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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 4 mars 2024 25 min

Inscription de l'IVG dans la Constitution : table ronde avec quatre sénatrices et députées

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Table ronde donc en ce jour où le Congrès se réunit à Versailles pour la 17ème fois sous la 5ème République pour voter l'inscription de l'IVG dans la Constitution. Vos questions, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Et nous sommes ici avec quatre femmes de quatre partis différents qui incarnent les débats de ces dernières semaines à l'Assemblée nationale et au Sénat sur cette question de l'IVG. Véronique Riotton, députée Renaissance de Haute-Savoie, présidente de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes. Bonjour et bienvenue à ce micro.

Mathilde Panot, bonjour. Députée LFI NUPES du Val-de-Marne, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale. Mélanie Vogel, bonjour. Sénatrice écologiste des Français de l'étranger. Et pour boucler ce tour de table, Agnès Canaillé, bonjour. Et bienvenue à vous aussi, sénatrice LR de la Seine-Maritime. Bonjour à toutes les quatre. Et on a fait un petit mini-congrès. Un mini-congrès ce matin, avant celui de cet après-midi à Versailles. Et même question pour commencer à toutes les quatre. Est-ce pour vous une journée historique qui va se dérouler tout à l'heure au congrès à Versailles ? Historique pour les femmes, historique pour la France. Mélanie Vogel.

1:30
Mathilde Panot

Absolument. Je sais que le terme est un peu galvaudé, mais néanmoins c'est le cas. Ce que nous allons faire cet après-midi, c'est d'affirmer solennellement que la République française n'est plus la République sans le droit à l'avortement. C'est dire définitivement à toutes celles qui se sont battues pendant des siècles pour avoir le droit de choisir leur vie, qu'elles ont définitivement gagné. C'est dire aussi à tous ceux qui se battent contre ce droit encore aujourd'hui qu'ils ont définitivement perdu. Et c'est aussi, je crois, un message formidable que nous envoyons au monde entier. Dans un moment où tant de recul se passe, il y a un chemin positif de progrès, d'espoir.

Et j'espère que d'autres pays suivront ce chemin.

2:13
Présentateur

Véronique Rieton, qu'est-ce que vous ressentez aujourd'hui ? C'est effectivement la France sera le premier pays à inscrire l'IVG dans la Constitution.

2:19
Véronique Riotton

Ce que je ressens, c'est évidemment une grande émotion. Le moment historique, le terme n'est pas galvaudé, ce n'est ni symbolique. C'est vraiment un temps pour lequel la France va être en avant, y compris dans sa diplomatie féministe, et puis incarner une forme de progressisme important pour nous.

2:38
Présentateur

Vous nous expliquerez ce que c'est que la diplomatie féministe dans un instant. Mathilde Panot, qu'est-ce que vous ressentez ce matin ?

2:43
Mélanie Vogel

Évidemment, beaucoup d'émotion et beaucoup de fierté aussi. Vous savez, c'est rare ces moments dans l'histoire politique où vous savez que vous êtes à la fois en train d'écrire l'histoire de France, mais aussi du monde, avec la France qui va devenir aujourd'hui, ce 4 mars 2024, le premier pays au monde à inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution. Évidemment, c'est la consécration aussi d'un an et demi, voire plus, mais de luttes et de combats parlementaires, puisque c'est une victoire parlementaire.

Mais c'est surtout la victoire des militantes féministes, des associations et des collectifs qui, depuis des années, voire des décennies, se battent pour le droit des femmes à disposer de leur corps.

3:20
Présentateur

Et on vous a invité ce matin, justement, pour revenir sur ce chemin parlementaire qui a été très intéressant, même politiquement, au-delà de la question de l'IVG, qui est évidemment centrale, sur comment les uns les autres, vous avez défendu les choses, comment ça a commencé par une proposition de loi que vous avez portée, Mélanie Vogel, au Sénat, que vous avez porté ensuite, Mathilde Panot à l'Assemblée nationale, puis Emmanuel Macron s'en est emparé et a proposé un projet de loi qui a été celui que vous avez voté. Et puis, et c'est là où j'en viens à vous, Agnès Canaillet, parce que je trouve sans doute que c'est peut-être le plus intéressant.

Comment la droite, LR, a, pour certains, évolué sur ce sujet ? Comment il y a eu des dissensions qui peuvent être entendables, être audibles sur cette question qui est, au fond, une question sociétale, donc une question qui relève aussi de l'intime de chacun ? Vous, Agnès Canaillet, vous avez changé d'avis.

4:06
Agnès Canayer

Oui, tout à fait. Alors, on est plusieurs à avoir changé d'avis, ce qui a fait basculer, évidemment, le vote mercredi dernier au Sénat, de manière assez franche. D'abord parce que nous sommes face à un projet de loi d'origine gouvernementale, donc on était sûr qu'il n'y aurait pas de référendum derrière. Et ça, c'était un enjeu, peut-être que nous reviendrons dessus.

Mais aussi parce que la formulation qui a été reprise et votée, c'est celle qui a été proposée par le Sénat, par Philippe Bas, il y a un an, et qu'on a considéré que c'était une formulation qui ne créait pas de droit opposable, qui ne faisait que redire quel était le rôle du Parlement en matière d'interruption volontaire de grossesse. Certes, il inscrivait dans la Constitution ce terme d'IVG, c'est une avancée, et je pense que cette révision constitutionnelle sera historique, mais c'est avant tout symbolique.

4:51
Présentateur

Mais certains ont parlé de pression de leurs enfants, de leurs filles. Un sénateur a expliqué que sa fille ne lui parlerait plus s'il votait contre. C'est quelque chose que vous avez vu, senti, perçu autour de vous, dans la majorité sénatoriale de droite ? Oui, bien sûr. Racontez-nous ! En fait, on vous a invité ce matin pour que vous nous racontiez, et ensuite je donnerai la parole aux autres. Comment vous avez évolué ? Il y a eu des évolutions ?

5:19
Agnès Canayer

Oui, il y a eu des évolutions. D'abord parce que le texte a évolué, c'est ce que je vous ai expliqué. Les propositions ne sont pas les mêmes que celles qui étaient faites au début. Ça, c'est une première chose. Mais aussi parce que les sénateurs, ce sont des gens qui sont aussi au contact, qui rencontrent, qui écoutent, qui discutent. Et c'est vrai qu'il faut vraiment avoir les oreilles très fermées pour ne pas entendre qu'autour de nous, il y a un élan fort pour cette introduction à la Constitution. Vous avez eu des pressions, vous, directement, de proches, de jeunes autour de vous ? Non, je n'ai pas eu de pression. J'ai eu des échanges avec mes enfants.

Comme je le dis à chaque fois, et tout l'amour que j'ai pour eux, ce n'est pas eux qui me font voter dans un sens ou dans l'autre. Mais néanmoins, on entend quand même ce qui se dit autour de nous. Et puis, on entend aussi à un moment donné que les propositions qui sont faites, le texte sur lequel nous allons voter, à partir du moment où il ne crée pas de droit opposable, eh bien, autant voter et l'adopter. C'est ce que nous avons fait.

6:10
Mélanie Vogel

Mathilde Panot. Je trouve, parce que moi aussi, j'avais lu cette histoire du sénateur qui disait « mes deux filles ne viendront plus à Noël si je ne vote pas la constitutionnalisation de l'IVG ». Je trouve que ça montre aussi à quel point, si nous pouvons aujourd'hui constitutionnaliser le droit à l'avortement, c'est-à-dire le reconnaître comme un droit fondamental humain, c'est parce que nous avons gagné dans la société.

Quand 8 à 9 Français sur 10 sont favorables à l'inscription de l'avortement dans la Constitution, c'est ce qui s'exprime ensuite dans les échanges sur les votes, parce que nous avons gagné et que je crois que c'est à la fois une victoire idéologique pour les associations féministes, mais aussi une défaite pour les antichoits. Et je crois que cette défaite, elle est très importante, à la fois pour nos enfants, petits-enfants arrière, petits-enfants, qui n'auront pas à revivre les supplices qu'ont vécu celles avant nous, mais aussi, évidemment, pour le monde entier, et notamment toutes les femmes qui se battent dans le monde face à des régressions sur les droits des femmes.

7:05
Présentateur

Mélanie Vogel, vous qui êtes à l'origine de cette proposition de loi il y a deux ans, trois ans maintenant, au Sénat, vous avez vu les doutes, les hésitations, les évolutions à la Chambre haute ?

7:15
Mathilde Panot

Absolument. La première proposition qu'on a mis aux voix, d'ailleurs, n'avait pas été votée, enfin, avait été rejetée, même si c'était avec une majorité étonnamment courte. Mais ce dont je me souviens très bien, c'est que quand j'ai proposé à mes collègues de mettre aux voix une loi transpartisane pour introduire l'IVG dans la Constitution, au Sénat en tout cas, puisque tout le monde voit la majorité au Sénat, évidemment qu'il fallait qu'une partie de la droite change d'avis. Tout le monde m'a dit, tu sais, c'est impossible. C'est impossible. Jamais le Sénat ne va voter pour introduire le droit à l'IVG dans la Constitution. Ça n'existe pas.

D'autant que Gérard Larcher, qui est le président du Sénat,

7:55
Présentateur

qui est un peu la figure tutélaire de la droite, était contre, clairement contre.

7:58
Mathilde Panot

Voilà, Gérard Larcher était contre, et je suis heureuse que nous ayons fait la démonstration que Gérard Larcher, tout seul, ne décide pas de ce qu'il y a écrit dans la Constitution. Mais ce qui a permis la victoire, c'est au fond, à la fois, je pense, le travail des parlementaires qui ont poussé pour ce sujet de manière, je crois, intelligente, collective, sorore, ce qui n'arrive pas tous les jours. Mais ça a été une des conditions, la confiance qui s'est créée entre nous, de la victoire. Et ça a été la pression de la société.

C'est-à-dire que jamais nous aurions eu cette victoire s'il n'y avait pas eu dans la société une campagne qui a pris, ce sujet qui a pénétré les maisons, les foyers des sénateurs et des sénatrices de la droite et du centre. Et au fond, aujourd'hui, c'est la société française qui gagne.

8:44
Présentateur

Véronique Rilleton, Gérard Larcher formulait une série de doutes, une opposition, qu'on peut regarder peut-être d'une manière philosophique quand il dit que la Constitution n'est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux, qu'il faut toucher à ce texte-là d'une main tremblante. Comment avez-vous reçu ces mots ?

9:05
Véronique Riotton

Moi, je crois qu'il y a un basculement. C'est quand même le lendemain de l'annulation par la Cour suprême de l'arrêt et que deux éléments aux Etats-Unis qui montrent que l'IVG est en danger de par le monde, mais également au sein de l'Assemblée. Lorsqu'on voit les débats, y compris à l'Assemblée nationale, en séance publique, sur la façon dont les amendements ont été posés, sur le fait de vouloir dérembourser l'IVG, je veux dire qu'au sein même de notre Assemblée, les débats ont démontré que l'IVG était menacée. Et donc, c'est l'ensemble de ces deux éléments qui font qu'il y a eu plusieurs initiatives parlementaires.

Et moi, je voudrais saluer aussi celle d'Aurore Berger et de Marie-Pierre Hixin, qui était ma prédécesseure à l'Assemblée. Et l'ensemble, finalement, de ces initiatives ont permis à notre délégation, également à l'Assemblée et au Sénat, de se saisir pour mettre un avis et travailler finalement sur le principe même de la constitutionnalisation et de permettre, dans un moment où nous avons une majorité républicaine qui nous permet de protéger ce droit au regard des femmes, et finalement, c'est ce pas décisif, collectivement, que nous avons fait, plutôt que de savoir si tel ou tel texte était en premier ou pas.

10:25
Présentateur

On va passer au standard d'Inter où nous attend Oriane. Oriane, bonjour.

10:31
Auditeur

Oui, bonjour France Inter. Bonjour mesdames. Vous allez voter la constitutionnalisation d'IVG. Est-ce que cela va faciliter l'accès aux services dans les hôpitaux ?

10:41
Présentateur

Alors ça, c'est la grande question. Merci Oriane de la poser. Qui veut répondre ? Mathilde Panot.

10:46
Mélanie Vogel

Bonjour. Non, je crois qu'il y a encore beaucoup de combats à mener. D'ailleurs, moi, je suis intéressée de voir que, par exemple, Gérard Larcher, lorsqu'il a dit qu'il ne voulait pas inscrire le droit à l'avortement dans la constitution, il a dit, en fait, le vrai combat à mener, c'est la question de l'accès et de l'effectivité de l'interruption volontaire de grossesse, notamment en parlant des 130 centres IVG qui ont été fermés en 15 ans. Et aujourd'hui, c'est une femme... Oui, c'était son argument, vous avez raison. C'est une femme sur Gérard Larcher. Qui doit changer de département pour avoir accès à l'avortement. Eh bien, nous nous en rappellerons.

Et lorsqu'il y aura le prochain projet de loi de finances, eh bien, nous lui demanderons de mettre des moyens pour que des centres IVG puissent réouvrir. Donc ça, ça fait partie des combats qu'il faut continuer à mener contre la double clause de conscience pour avoir un accès réel et effectif. Et ça fait partie aussi de la lutte contre les antichois qui ne cessent, et je veux leur exprimer à ce micro-ma solidarité, d'attaquer les centres de planning familiaux.

11:41
Présentateur

Agnès Canaillé, sur notre auditrice, sur la question de notre auditrice.

11:45
Agnès Canayer

Oui, juste pour dire qu'on est d'accord. Le vrai enjeu, ce n'est pas tellement la constitutionnalisation, mais il y a bien l'effectivité de l'accès au droit à l'IVG. Et ça, ce sont des moyens, on l'a dit, Madame Pannot, on l'a défendu au Sénat. Il y a une mission au Sénat qui va réfléchir sur les solutions. Et donc, je pense que collectivement, parce que le sujet, c'est avant tout comment défendre ce droit fondamental, et là, je crois que nous sommes tous d'accord autour de cette table, ce droit fondamental de l'accès à l'IVG auquel nous sommes tous très attachés.

12:15
Présentateur

Alors, effectivement, il faut donner des chiffres. 130 centres pratiquant l'IVG ont fermé ces dernières années. Et Mathilde Panot, le chiffre est juste. C'est-à-dire qu'il y a 17% de femmes, aujourd'hui, qui doivent, en France, changer de département parce qu'il n'y a pas de centre où elles se font avorter et qui donc doivent aller beaucoup plus loin, notamment dans les zones rurales, pour aller trouver un centre d'IVG qui peut pratiquer l'avortement. Donc oui, ça reste un chemin de croix, aujourd'hui,

12:40
Mathilde Panot

constitutionnalisation ou pas ? Absolument. Je voudrais revenir en une phrase tout de même sur ce que nous faisons cet après-midi. Quel va être l'impact ? Très concrètement, hier, il était possible en France d'interdire ou de restreindre le droit à l'IVG. À partir de ce soir, ce n'est plus possible. Donc, ce n'est pas seulement symbolique, c'est aussi quelque chose de très concret qui va protéger définitivement le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes. sur la question de l'accès. Ça a été effectivement, soudainement, la droite s'est intéressée à l'accès à l'IVG quand ça pouvait leur servir de contre-argument contre l'introduction dans la Constitution.

Alors, moi, je me souviens des débats dans le dernier budget où j'avais déposé avec mon groupe beaucoup d'amendements pour justement refinancer les centres qui fermaient et que toute la droite, à l'unisson, a voté contre. Donc, je peux vous assurer et Agnès Canaillé, j'espère que tu t'en souviendras quand nous voterons le budget que nous allons redéposer ces mêmes amendements pour refinancer les centres, améliorer l'accès et j'espère que cette fois-ci, la droite s'étant tellement passionnée pour ce débat, elle va la voter massivement. Agnès Canaillé, votre réponse ?

13:52
Agnès Canayer

Oui, je pense que le sujet c'est la désertification médicale donc ce n'est pas simplement l'accès à l'IVG. L'IVG, c'est parce que c'est compliqué aujourd'hui d'avoir un médecin et d'accéder à un médecin sur le territoire français donc le problème il est bien plus large aujourd'hui et c'est là-dessus que nous devons travailler.

14:08
Présentateur

On retourne au standard. Brigitte, bonjour. Bonjour. On vous écoute. Moi, je me pose la question du droit opposable et de la clause de conscience. Première question, cette clause de conscience existe-t-elle encore en France ? C'est-à-dire que le médecin dise écoutez-moi, ma conscience m'interdit de pratiquer un avortement donc je ne le fais pas et donc je ne peux pas le faire. Je ne le fais pas. Et la deuxième question, c'est est-ce que le fait de l'inscrire dans la Constitution mettra fin à cette clause de conscience ? Est-ce que c'est la même chose que le droit opposable ? Voilà. Merci pour cette question, Brigitte.

Je donne la parole dans la foulée à Brice qui nous appelle des Pyrénées orientales sur le même thème, je crois. Brice, bonjour.

14:50
Invité

Oui, bonjour. Merci de prendre ma question. Je voulais juste d'abord dire que je considérais vraiment que ce qu'a fait Sophia Aram lundi dernier était inacceptable et devait vraiment être mis en question. Elle a manipulé des extraits audio de la cérémonie des Césars pour leur faire dire ce qu'ils ne disaient pas. Elle a manipulé vraiment tout ça pour s'indigner pour l'indignation sélective alors qu'elle est mette dans la matière. Ça c'est dit.

15:13
Présentateur

Alors votre question ? C'était pas le sujet. Votre question ?

15:16
Invité

Oui, c'est pas le sujet mais j'en profite. D'accord. S'il vous plaît, votre question ? Voilà. Ce qui n'est pas le sujet non plus, c'est une question que j'ai posée il y a longtemps et qui s'adresse à vous, aux journalistes, c'est comment ça se fait que vous ne posez pas la question à chaque fois à vos intervenants s'ils s'indignent et s'ils trouvent vraiment inacceptables sans ambiguïté les atrocités du Hamas. D'accord.

15:34
Présentateur

Donc en fait, vous n'avez rien à dire sur l'IVG. L'IVG ne vous intéresse pas Brice, on l'a bien compris. Merci en tout cas d'avoir appelé France Inter ce matin. Alors sur la clause de conscience, qui veut répondre ? Mélanie Vogel ?

15:50
Mathilde Panot

Alors le texte que nous votons cet après-midi ne remet pas en cause la clause de conscience. Je sais que ça a été aussi utilisé comme un argument pour ne pas voter le texte. Or cela, effectivement, n'aura pas d'effet. Mais je rappelle que dans le droit à l'IVG, il y a le respect de la dignité humaine, la liberté de conscience et la liberté de la personne de recourir à l'IVG. C'était cette dernière liberté qui n'avait aucune protection constitutionnelle. Les deux autres ont une protection, c'est toujours la même.

Aujourd'hui, nous n'avons pas seulement une clause de conscience pour l'IVG, nous avons une double clause de conscience, la clause de conscience générale qui s'applique à tous les médecins de toute manière, qui même si on n'avait pas mis la clause de conscience ou l'IVG dans la loi Veil s'appliquerait tout de même et nous avons une double clause de conscience spécifique à l'IVG. C'est le seul acte médical qui bénéficie de ce traitement et ce n'est pas normal. Pourquoi ce n'est pas normal ?

16:37
Mélanie Vogel

Parce que sinon, vous arrivez à la situation que vous voyez en Italie, par exemple. L'extrême droite, généralement, s'est attaqué directement aux lois sur l'avortement. Il commence souvent d'ailleurs par la contraception, mais il s'attaque aux lois. Vous avez des manières plus pernicieuses de vous attaquer à l'avortement. C'est ce qu'on voit avec l'extrême droite en Italie où justement, par la question de la double clause de conscience, par les clauses de conscience, vous vous retrouvez en Italie avec 75% des professionnels qui ne pratiquent plus d'IVG. Donc en fait, le droit à l'avortement existe toujours, mais il n'est plus garanti dans son effectivité.

Donc c'est pourquoi nous nous demandons l'abrogation de cette double clause de conscience et je veux juste vous dire que j'espère que la victoire historique que nous avons arrachée, que nous allons arracher aujourd'hui, eh bien, on renverra à d'autres victoires et notamment, je suis très heureuse que la semaine dernière, les Polonaises aient regagné le droit à la contraception d'urgence qu'elles avaient perdu en premier, juste avant.

17:29
Présentateur

Oui, parce que la majorité politique a changé en Pologne.

17:32
Mélanie Vogel

Exactement, et notamment avec un fort taux de participation grâce aux féministes, notamment.

17:36
Présentateur

Agnès Canaillé, vous souhaitiez intervenir ?

17:39
Agnès Canayer

Oui, juste pour rappeler quand même que la loi Veil, c'est un équilibre, c'est un équilibre entre les droits d'accès à l'interruption volontaire de grossesse et la clause de conscience des médecins. Vous la comprenez, cette double clause de conscience des médecins pour l'acte de l'IVG ? Tout à fait, et nous la défendons. On a même souhaité qu'elle soit inscrite directement dans la Constitution pour être au même niveau de protection que l'IVG. Le gouvernement s'est engagé à ce qu'il n'y ait pas de remise en question de cette clause de conscience et nous y veillerons.

18:05
Présentateur

Véronique Rioton sur la clause de conscience.

18:07
Véronique Riotton

Alors, moi, je voudrais plutôt saluer le fait du cheminement de la loi et de la façon dont on a répondu finalement aux objections et fait cheminer l'ensemble des parlementaires et finalement l'avis du Conseil d'État aussi a permis d'appuyer cette dimension-là.

18:28
Présentateur

Oui, mais pardon, sur la clause de conscience, vous voyez bien qu'il y a une scission idéologique sur la question entre la gauche et la droite. Vous, vous êtes où ? Vous situez où sur la clause de conscience des médecins ?

18:39
Véronique Riotton

Nous, on s'appuie sur l'avis du Conseil constitutionnel qui dit qu'elle n'est pas remise en cause et qu'en ça, ça permet à cette loi de passer. Moi, je voudrais rappeler quand Mathilde Panot parle d'arracher finalement une victoire, moi, j'ai plutôt envie de saluer le collectif qui a permis d'avancer et non seulement aux initiatives parlementaires mais aussi à la proposition du Président de la République d'en faire un projet de loi et d'amener grâce aussi à la majorité chacun des parlementaires à changer d'avis. Pour vous, c'est une victoire du Président de la République ?

Pour moi, c'est une victoire collective des parlementaires des associations d'un combat féministe de longue date et de l'appui du gouvernement et du Président de la République.

19:22
Mélanie Vogel

Mathilde Panot. Oui, très rapidement pour répondre à votre question Madame Salamé puisque c'était la question qui était posée dans la loi sur l'allongement des délais qui étaient portés par Alban Gaillot et donc où nous avons essayé de supprimer cette double clause de conscience et à cette époque les macronistes s'y étaient opposés donc voilà pour la position de manière un peu plus claire peut-être. C'est une victoire aussi du Président de la République, Mathilde Panot. La deuxième chose c'est ce que j'allais dire c'est que nous avons amorcé tout un processus parlementaire qui fait suite à des décennies de luttes des féministes sur cette question.

Mais je dois dire pourquoi je dis arraché c'est que le 8 mars donc le 24 novembre c'est le premier vote que j'ai eu l'honneur de porter à l'Assemblée. Le 1er février 2023 le Sénat vote pour la première fois la constitutionnalisation de l'avortement. Le 8 mars 2023 c'est le moment où Emmanuel Macron fait un hommage à Gisèle Halimi et promet la constitutionnalisation de l'IVG. Et après pendant des mois nous avons pétitionné manifesté interpellé dans l'hémicycle et plus rien.

Au point que dans la niche parlementaire du 30 novembre 2023 nous avions déposé avec mon groupe en accord avec les associations et les sénatrices qui portaient ce projet d'aller jusqu'au bout du processus parlementaire c'est-à-dire y compris jusqu'au référendum parce que rien ne bougeait et je crois que c'est notamment grâce à ça que nous avons réussi à arracher le projet de loi gouvernemental.

20:42
Présentateur

Mélanie Vagel

20:43
Mathilde Panot

Oui, sur la question est-ce que c'est une victoire d'Emmanuel Macron bon d'abord je pense que moi en tout cas depuis le début ça ne m'intéresse pas de savoir qui va réclamer cette victoire parce que ce qui m'intéresse c'est que l'IVG soit dans la constitution mais je pense sincèrement que depuis le départ Emmanuel Macron n'avait pas vraiment envie de mener ce combat et je crois qu'il était persuadé qu'au Sénat nous était incapables L'occurrence pardon il l'a mené

21:07
Présentateur

envie ou pas envie il n'a pas mené aujourd'hui il aurait pu s'y opposer

21:14
Mathilde Panot

Alors la chronologie que vient de décrire Mathilde Panot est absolument exacte c'est-à-dire que au départ le gouvernement je pense est convaincu que nous sommes incapables de sécuriser une majorité au Sénat donc se dit je vais leur dire oui mais de toute façon ils n'y arriveront jamais le Sénat ne votera jamais cela et puis quand nous arrivons à voter au Sénat et que nous leur disons écoutez les amis nous avons une majorité à l'Assemblée nous avons une majorité au Sénat faites votre travail proposez-nous un projet de loi il se passe presque un an et on est obligé de menacer le gouvernement d'aller au référendum pour qu'enfin un projet de loi arrive je pense que si nous y sommes arrivés c'est parce qu'il y a eu des femmes parlementaires qui ont été capables de se mettre de côté à un moment donné pour essayer de chercher la meilleure stratégie pour que ça fonctionne et moi à la fin vous savez si Emmanuel Macron revendique la victoire ce qui était aussi une stratégie je leur dirais écoutez faites-le on va vous applaudir allez-y faites-le vous applaudirez

22:07
Présentateur

Véronique Riotton qu'est-ce que vous répondez à ça ?

22:10
Véronique Riotton

moi ce que je veux répondre c'est qu'au final on a réussi à créer une large coalition et je crois que dans ce jour qui s'impose à nous c'est ce qu'il faut défendre et que le temps qui a permis une écriture qui rassemble tout le monde ce temps de l'écriture c'est aussi un temps qui a permis de convaincre en interne et moi je voudrais saluer aussi le travail des deux délégations à l'Assemblée et au Sénat avec un travail militant pour aller chercher chacune des personnes et que cette écriture elle répond au temps long et qu'il ne s'agissait pas de dépasser des contraintes qui ne permettraient pas ça et moi je salue plutôt finalement cette large coalition

22:50
Présentateur

c'est la sénatrice à l'heure

22:51
Véronique Riotton

c'est la sénatrice

22:52
Présentateur

qui a évolué qui a changé d'avis

22:54
Agnès Canayer

oui mais si nous avons évolué c'est aussi parce que je l'ai dit c'était d'origine gouvernementale donc je ne sais pas si c'est grâce au président de la république je sais que le 8 mars on aura le droit à une grande fête symbolique pour la journée de la femme de récupération mais ce que je veux dire c'est que d'un point de vue ou d'un autre si ça en était resté simplement à des initiatives parlementaires on ne serait jamais arrivé aujourd'hui à la constitutionnalisation c'est bien parce qu'on est face à un projet c'est bien parce que le gouvernement a repris ce sujet à son compte et bien merci merci à tous les quatre

23:25
Véronique Riotton

allez-y allez-y juste un mot c'est Véronique Riotton on peut tout de même débuter Renaissance se féliciter d'avoir dépassé les clivages pour se fédérer autour d'un objectif commun et contre l'extrême droite ça me paraît important qu'on le redise ce matin et je voulais relayer une initiative de la fondation des femmes qui met un écran géant cet après-midi sur la place du Trocadéro à 15h30 pour que l'ensemble des citoyens puissent regarder cet événement

23:51
Présentateur

et bien ça c'est bien de le dire effectivement on ira le voir en écran géant mais pardon il faut reconnaître soyons justes le Rassemblement National en l'occurrence ne s'est pas opposé par pur opportunisme politique non non

24:05
Mélanie Vogel

alors pas entièrement madame Salamé juste quand même il faut le dire vous avez encore des députés RN qui considèrent que l'avortement est un meurtre de masse et comme la Shoah comme le génocide d'accord ils vont voter quoi cet après-midi et bien ils ne vont pas voter de manière unique justement regardez et bien on va regarder on va regarder merci à toutes les quatre certains ne votent pas pour je vous assure

24:23
Présentateur

Mélanie Vogel Mathilde Panot Véronique Riotton Agnès Canaillé merci d'avoir été à notre micro 8h47 merci d'avoir regardé

24:32
Invité

merci d'avoir regardé

24:33
Locuteur

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