Corinne Lepage est l'invitée de RTL
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:29OuverteRéponse directe
Si Monsanto est condamné, c'est un tournant, Corinne Lepage ?
- 1:14ComplaisanteRéponse partielle
Vous êtes avocate et vous avez beaucoup de victimes qui viennent vous voir.
- 1:21OuverteRéponse directe
Si Monsanto n'est pas condamné, ce serait une énorme victoire pour le groupe américain ?
- 2:14OuverteRéponse directe
Le problème, c'est qu'il existe encore un doute sur la dangerosité du glyphosate.
- 3:55OuverteRéponse directe
Le gouvernement français a renoncé à inscrire l'interdiction du glyphosate dans la loi, sous la pression des lobbies, selon vous ?
- 4:19ComplaisanteRéponse directe
L'argument, c'est de dire que les agriculteurs ne sont pas prêts, il n'y a pas d'alternative pour l'instant.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:35Invité politiqueFait
« C'est très important parce que ce serait la première fois qu'un tribunal officiel, si je puis dire, condamnerait Monsanto. »
- 1:01Invité politiqueFait
« nous avions organisé ce qu'on a appelé le procès Monsanto, qui était un tribunal composé de magistrats, mais en dehors de toute compétence légale, pour savoir si le comportement de Monsanto était correct ou ne l'était pas, notamment à l'égard de la santé humaine. »
- 1:11Invité politiqueFait
« soit avaient des enfants mal formés à cause du Roundup, soit souffraient de lymphome de Moshkinien ou de cancer. »
- 1:43Invité politiqueFait
« la sortie de tous les documents internes à Monsanto qui montrent très clairement ce que Monsanto savait. »
- 1:59Invité politiqueFait
« si Monsanto savait que son produit était toxique, cancérigère, génotoxique ou s'il ne le savait pas. »
- 2:20Invité politiqueFait
« il y a de plus en plus d'études qui vont toutes dans le même sens. »
- 2:41Invité politiqueFait
« C'est une technique parfaitement bien connue et bien huilée qui a été mise au point par les cigarettiers, par les producteurs d'amiante aussi et par les producteurs de toute une série de produits dangereux. »
- 4:40Invité politiqueFait
« Est-ce que c'est normal que dans les cheveux de nos enfants, on retrouve 30, 40, 50 traces de pesticides différents ? »
- 4:58Invité politiqueChiffre
« Pas énormément, je ne vais pas exagérer, pas énormément. »
- 6:05Invité politiqueFait
« Je travaille dans un univers extrêmement hostile. »
- 6:10Invité politiqueFait
« en dehors de la communication, il n'est pas du tout une priorité du gouvernement. »
- 7:39Invité politiqueFait
« ce que nous vivons maintenant, c'est les rejets que nous avons faits depuis 50 ou 100 ans. »
- 8:43Invité politiqueFait
« Disons que c'est un espoir, que c'est un but qu'il faut continuer à se donner, mais que nous ne l'appliquons pas. »
- 8:52Invité politiqueChiffre
« Nous sommes aujourd'hui peut-être à 30% des engagements qui auraient dû être tenus au jour où nous sommes, par rapport à l'accord de Paris. »
Temps de parole
- Corinne Lepage78 %
- Présentateur22 %
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Vous regardez RTL.
Il est 7h47, Jérôme Florin, vous recevez ce matin sur RTL, Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l'Environnement.
Bonjour Corinne Lepage. Bonjour. Le premier procès du glyphosate se termine en ce moment à San Francisco aux Etats-Unis. Un jardinier en phase terminale d'un cancer accuse Monsanto d'être responsable de sa maladie. Il a vaporisé pendant deux ans du Roundup, se désherbant à base de glyphosate. Le verdict est imminent. Si Monsanto est condamné, c'est un tournant, Corinne Lepage ?
C'est très important. C'est très important parce que ce serait la première fois qu'un tribunal officiel, si je puis dire, condamnerait Monsanto. Pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce qu'il y a deux ans, nous avions organisé ce qu'on a appelé le procès Monsanto, qui était un tribunal composé de magistrats, mais en dehors de toute compétence légale, pour savoir si le comportement de Monsanto était correct ou ne l'était pas, notamment à l'égard de la santé humaine. Et nous avons entendu des tas de témoignages de gens qui, soit avaient des enfants mal formés à cause du Roundup, soit souffraient de lymphome de Moshkinien ou de cancer.
On va y revenir parce que vous êtes avocate et vous avez effectivement beaucoup de victimes ou des gens qui se prétendent victimes en tout cas, qui viennent vous voir. Si Monsanto n'est pas condamné, en revanche, Corinne Lepage, ce serait une énorme victoire pour le groupe américain et ça risquerait sans doute de décourager tous ceux qui veulent l'attaquer ?
Ou non, je ne crois pas. Je vais vous répondre pourquoi. C'est qu'il y a actuellement des centaines de, voire même plusieurs milliers de procès qui sont en cours aux Etats-Unis dans d'autres Etats contre Monsanto qui ont donné lieu du reste à la publication de ce qu'on a appelé les Monsanto Papers, c'est-à-dire la sortie de tous les documents internes à Monsanto qui montrent très clairement ce que Monsanto savait. Parce que ce qui est au cœur du débat à San Francisco, c'est le point de savoir si Monsanto savait que son produit était toxique, cancérigère, génotoxique ou s'il ne le savait pas. Et donc, on a déjà, par ce premier procès qui est en cours, beaucoup d'éléments.
Et il y a d'autres pays dans le monde où des procès sont en cours.
Le problème, c'est qu'il existe encore un doute sur la dangerosité du glyphosate. Les scientifiques ne sont pas d'accord entre eux.
Enfin, il y a de plus en plus d'études qui vont toutes dans le même sens. Mais ce que révèlent les Monsanto Papers, c'est la manière dont Monsanto est arrivée à orienter la publication des papiers, à pouvoir créer des doutes. Parfois, ce doute n'est plus possible.
C'est une technique parfaitement bien connue et bien huilée qui a été mise au point par les cigarettiers, par les producteurs d'amiante aussi et par les producteurs de toute une série de produits dangereux qui consiste d'abord à nier que le produit est dangereux et puis ensuite à entretenir pendant des années et des années un doute pour éviter que le principe de précaution qui, justement, devrait éviter, ne puisse réellement s'appliquer.
J'ajouterais, j'ai créé, avec d'autres, puisque c'est une association totalement internationale, une association qui s'appelle Justice Pesticides, sur laquelle chacun peut aller, sur le net, où nous publions toutes les décisions qui sont rendues dans le monde en matière de pesticides. Et il y a aujourd'hui plus de mille décisions rendues dans le monde sur ce sujet. Ne nous concerne évidemment pas tout Monsanto et le Rondop. Mais néanmoins, elles sont extrêmement nombreuses.
C'est-à-dire que dans le monde entier, vous avez des gens, que ce soit des agriculteurs, des voisins de gens qui utilisent les pesticides, des chercheurs qui ont fait des procès à des firmes, Monsanto et d'autres, précisément pour la dangerosité de ces produits.
Corinne Lepage, le gouvernement français a renoncé à inscrire l'interdiction du glyphosate dans la loi, sous la pression des lobbies, selon vous ?
Très probablement, parce qu'il n'y a aucune raison de ne l'avoir pas fait et de venir dire que de toute façon, on le fera tout en refusant de l'inscrire dans la loi, n'a aucun sens.
L'argument, c'est de dire que les agriculteurs ne sont pas prêts, il n'y a pas d'alternative pour l'instant, ça peut s'entendre. Puisque l'interdiction sera inscrite dans la loi dans trois ans, d'après le gouvernement. Il s'y engage.
La loi, elle vient d'être votée, rien ne nous dit qu'on aura une autre loi dans trois ans. Vous voyez, c'est attendez et continuez. Moi, je suis saisie de problèmes de gens qui vivent à côté d'étendages de pesticides massifs, pas encore forcément celui-là, mais beaucoup d'autres, et qui ont des problèmes avec les enfants. Est-ce que c'est normal que dans les cheveux de nos enfants, on retrouve 30, 40, 50 traces de pesticides différents ? Franchement, c'est tout à fait scandaleux.
Vous avez combien de personnes aujourd'hui qui viennent vous voir, qui se disent victimes du glyphosate, Corinne Lepage ?
Pas énormément, je ne vais pas exagérer, pas énormément, mais par justice pesticides, je peux vous dire que je vois ce qui se passe dans le monde entier. Nous avons un conseil d'administration avec des gens qui viennent d'Asie, des gens qui viennent de toutes les Amériques et d'Afrique. Donc, je commence à avoir une vue de ce qui se passe sur toute la planète. Et je puis vous dire que c'est un sujet qui préoccupe...
Et en France, il y aura un procès du glyphosate ?
Écoutez, très probablement, la justice pesticides vient de se porter aux côtés de la région Bruxelles-Capitale qui a attaqué la décision de la commission d'autoriser le glyphosate. Il y a au tribunal administratif de Lyon deux dossiers qui doivent sortir sur des autorisations données par l'ANCESC, qui est donc notre organisme de santé, sur des round-up récentes. Donc, on va bien voir ce qui va se passer. Et puis, il y a l'affaire Paul-François, qui est bien connue, qui est cet agriculteur qui a déjà obtenu satisfaction contre Monsanto pour un autre produit.
Corinne Lepage, on disait que vous avez été ministre de l'Environnement. Comment vous jugez le travail de votre lointain successeur, Nicolas Hulot ?
Je travaille dans un univers extrêmement hostile. C'est-à-dire ? C'est-à-dire qu'en dehors de la communication, il n'est pas du tout une priorité du gouvernement. C'est une priorité, ça se saurait. Et donc, je pense qu'il essaye de faire ce qu'il peut, mais malheureusement, c'est extrêmement modeste. Les résultats sont très modèles.
Il n'a pas les moyens de ses ambitions ?
Je ne crois pas. Mais ce n'est pas de sa faute. Enfin, je veux dire, ce n'est pas de sa propre volonté. C'est qu'il est dans un gouvernement qui ne le veut pas. C'est tout.
Il doit démissionner, selon vous ?
Écoutez, ça, c'est un autre sujet. Ça, le regard de lui. Je pense qu'il pense pouvoir agir de manière efficace. Et donc, il reste. Mais la question se pose, très probablement.
Il a quand même obtenu l'annulation de Notre-Dame-des-Landes.
Il faut mettre ça à son objectif. Oui, j'entends bien. Mais lui-même reconnaît que ce n'est pas forcément lui directement qu'il a obtenu. Beaucoup de raisons qui ont conduit au choix sur Notre-Dame-des-Landes. Bon, c'est important. Mais vous voyez, moi, je ne mets pas en équilibre Notre-Dame-des-Landes, le nucléaire et la santé humaine. Vous voyez bien que c'est des sujets de nature très différente.
Je rappelle, puisqu'il faut quand même le rappeler, que vous avez soutenu Emmanuel Macron à la présidentielle.
Tout à fait. Visiblement, il vous a déçu. Je l'ai fait de très bonne foi, en considérant que c'est un homme très intelligent, ce que je continuais à penser, et qu'il avait vraiment compris l'importance des enjeux. Et ça, maintenant, j'en doute.
Nous vivons un été de canicule. Corinne Lepage, en tout cas, l'épisode vient de se terminer. Il y a ces feux de forêt spectaculaires en Californie, au Portugal. Le pire est à venir ?
Très certainement. Parce qu'il faut bien comprendre que ce que nous vivons maintenant, c'est les rejets que nous avons faits depuis 50 ou 100 ans. Et que nous continuons à rejeter, non seulement nous continuons à le faire, mais nous accélérons l'importance des rejets. Et donc, nous nous trouvons maintenant confrontés à deux problèmes qui ont changé radicalement notre manière de vivre pour réduire massivement nos rejets. Et deuxièmement, nous adapter, parce que nous sommes entrés dans l'ère des règlements climatiques, que ça nous plaise ou que ça ne nous plaise pas. C'est une réalité.
Quand vous avez le cercle arctique qui brûle, que vous avez 40 degrés en Suède, que vous avez eu 50 degrés à Alger la semaine dernière, ces incendies de Californie d'une importance qu'on n'a jamais connue, et la canicule que nous avons vécue en France, qui est plus importante que celle de 2003, mieux gérée mais plus importante, eh bien, on voit bien que nous sommes entrés dans un nouveau monde, malheureusement.
Et l'accord de Paris signé il y a quelques années, qui a convenu de limiter la hausse de la température moyenne de la Terre sous 2 degrés, c'est une solution ou c'est pas une solution ?
Disons que c'est un espoir, que c'est un but qu'il faut continuer à se donner, mais que nous ne l'appliquons pas. Nous sommes aujourd'hui peut-être à 30% des engagements qui auraient dû être tenus au jour où nous sommes, par rapport à l'accord de Paris, dont la même lancée, même nous Français avons malheureusement augmenté nos émissions de gaz à effet de serre.
Merci beaucoup Corinne Lepage, avocate et ancienne ministre de l'Environnement, et donc peut-être bientôt avec vous un procès, le procès du glyphosate en France. Merci d'avoir été en ligne avec nous ce matin sur RTL. Bonne journée.
Corinne Lepage