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interviewLCI· 6 septembre 2024

Première interview de Michel Barnier en tant que Premier ministre, ce qu'il faut retenir

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Donnez-moi ma première question un peu directe, mais pourquoi vous, finalement, face à cette équation quasi impossible, qu'est-ce qui vous a convaincu que vous étiez capable de gouverner ? Vous pensez bien, Mme Coudray, qu'à l'âge qui est le mien, et je n'ai pas besoin, comme on rappelle mon âge, je n'ai pas de plan de carrière. J'ai simplement un parcours assez long, toujours appuyé sur le suffrage des citoyens.

Depuis assez longtemps, j'ai même été à une époque le plus jeune député de France, c'est un titre qu'on perd assez vite d'ailleurs. Et dans mon département de la Savoie, pendant 17 ans, j'ai eu l'honneur de le présider, en organisant d'ailleurs des Jeux Olympiques avec Jean-Claude Killy, à l'époque, les Jeux d'hiver, et je veux saluer toutes les équipes qui réussissent avec Tony Estanguet, les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques en ce moment même. Et puis dans plusieurs ministères, le ministère de l'Environnement et de l'Écologie, le ministère de l'Agriculture, on a entendu un agriculteur dire des choses justes tout à l'heure sur l'inflation normative qui bloque et qui contraint pas seulement les agriculteurs, mais aussi d'autres entreprises.

Donc c'est votre expérience qui a joué ? Le ministère de la Pêche aussi, je n'oublie pas les pêcheurs. Et ensuite un engagement européen, où là aussi j'ai eu des dossiers difficiles à traiter.

Je vous rappelais par exemple que j'étais pendant 5 ans le commissaire chargé de la régulation financière en pleine crise financière pour mettre de l'ordre, de la morale, de la transparence, de la responsabilité par rapport à des banquiers qui se sont cru tout permis. Une sorte d'ultralibéralisme qui a détruit des millions d'emplois. Puis, enfin, si je puis dire, cette négociation complexe du Brexit, où avec l'appui du Président de la République et d'autres chanceliers allemands et tous les autres chefs d'État, j'ai défendu les intérêts de l'Europe par rapport à cette situation.

On reviendra sur votre dimension politique tout à l'heure. Donc c'est tout cela qui fait sans doute, je réponds à votre question, Mme Coudray, qui fait que le Président de la République, en regardant ce parcours, cette capacité de négocier, de mettre des gens ensemble, de les respecter, de les écouter, s'est dit que je pouvais être le premier ministre de la France. Est-ce que vous avez hésité ?

Parce que ce n'est pas facile de savoir qu'on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête en permanence. Vous êtes susceptible de vous faire renverser ? Mais je sais que c'est difficile.

Tous les jours ? Je sais que c'est difficile en raison de cette situation inédite au sein de l'Assemblée nationale. Je n'oublie pas le rôle du Sénat aussi, qui est très important.

Je sais que c'est difficile, mais moi, je me suis toujours fait une certaine idée de mon pays et de la France. Je le dis avec beaucoup d'humilité. Et je pense que c'est le moment que chacun, à sa place, retrousse les manches.

Et moi, je vais le faire. Justement, hier, vous avez d'abord parlé d'une rupture dans la méthode. Vous avez parlé d'apaisement, d'écoute, de respect.

Ça a clairement manqué ces dernières années. Oui, je pense que, peut-être en raison des crises, la crise du Covid, la guerre, les difficultés de toute nature, on n'a peut-être pas assez travaillé collectivement. Et moi, je pense que le Parlement est important.

Il faut le respecter. Et je respecterai, comme je l'ai dit hier, toutes les forces politiques. Vous savez, Mme Coudray, j'ai appris dans ma vie publique que chaque citoyen est nécessaire.

Chaque citoyen est important, quel qu'il soit. Il doit être respecté. Il a quelque chose à apporter.

Les bonnes idées, elles ne viennent pas souvent et pas toujours d'en haut. On les trouve sur le terrain, à Marseille pour gérer le revenu minimum, ou à Valenciennes pour mieux gérer un hôpital tout en assurant des services publics. Il y a plein d'idées qui viennent des gens sur le terrain.

Il faut les écouter. Alors, ce ne sont pas les gens du terrain que vous allez appeler pour former votre gouvernement. Il y aura qui dans ce gouvernement ?

On sait que vous n'allez pas nous donner des noms ce soir. Mais est-ce qu'il y aura des LR ? Est-ce qu'il y aura des ministres sortants ?

Est-ce qu'il y aura des gens de gauche ? Est-ce qu'il y aura des personnalités de la société civile ? Ce ne sera pas seulement un gouvernement de droite, comme je l'entends dire ici ou là.

Je n'ai pas besoin de rappeler d'où je viens. Moi, je viens du gaullisme social. Je suis un républicain, humaniste et fier de m'être engagé derrière le général de Gaulle très tôt.

Je suis européen aussi, mais pas n'importe quelle Europe. Une Europe utile et concrète. Donc, il y aura des gens de ma famille politique.

Il y aura naturellement des hommes et des femmes de bonne volonté qui appartiennent à la majorité sortante. Et puis, au-delà, peut-être des gens qui n'ont...

Des ministres sortants, même ? Vous l'envisagez ? Peut-être, peut-être.

Mais je ne vais pas aujourd'hui faire le casting, parce que ça ne serait pas bien. Vous ne vous l'interdisez pas ? Je ne m'interdis pas de réunir autour de la même table des hommes et des femmes qui ont des compétences.

Mais si vous me demandez quel est le critère...

Oui, des gens de gauche. Il y a de bonnes idées partout. Il faut aller les chercher partout.

Et donc, je serai...

Je disais hier, dans mon intervention sur le bureau de Matignon, que j'ai appris, notamment par ma mère, qui était une militante chrétienne de gauche associative, que le sectarisme est une preuve de faiblesse. Je n'ai jamais été sectaire. Et donc, je pense qu'il faut ouvrir la porte.

J'ai mes convictions, mais je n'ai jamais été sectaire. Donc, il faut ouvrir la porte et ouvrir la table à tous ceux qui le voudront. Vous avez quand même, face à vous, une assemblée extrêmement diverse, fracturée, une majorité quasiment introuvable.

Si vous êtes là ce soir face à nous, c'est aussi parce que le Rassemblement national a promis de ne pas vous censurer. En tout cas, pas tout de suite. On se doute que ça n'a pas été gratuit.

Quelle garantie a obtenu Marine Le Pen ? Une loi sur la proportionnelle ? Je n'ai pas eu de discussion avec Mme Le Pen.

Je la rencontrerai, je la verrai, je la respecte. Il va falloir faire des concessions. Excusez-moi, je vous ai dit d'où je venais.

Et je n'ai rien de commun ou pas grand-chose de commun avec les thèses ou les idéologies du Rassemblement national. Je respecte. Il y a près de 11 millions de Français qui ont voté pour le Rassemblement national.

Ils leur voient compte, comme celle de ceux qui ont voté pour le nouveau Front populaire. Et puis, notamment ceux qui ont voté au centre ou à droite. Ou ceux qui n'ont pas voté aussi.

Et qui sont très nombreux et qui expriment une sorte de colère ou de désespérance à propos de la politique. Puisqu'on parle des électeurs, je reviens quand même sur le projet de loi, sur la proportionnelle. Est-ce que c'est quelque chose auquel vous seriez favorable ?

Parce que c'est une demande très forte du parti et des électeurs. Je le sais. Il n'y a pas de ligne rouge.

Je veux simplement que la Ve République, pendant la durée où j'aurai le privilège et l'honneur de gouverner le gouvernement, de diriger ce pays et de diriger ce gouvernement, fonctionne bien. Peut-être mieux. Donc, si la proportionnelle, en partie, est une solution, je ne me l'interdis pas.

Mais j'aurai besoin, j'ai besoin de discuter avec tous les groupes politiques. On parle toujours des électeurs du Front national, du Rassemblement national et de ce parti. Vous avez cité hier, dans vos priorités, la maîtrise de l'immigration et la sécurité.

Ce sont des thèmes qui leur sont chers. Sur quelle base mettriez-vous en place cette politique ? La base du programme DLR ou du Rassemblement national ?

Vous aviez une ligne très dure en 2021 sur cette question de l'immigration, avec un moratoire entre 3 et 5 ans. Oui, parce que j'ai exprimé cette idée assez fortement durant la primaire, mais c'était le débat présidentiel. Est-ce que les problèmes ont disparu ?

Non. Il y a toujours le sentiment que les frontières sont des passoires et que les flux migratoires ne sont pas maîtrisés. Donc, nous allons en effet maîtriser les flux migratoires, pas avec de l'idéologie, pas avec des discours et des phrases, mais avec des mesures concrètes.

Et je m'inspirerai là-dedans des propositions législatives, des propositions concrètes de mon propre parti. Mais il y a eu d'autres propositions un peu partout. Je les écouterai.

Personne n'a le monopole des bonnes idées. Je veux qu'on traite les problèmes. Je veux qu'on trouve des bonnes solutions, trouver des solutions aux problèmes qui préoccupent les Français.

Et ça en fait partie. Mais vous parliez de mes priorités. J'ai cité cet enjeu de maîtriser l'immigration de manière rigoureuse et humaniste.

Nous le ferons. J'ai aussi cité l'exigence à l'égard des nouvelles générations. Nos enfants, nos petits-enfants, il y en a marre de faire des chèques en blanc sur les générations futures, à propos de l'écologie comme à propos des finances publiques.

Donc, on ne va pas augmenter cette dette. C'est une deuxième priorité. La revalorisation du travail, le mérite sur le terrain, les bas salaires, voilà une troisième priorité.

Et puis les services publics, naturellement, qui sont aussi avec un besoin immense dans les quartiers urbains, mais dans les campagnes aussi. Je pense aux déserts médicaux et je pense naturellement à la santé. Et je pense aussi aux logements.

Un mot des électeurs de gauche qui avaient une très forte demande sur l'abrogation de la loi sur les retraites, la réforme sur les retraites. Est-ce que vous allez toucher à cette réforme ou pas ? Je m'exprimerai devant l'Assemblée nationale et aussi au Sénat dans les prochaines semaines sur ce sujet, qui est très grave.

On ne va pas tout remettre en cause. Je pense que cette loi a été votée dans des conditions très difficiles à exiger des débats. Est-ce que c'est celle que j'aurais votée probablement à la fin de la route ?

Mais est-ce que c'est celle que j'aurais proposée ? Peut-être y avait-il d'autres idées ? En tout cas, je vais ouvrir le débat sur l'amélioration de cette loi pour les personnes les plus fragiles.

Et je le ferai avec les partenaires sociaux. Il y a une chose auxquelles je crois que vous me parliez de...

Est-ce qu'on peut travailler autrement ? Oui, je pense qu'on travaille mieux avec le Parlement, y compris dans les situations difficiles où nous sommes, qu'on doit respecter et prendre en compte les partenaires sociaux, les syndicats. Notre pays a besoin de syndicats forts.

Et puis les élus locaux, les élus locaux qui ont une partie des solutions, une grande partie des solutions, si on veut bien leur faire confiance. Vous ne toucherez pas aux 64 ans ? Vous étiez partisan du 65 ans ?

Ne me demandez pas de dire où nous allons aboutir. Je veux engager sur ce sujet une amélioration, mais en respectant le cadre budgétaire. Parce que je ne veux pas...

J'ai cette responsabilité le temps où je serai là, j'espère jusqu'à la fin de ce quinquennat, si le Parlement le veut. Je ne veux pas augmenter la dette de notre pays. Cette dette, elle est abyssale.

On est en situation de dérapage budgétaire total. On parle d'un déficit à 5,6% du PIB. Qu'allez-vous faire ?

Est-ce que vous allez augmenter les impôts, réduire drastiquement la dépense publique, un peu des deux ? Quelle est votre philosophie face à cette urgence ? Je ne m'interdis pas une plus grande justice fiscale, parce que les Français ont envie et besoin de justice.

Taxer les Français les plus riches ? Je ne m'interdis pas une plus grande justice fiscale, je le répète une deuxième fois. Mais quelle est votre définition de la justice ?

Je vais m'efforcer avec les différents ministres qui seront nommés de mieux maîtriser, de mieux utiliser l'argent public et de m'appuyer sur des services publics, parce que nous avons besoin de services publics efficaces. Et je suis personnellement très engagé à la défense des services publics. Et puis il faut aussi de la croissance.

La croissance, elle vient d'où ? Elle ne tombe pas du ciel ? Elle ne vient pas de l'administration ?

Elle vient des entreprises, petites, grandes ou moyennes ? Elle vient des agriculteurs ? Elle vient des pêcheurs ?

Elle vient de notre commerce extérieur ? Elle vient du rôle des Français de l'étranger ? Qui ont 3 millions de Français qui défendent une partie de l'influence française à l'étranger ?

Donc elle vient de nos départements et de nos régions d'outre-mer, que je connais bien, dont je vais m'occuper. Donc on a plein d'atouts dans ce pays. Il faut être lucide, il faut dire la vérité, je dirais la vérité, même si elle est difficile, parce que la situation est extrêmement grave.

Mais il y a aussi des raisons d'espérance. On va évoquer votre relation à Emmanuel Macron. Comment définissez-vous votre future vie commune ?

L'Elysée a parlé hier soir de coexistence exigeante. Est-ce qu'on est en cohabitation ? Parce que finalement, Emmanuel Macron n'est pas de votre famille politique.

Non, j'ai même marqué beaucoup d'opposition à son égard dans le passé, même si j'ai dû voter plusieurs fois d'ailleurs volontairement et sans problème pour lui au deuxième tour. On s'est opposé, on n'a pas toujours eu les mêmes idées. Il est le président de la République et j'ai du respect et pour la fonction et pour l'homme.

J'ai connu déjà des cohabitations, donc en tout cas une cohabitation dont j'ai été un des ministres. Et nous ne sommes pas dans cette situation-là. Simplement, je dirais, pour résumer ma conviction, la manière dont je vais travailler, le président doit présider, le gouvernement doit gouverner.

Est-ce que vous lui avez mis une ligne rouge ? Clairement, est-ce que vous lui avez demandé de se mettre en retrait ? Est-ce que le président ne déterminera plus la politique de la nation pour reprendre un article de la Constitution ?

Non, je connais bien cet article 20 de la Constitution. Parce qu'il est très interventionniste, Emmanuel Macron. Oui, mais nous sommes dans une nouvelle époque.

Hier, j'ai évoqué une nouvelle page. Et donc, de nouvelles méthodes, un gouvernement responsable et qui a une indépendance. Le gouvernement gouvernera.

Et je le ferai en bonne intelligence avec le président de la République, naturellement. Merci beaucoup, Michel Barnier, de nous avoir réservé votre première interview depuis votre nomination en tant que Premier ministre. Merci infiniment.

Alors, hier, vous avez promis de privilégier...

Voilà pour cette interview exclusive au journal de 20 heures face à Anne-Claire Coudray du nouveau Premier ministre Michel Barnier. Michel Barnier qui s'affiche comme un Premier ministre assez pragmatique au final. Est-ce que ce n'est pas ce qu'on attendait, Antonin Oberdorf ?

Très clairement. Il a réaffirmé quelque chose qu'il avait déjà eu l'occasion de dire lors de sa première prise de parole dans la cour de Matignon. C'est le refus du sectarisme.

Le refus du sectarisme comme tout préalable. Parce qu'il sait qu'il va devoir engager la discussion avec l'ensemble des forces de l'Assemblée nationale. Il sait combien cette Assemblée nationale tripolarisée va tenter de neutraliser son action.

Et combien les exigences des unes et des autres, des uns et des autres, sont parfois irréconciliables. Entre la nécessité de maîtriser l'immigration, il a eu l'expression notamment de frontière passoire, qui ne sonne pas agréablement probablement aux oreilles des électeurs de droite, de gauche, pardonnez-moi. Et par ailleurs la nécessité d'une demande de justice sociale, y compris d'ailleurs d'une plus grande justice fiscale, a-t-il dit.

Alors même qu'on sait que c'est un totem de la Macronie. Entre ses différentes exigences, il va devoir arbitrer, jouer son rôle de médiateur, de négociateur chevronné. Et ça ne s'annonce pas simple.

Conciliateur, ça veut dire aller quoi ? Du RN à LFI, très clairement ? C'est d'essayer de mixer tout ça ?

Non mais c'est dans ses rêves. Je veux dire, il n'y a évidemment aucune hypothèse qui puisse tenir la route, qu'il puisse avoir un LFI proche de lui ou qu'il puisse venir même le conseiller. Enfin, je veux dire, c'est inenvisageable que des écologistes éventuellement se souviennent des gestes qu'il a eus dans sa longue carrière, puisqu'il a souligné devant Anne-Charlotte Coudray, non pas son âge, mais sa carrière...

Anne-Claire. Anne-Claire Coudray, pardon. Et que c'était cela qu'il fallait souligner, donc sa carrière et pas son âge, que certains écologistes puissent vouloir participer, je pense à des écologistes plutôt à droite, pourquoi pas ?

Mais sinon, non, je pense que là, il y a vraiment un cadre qui va être gênant pour lui, c'est ce blocage à gauche. Et encore une fois, je suis bien curieuse de savoir qui pourrait y aller, même si eux aussi sont pragmatiques, et si à gauche, on trouve des personnes qui, comme lui, disent ne pas être sectaires et qui sont aussi attirées par le service de la France, mais aussi par le pouvoir. – Arlette Chabot, vous avez vécu plusieurs cohabitations, vous avez été un des visages du journalisme lors de ces cohabitations également.

Vous m'en voulez parce que je ne sais pas. – Non, non, non, je suis habituée. – Mais c'est vrai, très clairement, que là, on ne parle même plus de cohabitation, ce n'est pas le mot employé. – Non, c'est une cohabitation, et on l'a dit, qui ne ressemble pas aux trois précédentes, encore une fois.

Il n'y a pas une alternance claire avec une majorité absolue et un leader, qui forcément va s'asseoir à Matignon, entre à Matignon, parce que c'est la logique, et un président qui essaye de préserver son pouvoir, et notamment de préserver surtout son domaine privilégié, c'est-à-dire la défense ou les affaires étrangères. Bon, là, c'est un peu plus compliqué, parce qu'effectivement, il n'y a pas du tout de majorité. Et Michel Barnier, qui rappelle bien qu'il est de droite, bien entendu, que sa famille, si on l'avait oublié, mais on ne l'avait pas oublié, c'est la droite républicaine, c'est qu'il y a un groupe qui est important, c'est celui qui, théoriquement, jusqu'à ces dernières heures, soutenait clairement le président de la République.

On voit bien qu'il y a une petite évolution, ou en tout cas, il y a des interrogations suscitées par les communiqués, notamment par le président de ce groupe, qui s'appelle Gabriel Attal, qui est donc son prédécesseur et qui dit, bizarrement, et ça nous étonne beaucoup et ça nous interroge, qu'il n'y a pas de soutien inconditionnel, il n'y a effectivement pas de chèque en blanc, qui est donné à Michel Barnier, son successeur. Donc, c'est compliqué, il vient des LR, mais ce n'est pas le groupe le plus important, c'est même le petit groupe de l'Assemblée, franchement, beaucoup moins important que dans la précédente législature. Et donc, le groupe important, encore une fois, il est macroniste, et lui, il va falloir qu'il navigue, et c'est compliqué, évidemment, pour lui.

Moi, ce que je trouve intéressant, c'est qu'il ne parle pas d'Emmanuel Macron, avant que la question ne lui soit posée, et là, il parle du Président de la République, et il dit d'ailleurs qu'il a du respect pour la fonction, et aussi pour l'homme, pour lequel, évidemment, il a voté, mais sans plus. Le message, quand on lui dit « cohabitation », il ne dit pas « non », bien entendu, il ne reprend pas l'expression donnée par l'Élysée de cette coexistence exigeante, donc je n'ai toujours pas compris, je le répète. Mais nous non plus, personne n'a compris, je pense.

J'attends que quelqu'un m'explique sur ces exigeants qui m'interpellent aussi, mais il n'en parle pas, et donc, tout le message est aussi très important à faire passer, c'est-à-dire, on revient au fonctionnement des institutions telles que la Constitution le prévoit, le Président préside, et le gouvernement gouverne. Ça, je pense que c'est une clarification ce soir, qui est très importante, parce que beaucoup l'attendent, il sera indépendant. Quand l'Élysée le dit, il aura une marge de manœuvre, il formera le gouvernement qu'il veut, il définira la politique, on a un doute.

Quand, effectivement, Michel Bernet vient dire aux Français, on ouvre une nouvelle page, et j'aurai effectivement la fonction réelle que doit exercer un Premier ministre, ce n'est pas arrivé depuis longtemps, il faut le dire quand même, effectivement, c'est important, et je pense que beaucoup de Français l'ont entendu. Jean-Dominique Merchet, il remet également, il ouvre une certaine porte au ministre démissionnaire, il ne ferme pas la porte, en tous les cas. Vous avez publié aujourd'hui que potentiellement, le ministre de la Défense pouvait être reconduit, M.

Lecornu, est-ce qu'on ne se dit pas un peu tout ça pour ça, avec des ministres qui vont peut-être garder leur poste ? Effectivement, ça va être, c'est ce que Michel Barnier vient d'expliquer, il ne ferme la porte à pas grand-chose, en fait. Voilà.

Et donc, s'il a des gens de bonne volonté, qui plus est, assez proche de ses idées, en fait, parce qu'il y a pas mal de ministres de droite dans le gouvernement actuel, pourquoi devrait-il absolument se priver de ses talents ou de ses opportunités ? Moi, ce qui me frappe, c'est effectivement comment il va articuler son pouvoir avec celui du président de la République, et notamment sur les questions qu'on dit être du domaine réservé du président de la République, des affaires étrangères, la défense. Mais, mais, il y a une question essentielle aujourd'hui, qui n'est pas une question de politique étrangère, qui n'est pas une question de politique intérieure, c'est la question de l'Europe.

Il n'a pas, quasiment pas prononcé le mot. Or, c'est un Européen convaincu, enfin, il l'a dit, il l'a dit. Il est d'Europe, il est d'une île, dans sa définition.

Mais c'est un Européen absolument convaincu. C'est certainement un des dirigeants français qui connaît le mieux Bruxelles. Il y a une très grande expérience à Bruxelles.

Et là, il a été quand même discret, alors qu'on sait que c'est un sujet essentiel pour le président Macron, qui a toujours fait du projet européen le cœur de son programme. Donc, on verra comment ça s'arrête. Quand on dit, le gouvernement détermine et conduit la politique de la nation, ça, c'est ce qu'on dit dans les textes, c'est ce qu'il prétend.

Ça, ça voudrait dire qu'il irait, par exemple, au Conseil européen à Bruxelles, puisque à Bruxelles se décident des choses qui concernent la vie extrêmement concrète des Français, notamment le budget de la France. Et bien là, on va voir comment tout ça s'organise pour l'instant. On ne sait pas.

Et il n'a pas apporté quand même beaucoup de précision là-dessus, je sois. Sur ce point, ça ressemble à la cohabitation d'autrefois. On a vu effectivement le président de la République, au Premier ministre, je pense à Jacques Chirac, Yonel Jospin, qui allaient ensemble au Conseil européen.

Alors, il n'y avait qu'un siège, c'était un peu compliqué de temps en temps. Mais en tout cas, ce qui était intéressant, c'est que, par exemple, pour les briefings qui alimentaient, qui donnent à forme les journalistes tout au long de ces sommets, il y avait à la fois le porte-parole de Matignon et le porte-parole de l'Élysée. Donc ça, ça donne une idée, effectivement, intéressante.

Je pense que là, ça ressemblera sans doute plus à ce qu'on a connu dans les cohabitations précédentes. Allez-y. Oui, oui, non, c'est vrai qu'on a du mal à imaginer que Michel Barnier laisse la main sur le champ européen.

Alors, ça, c'est sûr qu'il aura une part de présence. Après, ce n'est pas exclu, effectivement, qu'en plus de Sébastien Lecornu, qu'il puisse y avoir aussi celui qui est à la tête du Quai d'Orsay, donc Stéphane Séjourné, qui puisse, au ministère des Affaires étrangères, rester en place aussi. Parce que, finalement, dans une cohabitation, je ne sais pas si ce sera le cas, mais ce n'est pas inenvisageable, parce que ça fait partie des charges du chef de l'État aussi.

Et si on garde les mêmes sur le régalien, est-ce que ce n'est pas envoyer un mauvais signal aux Français ? Je parle de ces deux-là, parce que, finalement, au Quai d'Orsay, on a surtout besoin d'une courroie de transmission qui puisse lisser les dossiers entre Matignon et l'Élysée. Et c'est là où, effectivement, ça se jouera.

C'est-à-dire qu'il y a un objet qui est assez nouveau, une nouvelle forme de cohabitation. Je ne sais pas quel nom on peut lui donner, mais, effectivement, ça ressemblera à ce qu'on a connu, mais ce sera aussi très différent. Il va falloir attendre, voir, parce que je sais qu'il y a des ministres qui veulent rester.

Beaucoup. Moi, j'en entends parler de plusieurs qui passent des coups de fil et qui disent « Moi, je veux rester, je vais être effectivement indispensable. Il faut assurer la continuité », a dit Nicole Beloubet, à la tête de l'Éducation nationale, et d'autres souhaitent rester aussi.

Et on va voir aussi, il y a un point qui est important, qui est le directeur de cabinet. Parce qu'effectivement, c'est un des jalons. Les Français l'ignorent parce que ce sont des hommes de l'ombre.

Mais avec le Premier ministre, avec le Président de la République, avec le secrétaire général de l'Élysée, il est un de ceux qui participent à l'élaboration de la politique, etc. On parle de Michel Cadeau, préfet, une grande figure, a priori...

A priori, il aurait décliné. A priori, il aurait décliné, voilà. Et donc, c'est pour ça qu'on attend de savoir ce qui va...

Et c'est, je pense, un des éléments qui nous donnera une idée de l'indépendance, effective ou non, de Michel Barnier. Qui pourrait, du côté de la gauche, rentrer potentiellement au gouvernement, Antoine Oberdor ? Alors, moi, les informations dont je dispose ce soir, c'est qu'un certain nombre de profils de socialistes, critiques de la France insoumise, je pense notamment, par exemple, aux députés de l'Essonne, Jérôme Gage, mais aussi des profils sociodémocrates, comme Raphaël Glucksmann, qui était le candidat socialiste aux élections européennes, se refuseront à entrer, ils me l'ont dit tel quel, dans les colonnes de l'opinion, se refuseront absolument à rentrer dans un gouvernement Michel Barnier, qui leur paraît être une torsion de ce qu'a été l'esprit des élections législatives, à savoir le message du Front Républicain.

Donc, comme ils savent que la viabilité de ce gouvernement dépendra largement du bon vouloir de Marine Le Pen, pour l'heure, je n'ai absolument aucune personnalité de gauche, ni dans les murs des partis, ni hors les murs des partis, qui s'aventurerait, ah oui, peut-être Manuel Valls, il faudra y regarder, mais en tout cas, vraiment, pour l'heure, personne n'est prêt à monter à bord. Ce que je voulais souligner, simplement, c'est qu'il se projette visiblement jusqu'à la fin du quinquennat, et il a raison de le faire, il aurait tort de ne pas le faire. Néanmoins, il faut être modeste dans l'approche de l'avance.

Anne-Claire Coudray a dit « épée de Damoclès ». Il a une épée de Damoclès, il en est conscient. Ça, d'ailleurs, affecte son style même, sa modération dans les termes choisis.

Et il sait que 2024 est un anus horribilis pour les finances publiques. Par conséquent, ce qui est déterminant, au-delà du régalien, et là, je rejoins tout à fait mes camarades, c'est Bercy. Absolument, la question de Bercy est déterminante.

On sait qu'on a un dérapage des finances publiques, un déficit qui est plus élevé que prévu, et qui va être plus élevé que prévu dans les années à venir. Il faut faire des revues de dépenses, des économies, peut-être des choses désagréables à dire aux Français, peut-être des choses qui ne plairont pas aux 11 millions d'électeurs du Rassemblement national, des équilibres difficiles à tenir du point de vue des comptes publics.

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