Le PS se déchire... LR aussi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est neuf ? ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Au lendemain des élections municipales, l'heure est aux règlements de comptes. Le premier secrétaire du PS est sous pression après les accords avec LFI.
Chez les LR, les appels à l'union à géométrie variable créent des tensions avec, dans les 2 cas, un rendez-vous en ligne de mire: la présidentielle dans 13 mois. Avec nous pour en parler ce soir, C.Meeus.
Bonsoir. Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes rédacteur en chef au "Figaro Magazine".
Un mot sur les obsèques de L.Jospin. E.Macron a dit que son esprit de rigueur était inséparable de son esprit de sacrifice.
On a l'impression que la droiture du personnage fait l'unanimité à droite et à gauche. - C.Meeus: Pour la gauche, c'est le souvenir d'une époque victorieuse avec la dissolution de 97 qui emmène à la victoire.
On préfère retenir ce moment-là. D'ailleurs, dans ce moment, on était 3-4 journalistes à être allé à Cintegabelle et on voyait un Jospin détendu, calme. Il avait déjà compris que c'était gagné.
Il adorait la politique et avait fait la majorité plurielle. Le 2e souvenir avec lui, c'est la négociation des 35 heures avec le patron de ce qu'on appelait à l'époque le CNPF, qui était sorti furieux parce qu'il pensait qu'il éviterait les 35 heures. Dans un déjeuner à Matignon, L.Jospin nous avait dit: "J'ai fait de la politique." En fait, c'est ça qu'il aimait avant tout, la politique.
Je pense que dans cette séquence, il aurait adoré en être. - C.Roux: Quel regard porterait-il sur ce qui s'est passé mardi soir?
Il y a eu un bureau national très houleux du PS. Le poison des alliances avec LFI continue de fracturer le parti. Est-ce que c'est un soubresaut de plus au PS ou est-ce que c'est le début de la clarification? - C.Meeus: Si on pouvait répondre clairement...
Disons qu'O.Faure reste un obstacle sur le chemin présidentiel de F.Hollande.
Il faut absolument pour F.Hollande et ses alliés se séparer d'O.Faure.
Il a tenté de le faire pendant le congrès avec toujours la même stratégie. F.Hollande ne se met pas en avant.
Il attend dans son coin. Quand quelqu'un passe devant, il envoie le coup de patte. Il envoie certains dans ses troupes devant pour déstabiliser O.Faure qui, lui, voulait faire une primaire avec M.Tondelier et F.Ruffin.
Si cette primaire est organisée, sont déterminées les chances de F.Hollande de pouvoir concourir. - C.Roux: Il peut être considéré comme un candidat potentiel à la présidentielle.
Devant ses amis, F.Hollande a dit que la gauche réformiste pouvait gagner l'élection présidentielle. F.Hollande a aussi des comptes à rendre sur les dernières municipales.
Son attitude a été jugée ambigue avec la consigne qu'il a donnée à Tulle, dans son bastion. - C.Meeus: Oui.
Il y a la consigne nationale qui n'est pas d'accord avec LFI et il y a les amis, comme François Cuillandre à Brest, qui a vendu la mèche en disant qu'il avait eu F.Hollande au téléphone qui lui avait donné des consignes. Chez O.Faure, on ne s'est pas privé de dire qu'il y avait un double langage.
C'est très serré chez le PS. Celui qui peut faire la bascule, c'est B.Vallaud, patron des socialistes à l'Assemblée nationale, qui a commencé à lâcher O.Faure.
O.Faure n'est absolument pas en danger sur son poste de premier secrétaire du PS. - C.Roux: J.-L.Mélenchon jubile.
Il a posté un petit message aimable sur son compte X. Le voici. Est-il celui qui exerce une forme de leadership sur la gauche? - C.Meeus: Oui.
Sa stratégie a été d'obliger le PS à revenir vers lui. Toute la séquence pré-municipales, c'était "on ne fera pas d'accord avec un parti qui navigue sur les eaux brunes de l'antisémitisme", pour reprendre les propos d'O.Faure.
Finalement, à l'issue du 1er tour, c'était "revenons à LFI, on a besoin de LFI". J.-L.Mélenchon l'a bien compris.
Une partie de l'électorat socialiste est allée vers LFI, mais une autre partie a refusé. Les 2 électorats, chez LR et LFI, se sont scindés en 2. Les uns vers un centre, les autres vers des extrêmes. - C.Roux: Vous avez raison, ce sont les mêmes problématiques dans ces partis, le PS et LR.
Après le résultat des municipales, il y a eu des appels à l'union dès le dimanche soir, après les résultats. Certains veulent une primaire qui irait jusqu'à Reconquête!.
Les autres veulent une primaire qui irait jusqu'à Renaissance. C'est là que ça coince. - C.Meeus: Eh oui.
Ca coince parce que les électeurs ont démontré dans ces municipales qu'ils sont divisés. Vous ne pouvez pas avoir en même temps Renaissance et Reconquête! Dans un ensemble.
Ca n'existe pas. Il va falloir faire un choix. C'est là qu'on voit qu'il y a des tiraillements.
Ce choix est crucial, fondamental. - C.Roux: Justement, je voudrais qu'on écoute G.Larcher, le président LR du Sénat.
Il souhaite un candidat du socle commun. - G.Larcher: Je pense personnellement qu'il faut arriver, mettre en place une procédure.
Chacun sait que je suis plutôt favorable à une primaire. Peu importe la méthode. Il nous faut, à la fin de l'automne, un candidat ou une candidate qui représente l'ensemble des familles politiques, ce que M.Barnier avait appelé le socle commun, et qui vit particulièrement bien au Sénat. - C.Roux: Ca a l'air simple, comme il le dit, mais ça ne l'est pas. - C.Meeus: Non.
Quelle est une partie de l'enseignement des municipales? Si vous prenez Paris et Nice, une partie de l'électorat de P.-Y.Bournazel, qui était Horizons soutenu par Renaissance, donc un électorat d'E.Philippe et de G.Attal, ne s'est pas reportée sur R.Dati, candidate des LR.
Si vous prenez Nice, vous avez une partie des LR qui n'est pas allée chez Christian Estrosi, qui représentait Horizons, mais qui est allée chez E.Ciotti, qui représentait l'UDR et le RN. On voit bien que cette construction, qui est séduisante sur le papier...
Le bloc central, ceux qui ont gouverné ensemble, de Renaissance à LR, ne fonctionne pas de manière électorale. - C.Roux: Pourquoi le maire de Cannes a claqué la porte en estimant que c'était un vote truqué?
Ce qui est en train de se jouer aux LR, c'est que certains veulent envoyer un candidat LR à la présidentielle? - C.Meeus: Oui.
B.Retailleau l'a dit, il y aura un candidat LR à l'élection présidentielle. D.Lisnard, on lui a dit qu'on allait jouer à pile ou face: "Pile, je gagne, face, tu perds." C'est un peu ça.
Il y a 3 options pour les militants. Soit ils optent pour la primaire fermée, c'est-à-dire uniquement les militants LR d'aujourd'hui, soit une primaire ouverte avec les sympathisants qui adhèrent, soit le système d'avant: c'est la direction du parti LR qui décide. Vous voyez bien que 2 options sur 3, c'est quand même fermé.
B.Retailleau a été élu par un corps électoral qui est le même qui va devoir décider. C'est un peu pipé.
On imagine bien qu'ils voteront pour B.Retailleau. - C.Roux: Est-ce que ce sont les sondages qui vont choisir le candidat de ce socle commun?
J.Bardella a accordé une interview au "Figaro". Est-ce qu'à un moment donné, on dira: "Je suis le mieux placé, ralliez-vous à ma cause"? - C.Meeus: Ils vont se fonder sur les sondages.
A quel moment vous arrêtez les sondages pour dire: "Là, vous voyez bien..." Si J.Chirac s'était fondé sur les sondages en 94, il aurait arrêté.
En février 95, c'est lui qui est passé devant E.Balladur. Si on s'était fondé sur les sondages pour le PS en 81, c'est M.Rocard qui aurait été désigné. - C.Roux: A quel moment on arrête le compteur?
Il y a une autre problématique pour la droite, c'est cette main tendue qui vient du RN, mais pas seulement. On va écouter M.Maréchal, présidente de Identité-Libertés.
Elle aussi tend la main à une partie de la droite. - M.Maréchal: Dans un monde idéal, on parle de ce qui est aujourd'hui en place, je pense que nous devrions aller jusqu'aux Républicains.
Je considère que nous avons des choses à faire et à dire avec un B.Retailleau ou même avec un D.Lisnard.
De fait, je pense que les élections présidentielles vont être un grand moment de clarification pour la leçon du budget, c'est que quand Les Républicains font le choix de s'allier aux macronistes, ça finit avec l'impuissance, avec le renoncement et avec les socialistes qui imposent leur agenda. J'en appelle aux LR sincères et je leur dis: "Regardez. Dorénavant, tournez-vous vers la droite et le camp national et les alliances que vous avez choisies jusqu'ici aboutissent à ce que ce soit la gauche qui remporte la mise." - C.Roux: Ca peut marcher? - C.Meeus: Ca peut marcher dans une dynamique électorale.
C'est la nature humaine. Vous avez des candidats. Vous voyez qui est mieux placé pour l'emporter.
A un moment, il y aura des gens qui vont basculer. Dans cette municipale de Nice, on a vu que les LR étaient divisés
Bruno Retailleau