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Podcast / conversationFrance Culture — L'Esprit public (sur Site radio)· 23 janvier 2022 33 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalInstitutions & électionsSolidarités & famille

A 76 jours de l'élection présidentielle, état des lieux de la campagne

Au micro : Gérard CourtoisSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 14 %Attaque 57 %Défensif 29 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:23OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous marque dans cette période ?

  • 4:37OuverteRéponse directe

    Dominique Schnapper, qu'est-ce qui vous marque dans cette période ?

  • 7:28ComplaisanteRéponse directe

    Alors je me tourne vers l'économiste, dont j'ai l'impression qu'il n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent...

  • 12:03OuverteRéponse directe

    Gérard Courtois, avant d'en venir au coup d'après pour suivre Daniel Cohen, est-ce qu'on peut parler du coup d'aujourd'hui et de la façon dont vous le voyez ?

  • 21:43RelanceRéponse directe

    Dominique Schnapper, je voudrais juste compléter un petit peu ce qui a été dit d'une part...

  • 25:01OuverteRéponse directe

    Vous avez dit Dominique Stimper, il y a un gouffre aujourd'hui entre Éric Zemmour et la droite dite républicaine...

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:48InvitéChiffre
    « Le niveau d'intérêt est à 10 points en dessous du niveau d'intérêt que l'on avait recensé à 11 semaines en 2017. »
  • 4:16InvitéFait
    « Dans l'électorat Pécresse, le second choix, c'est Macron. Dans l'électorat Macron, le second choix, c'est Pécresse. »
  • 9:36InvitéChiffre
    « Ils sont passés de 46 à 36, mais en gros, en arrondissant un peu, on est passé de 50 à 40%. »
  • 10:06InvitéChiffre
    « 40% de 25, ça fait 10, ça fait 10 et 15. 10 qui reviennent à la gauche. »
  • 11:03InvitéChiffre
    « Pécresse est à 15, je rajoute 15, ça fait 30, on retrouve les voix de Sarko. »
  • 17:26InvitéChiffre
    « Les 150 000 suppressions nettes de postes de fonctionnaires de Pécresse. »
  • 17:36InvitéPromesse
    « Le doublement tel qu'elle avait promis des salaires de tous les personnels de l'éducation nationale par Mme Hidalgo. »
  • 19:26InvitéFait
    « Le bilan économique il y a des indicateurs qui sont bons le perçu de la situation par les français n'est pas du tout celui-là. »
  • 19:42InvitéFait
    « La première motivation aujourd'hui avant la Covid-19 dans le dernier sondage c'est le pouvoir d'achat. »
  • 21:00InvitéFait
    « Les seconds tours montrent que le différentiel parfois entre Valérie Pécresse et Emmanuel Macron est extrêmement serré. »
  • 22:19InvitéFait
    « C'est un séide des Russes enfin de monsieur Poutine sur l'Europe. »
  • 30:55InvitéChiffre
    « on est à un étiage qui est sans précédent depuis 60 ans autour de 25% des intentions de vote aujourd'hui »
  • 31:20InvitéChiffre
    « 20 ans de pouvoir sur 40 ans »
  • 32:12InvitéFait
    « l'impasse de Hollande en l'acceptant à reculons et un peu en crabe »
  • 32:21InvitéFait
    « soit en la récusant catégoriquement comme Mélenchon »

Temps de parole

  • Invité27 %
  • Invité 226 %
  • Invité 319 %
  • Invité 417 %
  • Présentateur12 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:17
Présentateur

Bonjour et bienvenue pour ce nouveau numéro de l'Esprit public. Nous sommes en direct jusqu'à midi avec la sociologue directrice d'études à l'EHESS Dominique Schnapper, le politologue professeur des universités à Sciences Po Paris Pascal Perrineau, l'économiste président de l'école d'économie de Paris Daniel Cohen et le journaliste Gérard Courtois. Au sommaire de nos débats, la présidentielle à deux mois et demi du premier tour et la flambée des prix de l'énergie qui pèsent sur le pouvoir d'achat des Français. Nous sommes à 77 jours du premier tour de l'élection présidentielle, 11 semaines.

Et cette campagne ne ressemble à aucune autre, d'abord à cause d'une crise sanitaire qui n'en finit pas mais qui accapare l'actualité et l'attention des Français, avec un clivage de plus en plus marqué sur la contrainte vaccinale. Emmanuel Macron a d'ailleurs tenté d'en tirer parti. Ensuite parce que le président sortant apparaît comme le favori pour la première fois sous la Ve République hors période de cohabitation. Enfin parce que chaque opposant joue pour l'instant dans son couloir. La gauche se dispute avec la gauche et la droite avec l'extrême droite ou l'extrême droite entre elles, avec des candidats en concurrence sur chaque part de marché électoral.

Aucun d'entre eux, sauf peut-être Jean-Luc Mélenchon, ne pouvant dire « Je suis le seul » ou « Je suis la seule » à proposer cela. Alors dans cette introduction, je ne vais pas me risquer à résumer le dernier fatras de déclarations, slogans de campagne, ralliements et controverses ou me perdre dans les commentaires de sondage. Je n'en citer qu'un, celui de l'IFOP, toujours instructif, qui demande chaque semaine aux personnes sondées quels sont les sujets qui ont animé les discussions avec leurs proches. L'événement le plus marquant ou le plus commenté ces derniers jours, 39% aura été les propos d'Éric Zemmour sur l'inclusion des enfants handicapés à l'école.

L'enquête indique également que plus de 7 Français sur 10, 71% se déclarent intéressés par la campagne, mais que 64% seulement se disent prêts à voter le 10 avril. Et vous, qu'est-ce qui vous marque dans cette campagne et dans cette compétition politique très morcelée ? Pascal Perrineau.

2:28
Invité

Alors d'abord, c'est le fait que les Français n'ont pas encore la tête à l'élection présidentielle. Moi, ça me frappe. D'habitude, à 11 semaines, en effet, d'une élection présidentielle, le niveau d'intérêt, la solidité relative des choix, tout ça est assez affirmé. Or, que constate-t-on aujourd'hui ? Le niveau d'intérêt est à 10 points en dessous du niveau d'intérêt que l'on avait recensé à 11 semaines en 2017. Et 10 points en dessous, vous voyez, ça n'est tout de même pas négligeable. Pourquoi ? Parce que les Français, ce qui les intéresse, c'est la lutte contre la Covid-19.

Et donc, les différentes déclarations, les différents candidats, la manière dont la campagne se met en place, tout le monde s'attendait à gauche à ce qu'il y ait une bombe Taubira, il n'y a pas de bombe Taubira. A mon avis, tout ça est dû au fait que les Français, qu'ils soient de gauche, de droite ou d'ailleurs, n'ont pas la tête à la présidentielle. Lorsqu'ils ont vaguement la tête à la présidentielle, ils sont très indécis. Le niveau d'indécision, là aussi, est beaucoup plus élevé qu'en 2017 ou que dans les élections précédentes. Et ils sont, et ça c'était une vieille tendance, de plus en plus mobile.

La mobilité, en particulier au sein de l'espace des gauches ou de ce qu'il en reste, est absolument hallucinante. Il y a une mobilité extrêmement forte. Mais même à droite et au centre, vous avez des mobilités très intéressantes et en particulier dans le lieu, qui à mon avis va être le lieu essentiel pour savoir qui sera président ou présidente de la République, c'est-à-dire l'espace du centre-droit. Et il est très intéressant, par exemple, l'Institut Ipsos a posé la question des seconds choix. On demande aux gens, vous voyez, quel est votre premier choix, les seconds choix ? Et là, ce qui est très intéressant, dans l'électorat Pécresse, le second choix, c'est Macron.

Dans l'électorat Macron, le second choix, c'est Pécresse. Donc on voit bien qu'il y a là un enjeu pour le contrôle de l'électorat du centre-droit. Pour l'instant, le président candidat, ou futur candidat, a une avance. Mais on sent très bien que c'est là que ça va se passer.

4:37
Présentateur

Dominique Schnapper, qu'est-ce qui vous marque dans cette période ?

4:42
Invité

Dans le prolongement de ce que vient de dire Pascal, je voudrais faire une première remarque. C'est que tout de même, le socle de ceux qui se disent prêts, décidés à voter par le président de la République reste assez stable. Il y a 25%. Alors, je ne sais pas si vos enquêtes permettent de dire si c'est les mêmes, ou bien si ça se renouvelle. Mais il semble que le président actuel ait réussi à former un stock. Mais la conséquence du fait qu'on ne parle pas de la présidentielle, comme on en parlait dans d'autres élections, a comme effet que le débat actuel est nul. C'est-à-dire qu'on est quand même, vous l'avez dit, à 77 jours de l'élection.

Et on passe 10 jours à discuter pour savoir si le fait que le président de la République ait utilisé le terme d'emmerder a une signification profonde, métaphysique, politique. Et ensuite, que le ministre de l'Éducation nationale ait passé 4 jours à Ibiza, ça occupe les médias. Donc on a une impression quand même d'un provincialisme absolument extraordinaire quand on pense aux problèmes généraux qui devraient être traités, discutés à l'occasion de l'élection présidentielle, puisque ça reste tout de même la seule élection vraiment politique où les Français se sentent engagés et on sait qu'ils sont attachés, quoique nous puissions en penser, au fait de l'élection au suffrage universel.

Et donc, quand on pense à la situation internationale, la presse étrangère est pleine du problème de la Russie, de l'ICRE, quand on pense à la dette après le Covid, les réformes des retraites ou de la fonction publique, la violence dans la vie quotidienne depuis l'épisode de l'un, la repensée de l'État-providence, il y a quand même toute une série de très très gros problèmes qui se posent, étant donné la géopolitique et l'évolution des démocraties en ce moment. Et comme ça n'intéresse personne, les médias suivent, ce qui pense être l'intérêt, on n'en discute pas, et on parle soit Covid, soit des épisodes, disons pour être poli, secondaires, de la vie publique.

Alors moi, je n'accuse jamais les médias, parce que je pense qu'ils sont à l'image de l'opinion publique, mais le fait est que, par rapport à ce que pourrait être une discussion sur les vrais problèmes qui se posent, et ils sont considérables, on a l'impression que cette campagne est faible, disons, en termes modérés.

7:28
Présentateur

Alors je me tourne vers l'économiste, dont j'ai l'impression qu'il n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent, parce que c'est vrai qu'on peut se poser la question de savoir où sont passées l'économie, le logement, la formation, dans les thèmes et les propositions de cette campagne présidentielle. Daniel Cohen.

7:46
Invité

Oui, mais le constat est, je crois, le même, celui que vient de faire Dominique, à savoir qu'on ne parle pas du fond, on parle de la forme. Et il y a une raison à ça, et je pense que cette raison, elle tient au fait que, en réalité, cette campagne ne porte pas vraiment sur l'élection du prochain président de la République, parce que, inconsciemment, un très grand nombre de personnes, à tort ou à raison, font l'hypothèse, en réalité, que ce sera Macron. C'est à peu près de la moitié,

8:21
Présentateur

d'après les sondages. Voilà.

8:23
Invité

Et en réalité, on parle de l'après Macron. En fait, la campagne, aujourd'hui, est une campagne de préfiguration de ce que sera, de ce que redeviendra la vie politique après l'élection de Macron. Et ça, une fois qu'on pose des choses comme ça, je ne sais pas si c'est vrai entièrement, mais en tout cas, je crois que c'est un éclairage, tout s'éclaire, en quelque sorte. C'est-à-dire que, on comprend pourquoi tout le monde veut être sur la photo, on comprend l'enjeu des crispations au sein de la gauche, au sein de la droite. En réalité, il ne s'agit pas de gagner l'élection, il s'agit d'être le premier sur la photo de famille pour porter la recomposition de la vie politique ensuite.

Il y a un article hier de notre ami Gilles Finkelstein très intéressant où il faisait le fil de ce qu'il était advenu des électeurs de François Hollande en 2012. Ils étaient 26 et quelques pourcents de la population. Ils sont partis en 2012 pour 40% vers vers Macron et les autres se sont partagés dans ce qu'il y avait d'offres entre Hamon et Mélenchon. Aujourd'hui, cet étiage a baissé, ils sont passés de 46 à 36, mais en gros, en arrondissant un peu, on est passé de 50 à 40%. Il y a 40% de la gauche classique qui reste prête à voter pour Macron.

Faisons juste cet exercice de pensée, de reventiler les voix qui vont à Macron aujourd'hui selon cette clé 40-60, c'est-à-dire disons que sur les 25% qui sont destinés à Macron, on en rend 40% à la gauche de gouvernement traditionnel, le PS que vous voudrez et on en rend 60% à la droite classique, le Pécresse. Donc ça fait 40% de 25, ça fait 10, ça fait 10 et 15. 10 qui reviennent à la gauche. C'est-à-dire que la gauche classique, PS, etc., qui est à 5-6... Le gouvernement, comme on dit. Non, parce qu'on pourrait inclure Jadot dans le gouvernement, mais je reprends vraiment ce qu'étaient les tiages du PS classique qui est à 5-6, disons.

Le vote Hamon qui est en train de se disputer entre Taubira et Hidalgo. Je rajoute 10, ça change tout. On est revenu à 16, qui était le vote de Jospin au plus bas, mais tout d'un coup, on voit qu'on retrouve une configuration très très simple, avec un parti dominant, social-démocrate, à la recherche d'alliés, menacés sur ses flancs, mais qui, au fond, restent centrales. Je refais la même chose

10:44
Présentateur

pour la droite. Dans l'hypothèse

10:45
Invité

d'une disparition complète du Macronisme. Dans l'hypothèse, par la pensée d'une disparition du Macronisme. Dans l'hypothèse, par la pensée de ce que deviendraient les forces politiques si, au lendemain de l'élection de Macron, tout redevenait... Je décris ce qu'est l'inconscient. Et donc, à droite, je refais, je rajoute 15, Pécresse est à 15, je rajoute 15, ça fait 30, on retrouve les voix de Sarko. Donc, en fait, le macronisme, et ce n'est pas pour l'accuser, d'ailleurs, il a profité d'une situation qu'il n'a pas créée, c'est-à-dire le délitement de la gauche PS Hollande ne pouvant pas se représenter de Fillon avec la campagne qu'on connaît.

Il a profité d'une situation qu'il n'a pas créée, mais le résultat, c'est qu'il a consolidé une situation de crise de la vie politique qui se retrouve, à mon modeste avis, dans ce débat. Et donc, c'est ça qui explique qu'on ne parle pas du tout de ce qui va se passer, qu'est-ce qu'on voudrait en ceci et cela. Bien sûr, on est obligé d'en parler en un certain sens. Donc, ça surgit de temps en temps, le SMIC, la fonction publique, l'héritage. Il y a des sujets que le fond, c'est cette préfiguration recherchée, voulue, qui n'arrivera peut-être pas si le macronisme se survit à lui-même, ce dont je doute en réalité, mais peu importe. C'est bien tout à fait autre chose qui est en jeu.

C'est ça qui fait cette frustration dont Dominique parlait. C'est comme ça que je l'interprète.

12:02
Présentateur

Gérard Courtois, avant d'en venir au coup d'après pour suivre Daniel Cohen, est-ce qu'on peut parler du coup d'aujourd'hui et de la façon dont vous le voyez ?

12:11
Invité

Globalement, je le vois, comme l'ont dit à la voix pascale, Dominique et Daniel. C'est-à-dire qu'on est devant une campagne et on s'est fait le gramme plat. Pascal Perrineau pointait le niveau d'intérêt des Français pour cette campagne. Il y a un autre indicateur très clair. Depuis un mois, les intentions de vote pour les différents candidats sont d'une stabilité absolument remarquable. Il y a eu la percée de Zemmour à l'automne, il y a eu le rebond de Valérie Pécresse après sa désignation par la primaire en décembre et depuis, rebond de Marine Le Pen aussi. Un petit jeu entre Le Pen et Zemmour.

Mais, en tout cas, il y a une très grande stabilité qui montre qu'aucun des candidats pour l'instant ne fait bouger les lignes. C'est un symptôme assez clair. Alors, les raisons de ça, vous l'avez dit Patrick en introduction, il y a évidemment le surplomb de la crise sanitaire qui occupe et parasite toute la conversation nationale, mais il y a deux autres raisons qu'on n'a pas encore évoquées jusqu'à présent à mon sens. La première, il manque deux ressorts essentiels à une campagne. Il manque le ressort du débat sur le bilan du sortant. On sait que c'est un puissant fédérateur de critiques et d'empoignades entre quand le sortant est un président de plein exercice.

Je mets de côté Mitterrand et Chirac qui étaient les présidents de nos cohabitations. Mais quand Valéry Giscard d'Estaing en 81 et Nicolas Sarkozy en 2012 se sont représentés portant le bilan de l'action menée par le gouvernement pendant un quinquennat ou un septennat la campagne s'est pour une bonne part transformée en référendum contre eux. Et ça va être encore plus. Pour l'instant on voit bien il y a des critiques tous les jours dans tous les sens contre le président de la république mais comme il n'est pas encore déclaré et qu'il ne s'est pas engagé dans ce match-là précisément ses opposants boxent dans le vide.

Il y a des critiques dans tous les sens mais il n'y a pas de répondant et donc à mon avis c'est relativement inopérant pour l'instant mais ça le deviendra opérant et notamment parce que la campagne de 2017 a introduit un nouveau rituel qui est le débat d'avant premier tour entre soit les principaux candidats soit tous les candidats et là c'est évident que Emmanuel Macron va se retrouver devant 8 ou 10 on verra combien il y en a à l'arrivée procureurs intraitables et ligués contre lui. Il a fait savoir qu'il n'y participerait pas

14:55
Présentateur

ces derniers jours l'Élysée a fait savoir qu'il n'irait pas dans les débats d'avant premier tour

15:00
Invité

Oui mais il sera bien obligé de répondre aux critiques alors s'il n'est pas dans le match de catch à la télévision en direct ce qui prouve qu'il est lucide sur les risques qu'il courrait mais alors le deuxième ressort à mon avis qui manque et ça vous l'avez dit avant moi les uns et les autres c'est ce qui manque dans un c'est le débat central qui est capable de cristalliser une campagne quelques exemples je veux dire mais et c'est pas de la reconstruction parce qu'au moment où ça se produisait on a bien compris que c'était ça qui allait structurer le débat la lutte contre la fracture sociale de Chirac en 95 l'enjeu sécurité en 2002 du même Chirac le travailler plus pour gagner plus de Sarkozy en 2007 le chamboule tout politique que Macron proposait il y a 5 ans là il n'y a pas ça rien de tel cette année il y a une espèce de floraison de proposition et le problème on va y revenir sûrement mais le problème c'est que ces propositions sont très peu crédibles fondamentalement alors on peut en faire à l'inventaire prendre des exemples je ne veux pas être trop long mais globalement c'est le triomphe de la pensée magique les problèmes de financement sont très largement occultés ou alors relèvent de comment dire je veux dire quand je ne prends qu'un seul exemple quand Jean-Luc Mélenchon pour financer par exemple le retour de la retraite à 60 ans sur 40 annuités ou l'allocation pour les 18-25 ans pendant 3 ans et dit je cite son programme tel qu'il est exposé sur son site et dit pour financer ça on va exiger je cite exiger de la banque centrale européenne qu'elle annule les dettes des états bon très bien c'est parfait la banque centrale européenne il n'est pas sûr et les partenaires européens de la France il n'est pas sûr qu'ils cèderont très naturellement à ces exigences et on peut prendre pour chaque candidat que ce soit les 150 000 suppressions nettes de postes de fonctionnaires de Pécresse que ce soit initialement le doublement tel qu'elle avait promis des salaires de tous les personnels de l'éducation nationale par Mme Hidalgo qui se sont réduits elle était la première à savoir que ce n'était pas crédible la preuve c'est que petit à petit ça s'est transformé en peau de chagrin non négligeable certes mais une augmentation pour les débuts de carrière des seuls enseignants à charge ensuite pour que ça diffuse sur l'ensemble de la hiérarchie voilà et et quand Zemmour dit immigration zéro je suis désolé moi je ne souhaite pas que nous entrions dans un système qui serait le seul capable de réaliser une telle promesse c'est à dire un système autocratique et policier à la chinoise bon je ne pense pas que ce soit un souhait généralisé en France Pascal Perrineau oui là on est en train d'aborder en effet le choix des français même s'ils sont peu motivés il y a bien un moment où ils vont y aller même si on peut s'attendre à un taux d'abstention élevé déjà la dernière fois 25% d'abstention au second tour pour une élection présidentielle c'était assez élevé mais là on pourrait aller nettement au dessus étant donné que lorsqu'on regarde les français qui n'ont vraiment pas envie d'y aller on a l'impression que maintenant qu'il y a un choix de l'abstention qui a la même force que le choix pour la gauche pour la droite pour Macron il y a quelques années c'est des gens sans kyste il y a une culture de l'abstention qui commence à apparaître alors dans le vote en effet il y a toujours deux dimensions il y a le vote de bilan ce que les politologues appellent le vote rétrospectif et puis il y a un vote prospectif sur le projet sur le bilan il faut faire attention le président et ce que vous venez de dire sur le fait qu'il ne participerait pas au débat avant le premier tour le président est très confiant et ceux qui l'entourent sont très confiants cependant le bilan économique il y a des indicateurs qui sont bons le perçu de la situation par les français n'est pas du tout celui-là il faut savoir que la première motivation aujourd'hui avant la Covid-19 dans le dernier sondage c'est le pouvoir d'achat c'est-à-dire ce thème est là de manière forte dans de multiples couches sociales le bilan c'est également un bilan sur la Covid il peut y avoir comme il y a eu au début de la période il y a deux ans il peut y avoir des pas de côté il peut y avoir un jugement qui sera sévère et pour l'instant le jugement sur le bilan du gouvernement est un jugement demi-teinte il ne faut pas croire qu'il y a un soutien massif à la manière dont le gouvernement a abordé cette question et puis il y a un bilan une élection présidentielle c'est l'élection d'une personne et il y a un bilan sur l'exercice du pouvoir et c'est là à mon avis ou le bas blesse éventuellement pour le président candidat il est accusé on le voit à tort ou à raison dans les sondages d'être un président particulièrement éloigné des préoccupations des gens comme vous dit la question du sondage c'est un président qui semble être énormément à distance des français et vous voyez donc quand on prend ces trois éléments du bilan attention il n'y a pas une élection présidentielle ou une réélection présidentielle totalement assurée et d'ailleurs les seconds tours qui valent ce qu'ils valent en ce moment les seconds tours montrent que le différentiel parfois entre Valérie Pécresse et Emmanuel Macron est extrêmement serré et même avec madame Marine Le Pen c'est pas du tout le différentiel de 2017 c'est un différentiel beaucoup plus serré donc cela doit rendre prudent et puis alors mais je recoupe ce que disait Dominique tout à l'heure sur le prospectif alors là c'est Waterloo-Morneplein parce que pour l'instant on a l'impression qu'aucun des candidats ou des candidates est porteur j'allais dire d'une histoire positive à raconter aux français ou alors on a la version qu'est la version Éric Zemmour on rentre dans l'avenir en parlant d'une France si tenté que cette France ait existé et en jouant sur la nostalgie française

21:43
Présentateur

Dominique Schnapper

21:45
Invité

je voudrais juste compléter un petit peu ce qui a été dit d'une part ce que disait Daniel bien sûr c'est pas Macron qui a créé la crise ni de la gauche ni de la droite mais à l'intérieur de la gauche entre la gauche disons de Bernard Cazeneuve ou de Hollande et le programme de monsieur Mélenchon je vais regarder de près pour nos discussions aujourd'hui et qui m'a disons épouvanté et sur le plan international puisque c'est un c'est un séide des Russes enfin de monsieur Poutine sur l'Europe qui est absolument consternant sur la politique économique bon sur tout ça avec disons le le courant Cazeneuve Hollande il y avait vraiment il y a un gouffre je veux dire c'est vraiment deux morceaux et à droite c'est pareil alors ce qui est très frappant et ce qui est un peu inquiétant c'est que Mme Pécresse qui avait plutôt un profil conservatrice libérale européenne enfin disons le style Juppé porté par le mouvement Zemmour et par l'idée qu'elle se fait des électeurs de la droite est en train d'avoir des propos qui sont quand même de plus en plus proches de ceux de M.

Zemmour et quand on regarde le programme Zemmour il y a objectivement à l'intérieur de la droite entre la droite dite républicaine et Zemmour un gouffre considérable donc Macron a cristallisé deux formules de la gauche et deux formules de la droite dont il n'était enfin qu'il a utilisé mais qui existait sans lui et alors j'aurais voulu ajouter l'image qui m'a peiné parce que je suis une vieille patriote que l'intervention du président de la république c'était à Strasbourg a donné avec cette discussion si on peut appeler ça une discussion l'interpellation de Jadot de Martine Aubry de Manon de Manon pardon je le retire évidemment de Manon ou du représentant du Front National la transformation du président de la république en tant que président de l'Europe transformée par ces interpellations en lieu remplaçant le premier tour le premier tour de l'élection présidentielle et là c'est un peu je trouve que bien sûr c'est dû au fait que les députés français ne peuvent pas interpeller le président de la république et que là ils avaient une occasion de le faire ça c'est les défauts que nous connaissons de la cinquième république mais face à l'Europe face aux députés européens face au parlement il me semble que ça a effacé tout ce qu'il pouvait y avoir d'intéressant dans le discours du président de la république en tant que président de l'Europe qui a fait des suggestions qui étaient et en particulier le droit d'initiative du parlement qui aurait mérité une vraie discussion et que tout ça a été effacé par le spectacle qu'a donné les interpellations des députés européens face aux présidents de l'Europe en l'occasion

25:01
Présentateur

vous avez dit Dominique Stimper il y a un gouffre aujourd'hui entre Éric Zemmour et la droite dite républicaine dite républicaine Éric Zemmour précisément hier à Cannes dans son grand meeting a prétendu le contraire il a appelé à une union des droites et expliqué que comme le faisait exactement comme le faisait Jean-Marie Le Pen dans les années 80 et 90 disent qu'il n'y avait qu'une seule droite et que la droite dite républicaine était empêchée par une série de forces bien pensantes ou un politiquement correct qui la contraignait à ne pas aller sur le terrain de mesures très dures et extrêmement sévères en matière à la fois d'immigration et d'insécurité je ne sais pas si vous vouliez aller sur ce terrain là Daniel Cohen ou pas

25:52
Invité

en partie mais effectivement pour faire le fil je disais Macron a bouleversé la vie politique française en cristallisant des choses qui existaient avant et en réalité cette campagne parle de ça en fait inconsciemment maintenant effectivement il faut remonter aux causes des raisons pour lesquelles Macron même si c'est à l'occasion de circonstances très exceptionnelles a réussi à cristalliser ce moment quel est ce moment ce moment je crois on le voit partout pour le coup pas simplement en France c'est une montée en radicalité partout de la gauche et de la droite ça se voit partout on l'a vu notamment aux Etats-Unis avec Sanders et Warren qui étaient sur des positions très à gauche par rapport à la vie politique traditionnelle américaine et bien entendu à droite avec l'émergence du trumpisme cette montée en radicalité c'est en partie ce qu'on avait étudié dans notre livre avec Martial Foucault Yann Algan et Elisabeth Besley sur l'origine du populisme elle s'explique cette double radicalisation à gauche et à droite elle s'explique par les temps que nous vivons il y a eu une insécurité économique croissance une précarité enfin un changement de monde auquel les partis de gouvernement en réalité ont eu beaucoup de mal à répondre à supposer même qu'ils y aient répondu donc il y a eu une protestation contre les partis de gouvernement qui s'observent absolument partout et c'est ce moment Macron qui pour le coup est exceptionnel parce qu'il correspond à aussi une configuration politique qui est unique aussi qui est la 5ème république avec la possibilité pour un bonhomme de tout ramasser surgit de nulle part en se situant au centre en réalité il a saisi les bénéfices de ce qui est en réalité une pathologie de la vie politique c'est à dire le fait qu'il n'y ait plus de force de rappel au sein de chaque camp qui soit capable de faire l'unité des partis de gouvernement et des radicalités comme ça a toujours été le cas jusqu'à présent donc il y a cette cristallisation qui se continue aujourd'hui et qui fait que comme vous le disiez la radicalisation pour le coup n'est plus tenue par ce qu'il faisait avant la recherche d'un point médian au sein de chaque camp entre la gauche de gouvernement la gauche radicale enfin ce que Mitterrand avait magiquement réussi à faire entre les traditions du gouvernement du parti socialiste des partis sociodémocrates et du parti communiste et même chose à droite en réalité il y a toujours eu cette tension avec l'extrême droite que le gaullisme avait un peu étouffé mais enfin qui fait partie de ce qui se fait dans la vie politique alors ce qui s'est passé en revanche entre les Etats-Unis et la France c'est que aux Etats-Unis c'est bien la radicalité qui est gagnée avec Trump et donc Trump gagnant grâce à la logique du parti qui fait que les primaires donnent tout au bonhomme qui passe devant il s'est passé pour le coup à gauche aux US une force de rappel qui était que l'enjeu n'était plus de faire advenir sa radicalité mais de battre de battre Trump c'est comme ça que Biden qui était plutôt du côté centriste l'a emporté sur les versions plus radicales Sanders et Warren qui auraient pu gagner si en face il n'y avait pas eu Trump qui aurait été au contraire quelqu'un d'un peu plus modéré si Trump avait perdu son pari donc c'est pour dire qu'en effet on est assis sur quelque chose de très important qui tient à cette difficulté qu'ont les partis de gouvernement de faire face à leurs échecs alors je ne peux pas m'empêcher d'ajouter qu'il y a d'autres circonstances qui s'ajoutent à ça et qui est la montée des réseaux sociaux le fait qu'on est dans une autre configuration de l'espace public où c'est ce que disait Michel Oferlet un professeur de sciences politiques à l'école en Valle il disait maintenant il y a besoin d'un bonhomme et de réseaux sociaux pour l'emporter il n'y a plus besoin de cette lente construction de partis de militants qui vont chercher les gens et qui font qu'il y a une forme d'inertie qui bénéficie aux partis traditionnels et donc cette capacité de prendre par surprise de fondre comme Trump l'a fait de fondre sur la vie politique avec un bonhomme et des médias est tout à fait nouvelle en un certain sens et c'est ça qu'on vit et qui contribue alors à rajouter une couche à cette radicalisation des extrêmes il y a une étude qui avait été citée par Esther Duflo qui montrait que quand on demandait à un démocrate est-ce que vous accepteriez que votre fille ou votre fils épouse un ou une républicaine tout le monde s'en fichait dans les années 60 maintenant plus personne ne peut l'envisager et symétriquement avec les républicains qui ne peuvent pas concevoir qu'un de leurs enfants épouse un démocrate ou une démocrate donc ça veut dire qu'on est dans une tension qui est l'effet de ce que je dis mais je crois qu'il va au-delà le débat public échappe encore une fois à ce qui était le monopole des partis qui était embêtant à certains égards mais qui avait quand même beaucoup d'avantages dans cette capacité de produire des synthèses entre des formes extrêmes et qui n'existent plus aujourd'hui donc voilà le paysage dont Macron a profité très bien pour lui mais qui explique ce que vous disiez qu'après c'est les forces encore une fois de convergence et une forme de gouvernementalité assis sur des propositions et des contre-bilans de ce qui ont été faites ne peuvent plus surgir dans le monde d'aujourd'hui

30:41
Présentateur

un dernier mot Gérard Courtois

30:43
Invité

avant de passer à la crise de l'énergie il y a monté de la radicalité mais enfin on peut difficilement faire l'économie de l'analyse de la gauche dite de gouvernement ou pas d'ailleurs quand même on est à un étiage qui est sans précédent depuis 60 ans autour de 25% des intentions de vote aujourd'hui et depuis 5 ans dans l'opposition la gauche a été saisie alors je vais être gentil je vais dire de paralysie pour ne pas dire d'employer des mots plus désagréables de paresse intellectuelle pour repenser son projet enfin je veux dire c'est quand même alors il y a des causes à ça mais il y a l'usure du pouvoir 20 ans de pouvoir sur 40 ans sur les 40 dernières années et une gauche qui n'a pas réussi à honorer ni sa promesse sociale-démocrate ni même la promesse républicaine d'émancipation par l'école par le travail il y a une désintégration de son socle électoral on sait très bien que depuis 20 ans au moins le peuple de gauche comme on l'appelait autrefois c'est à dire les classes populaires ouvriers employés et classes moyennes petites classes moyennes ont basculé soit vers l'extrême droite soit vers la non-participation électorale et puis enfin la gauche a buté pendant 20 ans au moins sur la question de la globalisation alors soit et ça a été l'impasse ou la difficulté et puis l'impasse de Hollande en l'acceptant à reculons et un peu en crabe soit en la récusant catégoriquement comme Mélenchon donc il y a il y a quand même des je veux dire faute d'avoir de s'être affronté à ces difficultés qu'elles soient sociales d'exercice du pouvoir ou de manière de se situer dans le monde la gauche a laissé effectivement c'est pas réarmé pour éviter précisément cette montée en radicalité et d'une certaine manière la susciter qui

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