Hausse de l'antisémitisme et de l'insécurité après le viol d'une enfant de 12 ans - Bruno Retailleau est l'invité du 20 juin 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour et bienvenue dans Les 4V, Bruno Retailleau. Bonjour Thomas Soto. L'actualité nous ramène une nouvelle fois à un drame sur fond d'antisémitisme, puisqu'une adolescente de 12 ans en région parisienne de religion juive a été violée après avoir subi des violences antisémites. Les auteurs sont âgés de 13 ans, ils sont en détention provisoire. Mais que se passe-t-il dans ce pays pour qu'on en arrive régulièrement à des atrocités pareilles ?
C'est à vomir et ce que vous venez de citer, c'est absolument abominable. Et vous avez là, en réalité, la concentration des deux mots qui sont en train de ronger les entrailles de la France. La haine des juifs, l'antisémitisme. Je veux rappeler que sur le premier trimestre, 300% de plus. Plus 300% ? Énorme, énorme. Une explosion des actes anti-juifs, antisémites. Et l'autre mal, c'est l'ultra-violence des jeunes. Il va falloir beaucoup plus qu'une heure de sensibilisation que le président de la République a décidé.
C'est pas une bonne idée, ça, pour les collèges et pour les primaires, dès la semaine prochaine ?
C'est du placebo. Pourquoi pas ? Mais c'est dérisoire. C'est mieux que rien, quand même, non ? C'est dérisoire. C'est dérisoire.
Mais il faut faire quoi, alors ?
Je pense qu'il va falloir remettre à plat notre politique pénale pour les mineurs. J'ai préparé, pour le Sénat, une proposition qui sera une révolution pénale, pour mettre, en réalité, en ligne, la réponse pénale que nous devons adapter à la violence des mineurs. Il faudra aussi l'école...
Non, mais là, en l'occurrence, il y a une réponse pénale, puisque les deux auteurs ont été interpellés et ils sont en détention provisoire.
Bien sûr, mais plus généralement. J'essaie, il y a un cas, mais vous voyez bien que ces actes d'ultra-violence concernent beaucoup de jeunes en France. Et il faut y répondre, parce que beaucoup, vous savez qu'avant 13 ans, vous n'êtes pas responsable. Vous avez l'excuse de minorité. Vous avez une majorité pénale. C'est tout cela qu'il va falloir revoir. Il y a l'école, bien sûr, mais par-dessus tout, il y a aussi les familles. L'école, on demande trop à l'école. On demande beaucoup à l'école en France. On a raison de le demander. Mais franchement, l'école... On lui demande trop, mais on ne lui donne pas assez de moyens pour faire ça. Ce n'est pas un problème de moyens. Arrêtons.
La France est au bord de la faillite. On n'a pas les moyens. Simplement, par exemple, en matière de justice, en matière de sécurité, la question, ce n'est pas un problème de moyens. C'est un problème de courage. C'est un problème de révolution pénale. Et je pense, encore une fois, je pose le problème. Qu'est-ce que les parents de ces jeunes garçons leur ont appris ? Avec quel lait ils les ont élevés pour les conduire, finalement, à ce type d'actes ? Et donc, vous sanctionnez les parents ? S'il le faut, oui. Mais vous voyez bien que l'école, sans la famille, sans alignement avec l'éducation familiale, n'y peut rien.
Donc, c'est tout ce bain-là qu'il va falloir transformer en étant intraitable. Intraitable sur l'antisémitisme. Pardonnez-moi, je relis l'actualité politique, mais quand je vois, notamment, l'extrême-gauche française, qui fait le lit de la...
Jean-Luc Mélenchon, qui parlait d'un antisémitisme résiduel, mais qui a condamné fermement à ce qui s'est passé.
Je sais, il l'a condamné. Mais regardez ce qui s'est passé. Moi, je me souviens très bien qu'il y a le bon pivet avec Jacques Larcher. Le 12 novembre dernier, bien sûr, une marche contre l'antisémitisme. J'avais regretté à l'époque que le président de la République n'y participe pas. Mais il y a eu un déchaînement après le 7 octobre. Et les actes d'atrocité anti-juifs du 7 octobre ont été justifiés, malheureusement, y compris par M. Poutou, du NPA, qui est l'allié du Front de Gauche. Donc, il y a une complicité qu'il faut dénoncer. Une complicité, c'est un mot fort. Mais il y a une complicité entre l'antisionisme et l'antisémitisme.
Souvent, malheureusement, sur cette extrême gauche-là, l'antisionisme, c'est le masque, finalement, de l'antisémitisme.
On va parler des élections législatives. Et ma première question sur le sujet est extrêmement simple. Si je décide de voter LR le 30 juin, je vote pour qui ?
Vous votez pour la droite indépendante.
Ou je vote pour Jordan Bardella. Vous votez... Ah, non, non, je vois votre question. Ma question, c'est qu'il y a des affiches, il y aura des candidats, il y aura marqué LR, ça sera un vote LR loin de Bardella. Et il y aura des affiches LR, ça sera un vote LR allié de Bardella.
Non, alors, je vais vous répondre. C'est qu'Éric Ciotti, lorsqu'il a fait déposer leur candidat, qui s'est allié avec M. Bardella, dans notre dos, secrètement, qui se fait absorber d'ailleurs par le Rassemblement National. Il n'y a pas d'alliance, c'est une absorption. En préfecture, puisqu'il n'était pas sûr de lui, il a demandé à ses candidats de ne pas mettre le mot LR et de ne pas rattacher le financement public à LR, mais à son parti personnel.
C'est-à-dire que partout, il y aura des affiches LR, ça sera le LR hors Ciotti ?
Bien sûr, absolument. C'est ce que je veux clarifier ce matin. Les choses doivent être très, très claires. Nous sommes une droite indépendante et nous voulons porter des idées qui sont assez simples, dont a besoin la France. Pour se redresser, la France, elle a besoin d'un sursaut en matière civique, en matière d'ordre public. Et ça, ni M. Macron, ni à plus forte raison, l'extrême-gauche ne peuvent l'apporter. Mais on a besoin de redresser la France sur le plan économique. Et ce n'est pas le programme de M. Bardella, qui est très proche de celui de l'extrême-gauche, qui va redresser.
Il a mis beaucoup d'eau dans son vin, M. Bardella. Il ne cesse de reculer. Mais ils mettent de l'eau dans leur vin. Il est soucieux de la bonne gestion des finances publiques, comme vous ? Il ne veut pas remettre en cause des engagements internationaux de la France, comme vous ? Il ne serait pas en train de devenir politiquement fréquentable pour vous ?
Mais c'est une girouette. Mais c'est une girouette, Mme Le Pen. Elle a changé d'avis sur tout. Sur l'Europe, sur l'euro, sur Schengen. Regardez, lorsque, au Sénat, courageusement, on avait voté la contrepartie de 15 heures d'activité pour le RSA. Elle s'y est opposée. La réforme des retraites pour garantir le pouvoir d'achat aux retraités, pour mettre plus de travail dans la machine économique... Non, non, non. Ils ont indiqué qu'ils l'abrogeraient. Simplement, ils feront des carrières longues. Mais n'ont-ils pas compris qu'il y a déjà 4 bornes d'âge avec les carrières longues ? Quand vous êtes, par exemple, avant 18 ans, vous pouvez partir à 58 ans. Déjà !
Donc, il ne faut pas raconter n'importe quoi aux Français. Où on veut préserver les retraites ou pas. On ne peut pas préserver le pouvoir d'achat des retraités si on ne bouge pas, justement, en matière de réforme de retraite.
Il faut aller plus loin encore sur la retraite ? Il faut repousser l'âge de départ, au-delà de 64 ans ?
On l'a fait à 64 ans. Je pense qu'un jour ou l'autre, il faudra sans doute introduire, comme pour les fonctionnaires d'ailleurs, qui est déjà le cas, une retraite par capitalisation, mais qui soit solidaire et progressive.
Je voudrais qu'on reparle de vous. Est-ce que vous arrivez à regarder droit dans les yeux, Bruno Retailleau, ceux qui ont voté pour vous le 9 juin lors des élections européennes ? Ah oui, ça oui. Et qui se retrouvent complices du RN, malgré eux ? Et quels ? Tous ceux qui ont voté les Républicains, sans penser qu'il y aurait le lendemain une alliance avec le Rassemblement national.
Thomas Soto, franchement, ce n'est pas moi. Vous ne pouvez pas me reprocher cela. Je ne me reproche pas, je vous demande comment vous vivez tout ça. Éric Ciotti, dans notre dos, secrètement, pour une tambouille politique qu'il habille aujourd'hui d'une sorte de geste héroïque, historique. Mais la réalité, c'est quoi ? C'est qu'en secret, le chef de notre parti, dans notre dos, dans le dos de ses troupes qui vont monter au front, sur la mitraille.
Sans secret, votre tête de liste, François-Xavier Bellamy, a dit qu'en cas de deuxième tour entre la gauche et le Rassemblement national, il voterait pour le Rassemblement national aux législatives.
Oui, mais parce que, dans la question qui lui était posée, simplement, la question du second tour, c'est le piège même, ce genre de question. Ce genre de question, on n'a pas à y répondre avant le premier tour. Les choses sont claires. Et François-Xavier aussi, je suis désolé, il a été courageux. Il n'a pas suivi Éric Ciotti. Pas du tout. Parce que ça ne correspond pas, d'abord, à l'orientation de notre parti. Enfin, un homme seul ne peut pas prendre en otage tout un mouvement politique. On n'est pas dans une dictature. Je sais bien que M. Poutine a reçu le dirigeant de la Corée du Nord, mais on n'est quand même pas en Corée du Nord.
Un homme seul ne peut pas emmener tout un mouvement associatif et politique dans une direction, alors que nous s'y sommes opposés radicalement.
Regardez cet homme-là. Regardez et dites-moi ce qu'il doit se dire là où il est aujourd'hui, quand il regarde votre famille politique, qui était la sienne.
Écoute, je ne fais jamais parler les morts, bien évidemment. Mais à l'époque, Jacques Chirac s'était opposé au second tour en 2022. C'était le fameux 21 avril, bien sûr, au Rassemblement National. Mais vous savez, moi, j'étais fier. Le jour, même à la minute où j'apprends, j'étais en réunion de groupe mardi dernier, ce rallumant, ce basculement, cette magouille politicienne. Je fais voter mon groupe de sénateurs. Et à l'unanimité, mes sénateurs m'ont dit non. Nous, on reste notre droite à nous. C'est une droite indépendante. Pourquoi ? Parce que la France en a besoin.
Encore une fois, nous sommes les seuls à porter un message de fermeté sur le plan régalien, mais aussi de redressement économique par le travail, par la dignité dans le travail. Ce que ne fait pas le Rassemblement National. Le Rassemblement National a toujours justifié d'ailleurs les syndicats lorsqu'il fallait toujours travailler moins, avec toutes les facilités de l'assistanat par ailleurs.
J'ai trois questions par oui ou par non parce qu'il est important de sortir de l'ambiguïté. Il n'y aura peut-être pas de majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Est-ce que vous seriez prêt à discuter d'une coalition avec le nouveau Front populaire ? Oui ou non ?
Non, mais attendez. On ne va pas répondre par oui ou par non par des questions complètes. Bien sûr que non. Avec le Rassemblement National. Le Front populaire, attendez, c'est Thomas Soto. Le Front populaire, c'est le Front de la honte. Je viens de m'exprimer, il y a quelques instants, sur l'antisionisme. Voilà. M. Poutou, le NPA, qui a justifié les actes abominables où des enfants, des bébés ont été découpés, des femmes enceintes ont été éventrées, il les a qualifiés d'actes de résistance et non pas d'actes de terrorisme. J'entends que vous dites. Et il est dans le Front de Gauche et vous voudriez qu'on dirige avec le Front de Gauche ?
S'il n'y a pas de majorité le 8 juin...
Mais il n'y a pas de majorité, mais il y a toujours des convictions qui restent en politique. La politique, ce n'est pas l'arithmétique.
Est-ce que vous seriez prêt à participer à une coalition ou est-ce que chacun va bouder dans son coin et le pays va être paralysé ?
Il ne s'agit pas de bouder, il s'agit de convictions. Je ne gouvernerai pas, évidemment, avec des gens qui ne portent pas les mêmes convictions que moi.
Et avec les macronistes, vous pourriez vous entendre ?
Mais la question... Écoutez-moi bien. Si nous sommes partis courageusement, c'est difficile aujourd'hui, vous savez, pour avoir une droite indépendante. C'est parce que nous récusons la tripartition. Deux ailes qui sont radicales, un bloc central, le bloc macroniste. Deux ailes radicales, Rassemblement National, Front de Gauche. Ça, ça va être l'explosion. Et ça va exploser. Moi, je suis pour qu'on revienne à une démocratie plus apaisée. Ce n'est pas pour aller m'associer avec les uns ou avec les autres. Si je veux préserver notre chance demain, parce que les Français voudront sortir de cette espèce de tripartisme. C'est la guerre des blocs. On est dans la guerre des blocs aujourd'hui.
Vous revenez nous voir après le deuxième tour.
Mais Thomas Soto, vous savez très bien que quand vous m'invitez, j'y reviens. Écoutez, la politique, ce sont des convictions. C'est ce que je veux faire passer simplement. Le chemin est difficile pour nous aujourd'hui. Mais je pense qu'on porte des convictions qui sont nobles. Et surtout, on ne les trahit pas.
Merci et bonne journée à vous, Bruno Retailleur. Merci à vous. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
Bruno Retailleau