DANS LA TÊTE D'EMMANUEL MACRON : ENTRETIEN AVEC MARC ENDEWELD
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 77 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteÉludée
Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il dissous l'Assemblée nationale au pire moment pour son camp ?
- 4:00OuverteRéponse partielle
Qu'est-ce qui filtre de ses motivations profondes ?
- 8:00RelanceRéponse directe
Tu parles de stratégie du chaos. Comment l'expliques-tu ?
- 12:00OuverteRéponse directe
Pourquoi la gauche a-t-elle réussi à s'unir ?
- 16:00OuverteRéponse directe
Quel est le rapport d'Emmanuel Macron avec l'extrême droite ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Peut-on parler de fake news dans sa communication ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Marc EndeweldFait
« Emmanuel Macron n'est fondamentalement pas un démocrate. Il se pense comme un responsable politique en accès direct au peuple. »
Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Emmanuel Macron n'est fondamentalement pas un démocrate. Il se pense comme un responsable politique en accès direct au peuple. Il est dans cette forme de populisme-là, de poujadisme aussi.
Il est dans cette tradition, on va dire, que je pourrais qualifier de néo-bonapartiste, où en fait, il est dans une démocratie plébiscitaire. Le vote présidentiel lui confère tout le pouvoir. Il est dans cette tradition-là.
Et dans cette tradition-là, il a un rapport effectivement à l'autorité et aux libertés publiques, finalement, très peu démocratique. Et par ailleurs, il a un rapport justement à l'ordre, mais également culturellement, un rapport beaucoup plus proche à la droite et même à la droite conservatrice, qu'on a bien voulu le dire ou que les commentateurs ont bien voulu le comprendre. Qu'est-ce qu'il est allé faire dans cette galère ?
Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il dissous l'Assemblée nationale au pire moment pour son propre camp politique, mais au meilleur moment pour le Rassemblement national, pour l'extrême droite ? Pourquoi développe-t-il désormais la théorie des extrêmes, RN et Front populaire, dans sa bouche des extrêmes qui conduiraient la France à la guerre civile, selon lui ? Quel est le rapport intime qu'il entretient avec l'extrême droite ?
Et craint-il vraiment d'être celui qui la conduirait au pouvoir ? Et que se dit-il à son sujet dans la Macronie et dans le monde des affaires depuis ce séisme de la dissolution ? Pour répondre à ces questions, j'ai invité Marc Andeweld, grand reporter au service d'enquête de Marianne.
Marc est le macronologue de la presse française. Il a consacré au chef de l'État français de nombreuses enquêtes et des ouvrages, notamment l'ambigu M. Macron, le grand manipulateur.
Marc Andeweld est également l'auteur de L'Emprise, qui donne à voir à Emmanuel Macron, pris au piège d'une nouvelle guerre froide économique. Salut Marc. Salut.
Alors cela fait désormais plus de deux semaines qu'Emmanuel Macron a plongé la France dans la période d'incertitude dans laquelle elle se trouve. C'est pourquoi, après avoir procédé aux consultations prévues à l'article 12 de notre Constitution, J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir l'Assemblée nationale.
Je signerai dans quelques instants le décret de convocation des élections législatives qui se tiendront le 30 juin pour le premier tour et le 7 juillet pour le second. Alors Marc, bienvenue sur ce plateau. On a beau chercher, on ne voit pas bien ce qui a motivé Emmanuel Macron en termes purement rationnels.
En tout cas, nous, on ne voit pas. Toi qui enquêtes depuis de longues années sur lui et qui a des sources assez bien informées pour nous permettre d'aller au-delà de la surface médiatique, comment tu expliques tout ça ? Qu'est-ce qui filtre de ces motivations profondes ?
Alors, il y a plusieurs éléments. Tu disais, on a du mal à trouver de la rationalité dans cette décision. Depuis deux semaines, j'ai plein de contacts qui m'envoient des messages en disant « Mais il est fou !
Il est complètement fou ! » Donc il y a plein de gens qui se demandent, y compris au sein de la Macronie, pourquoi il a pris cette décision-là. Je dirais déjà pour commencer deux choses.
Père Maman, il a toujours été l'architecte du chaos en politique. Il a toujours essayé de jouer du chaos, du désordre, pour essayer d'asseoir son pouvoir et protéger son pouvoir. Et pour le faire perdurer.
Mais ça, c'est depuis même 2017. Quand tout à l'heure, tu expliquais, il est dans une théorie, moi ou le chaos, moi ou les extrêmes. En fait, cette rhétorique-là, notamment, y compris dès la campagne de 2017, mais même sur la campagne de 2022, il l'utilisait.
Alors, il n'a pas eu l'utiliser sur ces deux campagnes présidentielles, entre les deux tours, vis-à-vis de l'électorat de gauche, parce qu'il en avait besoin pour faire barrage face au Rassemblement national. Mais globalement, le discours macroniste et de Macron depuis sept ans de pouvoir, c'est celui du bloc central, celui de « nous sommes la raison » et en face, nous n'avons que des passions, des colères. Et donc, il n'a cessé de renvoyer, notamment la gauche, à l'extrémisme.
Ça, c'est quelque chose qu'il a fait depuis le début, qu'il a acquis le pouvoir sur la plus haute marche, c'est-à-dire à l'Élysée. Il a toujours, en fait, dans le débat, il a toujours fait deux choses. Il a toujours tendu le débat.
Il a toujours hystérisé le débat. J'ai un ancien macroniste qui me disait « c'est le bordélisateur en chef ». Donc ça, c'est quelque chose qui est constitutif de sa pratique politique.
Il n'est pas du tout dans l'idée que le président doit être le garant de la concorde nationale, le fameux président de tous les Français. Non, lui, il est dans la mêlée. Et plus il mettra de baffes, on va dire, et plus, finalement, il y trouve une forme de jouissance.
Et surtout, sa jouissance, c'est de continuer à rester dans le jeu. Parce que ça, on va revenir sur la rationalité. Sur la rationalité, il y a un élément que ses adversaires, y compris au sein même de la Macronie, n'avaient pas perçu chez Emmanuel Macron.
C'est qu'Emmanuel Macron, depuis 2022, alors qu'il ne disposait pas d'une majorité, véritablement au Parlement, on disait « majorité relative », mais en fait, ça veut dire qu'il n'avait pas la majorité. Donc il a eu toutes les plus grandes difficultés depuis deux ans, sur le plan politique. Il avait perdu de la légitimité politique.
Et dans son propre camp, il y avait déjà toutes les ambitions qui s'affichaient, alors plus ou moins ouvertement, mais de plus en plus ouvertement, pour savoir qu'elle allait être son successeur. Et ce que les gens n'ont pas perçu chez Emmanuel Macron, y compris dans son propre camp, c'est qu'il a une appétit de pouvoir féroce, que c'est sa principale obsession. Emmanuel Macron, il n'est pas uniquement dans l'égo ou dans du narcissisme, comme je l'entends parfois.
Il n'est pas uniquement dans « je veux faire du business », comme on pourrait dire, de Nicolas Sarkozy. Emmanuel Macron, ce qu'il constitue depuis le début, depuis le début de son aventure personnelle en politique, c'est son appétit de pouvoir. Il a toujours voulu avoir ce pouvoir et toujours le conserver, j'allais dire, à n'importe quel prix.
C'est d'ailleurs pour ça qu'il utilise cette rhétorique, qu'on pourrait dire anti-républicaine, où il veut tellement asseoir son pouvoir au centre qu'il transforme quand même l'ensemble de la gauche dans le camp de l'extrémisme. Ce qui est quand même...
Et quelque part, c'est une sorte de parti unique qu'il appelle ainsi, si tous les adversaires...
Oui, quand je travaillais il y a quelques mois pour le journal économique La Tribune et que je faisais des chroniques politiques, à de nombreuses chroniques que j'ai faites depuis 2022, où j'expliquais justement que c'était l'idée du parti unique, que c'était l'idée du moi ou le chaos, est-ce que ces stratégies allaient lui achapper, il y a un autre élément dans la rationalité que les gens n'ont pas perçue, en plus de cet appétit de pouvoir, en plus de cette stratégie, on va dire, de moi ou le chaos, il y a quelque chose que les gens n'ont pas perçue, c'est qu'idéologiquement, et ça je le sais depuis même mon premier ouvrage L'ambigu, M. Macron, il a un rapport à l'autorité et aux libertés publiques et finalement à la démocratie, à la fois à l'époque que je qualifiais d'ambigu, c'est-à-dire, il y avait quelqu'un qui m'avait posé la question à l'époque, c'était Jean-Jacques Bourdin entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2017, il m'avait demandé qu'est-ce qu'il a d'ambigu ? Emmanuel Macron, je lui avais répandu, Emmanuel Macron est ambigu par rapport à son rapport à l'État, à son rapport à la démocratie.
Emmanuel Macron n'est fondamentalement pas un démocrate, il se pense comme un responsable politique en accès direct au peuple, il est dans cette forme de populisme-là, de poujadisme aussi, il est dans cette tradition, on va dire, que je pourrais qualifier de néo-bonapartiste, où en fait, il est dans une démocratie plébiscitaire, le vote présidentiel lui confère tout le pouvoir, il est dans cette tradition-là. Et dans cette tradition-là, il a un rapport effectivement à l'autorité et aux libertés publiques, finalement, très peu démocratique, et par ailleurs, il a un rapport justement à l'ordre, mais également culturellement, un rapport beaucoup plus proche à la droite, et même à la droite conservatrice, qu'on a bien voulu le dire, ou que les commentateurs ont bien voulu le comprendre. Moi, je dis depuis 2019-2020, mais même avant, je l'avais compris assez tôt, je l'avais compris, j'avais fait une post-face à l'ambiguë de M.
Macron en janvier 2018, je disais, Emmanuel Macron, c'est la fable du progressisme. À l'époque, son camp avait dit, nous sommes les progressistes, face au champ de la réaction, globalement, c'était ça la campagne de 2017. Et moi, je disais...
C'est comme le mouvement face au conservatisme global, de gauche et de droite. Voilà, c'est ça, de gauche et de droite. Les commentateurs faisaient de lui un Barack Obama, ou en gros, un social libéral, ou un libéral de gauche, si tant est que ça existe.
En tout cas, tout le monde pensait qu'il était cela. Et moi, très tôt, j'avais compris, notamment par rapport à son compagnonnage ancien au chevènementisme, il y a plus de 20 ans, plus de 25 ans, par rapport à des interviews que j'avais eues avec lui pour l'ouvrage en 2015. J'avais très vite compris...
Par exemple, quand je lui avais demandé comment on passe de Michel Rocard à Jean-Pierre Chevènement, il m'avait dit une chose très caractéristique. Il m'avait dit, le problème de la deuxième gauche et de Michel Rocard, c'est que je considère qu'ils ont toujours eu un rapport complexé à l'État. Je parle de Michel Rocard.
Quand on voit les événements en Nouvelle-Calédonie aujourd'hui, le parallèle prend tout son sens, malheureusement. Il détruit quelque part les accords de Nouméa, l'œuvre de Rocard. Il détruit l'œuvre de Rocard.
Et d'ailleurs, Rocard lui-même, en juin 2016, quelques jours avant sa mort, avait donné une interview au magazine Le Point. Et le magazine Le Point lui avait demandé, à Michel Rocard, qu'est-ce qu'il pensait, on va dire, de Manuel Valls et d'Emmanuel Macron. Il les avait renvoyés tous les deux à leur bac à sable respectif, parce que dans cette interview-là, il avait dit, mais je considère que les deux ne sont pas mes héritiers, qu'ils sont loin de l'histoire de la gauche, qu'ils ont oublié, qu'ils ne savent pas et qu'ils ne connaissent pas l'histoire de la gauche.
Et donc, je ne me reconnais pas, je ne les reconnais pas comme héritiers. C'est ce qu'il avait dit en juin 2016. Bien évidemment, à l'époque, la DOXA et les commentateurs politiques avaient, d'une certaine manière, oublié ces éléments-là.
Mais c'est plein de petits cailloux qu'il avait mis sur son chemin. Et pour revenir sur un élément important, pourquoi je dis 2019 par rapport à la fable du progressisme ou 2018-2019, il ne faut jamais oublier là, il y a une partie du centre-gauche qui, depuis notamment la loi immigration, commence à s'apercevoir qu'Emmanuel Macron est beaucoup plus conservateur qu'on a pu le dire ou le présenter au départ. Il donne son interview à Valeurs Actuelles en octobre 2019.
Et il a déjà des propos extrêmement durs à l'égard de l'islam, à l'égard en instrumentalisant la laïcité contre l'islam, à l'égard des minorités dans le pays. Donc il n'a pas du tout un discours de libéral, et même de libéral anglo-américain, comme on a bien voulu le présenter. – Alors, d'un point de vue, comment dire, idéologique et peut-être structurel, sa pensée donc le pousse à rechercher le chaos, comme tu dis, mais d'un point de vue tactique, qu'est-ce qu'il espérait obtenir ?
Est-ce qu'il a obtenu ? – Alors, il ne l'a pas totalement obtenu. D'ailleurs, ça fait l'objet d'une grande panique dans tous les ministères, dans toute la Macronie, parce que là, en gros, on a bien vu que ce soit les figures de la Macronie, Bruno Le Maire, Édouard Philippe, tout le monde le lâche.
Et c'est un festival depuis 15 jours. Tout le monde, enfin, évoque les mois et les mois de supplices qu'ils ont pu avoir avec ce président de la République. Donc on assiste à une autodissolution de la Macronie, avec sa décision de dissolution.
Moi, je ne suis pas non plus étonné par rapport à ça, parce que finalement, il a renversé sa propre table, mais la table aussi de ses petits concurrents. Parce que ce que les gens... – Donc en fait, ce qui est le plus important, c'est de renverser la table des concurrents, y compris si ça le déstabilise, lui. – Oui, mais parce que, déjà, il y a une forme d'impulsivité.
Tu parlais, est-ce qu'il y a une rationalité là-dedans ? Dans la décision, il y a une forme d'impulsivité. Les conseillers de l'Élysée, en tout cas certains, notamment Bruno Roger Petit, on reviendra peut-être dessus, ont eu beau faire des off explicatifs à l'ensemble de la presse pour inspirer un récit, finalement d'ailleurs, récit qui s'est retrouvé en forme de boomerang contre Bruno Roger Petit lui-même.
Mais ils ont beau présenter une sorte de récit en disant qu'il y avait un cabinet noir qui prévoyait une dissolution, oui, le principe de dissolution était sur la table depuis juin 2022 et l'échec de la Macronie aux législatives. Ça, c'est vrai. Mais est-ce que la décision de dissoudre juste avant les Jeux olympiques, juste après les européennes, juste avant les vacances d'été, a été prise d'une manière réfléchie par le président de la République et surtout anticipée en tant que telle dans son camp, y compris auprès de ses collaborateurs, moi, ce n'est pas les retours que j'ai.
Les retours que j'ai, c'est qu'il a pris cette décision seul, qu'il en a informé quelques collaborateurs dans les heures précédant sa décision et qu'il a effectivement mis devant le fait accompli, ensuite, les ministres et surtout le Premier ministre Gabriel Attal. Et il y a aussi quelque chose qui participe de cette bordélisation, on va dire, au sein même de la Macronie, c'est que c'est les tensions personnelles et de pouvoir entre Philippe, Gabriel Attal, Emmanuel Macron, Bruno Le Maire. En gros, ils n'ont pas arrêté en coulisses de se faire des croche-pattes, de balancer des pots de banane.
Et ça, c'est aussi un élément important à comprendre. C'est tout l'aspect dysfonctionnel du pouvoir dans la Macronie et institutionnel dans la Macronie depuis très longtemps, dysfonctionnel à l'Élysée entre un pouvoir qui est partagé entre le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Collaire, et Brigitte Macron qui a une influence politique et un poids politique dans la Macronie. C'est du jamais vu sous la Ve République à ce point.
Dysfonctionnel dans son rapport au Parlement, à sa majorité, aux principaux leaders de la Macronie, si on peut les présenter comme tels, notamment les ministres qui n'avaient quasiment pas de poids politique. Et donc là, tout d'un coup, ils se lâchent. Et puis, pour répondre à ta question, oui, il y avait quelque chose qu'ils n'avaient pas du tout anticipé.
C'est que la gauche réussisse à s'unir et à s'allier. Ça, c'est vrai que là, pour le coup, ils pensaient que la gauche ne pouvait pas s'unir aussi vite et que l'idée d'un nouveau Front populaire tel qu'elle s'est établie ces derniers jours et ces dernières semaines ne pouvait pas être possible. Donc ça, c'est quelque chose qu'ils n'avaient pas anticipé.
Ça montre quand même quelqu'un qui ne doute pas. Parce qu'on pouvait se dire qu'il y a 60%, 40%, 30% de chances que ça arrive, mais pas 0%. On ne peut pas baser toute une dissolution sur un postulat aussi fragile.
Alors, mais ça, c'est, on va dire, à un moment donné...
Bon, là, je vais essayer d'entrer dans la tête d'Emmanuel Macron. C'est toujours un peu hasardeux de faire de la psychologisation à ce niveau-là, notamment dans la responsabilité politique. Mais il faut voir, depuis le début de son parcours politique, un, c'est un parcours uniquement personnel et pas collectif.
Il a toujours renvoyé la responsabilité sur le dos des autres. C'est jamais de sa faute. Et d'ailleurs, il vient de le dire, il y en a plusieurs reprises.
Dans la lettre aux Français, il a dit, personne ne sera fautif là-dedans. Donc, il n'a cessé, et ça, c'est sa caractérie psychologique, et à chaque fois qu'il doit prendre ses responsabilités, il renvoie la responsabilité et la faute sur les autres. C'est un leitmotiv.
C'est toujours comme ça que ça s'est passé dans la Macronie. C'est jamais de sa faute. C'est toujours la faute des autres, de ses collaborateurs, de ses soutiens, de ses ennemis.
C'est jamais de sa faute à lui. Et puis, j'ai oublié ta question. En fait, je disais, il ne doute pas parce que...
Non, il ne doute pas parce qu'il s'est auto-persuadé de son destin, si tu veux. Donc, parce qu'il a quand même réussi une première élection en 2017. Il cumule...
Il fait deux quinquennats. Moi, quand j'expliquais à des gens entre 2017 et 2022, notamment vis-à-vis des responsables politiques de gauche ou même d'oppositions diverses, quand je leur disais il est en train de faire deux mandats, il veut faire deux mandats, il ne va pas rester...
Enfin, il ne va pas quitter la vie politique française. Eh bien, il est toujours dans cette idée-là. Quand, depuis 2022, il a instillé l'idée dans la Macronie pour conserver, tenter de conserver le leadership, parce que c'est beaucoup de tactique là-dedans, l'idée d'un troisième mandat, pas forcément en 2027, constitutionnellement, ce n'est pas possible.
En tout cas, sur le papier. Pour l'instant, constitutionnellement, ce n'est pas possible. Mais l'idée de faire un troisième mandat, c'est-à-dire de retourner à la vie politique dès 2032, ça, ça ne l'a pas...
Enfin, ça lui a bien traversé l'esprit. Et moi, j'avais dévoilé, on va dire, cet élément-là très tôt, à l'automne 2022. Six mois, neuf mois plus tard, c'est Richard Ferrand qui, comme on dit, ambiançait, faisait un ballon d'essai en balançant l'idée, justement, peut-il faire un troisième mandat ?
Sa vie politique n'est pas terminée. Et c'est ça que les adversaires et Emmanuel Macron ont sous-estimé. Y compris au sein même de la Macronie.
C'est qu'Emmanuel Macron, à 50, 55 ans, 60 ans, en fait, il se vit encore dans la vie politique française. Et il pensait, effectivement, que l'opération lui serait, de toute manière, gagnante. Mais s'il y a bien une caractéristique du côté d'Emmanuel Macron, c'est le doute.
Le doute n'existe pas chez Emmanuel Macron. D'ailleurs, lors de sa conférence de presse, d'après la dissolution, il a dit qu'il lui arrive de gagner des élections en fin de s'est beaucoup vanté d'avoir la martingale qui permet de gagner des élections. Alors, j'aimerais savoir, est-ce qu'il y a une réorganisation interne de la Macronie, vu que, j'imagine qu'il y a beaucoup de mécontents autour de lui aujourd'hui.
On a l'impression que c'est un homme seul, qui décide seul, et que même ses plus proches collaborateurs ne comprennent plus avec qui il gouverne aujourd'hui, avec qui il dirige, avec qui il décide aujourd'hui ? Alors déjà, en termes de...
Quand je disais pouvoir dysfonctionnel, il a toujours décidé en vase clos, seul, à l'Élysée. Et quand je parlais de Brigitte Macron et d'Alexis Collère, le pouvoir politique dans la Macronie, c'est toujours concentré dans les mains de ces trois personnes à l'Élysée, indépendamment même de la position des différents ministres. Donc ça, c'est tout à fait dysfonctionnel.
Il a fait de ses premiers ministres, pour reprendre la formule des Nicolas Sarcey, uniquement des collaborateurs. Donc il a dénié au premier ministre comme à ses ministres un quelconque poids politique. Il y a de très rares personnalités comme ministre.
Il faut vraiment que ce soit des ministres avec un capital politique ancien, fort, et ce qu'on appelle des animaux politiques pour que certains aient surnagé là-dedans. Je pense à Rachida Dati, même à Dupont-Moretti, qui est un grand ténor du Barreau, qui avait certes pas de l'expérience politique, mais en tout cas qui a au moins le verbe et un certain sens politique pour se positionner encore, on va dire, dans ce marécage. Là, il y a un truc qu'il faut quand même que les téléspectateurs, les auditeurs comprennent, c'est qu'en fait, il était déjà seul il y a six mois.
Il était déjà seul l'année dernière. Pour comprendre la soudaineté de la décision concernant la dissolution, c'est qu'il faut déjà comprendre qu'Emmanuel Macron, quand il décide, en fait, fin novembre, c'est fin novembre qu'il décide de nommer Gabriel Attal à Matignon, il nomme Gabriel Attal à Matignon, pas parce que c'est sa marionnette, il nomme Gabriel Attal à Matignon parce que Gabriel Attal a déjà des grandes ambitions présidentielles dès 2027, malgré son jeune âge, aussi fou que ça puisse paraître. Moi, je ne suis pas dans, là pour le coup, la prévision ou la météo, on va dire, des plages façon Macronie, mais je dis simplement que Gabriel Attal se préparait à la présidentielle de 2027, qu'il a tout fait pour rencontrer tous les réseaux, tous les gens, tous les propriétaires de médias milliardaires de la place de Paris et que tout ce petit beau monde qui s'était retrouvé notamment en partie derrière Macron dès 2017 commençait à s'intéresser au futur, à l'après 2027.
Et quand Emmanuel Macron décide de nommer Gabriel Attal fin novembre de l'année dernière, parce que c'est fin novembre de l'année dernière qu'il présente l'idée à son fidèle collaborateur Alexis Collère et Alexis Collère, là, je vous délivre un scoop parce que je ne l'ai pas écrit ça encore, mais Alexis Collère à l'annonce de la décision d'Emmanuel Macron pique une colère à l'égard du chef de l'État parce que les relations entre Alexis Collère et Emmanuel Macron sont très tendues depuis 2022 et en fait, pourquoi Macron décide de nommer Gabriel Attal à ce moment-là, c'est pour essayer, comme on dit, de le mettre dans l'enfer de Matignon et pour tuer ensuite sa candidature éventuelle pour 2027. Voilà pour le tuer, il l'a tué, pour l'instant, ça va être difficile. Pour l'instant, on l'a tué, il l'a tué, il s'est pris un mur à 180 km heure le soir de la dissolution, ses équipes et lui-même, là, je parle de Gabriel Attal, n'avait pas du tout anticipé la dissolution.
Il faut comprendre que pendant les européennes, l'Élysée a quasiment pas aidé Gabriel Attal et même, on a vu des fuites organisées dans le canard enchaîné pour expliquer que le chef de l'État se plaignait beaucoup de Gabriel Attal qui ne s'investissait pas suffisamment dans la campagne. C'est toujours la faute des autres. C'est toujours la faute des autres.
C'est pourquoi, d'ailleurs, l'Élysée et la candidate ailleurs, ils ont mis beaucoup de temps, un, à la nommer, ils ont mis beaucoup de temps à avoir un programme. Bref, il y a eu une sorte d'inertie dans la Macronie qui s'expliquait en partie qu'il ne fallait surtout pas que Gabriel Attal ait un bon score. Donc là, c'est le petit côté petit meurtre entre amis dans la Macronie.
Ça, c'est un élément incontestable, là, pour le coup, de rationalité ou d'irrationalité de la Macronie. D'irrationalité organisée. Mais ça veut dire qu'il y avait bien des luttes de pouvoir.
Alors, on est loin de la France, on est loin des Français de leurs préoccupations. Ça, on est d'accord. Mais ils se vivent tellement dans une série télévisée House of Cards, là, où très récemment, des off balancés dans, je ne sais plus, dans le monde ou je ne sais plus dans quel quotidien, ils expliquaient...
Non, c'est dans le Figaro où ils expliquaient que le président de la République avait été influencé par la série La Fièvre. D'ailleurs, il a utilisé cette terminologie, effectivement, dans sa conférence de presse. Tout à fait.
Et donc, Emmanuel Macron, comme en Macronie, il se regarde dans leur miroir faire de la politique. C'est-à-dire, il croit faire de la grande politique, alors qu'ils ne sont souvent que dans de la petite tactique très basse. Et je disais, dans ma post-face, la fable du progressisme, je me disais, Emmanuel Macron se vit en grand homme d'État dans l'histoire et il va finir en petit aventurier.
Et je paraphrasais notamment Karl Marx qui reprenait le parcours notamment de Napoléon III et qui ironisait sur le parcours de Napoléon III. Et donc, Emmanuel Macron, il se vivait en grand homme d'État et il finit en simple aventurier. Et là, jusqu'au bout, il est manifestement et malheureusement pour les Français dans cette logique.
Alors, des informations sur une atmosphère de fin de règne nous parviennent et notamment le feuilleton autour de Bruno Roger Petit qu'on ne comprend pas exactement pourquoi a-t-il été aussi proche, pourquoi est-il décidément aujourd'hui si conspué, Alexis Colère, pourquoi il est brouillé avec Emmanuel Macron et puis finalement dans ce jeu d'abattage, est-ce qu'il n'y a plus que Brigitte Macron ? Alors, Brigitte Macron, déjà, vous avez peut-être vu qu'elle a disparu des radars, notamment des commentateurs politiques depuis 2-3 semaines. On ne sait pas où elle est.
Il n'y a pas eu d'image faite autour de Brigitte Macron. Elle a été très discrète depuis la décision de la dissolution. Ça, je ne peux pas vous donner d'informations, mais c'est une question qui se pose.
Ce qu'il faut savoir à l'Élysée, pour reprendre rapidement, c'est qu'Alexis Colère, il avait déjà misé pour 2027 pour Édouard Philippe. Alexis Colère est objectivement et même plus qu'objectivement allié d'Édouard Philippe dans la Macronie pour 2027. Et ça énerve Macron.
Et ça énerve Macron, mais Macron est également énervé par Brigitte Macron qui regardait plutôt d'un œil très, comment dire, très énamouré et très bienveillant les ambitions de Gabriel Attal. Donc ça, c'est plutôt la répartition du pouvoir. Tu parlais de Bruno Roger Petit.
Bruno Roger Petit, ancien journaliste, devenu porte-parole en 2017, ensuite conseiller mémoire. Bon, dans la culture populaire, on voit à peu près qui c'est Bruno Roger Petit, l'homme qui envoie impulsivement ses feuilles lors d'un JT de la nuit de France 2, qui a une grande culture politique quand même, qui s'est vue comme Mitterrand-Dolâtre, mais qui, effectivement, a également une culture qui va de l'extrême droite à Mitterrand, qui est assez inspirée par le Mitterrand droitier, le Mitterrand de l'Ombre, le Mitterrand de Bousquet, le Mitterrand également de la France-Afrique, de Michel Charas. Il faut comprendre que le poids de Bruno Roger Petit, il vient de deux choses.
D'un côté, il est du côté de ce qu'on appelle l'aile madame à l'Elysée et donc il profite de la protection de Brigitte Macron. Et deux, surtout, comme il me l'a confié dans un portrait en quête que je lui ai consacré il y a quelques mois, Bruno Roger Petit, il est entré à l'Elysée par la petite porte et la grande porte dans le sens où il a été conseillé par son ami Michel Charas. Alors Michel Charas, pour les plus jeunes, petit topo, ancien ministre du budget de François Mitterrand, excessivement proche de Mitterrand et c'était l'homme un peu des bases-oeuvres de la Mitterrande et Michel Charas.
Il était prêt à tous les coups de force pour aider son ami François Mitterrand à la tête de l'État. L'un des derniers grogniards de la Mitterrande. Mauvais Aspect, France-Afrique, Réseau de Barbouze et compagnie et compagnie.
Et donc Michel Charas, ce que j'ai compris, finalement, il y a assez peu de temps, même si j'en avais parlé dans un de mes ouvrages, effectivement, avant sa mort en 2020, il avait des rapports avec Emmanuel Macron, je l'avais écrit, mais en fait, c'est vraiment un des mentors politiques d'Emmanuel Macron. Cette Mitterrandie de l'ombre, Michel Charas, ils se sont rencontrés quand Emmanuel Macron était à la banque Rothschild entre 2008 et 2012. Michel Charas, à l'époque, soutenait Nicolas Sarkozy, il ne faut jamais l'oublier.
Et Michel Charas a utilisé d'une certaine manière, ça c'est un ami de Michel Charas qui m'en avait fait part, a utilisé d'une certaine manière Emmanuel Macron pour tuer politiquement François Hollande qui l'exécrait et qui le considérait comme pas légitime. Bon, là, on est dans de la tambouille mitterrandienne et politique. Reste que Michel Charas a inspiré beaucoup l'instrumentalisation et la compromission d'une certaine manière, parce que ça revient à ça, finalement, l'instrumentalisation de l'extrême droite et du RN pour qu'Emmanuel Macron assoie son pouvoir.
C'est finalement la stratégie de Mitterrand qui fait monter le AFN, la fameuse législative de 86 face à un Chirac qui était beaucoup plus droitier à l'époque, qu'on a pu le connaître par la suite. Bon, la différence, la grande différence, c'est que Mitterrand, à l'époque, c'était son premier mandat. Il avait peut-être un deuxième septennat à faire.
Donc ça, c'est un autre élément important. Pour revenir à Bruno Roger Petit, dans les journaux qui ont travaillé sur Bruno Roger Petit, globalement, les journaux ont présenté Bruno Roger Petit comme le Patrick Buisson d'Emmanuel Macron. C'est par Bruno Roger Petit que l'inspiration d'extrême droite aurait influé jusqu'au cerveau d'Emmanuel Macron.
Parce que Bruno Roger Petit, il a comme grand ami Jodefroy Lejeune, ancien directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles, aujourd'hui directeur de la rédaction du journal du dimanche. Condamné. Voilà, condamné.
Effectivement. A cause des caricatures de Daniel Obonat. Voilà.
Il est très proche, ami de Pascal Praud, avec qui il débattait sur e-télévision il y a plus d'une dizaine d'années. Et donc, il ne cesse d'ambiancer, de faire des offres, comme on dit, c'est-à-dire de donner des confidences, voire des exclusivités à Pascal Praud, le présentateur de l'heure des pros, comme on dit. Il se dit que ça a été aussi le cas sur la dissolution.
Effectivement, sur la dissolution, Pascal Praud a eu la primeur, on va dire, de la dissolution, même bien avant Gabriel Attal. Alors ça, quand je te parlais d'aspect dysfonctionnel du pouvoir dans la Macronie, il s'en est encore un signe. Mais donc, dans plein de journaux, plein de gazettes, Bruno Roger Petit est présenté, encore une fois, comme l'inspirateur en chef à la fois de la dissolution, de la stratégie droitière du président de la République, comme si c'était le Patrick Buisson du président de la République, alors que c'est beaucoup plus le Pierre Charon du président de la République et Pierre Charon, un ancien sarkoziste, porte-flingue de Nicolas Sarkozy, a aussi fait partie, soi-disant, des inspirateurs de cette dissolution.
Or, Bruno Roger Petit, pour comprendre le personnage Bruno Roger Petit, qui est petit, mais également au sein de l'Elysée, pourquoi a-t-il tenu autant de temps au sein de l'Elysée ? C'est l'un des rares, avec Alexis Colère, à être resté autant de temps à l'Elysée. C'est que Bruno Roger Petit a compris très tôt, et ça, il le dit à des journalistes, il me l'a dit d'ailleurs, Emmanuel Macron a un éthos de droite.
C'est-à-dire, il a très vite compris qu'Emmanuel Macron, en fait, ses références culturelles et son éthos, pour parler comme Bourdieu, étaient en réalité inscrits dans la tradition de droite. Quand, en 2017, Emmanuel Macron explique qu'il n'est pas laïca et qu'il n'aime pas particulièrement l'utilisation de la laïcité contre les religions, les progressistes, enfin, ce qu'on peut appeler les progressistes, ont une partie de la gauche à considérer que c'était parce qu'il voulait revenir sur Manuel Valls et un certain républicanisme. En fait, l'idée d'Emmanuel Macron n'était pas du tout celle-là.
C'était une idée beaucoup plus conservatrice et réactionnaire, c'est-à-dire, il considère que la France est catholique, avant tout, que l'identité de la France est catholique, et c'est pour ça qu'il n'était pas laïca. et qu'on a cru que c'était justement du multiculturalisme, enfin, pour les gens qui n'aiment pas cela, mais en réalité, Emmanuel Macron, il n'était pas du tout libéral multiculturel, il était en réalité conservateur, de droite conservatrice, particulièrement conservateur. Il y a effectivement l'influence de sa femme, Brigitte Macron, qui elle-même a voté plusieurs fois à droite, elle l'a dit, et par ailleurs, elle est également de culture de droite.
Et après, moi, ce que je n'avais pas forcément anticipé, mais je l'ai documenté au fur et à mesure, c'est que j'ai eu de multiples alertes venant de sources au sein de la Macronie qui ont montré, en plus, qu'il avait carrément une complaisance à l'égard de l'extrême droite. Quand, là, il a évoqué l'immigrationnisme pour qualifier le programme du nouveau Front populaire, en fait, ce n'est pas la première fois qu'en privé, à l'Elysée, dans des réunions ou même ensuite, publiquement, il a réemployé des expressions et du vocabulaire d'extrême droite. Il n'a cessé de le faire. — On va en parler après, si tu le permets, Marc, mais BRP, donc Bruno Roger Petit, a compris le logiciel de Macron.
Ça lui a permis de rester à l'Elysée, de prospérer à l'Elysée. Et qu'est-ce qui lui fait tomber, alors, si tant est qu'il soit tombé ? Parce que, pour l'instant, il n'a pas été viré. — Alors, il n'a pas été viré.
Et donc, sur l'analyse, entre guillemets, Bruno Roger Petit, parce que c'est donc un des personnages de cette histoire un peu folle, pour reprendre le début de ton intervention, ton introduction, Bruno Roger Petit, donc, il y a toute une partie du centre-gauche de la Macronie. Enfin, on ne peut pas dire ça à la gauche de la Macronie. Je mets ça avec toutes les guillemets qu'on pourrait y mettre.
Mais ils ont toujours renvoyé la faute de la droitisation de Macron sur Bruno Roger Petit, en disant « C'est la mauvaise influence. » — Le mauvais génie. — C'est le mauvais génie.
C'est la mauvaise influence. Sans vouloir reconnaître que, depuis le départ, dans l'aventure personnelle d'Emmanuel Macron, Emmanuel Macron était beaucoup plus droitier qu'on avait bien voulu le comprendre ou bien voulu le dire. Donc il y a tout un tas de gens qui renvoient la faute sur Bruno Roger Petit.
Alors moi, je n'ai pas du tout cette analyse. Moi, j'ai l'analyse suivante. C'est que Bruno Roger Petit, encore une fois, il tient son pouvoir et sa longévité à l'Élysée parce qu'il a réussi opportunément à se loger le mieux auprès de ce que pense réellement et le plus fortement Emmanuel Macron.
Et il y a un élément aussi sur lequel je veux revenir sur ça parce qu'il y a d'autres commentateurs, y compris à gauche ou en tout cas dans le centre-gauche qui, aujourd'hui, disent Emmanuel Macron, finalement, n'est que cynisme et n'est que dans l'opportunisme politique, peu importe les valeurs, peu importe les messages prononcés et peu importe fondamentalement ses convictions. Et donc, ils disent, finalement, la Macronie, c'est du vide et Emmanuel Macron, c'est du vide. Moi, je suis assez distant par rapport à cette analyse-là parce que si Emmanuel Macron joue avec tout le monde et avec tous les symboles parce que ça, globalement, c'est vrai, fait depuis 2017, notamment sur la question de la mémoire et Bruno Roger Petit est conseillé mémoire.
Même s'il a joué avec tout le monde, en fait, il a beaucoup plus, pour reprendre un terme, on va dire, de journaliste politique, un terme qui finit par être galvaudé, mais il a beaucoup plus triangulé avec la gauche qu'avec l'extrême droite. Il a plutôt été dans une stratégie de l'union des deux droites. Donc là, pour le coup, complètement Patrick Buisson sous la fin du premier quinquennat de Nicolas Sarkozy qui voulait, quand dire, maintenir son bloc électoral sur, idéologiquement, en faisant l'alliance des droites.
Ça, c'est ce que proposait Patrick Buisson à Nicolas Sarkozy. Et c'est aussi ce que veut Bardella aujourd'hui. D'une certaine manière.
Et c'est ce que faisait Emmanuel Macron jusqu'à encore très récemment avec deux éléments que les gens n'ont pas pris en compte de mon point de vue sur le résultat des élections européennes. Le Rassemblement national est très haut, effectivement. Donc, il y a tout un discours misérabiliste qui est revenu, toujours en plus pour taper du sucre sur la gauche, pour expliquer que c'était donc les classes populaires qui avaient lâché la gauche et que les classes populaires continuaient aujourd'hui à soutenir le Front national et le Rassemblement national.
En fait, on s'aperçoit qu'au niveau des élections européennes, certes, il y a eu un petit frétillement de participation aux élections européennes, mais les élections européennes restent traditionnellement finalement quasiment une élection censitaire où les classes populaires ou encore l'ensemble des Français se déplacent peu pour les européennes. Et en fait, ce qu'on a vu, même les sondeurs l'ont vu, même s'ils l'ont peu dit, c'est que c'est l'ensemble des catégories socioprofessionnelles qui se sont mis à voter Rassemblement national et notamment, entre guillemets, les plus bourgeois d'entre nous, c'est-à-dire les CSP+. Et en fait, finalement, c'est une partie de l'électorat traditionnel de la Macronie, notamment depuis 2019, qui avait déjà largement dérivé vers l'électorat de François Fillon de 2017, très tôt, dans le premier quinquennat.
C'est cet électorat-là qui a fini par basculer au RN parce qu'à force de se positionner politiquement sur les thématiques d'extrême droite, et finalement, il a crédibilisé et légitimé le Rassemblement national, tant idéologiquement que pratiquement. Et ça, c'est la faute d'Emmanuel Macron, pour reprendre son terme. C'est la responsabilité d'Emmanuel Macron parce qu'à force de n'avoir constitué le RN comme seule alternative à son pouvoir total, en criminalisant de l'autre côté la gauche et l'ensemble de la gauche, il a quand même présenté le nouveau front puller dans son ensemble comme l'extrême gauche.
Donc François Hollande est rhabillé pour l'hiver. Mais bon, au bout du compte, en faisant ça, il a préparé l'accession au pouvoir d'une certaine manière du Rassemblement national. Alors Emmanuel Macron a assuré qu'il ne participerait pas à la campagne électorale, mais il a fait un gros point de presse dont on a déjà parlé.
Il a écrit une lettre aux Français et il s'est également livré dans un podcast Génération Do It Yourself, un podcast un peu Startup Nation, où il a agité le spectre de la guerre civile en cas de victoire de la gauche ou de l'extrême droite. Et c'est pour ça que je pense que et le Rassemblement national et la France insoumise, elles répondent à des vrais problèmes. Je veux dire, elles répondent à des vraies colères, des vraies angoisses.
Celle de la personne qui se dit on ne répond pas aux problèmes de sécurité, celle qui dit je ne suis pas reconnu et protégé parce que je suis musulman. Mais elle y répond mal à mes yeux parce qu'elle y répond en quelque sorte en accroissant la conflictualité et la guerre civile. La guerre civile, rien que ça, il y a l'effort.
Et surtout, il a assimilé quelque chose qui ressemble à la gauche plurielle, donc quelque chose de pas révolutionnaire du tout, à la guerre civile après avoir parlé de communautarisme. En gros, en fricotant de guillemets avec les gens d'origine musulmane, la gauche jouerait la carte du communautarisme de la guerre civile. Ça ne sent pas très bon.
Et tu as déjà affirmé au micro de David Dufresne, du média, au poste qu'Emmanuel Macron parle ouvertement de grands remplacements. Et la question que je vais te poser, c'est qui est cet homme ? Effectivement, en fait, en 2019, donc après l'interview qu'il donne à Valeur Actuelle, j'ai plusieurs, entre guillemets, signaux faibles, plusieurs témoignages, en tout cas, de l'intérieur.
Alors certes, c'est des témoignages off de gens qui restent anonymes, mais j'ai des témoignages de l'intérieur de la Macronie qui m'expliquent très inquiets que le président de la République, dans un cadre privé, dans des réunions à l'Elysée, ne cesse de réemployer du vocabulaire d'extrême droite. Et notamment, cette forme malheureuse, notamment popularisée par Renaud Camus, écrivain d'extrême droite, de grands emplacements. Et en fait, ce n'est pas la première fois qu'il utilise des références d'extrême droite, y compris dans ses mots péjoratifs.
Et puis, alors péjoratif et raciste, ouvertement, on se souvient de différents épisodes, mais il y a également, par exemple, l'épisode de mémoire sur Pétain, où il a plusieurs fois expliqué que Pétain était quand même à considérer, y compris avant sa collaboration. Et donc, il n'a pas arrêté, et c'est ce que je voulais dire tout à l'heure, contrairement à l'idée qu'il serait vide et uniquement opportuniste en piquant les idées un peu partout pour lui, il a surtout piqué des idées à la droite et à l'extrême droite. Quand je disais il triangule sur la gauche, oui, il a un peu triangulé sur la gauche.
Et concernant la droite, il a toujours mis le curseur encore un peu plus loin vis-à-vis de ce qui était considéré comme entre guillemets républicain. Et c'est-à-dire quand on a présenté Emmanuel Macron, là aussi, avec des mots galvaudés, mais sur c'est l'homme de la transgression, oui, c'est toujours l'homme de la transgression sur l'extrême droite. Il a toujours poussé le curseur un peu plus loin.
Et là, on retrouve un signe caractéristique de l'extrême droite, le confusionnisme idéologique et le désordre pour imposer l'ordre. Et donc, là, on revient à l'architecte du chaos qu'il est et le fait qu'il n'est pas du tout dans la concorde nationale en bon sens triste comme certaines personnes ont pu croire qu'il était encore, y compris dans son propre camp. Et ça, très tôt, j'avais dit, non, Emmanuel Macron n'est pas centriste.
Emmanuel Macron est dans un rapport vertical d'autorité. Il ne faut jamais oublier qu'il a toujours considéré les Français plus comme des sujets que comme des citoyens. Il a toujours décrédibilisé toutes les paroles politiques, militantes venant de simples citoyens.
Il disait qu'il manquait un roi à la France. Et il disait effectivement dès juillet 2015, cette parole complètement folle pour le coup, enfin en tout cas folle en termes de rationalité politique, d'histoire politique. Surtout quand on vient officiellement du PS.
Voilà. Où il expliquait donc en juillet 2015, ministre de François Hollande, il expliquait à la revue Le 1 qu'il manquait dans la conscience française un roi et qu'il manquait un roi à la démocratie française. C'était quand même des paroles extrêmement fortes.
Il faut quand même voir que dans le panthéon d'Emmanuel Macron d'ailleurs sur la mémoire, il a toujours contourné la révolution française. Il en a très très peu parlé. Il a toujours fait des références à l'ancien temps, à l'ancien régime.
C'est ses déplacements dans la crypte de la basilique de Saint-Denis où il y a une partie des rois de France qui sont enterrés. Il y a plein d'éléments où il a joué avec une mythologie de la France éternelle, de la France millénaire. Tous les présidents de la République l'ont fait, cette France millénaire pour dépasser la révolution française.
Mais lui, il a carrément, il a plus que contourné, il a carrément tiré un trait sur la révolution française. Et ça, c'est quelque chose quand même très caractéristique qui est ancré chez lui, qui était ancien. Quand je dis 2019-2020, c'est quand même très tôt dans le premier quinquennat.
Et moi, je suis frappé de constater qu'il y a plein de gens qui se pensaient macronistes ou en tout cas qui n'avaient pas vu le danger d'Emmanuel Macron, notamment au centre-gauche, y compris des intellectuels, qui étaient loin d'être des révolutionnaires, mais ils n'ont pas vu que l'aspect révolutionnaire de Macron, et notamment son livre « Révolution », était en fait une transgression de plus en plus claire sur la droite la plus extrême. Et quand il parle de guerre civile...
C'est une terminologie d'extrême droite. Et on se dit qu'il pourrait...
Parce qu'il y a des théories selon lesquelles il utiliserait l'article 16 en cas de situation compliquée. Mais s'il agite désormais le spectre de la guerre civile, s'il donne même l'impression d'appeler la guerre civile, c'est peut-être qu'au fond, ce n'est pas une rumeur. Peut-être que dans...
Une prophétie autoréalisatrice, souvenirs. Enfin, ça fait partie de son plan. Gouverné par l'article 16, c'est une transgression aussi.
Alors, je n'ai pas d'informations précises sur tout ça. Ce qu'il en est, c'est que c'est plus qu'une théorie dans le sens où ça a été l'article 16 comme la rumeur sur la démission font partie de...
C'est les pleins pouvoirs. Ça a été des...
L'article 16, c'est effectivement les pleins pouvoirs. Ça a été utilisé une seule fois au moment du tout putsch des généraux d'Alger en 1961 par le général de Gaulle. Après, la chienlit de 1968-1969, le général de Gaulle n'avait pas utilisé l'article 16.
Mais comme tu sais, le général de Gaulle, tout en étant général, était beaucoup plus respectueux des institutions, y compris de la Constitution de la Vème République, que finalement ses successeurs et notamment Emmanuel Macron. Et là, je suis tout à fait d'accord avec toi. Sa transgression, c'est pour ça que je disais rapport dysfonctionnel au pouvoir et notamment au niveau de la Constitution, depuis 2017, il y a plein de signes qui montrent que la Constitution n'est pas respectée.
Le Parlement n'est pas respecté. Le pouvoir de la presse, le contre-pouvoir de la presse n'est pas respecté. Il y a énormément de droits constitutionnels qui ne sont pas respectés.
Et donc, j'ai envie de dire, je ne sais pas, je ne prédis pas l'avenir. Je dis simplement que, un, c'est des fuites qui sont organisées dans la presse. Donc, c'est vraiment des ballons d'essai parce que c'est des journaux entre guillemets installés qui continuent de parler régulièrement avec le pouvoir macroniste qui diffuse ces informations-là.
Par exemple, je regardais les confrères de l'Express qui avaient expliqué que le chef de l'État allait intervenir trois fois par semaine jusqu'aux élections législatives. L'Élysée a démenti. Comme ils ont démenti la démission, ont démenti l'article 16.
Au bout du compte, le chef de l'État est bien intervenu trois fois par semaine quasiment jusqu'au prochain premier tour. Alors, on n'est pas du tout dans le même registre. Mais ce que je veux dire par là, c'est que, un, c'est des véritables ballons d'essai qui ont été lancés.
Deux, effectivement, on peut tout attendre d'Emmanuel Macron de son point de vue-là, à mon avis. Et c'est aussi là où je disais au tout début de l'intervention et de la rencontre, nous avons, quand je dis nous, collectivement, les forces politiques, les journalistes, même les Français, sous-estimer l'appétit de pouvoir d'Emmanuel Macron. Parce que l'article 16, c'est le pouvoir absolu.
C'est le pouvoir absolu. Et face à une extrême droite, ce serait une sorte de sauveur. Oui, alors, il pourra peut-être le dépeindre comme ça.
J'en doute un peu au regard de la mobilisation de ce qu'il a toujours exécré, c'est-à-dire des corps intermédiaires et notamment des partis politiques traditionnels. Mais, effectivement, je ne peux pas mettre ça de côté en me plaçant du côté des rieurs en disant non, ça ne se passera pas comme ça. Je ne dis pas que ça se passera comme ça.
Je dis que non, ça ne passera pas forcément comme ça. En tout cas, tout dans son attitude donne à penser qu'entrer dans l'histoire comme le président qui a fait la passe à l'extrême droite ne le dérange pas. Une fois de plus, c'est vraiment ce dont tu parles l'amour de la transgression parce que tous ceux qui ont été au pouvoir jusque-là au sein de la Vème République ont toujours tout fait pour mettre le plus à l'écart à l'extrême droite.
Même dans leur cauchemar, des gens comme Chirac ou Mitterrand ne se voient pas cohabiter avec l'extrême droite. Et là, manifestement, ils se voient cohabiter avec l'extrême droite. Oui, mais c'est peut-être ce qui était au cœur de ce qu'il appelait le nouveau monde.
C'est-à-dire, finalement, tellement joué avec l'extrême droite, c'est-à-dire pouvoir amener l'extrême droite, crédibiliser l'extrême droite dans son accession au pouvoir. Et ça, ça fera partie de son passif, peut-être. Ce n'est pas encore fait.
On va voir ce qui va se passer au premier tour. Mais une chose est sûre, c'est que c'est quelque chose, on va dire, qui ne lui faisait et qui ne lui fait pas peur du tout. Par ailleurs, au-delà même de la personne de Macron, il faut quand même revenir dans le contexte politico-médiatique qu'on connaît aujourd'hui, des forces extrêmement réactionnaires, propriétaires de médias, le groupe Bolloré, la chaîne CNews, le journal du dimanche.
Disons qu'il y a tout un écosystème qui a été permis ces dernières années. Et là, pour le coup, ce n'est pas uniquement de la faute, entre guillemets, d'Emmanuel Macron. Bolloré, il commence à constituer son groupe de médias sous Nicolas Sarkozy, les balbutiements.
Et puis ensuite, François Hollande laisse faire Vincent Bolloré dans sa prise de contrôle au Canal+. On l'oublie un peu aujourd'hui. C'est du temps long.
Le rapport à la question des médias au débat public, c'est aussi une responsabilité de nos différents responsables politiques qui n'ont pas fait de la question médiatique et de la question du débat public une question finalement centrale. C'est les premiers à dire que les journalistes ne posent que des questions idiotes. Je ne suis pas loin de penser ça, mais en même temps, ils n'ont jamais pris leur responsabilité au regard des règles et des limites qu'ils auraient pu apposer parce que le marché de l'information n'est pas un marché comme les autres du tout.
C'est un marché qui percute la responsabilité démocratique dans le pays. C'est très grave ce qui peut potentiellement se passer et on le voit aujourd'hui. Alors je voudrais qu'on regarde un petit extrait vidéo qui a beaucoup tourné.
À titre personnel, il m'a un peu secoué. Le Rassemblement national et ses associés, ils proposent des choses qui peut-être font plaisir aux gens. Mais enfin, c'est 100 milliards par an.
Et puis de l'autre côté, à l'extrême gauche, c'est quatre fois pire en termes de coût. En fait, il n'y a plus de laïcité. Ils reviennent sur les lois d'immigration qu'on a faites qui permettent quand même de réguler et qu'on doit maintenant mettre en œuvre.
Et puis il y a des choses complètement ubuesques comme par exemple l'échangé de sexe en mairie. Bon, je l'ai dit, j'ai été estomaqué par cet extrait parce qu'il y a une fake news par seconde. Il n'y a plus de laïcité.
Mais enfin, c'est des paroles terribles. Mais quand on regarde, on se pose une question. Pourquoi ?
On ne peut pas dire que la sociologie de la Macronie, je veux dire, sa sociologie intime soit très très anti-LGBTI. Je veux dire, on pense notamment aux fake news transphobes qui ont été utilisées par l'extrême droite contre Brigitte Macron. Et là, il utilise le registre de ceux-là, de ceux qui pourrissent la vie de sa propre femme.
Tu dis deux choses. Tu dis fake news. Or, le principal producteur de fake news depuis sept ans, c'est la Macronie.
C'est le pouvoir. Certes, il y a l'extrême droite. Certes, il y a les réseaux sociaux.
Il y a tout ça. Mais en réalité, la Macronie n'a cessé de mentir sur tout un tas de dossiers. sans aucun scrupule.
D'ailleurs, c'est un signe qui a transpiré sur l'ensemble de l'arc politique français, de l'extrême droite à l'extrême gauche. On ne fait plus véritablement, on n'a plus beaucoup de précision sur les faits. Et on peut le regretter.
Mais Emmanuel Macron a fait ça quasiment d'une manière parfois industrielle. D'ailleurs, en disant tout et son contraire dans la même journée. En disant blanc alors que c'est noir.
C'est ce qu'il fait notamment avec la gauche où en fait, la gauche est transformée, enfin, est renvoyée hors de l'arc républicain alors que le sous-texte qui est derrière, c'est que le Rassemblement National fait partie de l'arc républicain ou en renvoyant toute une population, notamment les musulmans, hors de l'arc républicain. C'est sans aucun problème. Par rapport à...
Donc, les fake news, c'est important parce que c'est un rapport à la vérité dans la Macronie et du côté de Macron qui est lié énormément à sa pratique du pouvoir, comme je le disais tout à l'heure, moi, l'homme seul qui parle au français et il faut savoir que depuis 2017, il a toujours surprivilégié les réseaux sociaux et le contact direct par le numérique. Il a toujours contourné les corps intermédiaires. En fait, en réalité, il a pas mal contourné malgré la propriété des médias les journalistes professionnels, quels qu'ils soient, même s'il y a toujours les courtisans, les éditocrates, mais ça, mettons ça de côté.
Il a toujours essayé, c'est d'où la multiplication de ses interventions en podcast ou dans des émissions où il essaye de toucher la jeunesse et en fait, il a une pratique de pouvoir et de communication. Un, il s'est toujours adapté à ses publics en fonction des cibles. Voilà.
Il s'adapte à ses dames, enfin, à ce qu'il imagine ce qui se passe dans la tête de ses dames. Tout à fait. Et en fait, je le disais déjà à quelqu'un qui m'avait interrogé il y a 2-3 ans, en fait, Emmanuel Macron a beaucoup plus de signes communs avec Trump qu'on pourrait le penser.
Et notamment...
C'est Trumpien, c'est certes trait totalement Trumpien. Bien évidemment. Fake news, blanc, noir, noir, blanc, il mélange tout.
Donc là, c'est carrément, c'est 1984, c'est Hannah Arendt, c'est le totalitarisme de cette manière au niveau du langage, de cette novlangue du langage. On a un rapport à la réalité qui est totalement dévoyée. Donc ça, il n'a cessé de le faire.
Donc c'est un management toxique d'ailleurs au sein même de la Macronie parce qu'il a fait ça aussi avec ses collaborateurs. Et de l'autre côté, il a effectivement cette pratique-là trumpiste, y compris du côté des valeurs. Parce que tu disais, oui, une partie de la base sociale macronienne, notamment, on va dire, les CSP+, des centres urbains, qui sont finalement très dépolitisés en réalité, mais parce que, en fait, tout le système les conforte dans leur position de privilège, le privilège de leur position sociale.
Et donc, ils sont des privilégiés, en fait, en réalité. Ils bénéficient des décisions économiques depuis des années et des années, même avant Macron. Et donc, ils ont perdu en culture politique.
Les nouvelles générations, école d'ingénieurs ou autres, ont perdu en culture politique. Et en fait, ils font beaucoup, ils mélangent beaucoup morale et politique, notamment sur les questions minoritaires, les questions sexuelles, les questions de religion et les questions d'identité. Et sur ça, par exemple, là, c'est pareil.
Je disais, il y a plein de commentateurs qui faisaient de Macron un libéral à l'anglo-américaine. Ça, c'est une analyse qui a été faite, notamment parfois à l'extrême-gauche, parfois à l'extrême-droite, parfois à droite, parfois à gauche. En fait, en réalité, Emmanuel Macron, par exemple, il fallait, moi, je l'ai écrit, quand j'écris l'ambiguïe M.
Macron en 2015, qu'est-ce que j'explique ? J'explique que quand il est principal collaborateur de François Hollande entre 2012 et 2014, secrétaire général adjoint de l'Elysée, il est le dernier à l'Elysée à pousser à faire passer le mariage pour tous par rapport au mariage de couple de même sexe. Parce qu'il considère que ce n'est pas une réforme prioritaire, alors que ça a été une des réformes emblématiques et peut-être la seule de tout le quinquennat Hollande.
Emmanuel Macron n'a jamais été au sens galvaudé du terme même un progressiste y compris sur ces questions-là. Alors certes, sa majorité, enfin en tout cas son ancienne majorité, je crois que c'était lors du premier quinquennat, a fait passer par exemple la PMA, mais qui était en fait un bout de comète d'une promesse que François Hollande n'avait pas prise à l'époque. Mais en dehors de cet élément-là, en réalité, toutes les décisions qu'il a prises, il n'y a qu'à le voir sur la loi Buretti par exemple ou des choses comme ça, il n'a cessé de faire traîner ces dossiers-là.
Il n'a fait que traîner sur ces dossiers-là et il n'est pas du tout transgressif sur ces dossiers-là. Il est totalement conservateur. Il est complètement...
La transgression, effectivement, est dans un seul sens. Il est complètement vieille France. Oui, c'est une révolution conservatrice.
Et ça, je l'écrivais d'ailleurs, noir sur blanc, la fable du Provisible disait Macron, sa révolution est principalement conservatrice. Quand on t'écoute, on a l'impression que tu as crié dans le désert et a été quasiment saoulé du fait que ça ne se voyait pas. Ce Macron-là ne se voyait pas alors que toi, il t'apparaissait dans toute sa...
Moi, il m'apparaissait. Alors, saoulé, c'est le bon terme. Après, c'est vrai qu'il y a un autre élément sur la fake news.
Et ça, c'est ce qu'il a confié à un documentariste qui est très proche de lui, qui est Bertrand Delay, qui a été pendant un certain temps patron de la chaîne parlementaire, mais qui est un très bon documentariste politique tout en étant très proche de Macron à un moment donné. Bertrand Delay l'interrogeait dans les coulisses de sa campagne présidentielle de 2016 à 2017. Et Emmanuel Macron, c'est un documentaire qui est passé en voyage spécial à l'époque juste après sa victoire.
Et Emmanuel Macron disait deux choses dans ce documentaire-là. Il disait justement qu'il avait contourné les journalistes politiques traditionnels entre 2016 et 2017, qui ne croyaient pas à sa victoire. Et donc, à l'époque, Emmanuel Macron certes était aidé par le groupe Lagardère, Mimi Marchand, Les Covers, Paris Match, le groupe Bolloré, on a oublié.
À l'époque, Bolloré mettait avec Hanouna, avec Cyril Eldin. Mais alors, il y avait un point commun à tout ça. C'était l'image.
Et donc, il a dit deux choses à Delay. Un, je contourne les journalistes politiques parce qu'en fait, ils ne servent à rien. Et je contourne les médias traditionnels parce qu'en fait, ils ne servent plus à rien.
C'est le contact direct avec la population et les différentes communautés, mes communautés numériques, qui comptent. Deux, le deuxième élément, c'est aujourd'hui, on ne fait plus que de la politique par de l'image. Et il suffit de saturer l'image pour gagner.
Et donc, ça, c'était une parole très forte. Et donc, au regard, moi, modestement, à mon petit travail d'enquête, ça veut dire ça, en fait. C'est-à-dire que moi, même si j'ai écrit beaucoup d'articles, vendus, entre guillemets, des livres, parce que j'ai publié plusieurs livres et ils se sont quand même un petit peu diffusés, n'étant pas à la télévision, entre guillemets, officielle tous les soirs, n'étant pas repris par une partie des alliés d'Emmanuel Macron encore très récemment, je parlais du centre-gauche, par exemple, qui aujourd'hui essayent péniblement de dire, ah ben oui, il est beaucoup plus conservateur qu'on le pensait.
Mais en fait, jusqu'à la loi immigration, quasiment, jusqu'en décembre, ils n'admettent pas, ils n'admettent pas, c'est pire que ça, ils se sont peut-être trompés, bon, ça a rigueur l'erreur humaine, mais ils ont collaboré d'une certaine manière à cette aventure personnelle. Et donc, là, maintenant, ils doivent faire, on va dire, leurs examens de conscience ou, comment dire, quand c'est pas leur examen de conscience, j'ai plus leur droit d'inventaire d'une certaine manière. Mais, pour revenir juste à mon petit travail artisanal sur le plan journalistique, par rapport à ce petit travail artisanal journalistique, c'est-à-dire, on a beau apporter quelques faits, ils sont submergés par les images et la manipulation médiatique des communicants.
Et, il y a un fait que les sociologues des médias connaissent bien. En France, en 20 ans, 30 ans, le rapport entre le nombre de communicants qui travaillent pour les entreprises, les grandes entreprises, les responsables politiques, et le nombre de communicants a dépassé le nombre de journalistes. Alors, en plus, dans le nombre de journalistes, il y a tous les journalistes qui travaillent sur des médias spécialisés, c'est tous les magazines spécialisés de bricolage, de moto, de jardinage, compagnie et compagnie de journalistes professionnels.
C'est très respectable, sauf qu'ils ne font plus le travail d'information générale et politique. Et ça, on est très peu à le faire, finalement. Il y a très peu de gens qui le font.
Tu rajoutes les éléments de langage, le storytelling, là, pour le coup, imprimés par les journalistes politiques, généralement, avec peu de culture politique. Donc, ils accompagnent, tu as les commentateurs ou les présentateurs sur BFM qui se tournent vers toi et disent « Qu'est-ce que vous pensez de l'extrême-gauche de Mélenchon ou de l'extrême-gauche de François Hollande ? » Ça devient de plus en plus ridicule.
Mais ça devient de plus en plus ridicule. On est, quand on ose encore appuyer sur le bouton de la télévision sur ces chaînes-là, on est de plus en plus effaré. Ça fait des mois que je regarde très peu les chaînes d'information pour ma santé mentale.
Mais le problème, c'est qu'il y a plein de Français encore qui ne sont pas politisés de cette manière-là. Alors, il y en a qui le sont. Il y en a qui sont politisés de différentes étiquettes, d'ailleurs.
Mais, oui, par rapport à ce que tu dis, il y a une forme de lassitude et de l'impression de se battre un peu contre des moulins avant. mais vraiment, parce que là, je parle du public, ça, à la rigueur, ils ont, on va dire, un salaire à avoir à la fin de la...
Enfin, ils ont leur famille, ils n'ont pas de temps et donc, ils ne peuvent pas forcément toujours s'informer et ça, je le comprends tout à fait. Mais les leaders d'opinion, les responsables politiques, y compris à gauche, de toute la gauche, d'ailleurs, je suis frappé de voir que finalement, ils ont un rapport à l'information, y compris sur la Macronie, assez faible. Et donc, généralement, ils ont eu du mal à anticiper, y compris les décisions erratiques d'Emmanuel Macron parce qu'en fait, ils l'ont toujours sous-estimé au regard de la profondeur, de l'aspect dysfonctionnel de l'ensemble du système de pouvoir qu'il avait instauré.
Alors, que pensent les milieux d'affaires très connectés historiquement à la Macronie de sa décision de dissoudre ? Est-ce qu'ils pensent déjà à un plan B, à un Macron de rechange, si on peut parler ainsi ? Alors, quand on parle des milieux d'affaires, il y a plusieurs archipels des affaires, pour parler comme Jérôme Fourquet.
Et donc, il y a les managers des grandes boîtes du CAC 40. Alors, eux, ils ont des fonds d'investissement, notamment anglo-américains, à leur capitale, où ils sont entre la Chine et les États-Unis. Eux, ils sont effondrés par la décision.
Ils pensaient qu'ils allaient pouvoir faire des Jeux olympiques à un Davos, avec les loges dans le Stade de France, les coupes de champagne, les palaces parisiens. Donc, eux, ils sont totalement effondrés par la décision d'Emmanuel Macron. Mais, ces milieux-là d'affaires avaient déjà lâché Macron.
Ils pensaient déjà à l'avenir. Je parlais tout à l'heure de Gabriel Attal, Édouard Philippe, qui a été au groupe Bildelberg à deux reprises depuis 2023. Groupe Bildelberg, groupe occidentaliste par excellence, de lien entre l'Europe et les États-Unis pendant la guerre froide et qui a perduré.
Donc, bien évidemment, ces milieux d'affaires notamment internationaux, notamment anglo-américains, ça fait longtemps qu'ils ont lâché Macron. Même si, là, c'est pareil, si on lisait The Economist ou si on lisait le correspondant, le chef du bureau du New York Times à Paris, Roger Cohen, ils étaient encore dans la Macronolatrie et le côté Macronania. Mais en fait, c'était des rares cas qui avaient été traités d'ailleurs par l'ancien conseiller de communication de Emmanuel Macron entre 2022 et 2023 qu'on n'a pas assez présenté comme venant du groupe Murdoch, dans le genre groupe médiatique conservateur et manipulatoire.
C'est pas mal. Et donc, ces milieux d'affaires, ils avaient déjà lâché Macron et comme je le dis, ils s'étaient déjà intéressés à d'autres alternatives possibles. Et ce qui a énervé Macron.
Ce qui a énervé Macron. Deux, il y a les groupes familiaux propriétaires de médias, donc Bolloré, Arnaud, Dassault. Pareil, ils étaient en train de se rapprocher de différents candidats.
Bolloré, on dit qu'il a les yeux de Chimène pour Jordan Bardella. Oui, alors, il y a Jordan Bardella mais il avait des yeux et il les a toujours pour Gabriel Attal par exemple. Alors, voilà Gabriel Attal comme je l'ai dit.
Oui, oui. L'année dernière, de toute façon, il suffit de voir l'automne 2023. L'automne 2023, il suffisait de voir les covers, les couvertures du journal du dimanche pour comprendre très clairement que Gabriel Attal était soutenu, on va dire, par le groupe Bolloré.
J'y vais à la lâche quand je dis ça. Mais Gabriel Attal avait plutôt le soutien du groupe Bolloré. Gérald Darmanin.
L'été. Et Gérald Darmanin d'ailleurs a cru avoir le soutien de Bolloré. Et en fait, à l'automne, il y a eu une sorte de mouvement général de ces grands groupes de médias, de grands milliardaires, y compris Bernard Arnault également, Les Echos et autres.
Et donc, il y a différents canaux qui ont été agrégés et ils se sont mis d'un tout, ils sont totalement mobilisés auprès de Gabriel Attal. D'où l'Atalmania, d'où l'arrivée triomphale de Gabriel Attal à Matignon alors qu'il ne souhaitait pas venir à Matignon parce qu'il savait que ça allait être un piège. Donc, d'où l'impression de saturation de l'espace autour de Gabriel Attal.
Après, il y a un autre élément par rapport à ce que tu dis et qui est important. C'est deux choses. C'est le fait que Marine Le Pen a essayé depuis 2022 et 2017 de se respectabiliser par rapport au milieu d'affaires.
Elle a essayé de multiplier les rendez-vous auprès des dirigeants économiques. Pas toujours avec succès, mais en tout cas, elle a fait ce travail-là. Je sais par des conseillers de Marine Le Pen ou en tout cas de l'entourage qu'en fait, le niveau de son entourage économique tant au niveau des conseillers que de ses réels soutiens dans la sphère économique sont en fait de bas niveau et finalement, ce n'est pas massif.
C'est-à-dire que dans les articles de presse qui sont passés sur le fait que le patronat basculait, il y a un certain patronat qui bascule. C'est en fait le petit patronat. C'est les PME, PMI. ce patronat-là, oui, il est de plus en plus inspiré par le discours extrême-droitier.
C'est vrai. Le CAC 40, c'est autre chose. Et les grandes familles, oui, il y a des instrumentalisations.
Tu parlais de Jordan Mardella avec Bolloroy, mais tu vois bien qu'en fait, il joue plusieurs oeufs en même temps. Enfin, il a plusieurs oeufs dans le même panier, comme on dit. et c'est le cas pour les autres milliardaires.
C'est y compris le cas pour Xavier Niel, en fait. Donc là, ils sont plus dans l'opportunisme. De toute façon, eux, c'est d'abord leur pomme et leur tronche qui comptent d'abord.
Et les responsables politiques essayent d'ailleurs de jouer avec ça. Une petite confidence. François Hollande, qui n'a toujours pas abandonné l'idée de revenir lui aussi, décidément.
On se croirait en Italie avec Berlusconi, tout le monde veut revenir. Et donc, François Hollande, par exemple, a participé à un dîner il y a quelques semaines en présence de Bernard Arnault. François Hollande était assis à côté de Bernard Arnault.
Et François Hollande a testé Bernard Arnault sur l'hypothèse de l'arrivée du Rassemblement National au pouvoir. Sur l'idée, ça ne sera pas bon pour vos affaires parce que ça va mettre un sacré coup à l'image de la France. Bon, je ne sais plus quelle a été la réponse de Bernard Arnault.
Il n'a pas répondu par l'affirmative ni par la négative. Il est resté, on va dire, dans l'ambiguïté protectrice. Mais Bernard Arnault, il ne faut pas avoir beaucoup de...
Il faut plutôt avoir de la crainte dans le sens où il était en contact direct avec Trump et avec Xi Jinping en Chine. C'est quelqu'un qui est au-delà de la France. Il est ailleurs d'une certaine manière.
Donc, le mouvement de radicalisation et de populisme d'extrême droite qu'on connaît sur le plan international, bien évidemment que les forces capitalistiques et les dirigeants économiques vont préférer toujours le Rassemblement national ou l'extrême droite à la gauche. Et c'est ça à quoi on assiste aujourd'hui. Mais c'est fait d'une manière peu coordonnée, un peu dans la chienlit totale, l'urgence totale, je veux dire, de ce côté-là.
Voilà ce que je peux dire. En fait, une petite question en insise avant d'aller à ma dernière question. Et Nicolas Sarkozy dans tout ça, à un moment donné, on l'a présenté comme une des éminences grises d'Emmanuel Macron.
Est-ce qu'il est dans le coup ? Est-ce qu'il est toujours proche d'Emmanuel Macron ? Alors Nicolas Sarkozy, dernièrement, interview au JDD il y a quelques jours où il lâche Macron, où il dit qu'il ne comprend pas la dissolution, que c'est une mauvaise idée.
Bon, je ne vais pas revenir sur les relations très compliquées entre Emmanuel Macron et Nicolas Sarkozy, sur les instrumentalisations réciproques, sur le fait que Nicolas Sarkozy a voulu avoir le soutien ou en tout cas un semblant de protection d'Emmanuel Macron notamment par rapport à ses dossiers judiciaires. A l'inverse, Emmanuel Macron a largement instrumentalisé Nicolas Sarkozy dans son rapport à la droite, sa volonté de fragmenter la droite traditionnelle. Bon, ça, ça s'est connu.
Les réseaux sarkozistes, ça, je l'avais documenté. Toute la Sarkozy de l'ombre qui s'est mise au service de la Macronie, ça, je l'avais documenté. Qui a été au pouvoir pendant cette année.
Et qui a été au pouvoir cette année. Ça, je suis tout à fait d'accord. Nicolas Sarkozy, on a beaucoup parlé de lui notamment sur les dossiers de contrôle des médias.
Le dossier Lagardère, le rachat par Bolloré. Effectivement, historiquement proche de Bolloré, il est revenu à des activités d'avocat d'affaires d'intermédiation dans le milieu du business ces dernières années. On dit de lui que c'est lui qui a fait l'intermédiaire entre Vincent Bolloré, Arnaud Lagardère, Bernard Arnault sur le dossier Lagardère.
Ce qu'il faut savoir, c'est deux choses. C'est que finalement, son rôle s'est amenuisé depuis deux ans. C'est-à-dire, ça a moindri.
C'est-à-dire que, en fait, comme les canaux de communication ont été rétablis, notamment entre Bolloré et la Macronie, entre Bolloré et l'Elysée, alors que c'était la guerre entre les deux, à fur et à mesure de la réconciliation, la grande réconciliation entre le groupe Bolloré et l'Elysée, en fait, les deux parties n'avaient plus besoin de Nicolas Sarkozy pour passer les plats, pour organiser les déjeuners ou les dîners. Donc, en fait, quand, par exemple, Libération explique que le gouvernement de Gabriel Attal et le gouvernement de Nicolas Sarkozy, non, le gouvernement de Gabriel Attal, c'est d'abord le gouvernement de Brigitte Macron dans tous les ministres. Le gouvernement de Nicolas Sarkozy, il est apparu avec Jean Castex en juin 2020, donc très tôt.
Là aussi, on va dire, en termes d'analyse, c'est très tôt qu'il aurait fallu faire cette analyse. En fait, l'influence de Nicolas Sarkozy n'a cessé de baisser parce que justement, les grands patrons qui étaient dans son giron ont fini par se rabibocher plus ou moins avec Emmanuel Macron depuis 2022, d'une certaine manière. En tout cas, les canaux de communication sont redevenus directs entre Emmanuel Macron et notamment Vincent Bollard.
Mais quand tu dis que c'est le gouvernement de Brigitte Macron et pas le gouvernement de Nicolas Sarkozy, c'est assez difficile à visualiser dans la mesure où Nicolas Sarkozy est une figure politique centrale de la vie politique française. Mais Brigitte Macron n'a jamais été une figure politique. Elle a toujours été la femme d'Emmanuel Macron.
C'est le faux semblant et l'incompréhension par rapport à ce qu'est la Macronie. C'est que depuis sept ans, dans les aspects dysfonctionnels, et même s'il y a eu des démentis par rapport à des faits relatés par différents journalistes et pas uniquement moi, à l'Élysée, l'elle madame comme les journalistes politiques l'ont dénommée, et Brigitte Macron a eu un poids politique, une influence politique dans certains choix de ministres et pas uniquement sur l'éducation nationale, pas uniquement parce qu'elle était proche à un moment donné de Blanquer ou qu'elle a été proche de Gabrielle Attal. L'arrivée par exemple au gouvernement de Rachida Dati, on lui doit.
Rachida Dati est très proche de Brigitte Macron originalement. C'était des déjeuners, enfin, elles ont multiplié les déjeuners avec leur amie commune Yamina Bengui, le dimanche par exemple. Il faut voir, c'est une petite famille tout ça.
On n'est pas dans de la politique traditionnelle habituelle. On est plutôt dans un fonctionnement de clan quasiment, de clan familial. On parle du clan Le Pen, du clan familial Le Pen.
Là, on est dans le clan Macron, si tu veux. Et donc, en réalité, Brigitte Macron a eu une influence politique. Et d'ailleurs, sur le début de ce songon septennat, pour rajouter dans le bordel, je parlais de bordelisateur en chef, ce qu'il faut savoir, c'est qu'en mai 2022, bon, là, on est dans de la popole politique-politicienne, comme disent les spécialistes, sauf que c'est quand même important.
En mai 2022, j'annonce que, sur Twitter, que Catherine Vautrin, donc, présidente de la commune des agglomérations de Reims, étiquette UMP, allait être nommée à Matignon. Et j'annonçais ça un vendredi soir. Catherine Vautrin avait déjeuné avec le président de la République le jeudi.
À la suite de ce déjeuner-là, Brigitte Macron s'est présentée à Catherine Vautrin et donc, il y a eu une conciliabule à trois. Ça, c'était cette fameuse semaine un peu folle. Le week-end, Alexis Collère à l'Élysée, qui ne souhaitait pas du tout voir Catherine Vautrin, première ministre, a organisé la fronde, notamment avec ce qu'on a appelé l'aile gauche de la Macronie, avec les poids lourds, les vieux briscards de la Macronie, Richard Ferrand, François Bayrou.
Notamment en lui attrapant le tailleur, si on peut dire, au sujet...
Au sujet de la manif pour tous, en disant que...
Là où, quand on voit ce que le maître raconte maintenant...
En disant que Catherine Vautrin était homophobe, ces mêmes personnes n'étaient nullement dérangées par les positions rétrogrades, par exemple, de Gérald Darmanin au moment de la manif pour tous. Tout ça, tout le monde a oublié. Mais là, en l'occurrence, il fallait taper contre Vautrin l'hypothèse Vautrin.
Et là, ce qui s'est passé, c'est que, finalement, Alexis Collère a réussi à imposer son choix. Et c'est ça, ce qui s'est passé. Déjà, son choix, c'était Elisabeth Borne, c'est-à-dire une techno issue du giron du PS.
Parce que, dans l'écosystème macronien, les techno issues du PS, notamment venant de Bercy, venant des postes ministériels et des cabinets sous le quinquennat Hollande, ont été largement traités par Alexis Collère, en fait. Ce qui fait que tous ces milieux-là techno-technocratiques aux fonctionnaires dans le giron du PS, en fait, ou qui étaient entre Édouard Philippe et le PS, on va dire ça comme ça, le cercle de la raison, n'ont jamais tapé du sucre contre Alexis Collère, parce que c'était leur porte d'entrée dans le pouvoir. Ce qui s'est passé à l'époque sur Catherine Vautrin, c'était la stratégie Sarkozy, d'une certaine manière, même si le choix de Vautrin était plutôt celui de Borloo, d'une certaine manière, enfin, de Borloo solaire.
L'idée, c'était de faire une alliance avec l'UMP au Parlement sur une éventuelle coalition aux législatives 2022. Finalement, c'est Elisabeth Borne qui a été choisie. On connaît la suite de l'histoire.
La Macronie n'a pas réussi à avoir de majorité aux législatives en 2022. Donc, finalement, pour Alexis Collère et Emmanuel Macron, ça a été une victoire, la pyrus. Pendant deux ans, Elisabeth Borne a gouverné sans majorité et donc à coups de 49-3.
Et donc, la décision de nommer Gabriel Attal à Matignon, ça s'est fait, je l'expliquais tout à l'heure, ça s'est fait contre Collère. Et donc, c'est pour ça que je disais un peu rapidement, certes, et surtout pour les non-initiés que c'était le gouvernement principalement de Brigitte Macron. D'où, pour te répondre, la question sur Bruno Roger Petit, pourquoi Bruno Roger Petit est devenu tellement important, notamment dans les journaux, depuis six mois, parce que Bruno Roger Petit qui est là depuis sept ans, en fait, mécaniquement, et là, je fais vraiment, c'est comme si je faisais le Vaticanologue, tu parlais de Macronologue, mais en fait, mécaniquement, ce qui s'est passé ces derniers mois, c'est qu'Alexis Collère a perdu son pouvoir à l'Élysée au bénéfice de ce qu'on a appelé l'El Madame.
Donc, quelque part, Bruno Roger Petit. Dernière question, parce qu'on va s'arrêter. Est-ce que l'État global, la Macronie, laisse à penser qu'il aura assez de ressources et de soutien pour terminer son mandat si la bérésina électorale que les sondages annoncent se concrétisent dans les urnes ?
Il y a Pierre Mazot, une des figures de la Chiraki, qui explique qu'il n'y aura pas d'autre choix que de démissionner. Alors, là, on en revient à tes questions précédentes, c'est-à-dire quitte de sa transgression par rapport au cadre constitutionnel et est-ce qu'il est responsable vis-à-vis de sa fonction ? C'est-à-dire, est-ce qu'il est garant des institutions ?
Est-ce qu'il est le président de tous les Français ? S'il est garant des institutions, il est obligé de démissionner d'une certaine manière parce qu'il aura perdu toute légitimité politique d'une certaine manière. Et d'ailleurs, les élections législatives, il fait tout comme si, d'une certaine manière, il n'y a qu'à voir sa lettre aux Français, enfin, sa lettre, qui est d'abord sa lettre à lui avant d'être sa lettre aux Français.
Et j'ai un contact dans la Macron, enfin, un ancien contact, enfin, un contact anciennement dans la Macronie qui me disait qu'il transforme les élections législatives en référendum pour ou contre Macron. Il focalise tout sur sa personne. Donc la question se pose à un moment donné.
Et j'ai plein d'acteurs politiques qui m'évoquent l'idée que s'il se prend une tôle pour parler vulgairement, après le 7 juillet, il serait obligé de démissionner. Dans la logique de la Constitution de la 5e République, au sens où l'entendait le général de Gaulle qui avait autrement un autre parcours, c'est ça qui devrait, enfin, qu'il devrait sous-entendre les prochaines décisions du président de la République. C'est ce que disait Pierre Mazot.
Mazot. Voilà. Chirakien, gaulliste historique.
Voilà. Ancien président du Conseil constitutionnel. Il est dans cette lecture de la Constitution.
Malheureusement, je ne suis pas sûr qu'Emmanuel Macron soit à la hauteur de cette lecture de la Constitution. Merci, Marc Andevel. Je rappelle que tu es journaliste, grand reporter au service Enquête de Marianne et auteur de nombreux livres d'enquêtes sur Emmanuel Macron.
Merci à vous d'avoir suivi cette émission. Nos programmes se poursuivent ici même à cette antenne que vous nous suiviez dans le flux 24-7 de YouTube ou sur le canal 350 de la Freebox. de la Freebox.
Emmanuel Macron