vont être fortement impactés par le redoublement de l'intensité concurrentielle chinoise. Les surcapacités chinoises aujourd'hui, avec les droits de douane qu'il y a aux Etats-Unis, se déversent massivement en Europe et font peser aussi sur de nombreux secteurs des risques et des conséquences difficiles.
Alors, le patron de Michelin, Florent Ménégaud, justifie les fermetures de Cholet et de Vannes en disant que l'Europe n'est plus compétitive, justement, avec une réglementation excessive, un coût de l'énergie non compétitif. Vous dites la même chose.
Je dis qu'il faut écouter Florent Ménégaud qui est un patron engagé, responsable, attaché à son pays, qui, je pense, a pris cette décision parce qu'il n'y en avait plus d'autres possibles après avoir examiné beaucoup d'autres solutions. Et je pense que nos amis de Bruxelles feraient bien d'écouter un patron compétent, emblématique et responsable pour prendre des décisions qui donnent une chance à l'Europe de rester une belle terre d'industrie.
De quel type de décision, quel type de décision vous attendez de la part de l'Europe concernant la réglementation ?
À court terme, on a deux sujets très lourds. C'est la mise en œuvre de la CSRD, qui est la réglementation sur le reporting extra-financier.
Alors, c'est un petit peu complexe, un peu technique ?
C'est des nouvelles obligations de reporting de toutes les entreprises françaises, en commençant par les entreprises cotées et européennes, d'ailleurs, qui fait peser une charge administrative démesurée par rapport à l'objectif qui est mieux mesurer les émissions de carbone. On va être la seule région du monde qui est capable de fixer ce niveau d'obligation pour traiter un sujet que tout le monde reconnaît comme important. Mais les outils qu'on nous demande de mettre en œuvre sont démesurés. Les coûts, on parle de milliards d'euros qui seront dépensés en cabinet d'audit et de conseils pour justifier de l'ensemble des éléments. L'argent, il est mieux investi.
Donc, de la lourdeur administratif.
Surtout, l'argent, il sera mieux investi dans des vrais projets de décarbonation. Dans une entreprise comme celle que je dirige, il vaut mieux qu'on investisse l'argent dans un projet pour transformer la propulsion d'une machine que pour faire un reporting que personne ne lira parce qu'il sert dans 90% de ce qui est prévu à rien.
Alors, dans le même temps, il y a l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, aux Etats-Unis. Qu'est-ce que vous craignez le plus avec l'arrivée du Républicain ? Est-ce que c'est de ne plus pouvoir exporter avec la mise en place de tarifs douaniers prohibitifs ou est-ce que c'est l'énergie que vous avez commencé à mentionner ? Est-ce que vous risquez ? Est-ce que vous craignez que l'énergie américaine soit encore plus compétitive et rende l'industrie en Europe de moins en moins compétitive ?
Je vais peut-être vous surprendre mais je pense que l'arrivée de Donald Trump au pouvoir est une opportunité pour l'Europe. C'est une opportunité parce que comme il est très direct, comme il a posé un certain nombre de sujets sur America First, il va peut-être aider les Européens à se rendre compte qu'il faut qu'on fasse nous aussi preuve de capacité à se protéger, de détermination, d'écoute des secteurs économiques pour répondre au formidable défi qui est finalement la relance de la guerre économique et la fin de la mondialisation heureuse. Si l'arrivée de Donald Trump et son côté un peu direct permet de réveiller l'Europe, je pense que ce sera in fine une très bonne nouvelle.
Et comment est-ce que l'Europe peut réagir ? Ça passe par quoi ? Ça passe par une politique fiscale ? Par moins de réglementations ?
Ça passe, je pense, d'abord très simplement par le fait que l'Europe se dote d'une priorité, c'est produire sur le sol européen et qu'on évalue toutes les obligations, toutes les réglementations, toutes les contraintes qui sont posées à l'aune de est-ce que ça va favoriser la production sur le sol européen ou pas ? Parce qu'on veut sauver la planète. Moi le premier, je pense que vous aussi et tous les gens qui nous écoutent ont la même préoccupation.
Si demain on ne peut pas exporter nos produits aux Etats-Unis, sachant que les Etats-Unis c'est le quatrième client de la France, on exporte notamment de l'aéronautique, de la pharmacie, des vins et spiritueux, tous ces produits, si on ne peut pas les exporter aux Etats-Unis demain, pourquoi ?
A quoi ça sert de les produire ? On va continuer à les exporter, simplement ils seront peut-être un peu plus taxés que par le passé, il y avait déjà des droits de douane pour beaucoup de choses qui étaient exportées aux Etats-Unis, et on va avoir une discussion avec l'administration américaine. Je pense qu'aujourd'hui le sujet, ce n'est pas d'abord les droits de douane européens, c'est la priorité que doit se donner l'Europe autour du produire en Europe. L'Europe est la zone la plus réglementée, la plus vertueuse en termes d'environnement, donc tout ce qui est produit en Europe émet moins de carbone que s'il est produit ailleurs.
Donc la meilleure façon de sauver la planète c'est de produire plus en Europe et au sein de l'Europe c'est de produire plus en France. Il faut que nos bureaucrates bruxellois et tous les gens qui prennent des décisions là-bas se rendent compte que la priorité doit être créons les conditions pour qu'on produise plus en Europe et ça sauvera la planète, ça sera bon pour l'activité, ça sera bon pour la souveraineté, ça sera bon pour l'emploi.
En France, on est en plein débat fiscal avec le projet de loi de finances qui arrive au Sénat. Comment est-ce que vous regardez ça ? Vous qui êtes à la tête de France Industrie, Alexandre Sobo, Alexandre Bompard, patron de Carrefour, parle d'une fiscalité confiscatoire avec la mise en place notamment de cette contribution exceptionnelle. Qu'est-ce que vous en dites ?
Je pense qu'il faut savoir ce qu'on veut. Il faut rétablir les finances publiques et il faut préserver l'attractivité du territoire. Donc aujourd'hui, on voit une volonté de rétablir les finances publiques, on ne voit pas trop la volonté de préserver l'attractivité du territoire. Et les mesures aujourd'hui envisagées sur le rabotage du crédit impôt recherche, sur l'écrêtement des allègements de charges avec des mesures très défavorables à l'industrie sont des signaux qui, à mon avis, vont inquiéter tous les gens qui réfléchissaient à faire des investissements en France.
Donc il faut que le gouvernement le plus vite possible et le Parlement actent des décisions qui préservent l'attractivité de la France.
Et donc notamment en revoyant cette idée notamment de raboter le crédit impôt recherche.
Le crédit impôt recherche est une mesure qui profite très fortement à l'industrie.
7 milliards d'euros par an.
Oui, mais c'est 7 milliards d'euros qui permettent de favoriser l'innovation, l'attractivité du territoire, d'embaucher des chercheurs. Ce n'est pas une dépense. Ce qu'il faut, c'est que les gens à Bercy comprennent que le crédit impôt recherche, ce n'est pas une dépense. C'est un investissement pour permettre à la France d'être plus innovante. Et c'est notre avenir. L'industrie a un avenir par l'innovation. La décarbonation a un avenir par l'innovation. Et c'est la même chose sur les allègements de charges. On ne peut pas cibler l'effort demandé sur l'industrie qui a, tout le monde le sait, un problème majeur de compétitivité. On va travailler sur tous les autres sujets.
Je pense à l'attractivité des métiers. On a la semaine de l'industrie qui commence dès lundi prochain. Il y a 7000 événements. Ça va être l'occasion de pousser la porte de l'usine qui est à côté, de se rendre compte de nos formidables métiers. Il ne faut pas que le gouvernement et le Parlement nous compliquent la vie de façon démesurée. Sinon, on va tous le regretter dans 3 ans ou 5 ans.
Merci beaucoup Alexandre Sobo, président de France Industrie, invité éco de France Info ce soir.