Rousseau : "L'agriculture doit travailler sur ses besoins en eau"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Tant que ces situations de sécheresse provoquent des situations d'urgence, voire de détresse chez certains agriculteurs et des tensions aussi sur le terrain avec ces actes de vandalisme à répétition qui visent les retenues d'eau utilisées par les agriculteurs. On sait que certains militants écologistes y sont très fortement opposés, mais ça va jusqu'à des actes de vandalisme en Vendée. Cette semaine, deux bassins destinés à l'irrigation ont été vandalisés, les bâches déchirées. Vous comprenez ces actions Sandrine Rousseau ou est-ce que vous les dénoncez ?
Il faut absolument prendre en compte la gestion de l'eau dans sa globalité. Faire des rétentions d'eau, c'est perturber le cycle de l'eau. C'est-à-dire, c'est faire en sorte qu'on manque d'eau dans d'autres endroits. Et là, on est aujourd'hui dans une ère non pas d'accaparement, non pas de garder les ressources pour nous, mais de partage de ces ressources. Et l'agriculture doit travailler sur ses besoins en eau. On a une agriculture qui s'est considérablement intensifiée depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a sélectionné des espèces comme le maïs, qui ont énormément besoin d'eau. On ne peut pas poursuivre un modèle agricole qui nous emmène dans le mur de cette manière-là.
Je doute que vous ne dénoncez pas les actions violentes qui visent ces retenues d'eau.
Les agriculteurs doivent absolument revoir leur méthodologie et la manière de cultiver. Non, mais vous pouvez me faire dire tout ce que vous voulez. À un moment donné, on ne peut pas continuer dans le modèle tel que nous sommes actuellement. On peut faire semblant. On peut se dire qu'on va s'accaparer les ressources en eau. Aujourd'hui, il n'y a pas assez d'eau pour tout le monde. Donc, il nous faut du partage. Il faut arrêter des projets qui sont des projets qui vont à l'encontre du bien commun. L'eau est un bien commun. On doit le préserver. C'est précieux. Et donc, on ne peut pas s'accaparer l'eau pour des cultures qui sont des cultures intensives en eau.
Il nous faut revoir aussi notre alimentation pour moins dépendre de ces cultures-là.
Qu'est-ce que vous dites aux agriculteurs qui nous écoutent, qui témoignent très souvent sur RMC, de leur détresse, et qui sont en train en ce moment de compter leurs pertes jusqu'à 60-70% de leurs récoltes et de leurs revenus qui disparaissent dans cet état de sécheresse ? Quelle est la solution ? Sans eau, il n'y a pas d'agriculture. C'est ça qu'ils disent.
Il y a une agriculture qui n'est pas l'agriculture intensive que nous connaissons actuellement. Il faut une agriculture qui revienne sur les bases d'une agriculture qui soit beaucoup plus respectueuse des sols, du cycle de l'eau et des espèces qui sont des espèces locales et pas uniquement des espèces qui donnent du rendement. Il faut aussi rompre avec quelque chose qui a été très présent dans le monde agricole depuis la Seconde Guerre mondiale, mais depuis les années 60 surtout, qui est que l'agriculture française devrait nourrir le monde. Il y a besoin d'une agriculture de proximité.
Et en fait, on voit que cette agriculture de proximité est beaucoup plus résiliente et résistante qu'une agriculture intensive de monoculture qui détruise la biodiversité et qui a besoin énormément d'eau. Moi, je dis aux agriculteurs, mettons-nous autour de la table. Travaillons sur vos revenus pour que vous ne perdiez pas en revenus. Il est anormal que vous perdiez en revenus, mais par contre, acceptez de changer vos pratiques.
Changer vos pratiques, ça veut dire abandonner le maïs, dont on sait qu'il est très gourmand en eau, notamment pendant l'été, mais dont on sait que l'élevage en a énormément besoin. Par quoi on le remplace ?
Eh bien, c'est ce que je vous disais sur l'alimentation, c'est qu'on ne peut pas changer nos méthodes agricoles si on ne revoit pas ce qu'il y a dans notre assiette, et notamment la part de viande qu'il y a dans notre assiette. Et ça fait partie des efforts que nous allons devoir faire. C'est de diminuer cette part de viande dans nos assiettes, parce qu'un kilo de bœuf, en fait, consomme énormément d'eau, puisqu'il faut toute l'alimentation du bétail pour pouvoir faire en sorte qu'il arrive dans notre assiette. C'est tout cela qu'il nous faut revoir. Et oui, il va falloir diminuer notre part de viande. Et l'ADEME a travaillé sur des scénarios là-dessus.
C'est aussi se nourrir mieux, de diminuer la part de viande, c'est être en meilleure santé. Et bien, ça fait partie de ces défis que nous avons face à nous. Et encore une fois, on peut juger qu'ils sont trop importants, qu'ils sont trop désagréables. Mais les feux, la sécheresse, les événements extrêmes, les inondations, les orages, tout cela est bien plus désagréable que de se passer d'un biftec.
Sandrine Rousseau