Mayotte, immigration, gouvernement...L'interview en intégralité de Bruno Retailleau
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Il est 8h30 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Retailleau.
Bonjour Apolline de Malherbe.
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin et d'avoir choisi RMC et BFM TV. Vous êtes rentré hier soir de Mayotte et c'est d'ailleurs la première fois que vous répondez à une interview depuis la nomination de François Bayrou. Vous êtes le personnage pivot de ce gouvernement. Est-ce que vous resterez ministre ? De très nombreuses questions à vous poser ce matin. Mais évidemment Mayotte, vous en revenez. Qu'avez-vous vu ?
J'ai vu ce que vous avez pu voir aussi dans vos images, dans les reportages, une île qui est totalement dévastée. Des dégâts qui sont absolument colossaux. Ce qui m'a le plus frappé, puisqu'on a parcouru dans un premier temps l'île avec un hélicoptère pour nous rendre compte un peu des dégâts, c'est ce contraste qui est saisissant entre d'un côté ces paysages totalement désolés, cette désolation, et en même temps lorsqu'on se pose, cette espèce de calme apparent, cette espèce de silence. J'ai vu finalement assez peu de personnes qui étaient au-delà de Mamoudzou. Donc c'est ce contraste qui est inquiétant.
Ce silence, il est particulièrement inquiétant. Où sont les gens ? Voilà des cris que posent tous ceux qui sont sur place. C'était relayé à ce micro hier par Fabien Roussel. Ils nous disent au téléphone où sont les gens.
Où sont les gens ? J'ai pris la décision il y a plus de 24 heures de faire venir une sous-préfète sur place. Elle aura cette mission d'enquêter, de recenser. De même que nous avons donné les instructions au préfet de Mayotte, je vais les saluer parce qu'ils sont admirals, les services de l'État sont vraiment admirables, d'envoyer de dépêcher dans chaque commune de l'île des gendarmes avec un questionnaire très précis pour enquêter et pour que d'ici quelques jours nous puissions avoir un bilan, mais surtout aussi pour qu'on puisse organiser plus rapidement possible des premiers secours.
Sur la question du bilan, est-ce qu'on peut esquisser un bilan ce matin ?
Non, non, ça ne sert à rien. Les 22 morts que je peux vous donner, qui sont le bilan tel qu'on me l'a rapporté, 45 blessés graves, les 1300 et quelques blessés plus légers, c'est un bilan provisoire. Ce que je peux vous dire, et ce que je crains d'ailleurs, c'est que le bilan soit lourd, que ce bilan soit bien trop lourd.
Quand vous dites bien trop lourd, on a parlé de plusieurs centaines, peut-être un millier, quand vous dites trop lourd, c'était des mots du préfet.
Je ne donnerai aucun chiffre parce que je ne sais pas, je ne sais pas, je n'ai pas inventé des chiffres.
On ne sait pas, et c'est ça évidemment qui est le plus fou dans cette histoire, une première nuit sous couvre-feu également. Est-ce que vous avez des nouvelles de cette nuit, des questions aussi de sécurité, de stabilisation ?
Le premier réflexe quand vous avez des catastrophes de cette ampleur, c'est trois priorités. La première priorité, c'est d'assurer l'ordre public et les premiers secours. Nous avons donné au préfet des instruments tout à fait exceptionnels, un cadre juridique exceptionnel. Dès le départ, je lui ai demandé, je l'avais appelé, dès samedi, pour que dès que l'alerte la plus chaude était passée, que les policiers, les gendarmes soient dans les rues pour garantir l'ordre public, pour ne pas ajouter du désordre au désordre. Et ça a été fait, deux gendarmes ont été blessés cette nuit, malheureusement comme c'est le cas trop souvent à Mayotte.
Blessés, ça veut dire blessés dans des affrontements ?
Par des projectiles, par des projectiles. Mais rien de, malheureusement, de ce qui dénote de la routine sur Mayotte, qui est une île en grande souffrance. Dans ce cadre juridique, il y a ce couvre-feu que le préfet a décrété. Et pour la première fois, je lui ai demandé d'utiliser l'article 27 de la LOPMI, qui concentre les mains, entre les mains du préfet, tous les pouvoirs de l'État. Il va avoir autorité sur tous les services de l'État. L'État est debout, c'est d'ailleurs sa fonction première, c'est même sa définition étymologique. Et je pense que la solidarité nationale, dans ce genre d'épreuve, elle prend tout son sens. Donc c'était la première priorité, les secours et l'ordre public.
La deuxième priorité, c'est assurer les besoins vitaux de la population en eau et en alimentation. Un stock de plus de 100 tonnes va être distribué de nourriture aujourd'hui. On assure un pont aérien chaque jour, plus de 20 tonnes de livraison, entre La Réunion et Mayotte, par l'aéroport. Des bouteilles d'eau, bien sûr, et puis aussi de la nourriture. La troisième priorité, c'est bien sûr toutes les grandes infrastructures, y compris l'hôpital. Je me suis rendu à l'hôpital. L'hôpital, désormais à l'électricité, fonctionne à peu près à 45 à 50 %. Un hôpital de campagne avec 100 lits, 90 personnels soignants, va venir le renforcer. Des dialysés ont été évacués de Mayotte vers La Réunion.
Donc nous nous organisons avec des ponts aériens, puisque la piste est sauve. En revanche, le système de balisage ne permet pas d'atterrir la nuit, mais très prochainement, on va pouvoir le réparer. Des équipes de la Direction Générale de l'Aviation Civile sont sur place. Du génie aussi militaire sont sur place. Un pont maritime avec des bateaux privés de CMA-CGM. Je veux remercier Rodolphe Sabé, que j'ai eu dimanche.
Ce sont les propriétaires de BFMT. Oui, mais peu m'importe.
Moi, ce qu'il me faut, c'est des gros porteurs, des portes-containers. Un va arriver dans les jours prochains, avec des tonnes et des tonnes, des centaines de tonnes de frettes.
Une mobilisation générale, mais pour que l'on comprenne bien de quoi il s'agit. Lorsque vous évoquez ces dialysés, il y a un peu plus d'une vingtaine de personnes qui ont besoin de dialyse quotidienne, qui ont effectivement été évacues à La Réunion et qui ont pu reprendre le cours de leur dialyse. Mais ce que disait le médecin ce matin, qu'on entendait sur RMC, c'est qu'il y en a au moins 58 autres qui sont, on le sait, des personnes qui ont besoin de dialyse quotidienne, dont ils sont sans nouvelles. C'est dire effectivement cet effroi et cette angoisse. Sans nouvelles.
Bien sûr, mais c'est la raison pour laquelle les sapeurs-pompiers, mais aussi le personnel. J'avais ce matin encore le maire de Mamoudzou, son personnel. Je connais bien le président qui est un ami, le président du département. Chacun est à sa tâche pour pouvoir débloquer les routes. Les grands axes depuis hier sont débloqués. Il reste des routes secondaires et notamment vers le nord de l'île. C'est ce qui permettra d'approcher au plus près de ces malades chroniques. Mais tout est mis en place. J'ai eu chaque jour, je fais au moins une à deux fois par jour le point, avec Sébastien Lecornu.
Nous avons le renfort de l'armée, deux navires militaires sont en route, notamment des navires, là encore, qui permettent d'avoir de gros emports.
Vous savez quand est-ce qu'ils arriveront ?
Oui, oui. Un, le premier, arrivera, je crois que c'est jeudi. Il y a le Marion du Champlain, le Marion Dufresne. Ensuite, on a un certain nombre de militaires, du génie, qui sont sur place. Les forces armées sont mobilisées. Je veux remercier, bien entendu, le ministre des Armées de sa mobilisation.
Vous avez dit à l'instant, Bruno Retailleau, qu'il s'agissait d'une île en très grande souffrance. Vous avez eu ces mots sur Twitter. Il faut déjà penser au jour d'après. On ne pourra pas reconstruire Mayotte sans traiter avec la plus grande détermination la question migratoire. Mayotte est le symbole de la dérive que les gouvernements ont laissé s'installer sur cette question. Il faudra légiférer pour qu'à Mayotte, comme partout sur le territoire national, la France reprenne le contrôle de son immigration. Est-ce que c'était le moment ?
Bien sûr que c'est le moment. Je me suis rendu dans une réunion improvisée où il y avait la population dans la mairie de Mamoudzou. Il y avait de nombreux élus de l'île. Il y avait le président du département. Et qu'est-ce que l'on m'a demandé ? On m'a demandé de ne pas recommettre les mêmes erreurs. On m'a dit que si on reconstruit sur du sable, alors les mêmes causes produiront les mêmes effets. Pourquoi ? Parce que le bilan qu'on constatera dans quelques jours, il sera très lourd. Il ne sera pas très lourd là où il y avait des habitations en dur. Il sera lourd où il y avait ce qu'on appelle des bangas, c'est-à-dire des bidonfils.
Vous vous rendez compte que Mayotte compte à peu près 320 000 habitants. On pense qu'il y a autour de 100 000 clandestins en situation irrégulière qui vivent justement dans cette très grande précarité, d'où il y a aussi un effet de violence. Donc il faut reconstruire. Nous avons décidé d'ailleurs de passer d'anticiper à cette phase de reconstruction. Un délégué interministériel va être nommé. Mais il va falloir, si j'ose dire, dans cette reconstruction, ne pas commettre toutes les mêmes erreurs. D'abord, ça veut dire, un, les logements. Moi j'ai vu qu'il y avait, par exemple, sur les logements en dur, des toitures qui avaient bien tenues et d'autres qui ont mal tenues.
Donc il faut construire en prenant compte ces leçons pour qu'on puisse résister.
Il y a la question des normes et de la construction du logement. Mais il y a aussi la question de la clandestinité, comme vous dites. Quand vous évoquez ces 100 000 personnes clandestines, qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce que ça veut dire que vous estimez qu'au fond, s'ils n'avaient pas été là, si la France n'avait pas... Quand vous dites qu'il y a eu une forme de dérive et d'abandon, on les a laissés en quelque sorte s'installer, je ne comprends pas bien. Est-ce que vous considérez qu'ils ont eu une responsabilité eux-mêmes à se mettre dans des endroits où ils étaient en danger ?
Je vais m'expliquer, mais merci de me laisser développer sur le logement. Allez-y, c'est important. Sur le logement. Ce qui est fondamental, c'est qu'il y aura des règles nouvelles. Et là encore, nous devrons passer nos lois pour accélérer les choses, pour faire en sorte que la bureaucratie habituelle ne nous empêche pas de reconstruire vite. Ça, c'est fondamental. Et puis, bien entendu, il y a la question de l'immigration irrégulière. Parce qu'on a laissé les Mahorais seuls devant leur malheur. Avec cette immigration qui est totalement incontrôlée, vous savez qu'il naît dans la maternité de Mamoudzou, c'est la plus grande maternité française, un enfant par heure.
Et malheureusement, 74% de ces enfants, ce sont des mamans qui sont dans la clésistinité. Pourquoi ? Parce qu'on a un régime qui est très attractif en France. On a ce droit du sol. Et les clandestins, les mamans qui sont en situation irrégulière, viennent à tout prix accoucher parce qu'elles savent que si elles viennent, elles parviennent justement à mettre le pied sur le sol maorais, bien entendu qu'on accueille ces femmes-là et qu'on ne les laisse pas accoucher dans des bidonfils. Et que par conséquent, avec le droit du sol, il suffit même quand on est clandestin, d'accoucher dans ces conditions pour que demain, l'enfant à sa majorité devienne lui-même français.
C'est ça qu'il faut qu'on règle aussi.
Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que là, au moment où l'on se parle, et c'est vraiment l'urgence de la situation, on a des gens qui certes, pour grand nombre d'entre eux, sont clandestins, mais qui tentent de reconstruire de leur main des bidonvilles. Est-ce qu'il faut leur dire, écoutez non, en fait, vous ne reconstruisez pas, et on vous renvoie de l'autre côté de la mer ailleurs ?
Moi, je pense que pour reconstruire, et en matière d'immigration irrégulière, on ne pourra plus, en réalité, faire comme avant. Je pense qu'il y a au moins trois actions, trois actions qu'il faudra développer. D'abord, être beaucoup plus dure vis-à-vis des Comores, parce qu'on sait très bien qu'il y a une politique comorienne qui consiste finalement à laisser partir, voire même à encourager une population, parce que les Comores n'ont jamais supporté l'autodétermination pour la France de Mayotte. Jamais. Qui a choisi de rester en France.
Et donc, il y a une forme, le mot est sans doute trop fort, de guerre hybride, si j'ose dire, en poussant des populations vers Mayotte pour susciter une sorte d'occupation clandestine. Donc, il faudrait être beaucoup plus dur de ce point de vue-là. Deuxième chose, il faudra aussi envisager des nouveaux moyens de lutte, notamment en utilisant un certain nombre d'outils modernes, de drones, etc., pour prévenir l'arrivée des Kwasa-Kwasa. Et puis, enfin, il faut modifier notre législation. Pourquoi est-ce que je veux, moi, qu'on légifère sur l'immigration ? Parce qu'on a besoin de régler des problèmes pratiques.
Et tous ces bien-pensants à gauche, tous ces bien-pensants à gauche et ailleurs, d'ailleurs, que j'entends depuis hier, eh bien, je souhaite qu'ils aillent au contact des Mahorais. C'est très facile à Paris, à l'Assemblée nationale, ou ailleurs, ou dans les médias, de proférer un certain nombre d'oukaz vis-à-vis de telle ou telle position. Moi, je veux régler le problème. Il n'y a aucune société au monde, vous m'entendez bien, là-bas, la population, à majorité, elle est musulmane. Voilà. La peau, elle est brune. Voilà. Ce sont des gens, des Français, je ne connais pas de territoire de France, aussi attaché à la mère patrie, à la France, que Mayotte, que ce soit dit.
Mais qu'ils aillent au contact de ces élus, au contact de la population, ils leur diront que c'est impossible. C'est comme si en France, on avait à peu près 20 millions de clandestins. Est-ce qu'une société, laissez-moi terminer, est-ce qu'une société peut vivre dans la concorde civile avec un tel déséquilibre démographique ? Eh bien, je dis non. Donc, il faut changer les règles quand ces règles causent un certain nombre de conséquences désastreuses.
Ce que vous voulez dire, c'est que vous vous adressez à un certain nombre d'élus, vous dites ces élus de gauche qui moralisent, en leur disant, cette population-là ne souhaite pas ce que vous vous dites, c'est ça ? Vous dites à ces élus qu'ils se trompent ?
Mais exactement. Qu'ils sortent de leur bien-pensance, de leur beau quartier parisien, de leur confort intellectuel, médiatique et autres, et qu'ils se confrontent à la réalité. Vous savez, les Mahorais, ils ne sont pas racistes. Je vous disais, ils pratiquent très largement d'ailleurs la religion musulmane. Mais croyez-moi, tous les élus ont le même langage. Tous les élus souhaitent qu'une situation stable redevienne. Quels seront les... On verra le bilan des victimes.
Eux-mêmes demandent le changement de la loi, eux-mêmes demandent la fin du droit du sol.
Mais bien sûr, c'est eux qui le demandent. C'est d'abord eux qui le demandent. Et j'ai un projet, un texte d'ailleurs, qui permettrait, non pas d'abolir, parce que je pense qu'il faudrait modifier la Constitution, mais au moins d'avoir un délai d'un an pour que, par exemple, la maman soit en situation régulière avant la naissance, pour que le bébé puisse à la majorité devenir vraiment français. Qu'il y ait une situation régulière de celle qui accouche.
Est-ce que vous aurez les moyens de faire avancer ce genre de loi ? J'en viens évidemment à la question politique. Vous aurez un rendez-vous tout à l'heure à 9h30 avec François Bayrou, tous les deux. Bruno Retailleau, est-ce que vous allez rester dans ce gouvernement ?
Au moment où je vous parle, je ne le sais pas. Et ça ne dépend pas de moi. Moi, je suis rentré au gouvernement avec Michel Barnier pour éviter à la France le chaos dans une situation de crise. J'y suis rentré pour barrer la route à la gauche et à l'extrême gauche. Voilà. Pour avoir une alternative dans une période chaotique que traverse notre pays. Mais je ne pourrais rester au gouvernement que si je suis en mesure de mener la politique que veulent la majorité des Français, c'est-à-dire de restaurer l'autorité, la fermeté, l'ordre public, aussi bien dans la rue qu'à nos frontières.
Je vais vous poser la question différemment. Bruno Retailleau, est-ce que vous souhaitez rester dans le gouvernement ?
Je le souhaite si j'en ai les moyens, parce que j'ai commencé un travail et je souhaite le mener à bien. Je suis d'ailleurs très heureux de voir que les mesures de fermeté que j'ai proposées sont soutenues très majoritairement, non seulement par les Français de droite, mais aussi par les Français de gauche. Vous n'imaginez pas, lorsque je suis allé au Congrès des maires, le nombre de maires qui m'ont dit « Écoutez, on n'a pas les mêmes options politiques que vous, je suis à gauche, mais ce que vous faites, c'est bien, allez-y, continuez ». Ça veut dire que, certes, il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale, mais il y a ce que le général de Gaulle appelait la majorité nationale.
Moi, je veux que l'on mène avec ce gouvernement-là, si jamais ça devait être le cas, la politique que la majorité des Français de droite et de gauche souhaitent que nous menions pour rétablir l'ordre public. C'est fondamental.
Mais à quel prix ? C'est-à-dire, vous dites « Je souhaite rester si j'ai les moyens de travailler ». On l'a bien compris, vous êtes le personnage clé de ce gouvernement à venir, puisque certains disent « Nous, on veut bien participer ou ne pas censurer » s'il n'y a pas Bruno Retailleau, ou alors s'il n'y a pas sa loi immigration. Est-ce que vous pourriez, vous, rester ministre, mais accepter de renoncer à la loi immigration que vous appeliez de vos voeux ?
Non. Quand je suis rentré au gouvernement, je me suis fait une promesse, et je m'y tiendrai. C'est ne pas me trahir et ne pas tromper les Français. Moi, je ne suis pas sectaire. Tous celles et ceux avec qui j'ai travaillé, y compris au Sénat, d'un autre bord, vous diront que j'ai des convictions qui sont très affirmées, que je ne me mets jamais le drapeau dans ma poche, mais qu'en revanche, je ne suis pas sectaire. Je ne suis pas sectaire, mais je ne suis pas non plus un mercenaire. Ça veut dire quoi ? Je ne suis pas prêt à vendre mes idées à n'importe quel prix. Je veux précisément, parce que mes idées, mes convictions, j'y tiens, et un nombre important de Français les partage.
Par conséquent, sur la politique migratoire, je pense qu'on peut mettre fin. J'ai déjà un certain nombre de résultats, de premiers résultats. On peut mettre fin à, si j'ose dire, ce manque de contrôle des flux migratoires. Mais il faudra légiférer. J'ai donné, par exemple, le cas de Mayotte, sur le droit du sol, le délit de séjour...
Mais légiférer, légiférer, est-ce que vous pourriez glisser ces points législatifs dans d'autres lois ? Ou est-ce que vous avez besoin ? Encore une fois, on le comprend bien, c'est la clé. Est-ce que vous aurez besoin d'une loi immigration ? Ou est-ce que vous dites, bon, je suis prêt à renoncer à cette loi immigration, mais il y a un certain nombre de points. Vous vouliez notamment rallonger le délai dans les centres de rétention, revenir effectivement sur la question du droit du sol à Mayotte. Est-ce que ces points-là nécessitent à vos yeux une loi immigration ? Est-ce que c'est la loi immigration ou rien ?
Je n'ai pas besoin d'une loi. Je ne suis pas fétichiste. J'ai besoin de mesures législatives. Ces mesures législatives, dans notre Constitution, elles peuvent venir du gouvernement, elles peuvent venir soit des députés ou soit des sénateurs. Mais sur le droit du sol à Mayotte, sur le rétablissement du délit de séjour irrégulier, nous en avons pratiquement besoin, concrètement besoin. Sur, par exemple, Philippine. Je n'ai pas oublié, moi, le drame de Philippine.
Philippine, c'est cette femme qui a été violée et assassinée dans le bois de Boulogne, appris par un homme sous-occultère.
Je veux que pour les prédateurs sexuels, on puisse allonger le délai de rétention dans les centres de rétention administrative. Donner au pouvoir un pouvoir au préfet, lorsqu'il fait appel, par exemple, d'une décision du juge qui veut libérer, justement, un personnage, un individu dangereux, qu'avec ce pouvoir du préfet qui deviendrait suspensif pour s'opposer à cette décision, en attente, bien entendu, d'une seconde instance, le préfet puisse avoir aussi ce pouvoir. Donc, on a besoin de mesures très concrètes. Ce sont vos lignes rouges ? Mais bien sûr, ce sont mes lignes rouges. Je le dis très simplement. Je pense d'ailleurs que François Bayrou me connaît.
Vous avez longtemps travaillé ensemble ?
Je le verrai après cette émission. J'ai un rendez-vous avec lui. Je l'ai déjà vu. On s'est déjà entretenu. Il sait très bien qu'en choisissant de me faire venir au gouvernement, il choisit un style, il choisit des convictions, il choisit une ligne. Donc, moi, je ne tombe personne sur la marchandise qu'on dit vulgairement. Simplement, où on me fait confiance, pour une politique qui me semble être la politique, d'ailleurs celle que m'avait demandé de conduire Michel Barnier, et celle que soutiennent une majorité de Français.
Une majorité de Français ?
Où c'est possible, et je rentrerai au gouvernement. Où ça n'est pas possible, et je me retirerai.
Et vous vous retirez, vous en tirez les conséquences. Je n'ai pas tout à fait compris si vous parliez en votre nom, Bruno Retailleau, ou au nom aussi de la droite, dont vous êtes l'un des leaders. Vous avez présidé pendant longtemps le groupe Les Républicains au Sénat. Laurent Wauquiez, lui, estime qu'il y a, je cite, « trop de flou que la participation des Républicains au gouvernement de François Bayrou n'est pas acquise ». Est-ce qu'il parle au nom de la droite ? Est-ce que vous parlez en votre nom ? Quelle est la position ? Est-ce qu'elle est commune ?
Je vous dis ce que je dis ce matin. Je l'exprime de façon commune. J'ai eu Laurent Wauquiez hier. J'ai eu Mathieu D'Arnaud qui m'a succédé à la présidence du groupe au Sénat. J'ai vu longuement aussi Gérard Larcher. Ce que je vous dis aujourd'hui, nous le disons du même voie. Pour l'instant, les conditions ne sont pas réunies. Et donc, on essaiera de voir dans les jours prochains si un certain nombre d'obstacles sont levés.
Parce qu'il est évident que si ce gouvernement part à gauche, alors qu'une majorité des Français sont de droite, et qu'en plus, les Français qui votent à gauche sont moins à gauche sur les questions d'autorité que je représente et de fermeté, sont beaucoup moins à gauche que leurs propres députés. Donc, ce serait incomple que le gouvernement tire à gauche alors que la France, elle, est à droite.
J'ai encore deux questions, Bruno Retailleau, sur la question de la menace terroriste. Mais un mot quand même sur le fait que vous, vous étiez à Mayotte, que pendant ce temps-là, François Bayrou, il lui a été beaucoup reproché d'avoir fait le choix d'aller au conseil municipal de Pau. Est-ce qu'il n'était pas à contre-temps ?
Alors, j'ai vécu cette polémique très franchement, de façon un peu surréaliste, puisque j'étais, moi, donc en préfecture sur place, et on avait la cellule de crise qui était présidée par le président de la République. Il y avait autour de la table 12 ou 13 ministres, et j'ai vu, moi, le Premier ministre, qui était aussi en visio, alors depuis Pau, mais peu importe, et ça ne nous a absolument pas empêché de prendre les bonnes décisions. Très franchement, j'ai trouvé un peu surréaliste. Il y a peut-être et sans doute une portée symbolique, mais en tout cas, ça n'a pas empêché l'action de l'État de se déployer. Et croyez-moi, c'est ce que je veux dire.
C'est que je suis ministre dans un ministère du Régalien. Régalien, ça veut dire l'État. Croyez-moi, c'est dans ces conditions-là où tout s'effondre, s'écroule, qu'on voit bien que l'État se tient debout et l'État est le recours. L'État est le seul recours à Mayotte.
Un mot, parce qu'avant que vous ne partiez à Mayotte, il y avait la question de la Syrie, avec un certain nombre de nos voisins, l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Grande-Bretagne, qui ont décidé de suspendre le traitement des demandes d'asile des Syriens. Vous l'envisagiez ? Est-ce que vous le ferez ?
Ah non, mais c'est déjà le cas. L'OFPRA, puisque... Nous avons tout gelé. L'OFPRA, dans ces conditions-là... Oui, parce que imaginez-vous que des bourreaux de Bachar et de la salle veuillent se replier en France, réclament un droit d'asile. Donc non, il est hors de question. L'OFPRA a pris ses décisions comme une douzaine d'autres pays européens.
C'est donc gelé. Est-ce que vous estimez la menace terroriste, aujourd'hui, particulièrement élevée ?
Pour l'instant, nos services, qui s'occupent du contre-espionnage, notamment la DGSI, mais aussi la DGSE pour l'extérieur, n'estiment pas que la menace ait augmenté de ce point de vue-là. Mais nous sommes, là encore, très, très, très vigilants. Je veux regarder aussi la menace migratoire, où des individus, si jamais elle advenait, pourraient se mêler. C'est ce qui s'était passé en 2015. Vous vous souvenez, malheureusement, avec les attentats, notamment, de Paris. Donc, aujourd'hui, on est très, très prudents. Et je pense que beaucoup de pays européens partagent notre politique.
Grande prudence, un mot sur nos accords avec l'Algérie, parce que ça fait un mois que l'écrivain Boilem Sansal, qui est franco-algérien, est toujours retenu en Algérie. L'Algérie qui a refusé d'accorder un visa à son avocat, qui ne peut donc pas défendre Boilem Sansal. Est-ce qu'il faut, de notre côté, que l'on continue à accepter les visas ? Est-ce que les échanges doivent perdurer comme si de rien n'était, alors qu'on a cette rétention ?
Si vous me posez la question, vous savez à qui vous la posez, et vous en connaissez sans doute la réponse. Je suis partisan d'une politique de fermeté, simplement. Il se trouve que, quelques jours avant qu'il ne soit enlevé, je correspondais par SMS avec Boilem pour convenir d'une date d'un déjeuner ou d'un dîner. Donc, c'est quelque chose qui me touche. Dès le départ, j'ai pris le contact, l'attache du président de la République, et je pense que la France fait le maximum, simplement. Dans ces cas-là, c'est la discrétion qui est la plus efficace. Donc, je serai très, très discret, mais je suis partisan dans la majorité des cas et avec l'ensemble des pays d'une politique de fermeté.
Et c'est la réciprocité. Ou les pays coopèrent avec nous. Et alors, on peut octroyer les visas, mais quand il n'y a pas coopération, moi, je suis pour un blocage. Et de façon très nette, il y a un accord aussi très particulier, très dérogatoire, de décembre 1968. – Beaucoup dérogatoire. – Bien sûr, beaucoup dérogatoire, qui pouvait correspondre à ce moment-là, du temps du général de Gaulle, qui ne correspond plus aujourd'hui à rien du tout. Mais encore une fois, c'est cette idée de la réciprocité. Et j'espère que la relation entre l'Algérie et la France permettra de stabiliser les choses. Mais je souhaite que Boilem Sansal puisse nous revenir très rapidement.
Si tel n'était pas le cas, je pense que la France serait en mesure de déployer un certain nombre de réponses.
– Merci Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur, ministre des missionnaires, donc d'avoir choisi RMC et BFM TV ce matin, il est 8h53. – Sous-titrage Société Radio-Canada
Bruno Retailleau