Face à Face : Aurore Bergé - 07/09
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, face à face.
Apolline de Malherbe. Il est 8h32 sur RMC et BFM TV. Bonjour Aurore Berger. Bonjour. Vous êtes la ministre des Solidarités et des Familles. Merci d'avoir choisi RMC et BFM TV pour venir réagir. Ce scandale dont on parle depuis 24 heures, le scandale des crèches privées, on aurait pu en parler plus tôt. Il y a d'autres enquêtes qui avaient déjà été menées, on y reviendra. Mais là, c'est deux livres chocs qui sortent en même temps. L'un qui s'appelle le prix du berceau, ce que la privatisation des crèches fait aux enfants. Et l'autre qui s'appelle B-Business, on a bien compris. Crèche privée, l'enquête inédite.
Ces enquêtes, elles montrent un système qui quasiment de manière structurelle entraîne un certain nombre de mauvais traitements des enfants, de rationnements même parfois. De nombreux témoignages aussi qui nous arrivent, notamment depuis hier. Ce matin sur RMC, j'avais Samira qui m'a appelée. Il était 6h40. Elle m'appelait pour me raconter ce qu'elle avait découvert, ce que sa famille avait découvert dans la crèche de son petit-fils dans la vie. Elle n'écoutait.
Tous les bébés étaient en pleurs. Depuis midi et quart, aucun goûter, rien. Ils n'ont pas changé les couches. Ils s'est retrouvés avec une couche remplie d'excréments. Mon petit-fils en crise de l'âme. Tous les enfants étaient en crise de l'âme. Ma fille a filmé. C'était un crève-cœur quand j'ai vu la vidéo.
Est-ce que l'État a abandonné les enfants au privé ?
Si vous permettez, je voulais prendre le temps de reposer quelques éléments. D'abord, je pense que pendant des années, ce qui se passait dans les crèches, ça n'intéressait pas grand monde. Parce que ce qui se passait pour nos enfants de 0 à 3 ans, ça n'intéressait pas grand monde. Il a fallu, Boris Cyrulnik, il a fallu qu'on s'intéresse aux mille premiers jours de la vie de l'enfant pour se dire que leur vie, elle commençait peut-être avant qu'ils aient un cartable sur le dos et avant qu'ils entraient à l'école. Ça, c'était quand même un peu le point de départ collectif qui a été le nôtre.
Et donc, il y a eu concrètement ce qui se passe à partir du moment où nos enfants ne sont pas chez nous. À partir du moment où nos enfants, on doit les faire garder parce que les familles font des choix et qu'elles font aussi souvent ce qu'elles peuvent. Et parfois, c'est des enfants gardés à domicile, souvent des enfants gardés par des assistantes maternelles. C'est le premier mode de garde après les grands-parents. Et puis après, les enfants qui sont gardés dans des crèches. Et là, en général, les parents, ils ne font pas vraiment un choix, j'ai envie de dire. Il y a quand même une chose qui a changé, Aurore Berger.
Et ça, il faut le dire. C'est que moi, je veux bien qu'on se soit tout d'un coup intéressés, comme si avant, on ne s'intéressait pas à ce que faisaient nos enfants. On s'intéressait beaucoup. Moi, j'ai un peu du mal à le voir. Les politiques publiques s'y intéressaient très peu. Mais il n'y a pas une chose qui a changé, c'est qu'avant, les crèches, c'était public. À 80%. Et puis qu'un jour, l'État, il a dit, finalement, on n'a pas le temps,
on n'a pas les moyens, donc on va déléguer ça aux privés. C'est un peu plus complexe que ça, et vous le savez bien. Déjà, aujourd'hui, il y a 20% de crèches qui sont des crèches privées. Donc, on ne peut pas dire que tout d'un coup, il y a eu un basculement. Non, non, non. Ça augmente.
C'est 20% du nombre de places de berceau, mais c'est 90% des nouvelles crèches. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les crèches sont privées.
Toutes les nouvelles crèches sont privées. L'État n'en fait plus. Alors, attendez. Déjà, ce n'est pas l'État, en général, qui a fait des crèches. Ce sont les municipalités qui faisaient des crèches. Les collectivités publiques. Ce sont les collectivités locales qui faisaient des crèches. Les collectivités locales qui, aujourd'hui, continuent d'en faire ou qui font un autre choix qui est de dire, on va déléguer, on fait des délégations de services publics, et donc on choisit des opérateurs. Et là, elles ont le choix. Elles peuvent faire appel au secteur associatif, par exemple la Croix-Rouge, au pair des crèches dans notre pays. Elles peuvent faire appel aux UNAF, par exemple, pour le faire.
Elles peuvent le garder en gestion directe ou elles peuvent faire appel à des crèches privées. La question qu'on se pose à partir du moment où on voit qu'il y a un modèle qui est beaucoup plus éclaté qu'avant, où on a, en effet, du privé, du privé lucratif, notamment qui s'est intéressé à ce business aussi, que sont celui des crèches. La question qui doit se poser, elle est double, elle est la question du contrôle. Concrètement, qui contrôle ? Comment on contrôle ? Est-ce qu'on contrôle assez ?
À la fois sur place dans les établissements, à la fois dans les grands groupes privés, et c'est là-dessus qu'il faut changer la donne, et la question des professionnels de ces crèches, qui, aujourd'hui, ne sont pas assez nombreuses. Si elles ne sont pas assez nombreuses, c'est parce qu'elles ne sont pas assez rémunérées, pas assez valorisées, pas assez reconnues, pas assez formées.
Alors, on va revenir très précisément sur les moyens que vous allez mettre pour qu'il y ait davantage de contrôle, pour qu'il y ait, en effet, peut-être davantage de personnel, de nombre de personnes par rapport aux enfants. Mais vous l'avez dit, le privé, à but lucratif, a compris qu'il y avait là un business. Pardon, mais est-ce que la responsabilité, encore une fois, ce n'est pas que l'État, à un moment, s'est désintéressé de ce secteur, qui est un secteur de services publics, et qu'il l'a délégué à des entreprises privées, dont le but, vous l'avez vous-même dit, est de faire des profits et du business. Ce sont des entreprises dans lesquelles des fonds d'investissement sont rentrés.
Peut-on, peut-on, confier les plus vulnérables de ce pays ? C'est exactement la même question qu'on se posait face au scandale d'Orpéa et des personnes âgées dans les maisons de retraite à but lucratif. Est-ce possible ? Est-ce que le modèle n'est pas un modèle qui entraîne mécaniquement ces dérives ?
C'est possible si et seulement si on met des garde-fous. C'est ça, la vérité. La vérité, c'est que la question, elle n'est pas juste le modèle économique. Quand on a lancé une grande inspection de Ligas, Ligas, c'est l'inspection générale des affaires sociales. On a eu, il y a un an, le décès d'une petite fille dans une crèche, qui a, je pense, bouleversé toute la France. C'était à Lyon. C'était à Lyon, c'était en juin dernier, une petite fille qui a été tuée. Voilà ce qu'il faut dire. Donc, il y a eu une inspection... On a fait voir, ce n'est pas qu'elle est tombée sur une bouteille de détergent. Je dis les mots. Elle a été tuée. Et donc, il y a eu une inspection de Ligas qui a été lancée.
C'est-à-dire que l'État a lancé une inspection pendant des mois. C'est 45 000 témoignages qui ont été recueillis, bien plus que pour tous les livres qui vont s'additionner. Ces rapports, ils ont été rendus publics. Et ils ont démontré qu'il pouvait y avoir des cas de maltraitance, quels que soient les modèles économiques des crèches, quels que soient les types de gestionnaires, et que la première, en vérité, des maltraitances, c'était la question de la pénurie de professionnels. Et c'est ce que les professionnels, elles-mêmes, je mets au féminin, parce que c'est massivement des femmes, elles-mêmes nous disent.
C'est qu'elles ont peur de devenir maltraitantes parce qu'elles n'ont pas suffisamment de temps auprès de nos tout-petits, auprès de nos enfants. Et donc, le premier enjeu qui est le mien, c'est comment on fait pour recruter des professionnels qui soient qualifiés, qui soient formés, qui soient accompagnés, et donc comment on fait pour les revaloriser ? Et la question des contrôles. Je veux juste dire un mot sur les contrôles. Il y a deux types de contrôles. Les contrôles qu'on doit faire directement sur place, dans les établissements, ce sont les PMI, les protections maternelles et infantiles, qui sont en responsabilité de ces contrôles.
Mais eux-mêmes disent qu'ils n'ont pas suffisamment
d'agents formés pour faire ces contrôles. Les départements mettent des moyens. C'est les départements qui contrôlent les PMI, qui mettent les moyens. Moi, ce que je veux, ce n'est pas qu'on se renvoie les balles et les responsabilités, c'est qu'on travaille main dans la main avec les départements pour se dire comment on fait mieux ? Comment on a un système d'alerte qui est un système d'alerte national ? Comment les professionnels, elles-mêmes, peuvent nous alerter si elles voient des pratiques qui ne correspondent pas à la norme, à la qualité qu'on doit avoir pour l'accueil et la protection de nos enfants ? Comment les parents peuvent...
C'est-à-dire qu'Aurore Berger, vous le disiez, il y a eu ce rapport de Ligas. Pardon, mais enfin, le rapport de Ligas, il date d'avril dernier. Qu'est-ce qu'il dit, ce rapport de Ligas, qui est donc l'Inspection Générale des Affaires Sociales ? Ce n'est pas des journalistes qui ont été en train de se dire c'est l'État qui a demandé un rapport. C'est l'État qui a mené cette enquête de manière systématique dans tous les départements de France. Il fait étage aussi de témoignages d'enfants à qui on ne donne pas à boire.
Comme ça, on change moins les couches, qu'on laisse trop longtemps dans leurs couches souillées, que l'on humilie, que l'on insulte en disant tu chouines pour rien, tu sens mauvais, que l'on force à manger ou même que l'on maltraite physiquement en leur tirant les cheveux ou en les attachant à un radiateur. Ça, c'est le rapport que vous avez reçu noir sur blanc en avril dernier. Qu'est-ce qui a changé depuis avril ?
Qu'est-ce qui a changé ? Un, la question des contrôles. De manière à ce que les contrôles soient beaucoup plus systématiques directement dans les crèches, dans les établissements et quand je parle de contrôles, ça veut dire des contrôles sur place et des contrôles inopinés. On ne prévient pas évidemment qu'on va arriver et que ces contrôles seront réalisés. Ce qui va changer, c'est un système d'alerte beaucoup plus systématique encore une fois pour que les parents puissent alerter, pour que les professionnels elles-mêmes puissent alerter. Ce qui va changer, c'est aussi la loi.
Parce qu'en vérité, on n'avait pas le droit, l'État n'avait pas le droit d'aller contrôler les grands groupes privés. En gros, je n'avais pas le droit d'aller au siège des grands groupes privés pour dire maintenant je veux tous les documents, je veux les contrats de travail, je veux avoir accès à votre compte. On va changer la loi si les parlementaires en décident dès le mois de septembre sur ce sujet-là de manière à ce qu'on puisse envoyer toutes les inspections nécessaires directement au siège de ces grands groupes privés. Donc ça veut dire, encore une fois, ce sont principalement
quatre grands groupes privés qui sont les opérateurs de ces crèches privées.
Donc si vous avez à la fois des contrôles sur place, si vous instaurez cette culture du contrôle qui n'était pas la norme avant pour voir concrètement ce qui se passe dans ces établissements. Des établissements qui sont, il faut quand même bien le dire, moi c'est mon cas, quand vous déposez votre enfant à la crèche le matin.
Ils sont nombreux à nous écouter ce matin, il est 8h40, à s'apprêter ou alors à avoir déjà déposé leur enfant à la crèche.
Quand vous êtes un parent qui dépose son enfant à la crèche, peuvent-ils avoir confiance ? Ils doivent avoir confiance. Non mais ils doivent, moi je veux bien, mais c'est pas... Moi je leur dis ça, je leur dis parler aux professionnels. Parce que quand vous déposez votre enfant à la crèche, quand vous allez rechercher votre enfant à la crèche, vous n'êtes pas à la porte de la crèche. Vous entrez dans la section des petits, des moyens, des grands. Vous voyez votre enfant. Vous échangez avec le professionnel. Vous dites le matin quand vous arrivez comment votre enfant a dormi, à quelle heure il a mangé. Quand vous le récupérez le soir, vous posez des questions aux professionnels.
Vous voyez ce qui se passe. Et donc on doit avoir ce dialogue beaucoup plus poussé entre les parents et entre les professionnels. Et instaurer cette culture qui est une culture du contrôle qui doit être nouvelle. Ce que je dis, c'est que c'est notre responsabilité qu'il y ait des contrôles. Ce que je dis, c'est qu'on va le faire main dans la main avec les départements pour garantir que ces contrôles existent, pour garantir que ces systèmes d'alerte existent. Ce que je dis aussi, c'est que contrairement aux EHPAD où les familles rentrent rarement tous les jours et deux fois par jour, on voit la crèche et on voit les professionnels.
Et ce que je dis, enfin, c'est que pour la première fois, on va pouvoir contrôler parce qu'on change la loi, parce qu'on change la loi, les grands groupes privés directement sur leur pratique. Mais là, je vous propose la question du nombre de personnes
qui peuvent faire ces contrôles. Ligas estime qu'il n'y a pas suffisamment de personnes sur le territoire pour faire ces contrôles, déjà dans les crèches. Et vous, vous allez rajouter un autre échelon de contrôle, c'est très bien, qui est le siège de ces entreprises. Mais sauf que si vous ne rajoutez pas plus d'agents qui sont en mesure de faire ces contrôles...
On a augmenté de manière massive au niveau de l'État les personnes qui sont habilitées à réaliser des contrôles. Là, on augmente encore les effectifs de plus de 120 personnes. qui permettent de se déployer dans les différents départements. Et les départements eux-mêmes se sont engagés évidemment à augmenter leurs effectifs pour réaliser des contrôles. Donc là, chaque département va pouvoir le faire et doit pouvoir le faire.
L'autre question, c'est le nombre d'adultes par enfant. Cette règle, elle est fixée par l'État. Elle est fixée par l'administration. La règle aujourd'hui, c'est un adulte pour six enfants. On a eu de nombreux témoignages, je le disais, et notamment Pia, qui est une directrice de crèche, qui aime son boulot, qui dit que ça reste un métier de passion et qui dit d'ailleurs que tous ceux qui le font le font avec beaucoup de dévotion, de dévouement, ils y passent beaucoup de temps et avec beaucoup de passion. Elle dit le problème, c'est qu'on est épuisé.
On est épuisé parce qu'on n'est pas suffisamment nombreux et elle m'a demandé de vous poser la question est-ce qu'il ne faut pas augmenter ce chiffre ? C'est vous qui donnez cette règle aux entreprises. Est-ce qu'il ne faut pas
plus qu'un adulte pour six enfants ? Elle a raison et c'est ce qu'on va faire. Je veux qu'on passe à un taux d'encadrement de 1 pour 5. C'est ça notre objectif. De 1 pour 5. Vous allez changer la règle et les groupes privés vont devoir s'adapter. Elles vont devoir s'adapter. Je suis consciente aussi que vous ne pourrez pas demander aux crèches privées dans les 48 heures de passer de 1 pour 6 à 1 pour 5. Mais ce que je dis aussi aux groupes privés, c'est que la première des mesures à prendre pour faire en sorte qu'il y ait un taux d'encadrement qui soit supérieur, qu'il y ait plus de professionnels, c'est que ces métiers doivent être plus attractifs.
Je leur demande de réfléchir à l'organisation des modèles qui sont plus innovants où les personnes vont travailler sur des semaines de 3 jours ou des semaines de 4 jours parce que ce sont des métiers qui sont des métiers difficiles, qui sont des métiers pénibles. Je leur demande de revaloriser leur personnel. Au 1er janvier 2024, l'État, mon gouvernement, met 200 millions d'euros sur la table. Chaque année. Chaque année, on va mettre 200 millions d'euros sur la table pour revaloriser les personnels.
Mais je ne mettrai pas et je ne donnerai pas 1 euro de cet argent aux groupes privés si dans le même temps ils n'ont pas des conventions collectives qui sont enfin au niveau vis-à-vis des personnels. Si dans le même temps il n'y a pas des engagements très clairs sur la qualité d'accueil. Par contre, on a déjà des grands ou des groupes notamment associatifs où on sait que les choses se passent très bien. Eux, dès le 1er janvier 2024, la pourront revaloriser. C'est peut-être
le but non lucratif. Est-ce qu'il n'y a pas quand même, et j'y reviens, un problème de modèle ? Il y a eu le scandale Orpea, il y a le scandale des crèches privées. Ce sont 4 groupes, on le disait, 4 principales entreprises qui font à elles seules 1,1 à 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires par an. Est-ce qu'il n'y a pas un problème de modèle ? Est-ce que vous ne vous êtes pas posé la question peut-être de renationaliser le service
de la petite enfance ? Bien sûr que si, et que je me suis posé la question. Je me suis posé la question quand je lis le rapport de l'IGA, je me suis posé la question quand je vois les témoignages de est-ce que le modèle économique par lui-même en vérité définit au bas la manière avec laquelle ensuite on travaille. Sauf qu'à la fin, ce sont des professionnels qui s'engagent.
Ce sont des femmes qui s'engagent, qui ont été formées, qui sont des auxiliaires de puériculture et qui s'engagent quel que soit le type de crèche et qui s'engagent avec la même dévotion, avec le même dévouement, avec la même vocation et qui n'ont qu'une envie, c'est de s'occuper de nos tout petits-enfants et qu'elles le fassent encore une fois dans une crèche privée, dans une crèche publique, dans une crèche associative. On ne peut pas remettre en cause l'engagement qui est celui des professionnels. Par contre, nous, ce qu'on doit garantir, c'est garantir la sécurité de nos enfants quel que soit le mode de garde.
C'est garantir la qualité d'accueil de nos enfants et leur épanouissement, leur sécurité affective, quel que soit le mode de garde. Et c'est garantir le bien-être au travail de ces professionnels qui font un travail extraordinairement exigeant et difficile, quel que soit encore une fois le mode de garde et quel que soit le modèle économique. D'où les contrôles qui vont être faits et d'où le fait, je le redis, que quand on met 200 millions d'euros sur la table, il n'y aura pas un euro pour des groupes privés s'ils ne se mettent pas au niveau.
On l'a vu, avec des dizaines de services d'urgence qui ont dû fermer cet été. Je rappelais qu'il y a eu le scandale des personnes âgées. Est-ce qu'aujourd'hui, il n'y a pas un problème tout simplement d'effondrement
de notre service public ? Non, parce qu'à la fin, vous avez un État qui s'engage. Qu'est-ce qui se passe ? C'est-à-dire que nous, on a à la fois des moyens qui sont déployés, qui sont déployés par les CAF notamment pour faire en sorte que ce qu'il reste à payer chaque mois aux parents soit le plus raisonnable possible. Parce que les parents, encore une fois, ils font ce qu'ils peuvent. Les parents, ils vont travailler le matin et ils doivent pouvoir juste être sereins à partir du moment où ils ont déposé leur enfant, que ce soit auprès d'une assistante maternelle, que ce soit en crèche, que ce soit en le laissant à domicile. Et donc, il faut accompagner les parents.
Donc, en vérité, on met énormément d'argent public pour garantir l'accueil de nos enfants et le mode de garde de nos enfants. Mais c'est précisément la nécessité, encore une fois, de contrôler.
C'est ce qui est très frappant et pour que tous ceux qui nous écoutent nous regardent le contraire. C'est qu'au fond, c'est un véritable partenariat entre les aides publiques et ces entreprises privées. C'est exactement comme pour Orpéa, c'est-à-dire que le personnel, il est majoritairement payé par les aides, par le budget que l'État a l'eau à ces entreprises privées. C'est ce modèle qui est quand même... Voilà, ces entreprises privées, elles sont... Une partie de leurs frais de fonctionnement sont couverts en réalité par vous,
par l'État. Parce qu'on aide les familles. Parce que qu'est-ce que vous voulez que je dise moi ce matin ? Je vais dire à toutes les familles qui nous regardent, qui en général, encore une fois, ont fait ce qu'elles ont pu, avec ce qu'elles ont trouvé à proximité de chez elles, que ce soit une crèche privée, une crèche associative, une crèche publique, je leur dis, en fait, vous n'avez pas eu d'autre choix que de mettre votre enfant dans la crèche qui est à proximité de chez vous et du jour au lendemain, l'État ne va plus vous aider et donc ça va vous coûter plus cher. Et donc, si ça se trouve, vous ne serez plus en capacité de faire garder votre enfant.
Alors que dans la majorité des cas, et heureusement, les choses se passent bien. Moi, ce qui m'importe, c'est le service qui est rendu à nos enfants, c'est le service qui est rendu à nos familles. Je ne peux pas dire que l'État va se désengager parce que le modèle économique, ici ou là,
on considérait que ce ne serait pas le bon. Vous vous réengagiez, et je vous pose à nouveau la question, ces crèches privées représentent 90% des nouvelles places en crèche qui sont créées depuis plusieurs années. Est-ce que vous ne voulez pas changer ce ratio et demander aux collectivités de privilégier un retour à un modèle de crèche publique pour toutes les ouvertures
de crèche à partir de maintenant ? Je crois et j'espère aussi qu'à la fois le rapport de l'IGAS, que peut-être les alertes, les livres vont à la fois changer durablement les pratiques de ces grands groupes privés pour garantir d'abord la qualité, le bien-être et de nos enfants et des professionnels.
Mais ces auteurs, ils parlent d'enfants comme de chiffres dans un tableau Excel avec vraiment combien chaque enfant rapport. C'est notre responsabilité de garantir que ça ne soit pas le cas. Le nombre de repas par enfant, c'est-à-dire qu'au lieu de commander un peu plus de repas qu'il n'y a d'enfants, c'est exactement l'inverse. Ils commandent moins de repas qu'il n'y a d'enfants. Donc, c'est des enfants qui rentrent chez eux et qui sont affamés. C'est des enfants qui parfois ne boivent pas.
Déjà, je ne veux pas que les spectateurs et les auditeurs qui nous écoutent se disent, en écoutant cette émission, que dans toutes les crèches de notre pays, ça se passe comme ça. Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas vrai. Dans toutes les crèches de notre pays, on a d'abord des professionnels qui s'engagent, qui ne sont pas assez payés. Et d'ailleurs, je précise que ces deux livres disent tout le bien qu'ils pensent. Des professionnels ne sont pas très élevés. Vous voyez bien que si à la fin, on donne le sentiment que partout, il y a de la maltraitance, qu'on fait souffrir nos enfants.
Vous imaginez bien que si on avait la moindre suspicion, si les départements ont la moindre suspicion sur un établissement, évidemment que cet établissement doit être fermé. Et immédiatement, si les établissements ne respectent pas le taux d'encadrement tel qu'il est demandé, ces établissements doivent être immédiatement fermés. Et donc, encore une fois, on va renforcer ces contrôles à la fois sur place et on va remforcer les contrôles sur les grands groupes privés et on va accepter de mettre plus de moyens à partir du moment où ils seront mis au niveau. Et je ne veux pas qu'on donne le sentiment que ces professionnels seraient des professionnels maltraitants.
Aujourd'hui, on en manque de ces professionnels. Vous imaginez aussi ? Et ça, c'est... On travaille aussi en tant que ministre des familles de leur dire quand même tout l'engagement qui est le leur et de le reconnaître et de les en remercier.
Et vous avez précisé, Aurore Berger, c'est très important, que vous allez changer le nombre d'adultes par enfant avec l'objectif d'atteindre le nombre de 1 adulte pour 5 enfants. Je voudrais qu'on parle aussi des réseaux du cœur et de la question des associations. Vous êtes ministre des Solidarités. Précisément, autour de ce mot de solidarité, il y a un débat, gauche-droite, notamment autour de la question du don de 10 millions d'euros qui a été fait par le groupe LVMH. pour les restos du cœur. Vous diriez solidarité ou vous diriez que c'est de la charité, sachant que la charité, LFI notamment, dit on n'en veut pas ?
En fait, je crois qu'il n'y a qu'en France que ce débat existe. Il n'y a qu'en France où quand vous avez une grande entreprise qui fait un chèque de 10 millions d'euros, au lieu de lui dire merci, on préfère l'engueuler. Je ne crois pas qu'un grand groupe comme LVMH, au regard aussi d'ailleurs des produits qui sont ceux qui commercialisent cette marque, voit son chiffre d'affaires augmenter demain parce qu'il a fait un chèque de 10 millions d'euros sans demander de défiscalisation par ailleurs.
Ils ont fait un chèque de 10 millions d'euros parce qu'on a une situation exceptionnelle qui justifie que tout le monde contribue, qui justifie que l'État fasse sa part, 156 millions d'euros sur l'aide alimentaire parce que c'est une urgence pour garantir aux 4 millions de Français qui malheureusement aujourd'hui ont besoin d'aide alimentaire de pouvoir y recourir, mais qui justifie aussi, et c'était le sens de l'appel que j'ai lancé, que des grandes entreprises qui réussissent en France grâce à la France et bien aussi contribuent à cet effort national. Et je crois que c'est important qu'elles y aient répondu.
Total y a répondu, les grandes banques comme le Crédit Mutuel ou la BNP y ont répondu et surtout des milliers de petits donateurs y ont répondu et tant mieux en vérité.
Est-ce qu'au moment où on se parle, Aurore Berger, une semaine après cet appel, ce SOS du patron des Restos du Coeur, le compte y est globalement ? Est-ce que les caisses ont été renflouées par tous ces dons ?
Ce qu'on a dit au président des Restos du Coeur, comme ce qu'on a dit à tous les responsables de toutes les associations de l'aide alimentaire, c'est qu'on se reparlait fin septembre et qu'on garantirait, quoi qu'il arrive, que leur budget soit bouclé. Il n'y aura pas un euro qui manquera au Restos du Coeur à la fin du mois de septembre et donc l'engagement qu'on a pris, c'est de regarder précisément à la fois en fonction des dons et si jamais on venait à manquer, alors évidemment l'État sera au rendez-vous.
Merci Aurore Berger d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes la ministre des Solidarités et des Familles.
Aurore Bergé